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5 juillet 2010 1 05 /07 /juillet /2010 23:00

   Après vous avoir invités à découvrir, il y a quinze jours, un délicat étui à kohol en os puis, la semaine dernière, une superbe boîte à onguents en bois de caroubier, j'aimerais aujourd'hui, amis lecteurs, poursuivre l'évocation de ces petits monuments qui n'ont pas toujours l'heur d'attirer les regards de touristes manifestement pressés.

 

     Le point commun entre tous les objets de toilette exposés dans cette vitrine 2 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre réside, vous vous en souvenez, dans le détail de leur décoration : ils sont en effet gravés ou incisés de représentations d'animaux qui, souvent, en pourchassent d'autres.

 

 

     La seconde boîte à onguents (N 1 741) que nous avons ici devant nous provient elle aussi de la collection Drovetti.

 

 

N 1 741

 

     Même partiellement abîmé,  - il semblerait que le bois du couvercle et de l'arrière-train de l'animal ait été rongé, voire calciné -, ce spécimen de 13, 5 cm de long et de 4, 5 de large reste magnifique : datant du Nouvel Empire, il représente une élégante gazelle que l'on a vraisemblablement capturée ; ses pattes, repliées sous le ventre, sont en effet ligotées. 

 

     C'est le corps même de la bête que l'artiste a évidé pour constituer le récipient peut-être destiné à contenir les produits cosmétiques d'une belle Egyptienne, alors que le couvercle, se mouvant grâce à un pivot, figure le flanc droit de la fine gazelle.

 

     Détail d'importance : l'oeil, en fait les deux yeux, et les cornes ont conservé la peinture noire d'origine. 

 

 

     Dans la même catégorie d'objets, trois couvercles attireront à présent plus particulièrement nos regards. Et en premier lieu, celui en bois de caroubier toujours, référencé N 1711 A.

 

N 1 711 A.jpg

 

     Mesurant 12, 5 cm de longueur et 4, 4 de large, datant de la XVIIIème dynastie, cette pièce rectangulaire propose, gravés en creux, deux animaux gambadant allégrement dans un environnement herbeux : tous les deux regardent vers la gauche, normalement pour celui du dessous, mais au prix d'un effort sur lui-même pour celui de la partie supérieure puisqu'en réalité, il sautille, lui, vers la droite.

 

     Dans l'un, il me semble reconnaître un petit veau, mais n'en suis pas vraiment persuadé pour le second, même si le cartel indique le substantif au pluriel.

 

     Vous aurez d'évidence noté, amis lecteurs, si vous avez été soucieux de l'élément décoratif qui encadrait les scènes gravées sur le coffret que nous avons détaillé la semaine dernière, qu'ici aussi nous avons des bandes composées de végétaux, pétales ou feuilles lancéolées, sur deux niveaux superposés, gravées aux extrémités du couvercle. Entre eux, une ligne ondulée qu'enserrent deux horizontales représente vraisemblablement le Nil.

 

     Si subsiste cette fois, à la partie supérieure, le bouton rond qui, à l'origine, permettait d'ouvrir la boîte, à l'inverse, ont complètement disparu les incrustations de pâte minérale rouge et verte, ainsi que d'os, qui servaient initialement à rehausser quelques détails.   

 

 

     Remarquez le travail légèrement différent qu'a réalisé un artiste également du Nouvel Empire sur le couvercle  N 1 711 B, un peu plus petit puisqu'il mesure 11 cm de long et 3, 5 de large, tant au niveau du type de gravure qu'à celui du choix des motifs encadrant les frises autour des deux scènes animalières, ou celui qui, au centre de la composition, les sépare. 

 

N 1 711 B.jpg


 

     Au registre supérieur, il a esquissé deux bouquetins s'agrippant à (ou voulant grimper sur) une plante pour le moins particulière. En dessous, nous retrouvons des veaux gambadant cette fois tous deux dans la même direction : peut-être fuient-ils l'animal représenté entre eux, ou tout autre danger ?

 

     Il m'apparaît évident que les boîtes que ces couvercles durent un jour fermer furent de semblable excellente facture. Et comparativement à celle de mardi dernier, placée juste à côté dans la vitrine, il est indéniable, alors qu'ils ne font aucunement partie de la collection qu'avait rassemblée, puis vendue au Louvre, Bernardino Drovetti, en 1827, qu'ils proviennent sinon du même artiste, à tout le moins d'un même atelier, d'une même école artistique.

 

 

     Tout différemment se présente le dernier objet que nous envisagerons ce matin : E 17 367.

 

 

E 17 367.jpg

 

 

     En effet, plutôt que de bois,  il s'agit de faïence siliceuse, originairement verte, mais s'étant avec les siècles fortement décolorée : de forme semi-circulaire, il obtura très vraisemblablement un écrin réalisé, dans le même matériau, de 11 cm de long et de 7, 1 de large.

 

     Deux trous ont été percés, l'un au milieu de l'arrondi extérieur, l'autre, à l'aplomb, dans la partie rectiligne du dessous : probablement marquent-ils l'emplacement de la pièce qui devait permettre d'ouvrir le petit récipient.

 

     Datant de la XXVIème dynastie, à la Basse Epoque donc, il a été travaillé en relief pour figurer un carnassier à la gueule à nouveau vue de face, s'apprêtant à dévorer un oryx qu'il immobilise de ses pattes antérieures : la droite posant sur le flanc du gracile animal, la gauche lui maintenant les membres au sol.

 

 

     Nonobstant que, comme tout un chacun, j'admire l'énormité du travail des sculpteurs égyptiens de l'Antiquité, que ce soit au niveau des reliefs d'un monument funéraire, ou de celui des hiéroglyphes harmonieusement gravés sur les parois d'un temple - rappelez-vous, à Karnak, ceux des "Annales "de Thoutmosis III -, ou devant l'immensité parfois atteinte dans leur statuaire : je pense notamment aux colosses de Ramsès II à Abou Simbel, il m'apparaît au fil du temps que je suis de plus en plus réceptif quand l'extrême talent de ces hommes se met au service et s'accorde avec la petitesse de certaines pièces destinées à un mobilier funéraire. Celles auxquelles j'ai consacré mon intervention d'aujourd'hui, par exemple.

 

     Ne sont-elles pas superbes toutes ces boîtes à fards ? Ne requièrent-elles pas une attention soutenue ? Chaque détail de leur décoration ne mérite-t-il pas notre admiration  ?

 

     Certes, existera toujours l'un quelconque esprit chagrin qui m'objectera que le lion que les égyptologues veulent voir sur le couvercle ci-dessus n'est pas véritablement représentatif de la réalité. Il n'empêche qu'à mes yeux, à tout le moins, l'aspect éminemment carnassier de la bête a été admirablement rendu par la gueule ouverte que l'artiste a réalisée à l'époque ; et que sa puissance sur le frêle oryx qu'il plaque au sol est indiscutable. Et peu me chaut si d'autres détails de son corps ont été volontairement ou non laissés de côté par le sculpteur ... Là n'était pas l'essentiel : la gueule et les pattes sont, me semble-t-il, suffisamment éloquentes : on a tous compris que nous n'assistions pas ici à une idylle naissante !

 

     Avec ces quelques gracieux objets de toilette - et je ne considère pas avoir épuisé le sujet -, je n'avais d'autre but, amis lecteurs, que celui de vous faire admirer un travail de précision, de  vision animalière que l'on n'approche pas toujours avec nos yeux de visiteurs pressés.

 

     Je ne sais si j'y suis parvenu, mais au moins aurais-je essayé de vous inviter à  porter un autre regard sur ces petits "trésors" quand, d'aventure, vous reviendrez sans moi visiter le Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

     Toutefois, si vous estimez que mon modeste objectif fut aujourd'hui atteint, je vous propose un pénultième rendez-vous, mardi prochain, même salle, même heure pour, avec deux autres petites merveilles, à savoir : des cuillers à fard, irrémédiablement nous diriger vers le point final de notre inventaire de la vitrine 2 que nous apposerons le 20 juillet suivant ...

 

 

  (Vandier d'Abbadie : 1972, 45 ; Id. 52)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

Fille du Midi 20/09/2010 21:30


Observer ces objets et penser qu'ils viennent d'une époque si lointaine... émouvant... (j'ai un faible pour la boite "gazelle" d'une incroyable délicatesse qui a traversé les âges)


Richard LEJEUNE 21/09/2010 08:31



     Et je vous assure que de semblables petites merveilles font florès au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre : vous en
rencontrerez d'ailleurs un certain nombre dans ces articles consacrés aux objets de toilette ...



Tifet 06/07/2010 22:33


Il est certain qu'à l'époque du nouvel empire les artistes étaient bien "inspirés" et faisaient preuve d'un savoir faire incroyable quand on pense aux outils dont ils disposaient !


Richard LEJEUNE 07/07/2010 08:02



     Il existe ainsi dans l'Histoire des périodes tout à fait exceptionnelles pendant lesquelles l'art atteint des sommets remarquables : le
Nouvel Empire égyptien, - peut-être encore plus particulièrement l'époque d'Amenhotep III -, en fait effectivement partie.



Christine GRIMA 06/07/2010 17:23


Bonjour Richard, Encore merci pour ce merveilleux article sur les boîtes à fards, tout à fait captivant, nous emmenant bien loin de nos problèmes au quotidien ...!!! encore merci pour votre
minutieux travail et à mardi prochain !! une fan - xine


Richard LEJEUNE 07/07/2010 07:59



     Ne me remerciez pas, Xine : c'est pour moi un vrai plaisir de partager l'impact réel que ces petits objets semblant parfois si anodins
peuvent avoir sur ma sensibilité.



Alain 06/07/2010 17:19


Merci Richard de nous faire découvrir ces joyaux que, personnellement, j’ai déjà vu au Louvre. Effectivement, on les examine trop rapidement du fait de la quantité importante des objets présentés
dans le musée.
Les petits veaux gambadant, la gazelle et le lion en faïence sont d’une finesse étonnante. La force de la vie semble apparaître encore nos yeux ébahis.
Comme tu le dis, ces artistes ont un grand talent et sont admirables dans la pureté du rendu des détails.
Ces dames devaient être très aimées pour se voir offrir de telles œuvres pour leur toilette. Elles se devaient évidemment, en retour, d’utiliser ces boîtes pour se rendre encore plus désirable.


Richard LEJEUNE 07/07/2010 07:56



     Je pense effectivement, dans un premier temps, qu'il faut savoir s'arrêter devant une vitrine telle que celle que nous détaillons ensemble
maintenant depuis plusieurs mois et aller y chercher tous ces petits détails qui sont la marque de grands artistes.





     Tu as parfaitement compris la connotation existant sur beaucoup de ses objets avec la séduction amoureuse. Il ne faut pas oublier non plus
la volonté que je rappelais ci-dessus d'associer esthétisme et besoin de régénération dans l'Au-delà ... D'où toute cette symbolique sous-jacente !



Louvre-passion 06/07/2010 16:54


Non seulement ces pièces sont admirables de finesse mais en plus elle proviennent de la collection Drovetti, acquise par Champollion, qui est à l'origine du Département des antiquités Egyptiennes.


Richard LEJEUNE 07/07/2010 07:51



     Et pour les amoureux de l'histoire du Musée du Louvre et de l'origine de ses collections que nous sommes, toi et moi, ce "détail" est
important ...



J-P Silvestre 06/07/2010 15:08


Je suis un affreux idéaliste ! Je rêve d'un monde où la prédation ne serait pas à l'origine des oeuvres des artistes. Celles que vous nous montrez et que vous interprétez brillament vont dans le
sens de ce goût pour la mort qui n'a pas totalement abandonné les concepteurs contemporains... mais je m'égare, l'art doit être évalué en fonction de son esthétisme et non par rapport à une pensée
(forcément) subjective.


Richard LEJEUNE 07/07/2010 07:49



     Dès les temps préhistoriques, les artistes ont forcément représenté ce qu'ils voyaient dans la nature et, surtout, de manière propitiatoire,
ce dont ils avaient besoin pour acquérir leur nourriture. Se nourrir constitue en quelque sorte un des premiers gestes, si pas le premier, de l'Humanité ...





     Ceci posé, ne croyez pas, en voyant ces oeuvres antiques, que l'Egyptien était morbide : tout au contraire, il était tellement amoureux de
la vie qu'il faisait tout ce qui était en son pouvoir pour que celle qui suivrait son passage sur terre soit la plus agréable et la plus réussie possible.


 


     J'ai précédemment beaucoup insisté, souvenez-vous, sur la volonté de régénérescence qui était la leur et, partant, sur l'éventail des
symboles allant dans ce sens que l'on rencontre sur tous les objets qui faisaient partie de leur mobilier funéraire ...     



FAN 06/07/2010 14:06


Mais si cher Richard, je suis allée lire votre post de 2008 avec la cuillère "nageuse"!!! Ce matin, je me suis souvenue de ma visite au musée de Vaison la Romaine,et des magnifiques bijoux s'y
trouvant!!Bien sûr, rien à voir avec l'Egypte mais c'est le couvercle de la boite lion qui m'a fait souvenance de cette visite!! A bientôt BISOUS FAN


Richard LEJEUNE 07/07/2010 07:37



     Il vous faudra encore malheureusement longtemps patienter, chère Fan, avant que je visite la salle exposant les bijoux égyptiens ...



FAN 06/07/2010 09:07


Comme j'ai du temps pour vous visiter votre blog, cher Richard, je viens vous dire que ce post m'a enchanté!! Que de merveilles sont restées jusqu'à notre ère! Quelle finesse dans l'exécution des
détails! J'aime aussi le couvercle de la boite où le lion savoure sa proie, dommage que la couleur soit disparue!! Je ne serai pas au Rv de mardi prochain (1s de vacances)mais je viendrai le lire
en rentrant puisqu'il s'agira de mes "petites cuillères" tant prisées depuis mon enfance!!! BISOUS FAN


Richard LEJEUNE 06/07/2010 09:30



     Il est effectivement dommage que le bleu ou le vert de la faïence siliceuse ait disparu de ce couvercle, car vous connaissez, j'en suis
persuadé, d'autres pièces dans différents musées qui, ayant conservé leur couleur d'origine, n'en paraissent que plus "attractives".





     Pour ce qui concerne un premier avant-goût à propos des petites cuillères, vous aura probablement échappé le lien que je vous avais fourni
en réponse à un de vos tout récents commentaires vers un article rédigé sur celles, très élégantes, à la forme de nageuse : il s'agit du 20 mai 2008.


Si cela vous dit ...





     Je profite de l'occasion, chère Fan, pour vous souhaiter d'excellentes vacances.


A bientôt ...





Cordialement,





Richard



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