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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 00:00

     Devant la première des deux vitrines portant ici, dans la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, le numéro 4, je vous avais volontairement, mardi dernier, souvenez-vous amis lecteurs, quelque peu laissé sur votre faim quant à savoir qui  était ce Metchetchi, dont le présent fragment de linteau nous signifiait qu'il avait dû évoluer parmi les hauts dignitaires à la cour du roi Ounas, ultime souverain de la Vème dynastie, à l'Ancien Empire.

 

 

     La promesse que je vous avais néanmoins faite d'être un peu plus disert par la suite autorise notre rendez-vous de ce matin pendant lequel j'escompte attirer votre attention sur deux précisions d'importance que nous révèle ce bloc de calcaire, ainsi que la stèle fausse-porte du Metropolitan Museum of Fine Arts de New York. Ces deux monuments ayant constitué partie intégrante de son mastaba nous permettront de découvrir sur un plan philologique deux titres qui furent siens, celui de Directeur du bureau des Khentiou-she du palais, d'une part - les 10 premiers signes hiéroglyphiques sur le cliché ci-dessous - et l'épithète d'imakhou, d'autre part - les cinq derniers signes.

 

Metchetchi - 2 titres

 

 

 

     Après vous avoir une nouvelle fois précisé que tous ici se lisent de droite vers la gauche, je vous propose de les aborder dans l'ordre de leur apparition sur le monument et donc par la fonction qui fut celle de Metchetchi : Directeur du bureau des khentyou-she du palais ; en vocalisation (probable) des hiéroglyphes : Imy-ra set khentyou-she per-aâ.

 

Metchetchi - Directeur du bureau des Khentiou-she du palais

 

 

     D'un point de vue linguistique, examinant ces quelques hiéroglyphes, vous me permettrez quelques petites précisions pour vous en faciliter la compréhension, mais sans évidemment aborder trop de détails sémantiques ou grammaticaux qui pourraient ici paraître un peu rébarbatifs à ceux qui, parmi vous, n'ont pas les élémentaires notions de base de l'écriture et de la langue égyptiennes. Quant à ceux qui, d'aventure, en posséderaient les clés, mes explications auront le goût inutile d'une glose banale et parfaitement indigne des philologues qu'ils sont. A ceux-là, je conseillerai en toute équanimité de patienter et d'attendre notre rendez-vous de mardi prochain aux fins de découvrir ce que recouvraient socialement ces titres régaliens. 

 

 

      Avant de plus tard nous interroger sur l'emplacement bien précis et "inhabituel" de deux signes, commençons voulez-vous, par analyser la translittération de ce titre d'  Imy-ra set khentyou-she per-aâ et d'en proposer une traduction.

 

imy-ra, abrégé ici en mr est figuré par les  hiéroglyphes G 17 (le hibou, la chouette = le 3ème élément de l'inscription ci-dessus), signe phonétique indiquant le son m et D 21 (la bouche = le 4ème, juste en dessous), phonogramme indiquant le son r ; l'ensemble signifiant littéralement : celui qui est dans la bouche (de ses subordonnés) ; ce que l'on peut traduire par "directeur".

 

 

set est représenté par le hiéroglyphe Q 1 (le siège - 5ème signe de l'inscription) qui quand il est, comme ici, suivi  de X 1 (galette de pain - 6ème signe, à la gauche du précédent) en tant que signe-son t signifie lieuplace ; ce qu'il est convenu d'ici traduire par "bureau". 

 

 

* khentyou-she

 

     L'ensemble se compose des hiéroglyphes W 18 (quatre jarres emprises dans un bâti qui les maintient droites les unes à côté des autres - 7ème signe de l'inscription) qui se lit khenty  et se traduit par celui qui est devantcelui qui préside à ;  X 1 (galette de pain - 8ème signe ; N 37 (étendue d'eau - 9ème signe) qui se prononce she et prend ici le sens de propriété foncière ; et de N 25 (trois vallonnements dans le désert - 10ème et dernier signe) qui fait fonction de déterminatif géographique.

 

     (L'amateur que je suis s'adresse maintenant à un philologue patenté qui ,éventuellement, découvrirait cet article : dans tous les ouvrages spécialisés, alors que j'y lis le terme khentyou, j'en suis encore à me demander, au niveau de la transcription hiéroglyphique, où se trouve incisé ce "ou", forme du pluriel, dans l'inscription de Metchetchi ?)

 

 

 

* per-aâ


     Le terme est formé à partir des hiéroglyphes O 1 (plan d'édifice - 1er signe de l'inscription ci-dessus) qui se lit per et se traduit par maison et O 29 (poteau en bois posé horizontalement - 2ème signe) qui se lit et qui signifie grand ; ce que nous traduisons dans ce cas d'espèce par la grande maisonla résidence (royale), en tant qu'institution cardinale de l'Etat pharaonique).

 

     Permettez-moi ici d'ouvrir une petite parenthèse : ce per-aâ nous a été transmis à travers les textes bibliques pour également désigner, par synecdoque, le pharaon lui-même, tout comme de nos jours en France on lit volontiers dans la presse que l'Elysée - ou Matignon - a décidé que ... (signifiant que c'est le Président - ou le premier Ministre -  qui a pris telle ou telle décision ...) et en Belgique, que le Palais annonce le mariage de ... (alors qu'il faut évidemment comprendre que c'est le Roi qui fait cette déclaration  ...)


 

     Venons-en maintenant à l'emplacement spécifique de ces deux signes à propos duquel j'ai précisé tout à l'heure que je désirais attirer votre attention. Vous aurez évidemment remarqué que l'expression "du palais" qui termine la traduction que j'ai donnée du titre porté par Metchetchi ne se trouve pas placée, comme en français, en fin de l'inscription gravée mais, tout au contraire, la commence.

 

     Nous sommes en présence d'un cas assez fréquent dans l'écriture hiéroglyphique que les philologues nomment : antéposition honorifique. Ce qu'ils désignent par ces termes constitue en fait le produit d'une notation graphique empreinte de respect qui voulait que le scribe (ou ici le lapicide) plaçât le nom du roi ou d'une divinité en tête d'expression ou de phrase, tout en sachant qu'il se lisait à la place normale qui eût dû graphiquement être la sienne. 

 

 

      Venons-en maintenant aux cinq derniers hiéroglyphes de l'inscription faisant allusion à la notion d'imakhou ; épithète qui, comme à bien d'autres personnes de l'entourage des souverains de l'Ancien Empire, fut attribuée à Metchetchi.  

 

     Les égyptologues la traduisent souvent par bienheureux ou vénérable : cela signifie que son détenteur bénéficiait de certaines faveurs accordées par la Cour  : ... bienheureux auprès du roi, bienheureux auprès d'Ounas, précise notre linteau.

 

 

 

Metchetchi imakhou

 

 

     Imakhou : Le terme peut soit s'écrire entièrement, soit se résumer au seul signe imakh (F 39 de la liste de Gardiner - 3ème signe dans l'inscription ci-dessus), censé représenter l'épine dorsale d'un mammifère de laquelle sourd la moelle épinière. 

 

     Quand il s'écrit in extenso comme ici, il se compose des hiéroglyphes M 17 (roseau fleuri, ayant la valeur phonétique de notre i - 1er signe de droite) et U 2 (faucille - 2ème signe, à la gauche du 1er) qui se prononce ma. L'ensemble donnant donc ima.


     Ces deux signes sont suivis du F 39 que j'ai cité ci-avant ; puis de deux autres terminant le mot : à droite, le 4ème signe, Aa 1 (considéré comme la représentation d'un placenta humain et qui a la valeur du son k) et à sa gauche, le dernier, G 43, figurant une petite caille qui se lit ou ; l'ensemble se prononçant donc kou.

Ce qui donne, pour l'épithète entière : imakhou.

 

 

     A présent que nous comprenons un peu mieux - à tout le moins j'espère avoir été  clair - la manière dont, dans l'écriture hiéroglyphique, apparaissaient les deux titres de Metchetchi, nous pouvons prendre rendez-vous mardi prochain 29 mars, pour découvrir ce que le premier signifie socialement et le 5 avril suivant, à la veille du congé de Printemps belge, le sens du second ...

 

 

A mardi ?

 

 

 

( Grandet/Mathieu : 1990, 148 et 380 ; ID. 1993, 411, 417, 429 et 430 ; Lefebvre : 1960, 383-426   

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

Cendrine 16/01/2013 14:46

Bonjour Richard,

Vos explications sont fort claires. Je vous avoue que j'aurais aimé apprendre à déchiffrer les hiéroglyphes mais il existe tant de sujets fascinants à étudier qu'à moment donné un choix
s'impose.

Grâce à vous j'aurai quelques rudiments, bien humbles certes, mais qui s'étofferont au fil de mes lectures.

Un détail en passant, j'ai une sympathie toute particulière pour la petite caille. Je ne peux expliquer pourquoi.

Peut-être avez-vous aussi des affinités très personnelles avec certains hiéroglyphes?

Je continuerai le voyage avec plaisir. Votre blog est dans mes favoris.

Je vous souhaite une excellente journée, amitiés

Cendrine

Richard LEJEUNE 17/01/2013 09:27



     Bonjour Cendrine,


 


     L'apprentissage des hiéroglyphes - comme celui de toute langue ancienne - permet de s'immiscer au sein même d'une civilisation, d'accéder à
son mode de penser, de comprendre l'évolution sémantique de son idiome ...


 


     C'est effectivement passionnant. Mais je conçois parfaitement que l'on ne peut tout embrasser en une seule vie ! 


 


     Vous accepterez que, sur mon blog, quand parfois je m'aventure à lever le voile de l'écriture hiéroglyphique égyptienne, je ne puis
évidemment, eu égard au degré de difficultés, trop approfondir mes explications.


 


     Je me cantonne à quelques rudiments qui permettent d'étayer mes propos et d'en comprendre la teneur. Je ne puis me permettre de faire cours
en la matière !!


Des organismes - tel l'Institut Khéops, à Paris - s'en
chargent bien mieux que je ne pourrais le faire et, pour ceux qui n'ont point l'heur d'habiter la capitale ou ses environs immédiats, organisent même des cours par correspondance.


 


     Déjà Enseignant depuis quelques lustres, j'avais 38 ans quand j'ai repris des cours semblables à l'Université de Liège aux fins d'être à
même de répondre aux questions de mes Étudiants quand je leur montrais un monument égyptien gravé.


Rien n'est donc perdu pour vous, chère Cendrine ... Vous êtes jeune et si le coeur vous en dit et à votre rythme, tout est toujours possible ...


 


     J'aime beaucoup la question qui termine votre présent commentaire. Parce que je ne me la suis jamais posée, en réalité !


En y réfléchissant depuis un instant, je ne crois pas que j'aie une ou des préférences pour l'un ou l'autre signe. Ce qui me fascine serait plutôt l'assemblage de
tous pour constituer une langue, partant, une philosophie de vie.


 


     Savez-vous, pour vous donner un exemple précis, que dans le corpus de ce que l'on appelle Textes des Pyramides, formules censées
permettre aux souverains décédés d'accéder dans le monde osirien de l'Au-delà, les lapicides mutilaient certains dessins qui entraient dans la composition des phrases "simplement" parce qu'ils
représentaient des animaux maléfiques - comme le serpent, entre autres - qui, en fonction de la valeur performative que les Égyptiens donnaient à l'image, auraient pu contrecarrer le passage du
roi d'un monde à l'autre ...


 


     Ce genre d'acte graphique m'émeut au plus haut point, bien plus je vous le confesse, que l'adorable petit poussin de caille que vous avez
épinglé ... 



JA 26/03/2011 12:04


bonjour, en ce moment j'ai du mal à suivre tous les blogs...
fascinante cette lecture des hieroglyphes,mais j'avoue que cela se complique un peu pour moi.
quand j'ai cliqué sur stèle du MM of FA de NY je n'ai pu obtenir le lien, peut être est ce dû à mon ordi?
A bientôt
JA


Richard LEJEUNE 27/03/2011 10:49



Bonjour à vous,


 


Quand vous cliquez sur "stèle" vous arrivez normalement sur une page "Flicker" : au-dessus, à gauche, à la deuxième ligne, vous lirez ce conseil



 


"Cliquez ici si vous souhaitez afficher ce contenu."


 


Vous obtempérez et apparaît alors le monument en question.



christiana 25/03/2011 23:03


Merci pour tous ces renseignements précieux, je viendrai mardi 29, c'est d'accord!
Je crois que j'ai réussi à installer le gadget pour la news letter...Grâce à vous, j'ai cherché ...et trouvé!
Dans le colonne de gauche au-dessus "Suivre les mises à jour par e-mail" A mardi!


Richard LEJEUNE 26/03/2011 08:19



     Il semble effectivement que ce soit cela : je me suis inscrit, et verrai bien dès parution de votre prochain article ...



J-P. Silvestre 22/03/2011 15:26


Vous l'avez compris, cher Richard, je ne suis pas passionné par l'interprétation des messages laissés par les Egyptiens de l'Antiquité mais, à travers la traduction qui en est faite, en particulier
par vous-même, je vois, par comparaison, une exposition de l'évolution de l'Humanité donc une ouverture vers son devenir. Le parallèle entre le pharaon, le maître de l'Elysée et le Roi des Belges
me paraît significatif et annonciateur de certaines catastrophes, en extrapolant beaucoup...


Richard LEJEUNE 23/03/2011 07:49



     Si, originellement, le développement que j'ai cru bon d'ajouter pour expliquer cette métonymie qui nous vient du fond des âges se voulait
purement sémantique, il me plaît assez que vous l'ayez considéré sous le faisceau d'un éclairage essentiellement politique ...



christiana 22/03/2011 14:43


Je n'ai pas trouvé de news letter sur mon blog...Je ne suis pas douée...Mais j'ai mis un gadget en haut à gauche pour devenir membre, je ne sais si c'est la même chose? Désolée mais je ne comprends
pas toutes les fonctionnalités? En tout cas, merci pour votre passage et vos gentils commentaires.


Richard LEJEUNE 23/03/2011 07:44



J'ignore si devenir membre signifie que nous soyons alertés de la parution de vos articles : comme à vous, les voies du seigneur informatique me sont le plus souvent impénétrables !


 


     J'essaierai dès lors de me souvenir de passer de temps en temps chez vous, car il y a matière à me plaire !


 


     A ce propos, avez-vous déjà eu l'occasion de visiter le blog de Tifet, une de nos lectrices à Jean-Claude et moi ? Il me semble qu'il devrait aussi vous
intéresser : vous brillez tous les trois dans la même mouvance artistique.



TIFET 22/03/2011 10:40


Je ne suis malheureusement pas philologue et j'ai du mal ce matin à vous suivre Richard !! ok j'ai compris le sens de la lecture (je ne suis pas complètement idiote ça me rassure) la pte chouette
regarde vers la droite c'est ça ?? mais c'est bien compliqué pour moi qui admire en premier lieu la beauté de ces hiéroglyphes avant d'en comprendre le sens !! à mardi quand même !


Richard LEJEUNE 22/03/2011 12:15



     Ouille ...


     J'espérais - car les philologues n'apprendront ici rien de moi - avoir été suffisamment clair pour tous. Peut-être n'aurais-je pas dû
renvoyer systématiquement à la liste "officielle" des signes hiéroglyphiques de Gardiner pour étayer mes propos ...


 


     Vous avez évidemment bien compris : la chouette regarde vers la droite, donc on lit ce texte  de droite à gauche, essentiellement, cela
coule de source, quand deux signes sont gravés à un même niveau ...


 


     Merci de vous être néanmoins "accrochée" et d'avoir le courage de poursuivre à mes côtés, mardi prochain, la route de la découverte de la
personnalité professionnelle de Metchetchi ...



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