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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 23:00

 

     Samedi dernier, j'avais abordé avec vous, amis lecteurs, la "pancarte" - également nommée "menu" par certains égyptologues - qu'à l'Ancien Empire notamment, tout défunt désirait voir figurer dans sa tombe espérant, grâce aux offrandes citées, vivre au mieux son éternité dans l'Au-delà. 

 

     Constatant qu'ici même, en salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, la vitrine 4 ² ne proposait qu'une partie de celle de Metchetchi, j'avais jugé opportun de me référer au texte gravé verticalement sur le panneau latéral gauche de la stèle-chapelle (E 14184) de Ky et de son épouse Zatchedabed

 

 

Stele-chapelle-E-14184---Panneau-gauche--SAS-.jpg

 

que je vous avais invités à monter découvrir dans la galerie d'étude n° 1 de la salle 22, pour évoquer l'apport des huiles rituelles dont, traditionnellement, il est fait mention de la troisième à la neuvième colonne (ou case) de la liste des offrandes. 

 

     Si donc sur celle de Metchetci, incomplète parce que partiellement endommagée, ne figure pas le début des inscriptions qui auraient pu nous renseigner, en revanche le fragment E 25526, de 44 cm de haut et 37, 5 de long, nous donne à voir quatre porteurs de vases pareillement vêtus d'un pagne court, dont les textes qui les précèdent permettront d'en partie éclairer mon propos de ce matin.    

 

  E-25526---Porteurs-de-vases-d-huile--SAS-.jpg

 

      (Merci à SAS, conceptrice du blog Louvreboîte, pour l'extrême gentillesse avec laquelle elle a réalisé les deux clichés ci-dessus à mon intention.)

 

     Encadrés par une frise verticale constituée de rectangles colorés ne subsistent que deux registres dont celui du dessus, partiellement détruit, nous a simplement conservé les personnages à partir de la poitrine, de sorte que nous pourrions ignorer le geste qu'ils accomplissent.

 

     Mais comme il appert, à la lecture des hiéroglyphes colorés relativement bien conservés devant eux, - et que vous remarquerez absolument identiques de gauche à droite, mais différents si vous les envisagez de haut en bas -, qu'est évoqué un même produit, vous ne pouvez qu'admettre que ces quatre serviteurs participaient d'un même rite, celui d'apporter des huiles destinées au propriétaire de la tombe.

 

     Deux seulement sont ici mentionnées, mais à deux reprises : hatet âsh, au registre supérieur : huile de cade de première qualité et hatet tchehenou, au registre inférieur : huile libyenne de qualité supérieure.

 

     Ces porteurs de vases faisaient vraisemblablement partie d'un groupe d'hommes présentant les sept huiles canoniques ; à moins que, par manque de place dans la pièce, le défunt n'ait souhaité que ce quatuor symbolisât seul l'ensemble de l'offrande.

 

 

     Sous le règne du même roi Ounas que servit Metchetchi, vécut un très haut-fonctionnaire palatial, Nyânkhnefertoum, dont le complexe funéraire a été mis au jour en 1997 par la mission polonaise de fouilles à Saqqarah que conduisait le Professeur Karol Myśliwiec.

 

     Pour son site OsirisNet, Thierry Benderitter eut, en compagnie de l'égyptologue polonais en personne, l'extraordinaire opportunité de visiter cet ensemble désormais fermé au public. Et d'y découvrir entre autres, sur le mur ouest de la chapelle n° 15, la présence de trois fausses-portes - ce qui n'est pas un cas unique dans la nécropole memphite -, dont la dernière,

 

 

Nyankhnefertoum---Partie-droite-mur-ouest--1-.jpg

 

sur la partie droite du mur par rapport à l'entrée, côté nord donc, vous intéressera au plus haut point.

 

     D'abord, par l'extraordinaire conservation de la presque totalité d'une polychromie intense dominée par différents bleus.

 

Nyankhnefertoum--2-.jpg

 

       Ensuite parce que les bordures encadrant le monument devant lequel a été judicieusement replacée la table d'offrandes déclinent toutes deux la thématique des huiles rituelles.

 

     A gauche, posés sur une table basse noire - ce qui, selon la codification en vigueur, signifie qu'elle était en bois -, quelques vases de forme et de nombre différents selon les registres mais semblables quant à leur aspect général puisque tous sont bleus et mouchetés de noir, exactement comme sur le fragment (E 25526) de Metchetchi.

 

     Tous aussi, pour une meilleure compréhension qui ne peut que nous être profitable, sont surmontés de l'appellation du produit qu'ils contenaient à l'origine :

 

Nyankhnefertoum (3)

 

  trois récipients avec de l'huile setchi-heb, que l'on a pris l'habitude de traduire par "parfum de fête" ;

 

 

 

 

 

 

 

  trois autres avec de l'huile hekenou, ce que les égyptologues rendent en français par "huile de louange" ou "huile de jubilation" ;

 

 

 

 

 

  deux cette fois avec de l'huile de cade (sefetch) ;

 

 

 

 

 

  puis, pour terminer, au dernier registre moins bien conservé, deux vases avec de l'huile ny-khenem.

 

 


     Sur le montant droit, ce sont quatre serviteurs qui se dirigent vers Nyânkhnefertoum, portant tous un vase contenant également, à tout le moins les trois premiers, des huiles essentielles autres que celles de la nomenclature de gauche :

 


nyankhnefertoum XCIV detail 01

 

 

 

 

huile touaout, pour le personnage conservé au registre supérieur ;

 

 

 

 

 

huiles hatet-âsh pour le deuxième

 

 

 

 

 


et tchehenou pour le troisième.

 

 

 

 

 

 

    Quant au dernier serviteur, c'est non pas une huile mais de l'onguent merehet qu'il présente à son maître.

 

 

 

 

 

     Mais à quoi ces huiles servaient-elles réellement ?

      Et de quoi étaient-elles véritablement composées ?

 

     Voilà ce que je me propose de vous expliquer, amis lecteurs, lors de notre dernier entretien du 31 mars prochain, avant de tous nous égailler dans la nature des vacances scolaires belges de Printemps.

 

     A samedi ?

 

        

 

(Capart : 1907, 48 ; Ziegler : 1990, 64 et 126)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

Christiana 09/04/2012 10:13

J'aime aussi le cueillette des olives :-)

Richard LEJEUNE 09/04/2012 10:25



     Je m'en doutais ... mais faut-il encore être dans de bonnes dispositions !


 


     Personnellement, et en tant qu'historien, je préfère l'épisode la prise de la Smalah d'Abd-El-Kader par les troupes du duc d'Aumale en 1843
...  



Christiana 08/04/2012 15:10

Je sais très bien que les documents et explications que vous nous offrez sur ce blog ne remplacent pas mon regard personnel. J'aurais aimé flâner devant les vitrines , observer les fragments, les
couleurs des peintures, le graphisme, etc... Je sais que rien ne remplace la symbiose entre Metchetchi et moi...

Cette fois, j'allais spécialement à Paris dans le but de trouver cette symbiose entre Artemisia Gentileschi et moi. Vous savez à quel point j'aime l'art italien de la Renaissance au Baroque et
combien cette femme libre qui a bravé son époque alors que la femme restait mineure à vie (à son père, à son mari, à son fils) me touche. Je me suis tellement attardée sur chaque détail merveilleux
de sa peinture que j'y ai passé des heures.

Aller ensuite au Louvre aurait été un supplice plutôt qu'un plaisir...

Ce sera sûrement pour une prochaine fois, ma visite à la salle 5...

Il y a tant de choses à voir à Paris que j'en ai le vertige!

Richard LEJEUNE 09/04/2012 06:38



     Mais c'est bien certain, Christiana ! Il n'y a évidemment nulle obligation à pénétrer au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du
Louvre quand on débarque à Paris !


 


     Le principal, et les quelques pages de vos carnets publiés tout dernièrement sur votre blog le prouvent à l'envi, fut que vos espérances
n'aient point été déçues quant aux expositions que vous aviez projeté de visiter !


 


     Que ce soit pour la cueillette des olives en Basse Provence ou pour l'art de la Renaissance, l'intérêt d'une vie réside dans l'opportunité
d'avoir une passion et d'y consacrer le plus de temps possible ...


 


 



Christiana 07/04/2012 17:51

Désolée Richard, je n'ai pas pu remettre votre bonjour à Metchetchi car je ne suis pas entrée au Louvre cette fois. J'ai pourtant pensé à vous (et à lui) en passant devant mais heureusement qu'ici,
je peux combler cette lacune et participer à la visite guidée.

Richard LEJEUNE 07/04/2012 18:36



     C'est très aimable à vous, Christiana, de m'écrire cela mais l'artiste que vous êtes sait parfaitement bien que quel que soit le document
que l'on découvre dans un ouvrage ou sur un blog, quel que soit le guide d'une visite organisée, rien, jamais, ne remplacera votre regard personnel devant l'oeuvre, ici, en l'occurrence, devant
la vitrine elle-même, devant chacun de ses fragments, devant le chromatisme réel de chacun des éléments de la peinture, devant le "phrasé" des traits, devant l'agencement des personnages pensé
par l'artiste ; rien ne remplacera jamais ce rapprochement visuel entre vous et Metchetchi, cette symbiose esthétique que seule votre présence en salle 5 vous procurerait viscéralement.


 


     Personnellement, je ne suis qu'un ouvreur de chemins : à tous mes lecteurs d'y poursuivre les autres pas !



TIFET 30/03/2012 09:15

C'est magnifique de retrouver ces couleurs !! surtout ce bleu égyptien, et l'on s'aperçoit qu'effectivement quand ces monuments ne sont plus ouverts au public, ils se dégradent moins vite et c'est
une réalité malheureusement et pourtant c'est tellement beau quand on les voit de ses propres yeux........quant aux onguents et huiles diverses, les Egyptiens s'en servaient beaucoup mais nous
attendrons vos explications Richard pour entrer dans les détails........à bientôt !

Richard LEJEUNE 30/03/2012 13:30



     Et ce "à bientôt", Tifet, c'est déjà demain ...



JA 27/03/2012 21:49

Après les eaux , les huiles, elles aussi ont fait du chemin et ont beaucoup de vertues notamment en cosmétologie, pharmacie, aromathérapie etc....de grands précurseurs ces égyptiens :un soir il y a
eu une émission où il était question des grecs et c'est vrai qu'on avait l'impression que l'histoire commençait par eux, je crois bien que c'est votre cheval de bataille de prouver le
contraire...

A bientôt
JA

Richard LEJEUNE 28/03/2012 10:19



     Vous avez raison, Jocelyne, l'aromathérapie connaît à notre époque un essort considérable donnant d'ailleurs naissance à de nouvelles
acceptions dans le domaine médical ou parallèle, comme aromatologue, aromathérapeute, phytotérapeute ...


 


     Quant à essayer de faire comprendre que le monde n'a point commencé avec les Grecs - pas même la philosophie ! -, cela a effectivement toujours
été une des préoccupations de ma carrière d'Enseignant.


 


     Merci de l'avoir relevé au travers de mes articles.  


 


 



J-P.Silvestre 27/03/2012 18:43

Extraordinaire polychromie !

Richard LEJEUNE 28/03/2012 09:50



     En effet, Jean-Pierre : et n'oubliez pas qu'au plus profond des tombeaux avant que le temps et les hommes ne les détériorent, il en était
ainsi des parois peintes selon la volonté des Égyptiens eux-mêmes qui attribuaient beaucoup de sens à ces couleurs ...


 


     Je rappelle aussi ce que l'on oublie souvent et que pourtant nous indiquent les volumes de la Description de l'Égypte qui ont été
publiés après le retour de Bonaparte et de ses quelque 150 savants et artistes : les temples égyptiens étaient à l'origine en partie également peints.


 



FAN 27/03/2012 16:48

Toutes ces huiles pour l'éternité?? Nous le saurons Samedi!! BISOUS FAN

Richard LEJEUNE 28/03/2012 09:33



     Oui, Fan, pour l'éternité.


 


     A samedi, pour la seconde intervention sur ce sujet ...



etienne 27/03/2012 01:11

Bonjour cher Professeur ouvreur des chemins!

merci pour ce bel inventaire tout à fait nouveau pour moi car si je savais qu'il y avait des huiles et onguents, je viens de les découvrir.
Reste à voir à quel rôle étaient-ils destinés dans le rituel funéraires des offrandes.

A bientôt cher Richard!

Richard LEJEUNE 27/03/2012 07:21



     Bonjour Etienne,


 


     Heureux de te faire découvrir quelque chose, je te donne effectivement, ainsi qu'à tous mes lecteurs, un dernier rendez-vous sur ce sujet
samedi prochain, avant les vacances de Printemps ...


 


     Tout autre chose : êtes-vous, Dimitri et toi, parvenus à déterminer une date pour la conférence qu'il viendrait donner à propos d'Akhenaton
au sein de ton Association lorraine ?



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