Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 23:00

 

      Venant de ce que, faute de dénomination officielle, j'ai appelé l'avant-salle, il est grand temps de maintenant pénétrer dans la superbe galerie proprement dite où nous accueillent, au-dessus de la porte que nous venons de franchir, le buste de l'architecte du lieu, François Mansart et, au plafond, un imposant "M" sculpté, initiale de son nom.  

 

Buste de Mansart

 

     Avec ce plan tentant de scénographier l'exposition dédiée à Emile Prisse d'Avennes qu'à votre intention j'ai rapidement griffonné, vous pourrez, me semble-t-il, mieux visualiser mes propos de ce matin et de nos prochains rendez-vous.


 

Plan Galerie Mansart

      

 

     Matériellement, le lieu se présente avec deux couloirs centraux ouverts, tout de bleu égyptien vêtus, à l'image des panneaux muraux derrière lesquels ont disparu murs et fenêtres.

 

     Mais il faut en fait comprendre que l'espace de l'exposition a été intellectuellement subdivisé en cinq sections correspondant aux différentes techniques choisies par Emile Prisse d'Avennes pour conserver, de la manière la plus exacte possible, traces tangibles de ses deux séjours en terre égyptienne. 

 

     Ce sera donc sous l'éclairage de ces cinq faisceaux distincts que je vous proposerai d'ici déambuler. Et  le premier d'entre eux, celui qui ouvre l'exposition, le premier des procédés qu'il utilisa, celui peut-être qui eut sa préférence - n'écrit-il pas, souvenez-vous, à son ami Félix Caignart de Saulcy qu'il rapporte 300 dessins parmi lesquels il y a des calques coloriés de 7 à 8 mètres de longueur ? -, celui donc qui servira de fil conducteur à notre visite de ce matin, c'est calquer.

 

     Parfois monochromes - tracés au charbon ou à l'aquarelle noire -, souvent  partiellement polychromes, volontiers annotés de sa main, réalisés la plupart du temps dans des conditions extrêmement drastiques - je songe entre autres à la seule lueur d'une bougie à l'intérieur des tombeaux -, ces relevés exécutés à même la paroi des hypogées et des temples qu'il visite avec un de ses compagnons de voyage, un vague parent hollandais, Willem de Famars Testas, ont, s'ils sont de petite dimension, le papier en guise de support et, pour ceux d'une longueur plus importante, une sorte de toile cirée translucide exportée de Grande-Bretagne.

 

     Abondamment, petits ou grands, ces calques sont ici exposés sur les murs de part et d'autre de l'entrée, avant le premier espace central. 

 

     Ainsi, à gauche, admirons notamment une aquarelle sur papier calque de 2, 12 mètres de hauteur :


 

Expo-BnF---Femme-portant-des-offrandes--Photo-Etienne-.JPG

 

il s'agit d'une jeune femme très élégamment vêtue de lin fin tenant dans sa main droite deux symboles érotiques bien connus : un canard et une fleur de lotus. Prisse a réalisé ce relevé qu'il a ensuite coloré en 1860 dans la tombe (TT 65) de Nebamon à Gournah, qu'un certain Imiséba avait usurpée à l'époque de Ramsès IX.

 

(Fonds PA, NAF 20447-29)          

(Catalogue d'exposition : illustration 4, p. 31)   

 

 

     Ou, ce dessin au crayon puis aquarellé d'un bouquet de papyrus offert par un autre Nebamon (TT 90) au roi Thoutmosis IV.

 

Expo-BnF---Bouquet-de-papyrus--Photo-Etienne-.JPG

 

 

(Fonds PA, 23-XVII-4, f. 9)

(Catalogue d'exposition : illustration 8, p. 33)    

 

     Ou encore cette joueuse de mandore, calquée dans la tombe (TT 93) de Kenamon, également à Gournah.

 

Expo-BnF---Joueuse-de-mandore--Photo-Etienne-.JPG

 


     D'autres oeuvres à la suite de celles-ci prouvent à l'envi, si besoin en était encore, l'insatiable quête du détail précis menée par Emile Prisse d'Avennes dans les calques qu'il effectue et auxquels, souvent, il ajoute des touches d'aquarelle avec grand talent, que ce soit celui d'un prêtre dans la tombe (TT 65) d'Imiseba, du groupe des pleureuses relevé dans la tombe (TT 78) du scribe royal Horemheb, sous le règne de Thoutmosis IV, ou le portrait de Tyti, épouse de Ramsès III, inhumée dans la tombe (TT 52) de la Vallée des Reines ... 

 

    Leur faisant face, sur le mur de droite donc, des calques encore, réhaussés à l'aquarelle nous donnent à voir différentes scènes provenant de l'hypogée (TT 100) de Rekhmirê, vizir à la fin du règne de Thoutmosis III et  au tout début de celui d'Amenhotep II, soit environ 1470 à 1445 avant notre ère.

 

     Sont notamment proposés son jardin, des musiciennes et différentes activités artisanales dans les ateliers du temple d'Amon à Karnak dont Rekhmirê assumait également la direction ; ainsi ces menuisiers.


 

Expo BnF - Tombe Rekhmirê - Artisans au travail (Photo Et

 

 

     (Grand merci à Etienne pour m'avoir amicalement offert les quatre clichés ci-dessus)

 

 

     C'est derechef de calques et de scènes de la chapelle funéraire de la tombe de Rekhmirê qu'il s'agit dans le premier espace central dans lequel nous nous engageons à présent.

 

     Sur notre gauche en entrant, un petit écran vidéo montre la reconstitution d'une opération de métallurgie semblable à celle de l'atelier du temple de Karnak représentée sous le registre des artisans du bois que nous venons de voir, dans la partie est du mur sud du long couloir de l'hypogée thébain : 

 

 

Expo BnF - Tombe de Rekhmirê - Atelier de métallurgie

 

 

au centre de la composition, les fondeurs actionnent avec leurs pieds les soufflets qui activent les flammes d'un four ouvert, tandis qu'en dessous, deux hommes versent le cuivre en fusion dans un moule à l'aide de tiges végétales qui leur permettent de manier  les creusets incandescents sans prendre trop de risques.

 

     Le même petit documentaire concernant la métallurgie est projeté à l'autre extrémité de cette enclave intérieure.

  

     Une autre vidéo restitue les peintures murales de l'hypogée de Rekhmirê : les prises de vue  ont été réalisées par l'égyptologue français Pierre Tallet. Ce petit film permet de voir in situ les différents registres pariétaux copiés par Emile Prisse d'Avennes sur les grands calques exposés de part et d'autre : ainsi celui de la fonte du métal mesure-t-il 260 centimètres de long pour 69 de large.

 

(Fonds PA, NAF 2044-10)

(Catalogue : illustration 2, p. 30)


 

     En accompagnement sonore, le jeune acteur français Thibaut Corrion lit des extraits de la traduction de l'autobiographie de Rekhmirê peinte dans la tombe, ainsi que celle des textes hiéroglyphiques accompagnant certaines scènes.

 

     C'est au sortir de ce premier couloir central, mais en revenant quelque peu sur nos pas pour nous intéresser aux panneaux muraux élevés contre les murs de la Galerie Mansart, que nous aborderons, le 24 septembre prochain, la deuxième section de l'exposition, consacrée quant à elle au dessin et à la peinture.

 

     Et à partir de ce moment, vous constaterez qu'une distinction majeure entre la partie gauche et la droite de la salle a été voulue par les concepteurs. Si toutefois, amis lecteurs, vous désirez poursuivre cette visite virtuelle en ma compagnie ...

Partager cet article
Repost0

commentaires

J
<br /> Passionnant ! Ces calques sont étonnants, d'une fine beauté, et leurs conditions de réalisation m'interpellent. J'imagine quelque peu les conditions, le temps qu'il a fallu ... Je suppose aussi que<br /> tout n'a pas été réalisé à l'intérieur des pyramides, face (contre ?) au modèle, mais que, de retour entre quatre murs d'habitation, ce grand artiste a précisé ses dessins, les a embellis en y<br /> ajoutant d'éventuels détails, de la couleur, ... En bref, je suppose que tout a été peaufiné par après ; mais je me trompe peut-être ; et de toute manière, cela n'enlève rien à la qualité du<br /> travail !<br /> <br /> <br />
Répondre
R
<br /> <br />      Que ce soit par Emile Prisse d'Avennes ou par Willem de Famars Testas, le jeune parent hollandais qui l'accompagnait lors de son second<br /> séjour en Egypte, les calques, par définition, ont tous été réalisés in situ dans des conditions parfois extrêmement pénibles.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />      Mais tu as raison d'épingler que ce qui a été ajouté - touches d'aquarelle, traits de crayon et autres accentuations de détails - le fut en<br /> dehors des tombes et des temples, "à la maison", par Prisse lui-même en vue de la publication des deux ouvrages qui étaient devenus le but ultime de sa vie, l'un sur l'art arabe, l'autre sur<br /> l'égyptien ...<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> J'ai du mal à imaginer comment Prisse pouvait faire ces relevés uniquement à la lueur d'un bougie. Sans doute à cause de notre habitude de l'électricité.<br /> <br /> <br />
Répondre
R
<br /> <br />      Cela semble effectivement difficile à croire ...<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />     Et pourtant cette assertion - que l'on peut paraît-il lire dans le Journal tenu par Willem de Famars Testas, ce parent hollandais qui accompagna<br /> Prisse d'Avennes lors de son second séjour en Egypte - se trouve rapportée dans le dossier de presse distribué par la BnF et consultable sur le Net.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />      Et le jeune homme d'ajouter que, parfois, il n'hésitait pas à dormir dans la tombe qu'il calquait.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />      Autres temps, autres moeurs ...<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> Les calques aquarellés de Prisse d’Avennes présentés avec ton texte m’ont réellement séduit. L’on ressent presque l’émotion que cet homme éprouva certainement en reproduisant ces jeunes femmes dont<br /> la finesse du dessin et des couleurs sont superbes.<br /> Je regrette vraiment de ne pas avoir été visiter cette expo dont j’avais vu la première partie au Louvre.<br /> Heureusement Richard y était !<br /> <br /> <br />
Répondre
R
<br /> <br />      J'y étais, certes ; et avec mes notes d'alors, j'essaie d'en rendre compte ; mais il est évident, Alain, que si tu avais personnellement<br /> effectué cette visite, tu aurais appréhendé l'exposition - très différente de celle du louvre - avec une tout autre perception, notamment, devant la grandeur - quelque peu démesurée pour nous -<br /> de certains calques réalisés à l'intérieur des hypogées dans les conditions fort peu propices inhérentes à l'époque ... <br /> <br /> <br /> <br />
J
<br /> Vraiment ravie de revoir les fondeurs avec leurs soufflets sous leur pied....<br /> souvenez vous ils m'avaient intrigué<br /> A bientôt,<br /> JA<br /> <br /> <br />
Répondre
R
<br /> <br />      Bien évidemment que je me suis souvenu de votre questionnement ! C'est en réalité grâce à vous que j'ai jugé bon de quelque peu ici attirer<br /> l'attention sur cette scène ...<br /> <br /> <br /> <br />
J
<br /> Rehaussés de couleurs, ces calques ont un aspect moderne étonnant !<br /> <br /> <br />
Répondre
R
<br /> <br />      Ce sont effectivement de petits - ou parfois même très grands - bijoux ...<br /> <br /> <br /> <br />
F
<br /> Merci à vous et à Etienne pour les prises de photos de ces calques époustouflants de conservation!! Je ne savais pas que le canard avait une signification érotique!!!lol Je comprends mieux les<br /> minis canards vendus en réunion!! Merci Richard, nous attendons la suite!! BISOUS FAN<br /> <br /> <br />
Répondre
R
<br /> <br />      Vous l'avez simplement oublié ... mais il est certain que vous le saviez, chère Fan : vous m'aviez même laissé un commentaire suite à<br /> cet article dans<br /> lequel j'y faisais allusion ...<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />      Néanmoins, j'aurai bientôt l'opportunité - en octobre prochain -, d'à nouveau évoquer cette symbolique érotique aux fins de régénération<br /> post-mortem souhaitée par tout défunt égyptien ; et cela, dans le cadre d'un dossier consacré aux cuillers ornées ...<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />      Et en attendant, il faudra vous contenter de peut-être relire mon intervention de mars 2010 mentionnée ci-avant ...<br /> <br /> <br /> <br />
T
<br /> Ces calques sont en effet très précieux !! ils retracent toute la splendeur de ces monuments à cette époque là, hélas la détérioration est inéluctable........merci Richard de nous faire partager et<br /> à bientôt pour la suite !<br /> <br /> <br />
Répondre
R
<br /> <br />      Et je puis vous assurer, chère tifet, que ce que je vous donne à admirer aujourd'hui et essaierai de continuer à vous montrer  lors de<br /> nos prochains rendez-vous, n'équivaut nullement à la moitié du tiers du quart des nombreux "chefs d'oeuvre" que cette exposition a offerts au public qui daigna la visiter.<br /> <br /> <br /> <br />
F
<br /> Indispensables témoignages que ces aquarelles et autres estampages et relevés... En effet bien des scènes ont perdu leur facilité de lecture depuis, et l'on ne peut qu'admirer la précision du<br /> regard de ces précurseurs de l'égyptologie moderne qu'à ta suite nous découvrons avec toi !<br /> <br /> Merci, Richard !<br /> <br /> Amicalement !<br /> François<br /> <br /> <br />
Répondre
R
<br /> <br />      Ils étaient, Prisse et bien d'autres voyageurs du XIXème siècle, non seulement des archéologues qui écrivaient les premiers balbutiements de<br /> la nouvelle science née avec Champollion - ou presque -, mais, en outre, ils étaient des artistes à part entière ! <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />      C'est cela aussi qui m'épate au plus haut point ...<br /> <br /> <br /> <br />
E
<br /> très belle mise en scènes de ces beaux calques, c'est un plaisir de pouvoir revisiter cette exposition avec vous comme guide Richard!<br /> à bientôt pour la suite!<br /> fidèlement.<br /> etienne.<br /> <br /> <br />
Répondre
R
<br /> <br />      Merci de votre enthousiasme, Etienne.<br /> <br /> <br /> <br />

Présentation

  • : D' EgyptoMusée à Marcel Proust- Le blog de Richard LEJEUNE
  • : Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
  • Contact

SI VOUS CHERCHEZ ...

Table des Matières (13-12-2012)

 

METCHETCHI

 

OU

 

Sinouhé - Hiéroglyphes

 

SINOUHE

Ou Encore ...

L' INDISPENSABLE



Les dessins au porte-mines

de Jean-Claude VINCENT

EgyptoMusée est membre de

Pages