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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 23:00

 

     Le dernier mardi avant le congé de Printemps qui nous a, les 16, 19 et 23 avril, permis d'accompagner Michel Onfray lors d'un séjour en Égypte, nous avions, d'une manière générale, souvenez-vous amis lecteurs, fait connaissance avec un haut fonctionnaire de la fin de l'Ancien Empire, un certain Metchetchi, dont le mastaba avait vraisemblablement été aménagé proche de la pyramide du pharaon Ounas, dont il était un des hauts fonctionnaires.

 

     (Je rappelle au passage un point déjà souvent précisé : c'est par pur privilège régalien que ces serviteurs zélés purent disposer à Memphis d'une tombe dans le périmètre de celle de leur royal mentor.) 

 

     Aujourd'hui, je vous propose de nous pencher plus en détail sur le fragment de linteau (E 25681) exposé dans la première vitrine d'un ensemble de deux auxquelles le Conservateur de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre a bizarrement décidé d'attribuer le même numéro 4.

 

 

Salle 5 - Vitrine 4 - Linteau E 25681

 

 

      

      L'emploi du terme sémiotique ressortissant au domaine de réflexion du philosophe américain Charles Sanders Peirce et du linguiste helvète Ferdinand de Saussure dans le titre de ma présente intervention n'est, vous me le concéderez bientôt, nullement fortuit. Il pourrait éventuellement paraître antinomique quand il s'agit d'évoquer un monument  ; mais le fait que celui-ci soit égyptien, qu'il comporte des notations hiéroglyphiques incisées qu'accompagne une iconographie également gravée, assoira sans conteste mon propos.

 

 

     Ce bloc de calcaire de 54,7 cm de longueur pour une hauteur de 43 cm et une épaisseur de 5,2 cm, présente, je l'ai dernièrement souligné, la particularité d'être incomplet dans la mesure où il a été privé de toute sa portion droite qui initialement comportait cinq lignes horizontales d'un texte soigneusement  inscrit en creux qui, outre qu'il proposait la traditionnelle formule d'offrandes semblable à celle que nous avions notamment rencontrée sur ce petit bassin de calcaire (E 653) que, parmi d'autres ustensiles de vaisselle funéraire, je vous avais présenté le 18 novembre 2008, nous donnait à lire certains titres du défunt se terminant d'ailleurs, dans la colonne verticale précédant les personnages de gauche, par son patronyme.

 

     A l'instar des statues de l'Ancien Empire, pour que ce linteau chapeautant la porte d'entrée du mastaba puisse pleinement jouer son rôle dans le domaine funéraire, il devait être personnalisé par une inscription : de sorte que le nom du défunt se terminait par un déterminatif, à savoir le signe hiéroglyphique d'un personnage, souvent assis, Metchetchi + déterminatifcomme c'est le cas sur certains des autres monuments de Metchetchi : je pense notamment à sa stèle fausse porte exposée au Metropolitan Museum of Fine Arts de New York.

 

 

     Ici sur ce très beau fragment de calcaire devant nous, le nom propre qui met fin à la colonne est totalement dépourvu du déterminatif en question :

 

Metchetchi (Hiéroglyphes)

 

 

     (Pour l'explication de  ces signes, permettez-moi de vous suggérer la relecture de mon article introductif du 15 mars dernier.)

 

     En réalité, il s'agit une fois encore d'une parfaite application de ces jeux scripturaux dont souvent furent friands les artistes égyptiens : la figuration de Metchetchi en taille héroïque dans le registre de gauche du linteau fait office de grand déterminatif. De sorte qu'elle doit être comprise tout à la fois comme une image qui le représente et comme un signe d'écriture visant à compléter son identification qui précède.

 

     C'est exactement le même principe qui fut appliqué à l'un des personnages d'un célèbre groupe statuaire  du Musée du Caire.

 

 

Rahotep-et-Nofret.jpg

 

 

      Si vous regardez attentivement l'inscription hiéroglyphique peinte à l'arrière-plan, sur le haut du siège, alors que pour la dame le déterminatif attendu d'une personne féminine assise termine, de part et d'autre de son visage, les quatre hiéroglyphes qui précèdent et donnent son nom Neferet, pour l'homme sur le siège à sa droite, les cinq hiéroglyphes définissant son identité, Rahotep, clôturant  à chaque fois la colonne de gauche en sont dépourvus : en réalité, l'imposante stature du personnage tout entier représente en ronde-bosse le petit signe déterminant qui eût dû être peint au-dessus de ses épaules. 

 

     Par parenthèse, ce qui à mes yeux demeure un mystère, c'est la raison pour laquelle l'artiste a procédé d'une manière différente pour l'épouse et pour son mari ...

 

 

     Il m'agréait donc ce matin d'attirer votre attention, amis lecteurs, en m'appuyant sur ces deux exemples parmi tant d'autres, le linteau de Metchetchi bien sûr et, en parallèle, le groupe statuaire du Caire,  sur le fait que l'iconographie égyptienne eut indiscutablement valeur de syntaxe, l'image signifiant bien plus qu'elle ne décrivait.

 

     En d'autres termes, dans cette civilisation où une minorité seulement accéda au savoir, dessin et écriture furent parfaitement complémentaires et, in fine, indissociables.

 

     L'essentiel, pour l'ensemble de la population antique, n'était-il pas que l'image rencontrée au détour d'un monument leur parlât, fonctionnât tel un langage, tel un texte que les hommes n'avaient pas eu l'heur d'apprendre tous à lire ? 

 

 

 

(Fischer : 1986, 24-8Malaise 1992, 78-168)

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commentaires

christiana 29/04/2011 23:41


Quelles belles statues, quelle pureté dans la simplicité et la stylisation des corps...
"L'essentiel, pour l'ensemble de la population antique, n'était-il pas que l'image rencontrée au détour d'un monument leur parlât, fonctionnât tel un langage"...Cela devrait être vrai encore de nos
jours, l'art devrait parler aux gens tel un langage pourtant parfois on ne comprend plus rien...


Richard LEJEUNE 30/04/2011 11:34



     La conception artistique a évidemment évolué au cours des siècles et des civilisations. Mais il est un fait qu'un tas de charbon dans une
salle qui ne s'éclairait plus ou moins intensément que grâce aux battements des pieds et des mains des visiteurs comme je l'ai vu jadis dans une exposition au Richard und Walraff Museum de
Cologne m'a toujours laissé, si pas une impression du plus haut ridicule, à tout le moins un étrange arrière-goût de totale incompréhension ...



FAN 29/04/2011 18:11


Merci Richard pour ce post intéressant qui nous fait remarquer ce couple avec la position fermée de la main masculine et la main ouverte féminine!! Une question : Lorsque plus jeune, j'avais visité
le département Egypte ancienne au LOUVRE, j'avais remarqué les pieds des statues et sur cette photo, on peut noter la morphologie des pieds égyptiens!!Les égyptiens avaient-ils vraiment les orteils
alignés de la même hauteur que le pouce, contrairement aux pieds grecs dont le pouce est plus long, Pourquoi?? J'ai également visionné l'émission "les racines et les ailes" qui avait pour sujet "LE
LOUVRE"!! J'ai de fait, appris le comment et le pourquoi de la disparition du palais des Tuileries!! BISOUS FAN


Richard LEJEUNE 30/04/2011 10:34



     A vrai dire, Fan, vous me prenez au dépourvu : je n'ai jamais vraiment prêté attention aux pieds des statues égyptiennes. Ni aux pieds en
général, d'ailleurs !


De sorte que pour vous, je viens de passer en revue quelques catalogues à ma disposition, dont ceux du Louvre et du Musée du Caire.


Très intéressante recherche : merci de me l'avoir indirectement suggérée ...





     Je remarque, peut-être moins nettement sur celles de l'Ancien Empire comme ici avec Rahotep et Nefret, que celles du Nouvel Empire, car
l'art évolue, qu'en rréalité le gros orteil porte bien son nom : il est largement plus imposant et placé en avant alors que tous les autres sont de taille régulièrement décroissante pour arriver
au petit doigt de pied formant ainsi, si je trace une ligne à l'extrémité des ongles, une parfaite diagonale.


 


     En revanche, les Grecs ont préféré faire dépasser le deuxième doigt de pied  par rapport au pouce ; ce qui ne confirme
pas vraiment ce que vous m'écrivez ... 


 


     Quand je consulte ici sur le Net des articles de podologie, il apparaît qu'existeraient trois types de pieds : l'égyptien, le grec et même
le romain. Ce dont je n'avais jamais entendu parler. La description que ces scientifiques en donnent est en étroite relation avec ce que je constate sur les statues.


 


     Ceci posé, il ne faut pas oublier - je vais dans les prochains mardis y consacrer un ou deux articles - que l'art égyptien était codifié et
que sa conception n'était absolument pas la même que celle des Grecs. Là réside probablement la réponse à votre "Pourquoi ?"


J'y reviendrai. Patience.


 


     Intrigué, j'ai fait comme tout le monde je présume, j'ai regardé mes propres pieds : et je m'aperçois qu'ils peuvent être considérés comme
des pieds de type égyptien ! 


Prémonitoire ????


 


Bon samedimanche à vous.



etienne 28/04/2011 04:50


j'espère que vous admirateur admirateur de louvre comme louvre comme moi avez pu regarder des racines des ailes hier soir, c'était interressant sur l'histoire de qui est maintenant le musée le plus
visité au monde!

amicalement


Richard LEJEUNE 28/04/2011 14:34



Non, Etienne, malheureusement, je n'ai pas vu cette émission ...



JA 27/04/2011 20:31


Je trouve le couple présenté finalement assez moderne, mais l'homme est "plus foncé" que la femme ,leurs regards sont intensifiés par le khol: plus de texte pour l'homme c'est vrai, mais il avait
plus de pouvoir....!!!!!
Le texte est cette fois un peu compliqué pour moi, je l'avoue
Dans l'actualité d'aujourd'hui, des égyptologues ont fait une découverte interessante.
A bientôt
JA


Richard LEJEUNE 28/04/2011 14:33



     Tellement modernes ces statues, indique l'égyptologue Hourig Sourouzian dans le catalogue officiel du Musée égyptien du Caire, que lors de
leur découverte sous l'égide d'Auguste Mariette, en 1871, les ouvriers, effrayés par tant de réalisme, prirent la fuite ...


 


     Certes, les regards vous semblent intensifiés par la présence du kohol mais il faut aussi savoir que leurs yeux incrustés sont de quartz
opaque, pour la rétine et de cristal de roche, pour la cornée ; ce qui contribue grandement à leur donner un aspect "vivant". 


 


     La teinte de la peau dans les représentations égyptiennes fait, elle aussi, partie d'une codification : c'est ainsi que la symbolique des
couleurs veut que l'ocre jaune rende la peau des dames, alors que l'ocre rouge, celle des hommes.


Détails intéressants à retenir quand nous sommes en présence d'une peinture fortement endommagée à l'intérieur d'une tombe et qu'aucun texte ne vient seconder
l'image : rien qu'à la couleur des chairs, il nous est possible de déterminer qui est homme et qui est femme.


 


     Effectivement, le texte hiéroglyphique gravé en creux, rehaussé de noir se présente, pour Rahotep, en six colonnes : il décline son identité
en énonçant ses différents titres ; celui de Neferet, quant à lui, en deux colonnes identiques, donne simplement son nom après avoir mentionné qu'elle était "la connue du roi".
 


 


     C'est la même Madame Hourig Sourouzian qui dirige depuis quelques années la mission archéologique à l'emplacement du temple disparu
d'Amenhotep III à Kom el Hattan et qui va, effectivement, de découverte en découverte. Pour le plus grand bonheur de l'archéologie et de l'histoire égyptiennes ...



TIFET 27/04/2011 14:25


Un grand merci Richard pour cette réponse "on ne peut plus explicative"


Richard LEJEUNE 28/04/2011 13:50



C'est pour moi un plaisir, Tifet.



etienne 27/04/2011 01:46


merci Richard pour cet habile mise au point!

amicalement!


Richard LEJEUNE 27/04/2011 08:45



     Dans l'optique de l'étude approfondie de ce superbe fragment de linteau que j'ai préparée pour les prochains mardis, j'ai en effet jugé
nécessaire, Etienne, d'expliquer dans la présente intervention les raisons de l'absence du petit déterminatif gravé après le nom de Metchetchi ; absence qui fait partie de ces codes que les
artistes égyptiens utilisaient avec maestria.



TIFET 26/04/2011 15:53


oups je crois que Néferet est plutôt son épouse !


Richard LEJEUNE 27/04/2011 08:29



     Effectivement, Tifet, à gauche sur la photo est assis Rahotep et à ses côtés, Neferet (ou Nofret, selon certains égyptologues), son
épouse.


Mais cette petite confusion de votre part n'a pas grande importance.


Abordons plutôt la question que vous m'adressiez au commentaire précédant votre actuelle rectification.


 


     Vous aurez remarqué que ce groupe statuaire un peu figé est empreint d'une certaine solennité. En fait, il s'agissait ici de figurer un des
fils de Snéfrou, souverain du début de la IVème dynastie, et de sa compagne. Il faut savoir, et le détail n'est pas superfétatoire, que nous sommes en présence d'un haut dignitaire de l'Etat,
personnage qui détient une certaine autorité puisqu'il était tout à la fois grand prêtre à Héliopolis et directeur des expéditions et des constructions royales. C'était un de ces imakhou
dont j'ai, rappelez-vous, le 5 avril dernier évoqué le statut social.


 


     Vous aurez aussi noté la parenté stylistique dans la pose des conjoints et notamment au niveau du bras droit. Avec toutefois une petite
différence : la main ouverte ou refermée. C'est surtout cette dernière position qui est importante. En effet, dès les débuts des représentations artistiques en Egypte, le poing ainsi fermé était
censé contenir un insigne du pouvoir : dans les peintures (ou gravures) réalisées sur les parois des mastabas de l'Ancien Empire, l'on voit le défunt tenir un sceptre ou un bâton.


(C'est d'ailleurs le cas, sur le linteau de Metchetchi que nous découvrons pour l'instant et dont j'ai proposé le cliché en tout début d'article.)


 


     Au niveau de la statuaire, placer semblable objet aussi fin dans la main eût peut-être posé certains problèmes pour sa bonne conservation, car
toute excroissance - vous en êtes consciente, vous qui excellez dans la sculpture - se casse assez régulièrement.


(Sur certaines statues du Louvre, notamment en bois, on distingue très clairement le trou à l'intérieur du poignet clos de manière à recevoir cet insigne du
pouvoir.) 


 


     De sorte que, comme ici, le poing simplement fermé, pouce en avant, est porteur de la symbolique de l'autorité.


Mais le plus souvent, il ensert une petite pièce de tissu de lin ; un "mouchoir", comme l'indiqua tout un temps la littérature égyptologique, assortissant
évidemment le terme de guillemets pour bien marquer la distinction avec celui de notre époque qui connaît une tout autre destination.


 


     En réalité, études faites sur le sujet, cette pièce de tissu, sorte de petit boudin dont les extrémités étaient peintes en blanc,
représentait, miniaturisé, un ballot de lin. Ce lin qui, au niveau des codes vestimentaires, symbolisait la richesse, partant, le pouvoir.


 


    Et donc, une statue d'un homme assis (ou d'ailleurs debout) avec la main serrant ou non matériellement quelque chose devint très vite, dans la
codification de l'art égyptien, l'image canonique de l'autorité, de la puissance décisionnelle.


 


     (Excusez la longueur de ma réponse : dans la mesure où j'apprécie énormément les commentaires qui désirent en savoir plus, je ne puis me
résoudre à être bref ; d'où, quelques détails supplémentaires pour habiller mon explication.)



TIFET 26/04/2011 15:51


Il est un fait que la lecture et l'écriture étaient réservées à peu de gens et les images ou les représentations que les artisans en faisaient les rendaient plus explicites....ceci étant, savez
vous Richard pour quelle raison Neferet est représenté avec la main droite fermée et son épouse avec la même main ouverte ?


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  • : Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
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