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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 23:00

 

     Que vous vous référiez à la stèle-tryptique de Ky et de son épouse que, j'espère, sur mes conseils vous êtes allés voir la semaine dernière en la galerie d'étude n° 1 de la salle 22 du premier étage du Département des Antiquités égyptiennes, ici au Louvre, ou à la troisième stèle fausse-porte que Nyânkhnefertoum, haut dignitaire palatial du temps de Metchetchi, fit graver à la VIème dynastie sur le mur ouest de la chapelle funéraire de son mastaba retrouvé près de la pyramide à degrés du roi Djoser, à Saqqarah, ce sont bien sept huiles distinctes, en plus de certains onguents, que les Égyptiens prévirent pour l'onction du corps d'un défunt : setchi-heb (huile assez grasse provenant d'un mammifère, mélangée à de faibles quantités de cire d'abeille et de résine), hekenou (huile également grasse probablement d'origine animale), sefetch (huile de cade), huile ny-khenem (à base de résine de conifère et de corps gras non encore  identifiés), huile touaout (?), hatet-âsh (cèdre de première qualité) et tchehenou (huile dite "libyenne" contenant également de la résine de conifère et considérée comme étant de qualité supérieure ; "deux fois bonne", comme le spécifiaient textuellement les Égyptiens). 

    

         Il n'est plus à démontrer que parfums, huiles, baumes, onguents, gommes et résines jouèrent un rôle cardinal dans le quotidien de l'Égypte antique. Source non négligeable de ce matériel aromatique, parmi les végétaux en général provenant de la Corne de l'Afrique et du Moyen Orient mais aussi, et ce ne fut pas négligeable, d'espèces présentes dans la Vallée du Nil, en ses confins orientaux et du Sinaï, sans oublier le territoire nubien, arbres - et arbustes en particulier - ou produisaient des exsudats ou étaient brûlés de manière que s'en dégageât une senteur fort appréciée, que ce soit pour parfumer l'habitat des particuliers ou au cours des rites journaliers effectués au sein même des temples pour encenser le dieu immanent en ses statues.

 

     Ils pouvaient aussi, suite à un procédé de distillation, être à l'origine d'huiles rituelles, le cèdre en étant un parfait exemple, entrant dans le processus de la momification.

 

     Deux textes rédigés en écriture hiératique sur papyri nous sont parvenus à propos du Rituel de l'Embaumement, auquel, le 27 novembre 2010, j'avais consacré notre rendez-vous : ce sont les papyri Boulaq 3, conservé au Musée du Caire et Louvre (E 5158) que vous pourrez, à la fin de notre entretien, découvrir dans la vitrine 1 de la salle 15, au pied du lit funéraire exposé sous "LA" momie.

 

 

Salle-15---Vitrine-1--Juin-2009-.JPG

 

 

     Que ce soit celui du Caire ou celui du Louvre, 

 

 

--Rituel-de-l-embaumement-de-Hor-----Papyrus-Louvre-E-5158-.jpg

 

 

les deux documents, nullement avares de précisions liturgiques, à défaut (malheureusement) de scientifiques, indiquent :

 

     Mettre N. (comprenez : le défunt) sur son ventre. Masser son dos pour l'assouplir avec la même huile précieuse qu'auparavant. Paroles à prononcer quand on a oint son dos : Pour toi vient l'huile afin d'oindre ton corps ; pour toi vient l'huile de cade que produit le genévrier.

 

     Cette huile - sefetch, je l'ai citée ci-avant -, était obtenue par calcination du bois de cèdre (Juniperus Oxycedrus) qui détient la particularité de contenir un goudron végétal.

 

     Si j'en crois Hérodote, elle intervenait entre autres dans le processus de momification des Égyptiens qui n'étaient pas à même de s'offrir de couteuses funérailles :

 

     ... ils chargent leurs seringues d'une huile extraite du cèdre et emplissent de ce liquide le ventre du mort, sans l'inciser et sans en retirer les viscères ; après avoir injecté le liquide par l'anus, en l'empêchant de ressortir, ils salent le corps pendant le nombre de jours voulu. Le dernier jour ils laissent sortir de l'abdomen l'huile qu'ils y avaient introduite ; ce liquide a tant de force qu'il dissout les intestins et les viscères et les entraîne avec lui.   

   

 

     D'autres papyri, faisant cette fois plus spécifiquement allusion à l'onction pratiquée au moment du seul Rituel de l'Ouverture de la bouche - que, lui aussi, souvenez-vous, j'eus l'opportunité de vous détailler les 14 et 21 décembre 2010 -, prouvent que les huiles canoniques étaient également convoquées : on y retrouve en effet mention de chacune d'entre elles.

 

     Et le prêtre cérémoniaire de psalmodier des litanies telles que : 

 

     Ô cette huile, ô cette huile, c'est toi qui es sur le front de N. 

Maintenant que tu es sur le front de N., il est parfumé grâce à toi, il est glorifié grâce à toi, et tu fais qu'il ait pleine disposition de son corps !     

 

 

      Nonobstant toutes ces indications fonctionnelles, force nous est d'admettre que, faute d'exactement traduire les noms des produits cités, subsiste toujours, scientifiquement parlant, une inconnue quant à la composition exacte de chacun d'eux.

 

     Pourtant, ce ne sont pas les tentatives d'analyses qui manquent !

Ainsi en est-il notamment au Museum d'Histoire naturelle de Lyon qui conserve dans des enveloppes spéciales, sous forme de poudre ou de fins  morceaux solidifiés, des résidus d'huiles essentielles provenant de la tombe d'une certaine Khnoumit, princesse de l'époque d'Amenhemhat II (XIIème dynastie), mise au jour dans la nécropole de Dachour par l'égyptologue français Jacques de Morgan à l'extrême fin du XIXème siècle.

 

     Si toutefois leur étude actuelle, par chromatographie liquide à haute performance avec détection ultra-violette ou encore par chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse - n'écarquillez point les yeux en scrutant les miens, amis lecteurs : je vous avoue tout de go ma totale impéritie à vous expliquer ce que cèlent ces termes pour le moins sibyllins - ; si donc l'analyse confirme les indications de leur nom lues par l'archéologue sur les couvercles et les panses des pots en calcite qui, dans la tombe, les contenaient, hormis le composant principal - et encore ! -, vous aurez remarqué dès mon introduction qu'il n'est toujours pas possible de préciser complètement leur origine biologique.

 

     Les chercheurs, toutefois, et par définition, continuent à chercher ...


 

      Onguents et parfums, cette thématique avait été évoquée, souvenez-vous quand, dans la prédédente salle 4, voici exactement trois ans, nous nous étions longuement arrêtés les 17, 24 et 31 mars devant le vitrine 9 pour y découvrir un des deux "Reliefs du Lirinon".

 

     Parce que la présente intervention s'inscrit dans le droit fil de cette ancienne trilogie, mais aussi dans celui d'autres rencontres évoquées ce matin, il me semble véritablement utile de suggérer à ceux d'entre vous que le sujet intéresserait plus particulièrempent de consacrer quelques instants des deux semaines de vacances de Printemps qui, en Belgique, débutent aujourd'hui, à leur relecture.

 

     Rassurez-vous : ceci n'est qu'une invitation afin que votre compréhension de ce vaste domaine soit la plus complète qu'il soit souhaitable. Promis : il n'y aura sur cette matière aucune interrogation à la rentrée, ni orale ni écrite !


 

 

(Asensi Amoros : 2003, 1-19 ; Goyon : 2003, 51-65 ; ID. : 2004, 47-8, 148-9 et 345 ; Hérodote : 1964, 175 (§ 87) ; Tchapla & alii/Mourer : 1999, 518 et 525-32)

 

 

 

     Bonnes vacances, bonnes fêtes de Pâques à tous ; et retrouvons-nous, voulez-vous, le mardi 17 avril prochain, pour autant qu'une "overdose" d'oeufs en chocolat - belge, évidemment - n'ait point trop engorgé votre foie délicat ... 

 

 

Bruxelles---Magasin-Chocolatier---Fontaine.jpg


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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

le-gout-des-autres 05/04/2012 21:05

Enchanté que mon blog vous plaise.
Le vôtre ne me déplaît pas mais, grâce à la chance insigne d'être bancal, je peux aller gratuitement au Louvre admirer les merveilles que vous décrivez.
Et sans faire la queue, en plus.
Si j'avais su, j'aurais eu mon cancer avant...

Richard LEJEUNE 07/04/2012 15:56



     Il vous restera toujours le loisir de m'accompagner au Louvre quand vous estimerez que les hordes de Japonais qui très souvent y débarquent
vous empêcheront d'accéder près des vitrines qui vous intéressent ...



FAN 03/04/2012 08:16

Cher Richard, votre réponse me sied puisque je pensais bien au clystère! De plus, je suis allée chercher sur google! Dans la maison où je réside, il y en a trois : un énorme, un moyen et un plus
petit!! Le grand devait servir aux animaux!!Ils sont formés d'un tube en étain et ont vraiment la forme d'une énorme seringue!! Attendons votre prochain post pour la manière de l'utilisation!!En
revanche sur un autre site parlant de la momification, ils disent que les embaumeurs incisaient et recousaient l'addomen pour extiper chaque viscère et les garder dans des pots! Allez a, je vous
souhaite une joyeuse Pâques avec une dégustation de bon chocolat belge comme j'aime tant!!! BISOUS FAN

Richard LEJEUNE 07/04/2012 16:08



     En outre, dans le Papyrus médical 3038 du Musée de Berlin, le clystère (oudjeh em pehouwy, en égyptien) se trouve mentionné une
bonne vingtaine de fois ! Preuve qu'il était bel et bien connu des Égyptiens et qu'il était d'usage fréquent.


 


     Quant aux différentes pratiquent d'embaumement, Hérodote les a définies en fonction de la classe sociale des défunts : comme de tous temps,
il y eut là aussi des riches et des pauvres !



FAN 02/04/2012 16:50

Je suis tout de même intriguée par "la seringue"!! Etonnant!!! Pour le reste du rituel, j'avais déjà entendu et lu et à notre époque, la petite valise de l'embaumeur possède moins d'huiles
parfumées et pas de bandelettes mais la beauté du défunt passe par des manipulations où il faut se prendre pour un artiste de la FIAC pour opérer!! BISOUS FAN

Richard LEJEUNE 02/04/2012 22:16



     Votre réserve, chère Fan, quant à l'emploi du terme "seringue" me fait énormément plaisir dans la mesure où elle va me permettre d'être
quelque peu plus prolixe, ce que je n'ai point osé faire lors de mon intervention aux fins de ne pas alourdir mon propos.
    


     Bien évidemment, il ne vous faut pas concevoir cette seringue en ayant à l'esprit l'instrument que notre médecine contemporaine utilise pour
les piqûres.



     En réalité, ce que les philologues ont traduit ainsi, correspondait au terme grec employé par Hérodote "kluster" dans lequel,
évidemment, si vous avez lu Molière, vous retrouvez le clystère si cher aux médecins qui traversent certaines de ses comédies.



     Au point de départ, le terme grec signifiait "lavement" ; puis, par un procédé de métonymie relativement fréquent en linguistique, il
désigna l'instrument lui-même servant à pratiquer l'injection par le fondement ; ce qu'il est donc convenu d'appeler "seringue".



     Dans certains papyri médicaux égyptiens, notamment le Papyrus Chester Beatty, il est fait allusion aux affections anales et à leur
traitement par fumigations, introduction de suppositoires (eh oui, déjà !), application de pansements et de lavements, ces derniers très couramment utilisés.

     Le docteur belge Frans Jonckheere, initié à l'apprentissage de la langue égyptienne par Baudouin Van de Walle, jadis Professeur à
l'Université de Liège, publia en 1947, aux éditions de la Fondation égyptologique Reine Élisabeth, une étude circonstanciée de ce papyrus médical dans laquelle, pp. 67-9, il explique que l'on
retrouve prescription de clystères sous la formule hiéroglyphique ("oudje em peoui") que les égyptologues traduisent littéralement par "verser, injecter dans l'anus".

     Force toutefois m'est de reconnaître que sur l'instrument employé pour administrer liquides  thérapeutiques ou émollients huileux
prévus pour la momification, le docteur Jonckheere convient qu'aucun détail direct ne nous est
parvenu.

     Dès lors, faute de précision, il avance deux hypothèses d'instruments possibles en faisant référence soit à ce sac de peau fixé à une canule
utilisé au Moyen âge ou, plus près de nous, à ces gourdes à long col se terminant par un orifice aux deux extrémités qu'employaient encore au milieu du XXème siècle certaines peuplades
africaines. 



J-P.Silvestre 02/04/2012 15:04

C'est comme le supplice du pal : ça commence bien...

Richard LEJEUNE 02/04/2012 15:42



     Mon cher Jean-Pierre, si votre plumage se rapporte à votre ramage - que tant j'apprécie -, vous devez être le Phénix du Pays des
Sénons.



JA 01/04/2012 21:28

je ne savais pas qu'à Lyon il y avait des résidus d'huiles:
quant aux méthodes chromatographiques citées, elles sont très répandues pour séparer et identifier les différentes molécules chimiques présentes dans une substance, ce sont des recherches
passionnantes
A bientôt
JA

Richard LEJEUNE 02/04/2012 07:37



     Merci pour cette précision scientifique qui éclaire mes propos.


 


     Sauf les personnes concernées et investies dans différentes professions "de l'ombre", je présume que peu savent ce qui se passe dans les
coulisses de tous les musées du monde ...


 


     Il devrait être prévu, notamment lors des journées du patrimoine, des visites guidées de ces lieux d'effervescence que sont, par exemple,
les laboratoires d'analyse, les ateliers de réfection d'oeuvres d'art, les réserves d'un musée, etc.


 


     A défaut, heureusement qu'existent des revues ou des articles dévoilant l'avancée des travaux de recherche, ou de restauration ...



Christiana 01/04/2012 18:16

Il y a trois ans, je ne connaissais pas encore ce blog donc, je vais m'empresser de suivre votre conseil et retourner lire les anciens articles concernés, vite avant de boucler mes valises pour
rejoindre la ville lumière où j'emporterai mes désormais traditionnels carnets de vacances.
Bonnes fêtes de Pâques à vous aussi.

Richard LEJEUNE 02/04/2012 07:27



     Vous empresser ?


     Non, surtout pas, Christiana : pensez d'abord à vos préparatifs de séjour puis, à votre retour, vous aurez tout loisir - quand vous nous en
aurez relaté l'essentiel sur votre blog - de relire l'un ou l'autre de ces articles aux parfums consacrés ...



Alain 31/03/2012 12:46

Cette description par Hérodote du processus de momification d’un Egyptien, en emplissant d’huile de cèdre son ventre et en salant son corps, est à vous dégoûter de l’excellent chocolat belge.
Bonne vacances de Pâques, Richard.

Richard LEJEUNE 02/04/2012 07:21



     Désolé, Alain, si ce fut le cas : le but de mon intervention n'était certes pas de te dégoûter de notre chocolat national ...


 


     Mange quelques frites ... et cela passera mieux !


 


 



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