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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 23:00

 

     Lors de notre premier rendez-vous de rentrée après les quinze jours de congés printaniers, je vous ai annoncé, amis lecteurs, d'une manière très pédagogique que nous entamions aujourd'hui la seconde partie du programme de l'étude détaillée des quarante-trois fragments peints provenant du mastaba memphite de Metchetchi exposés ici dans la longue vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre et que, souvenez-vous, j'avais engagée à votre intention le 15 novembre 2011.

 

     Ce que toutefois je n'ai point précisé dans ma synthèse de mardi, c'est le sujet du nouveau thème qui inaugurera notre dernier trimestre avant les vacances scolaires d'été : les différentes activités rencontrées dans les domaines ruraux que Metchetchi surveille, patronne ou ordonne ...


 

 

 

Gavage-d-oie---Fragment-E-25519--2009-.JPG

 

     Certes, il y eut celles, mythiques, de Junon, au Capitole qui, s'avisant de la pénétration des Sénons une nuit dans Rome, auraient, de leurs cacardements stridents, indiqué l'imminent danger, sauvant ainsi la ville d'une invasion gauloise. 

 

     Certes, il y eut également celles, sauvages, sur les ailes desquelles m'emmenait Nils Holgersson : grâce à lui, je m'échappais, jeune adolescent imaginatif, sans besoin d'emprunter l'avion d'Antoine de Saint-Exupéry, vers d'autres horizons explorés par le Petit Prince où m'attendaient un allumeur de réverbères, un renard ou une rose ... ainsi que mes premières découvertes de ce que je saurai, bien plus tard, être la réflexion philosophique humaniste.

 

      Bien évidemment, il y a celles de l'une ou l'autre ferme spécialisée de "ma" province de Liège, élevées pour la table à l'instar de leurs cousines périgourdines mises en valeur à chaque coin d'exploitation ou de commerce de bouche, comme celui, dans le centre historique de Sarlat, tenu par un "artisan conserveur" au nom on ne peut plus prédestiné.


 

Sarlat--Magasin-de-foie-gras---30-07-2011-.jpg

 

 

      Toutes ces oies, qu'elles participent de l'histoire romaine, de mes rêves d'enfant ou de la gastronomie que, depuis, j'ai grandement apprécié, saviez-vous, amis lecteurs, qu'elles évoluaient déjà sur les rives du Nil antique ?

 

     A propos de l'Égypte, évoquer ce volatile peut ressortir à plusieurs domaines : j'ai en effet déjà eu l'opportunité d'indiquer, notamment le 22 juin 2010, que sa graisse pouvait entrer dans la composition de remèdes thérapeutiques, le 25 octobre 2011, qu'elle - ou plutôt qu'il, puisque cela concerne plus spécifiquement le jars - personnifiait le dieu Geb, tout en étant d'autre part une des manifestations d'Amon ...  

 

     Mais ce qui m'importe aujourd'hui et mardi prochain, c'est, à partir du fragment peint (E 25519) de 34 cm de haut et 27 de large, dont je n'ai, d'emblée, qu'agrandi le registre supérieur, - celui du dessous, rappelez-vous, concernant le khepech -, d'uniquement vous le présenter sous l'angle de l'élevage et, bien sûr, de sa suralimentation quotidienne de manière à indiquer qu'avec d'autres animaux d'ailleurs, elle était déjà pratiquée dès les premiers temps de la civilisation nilotique. 

 

     Avec d'autres animaux ???, seriez-vous en droit de vous étonner.

Eh oui ! Et pas nécessairement d'aussi inoffensifs, je vous assure. Car si personne n'ignore que grues, canards et autres pigeons pouvaient eux aussi être gavés, - tableaux qu'à l'envi proposent les mastabas de Ty, de Mererouka, de Kagemni et de Ptahhotep, parmi les plus connus -, beaucoup d'entre vous s'étonneront, je présume, d'apprendre que la hyène, ce dangereux prédateur, l'était également. 

 

     C'est ce que nous révèle cette scène notamment gravée en léger relief puis peinte au premier registre du mur nord de la chambre A 13 du complexe funéraire de Mererouka que vous pouvez découvrir sur l'excellent site d'OsirisNet, à défaut de l'avoir peut-être réellement visité.

  

 Gavage des hyènes - Mererouka (OsirisNet)

 

     

     Si Tenir la hyène pour gaver par le gardien, peut se lire dans certaines tombes, c'est simplement Gaver la hyène qu'indiquent ici chez ce haut fonctionnaire aulique les six hiéroglyphes se lisant de gauche à droite au-dessus de chaque bête renversée sur le sol.

 

     Deux hommes sont requis pour effectuer le travail : l'un lui maintient les pattes liées pendant que l'autre l'oblige à ingurgiter des morceaux provenant de pièces de viande et de volaille semblables à celles que vous distinguez dans l'étroit registre supérieur.

 

     A en croire le savant français Pierre Montet, les Égyptiens n'ont pas pris le parti de considérer de tels carnassiers comme nourriture de choix pour les défunts. De sorte que les gaver relève très probablement d'une tout autre finalité : dissuader la hyène de se repaître du gibier quand elle participait à une chasse dans le désert.

 

     Cette petite parenthèse terminée, permettez-moi, pour honorer le titre que j'ai donné à la présente intervention, d'évoquer maintenant les domaines avicoles de l'Ancien Empire égyptien.

 

     Les annotations hiéroglyphiques qui accompagnent les scènes d'élevage des chapelles funéraires des notables que je citai voici quelques instants, nous permettent de définir les deux types distincts de basses-cours dans lesquelles étaient élevés volailles et volatiles.

 

     Ainsi, sur la paroi sud du portique, à gauche de l'entrée du mastaba de Ty -  (A nouveau, grand merci Thierry !) -, au registre inférieur, cet enclos   

 

  Enclos-volaille---Mastaba-de-Ti--Osirisnet-.jpg

 

 

dont le dessin reproduit ci-après vous permettra d'assurément mieux visualiser les différentes composantes.


 

Mastaba de Ty - Enclos volaille (Dessin : OsirisNet)

 

 

      Nous sommes ici dans une des hérout, comprenez une exploitation rurale se composant, en plus du logement pour les membres du personnel, d'un espace rectangulaire tel qu'ici représenté dans lequel évoluaient ces oiseaux en relative liberté dans la mesure où, comme l'indiquent les lignes ondulées dans les trois cases centrales bleutées, mais aussi les trois mêmes signes qui déterminent le terme dans l'espace rosé numéro 6, ils disposaient d'un plan d'eau, vraisemblablement entouré d'herbacées au sein desquelles, à l'instar de leurs congénères des marais du Delta, ils dénichaient eux-mêmes partie de leur nourriture ; compensée, vous l'aurez remarqué, par un substantiel apport de graines que déversaient deux éleveurs portant leur couffin sur l'épaule gauche : Jeter l'orge, spécifient les hiéroglyphes au-dessus du premier d'entre-eux.

 

     En revanche, et toujours en détaillant les scènes pariétales du même tombeau, notamment au niveau du troisième panneau du mur ouest de la cour péristyle, il est indéniable que la quotidienneté que vivaient ceux des volatiles parqués dans les chétébou, était tout autre : là, dans des cabanes fermées par un grillage, ils étaient rassemblés pour y être manifestement engraissés, gavés avant que, dans une petite cour, ils aient loisir de s'ébattre quelques courts instants post-prandiaux avant de réintégrer leur cabane en attendant le "repas" suivant.

 

     C'est précisément de ce gavage qu'il me siérait de vous entretenir, amis lecteurs, lors d'une prochaine rencontre.

 

 

(Montet : 1925, 114-25 ; Vandier : 1969, 83-6 ; 410-8 ; 445)

 

 

     Je serai - avant mardi j'espère, si la factrice le veut bien -, en possession d'un document qui me permettra de vous annoncer une excellente surprise concernant EgyptoMusée ...

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

François 22/04/2012 20:48

Une surprise, mais qui n'en n'est pas une pour notre ami Richard que sa modestie l'empêche sans doute de nous en faire part :

L'excellente revue'Égypte Afrique & Orient' dans son numéro 64.épingle Égyptomusée en des termes particulièrement élogieux...

Je cite :

" L'originalité de l'approche mérite d'être soulignée, car elle combine l'érudition et un incontestable talent de conteur, avec ce brin de poésie qui rend la lecture très agréable. Au fil des
semaines, Richard Lejeune nous fait ainsi redécouvrir des objets que nous pensions bien connaître - souvent à tort. "

Encore un bel hommage, juste de voix , pour ton blog...

Dès-lors, comment s'étonner que nous puissions découvrir ici le gavage des hyènes, et comment ne pas espérer - en continuant notre lecture assidue - faire encore de belles découvertes !

Amicalement !
François

Richard LEJEUNE 23/04/2012 07:07



     Merci à toi, François, ici ou sur le Forum, pour tous tes propos laudatifs.


Mais il faut me laisser le temps de m'imprégner de cette excellente nouvelle. J'en suis toujours à me demander : Pourquoi moi, pourquoi EgyptoMusée ???





     Avant de lever officiellement le voile, j'attendais en fait - même si Martine, de l'Association lilloise d'égyptologie a eu l'extrême
gentillesse de me faire parvenir une copie de la fameuse page 60 - d'avoir sous les yeux mon propre exemplaire de cette revue qui, normalement, devrait me parvenir au courrier de cet
après-midi.


 


     Et donc demain, photo de couverture sous le bras, Champagne pour l'annonce officielle à mes lecteurs.



FAN 21/04/2012 16:34

Pour une révélation, c'est une révélation!!Gaver les hyènes??? Bigre, il fallait déjà les "domestiquer"!! J'ai lu que les égyptiens mangeaient aussi du porc! ! Quant à l'élevage des poules, pas
grand chose de changer avec la notre!!! les "plein air" étaient BIO?? Personnellement, j'aime le foie gras du canard!! et j'adore SARLAT où je m'y verrai bien finir mes jours!!! On attend la
surprise!! BISOUS FAN

Richard LEJEUNE 21/04/2012 17:38



     Pour ce qui concerne le porc, vous avez bien lu ! Pour autant que nuance il y eut.


Si cela vous intéresse plus particulièrement, puis-je vous suggérer de consulter cet article de septembre 2009 ?


 


     Comme à Christiana, vous me permettrez de vous faire remarquer que si j'ai certes employé le terme basse-cour, nulle part dans mon
intervention je n'ai évoqué la poule ou le coq.


Pour la bonne et simple raison que les Égyptiens de l'Ancien Empire ne les connaissaient pas !


 


     Quant à leur apparition en terre pharaonique, venant d'Asie où, par parenthèses, ils évoluaient déjà vers 2500 avant notre ère, - (en
Babylonie, si je m'en réfère à l'ouvrage que Madeleine Peters-Destéract a consacré en 2005 à l'alimentation des anciens Égyptiens, p. 79) -, elle pose problème aux Égyptologues : certains veulent
en trouver traces dans les textes dès l'époque de Thoutmosis III (XVIIIème dynastie), alors que d'autres affirment que ce sont ceux qui apparaissent dans le programme figuratif du tombeau de
Petosiris (fin XXXème dynastie) au niveau des offrandes qui lui sont apportées qui constituent la première évocation égyptienne de ces gallinacés.



Christiana 21/04/2012 15:17

Je ne m'attendais pas, en venant à ce rendez-vous avec Metchetchi, à cotoyer les oies et jars. Que ce soit Martin de Nils Holgersson ou les oies du Capitole en passant par le délicieux foie gras de
Sarlat-la-Caneda... Je ne savais pas non plus qu'elles évoluaient déjà sur les rives du Nil antique.
Quant au foie gras d''hyène...Hihihi!
Bon, d'accord, même si c'était pour dissuader l'hyène de manger le gibier du désert.

"Hérou(t)" évoque pour moi une région naturelle sauvage, encerclée par l'Ourthe, avec des petits sentiers et des sommets pointus où l'on peut voir l'Ourthe se tortiller, se replier sur elle même en
plusieurs méandres, jadis, les 7 Ourthe...

Richard LEJEUNE 21/04/2012 16:50



     Ce n'est pas que je veuille jouer sur les mots mais puis-je néanmoins vous faire remarquer, chère Christiana, que si j'ai bien évoqué le
gavage, à aucun moment je n'y ai associé ni le foie gras d'oie ni encore moins celui de la hyène pour ce qui concerne les Égyptiens de l'Antiquité ...


 


     A propos de cette dernière, il ne s'agit vraisemblablement pas, vous l'avez compris, d'une suralimentation forcée en vue de la rendre
agréable à la consommation.


Quant à l'oie, vous accepterez de patienter encore un peu : je lui ai en effet consacrer une seconde intervention que je publierai la semaine prochaine ; là, tout
s'éclairera sur les motivations de cette pratique ...


 


     Personnellement, mis à part Tilff, je ne connais pas vraiment cette région de promenades au bord de l'Ourthe à laquelle vous faites allusion
...



Alain 21/04/2012 13:48

Originaux ces Egyptiens…
Ma famille landaise a gavé des canards dans le passé. Quand je vais leur dire cela, ils vont bien rire. Cela ne devait pas être simple d’attraper des hyènes et de les nourrir ainsi à deux. C’est
comme si ont gavait des renards pour les empêcher de se nourrir des poules.
Pourquoi écris tu EgypoMusée concernant la surprise à venir ?

Richard LEJEUNE 21/04/2012 16:23



      Ta comparaison avec le renard pourrait paraître judicieuse, Alain : et pourquoi pas après tout ??? A la différence qu'ici, les hyènes
faisaient partie du cheptel : elles ne venaient pas du désert pour s'emparer de quoi que ce soit comme un renard entrant dans le poulailler.


 


      La hyène - présente dans une scène semblable dans seulement trois mastabas d'Ancien Empire - pose évidemment des problèmes de
compréhension aux Égyptologues. Mais l'opinion que j'ai proposée ici retient l'attention de beaucoup d'entre eux : il leur est malaisé de croire que sa viande ait été appréciée. Dès lors,
pourquoi la gaver si ce n'est pour l'empêcher de dévorer ceux des animaux chassés dans le désert aux fins de nourrir l'homme.





     Ceci posé, aucune trace d'explication sur les documents à leur disposition.


 


     La nouvelle qui vient de m'être annoncée, surprise totale et inattendue, me trouble tellement que mon émotion s'est traduite en omettant ce
T dans ÉgyptoMusée. Merci de me l'avoir fait remarquer ; je l'ai donc immédiatement corrigé.



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