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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 23:00

 

     Après avoir successivement évoqué, devant le fragment de linteau (E 25681) provenant du mastaba de Metchetchi exposé dans la première des deux vitrines 4 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, le 15 mars les différents monuments lui appartenant et disséminés dans quelques-unes des institutions muséales du monde ;  le 22, d'un point de vue sémantique, les titres qui étaient siens dans l'Égypte de l'Ancien Empire ; les 29  mars et 5 avril, ces mêmes appellations mais sous un éclairage historique et social ; enfin, mardi dernier, la notion de déterminatif d'un patronyme, je voudrais ce matin poursuivre l'étude détaillée que nous avons consacrée à ce monument de calcaire, tellement riche de développements,  par une caractéristique capitale qui différencie fondamentalement l'art égyptien de l'art grec : il s'agit de l'aspectivité.   

 

 Metchetchi et son fils Ptahhotep (Linteau E 25681)

 

 

     Nous devons ce concept auquel j'ai précédemment déjà quelque peu fait allusion à feu l'égyptologue allemande Emma Brunner-Traut : c'est sous le terme aspektive qu'elle désigna ce que d'autres après elle appelèrent en français "multiplicité des points de vue", c'est-à-dire une  représentation simultanée de tous les aspects qui peuvent nous informer sur un sujet donné.

 

     Et de tout naturellement opposer dans ce sens l'art égyptien à celui de la Grèce antique qui, aux Vème et IVème siècles avant notre ère, s'essaya, notamment dans le domaine de la sculpture, à la perspective, c'est-à-dire à la représentation de ce que l'on  voit à partir de l'endroit d'où l'on regarde ; et qui fait fi de détails par exemple placés derrière, qu'il nous serait évidemment impossible d'apercevoir et qui, peut-être, nous permettraient de mieux appréhender la scène.

 

      D'emblée, il m'agréerait de souligner que cette notion d'aspectivité que l'on reconnaît à l'art  de l'Egypte ancienne fit partie de bien des aspects de la civilisation. Ainsi celui de la langue, par exemple, où la perspective temporelle est absente dans la mesure où de nombreuses phrases sont dépourvues de verbe, ou de précision quant à la conjugaison ; dans la mesure aussi où sont inexistantes les conjonctions que nous utilisons en français pour relier entre elles une proposition subordonnée et une principale.

 

     Nous pouvons également la rencontrer au niveau des idées religieuses : le polythéisme ne se présente-t-il pas en effet comme une multiplicité de moyens pour tenter de cerner le divin ?

Enfin, dans l'approche d'un phénomène, nous constatons qu'un même terme peut désigner des choses fort différentes.

 

     Il serait en réalité ici trop fastidieux et quelque peu hors propos de poursuivre le développement de  mes remarques, aussi me permettrez-vous d'uniquement envisager le concept d'aspectivité dans l'art égyptien avec, en l'occurrence, ce linteau qui, à nouveau, constituera le point nodal de mon intervention d'aujourd'hui. 

 

 

     Comme tous ses coreligionnaires en semblable situation, l'artiste  qui a réalisé ce monument a tenu à exprimer la totalité des caractères essentiels de sa composition en montrant des éléments normalement cachés à nos yeux ou plutôt à ceux des proches membres de la famille de Metchetchi qui étaient à l'Antiquité susceptibles de se présenter devant la porte de son mastaba  pour venir, avec les prêtres  ritualistes, perpétuer son culte funéraire ...

 

 

     Que voyons-nous exactement ? Le visage de Metchetchi figuré de profil, ce qui eût dû entraîner la représentation de l'ensemble du corps également de profil, c'est-à-dire, dans ce cas précis, vu de droite : or,  vous remarquerez que l'oeil mais également les épaules se présentent de face !

Toutefois, l'abdomen est lui aussi de profil.

Oui, mais le nombril de face !

 

     Quant à son pagne, que les égyptologues nomment "à devanteau triangulaire", il combine une vision émanant à la fois du côté arrière droit et de face.

 

     Que de distorsions !, penserez-vous avec le grand égyptologue belge Jean Capart qui, à propos d'une gravure semblable dans le mastaba de Nefer-Seshem-Rê, à Saqqarah, n'hésita pas à écrire que la figure entière devient une véritable monstruosité.

 

     Le terme est un peu fort, certes ; mais bon, acceptons-le comme inhérent à un temps et demandons-nous aujourd'hui si les artistes des rives du Nil furent à ce point incapables de représenter un corps humain ? 

 

     Quand on connaît quelque peu les règles qui caractérisent et codifient l'image égyptienne, quand on en comprend les motivations, il n'est évidemment plus possible d'entériner semblable opinion.

 

     En outre, à partir du moment où il n'y a pas fondamentalement distorsions tératologiques, admettez que la vision que nous avons - au premier coup d'oeil - de ce haut fonctionnaire de cour, n'est pas vraiment choquante, n'est pas vraiment monstrueuse : les bizarreries n'apparaissent en réalité que si nous scrutons l'oeuvre en détail,  que si nous prenons la peine de nous y attarder - ce qui, par définition, n'est jamais le cas d'un premier coup d'oeil ! 

 

     Nonobstant, cette particularité de la peinture et de la gravure chez les Égyptiens perturba grandement les historiens de l'art du XIXème siècle et à leur suite ceux des premières décennies du XXème autorisant par exemple, en 1904, Edmond Pottier (1855-1934), qui fut une quinzaine d'années durant Conservateur au Département des Antiquités orientales et de la Céramique antique, ici au Louvre, à avancer, dans une étude consacrée à Douris, peintre de vases à figures rouges du Vème siècle avant notre ère, que ce sera après de longs efforts que les Grecs  briseront les conventions tyranniques auxquelles s'étaient pliés les artistes en Égypte, en Chaldée, en Assyrie. Poursuivant, il estime qu'ils ont renoncé à désarticuler l'être humain, sous prétexte de le montrer sous des aspects anatomiquement vrais. Et, un peu plus loin, il ajoute que ce fut la victoire de l'art grec sur la science. On s'habitua à des trois quarts, à des perspectives, à des parties supprimées ou à demi cachées.

 

     Et de conclure que l'orientation de l'art en fut changée complètement.  

 

     Qui oserait arguer du contraire ? Seuls, assurément, les termes tyranniques et désarticuler seraient à tempérer eu égard à la meilleure analyse que les égyptologues ont maintenant établie de ces représentations et des codes qui les sous-tendent ; mais également de l'ensemble de la civilisation comme je l'ai souligné au départ.

 

 

     Un dernier point, avant de nous quitter : ce que j'ai tout à l'heure avancé à propos de la figuration de Metchetchi sous l'angle de l'aspectivité est évidemment d'application, vous vous en doutez amis lecteurs, à celle de son fils qui  paraît se trouver devant lui.

 

     "Paraît", car d'autres codes bien sûr régissent cette scène ...

 

      Je me propose de les envisager avec vous dans un futur rapproché. Mais avant cela, mardi prochain, le 10 mai, j'aimerais ouvrir une petite parenthèse à propos précisément du concept de perspective dans l'art occidental ...

 

 

 

 

(Brunner-Traut : 1973, I, colonnes 474-88 ; Capart : 1907, 25-6Farout : 2009, 3-22 ; Malaise : 1992, 78-168)

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commentaires

Djehouty 28/02/2012 17:52

Bonsoir Richard,

Merci pour cet article très intéressant.

Si vous le permettez, je joins à votre article un des miens qui traite du même sujet, mais sur une statue du dieu Min

http://hieroglyphes.over-blog.com/article-33132891.html

A bientôt

Amicalement,

Djéhouty

Richard LEJEUNE 29/02/2012 07:56



     Mais bien évidemment que je le permets, Eric.


 


     Mon seul regret est qu'il ne fut pas proposé à l'époque de la publication de cet article ou de l'un des deux autres qui suivirent, de
manière à éventuellement alimenter les commentaires ...


 


     Ceci posé, je persiste à croire, avec mon ami Dimitri Laboury, qu'il fut des cas où les artistes égyptiens s'inquiétèrent de perspective
...



TIFET 08/05/2011 11:25


hé bien figurez vous que je n'avais pas remarqué ces pieds pour le moins dans une position inconfortable !! mais peut-être cela ne m'a t-il pas choqué car en pratiquant le taïchi, ns sommes
quelquefois dans cette position très très inconfortable et à la limite de la chute si nous n'enchaînons pas immédiatement sur la suite du mouvement !!!


Richard LEJEUNE 09/05/2011 08:31



     Désolé, mais ne connaissant strictement rien au taïchi, je ne suis dès lors nullement qualifié pour vous répondre en ce domaine. Je pense,
toutefois, qu'il ne s'agissait pas ici, avec cette admirable servante égyptienne, de mettre cet art martial en pratique ...



TIFET 05/05/2011 14:38


Il me semble qu'il est aussi important d'avoir toujours à l'esprit que les Egyptiens ne pratiquaient pas l'Art pour l'Art ! il aura fallu bien du temps pour admettre l'idée que loin de résulter
d'une prétendue incapacité ou maladresse, la représentation sans perspective des Egyptiens était voulue comme telle, de façon à transmettre une "vérité" objective, ds leur esprit il s'agissait en
effet de restituer l'essentiel par delà le visible, la réalité du monde par delà son apparence, d'où justement le rejet de la perspective qui traduit la perception relative du spectateur (parce que
liée à l'espace, une impression fugitive de l'oeil (parce que liée à l'instant) et non la réalité en soi, intemporelle et immuable. Il y avait des codes et chaque partie du corps était montrée sous
son côté le plus révélateur, tête de profil mais oeil et sourcil de face, épaules de face; etc.......comme vous le soulignez Richard, mais parfois il y avait des entorses à la règle et lorsque nous
avons visité la tombe de Rekhmiré, dans la vallée des Nobles, nous avons pu faire un cliché de cette gracieuse servante qui sert à boire et qui est représentée de trois quarts, très rare !!........


Richard LEJEUNE 05/05/2011 18:57



     Entièrement d'accord avec vous, Tifet.


 


     L'art égyptien se présente avec une diversité que le public d'antan, qui le considérait généralement comme immuable tout au long de
l'histoire pluri-millénaire de la civilisation, n'imaginait même pas chercher.


 


     Or, depuis les travaux de Jean Capart, depuis ceux d'une nouvelle génération d'égyptologues,  le Belge Roland Tefnin en tête, depuis
surtout que l'on a appris à mieux le regarder, et pas seulement à le voir, on constate qu'il n'est absolument pas une répétition ad nauseam de formules consacrées.


D'un premier coup d'oeil, il pourrait sembler que toutes les scènes peintes dans les tombeaux procèdent d'une même codification, d'un même ensemble de
conventions.


Certes, elles existent ces règles puisque les peintures commanditées par le propriétaire de la tombe devaient rendre compte de situations ici-bas qui
conditionneraient sa vie de défunt dans l'Au-delà.


Mais c'est un deuxième, un troisième regard qu'il faut leur accorder ; ce sont les détails annexes, accessoires, ceux par exemple constituant l'environnement des
figures principales qu'il nous faut débusquer, scruter, analyser pour comprendre que, son rôle accompli, l'artiste s'offrit souvent le luxe de laisser courir son imagination, son inspiration
poétique ou satirique, c'est selon,  : ici, ce sera près de la barque d'un notable chassant ou pêchant dans les marais, une petite grenouille bleue ; là, sur un relief de mastaba, c'est un
jeune ouvrier agricole qui, sa faucille sous le bras quelques instants, se régale d'un oignon qu'il tient dans la main droite et qu'il a détaché de la botte contenue dans sa main gauche ; plus
loin, ce sera, sur une cuiller à fard, une jeune esclave totalement déhanchée par le poids du fardeau que supporte son épaule droite ; et c'est également cette servante que vous avez admirée ,
Tifet, dans l'hypogée de Rekhmirê (TT 100), faisant partie d'une théorie d'autres jeunes femmes tout affairées à la toilette de dames (probablement) de la
famille de ce gouverneur thébain.


 


     L'artiste les a représentées dans un éventail inouï d'attitudes bien différentes mais, toutes de profil. Sauf une, à laquelle vous faites
plus particulièrement allusion, et qui , détail singulier, figure de trois quarts.


(Sur le cliché que fournit ce lien, on la voit au centre du registre médian :


http://alain.guilleux.free.fr/gournah_rekhmire/P1010790.jpg  )


 


     En outre, observez-là encore plus attentivement, Tifet, si la netteté de votre prise de vue vous le permet et vous vous apercevrez que
l'artiste s'est autorisé à dessiner son pied gauche devant son pied droit. Position, vous en conviendrez, assez particulière et franchement inconfortable dans la réalité, pour ne
pas dire déstabilisante.


 


     Hiératique, comme le jugeaient les historiens de l'art du XIXème siècle, raide, figé, ankylosé l'art égyptien ???


Uniquement le produit de conventions draconiennes ???


 


     J'aime assez, ici sur mon blog, tordre le cou à ces assertions d'un autre âge !   



Louvre-passion 03/05/2011 21:01


D'une certaine manière la multiplicité des points de vue, perdure bien après l'Egypte antique.
Ainsi bien des oeuvres d'art du Moyen-âge et de la Renaissance racontent toute une histoire dans un tableau. Bien souvent les différents épisodes s'entremêlent sous nos yeux.


Richard LEJEUNE 04/05/2011 07:55



     Ce concept de multiplicité des points de vue n'a, il est vrai, pas été abandonné complètement dans l'art après la fin de la civilisation
égyptienne : il en a simplement côtoyé d'autres.


 


     Et Jean-Pierre l'a judicieusement rappelé en mettant tout à l'heure en exergue l'art contemporain de Picasso : les cubistes en effet se
référèrent à cette notion présente dans l'art égyptien pour revoir leurs conceptions de l'esthétique non plus dans le sens qui prévalait auparavant et qui voulait que l'on imitât la réalité
visuelle mais dans une direction plus métaphysique, à savoir : rendre compte de l'essence des choses.



JA 03/05/2011 20:39


Rien de monstreux et cela ne fait pas penser à des malformations tératogènes.
C'est curieux, le corps est désarticulé et aplati sans perspective, certes, mais c'est tout le charme de l'art égyptien.
En attendant de plus amples explications
A bientôt,
JA


Richard LEJEUNE 04/05/2011 07:37



     Il faut effectivement que nous concevions l'art égyptien comme une entité particulière, avec ses codes, ses conventions icononiques et non
plus, comme ce fut par le passé trop souvent le cas, à l'aune de l'art grec : ce qui déboucha sur des définitions aberrantes posant l'art égyptien comme un "sous art grec" !!!


 


     C'est ce type d'assertion que modestement j'essaie de mettre à mal sur mon blog, et particulièrement avec cet article, un peu celui du 10
mai prochain mais, surtout, le troisième de la série, prévu pour le mardi 17 suivant.



J-P. Silvestre 03/05/2011 18:41


Ne peut-on considérer Picasso comme un adepte de l'aspectivité ?..


Richard LEJEUNE 03/05/2011 20:22



     Et pan dans le mille !!


 


     Bien évidemment, Jean-Pierre : les artistes du début du XXème siècle tels surtout les cubistes, Picasso dès 1907, Braque et bien d'autres,
dans la mesure où ils étaient en quête d'une nouvelle manière de représenter le réel, de mettre en pratique la théorie des Idées chère à Platon en déstructurant la figuration de la trop simple
réalité visuelle, se sont tout naturellement tournés vers l'art égyptien qui préféra - pour des raisons que j'approfondirai les prochains mardis, tout en ayant déjà esquissé un embryon
d'explication aujourd'hui -, le concept d'aspectivité à celui de la perspective. 


 


     Notez que j'ai indiqué "préféra" et non "ignora" ... Mes verbes ne sont évidemment pas ici le fruit du hasard !


A suivre ...


 



Montoumès 03/05/2011 14:55


Et d'ajouter que les Grecs - les Lagides - usèrent de la même méthode de représentations, bien qu'ils connurent déjà la perspective. Ce qui en toute logique démontre bien que les Égyptiens auraient
pu, s'ils l'avaient voulu, et si leur réflexion les y avait mené, user de cette perspective plutôt que de l'aspective... Non cet art égyptien si caractéristique était bien plus profond que les
premiers explorateurs ne l'ont cru !


Richard LEJEUNE 03/05/2011 20:26



     Judicieux ajout, J.


Et qui vient quelque peu éventer le dessein de mes deux prochains articles déjà rédigés et programmés pour les 10 et 17 mai ...


 


     Autorisez-moi ce soir à ne point en dévoiler davantage ...



FAN 03/05/2011 14:18


Intéressant décorticage d'un personnage représenté là telle la forme d'écriture hiéroglyphique qui faut interpréter tel un vocabulaire graphique!!Je le trouve beau et équilibré! D'ailleurs, le 3D
égyptien, nous le trouvons dans les statues,statuettes et bijoux sans parler des pyramides! Un dessin, un signe hiéroglyphe pouvaient signifier plusieurs sens ou mot, c'est toute la complexité et
le mystère qui nous interpellent si fortement! Comme les pieds égyptiens qui m'avaient posé question!! Désormais, je pense que c'est par pur sens de leur art esthétique; En aucun cas est en cause
la morphologie égyptienne! BISOUS FAN


Richard LEJEUNE 03/05/2011 20:32



     C'est exactement cela, Fan : écriture hiéroglyphique et dessins furent étroitement imbriqués !


 


     Fort heureusement, nous avons maintenant la présence d'esprit de ne plus croire que les Egyptiens étaient incapables de représenter la
morphologie réelle d'un individu.


Car bien plus que d'anatomie pure et simple, c'est sous l'angle de la métaphysique qu'il nous faut considérer l'art de l'Egypte antique.



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  • : Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
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