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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 23:00

 

     Commencée en février dernier, notre découverte de la vitrine 2 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, s'achève aujourd'hui, amis lecteurs, avec l'évocation de deux petits objets présentant une décoration en rapport - comme tout ce que nous avons pu ensemble admirer ici -, avec le thème de la pêche ou de la chasse.  

 

 

     Vous me permettrez d'envisager en premier lieu le godet funéraire (E 25298) en stéatite glaçurée, d'une hauteur - et oui, le cliché se révèle extrêmement trompeur -, d'à peine 2, 5 cm, pour 7 cm de long et 4, 5 cm de large.


  

E 25 298.jpg

 

 

      Acquis jadis pour le musée par l'égyptologue française Madame Christiane Desroches Noblecourt, ce minuscule bassin rectangulaire datant de la XVIIIème dynastie et  malheureusement ébréché en certains endroits, propose, sur les deux grands côtés, quelques thèmes qu'il nous a été donné déjà d'appréhender lors de nos précédentes visites : vous vous souvenez assurément de la capture des oiseaux aquatiques à l'aide d'un filet hexagonal que vous retrouvez ci-dessus gravée en creux, sur la droite ; ou de ce frêle petit veau qui a traversé, de manière ou d'une autre, mais très souvent  pour être mené à l'abattoir, bien des scènes que nous avons  rencontrées : ici,  à gauche, ce n'est plus sur les épaules d'un tout jeune moscophore qu'il est transporté, mais en barque.

 

 

     Sur l'autre face,  

 

E-25-298---Animaux-sauvages.jpg

 

il s'agit d'animaux sauvages, de ces animaux que les Egyptiens croisaient habituellement aux marges des déserts qui encadraient la Vallée du Nil et qu'ils capturaient pour soit les consommer, soit les domestiquer : oryx, antilopes, singes, taureaux, autruches ...

 

     La décoration des deux petits côtés doit, quant à elle, se lire dans un sens quelque peu plus "religieux" :  

 

E-25-298---7-deesses-Hathor.jpg

 

ainsi cette théorie de sept déesses Hathor, reconnaissables à leur couronne caractéristique : deux cornes de vache enserrant le disque solaire rappelant qu'elles sont filles de Rê.

 

     Déesse du ciel, Hathor était dotée de bien multiples fonctions dans le panthéon égyptien : patronne de l'amour, du désir érotique aussi s'entend, mais également de l'ivresse, de la musique, de la danse ; sans oublier qu'elle avait en charge de protéger les femmes, leur maternité, leurs nouveau-nés.

 

     Ressortissant aussi au domaine plus spécifiquement funéraire, elle était considérée comme la souveraine de la nécropole thébaine aux fins de favoriser la renaissance des défunts.

 

     Déesse des déesses, nourrice céleste - n'est-elle pas très souvent représentée sous la forme d'une vache ? -, c'est essentiellement dans le temple de Dendérah que son culte fut le plus éloquent. Epouse d'Horus le faucon qui, lui, possédait un sanctuaire un peu plus au sud, à Edfou, elle fait évidemment l'objet de maintes et maintes représentations dans l'art égyptien.

 

     Au nombre de sept, comme sur le petit bassin exposé devant nous, elle présente une forme humaine ; mais, elle peut aussi, je viens de le souligner, apparaître sous les traits d'une vache : ainsi, dans la vignette qui accompagne le chapitre 148 du Livre pour sortir au jour (plus souvent improprement appelé Livre des Morts) dans lequel nous pouvons lire ses sept noms :

 

Formule pour approvisionner le bienheureux dans l'empire des morts.

Paroles dites par N. " Salut à toi, celui qui brille en son disque, (âme) vivante qui monte de l'horizon !

N. te connaît et connaît ton nom, et connaît le nom des sept vaches et de leur taureau.

Vous qui donnez pain, bière, ce qui est profitable aux âmes, qui fournissez les portions journalières, donnez du pain et de la bière, fournissez les provisions pour moi, N. ; qu'il vous accompagne, qu'il vienne à l'existence sous vos croupes !


     Vache Château-des-kas, maîtresse de l'Univers ;

     Vache Igeret, celle-qui-se-tient-en-avant-de-sa-place ;

     Vache La Khemmite, celle-qui-emmaillote-le-dieu ;

     Vache Grand-est-son-amour, la rousse ;

     Vache Possesseur-de-vie, la colorée ;

     Vache Celle-dont-le-nom-fait-autorité-dans-sa-catégorie ;

     Vache Nuée-du-ciel, celle-qui-porte-le-dieu ;


     Taureau, le mâle-des-vaches ;


donnez pain, bière, offrandes alimentaires, approvisionnez le bienheureux N., bienheureux parfait qui est dans l'empire des morts.

 

     Je crois qu'il n'est nul besoin, amis lecteurs, après ce court extrait, d'expliquer davantage la raison pour laquelle, sur cette pièce en stéatite destinée à accompagner le défunt dans sa demeure d'éternité figurent les sept déesses Hathor ... 

 

 

     Sur l'autre petit côté,

 

E-25-298---Genies-du-nil.jpg

 

 

vous apercevez une représentation dédoublée de Hapy, incarnation divine de la crue du Nil en tant que fleuve nourricier, - génie de fécondité à laquelle j'avais, en août 2008, déjà consacré un article -,  avec entre eux deux, le poisson tilapia qui, je pense, vous est lui aussi devenu familier quand ici, mais aussi , je vous ai expliqué la symbolique qu'il véhiculait aux yeux des Egyptiens dans la croyance en une régénérescence post mortem depuis qu'ils s'étaient aperçus qu'immédiatement après la ponte, cette espèce abritait ses petits dans la gueule pour ne les régurgiter qu'une fois éclos.

 

     A nouveau, devant ce très petit objet à destination funéraire, vous aurez compris combien les motifs gravés ou incisés ne sont en rien "gratuits" : l'image égyptienne, je ne cesse de le répéter, est essentiellement utilitaire avant d'être simplement décorative.

 

 

     Il est temps à présent, et dans tous les sens de l'expression, de prendre congé de vous, non sans avoir bien évidemment évoqué, avec la coupe (E 14372), l'ultime pièce de cette vitrine 2.

 

  

 

E 14 372.jpg

 

 

     D'un diamètre de 11, 2 cm pour à peine une hauteur de 3, 4 cm, cette petite coupe en faïence siliceuse datant de la fin de la XVIIIème dynastie ou, peut-être, du tout début de la XIXème, nous présente une scène de pêche au filet dans les marais nilotiques : vous reconnaissez en effet les oiseaux aquatiques qui, souvent, volaient en ce biotope, ainsi que, dans la partie inférieure, les zébrures figurant l'eau du Nil.


 

     Je me ferme ainsi pour un temps, - en réalité jusqu'à la rentrée scolaire -, les portes du Louvre et de son Département des Antiquités égyptiennes. Quant à vous, amis lecteurs, si d'aventure vous étiez éventuellement de passage à Paris, je vous invite à y déambuler et à, pourquoi pas, prochainement venir me raconter ce que vous y avez découvert ...

 

     Ce pourrait être sympathique, non ?

 

     Bonnes vacances à tous ... et retrouvons-nous, voulez-vous, le mardi 7 septembre pour, ensemble commencer à nous intéresser à la vitrine 3 de cette salle 5.

 

  

 

 

(Barguet : 1967, 206-7 ; Maruéjol : 2009, 36)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

FAN 24/07/2010 15:35


Merci Richard de nous avoir montrer combien, cette petite mais précieuse merveille était importante et utile. Connaissant la stéatite, je dois dire que cette pierre tendre n'est pas si facile à
travailler! A bientôt et à vous lire en Septembre!! BISOUS FAN


Richard LEJEUNE 22/08/2010 14:52



Pour quelles raisons la stéatite est-elle malaisée à travailler ?



J-P Silvestre 20/07/2010 16:32


A cette époque le disque n'était pas encore dur ! Trève de plaisanterie, cher Richard et merci de nous avoir fait découvrir ces objets méconnus. Bonnes vacances et n'oubliez pas de venir nous voir
si vous passez près de chez nous.


Richard LEJEUNE 21/07/2010 07:55



Merci Jean-Pierre.


Si l'opportunité se présente, nous ne manquerons pas de venir vous saluer.



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