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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 23:00

 

     Nous nous sommes quittés samedi dernier, rappelez-vous amis lecteurs, après avoir évoqué les premières techniques photographique mises au point au cours du XIXème siècle et, in fine, admiré quelques-uns - trop peu à mon goût ! - des 150 clichés réalisés par le jeune photographe parisien Edouard Jarrot que Prisse d'Avennes avait choisi pour l'accompagner, lui et le tout aussi jeune peintre néerlandais Willem de Famars Testas, lors de sa seconde mission en Egypte, de 1858 à 1860.

 

     Aujourd'hui, lors de notre pénultième rendez-vous consacré, dans la Galerie Mansart de la Bibliothèque nationale de France au "Quadrilatère Richelieu", à l'immense travail que réalisa l'orientaliste français Emile Prisse d'Avennes pour rendre compte des beautés de la civilisation égyptienne antique et de l'arabe contemporaine, je vous propose, avant de vous emmener samedi prochain à l'intérieur de la deuxième enclave centrale entièrement dédiée au papyrus qu'il ramena d'Egypte après sa première mission et qu'il offrit à la Bibliothèque royale, future BnF, de nous pencher sur deux tables-vitrines qui ont été disposées entre les cimaises supportant les photos de Jarrot qui furent au coeur de notre précédente rencontre : elles constituent une sorte d'introduction à la présentation du papyrus proprement dite que nous aborderons lors de notre prochaine et dernière rencontre.

 

 

     Le meuble vitré de gauche nous donne à voir le fac-similé de la lettre qu'Emile Prisse d'Avennes envoya le 25 février 1858 à François-Joseph Chabas (1817-1882) pour lui expliquer les conditions d'acquisitions du papyrus ; conditions que j'avais d'ailleurs largement évoquées en février dernier mais qu'en quelques mots je peux résumer.

 

 

      Dans cette missive à Chabas, Prisse note que c'est un des fellahs qu'il avait rémunéré pour fouiller à Drah Aboul Neggah qui vint lui proposer à l'achat, arguant maladroitement qu'il appartenait à une veuve qui, dans le besoin, désirait s'en départir.

 

     L'Avesnois soupçonna, mais ne parvint jamais à le prouver, que l'indélicat personnage le lui avait soustrait lors de fouilles réalisées sous ses ordres, espérant ainsi en retirer un certain profit en le lui revendant. Ce document qui, selon les "règles" en vigueur à l'époque, aurait dû lui revenir de droit, l'orientaliste fut certain de l'avoir en définitive payé deux fois ! Après quelques tentatives de marchandage, il versa néanmoins 1000 piastres (250 anciens francs français, soit quelque 40 €.) pour l'acquérir.

 

 

     Aux côtés de cette lettre, ici devant nous, ont été déposés une palette de scribe, une reproduction moderne d'un rouleau de papyrus littéraire datant du Moyen Empire, le magnifique godet à eau en faïence siliceuse peint au nom de Paser, vizir de Ramsès II, provenant de la vitrine 5 de la salle 6 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre (E 5344),

 

Expo-BnF---Godet-de-Paser--E-5344-.jpg

 

 

un ostracon acquis en 2007 par le Louvre (E 32971), ainsi qu'une lettre du 31 décembre 1844 émanant du Ministère de l'Instruction publique conservée au Département des Manuscrits de la BnF et adressée au directeur de l'époque pour lui annoncer l'arrivée du précieux papyrus.

  

     Quant à la table vitrine de droite, nous y découvrons l'exemplaire référencé BnF, PHS, 4-03 A-2238 de l'étude que l'égyptologue tchèque Zbynek Zaba, rencontré au printemps 2010, publia en 1956 sur l'Enseignement de Ptahhotep ; travail que, je le rappelle, vous pouvez ici librement télécharger.

 

     Il est ouvert à une double page sur laquelle, à droite, se lisent 8 lignes de signes de l'écriture hiératique dans laquelle furent rédigées les sapiences de Ptahhotep et, à gauche, les mêmes, transposées en hiéroglyphes. En dessous de chacune d'elles, la traduction qu'en donna le savant tchèque.

 

     Avec cet ouvrage sont proposés le cahier de notes de François-Joseph Chabas qui, lui aussi, se pencha sur la même oeuvre, ainsi qu'un grand livre de quelque 50 centimètres de hauteur pour 40 de large : il s'agit de la publication que donna Prisse d'Avennes en 1847 d'un fac-similé en couleurs de "son" papyrus. Il a été ouvert de manière telle que nous apparaissent les planches VII - VIII et IX. 

 

     Après cette petite "mise en appétit", il ne nous reste plus qu'à entrer dans le couloir central qui se présente  immédiatement après les deux tables vitrées que nous venons de détailler et y découvrir le célèbre Papyrus Prisse.


      Ce sera, si cela vous agrée, le but de notre ultime présence dans cette salle le 8 octobre prochain.

 

     A samedi ?

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en France
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commentaires

TIFET 06/10/2011 14:08


La notion de richesse est bien différente d'un pays à un autre, en l'occurrence même si vs pensez qu'Emile P.D.A avait peu de moyens, en Egypte il était sûrement perçu comme un "nanti" c'est-à-dire
comme quelqu'un qui pouvait se permettre de voyager déjà, puis de faire travailler des gens, de faire des fouilles, etc... statut que peu d'Egyptien pouvait se permettre à l'époque et même
maintenant, je crois qu'on ne peut pas les accuser de la même façon que si cette affaire s'était passée en France !! c'est mon point de vue Richard, j'espère que vous ne m'en garderez pas rancune
!!


Richard LEJEUNE 07/10/2011 07:25



     Rancune ? Mais de quel droit, Tifet ? Et à quel titre me poserais-je censeur ?


 


     J'ai presque envie de vous adresser cette lassante antienne, erronément attribuée à Voltaire : "Je ne suis pas d'accord avec ce que vous
dites, mais je me battrai pour que vous ayez toujours la possibilité de le dire".


 


     Il est bon, il est capital en d'autres termes, que vous puissiez, ici ou ailleurs, vous exprimer librement sur un sujet - que votre
interlocuteur soit ou non en harmonie avec votre pensée - sans craindre rancoeur, inimitié ou ressentiment négatif de sa part ...


Cela relève, à mes yeux à tout le moins, de la plus élémentaire courtoisie ...



TIFET 05/10/2011 19:20


Vous parlez de "butin" Richard ! cela veut déjà dire bien des choses....je ne soutiens absolument pas le vol tel qu'il apparait là, mais la mentalité des Egyptiens est complètement différente de la
nôtre, pour cet homme c'est "normal" qu'Emile P.D;A partage avec lui son argent car il en a beaucoup plus que lui et en même temps ce sont les trésors de son pays non ?


Richard LEJEUNE 06/10/2011 07:23



     Comme vous, chère Tifet, je n'ignore pas que le terme d'origine germanique "butin"
que j'ai sciemment employé, ressortissait, au départ, au domaine du partage. Il fut donc introduit comme tel dans notre ancien français. Mais vous vous doutez bien
que ce n'est pas dans ce sens - qu'il a d'ailleurs définitivement perdu au cours du XVIème siècle - que je l'ai écrit, mais tout simplement dans l'acception contemporaine de produit d'un
vol ! 


     Et que c'est ainsi qu'il faut le comprendre dans ce contexte avec Emile Prisse d'Avennes qui, ayant rétribué son ouvrier, n'a dès lors rien
à partager avec lui.


 


    Quant à supputer que Prisse était riche, détrompez-vous : j'ai expliqué quelque part que faute d'argent, il avait dû se contenter d'un inconnu -
Edouard Jarrot - et non d'un photographe de renom pour l'accompagner en Egypte lors de sa seconde mission. 



François 05/10/2011 17:40


Et dire que je n'ai même pas pris la peine d'ouvrir "la voix des hiéroglyphes", me fiant à la lecture du site du Musée...

Comme quoi...

Merci de l'avoir fait pour moi !

Amicalement !
François


Richard LEJEUNE 06/10/2011 07:04



     Pas de problème, François : on ne peut pas toujours penser à tout !


En outre, comme je suis à la retraite, j'ai le temps de compulser. Ce qui, me semble-t-il, ne doit pas être vraiment ton cas ... 



François 05/10/2011 14:18


Toujours ravi de lire le récit de cette visite...
Et puis tu as éveillé ma curiosité avec ce délicieux petit pot, curiosité qui m'a poussé à aller en découvrir plus sur le site du Louvre :

Les hiéroglyphes qui en recouvrent la circonférence nous disent :
"Que tout scribe sur le point d'écrire en se servant de ce godet fasse une libation (verse quelques gouttes au sol) en disant : une offrande de mille pains et bières au ka de Son Excellence... le
vizir Paser."

Merci pour cette jolie découverte !

Amicalement !
François


Richard LEJEUNE 05/10/2011 16:12



     Excellente idée que cette recherche que tu as entreprise, François !


 


     Je n'escomptais nullement faire la part belle à cette petite pièce de seulement 5 cm de hauteur - l'image est trompeuse, conviens-en ! -
mais puisque ton intérêt m'y invite, je profite de l'opportunité pour quelque peu compléter ce que tu as pu lire sur le site du Louvre.


 


     Telle que la photo est prise, nous voyons commencer les lignes hiéroglyphiques sur la gauche d'une colonne verticale juste en face de
nous.


En haut, nous reconnaissons l'ibis sur son pavois, soit l'emblème du dieu Thot. En dessous, quatre signes qui le définissent en tant que
"Seigneur des paroles divines", c'est-à-dire des hiéroglyphes.


 


     Ce sera donc à Thot, patron de la langue, patron des scribes que celui qui se servira de ce godet fera la libation avant de délayer son
encre dans la cupule et d'ainsi commencer son travail.


 


     A la première ligne, à gauche de la queue de l'ibis, - le texte se lit donc de droite vers la gauche et de haut en bas, fait le tour complet
du godet et vient se terminer tout en bas, à droite de la colonne verticale - en troisième hiéroglyphe, tu reconnaîtras certainement le signe de la palette de scribe - bien évidemment stylisé -, à laquelle est attaché le calame avec lequel le
fonctionnaire rédigera son texte.


 


     Ici, sur trois lignes horizontales, on peut lire, selon la récente traduction que propose p. 54 Christophe Barbotin dans son ouvrage La
voix des hiéroglyphes :


     Tout scribe qui écrira avec ce godet, qui versera de l'eau par ce moyen et qui prononcera (la formule) : "Veuille le roi accorder
l'offrande du millier de pains et de jarres de bière à la personne de son Excellence le noble, directeur des grands chambellans du seigneur des deux terres, le directeur de la Ville et vizir
Paser", Thot, Sechat et le Bien-aimé qui écoute (les prières) le favoriseront ! "


 


     Et oui, François : tout cela sur si peu de place !



TIFET 05/10/2011 11:52


Alors peut-être ce vilain "bonhomme" l'avait-t-il volé mais lorsque des fouilles sont réalisées à cette époque, et même à l'heure actuelle, on peut se demander si ce genre d'incident ne se répète
pas ! la différence de niveau de vie est trop grande et même s'il est un peu "voleur" il n'est pas dépourvu d'intelligence je crois !


Richard LEJEUNE 05/10/2011 12:42



     Il est très probable, effectivement Tifet, que ce genre d'incident existe de nos jours encore ... Mais vous avouerez que tenter de vendre le
butin à celui auquel on l'a dérobé est un comble ! Et je ne pense vraiment pas que cela soit une preuve d'intelligence !


 


     En outre, je ne puis vous suivre quant à trouver d'éventuelles justifications à n'importe quel acte de vol : aucune situation, aussi
précaire soit-elle, n'excuse - à mes yeux à tout le moins -, semblable attitude.


Désolé de vous décevoir, Tifet, je n'ai ni l'âme de Robin des Bois ni celle d'Arsène Lupin ...



FAN 05/10/2011 09:48


Payable en deux fois?????? MODERNE COMME TRANSACTION!!! Il faut toujours marchander avec les gens du Sud, sinon, ils se vexent!!! Moi aussi, je le trouve très beau ce godet!!! BISOUS FAN


Richard LEJEUNE 05/10/2011 10:04



     Non, Fan, ce n'est pas tout à fait cela !


Je me suis peut-être trop synthétiquement exprimé : en réalité, il s'agit d'une malversation, d'un vol et même d'un dol.


 


     Le peu scrupuleux bonhomme en question a été payé une première fois par Prisse d'Avennes pour effectuer son travail de fouilles ; et une
seconde fois quand, de l'ensemble de ce qu'il avait exhumé, il a subtilisé le papyrus et, un peu plus tard, est revenu le proposer à Prisse - mentant évidemment sur son origine -, tablant bien
sur le fait que son patron le lui achèterait.


 


     Donc, pas payé en deux fois, comme vous l'avez initialement cru mais, en définitive, rémunéré à deux reprises.



artigue 04/10/2011 11:38


Il est certain qu'il y a eu des marchandages qui maintenant sont plus réglementés, quoique que.....
le godet à eau est malgré son état, magnifique
A bientôt
JA


Richard LEJEUNE 05/10/2011 07:10



     Le godet de Paser est en effet une pièce de toute beauté que je ne cesse d'admirer quand je vais au Louvre ...



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