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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 23:00

 

     Mes parents possédaient au fin fond de la forêt une cambuse sans prestige où nous allions parfois nous mettre au vert. Je leur en demandai les clés.

- Que vas-tu faire là-bas tout seul ?, interrogea mon père.

- Traduire l'Iliade et l'Odyssée.

- Il en existe déjà d'excellentes traductions.

- Je sais. Mais quand on traduit soi-même un texte, il se crée entre lui et soi un lien bien plus fort que par la lecture.

 

 

Amélie NOTHOMB

Le Voyage d'hiver

 

Paris, Albin Michel

p. 17 de mon édition de 2009

 

 

 

 

     D'emblée, permettez-moi, amis lecteurs, de chaleureusement remercier celles et ceux qui ont tenu à répondre à la lettre que j'avais envoyée en guise de "référendum" concernant le mode de publication du Roman de Sinouhé, trois mois durant, de semaine en semaine.

 

     Conseillé dernièrement par Carole, une parmi mes nouvelles abonnées, je me propose aujourd'hui de vous le livrer, dans son intégralité et dépourvu des notes jugées par d'aucuns parfois un peu trop didactiques. Ce choix pourra peut-être rencontrer le souhait d'autres correspondants qui estiment cet étalement sur autant de temps préjudiciable à la bonne compréhension de l'oeuvre, obligeant à maintes reprises un retour au texte d'un précédent mardi, faute d'encore l'avoir en mémoire ...

 

     Dans le même commentaire, Carole me suggérait de le publier sur le Net, via le site Calaméo, de manière à en réaliser un livre virtuel. A vrai dire, je n'ai encore rien décidé à ce sujet, méfiant que je suis toujours par rapport aux "offres gratuites" d'Internet.

 

     Nonobstant, si ce projet devait se concrétiser, vous en seriez évidemment les premiers avertis.

 

     Et pour l'heure, d'un seul tenant, retrouvons, voulez-vous,  les aventures de "notre" héros antique ... sachant que, bien évidemment, il vous est toujours loisible d'en reprendre une lecture, épisode par épisode, chaque mardi à partir du 3 juillet dernier.

 

 

 

     Le noble, le prince, le porteur du sceau royal en qualité d'ami du Harponneur, l'administrateur en chef des domaines des souverains dans les terres asiatiques - qu'il vive, soit prospère et en bonne santé -, le connu véritable du roi de Haute-Egypte, son aimé, le compagnon royal, Sinouhé, dit :

   

     J'étais un compagnon adjoint à son maître, un serviteur du harem royal de la noble dame, la grande favorite, l'épouse royale de Sésostris dans Kenemsout, la fille royale d'Amenemhat dans Kaneferou, Neferou, la dame élevée à l'état d'imakh.

 

     En l'an 30 du règne, le troisième mois de la saison de l'inondation, le septième jour, le dieu s'éleva vers son horizon, le roi de Haute et Basse-Egypte, Sehetepibrê qui s'envola vers le ciel pour s'unir au disque solaire, de sorte que la chair du dieu s'incorpora à celle de son père.  

 

     La Résidence royale était dans le silence, les coeurs dans l'affliction et la double grande porte close. L'entourage avait la tête sur les genoux et le peuple était dans la douleur.

 

      Or donc, sa Majesté avait envoyé une armée vers le pays des Téméhou .

  

      Son fils aîné, le dieu parfait Sésostris, en avait pris la tête : il y avait été mandé pour combattre les pays étrangers et infliger une correction à ceux qui étaient parmi les Tchéhénou.

 

     C'est après avoir emporté du pays des Tchéhénou des prisonniers entravés et du bétail de toute sorte en grande quantité qu'il s'en revenait. Les compagnons du Palais dépêchèrent (des messagers) du côté de l'Occident afin que le fils du roi connaisse les événements advenus à la Résidence : ces émissaires le trouvèrent sur le chemin, l'atteignant le soir finissant. Qu'il tardât ne s'est pas produit : le Faucon s'envola avec sa suite sans faire en sorte que son armée le sût.

 

    Or, on avait également dépêché (des émissaires) vers les enfants royaux qui l'accompagnaient dans cette armée : on fit appel à l'un d'eux tandis que je me trouvai là. J'entendis sa voix alors qu'il se confiait : j'étais à proximité de celui qui parlait loin.

 

     Mon coeur se troubla, les bras m'en tombèrent, tous les membres de mon corps tremblant davantage. Je m'éloignai d'un bond jusqu'à ce que j'aie trouvé un lieu de cachette.

 

     Et de me placer entre deux buissons afin d'être séparé de celui qui marcherait sur le chemin.

Je me mis en route vers le Sud sans avoir l'intention d'approcher cette Résidence car je m'attendais à ce qu'advienne un conflit.

Et je ne pensais pas vivre après lui.

 

     Je traversai le Maâti aux environs du Sycomore et approchai de l'enceinte de Snéfrou.

Je passai une journée à la lisière d'un champ. C'est lorsqu'il fit jour que je me mis en route.

Je rencontrai un homme qui se tenait debout sur le bord du chemin : il me salua avec respect, moi qui le craignais.

C'est quand vint le moment du repas du soir que j'arrivai à la rive des boeufs.

Je traversai l'eau sur une barge dépourvue de gouvernail grâce à la force du vent d'ouest.

Je passai à l'est de la carrière de pierres, sur la hauteur de la Dame de la Montagne rouge.

Je me mis en route vers le nord et atteignis les Murs du Prince fait pour repousser les Asiatiques et pour écraser les Coureurs des sables.

    

     Je m'accroupis dans un buisson dans la crainte que me voient les gardiens du fortin qui était surveillé ce jour-là. Je me mis en marche au moment du soir et lorsque j'atteignis Peten, le jour se leva.

 

         Je fis halte sur l'île des lacs Amers et c'est alors que la soif m'assaillit, de sorte que j'étouffais : ma gorge (était comme de la) poussière.

 

     Je dis : "Ceci est le goût de la mort". Je relevai mon coeur et rassemblai mes membres après que j'eus entendu le mugissement d'un troupeau. J'aperçus des Bédouins. Un cheikh local me reconnut : il s'était par le passé rendu en Égypte. Alors il me donna de l'eau. Du lait fut cuit pour moi. Je marchai avec lui vers sa tribu. Bon est ce qu'ils firent.

  

     Un pays étranger me donna à un autre pays étranger.

 

      Je quittai Byblos et me rendis à Qedem. J'y vécus un an et demi. Amounenchi m'emmena : c'était un prince du Rétchénou supérieur. Il me dit : "Tu seras bien avec moi, tu entendras la langue d'Égypte". Il me dit cela parce qu'il connaissait ma réputation. Il avait entendu ma sagesse parce que des gens d'Égypte qui étaient là avec lui, pour moi, avaient témoigné.

 

     Alors il me demanda : "Pourquoi es-tu venu ici ?" Qu'y a-t-il ? S'est-il passé quelque chose à la Cour ?" 

   

     Je lui expliquai que le roi de Haute et Basse-Égypte, Sehetepibrê, s'en était allé vers l'horizon  et que l'on ne savait pas ce qu'il adviendrait après cela.

 

      Puis ajoutai, en guise de mensonge : "C'est d'une expédition du pays des Téméhou que je revenais lorsqu'on me fit rapport. Mon coeur faiblit ; je défaillis. Mon coeur n'était plus dans mon corps, il m'emporta sur les chemins de la fuite.

 

     Je n'avais pas fait l'objet d'une conversation ; on n'avait pas craché sur moi ; je n'avais pas entendu de reproches, ni mon nom dans la bouche du héraut.

Je ne sais ce qui m'a amené dans ce pays : c'était comme la volonté du dieu, comme quand l'homme du Delta se voit à Éléphantine ou l'homme des marais en Nubie ..."

 

     Alors, il me dit : "Comment donc sera ce pays-là en son absence, sans lui, sans ce dieu puissant dont la crainte était à travers les pays étrangers comme (celle de) Sekhmet lors d'une année de peste ?"

 

     Pour ma part, je lui dis en guise de réponse : "Assurément, son fils est entré dans le Palais après qu'il a pris possession de l'héritage de son père. C'est un dieu, certes, qui est sans égal ; personne n'a existé supérieur à lui. C'est un maître de sagesse, excellent quant aux desseins, efficace quant aux commandements, sur l'ordre duquel l'on va et vient.

  

     C'est lui qui soumettait les pays étrangers tandis que son père était dans son palais. Il (lui) rendait rapport sur ce qu'il avait ordonné d'être fait. Certes, c'est un homme fort, agissant par la vigueur de son bras, un être actif qui n'a pas son pareil quand on le voit charger les troupes ennemies ou aborder la mêlée. C'est lui qui plie la corne et affaiblit les mains, (faisant en sorte que) ses ennemis ne peuvent se ranger en ordre de bataille.

 

     C'est un laveur de visage qui brise les fronts. On ne tient pas debout en sa présence. C'est un qui allonge le pas quand il détruit les fuyards : il n'y a pas d'échappatoire pour celui qui lui montre son dos. C'est un tenace au moment de repousser (l'ennemi). C'est un homme qui revient à la charge : il ne peut tourner le dos. C'est un homme vaillant, brave quand il voit la multitude. Il ne donne pas prise à la lassitude autour de son coeur .

 

     C'est un hardi quand il voit les ennemis de l'Égypte ; c'est sa joie que refouler les troupes adverses. Quand il saisit son bouclier, il piétine (les ennemis). Il ne s'y prend pas à deux fois pour tuer. Personne ne peut échapper à sa flèche ; personne ne peut bander son arc. Les étrangers fuient ses deux bras comme la puissance de la grande déesse. Il combat comme s'il prévoyait le but, et ne se soucie pas du reste.

 

     C'est un possesseur de charme, grand de douceur : l'amour a conquis pour lui. Sa ville l'aime plus qu'elle-même. Elle s'honore de lui plus qu'en son propre dieu. Hommes et femmes passent en exaltation grâce à lui, maintenant qu'il est roi

 

     Il a conquis étant encore dans l'oeuf : son visage est tourné vers cela depuis qu'il a été mis au monde. C'est quelqu'un qui multiplie ce qui est né avec lui. C'est un unique que donne le dieu. Combien se réjouit ce pays qu'il gouverne. C'est quelqu'un qui élargit les frontières : il conquerra les pays du Sud et ne tiendra nul compte des pays du Nord car il a été créé pour frapper les Asiatiques et pour écraser les Coureurs des sables.

 

     Dépêche (un messager) vers lui. Fais qu'il connaisse ton nom ; ne blasphème pas loin de Sa Majesté. Il ne manquera pas de faire du bien à un pays qui sera loyal envers lui.

 

     Alors il me dit : Et assurément l'Égypte est heureuse, elle sait qu'il est puissant !

 

      "Vois, tu es ici. C'est avec moi que tu es : ce que je ferai pour toi sera bon."

 

      Il me présenta à ses enfants ; me maria à sa fille aînée ; fit que dans son pays je me choisisse le meilleur de ce qu'il possédait à la frontière d'un autre pays étranger : c'était une belle terre qui s'appelait Iaa. Les figues y poussaient ; et aussi la vigne : le vin y était plus abondant que l'eau. En grande quantité également son miel et son huile de moringa. Tous les fruits étaient sur ses arbres. L'orge y croissait ainsi que l'épeautre. Tout le bétail s'y trouvait en abondance.

 

     Certes, beaucoup de choses m'échurent en raison de l'amour qu'il me portait : il me fit chef d'une tribu parmi la meilleure de son pays ; fit préparer à mon intention nourriture et boissons, comprenant du vin chaque jour, de la viande bouillie, de la volaille rôtie, sans compter le petit gibier sauvage du désert que l'on prenait au piège pour moi et que l'on déposait devant moi, indépendamment des apports de mes chiens. On faisait pour moi de nombreuses douceurs et il y avait du lait dans tout ce qui était cuit.

 

     Je vécus là un grand nombre d'années. Mes enfants étaient devenus des hommes robustes, chacun maîtrisant sa tribu.

 

     Le messager qui remontait ou descendait vers la Résidence royale s'arrêtait auprès de moi car je faisais s'attarder tous les Égyptiens : je donnais de l'eau à l'assoiffé, remettais l'égaré sur le chemin et secourais celui qui avait été volé.

 

    Aux Bédouins, disposés à se quereller avec les gouverneurs étrangers, je m'opposai. Et voici que le prince du Rétchénou fit que je passai trois années durant en tant que commandant de son armée. Tout pays étranger contre lequel je marchai, je lui donnai l'assaut, de sorte qu'il était chassé de ses pâturages et de ses puits. Je massacrai ses troupeaux, emmenai ses sujets, saisis leur nourriture, tuai les gens qui s'y trouvaient par la force de mon bras, par mon arc, par mes actions et mes mouvements, ainsi que par mes plans habiles.

 

     Je trouvai faveur en son coeur. Il m'aima car il savait que j'étais brave. Il me plaça avant ses enfants car il avait vu la force de mes deux bras.

 

     Et un homme fort de venir du Rétchénou et de me provoquer dans ma tente. C'était un champion sans pareil : il l'avait soumis tout entier.

Il dit qu'il se battrait avec moi. Il avait pensé qu'il me dépouillerait. Il se proposait de piller mes troupeaux sur le conseil de sa tribu.

 

     Le Prince s'entretint avec moi. Je dis : "Je ne le connais pas ; en vérité, je ne suis pas de ses compagnons et n'ai aucune liberté d'accès à son campement.

Ai-je jamais forcé son intérieur de maison ? Franchi ses clôtures ?

 

     C'est une opposition de coeur parce qu'il me voit en train d'exécuter tes ordres.

Assurément, je suis comme le taureau vagabond au milieu d'un autre troupeau : le mâle du troupeau l'attaque tandis que le boeuf à longues cornes fond sur lui. 

 

     Existe-t-il un homme de condition modeste aimé en tant que chef ?

Il n'y a aucun étranger qui s'associe à un homme du Delta.

Qui peut fixer la plante de papyrus  sur le rocher ?

A supposer qu'un taureau aime le combat, un taureau d'élite aimera-t-il tourner le dos de crainte que l'autre ne l'égale ?  

Si son coeur est enclin à se battre, qu'il exprime sa volonté !

Un dieu ignore-t-il ce qui lui est destiné ? Sait-il comment ?"

 

     Je passai la nuit à vérifier (les ligatures de) mon arc. Je disposai mes flèches ; aiguisai ma dague ; fourbis mes armes. Lorsque la terre se fut éclairée, le Rétchénou était arrivé .

 

     Il avait rassemblé ses tribus, réuni les deux moitiés du pays, car il pensait à ce combat.

C'est ainsi qu'il marcha sur moi alors que j'étais debout ; je me plaçai dans son voisinage. Chaque coeur brûlait pour moi ; les femmes et même les hommes jacassaient ; chaque coeur était angoissé.

Ils disaient : "Existe-t-il quelqu'un de plus combattant que lui ?"

 

     Il leva son bouclier et sa hache ; une brassée de javelots tombèrent sur moi. Après que j'eus évité ses armes, je fis en sorte que ses flèches passassent à côté de moi jusqu'à la dernière, l'une se rapprochant de l'autre. Alors, il s'ingénia à me désarmer et fonça sur moi. C'est alors que je tirai ma flèche qui se ficha dans son cou. Il poussa un cri et tomba sur le nez : je l'abattis (avec) sa hache et lançai mon cri de guerre sur son dos. Tous les Asiatiques crièrent de joie.

 

     Je rendis grâces à Montou tandis que ses thuriféraires célébraient son triomphe.

Et ce chef Amounenchi me serra dans ses bras.

 

     Alors j'emportai ses biens , pillai son bétail, et ce qu'il projetait de faire contre moi, je le fis contre lui. Je pris ce qu'il avait dans sa tente et dépouillai son campement. Et je devins important à cause de cela ; j'étais large en biens et riche en troupeaux.

Ainsi le dieu a agi pour satisfaire celui contre qui il était irrité et qu'il avait égaré dans un autre pays.

 

     Aujourd'hui, son coeur était apaisé : un fugitif s'enfuit  à cause de sa situation ; mon renom est dans la Résidence. Un paresseux qui traînait à cause de la faim, à présent je donne du pain à mon voisin. Un homme qui quittait sa terre par dénuement, je possède des vêtements de lin fin. Un homme qui courait par manque d'émissaires, je suis riche de serviteurs. Ma maison est belle ; vaste est ma demeure .

 

     Mon souvenir est au Palais. Ô dieu, quel que tu sois qui as ordonné cette fuite, puisses-tu être clément et me rendre à la Cour.

 

      Assurément, tu m'accorderas que je revoie l'endroit où séjourne mon coeur : que peut-il être de plus important que mon enterrement dans le pays où tu m'as mis au monde ?

Ceci est un appel au secours afin que survienne un heureux événement et que le dieu puisse me témoigner sa bienveillance. Puisse-t-il agir de manière telle qu'il améliore la fin de celui qu'il avait rendu misérable, son coeur ayant pitié de celui qu'il avait déraciné pour vivre sur une terre étrangère.

 

     Si donc, aujourd'hui, il est apaisé, puisse-t-il entendre la prière de celui qui est loin afin qu'il se détourne de l'endroit dans lequel il a erré vers celui d'où il s'est amené.

 

     Puisse le roi d'Égypte m'être clément ; puissé-je vivre dans ses bontés ; puissé-je saluer la maîtresse du pays qui est en son palais ; puissé-je entendre les messages de ses enfants.

 

     Puissent mes membres rajeunir  parce que, certes, la vieillesse est survenue et la faiblesse m'a assailli : mes yeux s'alourdissent, mes bras s'affaiblissent, mes jambes ne peuvent plus suivre, (mon) coeur étant fatigué. Je suis proche du trépas, proche d'être conduit aux villes d'éternité.

 

     Puissé-je servir la Dame de l'Univers ; puisse-t-elle me dire que ses enfants sont devenus accomplis.

 

     Puisse-t-elle passer une éternité au-dessus de moi.

 

     Or donc, il fut dit à la Majesté du Roi de Haute- et de Basse-Égypte Kheperkarê, juste de voix, l'état dans lequel je me trouvais. Alors Sa Majesté envoya vers moi (des messagers) porteurs de largesses de la part du roi : elle réjouissait le coeur de l'humble serviteur que je suis comme (celui) d'un chef de n'importe quel pays étranger. Les enfants royaux qui étaient dans son palais firent que j'entende leurs messages.

 

     Copie de l'ordre royal  apporté au serviteur que je suis à propos de son retour vers l'Égypte : "Horus Vivant de Naissance ; Les Deux Maîtresses : Vivant de Naissance ; Le Roi de Haute - et Basse-Égypte Kheperkarê ; Le fils de Rê, Amenemhat, Qu'il vive pour l'éternité et à jamais.

 

     Ordre royal au militaire Sinouhé : Vois, c'est pour que tu saches ce qui suit que cet ordre royal t'a été apporté. Tu as parcouru les pays étrangers depuis Qedem jusqu'au Rétchénou. C'est selon le seul conseil de ton coeur qu'un pays t'a donné à un autre pays. Qu'avais-tu fait pour que l'on ait eu à agir contre toi ? Tu ne parleras pas devant le Conseil des Notables de sorte que l'on puisse s'opposer à tes propos. Cette perspective de poursuite a entraîné ton coeur, elle n'était pas dans mon coeur contre toi !

 

     Ce tien ciel qui est dans le Palais, elle est établie et florissante aujourd'hui . Le bandeau de sa tête, c'est la royauté ; ses enfants sont dans la Résidence : tu entasseras les richesses qu'ils te prodigueront, tu vivras de leurs largesses.

 

     Reviens en Égypte afin que tu voies la Cour à laquelle tu as grandi ; afin que tu baises le sol devant la double grande porte ; afin que tu te joignes aux compagnons.

 

     Vraiment, maintenant tu as commencé à vieillir, tu as perdu la virilité. Songe pour toi au jour de l'enterrement, au passage à l'état d'imakh. La nuit te sera assignée dans l'huile ainsi qu'avec des bandelettes des deux mains de Tayt .

 

     On fera pour toi un cortège funéraire le jour de rejoindre la terre, un cercueil en or et la tête en lapis-lazuli, un ciel sera sur toi. Une fois placé dans le catafalque, des boeufs te traîneront ; des musiciens seront devant toi ; on exécutera la danse funèbre à l'entrée de ta tombe ; on lira pour toi la liste des offrandes ; on sacrifiera à l'entrée de tes tables d'offrandes ; tes piliers seront construits en pierre blanche parmi les enfants royaux.

 

     Certes, tu ne mourras pas en pays étranger ; les Asiatiques ne te conduiront pas au tombeau ;  ce n'est pas dans la peau d'un bélier que tu seras placé ; il ne sera pas fait pour toi un simple tertre. Cela est trop important pour que tu continues à errer.

 

     Songe à la mort : reviens ! "

 

     C'est alors que je me tenais debout au milieu de ma tribu que me parvint cet ordre. Après qu'il me fut lu, je me mis à plat ventre et touchai le sol. La poussière du sol, je la répandis sur mes cheveux. C'est en criant que je parcourus mon campement : comment ceci peut-il être fait à un serviteur que son coeur a égaré vers des pays étrangers ? Assurément, bonne est la clémence qui me sauve de la mort.

 

     Ton Ka fera en sorte que je passe la fin (de ma vie), mon corps étant à la Cour. 

 

 

     Copie de l'accusé de réception de ce décret.

Le serviteur du Palais, Sinouhé, dit : En très bonne paix !

Concernant cette fuite qu'a faite cet humble serviteur dans son ignorance, il est grandement bon que ton Ka l'ait bien comprise, dieu parfait, Seigneur du Double Pays, qu'aime Rê et que favorise Montou, Maître de Thèbes.

 

     Amon, Souverain du trône des Deux Terres ; Sobek ; Rê ; Horus ; Hathor ; Atoum avec son Ennéade ; Sopdou ; Neferbaou ; Semserou, l'Horus oriental ; la Dame de Bouto - qu'elle enserre ta tête ! - ; le Collège qui siège sur les flots ; Min-Horus qui réside dans les montagnes ; Oureret, Dame de Pount ; Nout ; Haroëris-Rê et tous les dieux de l'Égypte et des îles de Ouadj-Our : qu'ils donnent vie et puissance à ta narine, qu'ils te dotent de leurs présents ; qu'ils t'accordent l'éternité sans limite, l'éternité sans fin. Que ta crainte soit répétée par plaines et monts car tu as soumis ce qu'encercle le Disque. Ceci est une prière du serviteur que je suis, pour son Maître qui le sauve de l'Ouest .

 

     Le Maître de la Connaissance, (lui) qui connaît les hommes, puisse-t-il comprendre, dans la majesté du Palais, que le serviteur que je suis craignait de dire cela ; et c'est une affaire extrêmement grave à répéter. Le dieu grand, l'égal de Rê, connaît celui qui a oeuvré pour lui, spontanément. Le serviteur que je suis est dans la main de celui qui s'enquiert à son propos ; et la situation dépend de sa décision. Ta Majesté est un Horus conquérant et tes bras sont puissants à l'encontre de tous les pays. Que Ta Majesté ordonne que soit ramené Meki de Qedem, Khentyouiaouch de Khentkéchou, Ménous du double pays des Fenékous : ce sont des princes renommés qui ont grandi dans ton amour. Point n'est besoin de rappeler le Rétchénou : il t'appartient pareillement, comme tes chiens.

 

     Quant à cette fuite que le serviteur que je suis a faite, elle n'était pas prévue, elle n'était pas dans mon coeur, je ne l'avais pas préparée. Je ne sais pas qui m'a éloigné de l'emplacement où je me trouvais : c'était comme une sorte de rêve, comme quand un homme du Delta se voit à Éléphantine ou un homme des marais en Nubie. Je ne craindrai plus : on ne m'avait pas persécuté, je n'avais pas encouru de reproches, on n'avait pas entendu mon nom dans la bouche du héraut

    

     En dépit de cela, mes membres frémirent, mes jambes détalèrent, mon coeur prit possession de moi et le dieu qui m'avait ordonné cette fuite, il m'entraîna. Je n'étais pourtant pas un orgueilleux. Un homme qui connaît son pays est craintif : Rê a placé la crainte de toi à travers le pays et la terreur de toi en toute terre étrangère. Que je sois à la Cour ou que je sois en ce lieu, c'est à toi qu'il appartient de recouvrir cet horizon car le soleil se lève selon ton désir. L'eau du fleuve, c'est quand tu le désires qu'elle est bue ; l'air dans le ciel, c'est quand tu le dis qu'il est respiré.

 

     Le serviteur que je suis transmettra ses biens à la progéniture qu'il a engendrée en ce lieu.

 

     Que Ta Majesté agisse selon son désir : on vit de l'air que tu donnes. Puissent Rê, Horus et Hathor aimer ta noble narine dont Montou, Maître de Thèbes, souhaite qu'elle vive éternellement.

 

   On vint vers l'humble serviteur que je suis. Il fut donné que je passe un jour à Iaa pour transmettre mes biens à mes enfants, mon fils aîné ayant la responsabilité de ma tribu ; ma tribu et tous mes biens étant dans sa main : mes serfs, tous mes troupeaux, mes fruits et tous mes arbres fruitiers.

 

     Alors cet humble serviteur partit vers le sud. Je fis halte sur les Chemins d'Horus : le commandant ayant la charge de la patrouille envoya un messager à la Cour pour faire en sorte qu'on le sache. Alors sa Majesté fit venir un excellent directeur des paysans du domaine du palais royal : des bateaux chargés l'accompagnaient sur (lesquels)  étaient des cadeaux de la part du roi pour ces Bédouins venus à ma suite en vue de m'escorter jusqu'aux Chemins d'Horus. Je nommai chacun d'eux par son nom, tous les serviteurs étant à leur tâche.

 

     C'est tandis que l'on pétrissait et que l'on filtrait devant moi que je pris la route et fis voile jusqu'à ce que j'atteigne la ville de Licht.

 

     Ce fut très tôt que l'aurore pointa. Quelqu'un qui m'appela se présenta : dix hommes s'en vinrent et dix s'en allèrent me conduire au palais. Je touchai le sol du front entre les sphinx : les enfants royaux qui se tenaient dans l'épaisseur (du portail)  m'accueillirent. Les courtisans qui avaient été introduits dans la salle hypostyle me placèrent sur le chemin de la salle d'audience.

 

     Je trouvai sa Majesté sur un grand trône d'électrum (installé) dans une niche. Prosterné, je m'évanouis en sa présence. Ce dieu s'adressa à moi amicalement. J'étais comme un homme pris dans le crépuscule : mon âme défaillait, mes membres tremblaient ; mon coeur, il n'était plus dans mon corps ; je ne distinguais plus la vie de la mort.

 

     Alors sa Majesté dit à un de ces courtisans : "Relève-le. Fais qu'il me parle".

Puis, sa Majesté dit : "Vois, tu es revenu. C'est après que la fuite eut remporté  sa victoire sur toi que tu as foulé aux pieds les pays étrangers. Devenu vieux, tu as atteint un âge avancé. Ce ne sera pas une petite chose que ton enterrement. Tu ne seras pas inhumé par les Asiatiques.

N'agis pas sans cesse contre toi : tu ne parles pas, alors que ton nom est prononcé ? "

 

     Je craignais une punition et je répondis à cela par des propos d'homme effrayé : "Que me dit mon maître ? Si je réponds ainsi, ce n'est pas à cause de moi, c'est l'action d'un dieu ; c'est une crainte qui est dans mon corps comme ce qui avait déterminé la fuite fatale.

 

     Vois, je suis devant toi. La vie t'appartient. Que Ta Majesté agisse comme elle le désire."

 

     Alors, on fit en sorte que soient introduits les enfants royaux.

Sa Majesté dit à la reine : "Vois, Sinouhé est revenu en tant qu'Asiatique créé par les Bédouins !"

Elle poussa un très grand cri ; les enfants royaux s'exclamèrent à l'unisson, disant alors devant sa Majesté : "Ce n'est pas lui, en vérité, souverain mon maître ! "

Mais sa Majesté répondit : "C'est bien lui. Vraiment ! "

 

     Or, ils avaient apporté leurs colliers-ménat, leurs sistres-sekhem et leurs sistres-séséchet avec eux. 

 

     Ils les présentèrent alors à sa Majesté : "Que tes mains soient vers la Beauté, ô roi durable ; que ton corps soit la parure de la Dame du ciel ; que la Déesse d'Or donne la vie à ta narine et que la Dame des Étoiles s'unisse à toi. Puisse la Couronne de Haute-Égypte descendre vers le nord et la Couronne de Basse-Égypte remonter vers le sud, unies et combinées selon la parole de Ta Majesté ! Que l'uraeus soit placée à ton front. Puisses-tu éloigner les sujets du malheur et Rê, Maître du double Pays, sera satisfait de toi. Salut à toi, ainsi qu'à la souveraine universelle.

 

     Détends ton arc, dépose ta flèche et donne le souffle à celui qui étouffait ; donne-nous notre beau présent en la personne de ce Bédouin, fils de Méhyt, étranger, né en Égypte : il a fui par peur de toi, il a quitté le pays par terreur de toi. Ne blémira pas le visage de celui qui a vu ton visage ; l'oeil qui t'a regardé ne craindra pas."

 

     Sa Majesté dit alors : "Il ne craindra pas, il n'aura plus de raison d'avoir peur : il sera un noble d'entre les nobles ; il sera placé parmi les courtisans.

   Quant à vous, allez vers la chambre du matin  pour prendre soin de lui."

 

     Je sortis de l'intérieur de la salle d'audience alors que les enfants royaux me donnaient la main, nous allâmes ensuite vers la double grande porte. Je fus installé dans une maison de fils de roi dans laquelle se trouvaient des objets précieux. Il existait là une salle fraîche ainsi que des images de l'horizon.

Il y avait aussi des choses précieuses appartenant au Trésor. Des vêtements de lin royal, de la myrrhe et de l'huile d'oliban pour le souverain et les nobles qu'il aime se trouvaient dans chaque chambre.

 

     Tous les serviteurs s'affairaient à leur tâche : on fit que passent les années sur mon corps ; je fus épilé et mes cheveux furent peignés. Voici que la vermine  fut rendue au désert et mes vêtements aux Coureurs de sable (= les Bédouins) .

Je fus vêtu de lin fin, oint d'huile fine, couchant sur un lit. Je laissai le sable à ceux qui y vivent et l'huile d'arbre à celui qui s'en oint.

 

     On me donna la maison d'un propriétaire de jardin telle qu'il convient à un courtisan : de nombreux ouvriers l'aménagèrent, tous ses arbres étant à nouveau plantés. 

 

     On m'apportait de la nourriture du Palais trois à quatre fois par jour, en plus de ce que donnaient les enfants royaux, sans un moment d'interruption. Une pyramide en pierre fut construite pour moi au sein des pyramides. Le chef des tailleurs de pierre prit possession du terrain ; le chef des dessinateurs y dessina ; le chef des graveurs y grava : les chefs des constructions de la nécropole s'en occupèrent.

Il fut pris soin de tout le mobilier (funéraire)  placé dans le caveau.

 

     On me donna des serviteurs du Ka. Un domaine funéraire fut constitué pour moi, avec des champs cultivés et un jardin à sa place normale, comme l'on fait pour un Ami de premier rang.

 

     Ma statue fut recouverte d'or et son pagne était en électrum : c'est sa Majesté qui avait permis qu'elle fût réalisée. Il n'y a point d'homme de condition inférieure pour lequel on ait fait semblable chose.

 

     Je fus l'objet des faveurs royales jusqu'à ce que vint le jour de la mort.

 

 

     C'est ainsi qu'il est venu, de son commencement jusqu'à sa fin, comme ce qui a été trouvé sur le document écrit.

 

 

* * *

 


      Une ultime fois, il m'agrée d'insister sur ce que cette mienne traduction dut à l'enseignement, aux conseils avisés et aux corrections pointues du Professeur M. Malaise qui, voici près d'un quart de siècle, à l'Université de Liège, guida mes premiers pas dans l'apprentissage de la langue et de l'écriture égyptiennes.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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commentaires

Cendrine 19/10/2012 16:46

Bonsoir Richard,

J'ai profondément aimé retrouver le texte intégral des aventures de Sinouhé mais j'ai pris un grand plaisir à en explorer les arcanes de la manière dont vous l'avez initialement présenté.

Une fois encore, merci pour cette lecture privilégiée, pour les saveurs de la langue que nous avons dégustées grâce à votre admirable traduction et pour votre générosité.

Je vous embrasse sur les deux joues!

Avec mon amitié et un grand sourire!

Cendrine

Richard LEJEUNE 22/10/2012 07:26



     Sinouhé fut pour moi aussi en son temps déjà lointain de traduction, en ces derniers mois pendant lesquels je l'ai fait découvrir à mes
lecteurs, un réel plaisir d'esthétique littéraire.


 


     Merci à vous, Cendrine, d'en avoir suivi avec autant d'attention et de patience tous les épisodes successifs.



Louvre-passion 15/10/2012 20:39

Si, un conteur, puisque il ne suffit pas de traduire mais aussi de "mettre en forme" l'histoire pour les lecteurs et c'est là que tu apporte ta touche personnelle.

Richard LEJEUNE 15/10/2012 21:02



     Merci, LP, tu as probablement quelque peu raison.


 


     Mais, jamais, il ne faut oublier l'auteur, le créateur de l'oeuvre antique, illustre inconnu à ce jour, ainsi que le Professeur Malaise qui
m'a tout appris ...


 


    Quant à la phrase, la langue, la touche personnelle, comme tu l'écris : n'oublions pas qu'elle constitue toujours le fruit d'un passé de
lecteur et, là, sont à mettre en exergue, tous les littérateurs lus, aimés et qui, indiscutablement, ont laissé des traces, ne fût-ce que dans l'inconscient de notre style ...


 


     Nous ne sommes jamais que les (dignes ?) successeurs de ceux qui nous ont précédés.



Louvre-passion 14/10/2012 19:33

Je rejoins l'avis général, la publication de "l'intégrale" était une bonne initiative. En te lisant, en lisant d'autres blogs amis je me fais la réflexions que nous sommes - d'une certaine façon -
les nouveaux conteurs de ce début de IIIe millénaire.

Richard LEJEUNE 15/10/2012 09:08



     Nouveau conteur, moi ??


 


     Tu es aimable, V., mais je ne suis qu'un modeste traducteur, parmi d'autres, de cette oeuvre remarquable ... 



FAN 13/10/2012 15:44

Cher Richard, je le trouve très intéressant à lire ce roman rédigé en intégral et si je peux vous suggérer de le livrer à Calaméo comme dit Carole, c'est qu'il sera lu par de nombreux lecteurs
(trices)!!C'est gratuit (un peu comme Kisoa avec les photos) le texte passera par Facebook si vous le souhaitez!! il faut faire parfois confiance aux outils informatiques de pointe!! Pensez aux
grands et petits qui ne demanderont qu'à lire les aventures de SINOUHE!! j'espère que vous pourrez le rendre attrayant avec des illustrations!!! Longue vie à SINOUHE!!! BISOUS FAN

Richard LEJEUNE 15/10/2012 07:52



     Merci, chère Fan, pour vos conseils qui s'inscrivent dans le droit fil de quelques-uns déjà reçus ...

     J'y songerai.



christiana 12/10/2012 10:38

Je crois que ces sites sont bien faits et faciles à manipuler. Il suffit de lire les instructions. J'avais fait un "truc" de ce genre lorsque j'étais complètement novice sur internet et je m'en
étais sortie sans problème. Il doit d'ailleurs toujours traîner quelque part dans les méandres d'internet...

Richard LEJEUNE 12/10/2012 10:43



     Merci Christiana d'essayer de me donner confiance. Je vais peut-être tenter l'expérience ...



christiana 11/10/2012 18:01

J'ai regardé le site Calaméo, c'est assez bien fait le livre virtuel... Comme vous je suis assez méfiante mais ici ça a l'air vraiment gratuit, ce sont les pubs qui payent le site.
Je comprends maintenant pourquoi vous associez Amélie Notomb à votre traduction.
Personnellement, j'aimais bien avoir vos explications au jour le jour...

Richard LEJEUNE 12/10/2012 08:16



     Merci à vous Christiana pour ces petits avis successifs ...


 


     Pour ce qui concerne une éventuelle publication sur Calaméo, indépendamment de ma méfiance atavique, je n'ose m'y lancer en raison de la
parfaite connaissance que j'ai de mes limites en matière de manipulations informatiques ...



JA 10/10/2012 21:32

merci pour votre réponse circonstanciée....
je m'aperçois que j'ai signé HA, !!!!! d'autre part je n'ai pas eu le message comme quoi vous m'aviez répondu....gros souci sur overblog, j'essaie en vain d'écrire un article sur Hopper au Grand
Palais, épuisants ces ordinateurs mais tout de même magiques....
quant aux réseaux sociaux, c'est assez complexe mais on va y arriver......
JA

Richard LEJEUNE 11/10/2012 08:26



     Oui, j'avais remarqué mais HA n'était, d'évidence, qu'un malencontreux glissement du doigt sur le clavier.


 


     Overblog travaille probablement à peaufiner sa nouvelle présentation qui est testée depuis juin dernier d'où, quelques fois, l'un quelconque
"dérapage" tel que celui que vous m'indiquez ici. C'est à tout le moins ce que j'aime à penser ... 


Pour la suite, pas de panique ! Nous apprécierons ou rejetterons en temps et heure si la nouvelle formule ne nous sied point !



Alain 10/10/2012 15:29

Le roman de Sinouhé, qui est assez court, est effectivement plus agréable à lire d’un bloc, ce qui permet de mieux l’appréhender.
Cela me confirme ce que je percevais déjà. J’ai publié sur mon blog, étalés dans le temps, deux romans comportant de nombreux chapitres, que tu m'as d'ailleurs fait le plaisir de suivre
régulièrement. Je sais maintenant que les blogs ne sont pas fait pour publier des récits importants (ce qui n’est pas le cas de Sinouhé). L’étalement des chapitres sur une longue durée en fait
perdre le fil car cela oblige le lecteur à une concentration plus forte, souvent préjudiciable au plaisir de la lecture et à la compréhension du récit.

Richard LEJEUNE 11/10/2012 08:19



     Merci Alain de me soumettre ton avis : il semblerait en effet qu'avoir présenté cette semaine le roman d'un seul tenant ait beaucoup plus.
Mais c'est peut-être aussi au détriment d'une certaine compréhension car, sauf à penser que ceux qui m'ont adressé 12 "J'aime" à partir de Facebook aient suivi les notes additionnelles
que j'ai proposées durant ces trois mois, il subsiste certainement, pour ceux qui viennent de découvrir Sinouhé en texte intégral, bien des interrogations dans la mesure où il nous invite à
pénétrer un passé très différent de nos conceptions contemporaines.


 


     J'ai la faiblesse de croire qu'à bien des égards, mes explications supplémentaires de fin d'article, doivent avoir été les bienvenues. Et
beaucoup de lectrices et de lecteurs me l'ont d'ailleurs signifié ...


Explications que je n'aurais évidemment pas pu ajouter ici ce mardi.      



JA 09/10/2012 19:54

merci pour cette mise en page intégrale du roman.
excusez moi mais en relisant le texte en entier je ne peux m'empêcher de voir l'évolution de la place de la femme: il est peu question des femmes si ce n'est de la Reine, du harem ou "on me maria à
la fille ainée", par contre il est souvent question des enfants royaux . La citation de Nothom est appropriée mais Saint John Perse, c'est plus lyrique....
A bientôt
HA

Richard LEJEUNE 10/10/2012 07:55



     Votre remerciement, Jocelyne - à l'instar de celui d'autres lectrices et lecteurs -, m'invite à me poser une question : cet engouement que
le Roman de Sinouhé a connu ces trois derniers mois sur mon blog aurait-il été le même si, au point de départ, sans autres ambages, j'avais proposé comme ici le texte intégral à la
lecture ???


 


    Je suis de ce point de vue sidéré de découvrir sous mon article, le lendemain même de sa parution, que 12 "facebook-inistes" aiment ça
!!! Mais puisqu'il paraît que Facebook et autres Tweeter sont des réseaux sociaux, pourquoi diantre ne m'écrivent-ils pas les raisons de cet "amour" ??


Ainsi, aurions-nous au moins tout loisir de converser ...


 


   Pour donner suite à votre commentaire : je pense que vous commettez une erreur de jugement en écrivant qu'il est souvent plus question d'enfants royaux
que de femmes dans ce roman : ils n'apparaissent en réalité qu'à l'extrême fin - dans mon découpage, au niveau des deux derniers "épisodes" -, quand Sinouhé est reçu au palais dès son retour en
Égypte. Et là, le narrateur les fait intervenir tout autant que la reine elle-même. Et cela, parce qu'ils ont un rôle à jouer dans cette scène qui doit conduire à la "re-naissance" de
l'exilé.


 


    En revanche, là où vous avez tout à fait raison, c'est que l'on ne voit passer dans cette oeuvre que l'ombre d'une seule femme : la fille
d'Amounenchi que Sinouhé épousa. Et, pour sa part, elle n'intervient qu'une seule fois. Il n'est même plus question d'elle quand, prêt à partir, le vieil homme distribue ses biens en héritage à
ses fils. Est-elle toujours en vie ? Ne l'est-elle plus ? A-t-elle été répudiée ? L'auteur, à son sujet, n'écrit strictement plus rien !


 


     Quant à la différence de style entre Amélie Nothomb et Saint-John Perse, nous sommes en parfait accord, vous et moi ...


 



Carole 09/10/2012 15:06

Merci, c'était très agréable de relire l'ensemble !

Richard LEJEUNE 09/10/2012 15:15



     C'est essentiellement sur vos conseils, vous l'aurez compris, que j'ai pris l'initiative de "chambouler"  mon programme et d'intercaler
ici le roman dans son intégralité ...


 


     Heureux que cela vous ait convenu.



Selkis-Cat 09/10/2012 14:16

Avec ceux-là qui, s'en allant, laissent aux sables leurs sandales, avec ceux-là qui, se taisant, s'ouvrent les voies du songe sans retour........

Saint John Perse
AMERS - Coeurs
NRF Poésie-Gallimard P. 177

Richard LEJEUNE 09/10/2012 15:12



     Ouiiiiii


 


     Et il poursuit, trois paragraphes plus bas (Amers - Choeurs, 2, Gallimard, La Pléiade, p. 367 de mon édition de
1972 :


 


     Ainsi le conquérant, sous sa plume de guerre, aux dernières portes du Sanctuaire : "J'habiterai les chambres interdites et je m'y
promènerai ..."


Bitume des morts, vous n'êtes point l'engrais de ces lieux-là ! 



Selkis-Cat 09/10/2012 07:47

Merci Richard.
La citation d'Amelie est parfaite en la circonstance mais je suis triste que Saint John Perse ne m'accompagne pas une dernière fois.....

Richard LEJEUNE 09/10/2012 09:11



     Tu as raison, Selkis : j'aurais peut-être dû permettre à Saint-John Perse de rencontrer une dernière fois Sinouhé !


 


     Dès lors, pour eux, pour toi, pour toutes mes lectrices et tous mes lecteurs qui ont apprécié ce couple improbable, un ultime extrait
:


 


     "Ils m'ont appelé l'Obscur et j'habitais l'éclat."


 


 


SAINT-JOHN  PERSE


Amers, Strophe, II 


 


dans Oeuvres complètes,


Paris, Gallimard, La Pléiade,


p. 283 de mon édition de 1972.


 



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