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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 00:00

   

     Avant d'envisager avec vous, amis lecteurs, la représentation dans un futur proche de l'apport de produits spécifiques ne ressortissant plus au domaine de la nourriture, j'aimerais aujourd'hui, devant la vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre exposant une quarantaine de fragments peints provenant du mastaba de Metchetchi,  poursuivre l'évocation d'offrandes au défunt semblables à celles que nous avons rencontrées, le 28 février dernier, évoluant toujours vers la droite ; c'est-à-dire, souvenez-vous, faisant partie des registres du mur sud de la pièce. 

 

     Permettez-moi de simplement rappeler que cette convention quant à la direction empruntée par ces défilés de serviteurs du ka était tributaire du fait que, sur le mur du fond, à l'ouest donc, c'est-à-dire là où se situait l'empire des morts, étaient gravées les stèles fausses-portes au pied desquelles certains membres de la famille se devaient de déposer les offrandes alimentaires sur une pierre destinée à cet effet.

 

     Et dans le droit fil de ce rendez-vous que nous eûmes le 3 mars pour expliquer les différentes manières de sacrifier un oryx, j'escompte, dans un premier temps, évoquer ce nouvel éclat de 15 cm de hauteur et 23 de long, (E 25535), malheureusement fort endommagé, dont nous devons le cliché à l'excellence de SAS, (Merci Madame),

 

 

47.-Fragment-E-25535--SAS-.jpg

 

 

et qui, manifestement, devrait éveiller en vous quelques souvenirs, récents ou plus anciens.

 

     Si d'une main, cet homme agrippe deux ou trois canards, c'est surtout de ce qu'il tient de l'autre qu'il m'intéressera dès ce matin de vous entretenir : vous distinguerez en effet qu'il porte une patte de boeuf.

Comme celle, rappelez-vous, qu'un peu plus avant dans cette même vitrine, nous avions entraperçue chez un autre serviteur se dirigeant quant à lui vers la gauche, précédant son collègue portant un vase de sang. 

 

 

Fragments E 25530 et E 25536 (2009)

 

 

     Comme aussi, en la précédente salle 4, dans la chapelle funéraire du mastaba d'Akhethetep que nous avions visitée en octobre 2008.


 

Akhethetep.jpg


 

     Ce geste d'emporter le khepechpièce de choix, selon ce qu'affirment les textes, faisait partie intégrante d'une thématique iconographique récurrente au niveau des reliefs et des peintures funéraires : nous en avions vu un autre exemple en décembre 2008 dans la chapelle d'Ounsou, toujours en salle 4, au registre supérieur du fragment (N 1393) :

 

 

N-1393.jpg

 

 

il s'agit de ce que les égyptologues ont pris l'habitude de nommer scène de boucherie.

 

     Même si, à plusieurs reprises, les animaux vivant en hordes sauvages aux marges du désert firent l'objet de sacrifices - je pense à la gazelle, à l'antilope et surtout à l'oryx -, force est de reconnaître que, pour la plus grande majorité de ces figurations, ce fut celui du boeuf - animal apparemment le plus consommé par les classes aisées de la société -, que les artistes égyptiens nous donnèrent à voir.

 

     Semblables représentations, il faut le savoir, générèrent naguère cette antienne que tant je décrie : l'art égyptien ne serait qu'accumulation de poncifs. Que triste monotonie. Qu'insupportable tautologie !

 

     Faisons fi, une fois pour toutes, de ces exaspérants clichés dans le chef de certains critiques et abordons sans plus tarder le sujet précis pour lequel j'ai souhaité la petite introduction d'aujourd'hui.


     Mon propos, vous le constaterez, ne portera pas sur les différentes races de bovidés que connut l'Égypte dans la mesure où, en mai 2009 déjà, je vous en avais succinctement proposé une nomenclature - qu'il serait peut-être intéressant de vous remettre en mémoire. Aussi, me contenterai-je de simplement signaler que, le plus souvent, ce fut le boeuf ioua, engraissé en étables pour la circonstance, qui eut l'honneur de cet abattage frappé au coin du rituel ; le nega, boeuf des prairies, plus farouche, plus maigre aussi - ceci pouvant expliquer cela -, fut quant à lui bien plus rarement choisi. 

 

     Après de nombreuses années, les égyptologues ne se sont toujours pas accordés pour déterminer avec certitude si ces scènes de dépeçage rendent compte de ce qui se passait couramment dans les domaines d'un Ty, d'un Mererouka, d'un Metchetchi ou s'il s'agit d'un sacrifice ponctuel, c'est-à-dire effectué lors de l'enterrement du maître, voire à une quelconque date anniversaire commémorant son souvenir.

 

     Quoi qu'il en soit, leur récurrence au bas des parois des chapelles funéraires, l'abondance des détails qui les distinguent les unes des autres, tous ces signes prouvant l'importance qui leur était accordée appellent d'évidence quelques approfondissements bienvenus.

 

     Raison pour laquelle, amis lecteurs, il m'agréerait que nous nous revoyions ici le13 mars prochain.

 

     A mardi donc, pour autant qu'à nouveau l'évocation de sacrifices sanglants ne vous rebute pas trop ...     

 

 

 

(Vandier : 1969, 128-85 ; Ziegler : 1990, 134)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

christiana 12/03/2012 10:26

Il n'est pas étonnant que je ne m'en souvienne pas...Je n'avais carrément pas lu l'exposé de mardi! (ouf, pas d'Alzheimer!)C'est réparé et j'ai la réponse à ma question!Et aussi merci d'inviter vos
bloggeurs chez moi.

Richard LEJEUNE 12/03/2012 12:03



     Que vous ayez trouvé réponse à votre questionnement me ravit ...



François 11/03/2012 19:17

Toujours aussi passionnante, cette vitrine, sous ton regard...
Mais quid de l'érotisme rattaché à cette jolie gazelle dans nos précédentes cuillers à offrandes ?
Dualité ? Comme d'habitude dans cette civilisation décidément bien compliquée à appréhender...

Richard LEJEUNE 12/03/2012 09:03



     Excuse-moi, François, mais je ne comprends pas bien le lien entre ta question, qui porte plutôt sur l'oryx sacrifié et le sujet de
l'intervention de ce samedi, consacrée quant à elle, à une sorte d'introduction à l'abattage du boeuf que je traiterai demain, mardi.


 


     Nonobstant, je pense y répondre en rebondissant sur le terme "dualité" que tu emploies en signalant que j'ai globalement évoqué la
notion dans cette mise au point intervenant au tout début de notre rendez-vous du 6 mars dernier auquel, vraisemblablement, tu n'as pas assisté  .


(Après Christiana, voilà un deuxième Elève dissipé ! Mon Enseignement lasserait-il ?)


 


      A maintes reprises dans mes interventions, j'ai
déjà insisté, amis lecteurs, sur l'ambiguë dualité des rapports des Égyptiens avec les animaux : les adorant quand il s'agissait de voir en eux un compagnon, un dieu ou le gibier apprécié de
leurs papilles gustatives, les abhorrant quand ils leur attribuaient des pouvoirs maléfiques. Ainsi en fut-il par exemple de l'oie du Nil et du canard, mais aussi de l'antilope et de l'oryx.



TIFET 11/03/2012 10:49

oupss !!! "vous vous donnez beaucoup de mal" ai-je voulu dire Richard, des soucis personnels me perturbent un peu, excusez-moi !

Richard LEJEUNE 12/03/2012 08:53



     Aucun problème, Tifet : même avec ce mot manquant, j'avais bien compris le sens de votre phrase ...



TIFET 10/03/2012 19:59

C'est bien parce que vous m'êtes sympathique Richard que je reviendrai la prochaine fois pour suivre vos écrits, parce que là, le sujet de m'enchante pas vraiment.......déjà qu'on ne nous parle que
de viande halal !!! mais il faut reconnaître que vous donnez beaucoup de mal alors un petit commentaire, ça fait plaisir..............bonne soirée à vous !

Richard LEJEUNE 12/03/2012 08:50



     Merci chère Tifet et de votre gentillesse et de votre fidélité à mon blog.


 


     Rassurez-vous, c'est la dernière fois que je proposerai un animal en sacrifice ...


Mieux : à la mi-avril, après le prochain congé de Printemps, c'est, plutôt que de mort, de naissance animale qu'il s'agira cette fois ...



christiana 10/03/2012 18:21

Hou la la! Une mauvaise note pour moi! Je vais vite relire la leçon de mardi... J'ai dû oublier, j'ai été distraite ou j'ai mal étudié ou encore...Alzeimer...? (les excuses sont faites pour s'en
servir)... C'est qu'on ne rajeunit pas!

Richard LEJEUNE 12/03/2012 08:43



     C'est bien de relire l'intervention de mardi dernier ; c'est mieux encore de revoir celles pour lesquelles je vous ai fourni les deux
liens.


 


     Vous me direz par la suite si elles ont complètement répondu à la question que vous me posiez à propos du porc ...



christiana 10/03/2012 13:56

Je constate que dans les sacrifices d'animaux et scènes de boucherie dont vous nous entretenez, il n'est jamais question de porc. Ma question est peut-être stupide mais est-ce que pour les
égyptiens aussi, le porc était tabou?

Richard LEJEUNE 10/03/2012 14:30



     Vous voilà, chère Christiana, prise en flagrant délit d'absence à l'un de mes cours : celui de mardi dernier. Et, en outre, sans
présentation d'un certificat médical !


 


     Mais bon prince, je vous excuse. "C'est bon pour une fois", selon la formule consacrée !


Et pour vous seule, reprends donc cette phrase que vous y auriez trouvée :


 


" En effet, tout comme
le porc de la première vitrine de cette même salle que j'avais naguère également évoqué, il vint une époque à partir de laquelle il fut, malheureusement pour lui, identifié à Seth, le dieu fratricide, le meurtrier d'Osiris, celui
qui un jour ravit l'oeil lunaire d'Horus !"


 


     Et vous engage, pour mieux éclairer mon propos, partant, répondre à votre question, de relire vos notes des 15 et 22 septembre 2009 qui traitaient de ce sujet.


 



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