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16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 00:00

 

     Bien que Professeur, à l'instar de Robert Langdon, je ne le fus pas de symbologie. N'ayant pas, toujours comme lui, l'opportunité d'enquêter à Paris, ma "Sophie Neveu" à moi fut, comme je l'ai indiqué mardi dernier, une  fidèle lectrice, par ailleurs conceptrice d'un excellent blog qu'avec l'humour qui la caractérise elle a intitulé Louvreboîte.

 

     Rappelez-vous amis lecteurs, il s'agissait, après avoir reçu de Montoumès une preuve irréfutable, de retrouver, non pas l'assassin du Conservateur Jacques Saunière, mais plus simplement l'emplacement du cercueil d'un certain Pami, Prophète d'Amon de la XXIIème dynastie (soit entre 850 et 825 avant notre ère) que je recherchais depuis une précédente intervention que j'avais faite ici, dans la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Louvre.

 

     L'immense gentillesse de ma "collaboratrice", sa disponibilité à me rendre service dès que je la sollicite, sa perspicacité, mais aussi ses relations au sein même du Musée, firent le reste.  

 

     Après quelques jours, le 19 octobre, elle me contacta.

 

     Parce que, personnellement, je n'avais ni dans mes tablettes ni en mémoire depuis ma dernière visite de quoi concrètement visualiser les affirmations qu'elle avançait, conscient toutefois d'abuser, je lui demandai quelques précisions supplémentaires, ainsi que l'une ou l'autre photo. Et, fébrilement, j'attendis un nouveau courrier, persuadé que j'étais maintenant de l'issue positive de ses investigations et tout en me reprochant de n'avoir pas suffisamment été attentif  à cette salle 15 qu'elle m'affirmait être la "résidence" de notre homme. 

 


Salle 15 - Entrée


 

     Deux jours plus tard, au cours de l'après-midi du jeudi 21, célérité extrême, je reçus le mail qui combla mon attente bien au-delà de toute espérance.

 

     Pami se trouve bien exposé - sans cartel toutefois - dans une vitrine proche de "LA momie", en salle 15 du Département des Antiquités égyptiennes, au rez-de-chaussée de l'aile Sully. C'est, à tout le moins, ce qu'entre autres lui expliqua la personne chargée d'études documentaires qui la reçut avec grande amabilité quand elle alla frapper à la porte de son bureau. 

 

     Et cette vitrine, comme vous le constatez à l'arrière-plan sur le cliché ci-dessus, était bel et bien vide à ma dernière visite, en juin 2009 ! Ma mémoire ne me faisait donc pas défaut : Pami dormait manifestement encore à cette époque-là quelque part au niveau des réserves, en fait, dans les profondeurs des sous-sols.

 

     Mais pour quelles raisons, aujourd'hui, est-il venu anonymement s'installer ici contre ce panneau latéral blanc de la vitrine à droite de celle de la momie, de l'autre côté du pilastre cannelé ?

 

Pami - Salle 15

 

     Soudain, il me souvint d'une affichette apposée sur la porte du fond de la salle que j'avais lue alors un peu trop rapidement : il y était question d'inondation et de préservation de pièces. D'abord, je ne compris pas ce que cela signifiait, ici, précisément. Puis, me renseignant, je fus affranchi.

 

     Longeant la Seine, le Louvre serait évidemment en première ligne parmi les grands monuments sévèrement atteints en cas de débordement, tel celui de 1910, resté mémorable pour beaucoup et qualifié depuis de centennal par les spécialistes. De sorte que depuis huit ans, des moyens désignés sous  l'acronyme PPRI (Plan de Prévention Risques Inondations) ont été mis en oeuvre pour pallier toute velléité des eaux de s'engouffrer à nouveau, aux alentours de 2010 donc, au sein même du Musée.  

 

     Dans un rapport publié sur le Net et intitulé Le Musée du Louvre, gestion globale des risques, Jean-Raoul Enfru, Délégué Sécurité-Sûreté et Contrôle de Gestion, explique que si actuellement une crue atteignait le niveau de 1910, date de référence, certains espaces du musée seraient inondés, dont 8000 m² de réserves et 4700 m² de salles d'exposition. Ce serait également le cas pour l'Auditorium, des espaces d'accueil et des équipements techniques, ajoute-t-il. 

 

     Quant aux oeuvres particulièrement vulnérables, fragiles, entreposées dans les réserves qui, détail à ne pas perdre de vue, se situent sous le niveau du fleuve, nécessité s'impose de leur prévoir un abri en zone non inondable, donc plus élevée.

 

     J'avais bien remarqué, sans vraiment y prendre garde, qu'ici ou là,  de nouvelles vitrines comblaient les espaces vides de différentes salles, voire que certaines avaient été complétées. Mais celle-ci, dans laquelle, apparemment accompagné d'autres si je scrute bien le cliché de ma correspondante, le cercueil de Pami a simplement été déposé, était à l'époque désespérément vide. 


 

    En l'absence de fiche spécifique mentionnant et le numéro d'inventaire et le propriétaire de l'équipement funéraire, comment d'ailleurs aurais-je pu deviner qu'il s'agissait bien du matériel funéraire de ce membre du clergé thébain que nous traquons depuis plusieurs semaines ?

 

     Simplement en déchiffrant parmi les textes hiéroglyphiques inscrits sur le cercueil en bois les quelques signes qui déclinent son identité.

 

     Approchons-nous, voulez-vous ?

 


Pami - Couvercle - Détail poitrine


 

     Observez bien cette portion du couvercle anthropomorphe, à hauteur de la poitrine : vous retrouvez aisément, sur votre gauche, soit à la fin des deux lignes d'inscriptions horizontales, soit terminant la formule d'offrande disposée en colonnes verticales, trois signes identiquement répétés, se lisant de droite vers la gauche : 

 

Pami - Salle 15 - Hiéroglyphes PAMI

 

* pa, le canard pilet en plein vol, ( = signe G 40 dans la liste de Gardiner) ;

 

* mi, la cruche à lait portée dans un filet, (W 19) ; et, à sa gauche,  i, le roseau fleuri (M 17).

 

Suit le déterminatif de l'homme assis m'autorisant à penser qu'il s'agit bien d'un anthroponyme qui, donc, se lit Pami.

 

(Les deux derniers signes horizontaux précisent ici que le défunt fut déclaré Juste de voix, justifié devant le Tribunal d'Osiris lors de la séance de psychostasie - Pesée de l'âme - que vous connaissez bien maintenant puisque, reprise du papyrus de Nesmin, elle chapeaute chacun de mes articles.)

 

   

     Voilà pour Pami ; il ne nous reste plus maintenant qu'à rechercher Pamy : je veux dire simplement que puisque nous avons retrouvé le cercueil E 3863 de Pami, Prophète d'Amon, il nous faut encore déterminer l'emplacement de la stèle C 275 d'un certain Patcheqeb datant, toujours à la même dynastie, de l'an VI du roi Pamy.

 

     Il semblerait que nous ayons malheureusement nettement moins de chance avec ce monument-là, non pas que mon astucieuse enquêtrice nous laissât sur notre faim mais, tout simplement, parce qu'en mauvais état de conservation, lui a précisé son interlocutrice au bureau de documentation après avoir consulté son fichier interne, il n'est tant qu'à présent pas exposé et donc repose quelque part sous nos pieds, dans l'un des entrepôts destinés aux réserves des trésors.

 

 

     Que retenir de cette enquête en deux épisodes ?


     Tout d'abord que j'eus beaucoup de chance d'être épaulé par un premier lecteur, passionné lui aussi, qui mit la main ici sur le Net sur une photographie du cercueil que je recherchais. Ensuite que grâce à son cliché, au sein même de l'établissement, une lectrice assidue me servit d'intermédiaire pour mener les investigations que j'espérais.

 

     Tous, Louvreboîte et Montoumes, auxquels je me dois évidemment d'associer la personne chargée d'études au bureau de documentation du Département des Antiquités égyptiennes, veuillez trouver ici, outre l'expression de mes remerciements les plus appuyés, celle de ma satisfaction d'entériner l'esprit de solidarité animant, grâce notamment au support informatique, des gens qui, la plupart du temps, mais pas toujours, ne se connaissent que virtuellement.     

 

 

     Enfin, regret tout à fait personnel, je retiens aussi de toute cette aventure que les quelque 50000 pièces égyptiennes entreposées dans les réserves du Louvre ne sont malheureusement pas répertoriées dans la base de données de son site internet et donc, pour des amateurs dont je suis, que nulle trace d'elles, rapidement repérable, ne soit à disposition.

 

     Pourtant, dans l'Egypte antique, ne suffisait-il pas de lire ou de prononcer le nom de quelqu'un pour lui assurer une vie éternelle ?

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

Nat 30/01/2011 09:40


Il ne s'agit pas là de Noé sauvé des eaux...


Richard LEJEUNE 30/01/2011 10:36



Le titre, en fait, se voulait une référence soit à Boudu sauvé des eaux, de Jean Renoir, avec l'excellent Michel Simon, soit, plus en rapport avec l'Egypte,
à Moïse sauvé des eaux ...


Au choix !


 


     Précédemment, sur le même sujet, j'avais intitulé mon article : Pami brûle-t-il qui constituait là aussi un clin d'oeil à une
évidente référence cinématographique ...



Louvre-passion 18/11/2010 08:48


A priori ce serait un dépôt non visitable, je n'ai pas vu d'autres informations à ce sujet.


Richard LEJEUNE 18/11/2010 20:28



Merci, V., pour cette précision.



Louvre-passion 17/11/2010 14:43


Félicitations ton enquête est digne de Sherlock Holmes. A propos du risque d'inondation des réserves du Louvre, actuellement situées dans le musée, je cite cet article du journal "Le Parisien"
:
"C'est officiel. L'agglomération de Cergy-Pontoise (Val d'Oise) vient d'être désignée par Frédéric Miterrand, ministre de la Culture, pour accueillir le centre de conservation, de recherche et de
conservation des patrimoines. Le site retenu est basé à Neuville-sur-Oise, à deux pas de la gare RER. En 2013, le centre devra héberger 250 000 œuvres d'art actuellement stockées dans les réserves
de sept musées parisiens, dont celui du Louvre. Il sera aussi doté d'un atelier permettant la restauration de ces œuvres."


Richard LEJEUNE 18/11/2010 07:47



     Digne de Sherlock Holmes, je ne sais pas. D'autant plus que j'eus deux "Watson" pour m'épauler, ou plutôt : effectuer tout le travail à ma
place !


 


     Merci pour le renseignement : il apporte un élément supplémentaire et important à mon article dans la mesure où il est en effet déjà
rassurant que les autorités s'inquiètent de la protection des oeuvres non exposées.


 


     Et ce centre d'hébergement - encore à construire, si je te lis bien - offrira-t-il aussi l'opportunité d'être visité comme un musée ? 
Ou ne sera-t-il qu'un dépôt ?


Le journal "Le Parisien" donne-t-il d'autres informations ?



Alain 17/11/2010 14:38


C’est une véritable histoire policière livrée par différents détectives : Louvre-boîte, Montoumes, le Louvre, toi-même, pour retrouver un cercueil qui avait retrouvé le jour. Quel suspens !
Il doit y avoir de nombreux tableaux fragiles et œuvres diverses qui croupissent dans les réserves et pourraient effectivement être dispersés dans d’autres lieux, à la plus grande joie des amateurs
d’art.


Richard LEJEUNE 18/11/2010 07:32



     Tout à fait d'accord également avec cette éventualité d'exposer les trésors des réserves, et pas uniquement en égyptologie, bien sûr
!


 


     Existe déjà l'opportunité de déposer des oeuvres dans certains musées régionaux : c'est par exemple le cas pour celui de Figeac consacré à
Champollion et les écritures du monde.


 


     Mais par rapport à l'immensité des pièces sous le Louvre, ce n'est - si l'on me permet ce très mauvais jeu de mots - qu'une goutte d'eau
!



Montoumès 17/11/2010 10:44


Merci Richard,

Maintenant qu'il est localisé, peut-être que je le retrouverai dans mes photos personnelles :) En tout cas, lire son nom sur son cercueil est une chose, lire tous les noms sur tous les cercueils
pour le retrouver aurait été fastidieux !

Pour la stèle, c'est bien dommage. En effet la base du louvre devrait subir une refonte et un enrichissement (objet photographié sous tous les angles, descriptifs complémentaires, traçabilité de
l'emplacement, bibliographie, etc...). Mais cela reste un rêve et un projet d'envergure pharaonique (excusez-moi du terme cliché...).

@ bientôt


Richard LEJEUNE 18/11/2010 07:27



Photos personnelles, J. ??? Dans les réserves ???


Je suis preneur !!!



Tifet 16/11/2010 15:38


Il est bien regrettable en effet que ces 5000 pièces ne soient pas répertoriées et encore plus regrettable qu'elles "dorment" là, au risque de se voir noyées un jour, ne seraient-elles pas mieux
sous les rayons de Ré, sur leur terre natale, je sais que ce n'est pas l'avis de tout le monde et ça ne me déplaît pas de "provoquer" un peu.........bonne semaine Richard et à bientôt !


Richard LEJEUNE 17/11/2010 07:23



     J'aime cette provocation quelque peu "hawassienne" : comme je l'écrivais à Jean-Pierre, il serait bon en effet que les trésors de ces
réserves soient exposés pour que les amateurs - où qu'ils se trouvent dans le monde - puissent en profiter.


 


     Mais même si vous avez laissé un important zéro en rade, chère Tifet - ce n'est pas de cinq mille pièces qu'il s'agit ici, mais de cinquante
mille -, le défi à relever serait colossal.


 


     Une première solution, peut-être, après la mise en ligne d'un corpus scientifiquement établi : permettre l'accès aux sous-sols du Louvre



 


     Mais ne rêvons pas trop ...



Absalon 16/11/2010 12:21


On ose espérer que les très nombreuses oeuvres en réserve et celles exposées seront toutes à l'abri au cours du prochain débordement centennal...


Richard LEJEUNE 17/11/2010 07:11



     C'est effectivement le moins que l'on puisse espérer pour les oeuvres entreposées dans les réserves ; le plus étant leur exposition au
public dans un deuxième "Louvre" parisien ou, à tout le moins, dans ceux qui se préparent à Lens et à Abou Dabi ...



ânhk 16/11/2010 11:29


Bonjour
Sujet très intéressant, qui de plus est, bien agrémenté de très belles photos, surtout celle "au gros plan".

Cdt


Richard LEJEUNE 17/11/2010 07:08



     Merci, mais cet article et celui de mardi dernier, enquête parallèle, constituent d'agréables "parenthèses" dans un parcours systématique
des différentes salles du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.



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