Partager l'article ! SALLE 5 - VITRINE 2 : L' OSTRACON E 14341: C'est, souvenez-vous amis lecteurs, au term ...
C'est, souvenez-vous amis lecteurs, au terme de l'analyse du premier des deux ostraca exposés
dans la vitrine 2 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre que nous nous sommes séparés la semaine dernière, tout en nous promettant de nous retrouver aujourd'hui matin pour nous
pencher sur le second d'entre eux, sachant que les autres initialement placés à leurs côtés ont maintenant rejoint le pupitre-vitrine de la salle 28, au premier étage.
A l'instar de celui que nous avons découvert mardi, cet éclat de calcaire (E 14 341) de 5, 50 cm de hauteur et de 8, 20 cm de long, datant de la XIXème ou de la XXème dynastie, soit entre les 13ème et 11ème siècles avant notre ère, provient lui aussi du village des artisans de Deir el-Médineh : il représente, peinte en noir, une scène de chasse dans laquelle un bouquetin aux cornes imposantes est saisi au col par un chien.
Compagnons omni-présents tout à la fois du guerrier, des
militaires, mais aussi du chasseur, les chiens furent dès la fin de la préhistoire domestiqués dans le but de participer à des exploits cynégétiques dans lesquels leur habileté à pister,
leur célérité à poursuivre et rabattre le gibier ne manquèrent pas d'être appréciées, à l'époque néolithique déjà, par les populations nilotiques dont, souvenez-vous, chasse et pêche
constituaient, comme le prouve à l'envi le thème de cette vitrine, les activités cardinales en matière de recherche de nourriture.
Sur la présence du chien en tant qu'animal de compagnie, vous me permettrez aujourd'hui de ne pas m'étendre, préférant l'envisager quand, dans un proche avenir, nous nous
tournerons vers la vitrine 3, ici derrière nous, qui précisément est consacrée à ces bêtes que l'homme apprivoisa pour garder près de lui.
De sorte qu'en étroit rapport avec notre ostracon, je me cantonnerai ce matin, après en avoir déterminé les origines, à simplement évoquer le chien en tant qu'animal
utilitaire, auxiliaire du chasseur.
Archéologiquement
parlant, les égyptologues semblent s'accorder sur le fait que ce serait déjà au Nagada I, (± 4250 avant notre ère), - du nom d'un des
très rares ensembles urbains d'époque pré-dynastique mis au jour en Haute-Egypte -, que le chien serait
associé à une scène de chasse : en effet, c'est de cette époque, dite aussi "amratienne" - du nom, cette fois, d'un site de Moyenne-Egypte actuellement appelé el-Amrah - , que date une
coupe exposée au Musée des Beaux-Arts Pouchkine de Moscou sur laquelle l'on distingue un personnage muni d'un arc et de flèches, maintenant en laisse quatre lévriers à oreilles levées et queue
enroulée.
Il faut en effet savoir qu'aux niveaux ostéologique et biologique, les zoologistes pensent que tous les chiens africains dériveraient d'un type de canidé (Canis
lupaster - "Ounesh", en égyptien), très proche à la fois du chacal et du loup.
Tant dans leurs représentations sur les murs des chapelles des mastabas de l'Ancien Empire que dans la dénomination qu'ils leur attribuaient, les Anciens confondirent
fréquemment les trois animaux, en réalité fort proches les uns des autres.
Partant de la constatation qu'il n'existe aucune sous-espèce de loup en Afrique, Louis Chaix, du Département d'Archéozoologie du Museum d'Histoire naturelle de Genève, suggère
que les chiens y seraient déjà arrivés en partie domestiqués, probablement en provenance du Proche-Orient ou la Péninsule arabique où vivaient des loups le plus souvent de petite taille ; et ce,
dès l'époque néolithique, il y a 9 ou 8000 ans : des ossements datables de ces temps lointains ont en effet été découverts dans le désert égyptien occidental, mais aussi sur des sites nubiens,
comme à el-Kadada, d'approximativement 7000 ans.
Ce furent donc ces chiens lévriers qui, dès l'aube de la civilisation égyptienne, furent les accompagnants, si pas les principaux "héros" des activités cynégétiques.
Selon les données fournies par la Fédération cynologique internationale basée à Thuin, en Belgique, deux typologies essentielles de canidés sont décelables dans les peintures, les reliefs ou tout autre forme d'art égyptien : soit la race appelée "Lévrier des Pharaons", caractérisée par un poil court roux/fauve plus ou moins soutenu, des oreilles lévées et une queue très souvent enroulée, ce qui sous-tend déjà un signe de domestication ; soit celle dénommée "Sloughi", également caractérisée par un type levretté, un poil court, mais dont les oreilles sont tombantes.
Et quand on exploite "statistiquement" la documentation
égyptienne, l'on se rend très vite compte que c'est le Lévrier des Pharaons que l'on retrouve presque exclusivement représenté dans les chapelles funéraires des mastabas de l'Ancien Empire ; que
les deux types cohabitent au Moyen Empire et qu'en revanche, c'est la race sloughi qui majoritairement domine au Nouvel Empire. Ce qui, une fois encore, peut faciliter la détermination de
l'origine chronologique d'un fragment inconnu sur lequel figurerait un chien.
Je citais ci-avant les mastabas de l'Ancien Empire : peut-être certains d'entre vous, amis lecteurs, auront-ils "croisé" ces lévriers lors d'une visite à Meïdoum, chez
Nefermaât ou Metchen (IVème dynastie) ; ou à Saqqarah, dans ceux de Mererouka (VIème dynastie) ou de Ptahhotep (Vème dynastie) comme reproduit ci-dessous (merci à Thierry, d'OsirisNet)

Vraisemblablement en conséquence directe d'apports relationnels avec les pays asiatiques frontaliers, le Moyen Empire voit s'installer la race des lévriers à oreilles tombantes
qui, à part égale comme je viens de le signaler, participent avec ceux à oreilles dressées à des scènes de chasse, mais aussi accompagnent des militaires dans un exploit guerrier ou, plus
quotidiennement, des policiers-chasseurs patrouillant sur les pistes et dans les carrières du désert, notamment au Ouadi Hammamat.
De cette même époque date un titre qui n'apparaît que dans des documents administratifs et quelques inscriptions rupestres se situant entre les XIème et
XIIIème dynasties : celui de maître-chiens qui, en égyptien classique, s'écrit avec le déterminatif du lévrier, facilement identifiable grâce à ses hautes pattes, son corps élancé, son
museau pointu, ses oreilles droites et sa queue enroulée
Ce signifiant iconique qui dans l'écriture égyptienne termine tous les termes ayant rapport avec le chien ("tchesem") se retrouve donc dans l'appellation de simple maître-chiens, mais aussi dans celle de son chef hiérarchique et que les égyptologues traduisent volontiers par "brigadier". Ce titre supérieur est quant à lui attesté soit sur l'une ou l'autre stèle d'Abydos, mais surtout sur une statue en granite d'un certain Montouhotep, brigadier de maîtres-chiens à la XIIème dynastie, conservée au Museo archeologico de Venise, sous le numéro d'inventaire 63.
Tous ces documents, qu'ils soient administratifs, consignés sur des stèles ou sur cette ronde-bosse de Venise nous apprennent que la fonction s'apparentait, à tout le moins sur le terrain, à celle des policiers-chasseurs que j'évoquais tout à l'heure.
Il faut également savoir, et c'est loin d'être négligeable, que ces hommes et leurs lévriers pouvaient seconder le corps des militaires qui, en Nubie, au niveau des forteresses cantonnées au sud de la première cataracte, visaient à maintenir l'ordre aux marges du pays ; sans oublier une mission logistique : chasser un gibier qui approvisionnerait en nourriture immédiate les soldats eux-mêmes.
Au Nouvel Empire, on ne rencontre plus, dans les scènes
cynégétiques des hypogées, tels ceux d'Ouser (TT 21 - Règne de Thoutmosis Ier) ou de Rekhmirê (TT 100 - Règne de Thoutmosis III - Amenhotep II), que le sloughi, le lévrier à oreilles
rabattues.
Enfin, vous étonnerai-je si je termine en ajoutant qu'à Deir le-Médineh, ces chiens de chasse sont très fréquemment représentés sur les ostraca figurés qui furent jadis exhumés
par Bernard Bruyère ?
Tels bien évidemment celui qui nous occupait aujourd'hui, mais aussi l'éclat de calcaire E 14366 qui, voici quelques
années seulement comme je vous l'indiquais mardi dernier, fit partie de ceux transférés en salle 28 du premier étage de ce Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.
Pour ceux d'entre vous qui, après le conseil prodigué lors de ma précédente intervention, n'auraient pas eu le courage de monter les voir dans le meuble vitré disposé
devant une des fenêtres surplombant la Cour Carrée, je consens, par pure gentillesse, à présenter ici une photographie de cette scène nous donnant à admirer trois de ces lévriers
s'attaquant sauvagement à une hyène en fuite, horrifiée, furieuse, le poil démesurément hérissé ...

(Andreu : 2001, 3-6 ; EAD. : 2002, 183 ; Brixhe : 1992, passim ; Chaix : 1989 : 36-9)

Les dessins au porte-mines
de Jean-Claude VINCENT
Voilà, chère Tifet, vous vous en doutez, le genre de commentaire qui m'agrée au plus haut point : il constitue en quelque sorte un lien tissé entre l'Egypte antique que je connais évidemment mieux que la contemporaine.
Si effectivement les chiens que vous avez rencontrés lors de vos pérégrinations ressemblent aux lévriers figurés notamment sur les ostraca, il ne fait pas de doute qu'ils sont bien les descendants de ceux que connurent les Egyptiens de l'Antiquité ...
Pérennité d'une race ...
Vous me permettrez, chère Fan, de ne pas entrer dans un débat semblable : je ne suis absolument pas compétent en matière d'élevage canin.
En revanche, je ne puis que vous conseiller d'aller jeter un oeil chez mon ami Jean-Claude où, grâce au lien ci-après, indépendamment du fait que vous découvrirez des oeuvres d'art, vous trouverez trois articles extrêmement complets sur les différents lévriers.
http://jc.vincent.over-blog.com/article-le-levrier-afghan-et-sa-toison-de-reve-cherche-maitre-fin-du-dessin-evolutif-50447114.html
Ici non plus, je ne prendrai position sur la différence de beauté entre les uns et les autres.
Je trouve toutefois que l'artiste qui a exécuté le bas-relief dans le mastaba de Ptahhotep que je présente dans l'article, qui a donc figuré deux exemples de celui que l'on nomme "Lévrier des pharaons", a donné un style, un élan, une classe à ces deux chiens absolument remarquables ; et cela en quelques coups de ciseaux dans la pierre !
Tu remarqueras d'ailleurs, et ce n'est pas un hasard, qu'ils ont cette même prestance, cette même sveltesse, ce même port altier que l'on retrouve dans le hiéroglyphe - créé approximativement à la même époque -, pour déterminer les termes égyptiens ressortissant au domaine canin.
Au niveau de l'art, donc, je pense que je puis me prononcer, et argumenter ; en revanche, malheureusement pas à celui des races canines où, comme je l'écrivais déjà dans ma réponse au précédent commentaire de Fan, je reste totalement incompétent, même si j'ai beaucoup appris en te lisant ...
Là où je te rejoins pleinement, c'est à propos du bas-relief absolument remarquable où l'artiste a pu (en bien plus de coups de ciseaux que tu ne l'imagines peut-être, mais de manière très stylisée du moins, et c'est là l'essentiel) représenter la "claaasse" et la fière attitude de cette belle race de chiens que sont les lévriers !
Sans posséder de chien moi-même, comme tu le sais, et craignant systématiquement toute approche de chien, vers moi, que je ne connais pas, il n'empêche que je me fais une joie de les admirer, lorsqu'ils en valent le détour ...
Je me doutais bien que, artistiquement parlant, tu serais d'accord avec moi sur le rendu de ce relief.
Quant aux "quelques coups de ciseaux", c'était évidemment une figure de style ...
Je n'ignore pas que rien que l'apprêt du mur sur lequel l'artiste venait ensuite graver les scènes requérait déjà une préparation de longue haleine.
J'ai des questions a vous poser :
- Dans votre article, vous nous parlez des chiens de chasses, en particulier de cette race proche des levriers que nous connaissons aujourd'hui... Sur les bas-reliefs, les chiens sont représentés dans des scènes de chasse... mais je voudrais savoir si près du peuple ou des princes et princesses, il y avait des chiens de compagnie et si les égyptiens aimaient en prendre soin ???
- Je voudrais savoir aussi, pourquoi aujourd'hui les chiens ne sont pas aimé dans les pays arabes en général et surement aussi en Egypte ???
Je pense que ça vient de leur religion musulmane... ce qui veut dire que les égyptiens d'aujourd'hui, n'ont rien gardé "idéologiquement" de leurs lointains ancêtres...
Vous devez trouver mes questions bébêtes mais quand il est question des animaux, je suis toujours très investie, passionnée et... il n'y a pas de mots assez forts pour me décrire...
Premier point : de questions "bébêtes", il n'y a jamais. Vous pensez bien, Mademoiselle, que si en trente-trois ans de carrière d'Enseignant j'avais dû avoir semblable opinion, j'aurais immédiatement changé de profession.
Ce métier, et mon blog qui en constitue à présent la prolongation logique, m'ont appris que mon devoir était de répondre à tout un chacun simplement parce que chaque question a pour celui qui me la pose énormément d'importance.
Je répondrai donc aux vôtres avec plaisir. Mais c'est ici qu'intervient le second point : pas tout de suite.
En effet, comme vous l'avez peut-être lu, dans ma conception d'envisager les pièces exposées dans la vitrine 3 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, j'ai commencé par les statuettes de chats et compte poursuivre par celles des chiens.
Quand je vous ai conseillé, en guise de première approche, la lecture de cet ancien article, c'était déjà pour vous faire patienter jusqu'à ce que j'arrive à traiter des canidés dans mes futures interventions. Je n'ai pas changé d'avis pour une raison très simple : quand j'ai voulu, hier soir, entamer réponse à vos différentes questions, je me suis rendu compte que cela me prendrait un temps assez long et m'imposerait un texte qui correspondrait à l'importance de mes prochaines notes du mardi sur le sujet.
Tout ceci pour vous signifier que je ne refuse évidemment pas de prendre en compte vos interrogations, mais, bien présentes à mon esprit, que j'y répondrai dans le corps même de la suite de ce blog.
Et si, d'aventure, il m'arrivait d'omettre l'un ou l'autre point, n'ayez alors aucune crainte de me rappeler à l'ordre.
Amicalement,
Richard
Bizarre.
Mais comme les voies du seigneur informatique me sont tout aussi impénétrables que bien d'autres, je ne puis vous venir en aide.
Sauf en vous faisant remarquer que tout au bas de la page d'accueil de mon blog, il vous suffit de cliquer sur "Contact" pour me joindre en privé si le système que vous avez employé continue à ne pas vouloir me délivrer vos messages.
Préparant un article sur les lévriers de compétition, j'aimerais savoir s'il y avait en Egypte antique des courses de lévriers ?
Avec mes remerciements anticipés,
Bonjour à vous, nouvelle lectrice (?)
Nulle part, dans mes lectures sur le sujet - que je ne prétends évidemment pas exhaustives -, je n'ai rencontré d'allusion à des compétitions de la sorte. Comme vous l'avez peut-être lu dans ceux des autres articles de mon blog également consacrés aux chiens (mardis 18 et 25 janvier, 1er et 8 février 2011), ces animaux, s'ils n'étaient pas de compagnie, avaient une finalité bien éloignée de l'esprit sportif qui est le nôtre.
Pour les personnes intéressées par les différents types de lévriers et leur historique :
le destin des lévriers, Xavier Przezdziecki, Editions Edica.
Cordialement,
C'est pour moi un plaisir de savoir que vous appréciez mon modeste travail ...
Merci pour cette référence qui pourra très certainement intéresser ceux qui, comme vous, prendraient connaissance de ce déjà vieil article.
En attente d'à nouveau vous lire.
Respectueusement,
Richard
Les silhouettes des canidés de Ptahotep sont typiques du lévrier pharaon comme le hiéroglyphe du lévrier associé à la fonction de maître chien. Merci pour ces représentations.
Il est dommage que ne soit pas plus souvent évoqué le saluki, venu avec les caravanes des plaines de Sumer, lévrier aux oreilles tombantes considéré comme le premier lévrier connu par des spécialistes comme Hope Waters. Cf. "The Saluki in History,Art and Sport". Vu son ancienneté, il est possible qu'il ait donné naissance au sloughi plus commun dans le Maghreb. La colonne vertébrale des salukis présente une particularité qui pourrait peut-être orienter les recherches faites sur les momies égyptiennes ?
Pour revenir sur ce que dit Tifet, il est très vraisemblable que les chiens égyptiens d'aujourd'hui soient des descendants indirects des lévriers et de leur croisement avec d'autres types de chiens. On en trouve encore beaucoup en Afrique du Nord où on les reconnaît par leurs oreilles longues et dressées malgré leurs pattes courtes et leur silhouette massive. On les trouve également en Espagne sous le nom de Podencos, venus du Maghreb avec leurs maîtres sous l'occupation arabe. Certaines lignées n'ont rien à envier au lévrier Pharaon ou "pharao" de Ptahotep. Ces Pharaos et Podencos sont appelés "primitifs" car inchangés depuis plusieurs milliers d'années. Raison pour laquelle ils ne font pas partie en cynologie de la classe 10 des lévriers. Ce qui est une "erreur" aux yeux de Xavier Przezdziecki vu leur ancienneté mais ceci sort du sujet.
Encore merci.
Très sincèrement,
Joëlle Oldenbourg
N'ayant point vos compétences en la matière, je suis heureux que mon modeste blog ait pu vous apporter un certain éclairage dans vos recherches.
Toujours à votre disposition,
Richard
Merci, très sincèrement,pour tout ce travail mis à disposition des Internautes.
Cordialement,
Merci : c'est très aimable à vous.