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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 00:00

 

     Dans quelque civilisation qu'elle naisse, de quelques croyances, et quelques motifs, de quelques pensées, de quelques cérémonies qu'elle s'entoure, et lors même qu'elle paraît vouée à autre chose, depuis Lascaux jusqu'à aujourd'hui, pure ou impure, figurative ou non, la peinture ne célèbre jamais d'autre énigme que celle de la visibilité.

 

Maurice MERLEAU-PONTY

L'Oeil et l'Esprit

 

Paris, Gallimard, Folio Essais n° 13

p. 26 de mon édition de 2002

 

 

 

     Plus personne, je présume - et j'espère -, n'ignore que depuis le 15 mars dernier, nous consacrons nos visites au Département des Antiquités égyptiennes du Louvre à un certain Metchetchi, haut dignitaire de la cour du roi Ounas de la Vème dynastie, qui eut le privilège, en tant qu'imakhou, d'avoir sa demeure d'éternité quelque part dans les parages de la pyramide de son souverain et dont, depuis la restructuration des salles égyptiennes de ce musée en 1977, sont ici exposés sur le mur nord de la cinquième d'entre elles un fragment de linteau auquel, plusieurs semaines consécutives nous avons réservé toute notre attention, ainsi qu'une quarantaine de morceaux peints sur mouna arrachés à l'une des chambres de sa sépulture.

 

 

  41.-Vitrines-4---Gros-plan--SAS-.jpg

 


 
     (A nouveau, un tout grand merci à SAS, conceptrice du blog Louvreboîte, pour l'amabilité avec laquelle elle a bien voulu réaliser à mon intention une série de clichés concernant ces vitrines.)

 

     J'ai beaucoup hésité, beaucoup tergiversé quant au choix de la ligne de conduite à adopter pour vous présenter l'ensemble de ces pièces. La méthode la plus simple, partant, la plus convenue, eût été de les considérer telles qu'ici disposées, c'est-à-dire dans un ordre qui, de gauche à droite et de haut en bas, balayant ainsi du regard un peu plus de sept mètres de longueur, vous les eût décrites les unes après les autres.

 

     Dans ce cas de figure, je respectais la position choisie - pour l'instant - par le Conservateur. Ce qui, à mes yeux, relevait de sa seule décision car dans la salle dédiée à la Vème dynastie de l'Ancien Empire où je les trouvai jadis, avant le redéploiement des collections égyptiennes que je viens de rapidement évoquer, au bout de cette même aile de la Cour Carrée - proche d'ailleurs du célébrissime Scribe qui maintenant à l'étage supérieur semble plutôt admirer la façade de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois -, ces fragments de peinture n'avaient pas tous été organisés par le concepteur de l'époque dans le même ordre qu'aujourd'hui. Et demain peut-être, pour l'une ou l'autre excellente raison, leur emplacement dans la vitrine, voire dans le musée, peut encore changer ...

 

     D'autant plus, j'aime à le souligner, qu'ils ne proviennent incontestablement pas du même mur de la chambre dans laquelle les scènes s'étaient à l'Antiquité succédé de registres en registres.

 

     La reconstitution actuelle, sans être stochastique puisqu'elle se réfère néanmoins en partie à des parallèles connus dans d'autres mastabas, n'en demeure pas moins subjective, donc sujette à variations.

 

     Voilà donc la raison pour laquelle j'ai opté pour une présentation qui me semblait plus logique et plus intellectualisée. En effet, quand on les étudie un tant soit peu, l'on se rend très vite compte que ces fragments font état de deux  attitudes distinctes, toutefois récurrentes du propriétaire d'une tombe : ou il est figuré passif, c'est-à-dire qu'on le voit  bénéficier des différents rites inhérents au culte funéraire qui lui est rendu et recevoir les nombreuses offrandes qui lui assureront matériellement son éternité  ; ou il est actif et alors soit représenté en train d'inspecter, de surveiller, de dispenser ses ordres au personnel de ses domaines, soit s'adonnant à l'un ou l'autre jeu de société ou  savourant de la musique.

 

     D'aucuns parmi vous m'opposeront peut-être que mon choix se révèle tout aussi arbitraire que celui du Conservateur en charge de la salle ; que je suis bien prétentieux de vouloir ainsi "remodeler" la vitrine à ma guise ; que je recherche une inutile difficulté ; qu'il eût été préférable, pour une simple question de visibilité, de me conformer à ce qui existe, à ce qui est, hic et nunc, immédiatement reconnaissable ...

 

     Ceux qui le pensent ont peut-être raison et l'avenir de nos rendez-vous futurs ou confirmera le bien-fondé de mon approche ou, au contraire, l'infirmera.

 

     Nonobstant, et pour que vous ayez constamment à l'esprit l'emplacement de telle ou telle pièce dans le long meuble vitré, je mettrai photographiquement un point d'honneur à vous la situer.    


 

     Ces préliminaires exposés, permettez-moi, à partir cette fois d'une peinture, d'à nouveau vous présenter Metchetchi, l'occupant de la tombe, que vous connaissez déjà quelque peu par la gravure grâce au linteau de la vitrine voisine.

 

     Et tout d'abord, avec cet éclat presque cordiforme (E 25544), le deuxième dans la partie supérieure gauche, dont seules quatre lignes d'inscriptions sont encore partiellement lisibles. 


 

-Paris--083.jpg

 

 

     Si nous avions oublié à cet instant les deux seuls titres indiqués sur le linteau, nous bénéficierions ici de manière fort heureusement plus détaillée de quoi alimenter notre curiosité quant à la situation précise de ce haut fonctionnaire au sein de l'Etat pharaonique puisque nous pouvons lire de gauche à droite, - ou parfois deviner - qu'il était Homme lige du Roi, Administrateur du chacal à la Grande Maison (c'est-à-dire à la résidence royale), Dignitaire du Roi, Directeur du bureau des Khentyou-shé, Chef des étoffes, Préposé aux secrets du Roi dans toutes ses places, Imakhou (= vénérable) auprès d'Anubis sur sa montagne.

 

 

     Pour apposer le point final à ce tour d'horizon identitaire, je vous propose, le 10 décembre prochain, de nous attarder sur un autre  fragment peint de cette même moitié gauche de la vitrine 4 ².

 

     A samedi ?

     Même salle, même heure ...

 



 

(Ziegler : 1990, 124)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

J-P.Silvestre 10/12/2011 16:33

Les albums du "CHAT" publiés aux éditions Casterman - très présentes en France - sont très faciles à obtenir. Ma dernière commande, par l'intermédiaire du site Internet "Chapitre.com" Le chat, le
retour du chat, et vous chat va ? Le quatrième chat, le chat au Congo...Je compte en commander d'autres.

Richard LEJEUNE 11/12/2011 09:25



     J'ignorais que vous étiez à ce point un adepte !! Cela me réjouit sans toutefois m'étonner ...



tifet 09/12/2011 11:29

Rien n'a changé donc car aujourd'hui les monopoles d'Etat existent toujours et à leur tête des personnalités nommées par les chefs de gouvernement !!! Merci Richard d'avoir éclairer mes
lanternes........bon we à vous !

Richard LEJEUNE 09/12/2011 17:17



     Et non, Tifet, il est effectivement des domaines où se sont perpétuées des pratiques "vieilles comme le monde" !


 


     Bon samedimanche à vous également.



tifet 08/12/2011 20:46

Bonsoir Richard, puis-je vous poser une question ? que représentait ce tître : Chef des Etoffes ? je ne doute pas que vous pourrez m'éclairer......

Richard LEJEUNE 09/12/2011 07:43



     Bien évidemment, Tifet, que vous pouvez me poser une question : l'enseignant que je fus - et reste un peu ici - n'attend que cela !


 


     Dans un précédent article datant du 5 juin 2010, j'ai montré, dans une scène de marché, l'échange d'une pièce de tissu en notant que Fetekti, le propriétaire de la tombe dans laquelle
l'égyptologue allemand Richard Lepsius trouvée et dessinée, dirigeait un atelier de fabrication textile au service de la Cour.


 


     Certains fonctionnaires palatiaux, comme c'est le cas de notre Metchetchi, portaient le titre de Chef des Etoffes ou Directeur
de la Manufacture textile, suivant leur grade et leur fonction précise dans ces ateliers dépendant du souverain.


 


     En effet, la florissante "industrie" textile égyptienne, qui proposait déjà à l'exportation toiles et tissus, notamment de lin, le plus
riche, le plus prisé, dès l'Ancien Empire, était un monopole d'Etat. Et donc le roi nommait des notables à la tête de ses départements.


 


     Vous avez d'ailleurs probablement rencontré, lors de vos visites dans certaines tombes égyptiennes, la récurrente scène de récolte du lin
que les défunts affectionnaient d'y faire représenter parmi les différents travaux qu'ils inspectaient ...  



J-P.Silvestre 08/12/2011 17:40

Merci, cher Richard, de cette comparaison flatteuse ! Je ne manque jamais de regarder "La minute du chat" du lundi au vendredi, juste avant le "vingt heures" de France 2

Richard LEJEUNE 09/12/2011 07:19



     Judicieux choix de programme, Jean-Pierre.


 


     A ce propos, les albums BD que Philippe Geluck sort annuellement en cette période de fêtes - société de consommation oblige ! - arrivent-ils
dans les librairies françaises ?


En d'autres termes, avez-vous déjà eu le plaisir de déguster l'un ou l'autre d'entre eux ?



FAN 06/12/2011 17:51

Cher Richard, moi aussi, JP Sylvestre m'a fait sourire avec son ti com!! Personnellement, je ne déteste pas le côté alambiqué de cette présentation de la vitrine qui nous éclaire si joliment sur
l'histoire du mastaba de Metchetchi!!Je suis ravie d'avoir, grâce à vos recherches, mieux connue cet homme important en son siècle!! BISOUS FAN

Richard LEJEUNE 07/12/2011 07:17



     Important, certes, mais assurément pas le plus important : un dignitaire comme tant d'autres à cette époque de clientélisme.


 


     Nonobstant, je vous assure que vous n'êtes pas au terme de vos découvertes, chère Fan : beaucoup d'interventions, en effet, sont déjà
programmées, d'autres en gestation qui, prenant la personnalité de Metchetchi comme prétexte premier, permettront dans les prochaines semaines, dans les prochains mois même, d'encore un peu plus
approcher de l'intérieur la société égyptienne antique ...



J-P.Silvestre 06/12/2011 16:06

Autrement dit, si vous voulez bien me permettre cette vision très moderniste, la vitrine est en forme de puzzle...

Richard LEJEUNE 06/12/2011 16:45



     Souvent, quand je vous lis, cher Jean-Pierre, il m'arrive de sourire : j'aime vos traits d'humour, votre vision décalée de l'égyptologie,
votre deuxième degré dans la compréhension des choses ... 


 


     Mais aujourd'hui, je n'ai point souri !


Ce fut l'éclat de rire. Franc et roboratif ...


 


     J'ai eu l'impression de lire un phylactère du Chat, accoudé à un comptoir d'un troquet bruxellois, dans une BD de Philippe Geluck.


 


Merci à vous. 



Claire Tromeur 06/12/2011 13:56

Parce que justement ça ne fonctionne pas non-plus .....

Richard LEJEUNE 06/12/2011 14:10



     Ok. Je comprends : plus rien ne fonctionnait, à vrai dire !


 


     Mais vos deux commentaires d'aujourd'hui prouvent que l'opportunité se présente à nouveau ... Dès lors, je suis tout disposé à vous lire si,
d'aventure, la lassitude à laquelle vous faisiez allusion ce matin n'a pas trop entamé votre persévérance et, bien évidemment, à répondre à vos éventuelles questions.


 


     A votre meilleure convenance ...



Claire Tromeur 06/12/2011 09:25

Bonjour Richard, Chaque fois que j'ai voulu envoyer un message à l'adresse mail qui s'affiche sur le site Egypto Musée, il m'est revenu avec une mention d'erreur ?????
Je me lasse .....
Bonne semaine
Claire

Richard LEJEUNE 06/12/2011 13:53



     Bonjour Claire.


 


     Croyez bien que je suis autant désolé pour vous, qui avez perdu de votre temps en essayant de m'écrire, que pour moi, qui n'ai rien reçu :
car les interventions de mes lecteurs constituent toujours à mes yeux un intéressant retour d'impressions par rapport à mes interventions bi-hebdomadaires.


 


     Je sais qu'Overblog a connu ces dernières semaines de nombreux problèmes - l'on dit "bugs", je pense de nos jours ... - qui, soit ont
ralenti les échanges, soit les ont purement et simplement annihilés.


Dans ce cas d'espèce, il appert, selon les propres excuses reçues de ses administrateurs, qu'Overblog aurait fait l'objet de malveillances extérieures - on dit
"spams", je pense de nos jours ...


Quoi qu'il en soit, j'espère sincèrement que cela va s'améliorer ...


 


     Une simple question, si vous me permettez : pour quelle raison vouliez-vous m'atteindre via l'adresse mail indiquée sur mon blog et non pas
en rédigeant un commentaire sous l'un ou l'autre article ?    



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  • : Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
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