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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 23:00

 

MIOU ...   MIOU   ...   MIOU ...

 


    Rassurez-vous, amis lecteurs, après ces quelques premières interventions en guise d'introduction à notre découverte de la vitrine 3 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, les derniers mardis de septembre, ni le canard du bandeau ci-dessus qui vous salue à chacune de vos visites ni votre serviteur ne se sont transformés en chat pour vous accueillir avec quelques miaulements  ...

 


 

     Comme à tout ce qui constituait leur environnement, les Egyptiens ont  donné un nom générique pour désigner ces petits félins qui, au fil des siècles, après avoir été des prédateurs appréciés - notamment pour éliminer rats et souris qui goulûment s'invitaient dans les réserves et les greniers -, allaient devenir un de leurs compagnons privilégiés.

 

     Ce n'est qu'à la XIème dynastie qu'apparaissent timidement  dans l'art égyptien les premières représentations de chats dans un environnement humain, notamment sur un fragment de relief mural mis au jour dans un tombeau de Coptos, actuellement exposé au Petrie Museum de Londres où l'animal est tapi sous un siège, préfigurant ce qui, un demi-millénaire plus tard, plus précisément à partir du règne de Thoutmosis III (milieu du XVème siècle avant notre ère), deviendra un topos de l'art funéraire : un chat assis sous le fauteuil d'une dame, le chien étant quant à lui représenté sous celui de l'homme.

 

     Toutefois, dès la fin de l'Ancien Empire, le signe du chat existait déjà dans le corpus hiéroglyphique : en effet, il figure sur un autre bloc brisé qui, selon toute vraisemblance, proviendrait du temple funéraire de Pepy II, à Saqqarah, conservé au Metropolitan Museum of Art de New York, sous le numéro d'inventaire 15.3.1708. Répétée trois fois, la gravure de l'animal assis sur ses pattes postérieures, précédée du hiéroglyphe de la corbeille et suivie de celui du croisement de routes, se lit : Seigneur de la ville aux chats.  

 

      Quoi qu'il en soit, dès qu'il est évoqué, le petit félidé se présente sous un seul et unique vocable, manifestement en rapport phonétique avec son miaulement caractéristique : miou (miit, au féminin).

 


N 3910

 

 

      A l'instar du groupe de chats assis (N 3910) en bois d'acacia que nous pouvons déjà admirer dans cette vitrine ici devant nous, le terme égyptien désignant l'animal s'écrivait avec quatre signes hiéroglyphiques ; trois représentaient les sons, ci-dessous, de gauche à droite :

 

* mi, la cruche à lait portée dans un filet, correspondant à W 19 dans la liste de Gardiner ;

 

* i, le roseau fleuri (M 17) ;

 

* ou, la pelote de corde (V 1) 

 


 

W19M17V1

 

auxquels on ajoutait le dessin du chat (E 13 de la même liste), en guise de déterminatif  :


E13


 

 

 

 

     L'ensemble se lisait donc, comme vous l'avez évidemment compris d'emblée : miou.    


 

Miou

 

 

     Cette charmante onomatopée traversa les siècles pour se familiariser à nos oreilles sous la forme d'un agréable miaou que, parfois, balbutient les bambins en bas âge, désignant ainsi leur compagnon de jeu ; sans oublier l'emprunt plaisant que s'autorisèrent des compositeurs comme  Gioacchino R ossini dans son célèbre duo des chats (interprétation à ne pas bouder, ici, sur un plateau de la télévision espagnole par Monserrat Caballé et Concha Velasco) et Maurice Ravel dans L'Enfant et les sortilèges, dont le livret, s'en souvient-on ?, fut composé par Colette en personne.

 

     Aussi bizarre que cela puisse paraître si l'on compare avec nos habitudes contemporaines mais surtout avec ce que les Egyptiens prirent coutume d'instaurer vis-à-vis des chiens pour lesquels quatre-vingt cinq noms différents ont été recensés, il n'existe qu'une seule occurrence qui nous donne à connaître le nom propre personnel d'un chat : inscrite au-dessus de la tête de l'animal représenté aux côtés d'un couple recevant une offrande de lotus, elle se trouve dans la nécropole d'El-Khokha, au sud-est du site de Deir el-Bahari, dans la tombe d'un certain Puyemrê, (TT 39), second Prophète d'Amon sous les règnes d'Hatchepsout et de Thoutmosis III réunis ; Nedjem, le nom sous lequel le matou est désormais passé à la postérité, signifiant "doux," "agréable"...


 

     Ceci posé, la désignation pa miou, c'est-à-dire "le chat" en langue égyptienne, deviendra, à l'instar des noms de famille actuels parmi lesquels on peut rencontrer des Lechien ou Lechat ou Lelièvre, etc., un fréquent anthroponyme à partir du 8ème siècle avant notre ère. De sorte que des "Pamiou" de divers rangs sociaux, d'ailleurs souvent abréviés en "Pami" , "Pamy" ou "Pimay" sont fréquents à Thèbes comme à Memphis dès la fin de la Troisième Période intermédiaire et  jusqu'au terme de l'époque gréco-romaine.


 

     Aussi, dans ce même Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, peut-être aurez-vous, amis lecteurs, plus de chance que moi de débusquer, au fil de vos déambulations, le cercueil E 3863 ayant appartenu à un certain Pami, prophète d'Amon de Karnak, petit-fils d'un vizir s'appelant également Pami et provenant de la sépulture communément appelée des "prêtres de Montou", mise au jour par Auguste Mariette dans le temple de Deir el Bahari, en 1858 ; et, dans le lot des stèles retrouvées par ce même Mariette dans le Sérapéum de Memphis, la C 275 faisant allusion à un roi Pamy ; tous ces personnages ayant vécu à la XXIIème dynastie.

 

     Plus de chance que moi, car, bien que cités par feu l'égyptologue français Jean Yoyotte, les deux monuments ne figurent ni dans les notes qu'au cours de ces vingt dernières années j'ai prises de salle en salle ni dans la base de données du site internet du Louvre, en principe bien plus fiable que moi !

 

     Mais peut-être dans quelque réserve, sous nos pieds ?

      Et seuls, alors, conservateurs, égyptologues patentés et quelques privilégiés ont l'heur de les approcher ...

 

     Dommage ...

     Mais quand on garde à l'esprit que seules quelque 5500 pièces égyptiennes sont exposées sur les 50000 dont dispose le Louvre ...

 

     Sait-on jamais, un jour, à Lens ?  Ou à Abou Dabi ?  

 

 

 

(Bouvier-Close : 2003, 16-18 et 33-34 ; Malek : 2006 ; Mekhitarian : 1989, 11-12 ; Yoyotte : 1988, 155-77)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

Cendrine 15/01/2015 12:31

Mais si Richard, j'ai entendu miauler... C'est normal puisque je suis un chat aux dires de ceux qui m'entourent et qui ont toute leur santé mentale (ce qui n'est pas forcément mon cas en
permanence... vous pouvez rire!) En tous cas, vous nous faites ronronner de bonheur avec l'évocation de ce pa miou dont l'esthétique est une merveille, merci à vous, amitiés!
Cendrine

Richard LEJEUNE 17/01/2015 08:19



     Il m'est bonheur, Cendrine, de faire découvrir - et admirer - des petits monuments notamment croisés au Département des Antiquités égyptiennes du
Musée du Louvre sur lesquels, trop souvent, les gens ne prennent pas le temps - ou n'ont malheureusement pas envie - de s'arrêter, leur préférant les "incontournables" momies ou des pièces plus
"spectaculaires" ! 



Nat 30/12/2010 19:00


Vu le retard de lecture - bien loin d'être comblé d'ailleurs - je ne risque point de me souvenir des commentaires précédents...


Richard LEJEUNE 01/01/2011 11:24



Cela n'a guère d'importance : déambule dans "mon" Louvre quand tu en as l'opportunité ...



Nat 20/12/2010 07:37


Le chat assis sous le fauteuil d'une dame et le chien sous celui d'un homme écris-tu là, les temps ont bien changé. Le chat étant devenu également le compagnon de bien des hommes, écrivains par
exemple...


Richard LEJEUNE 30/12/2010 09:52



     C'est exactement ce que j'avais écrit dans le tout premier article introductif à cette série, le 21 septembre 2010 ...



louvreboite 19/10/2010 13:05


Trouvé !
Le cercueil est dans une vitrine "risque innondation" salle 15, derriere la momie; le cercueil le plus à gauche, (pas de cartel)
et la stèle, en mauvais état, n'est pas exposé, surement en réserve.


Richard LEJEUNE 19/10/2010 16:02



     Immense merci à vous, Louvreboîte, d'avoir mené à bien cette enquête : dans un futur rapproché, je publierai à cet article
un addenda pour faire état de vos "découvertes" ...



Montoumès 11/10/2010 21:20


Hélas non, je n'ai pas trouvé. Juste une allusion ici : J. YOYOTTE, Des lions et des chats. Contribution à la prosopographie de l’époque Libyenne, RdE 39, p.160-161, et pl. 2, mais je n'ai pas
trouvé ce document pour le moment. J'ai bien sous la main deux photos de stèle sde Pimay, mais je ne trouve pas le n° d'inv. : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Louvre_122006_015.jpg
http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Louvre_122006_013.jpg
Dès que j'aurais à nouveau accès à ma base de photos, je ferais une recherche approfondie...


Richard LEJEUNE 12/10/2010 07:18



     Jean Yoyotte, oui, si vous vous souvenez, c'est la référence infra-paginale que j'ai citée dans mon article : il y donne effectivement un
cliché de la stèle C 275 dont je ne trouve nulle trace au Louvre. 


 


     Mon "contact" au Musée m'a promis de faire une petite enquête, à tout le moins pour le cercueil, plus vite repérable. Il escompte également
pouvoir interroger un Conservateur.


Mais à son avis, si aucune de ces pièces n'est présente dans la base de données, c'est probablement, comme je l'ai ci-dessus suggéré, qu'elle se trouve dans les
réserves ...


 


A suivre, donc.


 


Et merci à vous, J., vraiment, de vous donner toute cette peine ...



Montoumès 11/10/2010 08:40


Bonjour Richard,
Le Pami que vous recherchez, translittération oblige, se nomme aussi "Pimay". J'en ai eu la certitude en en retrouvant le cercueil à l'aide du numéro d'inventaire que vous nous avez confié :
http://www.photo.rmn.fr/cf/htm/CPicZ.aspx?E=2C6NU0HT6UXA

Bien amicalement,


Richard LEJEUNE 11/10/2010 09:28



     Immense merci à vous, J.


 


     Le résultat de votre "enquête" me comble. Et  à nouveau, vérification faite, je ne retrouve trace de cette pièce ni dans mes notes ni
dans les clichés, nombreux, vous vous en doutez, que j'ai eu l'opportunité de prendre au Louvre. Ni, comme je l'ai souligné, dans la base de données du site du Musée lui-même.


 


     Je vais donc directement solliciter une personne au sein de l'établissement pour m'indiquer l'emplacement de ce cercueil dans le Département
des Antiquités égyptiennes. Et quand j'aurai réponse, je publierai un addendum avec la photo tout en mentionnant, votre collaboration ainsi que celle de mon correspondant qui aura, je
l'espère, trouvé la salle dans laquelle Pami (Pimay) est désormais exposé.


 


     Abusons !


     Pour la stèle C 275, évoqué dans ce même article, vous n'avez rien trouvé ??



Fille du Midi 08/10/2010 22:31


Ces chats en bois d'acacia qui ont traversé les siècles... impressionnant de pouvoir les admirer (ils sont tellement actuels, ils pourraient être l'oeuvre d'un artiste d'aujourd'hui)


Richard LEJEUNE 10/10/2010 10:49



     Et je vous assure que vous les trouveriez encore bien plus beaux si, d'aventure, vous alliez leur rendre visite en salle 5, vitrine 3, du
Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre !



Tifet 06/10/2010 17:54


Ce serait bien dommage que l'on expose ces pièces d'abord à Abou dabi, alors qu'elles sont au Louvre, cachées, il vaudrait mieux peut-être alors les restituer au musée du Caire non ??


Richard LEJEUNE 07/10/2010 12:03



     Je ne crois absolument pas qu'il faille se laisser influencer par les tonitruantes interventions de Zahi Hawass qui voudrait que tout ce qui
est en Europe revienne au Caire : faudrait-il encore qu'il y construise un bien plus vaste musée que le capharnaüm actuel ...


 


     Mais je conviens que c'est une vaste controverse ... à propos de laquelle il ne me gênerait nullement de débattre ici.


 



Jc Vincent 05/10/2010 21:54


Le groupe de chats assis est superbe, admirable … Je serais curieux de les écouter « miouler » et surtout de les regarder en enfilade de profil, pour voir si, comme sur ce dessin E13 joliment
stylisé du chat de la liste de Gardiner, leur queue est aussi élégamment dressée !

Ravel … le duo des chats de Rossini … Il y a encore la fameuse chanson « la queue du chat » des Frères Jacques, t’en souviens-tu ?
(Une voix dit miaou me voilà
Quelle drôle de surprise
Car l'esprit s'était caché là
Dans la queue du... dans la queue du... dans la queue du chat)

Moins intéressants artistiquement parlant, mais qui eurent aussi un certain succès : «Qui a tiré la queue du chat» de Dany Brillant, «La queue du chat» de Dorothée ou encore, oui, cela a existé, un
vinyl 45 tours «Fallait pas écraser la queue du chat» (Philippe Geluck apprécierait-il ?) d’une artiste nommée Clothilde (et sans blague, j’ai connu à l’époque, en 67 !).


Richard LEJEUNE 06/10/2010 08:22



     Non, pas du tout : d'après ce que je peux déceler sur d'autres photos, leur queue me semble à peine esquissée, à l'arrière, dans le bois
d'acacia ...


 


     J'aurais en effet pu ajouter bien des choses en somme : mais je me suis simplement cantonné dans de très grands classiques.


 


     Et pour ce qui concerne cette Clothilde que tu as "connue" en 1967, je te rappelle que je suis de quelques années ton aîné et qu'à cette
époque j'avais déjà 19 ans, alors que tu n'en avais que 12 ; de sorte que ce que susurrait cette probablement charmante demoiselle à tes oreilles pré-pubères était aux antipodes de ce que me
murmurait Barbara aux miennes ...



FAN 05/10/2010 16:08


Merci Richard de me réconcilier avec les égyptologues puisque, grâce à leurs recherches, j'apprends que j'aurai pu appeler mon chat de gouttière "Pamiou" ou "pami" mais trop tard, elle se nomme
"Cherry"!! Allons-nous trouver des pamious à Abou Dabi!!Surprise?? BISOUS FAN


Richard LEJEUNE 06/10/2010 08:05



     Cette "bisbouille", comme on dit en Belgique, avec les égyptologues n'étaient, je l'espère, que très passagère ... Ils nous apprennent tant
de choses, ils nous permettent de découvrir tant de merveilles parfois encore enfouies sous les sables des rives du Nil !


 


     Je ne sais si ce sera Abou Dabi ou Lens qui exposeront le plus de trésors actuellement conservés dans les réserves parisiennes. Mais ce dont
je suis certain, c'est que le second  emportera, assurément bien plus que le premier, mon adhésion quant au nombre de visites que je ferai.  



J-P Silvestre 05/10/2010 15:05


Merci de nous faire découvrir une nouvelle pierre de Rosette dont vous êtes le Champollion !


Richard LEJEUNE 06/10/2010 07:50



     Comme vous y allez, cher Jean-Pierre !!



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