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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 23:00

 

     Si, comme je vous l'ai indiqué lors de notre précédent rendez-vous, amis visiteurs, certains des propriétaires de mastabas memphites à l'Ancien Empire choisirent, parmi les thèmes abordés dans leur programme iconographique, de présenter au sein des scènes champêtres la fécondation de la vache par un taureau, puis, en toute logique, la délivrance de l'animal, l'allaitement du nouveau-né et, éventuellement, son sevrage, Metchetchi, pour sa part, à tout le moins au niveau des fragments que nous découvrons de conserve depuis le 15 novembre 2011, ici dans la vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, ne retint que trois d'entre elles.

 

     Souvenez-vous, mardi, ne me cantonnant qu'à la partie inférieure gauche du monument, je vous ai invités à assister à la naissance du petit veau. Ce matin, il me plairait d'attirer votre attention sur ce que nous donne à voir le côté droit.

 

  -Paris--109.jpg

 

 

    

     Sur le grand morceau de mouna peint (E 25515) de 81 centimètres de longueur et 45 de haut,

 

30. Fragment E 25515 (2009)

 

figure en effet, au registre inférieur du soubassement du mur duquel, au siècle dernier, il fut arraché par les pillards, ce tableau où deux vaches de races différentes, l'une brune, l'autre blanche, se font face avec, en guise de lien symbolique en elles, le veau : l'un naissant, l'autre, blanc moucheté noir, étant affectueusement léché par sa mère.

 

     Les hiéroglyphes dessinés au-dessus de cette dernière précisent, de gauche à droite : Traire le lait.

Indication qui, a contrario, vous l'aurez compris, prouve que le fragile nourrisson choyé, tenant à peine sur ses jambes graciles, n'est déjà plus autorisé à se délecter du  lait maternel.

 

     Que voilà bellement et délicatement traduite, par l'artiste qui réalisa ce tableau pour Metchetchi, la notion de sevrage quand, plus prosaïquement, dans certains autres mastabas, nous est montré le jeune animal, l'une ou l'autre patte volontairement immobilisée, tentant vainement de se dégager pour aller téter sa mère toute proche.

 

     Souvent aussi, on le voit tirer la langue, soit qu'il halète après ses efforts pour se libérer, soit qu'il exprime tout simplement sa faim, son désir d'allaitement ...

 

     Vous remarquerez également que Metchetchi a choisi de faire représenter cette vache libre de toute entrave pendant qu'elle est traite : ce fut loin d'être toujours le cas ailleurs ; oserais-je même avancer le terme d' "exception" pour définir ici cette figuration ?  

 

     Car très souvent, comme ci-après sur ce relief du registre supérieur du mur ouest de la salle III du mastaba de Kagemni remarquablement étudié sur le site OsirisNet - (Merci Thierry !) -,  


 

Kagemni---Traite-de-la-vache.jpg

 

 

 l'animal est maintenu en laisse, pattes postérieures ligotées, de crainte d'une quelconque rebuffade.

 

     Il semblerait que le scribe des contours commandité par Metchetchi rechercha dans sa composition une simplicité certaine : assis sur sa jambe droite repliée, la gauche étant relevée, un large récipient sous le pis dans lequel le liquide s'écoule, l'homme est seul pour traire.

 

     Or, vous avez probablement constaté que dans d'autres tombes d'Ancien Empire que vous avez eu l'occasion de visiter sur le plateau de Guizeh ainsi que dans l'un ou l'autre ouvrage ou site que vous avez consulté, tout en restant évidemment le personnage principal, le trayeur peut être entouré d'autres hommes qui, soit privent la vache d'une mobilité qui pourrait le gêner, voire même le blesser (comme chez Kagemni),  soit empêchent le veau de gambader vers sa mère, soit maintiennent eux-mêmes le pot à lait des deux mains ; soit encore, vieux bergers pérorant, distribuent conseils et recommandations d'usage ...

 

     Ceci corroborant à nouveau ce que je tente en permanence de démontrer au cours de nos différents entretiens : à bien le détailler, à bien l'analyser, l'art égyptien ne peut être accusé de répétition monotone dans les composants d'une même scène !


 

     Mais ce liquide nourricier dont manifestement chez Metchetchi le veau fut privé, à qui et à quoi d'autre servait-il ?


      Quelle symbolique ce lait celait-il ?

 

     Voilà ce qu'il m'intéresserait de vous expliquer, amis visiteurs, lors de notre rencontre du 8 mai prochain.

 

     A mardi ?

 


 

(Vandier : 1969, 68-74 ; Ziegler : 1990, 130)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

Christiana 07/05/2012 10:19

Absolument, je me suis promenée au gré des pages du site OsirisNet et je me suis régalée. Il est bien fait avec de superbes photos, des plans et explications par le dessin, très bien!

Richard LEJEUNE 07/05/2012 10:24



     Merci à vous de corroborer ce que je pense et écris très souvent.



J-P.Silvestre 05/05/2012 19:23

Il nous reste à vérifier - mais le pourrons-nous un jour ? - que les artistes égyptiens étaient attachés à la représentation fidèle de la réalité. N'avaient-ils pas, comme les peintres de notre
Renaissance, tendance à l'idéaliser, à la transfigurer ?

Richard LEJEUNE 07/05/2012 09:31



     Le réalisme chez les Égyptiens de l'Antiquité ?


Que voilà, cher Jean-Pierre, un sujet extrêmement délicat et fréquemment de controverse pour tous les historiens qui se sont penchés sur l'art de cette époque
!!


 


     Je l'ai beaucoup ici évoqué, pour démontrer qu'il est bien illusoire d'y croire entièrement. Pour rappel, permettez-moi de vous conseiller
de relire l'un ou l'autre article qui fait allusion à la notion d'aspectivité - j'écris relire parce que vous aviez laissé un pertinent commentaire sur celui que je propose avec ce lien.


 


     J'ajoute qu'il me semble toujours intéressant de venir revoir les commentaires et les réponses que j'y ai apportées : elles éclairent
souvent, voire même complètent l'intervention d'origine ...  



François 05/05/2012 18:39

Cette scène m'a rappelé un documentaire sur l'élevage des vaches Aubrac en estive au cours duquel le bédélier pour pouvoir parvenir à traire doit laisser le veau prendre la première goulée, puis
l'arrache du pis et l'attache à la patte antérieure de la vache et poursuit la traite à la main...
Sans la présence et l'"aide" du veau, pas de traite possible, disait-il...

Bon, on ne va tout de même pas en faire un fromage, de cette histoire...

Richard LEJEUNE 07/05/2012 09:16



     Oh, que si, cher François, qu'il faut en faire un fromage !!!


 


     Car, en ces mois belges climatiquement maussades qui tant pèsent sur mes articulations douloureuses, partant, sur mon moral, tu ne peux
imaginer combien me rappeler nos séjours en Aveyron, à mon épouse et à moi,  avec un passage "obligé" par cet Aubrac si nu que seuls comblent les troupeaux de bovins et quelques burons où
nous ne manquons jamais de déguster un merveilleux aligot, vient à point nommé.


 


     Sans oublier, autre plaisir gastronomique incommensurable, certains restaurants que nous plébiscitons, de Rodez à Belcastel, pour y savourer,
simplement cuit bleu à l'unilatéral, un petit pavé de ce boeuf de l'Aubrac que même les plus réputés des maîtres queux belges semblent ne pas vouloir travailler ... 


 


     Que vienne le plus rapidement possible août prochain !   



Christiana 05/05/2012 18:39

La symbolique du lait... Tout un programme!
Ce bas-relief est vraiment magnifique.

Richard LEJEUNE 07/05/2012 08:45



     Tout un programme, oui, effectivement, Christiana.


Et comme vous le constaterez d'importance puisque j'ai cru bon d'y consacrer de multiples interventions à venir ...


 


     Ce bas-relief est vraiment magnifique, écrivez-vous judicieusement.


J'espère que vous aurez pris le temps par ces jours pluvieux, alors que tranquillement cuisent vos dernières oeuvres, de suivre le conseil que je me suis permis de vous donner d'aller visiter le mastaba de Kagemni que propose le site d'OsirisNet : vous y découvrirez d'autres tableaux tout aussi remarquables ...



FAN 05/05/2012 17:03

Euh, je ne sais si c'est un enfant nu qui tient la vache avec une corde, mais il me semble plus haut que celle-ci!!!En revanche, oui pour le personnage qui trait!! Que faisaient-t-ils du lait?? des
bains comme avec celui de l'ânesse?? BISOUS FAN

Richard LEJEUNE 05/05/2012 17:48



     Dans le mastaba de Kagemni, chère Fan, il ne s'agit pas d'un adolescent nu, comme je l'expliquai tout à l'heure à Alain avec l'exemple du
moscophore, mais bien d'un jeune homme.


 


     Vous aurez remarqué, si vous vous êtes rendue sur le site d'OsirisNet grâce au lien que j'ai proposé, que, dans cette tombe, un certain
nombre de personnages sont ainsi représentés : on constate qu'ils portent en fait une ceinture avec une bande de tissu verticale mais, bizarrement, comme notre homme ici, ils se sont organisés
pour la faire glisser dans le dos. De sorte que si sa destination était bien d'être un cache-sexe, elle ne remplit pas vraiment sa fonction.


 


     Thierry Benderitter avance dans ses explications sur son site qu'ils agissent ainsi pour que cette bande d'étoffe ne gêne pas leurs mouvements
...  


 


     Vous me permettrez de ne point aujourd'hui répondre aux questions qui terminent votre commentaire dans la mesure où ce que les Égyptiens
faisaient du lait constituera précisément le sujet des nombreuses interventions que je lui consacrerai tout au long de ce mois de mai ...


 


     Patience donc voulez-vous : j'ai beaucoup à dire là-dessus ... et l'une ou l'autre image d'Épinal à mettre à la corbeille ! Au grand dam de
ces dames ...


 



Alain 05/05/2012 12:10

Cette nudité apparente sur les hommes montrée par le relief du mastaba de Kagemni était-elle courante à cette époque ?

Richard LEJEUNE 05/05/2012 14:47



     En se référant aux scènes gravées et peintes dans les tombes de l'Ancien Empire, l'on se rend compte qu'au tout début de la civilisation
égyptienne, les hommes ne portaient pour tout vêtement qu'une ceinture autour de la taille, permettant d'accrocher l'un ou l'autre outil - le couteau des bouchers, par exemple. Parfois, le sexe
pouvait être "protégé" par des lanières de fibres végétales dans un premier temps, de tissu fin par la suite.


 


     C'est là que, vraisemblablement, il nous faut voir l'origine de ce que nous appelons le pagne : en fait, il s'agit d'un morceau de tissu de
lin drapé autour du bassin, descendant jusqu'au-dessus du genou, maintenu par une ceinture nouée.


 


     De sorte que, durant tout l'Ancien Empire, ce vêtement que porte ici l'homme qui trait fut court et près du corps pour le peuple, souvent
plus long et plus élargi pour les notables.


 


     Avec le temps bien sûr, le vêtement masculin se différencia selon que l'on était roi, vizir, prêtre ou travailleur manuel et selon le moment
où il était porté, par exemple lors des fêtes religieuses.


La mode, déjà, joua un rôle. Ce qui permet, égyptologiquement parlant, à l'égyptologue belge Nadine Cherpion d'établir des critères de datation pour déterminer
l'époque d'un monument retrouvé en fonction des différences notoires existant dans l'apparence vestimentaire.


 


     Ceci posé, il semblerait que la simplicité du pagne des hommes du peuple n'avait d'autre raison d'être que la facilité qu'il offrait quant à
la liberté de mouvements. Et c'est également dans cette optique qu'il faut considérer la nudité que l'on rencontre  chez ceux dont l'activité pouvait être particulièrement éprouvante sous un
soleil très présent ; mais aussi chez ceux qui peuvent avoir un contact direct avec l'eau : je pense notamment aux pêcheurs et aux mariniers ...


 


     Enfin, j'insiste aussi  - comme souvent - sur la codification qui sous-tend l'art égyptien : la nudité, en plus de l'un ou l'autre
détail supplémentaire, constitue une manière de nous faire comprendre que nous avons devant nous un enfant, un jeune adolescent.


Rappelle-toi le jeune moscophore rencontré
dans la vitrine 1 de cette même salle.


Ce porteur de veau que les Grecs, un peu plus tard, reprendont dans leur art de la statuaire me fait penser que, précisément dans cette civilisation, la nudité fut
de mise spécifiquement pour les sportifs, les athlètes des jeux olympiques ...


Et me donne l'occasion d'indiquer que les termes gymnastique (gymnasikè) et gymnase (gymnasion) que nous employons toujours actuellement puisent
leur origine étymologique dans gymnos, qui signifiait tout simplement "nu" !


 


     Mais ceci est une autre histoire et une autre civilisation ...


 



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  • : Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
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