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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 23:01

 

     Mardi dernier, ami lecteur, devant la quinzaine d'ostraca figurés de Deir el-Medineh disposés à l'avant-plan de cette première vitrine de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, après vous avoir succinctement expliqué et l'origine du terme lui-même et celle des pièces exposées dans différents musées européens, je vous avais donné rendez-vous ce matin pour, plus en détails maintenant, commencer à envisager la petite collection ici réunie, évoquant le thème de l'élevage.






     D'emblée, je voudrais attirer votre attention sur le fait que si, comme moi, vous vous êtes précédemment déjà intéressés à cette vitrine, et si vous vous souvenez des ostraca qui y étaient présents, vous remarquerez que quelques-uns d'entre eux semblent avoir disparu sans laisser d'adresse - je veux dire sans que soit comblé l'espace demeuré vide par un petit carton spécifiant la raison pour laquelle ils ne sont plus à leur place : réfection ou prêt pour une exposition dans un autre Musée.


     Rien de tel aujourd'hui : pas de notes explicatives à ces "disparitions".

     Tout de go, je vous avouerai que, quand j'ai effectué cette visite préparatoire en juin dernier,  j'ai quelque peu mené mon enquête et, en "fouillant" ici et là, ai trouvé réponse à mon interrogation : aux fins d'illustrer un autre thème ailleurs, ils ont été retirés de notre vitrine pour être emmenés à l'étage, dans l'antépénultième salle du département, la vingt-huitième, où probablement sur les instances de Christophe Barbotin,  plus spécifiquement Conservateur de cet espace sud-est du premier étage, salles 24 à 30, pratiquement juste au-dessus de nous, ils sont maintenant présentés à l'intérieur d'un meuble vitré qui,  rien d'étonnant, capte avec avidité la luminosité de la Cour Carré filtrant à travers la fenêtre devant laquelle il a été placé.


 

      C'est donc là qu'après notre entretien d'aujourd'hui, vous pourrez vous rendre si, d'aventure, vous désirez découvrir d'autres fragments semblablement décorés.

 

     Je profite de l'occasion, belle à mes yeux, d'à nouveau réitérer mes remerciements les plus appuyés à  la conceptrice du blog Louvreboîte qui a bien voulu me faire parvenir quelques-uns des clichés en gros plan des ostraca de la vitrine 1 présentés dans cet article et  les deux prochains, me permettant  par la même occasion d'éliminer ceux, parfaitement flous, que j'avais personnellement réalisés, mais aussi de confirmer avec netteté l'absence donc de certains fragments de calcaire, par rapport à mes notes des années précédentes et, par rapport au site du Louvre qui, apparemment, n'a pas encore été mis à jour puisqu'il les cite toujours comme faisant partie de cette salle 5.   

 

     Ceci étant souligné, partons à la découverte de ces éclats de calcaire décorés voici quelque 3300 ans.


     Les exemplaires de la tablette de droite, à l'avant-plan, offrent des scènes où interviennent  encore des bovidés, taureaux et veaux. Sans plus m'étendre maintenant sur leurs conditions d'existence, - j'espère que les précédentes interventions dans lesquelles j'ai évoqué cette famille d'animaux auront entièrement répondu à votre attente -, je vous propose simplement de passer en revue les dix morceaux de calcaire ici devant nous.




    
     Deux d'entre eux, placés aux  extrémités de la dernière rangée, - et, par parenthèses, offerts  au Louvre par Michèle et David Streitz -, n'ont pas reçu de numéro de référence ou plutôt, il a été oublié de les assortir du petit cartel d'identité traditionnel. En outre, si la base de données consultable sur le site du Musée mentionne quant à elle ce numéro d'inventaire, il n'en est pas proposé de reproduction. Aussi, ami lecteur, devrez-vous aujourd'hui vous contenter d'un dessin, malheureusement non coloré, réalisé jadis par  l'égyptologue française, Madame Jeanne Vandier d'Abbadie, pour le catalogue des ostraca figurés de Deir el-Medineh qu'elle avait publié.

     Le premier éclat de calcaire (N 1562), à l'extrémité gauche de la rangée du haut donc, représente un taureau marchant vers la droite accompagné, au second plan, d'un bouvier
qui lui tient la corne de la main gauche, la droite étant posée sur le dos de la bête décorée : ce détail, souvenez-vous, nous autorise à penser qu'il la menait au sacrifice.





     Coiffé des trois mèches frisées typiques des Nubiens au crâne par ailleurs complètement rasé, l'homme porte une jupe plissée et une amulette de coeur sur la poitrine. Détail supplémentaire intéressant : un sorte de rosace orne l'encolure du taureau. Depuis le Nouvel Empire en effet, la ferrade était devenue une tradition : les bovins marqués ainsi au fer rouge pouvaient facilement être identifiés par rapport à un propriétaire, souvent d'ailleurs un temple d'Amon.

     A l'autre extrémité de cette même rangée, le second ostraca dépourvu de cartel, (E 14302), représente lui aussi un taureau, mais cette fois se dirigeant vers la gauche, et précédé de son  gardien qui le tire par une corde.

  
    

 

     Vêtu d'un pagne s'arrêtant aux genoux, portant les cheveux longs, il tient de la main gauche le bâton recourbé typique de sa profession.

 

     Entre ces deux exemplaires d'une même scène, une vache, cette fois, suivie d'un bouvier qui la tient par une longe, tous deux se dirigeant vers la droite, est dessinée à l'encre rouge sur un ostracon (E 14344) de 7, 4 cm de haut, de 10, 7 cm de long et d’une épaisseur de 1, 26 cm. 




    

     A l'extrémité droite de l'avant-dernière rangée, sur l'éclat de calcaire (E 14345), d’une hauteur de 6, 6 cm pour 12 cm de long et  d'une épaisseur de 2, 4 cm, don de l’égyptologue français, professeur au Collège de France, le chanoine Etienne Drioton (1889-1961), c'est à l'encre noire qu'est figurée la vache qui se dirige  également vers la droite. Tout comme le précédent, l'homme est vêtu d'une jupe longue. 

 




     A l'autre extrémité de cette même rangée, le seul exemplaire de notre série portant une inscription faisant référence au bouvier et au bétail dont il s'occupe (E 7661).






     Devant nous, à droite, le tout premier ostraca, (E 14367), figure, pour sa part, un taureau sauvage chargeant son gardien : le mouvement imprimé par l'artiste aux deux pattes antérieures de l'animal, l'attitude effrayée de l'homme, les deux mains levées comme pour se protéger de l'assaut, le bâton brandi dans la droite ne font aucun doute quant à la lecture que l'on peut apporter à cette scène.

     Toutefois, ce sujet en définitive rarement traité dans l'iconographie égyptienne, paraît fort peu représentatif de la réalité : l'on devrait, me semble-t-il, plus certainement voir l'animal fonçant sur le  personnage en mauvaise posture, tête baissée et cornes menaçantes ... 


 



      C'est un peu la même scène que l'on retrouve, juste derrière, à la deuxième rangée, sur l'ostracon de droite (E 27668), ayant appartenu à un autre égyptologue français, Alexandre Varille (1909-1951), puis acquis par le Louvre en 1994 : d'une hauteur de 8, 3 cm pour 10, 7 de long,  il nous montre un jeune bouvier essayant de capturer un taureau sauvage à superbe pelage rouge et noir.

     C'est plus naturellement qu'ici, il a disposé sa corde au creux de son bras; cette même corde que, très bizarrement d'ailleurs, l'artiste précédent a placée, telle une auréole, au-dessus de la tête du bouvier.





     Dans le même registre, mais nettement moins réussi, vous remarquerez celui aux traits noirs (E 25305), à sa gauche,  - don également de Michèle et David Streitz -, qui relate le combat d'un Asiatique avec un taureau sauvage.





      Toutes ces pièces que nous venons d'évoquer, ami lecteur, vous l'aurez vraisemblablement remarqué, ont la particularité d'être des scènes composées. Deux ostraca, toutefois, dérogent à cette "règle" : c'est d'abord, au milieu de l'avant-dernière rangée, E 14304.

 



     Mesurant 7, 14 cm de haut et 9, 69 de long pour une épaisseur de 1, 87 cm, ce fragment de calcaire fut exhumé de la couche ramesside des chapelles votives que Bernard Bruyère fouilla sur le site de Deir el-Medineh en 1929. Il sert de support pour un dessin noir d’un taureau demi-sauvage, à l’oeil furieux, à l’encolure puissante, aux cornes courtes et très larges à la base, se rabattant vers l’intérieur en croissant de lune et présentant, comme les zébus, une bosse dans la nuque.


     Sachant qu’à partir du Nouvel Empire, une des épithètes mentionnées dans la titulature royale était "Taureau victorieux, Taureau puissant", nous ne nous étonnerons donc pas d'avoir aujourd'hui croisé à plusieurs reprises la massive silhouette de cet animal reproducteur, la puissance créatrice étant une des qualités que Pharaon désirait s’attribuer.

     Et puis, - le meilleur pour la fin ? -,
ce dernier, à gauche, ici tout à l'avant-plan (E 27669), de 5, 30 cm de haut et 6, 70 de long, assurément mon préféré : un adorable petit veau gambadant et déféquant.

 





     D'autres animaux, singes domestiqués et chevaux complètent cette petite collection d'ostraca figurés : je vous propose, ami lecteur, de revenir ici, devant la vitrine 1 de la salle 5, samedi prochain  27 octobre, pour que nous puissions ensemble accorder aux premiers toute notre attention.


 

(Andreu : 2002, 102-3; Andreu/Rutschowscaya/Ziegler : 1997, 148-9; Desroches Noblecourt/Vercoutter : 1981, 257; Vandier d'Abbadie : 1937,14-33; 1946 : 1946, 22-31 et 1959, planches XI à XVIII)

 


     Si d'aventure vous avait échappé l'un ou l'autre des articles précédemment consacrés aux bovidés auxquels je faisais allusion en début de cet entretien, permettez-moi de simplement vous en rendre dates et liens : 19 mai, 8 septembre, 29 septembre et 6 octobre.

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commentaires

A
<br /> J’aime cette peinture spontanée bien différente de la rigueur et de l’idéalisation des bas-reliefs.<br /> Le petit veau est effectivement superbe. C’est plein de fraîcheur. Le tracé direct et l’humour de l’artiste donnent vie à l’animal.<br /> <br /> <br />
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R
<br /> <br />      Tu as tout à fait raison, Alain : avec ces esquisses, ces dessins parfois naïfs, nous sommes aux antipodes d'un art convenu, d'un art<br /> dépendant de certaines conventions. Beaucoup étaient réalisés, ne l'oublions pas, pour "tuer le temps"; et aucun n'avait la postérité pour motivation.<br /> <br /> <br /> <br />
T
<br /> je pense que ces ostraca reflètent la spontanéité et l'esprit inventif des artistes qui exprimaient là, en dehors de leur travail, avec parfois beaucoup de malice, des situations incongrues,<br /> inversant le rôle des animaux ou les faisant se comporter comme des humains ! bonne journée; Tifet<br /> <br /> <br />
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R
<br /> <br />      Qu'ils reflètent la spontanéité, et surtout un esprit en dehors de toute norme "officielle", vous avez parfaitement raison, Tifet.<br /> <br />      Quant à ceux auxquels vous faites ici allusion - ostraca humoristiques, satiriques ... -, ils constituent une catégorie parfaitement à part dans toute la production de<br /> Deir el-Medineh, notamment, sur laquelle je m'étendrai plus en détails quand, d'aventure, nous en rencontrerons dans l'une quelconque des vitrines du Département des Antiquités égyptiennes du<br /> Musée du Louvre.<br /> <br /> <br /> <br />
J
<br /> Oui Richard, je comprends ton point de vue, bien que je ne le partage pas entièrement. Là n'est pas l'essentiel finalement, et ces ostraca témoins d'une civilisation extraordinaire sont d'un grand<br /> intérêt. (Je m'éclipse pour aujourd'hui !)<br /> <br /> <br />
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R
<br /> <br />      Oui, tu as évidemment raison : l'essentiel, c'est l'intérêt que revêtent ces petits bouts d'histoire ...<br /> <br />      Et je pense en outre que l'artiste accompli que tu es le ressent d'un point de vue tout à fait autre que le simple enseignant que je fus, qui les regarde comme des<br /> documents, des tranches de vie d'une société déterminée à une époque donnée.  <br /> <br /> <br /> <br />
J
<br /> Finalement, tu écris toi-même que la véracité de la situation ne représentait pas un objectif majeur. Et si l'artiste avait voulu montrer un taureau dominant son bouvier et non l'attaquant (bouvier<br /> qui paraît, en outre, assis sur le sol, peut-être déjà embroché juste avant)?<br /> <br /> <br />
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R
<br /> <br />      Non, vraiment, je ne crois pas : la position des pattes, violemment projetées en avant, ne laisse aucun doute : il charge !<br /> <br />      Et c'est à mon sens là qu'il y a problème : l'ensemble manque de cohérence car cette position des pattes vigoureusement dirigées vers le bouvier devait entraîner, tout<br /> naturellement, que tête et donc cornes soient elles aussi dessinées fonçant sur "l'adversaire".       <br /> <br /> <br /> <br />
J
<br /> Tous ces éclats de calcaire qui n'ont aucun secret pour toi méritent mieux que les illustrations de Madame Jeanne Vandier d'Abbadie ! Demande donc à Louvreboîte de les emprunter quelques jours et<br /> de te les faire parvenir, je te les redessinerai.<br /> <br /> Tout aussi sérieusement (!) : tu écris (E 14367) : "... un taureau sauvage chargeant son gardien ... aucun doute quant à la lecture que l'on peut apporter à cette scène." Puis, tu écris dans le<br /> paragraphe suivant :"... ce sujet ... paraît fort peu représentatif de la réalité : l'on devrait, me semble-t-il, plus certainement voir l'animal fonçant sur le personnage en mauvaise posture, tête<br /> baissée et cornes menaçantes ... " Oui, l'artiste aurait pu représenter le taureau tête baissée, mais sinon, je trouve que l'ensemble est plutôt bien représentatif de la réalité, non ?<br /> <br /> Bonne journée Richard.<br /> <br /> <br />
Répondre
R
<br /> <br />      L'idée que tu exprimes dans ton premier paragraphe me plairait assez; mais je ne suis pas du tout assuré qu'elle agréerait le Conservateur<br /> de cette salle ...<br /> <br />      Quant à ta remarque finale, je n'y adhère personnellement pas.<br />      Il n'y a pour moi aucun doute quant à la volonté de l'artiste de dessiner une scène "belliqueuse", dont on a, par ailleurs, des exemples sur maints autres ostraca : ce<br /> qui prouve que c'était un sujet fréquemment traité, donc relativement connu.<br /> <br />      Mais soit le jeune âge, soit l'inexpérience de ce dessinateur font que la scène ne respecte pas une vision réelle des choses : on peut ne pas être doué et avoir néanmoins<br /> envie, pour passer le temps, d'esquisser quelques traits sur l'un ou l'autre fragment de calcaire.<br /> (Il ne faut pas perdre de vue non plus que tout ceci n'était pas destiné à une postérité : donc la véracité de la représentation ne constituait pas un objectif majeur ...)<br /> <br />      Observe les photos d'une corrida, ici sur le Net, ou, dans un autre contexte, des vues de la feria de Pentecôte à Nîmes, et tu constateras qu'un taureau chargeant<br /> présente une encolure beaucoup plus arrondie, puisque son museau écumant pointe vers le sol et, a fortiori, ses cornes. Ce que sur cet ostracon nous n'avons absolument pas.<br /> <br />      Toutefois, je veux bien admettre que mon interprétation puisse être sujette à caution et qu'elle ne soit pas unanimement partagée ...<br /> <br />      D'où l'intérêt de cette rubrique "Commentaires" qui prévoit ainsi échange d'idées, dialogues et éventuellement controverses.<br /> <br /> <br /> <br />

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