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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 23:00

 

       Dans l'éditorial qu'il signe à la page 5 du dernier numéro, le douzième, du magazine trimestriel Grande Galerie, Le Journal du Louvre, Henri LOYRETTE, Président-Directeur du Musée mentionne, en substance, toutes les magnifiques expositions cachées et dont personne ne parle qui, selon ses propres termes, sont déguisées sous le nom de "collections permanentes"

 

     Il est manifeste que, contrairement à vous, amis lecteurs, Monsieur Loyrette n'a pas la chance ( ) de connaître EgyptoMusée. Il ignore que des confins de la Belgique cousine, un retraité de l'Enseignement de l'Histoire, "Passeur de mémoire" donc, amateur d'égyptologie de surcroît, s'est mis en tête, depuis plus de deux ans maintenant, de faire visiter - en prenant tout son temps - , salle par salle, le Département des Antiquités égyptiennes du Musée dont M. Loyrette assume la direction.

 

     Je pense ... ; non, je ne pense pas : j'affirme péremptoirement, pour l'avoir constaté maintes et maintes fois, qu'en majorité, les touristes qui le parcourent s'y engouffrent au pas de charge dans la seule optique d'accéder le plus rapidement possible là où ils savent pertinemment bien qu'ils trouveront ce qu'ils considèrent comme le nec plus ultra, si pas le seul art valable : celui de la sculpture monumentale.

Ce que les trois espaces en enfilade constituant la salle 12 dédiée au temple déploient en fait à l'envi.

 

     Se comportant ainsi, au gré des vitrines, ils regardent sans vraiment voir. Et passent à côté de petits bijoux qui, à eux seuls, mériteraient pourtant une attention plus que passagère.

 

     Ce sont ces petits monuments oubliés, peu admirés, laissés pour compte, comme les quelques-uns qu'il nous reste à évoquer dans la deuxième vitrine de la salle 5 devant laquelle nous nous trouvons  maintenant depuis la rentrée 2009, que je voudrais mettre en lumière au cours des derniers rendez-vous que j'escompte programmer les prochaines semaines, avant le nouveau congé scolaire de l'été 2010. 

    

       Mardi dernier, déjà, parmi les objets de toilette sur lesquels nous allons nous pencher, je vous avais proposé un très bel  étui à kohol en os.

 

     Aujourd'hui, c'est sur un remarquable - mais si peu remarqué ! - coffret à onguents que je voudrais m'attarder.

 


N1698.jpg

 

 

      De forme cylindrique, réalisé dans du bois de caroubier, il provient de l'ancienne collection Drovetti.

 

     (Puis-je me permettre de vous suggérer, concernant ce personnage et l'origine des pièces  égyptiennes du Louvre, de consulter un article capital en la matière que j'avais publié le 19 mars 2008, le lendemain de la création de mon blog ?)


 

     A propos du relief du Lirinon exposé dans la vitrine 9 de la  salle précédente, j'avais évoqué, les  24 et 31 mars 2009, les parfums et autres onguents qui pouvaient tout à la fois servir pour les cultes rendus à une divinité dans un temple, mais aussi, dans la vie domestique quotidienne, pour les soins esthétiques, voire thérapeutiques : ce sont semblables produits que contenaient les différents compartiments de cette boîte de seulement  13, 5 cm de long et 7 de diamètre : cinq cases d'un côté - celui visible sur le  premier cliché -, et quatre dans la seconde partie, posée dessus.

 

     S'ouvrant dans le sens de sa hauteur en faisant glisser l'une des deux moitiés sur l'autre, elle présente aujourd'hui pour nous l'avantage d'être extérieurement gravée de séquences animalières encadrées de frises décoratives : trois niveaux de pétales dans la portion supérieure, ainsi qu'en dessous, deux surmontant une décoration que les égyptologues nomment en "façade de palais".

 

     En outre, ces différents bandeaux sont séparés des deux scènes proprement dites par un mince filet de lignes ondulées, manière codifiée de figurer les vagues du Nil : il nous faut ainsi comprendre que nous sommes dans un environnement palustre.

 

     D'un côté, la première scène nous montre deux chiens s'attaquant à un veau dans un fourré de papyrus ;

 

N 1 698 - Veau attaqué

 

au-dessus du second chien qui mord dans une des pattes antérieures de sa victime, s'envole un oiseau aquatique.

 

N 1 698 - Chien

 

     De l'autre côté du cylindre, celui fendu et recollé, la deuxième scène gravée, extrêmement symbolique, propose, dans le même biotope, un lion dont, détail remarquable et rare, la tête nous est présentée de face. Il tient en sa gueule également un veau qu'il emporte manifestement avec lui.

 

N 1 698 - Lion

 

     Derrière eux, l'artiste a cru bon d'ajouter la touche maternelle : une vache déplorant le rapt et la perte imminente de son petit.


 

N 1 698 - Vache

 

      Dernier détail, technique cette fois : le graveur qui fut à même de restituer tous ces événements douloureux sur un espace aussi restreint s'est autorisé, pour rendre encore plus vivant l'aspect des choses, à incruster d'os les corps des animaux et à colorer de pâte végétale rouge et verte les trais gravés dans le bois.

Du très grand art ... 

 

     Même si, dans de précédentes interventions visant à décoder l'image égyptienne, j'ai eu l'opportunité d'envisager la symbolique de la présence de fourrés de papyrus ou de certains détails des scènes de chasse dans les marais, j'aimerais très brièvement avant de nous quitter en rappeler deux ou trois points qui me semblent essentiels à  la compréhension de la décoration de cette boîte à onguents qui, je vous le rappelle, fit partie du mobilier funéraire d'un défunt.

 

     Le fourré de plantes aquatiques, souvenez-vous, constitue l'image des origines de la civilisation égyptienne, ce Noun qui avait préexisté à toute chose et qui allait donner naissance à la vie, à commencer par celle du démiurge lui-même.

 

     Véritables microcosmes de bêtes dangereuses et malfaisantes, mais aussi d'autres parfaitement inoffensives,  ces zones marécageuses symbolisaient les régions chtoniennes, c'est-à-dire le monde souterrain avec ses obstacles à écarter dans lequel pénétrait tout trépassé désirant devenir un nouvel Osiris : avant donc de prétendre à une renaissance dans le monde de l'Au-delà, il devait se donner les moyens de garantir sa régénération. D'où, ces combats entre certains animaux ; d'où la présence ici d'un lion - métaphore à peine voilée de la toute puissance royale !

 

     En outre, il ne faut pas oublier de comprendre la fraîcheur des plantes de papyrus comme une allégorie : celle évidemment de la verdeur physique, de la jeunesse éternelle que veut conserver  - ou recouvrer - le défunt dans sa vie post mortem

 

     Vous admettrez donc, amis lecteurs, à la lumière de ces très brèves allusions qu'à nouveau je tenais à préciser, que ce petit coffret de toilette, indépendamment de l'esthétique qui le caractérise et sur laquelle je ne pouvais manquer d'attirer votre attention, doit aussi être envisagé, en tant que partie intégrante d'un mobilier funéraire, au niveau de la symbolique sous-jacente des représentations incisées par l'artiste égyptien.

 

     Et nous retrouvons cette notion chère à feu l'égyptologue belge, le Professeur Roland Tefnin, qui vous est j'espère maintenant bien connue : l'image égyptienne ne se résume pas à un seul sens de lecture. 


 

     Ceci posé, il est temps à présent de nous séparer et de nous donner un nouveau rendez-vous, même jour, même heure la semaine prochaine, pour nous pencher sur d'autres objets de toilette que je voudrais vous faire connaître avant que, tous, nous nous égaillions dans la nature - moins hostile que ces fourrés de papyrus, je présume -, de nos vacances respectives.

 

 

 

 

 

(Vandier d'Abbadie : 1972, 43-4)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

Carole 22/01/2015 22:08

En lisant, voilà ce que j'ai pensé : ici ce n'est pas un blog, mais une encyclopédie minutieuse, un livre qui s'est bâti page après page, et qui nous permet d'entrer chaque jour un peu dans le
monde mystérieux des anciens égyptiens. Alors ne "fermez pas boutique", ce serait tellement dommage.

Richard LEJEUNE 23/01/2015 09:36



     Mais quelle gentillesse dans vos propos, Carole !


     Je suis touché. Merci.


 


     Personnellement, mon intention est de poursuivre sur le chemin que je me suis tracé ... si Overblog m'en donne la possibilité !



FAN 03/07/2010 17:26


Lors de mes sorties scolaires au Louvre,(loin, si loin) je me souviens que ma préférence restait les salles dont vous nous faîtes partage et je me souviens que j'étais subjuguée par la beauté de
Nerfertiti et attirée par ce que vous nous présentez à ce jour, l'objet de mes préférences restant "la petite cuillère"!! Je suis certaine que vous allez nous raconter son histoire et son utilité!!
BISOUS FAN


Richard LEJEUNE 04/07/2010 08:31



     Bien évidemment, chère Fan ! Notre découverte de la vitrine 2 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre
touchant à sa fin, il me reste effectivement à vous faire admirer, les prochains mardis, quelques derniers petits "trésors", dont précisément deux cuillers à fard.





     Patience donc ...





     Toutefois, et pour vous mettre en appétit, permettez-moi de vous suggérer de relire l'article qui avait été publié le 20 mai 2008, consacré
à celles en forme de nageuse exposées dans la vitrine 2 de la salle 3 où nous déambulions à l'époque ...



Xine 29/06/2010 23:42


Bonsoir Richard,

Je me suis abonnée récemment à votre Blog, passionnée d'Egyptologie depuis bientôt 30 ans, je vous remercie de nous faire découvrir tous ces Trésors du Louvre... où je n'ai pu m'y rendre qu'une
seule fois !! Christine (Xine)


Richard LEJEUNE 30/06/2010 08:13



     Bienvenue à vous, Christine.





     Je ne sais sous quel pseudo vous vous êtes abonnée à mes articles, ce qui n'a d'ailleurs aucune espèce d'importance : le principal pour moi
étant que je puisse vous apporter le plaisir de la découverte, - virtuelle -,  de ce Département des Antiquités égyptiennes que vous connaissez peu et, éventuellement, par la suite, vous
donner l'envie de vous y rendre personnellement.





A bientôt.



Louvre-passion 29/06/2010 20:58


Hé oui, Henri Loyrette ne connais pas nos blog mais il est vrai que le Louvre est une grande machine bien loin de nos petites publications.
Mais l'essentiel c'est le plaisir de lire "Egyptomusée".


Richard LEJEUNE 30/06/2010 07:42



     Merci pour "le plaisir de lire Egyptomusée".





     Que la Ville Louvre soit une grande machine est indéniable, mais très honnêtement, L.-p., je ne suis pas aussi affirmatif que toi
quand tu écris "nos" blogs : je reste intimement persuadé qu'à un niveau ou à un autre, là-bas, on connaît  parfaitement l'existence de Louvre-passion qui est devenu, à lui seul, une très
intéressante vitrine des expositions, ponctuelles cette fois, que le Musée met en place.


 


Ceci posé, il est un fait que le modeste travail qui est le mien n'apporterait absolument rien de neuf aux immenses connaissances qui sont bien évidemment celles de
M. Loyrette ... 



FAN 29/06/2010 16:57


Cher Richard, je n'ai plus trop de temps en ce moment pour me consacrer longuement à mes blogs préférés!!!Vacances + déménagement très compliqué et long mais je ne lâche pas, je reviendrai!!!
BISOUS FAN


Richard LEJEUNE 29/06/2010 17:06



Chère Fan : il n'y a évidemment aucune obligation à venir me lire.





J'aimais nos échanges scripturaux, certes ; et ils reprendront, j'espère, à votre meilleure convenance.





Bien à vous





Richard



Tifet 29/06/2010 10:14


Admirable ce travail ! et merci à vous Richard de nous faire apprécier dans le détail cette petite boite à onguents en bois de caroubier, ils étaient très doués pour fabriquer de multiples petits
objets que l'on ne remarque pas forcément dans un musée mais qui sont pourtant d'une grande beauté ! la grande majorité des gens se dirigent vers les " pièces" plus imposantes.....sans voir les
petits trésors cachés......


Richard LEJEUNE 29/06/2010 14:54



     Et ce sont précisément, vous l'aurez compris, Tifet, ces petits "trésors cachés" qui pourraient paraître insignifiants à d'aucuns qui me
procurent l'immense plaisir d'aller ainsi à la rencontre de l'Egyptien dans sa vie de tous les jours en ce comprises ses interrogations métaphysiques. 



Jc Vincent 29/06/2010 07:40


Superbe travail d'artiste, effectivement, d'une beauté et d'une précision extraordinaires, que cette boîte à onguents!

Pareils "mini-coffrets de rangement" existaient-ils aussi, destinés à d'autres usages, comme ceux de l'écriture par exemple, ou ... du dessin ?


Richard LEJEUNE 29/06/2010 08:05



      Ce qui personnellement me fascine, c'est, tu l'as compris la minutie de ces artistes pour tout à la fois "décorer" un petit coffret
comme celui-ci et, surtout, y inclure tant de symboles destinés à la régénération d'un défunt.





     Je crois avoir déjà écrit quelque part que l'image égyptienne était avant tout utilitaire ; mais à ce point, on dépasse
largement la notion d'art, la notion d'esthétique : on s'élève véritablement vers une autre dimension ... 





     Pour répondre à ta question : oui, bien sûr qu'il existe des coffrets pour les godets à encre (cupules) et calames des scribes et des
scribes des contours. Les égyptologues les appellent volontiers "Palettes de scribe".





     Certes, toutes ne sont pas aussi parfaitement travaillées. Néanmoins, elles peuvent toutefois, comme celle que je te propose d'admirer
ci-après sur le site du Louvre (évidemment !), présenter des colonnes de hiéroglyphes - ici, une formule d'offrandes à Amon-Rê d'un côté et à Thot, le dieu des paroles divines, de l'autre - très
joliment gravés.


 


http://cartelfr.louvre.fr/cartelfr/visite?srv=car_not_frame&idNotice=3313



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