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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 00:00

 

... Celui qui peine a besoin de détente et le jeu vise à la détente, alors que le labeur s'accompagne de fatigue et d'effort : pour cette raison, il faut introduire les jeux dans l'éducation en y ayant recours au moment opportun, c'est-à-dire en s'en servant à titre de remède. Car le mouvement de l'âme dû au jeu est un relâchement et, par le plaisir qu'il procure, une détente.

 

 

ARISTOTE

Les Politiques, VIII, 3,  1337 - b


Paris, GF-Flammarion n° 490,

p.  522 de mon édition de 1993

 

 

 

     Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c'est par cet extrait d'Aristote - encore parfaitement d'actualité de nos jours -,  que je voudrais introduire ce matin, amis visiteurs, ma dernière intervention à propos des fragments peints provenant  d'une paroi  du mastaba de Metchetchi exposés ici, dans la grande vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre et plus spécifiquement de ceux (E 25516 et E 25523) figurant deux hommes s'adonnant au jeu de senet que nous avons détaillés la semaine dernière

 

 

Deux joueurs de senet (vus de droite)

 

 

     Souvenez-vous, j'avais terminé notre entretien sur des propos s'inscrivant en faux par rapport à ce qu'affirme Aristote, à savoir que le jeu en général n'avait aux yeux des Anciens qu'une valeur de détente, de passe-temps ; et je vous avais en effet laissé sous-entendre que pour les Égyptiens de l'Antiquité, ce jeu particulier revêtit rapidement avec le temps - et plus encore à partir de la XVIIIème dynastie -, une tout autre finalité que le seul délassement ici-bas.


      Certes, je ne nie évidemment pas qu'il pouvait toujours être considéré comme tel dans la vie quotidienne, mais dès les débuts de l'Histoire, voire même déjà à la fin de la Préhistoire, il semble avoir aussi déjà été associé aux funérailles : ainsi la section égyptienne des Musées royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles (M.R.A.H.) possède-t-elle le plus vieux plateau de jeu (E 2957) que nous connaissions actuellement, pour lequel il appert, d'après les  indications de ceux des historiens du Musée qui l'ont étudié, qu'il nous faut l'appréhender en référence à une symbolique funéraire avérée. 

 

 

  Jeu-de-Senet--MRAH---E-2957-.jpg

 

 

     En argile crue séchée, datant du Nagada I, soit entre 3800 et 3500 avant notre ère, il fut découvert en 1908 lors de fouilles menées par les égyptologues anglais Edward R. Ayrton et W. Loat dans la tombe H 41 du cimetière d'El Mahasna, au nord d'Abydos.

 

     Avec ses trois rangées de six cases, il préfigure évidemment les damiers des époques postérieures qui présenteront souvent un parcours de vingt ou trente cases.

 

     Il n'est plus à répéter à tous ceux qui, peu ou prou, se familiarisent avec la civilisation égyptienne, partant, à tous ceux qui sont amenés à rencontrer des textes peints ou gravés que, dès l'aube de leur civilisation, les Égyptiens détinrent cette particularité de puiser dans leur environnement naturel, faune tout autant que flore, aux fins de le schématiser, en format réduit, pour créer soit leurs hiéroglyphes, soit différents objets de leur quotidien.

 

     Vous en avez un exemple flagrant avec ce type de jeu qui, selon une hypothèse plus que séduisante de l'égyptologue belge Pierre Gilbert, représenterait ni plus ni moins que le quadrillage des champs sillonnés de canaux d'irrigation destinés à abreuver les plantations quand le Nil, après les mois de crue, rentre dans son lit. Poussant plus avant sa démonstration, celui qui était devenu, depuis 1963, Conservateur en chef, voulut voir les différents pions utilisés, dans un premier temps, comme des monceaux de blé - tels ceux, ci-avant, sur le jeu exposé dans "son" Musée bruxellois - ;  puis, dans un second temps, conique, à sommet courbe, comme des silos engrangeant les céréales, à l'instar de celui, (E 22649), en faïence siliceuse d'un bleu splendide

 

 

Jeu-de-senet---Pion-E-22-649--Louvre-C.-Decamps-.jpg

 

 

que vous pourrez admirer après notre rencontre, si toutefois vous êtes intéressés, en salle 10 - eh oui !, celle-là même que nous avons déjà arpentée, souvenez-vous, pour y détailler tout dernièrement différentes harpes - : datant également de l'Ancien Empire, cette superbe pièce ne mesurant que 7,30 cm. de hauteur et 3,50 de diamètre y est exposée dans la vitrine 7.

 

     Ce qui m'invite à entériner les théories du Professeur Gilbert, c'est que nous retrouvons la représentation de semblable damier dans l'écriture hiéroglyphique elle-même : en effet, ce signe, plateau de jeu gravé en plan et pions de profil, sur une plaque de faïence, (AF 12868), visible dans la vitrine 3 de la salle 6 toute proche,

 

  Hieroglyphe ''men'' - Plateau de jeu.jpg

 

 

que les philologues, à la suite de Champollion, transcrivent mn et que l'on relève notamment dans le patronyme de différents souverains - ici, fragment de cartouche du pharaon Séthi Ier (Menmaâtrê) -, exprime la durabilité, la stabilité, le bon ordre ...; mais aussi la sécurité alimentaire, c'est-à-dire : tout ce qu'un pays bien cultivé, bien irrigué peut apporter à une population dont la vie dépend notamment de la bonne répartition des produits du sol.    

  

     Dans la vitrine 7 de la salle 10, 

 

 

Salle-10---Vitrine-7---Jeux.JPG

 

 

présentés entre dés, bâtonnets et autres types de pions, vous aurez également tout loisir d'admirer deux très beaux modèles de boîtes de senet dont le décor en damiers, vous le constaterez, corrobore parfaitement mes allégations résumant le sentiment de Pierre Gilbert : la première, (E 2710), en bois, élevée sur le socle-miroir, appartint à un certain Imenmès (XIVème siècle avant notre ère)


 

Jeu-de-senet-d-Imenmes-E-2710--Louvre---C.-Decamps-.jpg

 

 

et la seconde, (E 913), en faïence siliceuse, à la droite du même support, fut la propriété de la reine Hatchepsout (XVème siècle avant notre ère).

 

 

Jeu-de-senet--Hatchepsout----Louvre E-913--Ch.-Decamps-.jpg

 

 

     Aux fins d'à présent donner plus de poids aux propos qui vont être miens, permettez-moi, amis visiteurs, de vous proposer le début d'un chapitre du Livre pour sortir au jour, le dix-septième, dans lequel le défunt se présente comme le dieu Rê, le démiurge, le maître de l'Univers :

 

     Commencement des transformations et des glorifications de la sortie de l'empire des morts et du retour en lui ; être un bienheureux dans le bon Occident ; sortir au jour, faire toutes transformations que l'on désire ; jouer au senet assis sous la tente ; sortir en âme vivante, de la part de N., après sa mort. 

 

     Nous voici donc, - n'en déplaise à Aristote pour qui le concept de jeu est synonyme de délassement -, au sein même du monde funéraire, au sein même de la symbolique que recouvrit le senet aux yeux des Égyptiens de l'Antiquité.

 

     Une très courte allusion lexicologique vous affranchira d'emblée : en effet, le terme snt signifiait : passage, traversée ; passage à travers les obstacles qui, dans l'Au-delà, auraient pu empêcher le défunt d'accéder à la vie éternelle.

 

     Vaincre les puissances du Mal, vaincre les créatures du monde inférieur : là résidait la symbolique de ce jeu !

 

     Soit, gravé ou peint sur une des parois de la chapelle funéraire, comme chez Metchetchi et bien d'autres, soit faisant matériellement partie du mobilier funéraire dont le défunt souhaitait la présence pour l'éternité, le jeu de senet qui se pratiquait entre deux personnes pouvait très bien, dans ce contexte précis, comme vous le remarquez sur le petit côté de la boîte d'Imenmès

 

 

Jeu de senet d'Imenmès - Petit côté) (Louvre C. Décamps

 

 

se jouer seul : en fait, entre le trépassé et un adversaire non représenté, imaginaire. Il symbolisait alors non seulement l'éternelle lutte entre le Bien (Maât) et le Mal (Isefet) mais aussi, plus prosaïquement, devait permettre au mort d'accéder à la régénérescence dans l'Au-delà : notez ici, de part et d'autre de la sellette qui supporte le damier, la figuration gravée de fleurs de lotus que nous savons pertinemment bien, vous et moi, être censées favoriser la renaissance des défunts.

 

     En outre, et ceci est loin d'être négligeable, les pions, prosaïquement en forme de tas de blé ou de silos ne pouvaient, par la force suggestive de leur image, que lui permettre - ou, plutôt, à son Ka -, d'être assuré de toujours bénéficier de céréales nourricières en abondance ...

 

     A ce jeu de senet, la victoire du défunt sur un partenaire invisible faisait office de jugement divin. Appelé également jeu de passage, alors que l'on pourrait banalement le considérer en tant qu'agréable divertissement post-mortem, il figurait en réalité, symboliquement, le besoin du trépassé de se frayer un chemin, en repoussant tout adversaire, en évitant nombre d'embûches, vers le royaume d'Osiris où vie lui était promise, éternellement. 

 

       

     Sans en connaître exactement les règles, - j'ai eu mardi dernier déjà l'occasion de vous l'indiquer, ainsi que dans certaines réponses à vos commentaires, amis visiteurs -, les égyptologues peuvent, à l'examen de vestiges retrouvés, notamment quelques-uns de ceux présentés dans la vitrine 7 ici devant nous, avancer que pour permettre la progression de la partie, les joueurs lançaient des bâtonnets faisant office de dés, les plus raffinés d'entre eux, comme deux ici, étant taillés en forme de tête de chiens (canis lupaster) figurant soit Anubis, l'Embaumeur divin, soit Oupouaout, l'Ouvreur de chemins.


 

Jeu-de-senet---Batonnets--E-3674---75-et-76--Louvre-C.-De.jpg

 

 

     Il semblerait, si j'en crois le site du Louvre, que la quantité de faces décorées visibles après lancement déterminait le nombre de cases sur lesquelles l'on pouvait progresser. 

 

     D'infimes indices relevés ça et là par les égyptologues donnent également à penser que le joueur se mouvait "en lacet" - boustrophédon, pour employer le terme idoine, moins imagé et certainement moins connu :

 

 

Senet-Deplacement.jpg

 

 

partant du dessus à gauche, et avançant vers la droite sur la première rangée de dix cases d'un plateau qui en comptait trente, - que les documents nomment perou, c'est-à-dire "maisons" -, il poursuivait ensuite de droite à gauche sur la deuxième, pour terminer la troisième dans le sens où il avait entamé la partie, formant ainsi sur le damier une sorte de grand S inversé.

 

     Vous aurez évidemment constaté que sur l'exemplaire d'Imenmès, - tout comme d'ailleurs sur maints autres mis au jour que vous verrez peut-être dans d'autres musées -, certaines cases, cinq le plus souvent, toujours les mêmes, comportent des signes hiéroglyphiques gravés et/ou peints : ainsi le terme "Bonté, Beauté", sur la vingt-sixième ou "Eau", immédiatement à côté, que d'aucuns supposent, sans certitude aucune, conjecture parmi d'autres, être en rapport avec la purification nécessaire au défunt pour accéder à son Au-delà.

 

     Un point toutefois est avéré par les quelques rares textes exhumés : du dénouement de la partie dépendait l'avenir  du défunt : sera-t-il ou non accepté dans le monde des dieux ; deviendra-t-il ou pas un Nouvel Osiris ?

 

 

     Derechef, je le martèle, amis visiteurs : le programme iconographique d'une tombe, le mobilier qu'elle recelait n'avaient d'autre raison d'être - loin du geste gratuit, loin d'une véritable recherche esthétique - que celle de permettre au défunt de connaître, en sa maison d'éternité dans le Bel Occident, une seconde vie si pas supérieure, à tout le moins égale à celle qui fut sienne ici-bas.

 

     Et Metchetchi, comme tant d'autres en ces temps antiques, mobilisa toute son énergie pour atteindre ce simple dessein.


     S'il y réussit ? A envisager les déprédations infligées à son tombeau, je n'en suis malheureusement pas convaincu.


     Pour ce qui me concerne, alors que modestement je visai à vous emmener, comme le chanta Barbara

 

Là-bas, là-bas,
De l´autre côté du miroir,
Là-bas, [où] rien n´est comme ici.
Là-bas, [où]tout est autrement ... ; 

 

alors que je visai à quelque peu vous familiariser avec l'antique civilisation des rives du Nil, j'espère que, de semaine en semaine, depuis que de conserve, le 15 mars 2011, nous avons entrouvert l'huis de son mastaba grâce à la quarantaine de fragments exposés dans les vitrines 4 et 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, mes efforts n'auront pas été trop vains à vos yeux.

 

     Merci à tous de m'avoir suivi dans cette longue et belle quête ...

 


 

(Barguet : 1967, 57 ; Franco : 2004, 229 ; Gilbert : 1965, 72-4 ; Piccione : 1980, 55-8)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

christiana 20/12/2012 20:14

Merci à tous les deux!
Ah! Les pièces cuites... Je n'avais pas compris mais nous venons peut-être ici de trouver LA-super-bonne-idée transport pièces crues!

TIFET 20/12/2012 16:56

P;S : Richard ! c'est pour Christiana ! je transporte mes pièces cuites dans du sable !!! et non les pièces à cuire, là je n'ai pas essayé mais pourquoi pas !
vous allez peut-être trouver que j'exagère là cher Richard, j'aurais pu mettre un com direct à Christiana..........mais vous êtes si hospitalier !!!

Richard LEJEUNE 20/12/2012 18:28



     Mais j'espère bien, Tifet, que vous considérez mon blog comme étant hospitalier !!!


 


     J'ai personnellement prévenu Christiana pour le cas où elle n'aurait pas été avertie par Overblog de votre précision.


 


     Bonne soirée à vous.


 


     Amicalement,


     Richard



christiana 20/12/2012 10:44

Excusez-moi Richard d'utiliser votre blog pour m'adresser à Tiffet...
C'est une bonne idée ça! Transporter dans du sable! Je les emballais dans du plastique à bulles bien moins souple que du sable...Je n'y ai jamais pensé et j'ai cassé tant de pièces en les
transportant avant d'avoir mon propre four...

Richard LEJEUNE 20/12/2012 13:20



     C'est évidemment dans le même sens que ma réponse à Tifet que je m'adresse à vous, maintenant, Christiana.


Pourquoi vous excusez ?, vous qui, au niveau de votre blog également, n'avez de cesse de soulever tant de pans de rideau sur les coulisses de votre théâtre d'artiste
peintre et sculptrice ?? Pour quelles raisons nous auriez-vous privés, mes lecteurs et moi, de votre réaction, de votre ressenti ?


 


     Merci à vous, Mesdames, de nous associer à ces petits "trucs" dont, j'en suis persuadé,  bénéficieront d'autres artistes, peut-être
même quelque peu irrités de n'y avoir pas pensé plus tôt ... ; ou l'un quelconque acheteur tellement déçu de n'avoir pas pu recevoir ce qu'il avait réservé lors d'une exposition : s'il y avait eu
du sable dans la boîte destinée à l'emballage, je gage que les poteries qui tant plaisaient à son épouse n'eussent pas été brisées ... 



TIFET 20/12/2012 10:36

Je ne voudrais pas encombrer votre blog avec mes réponses Richard qui n'ont pas un lien direct avec votre sujet mais je m'en voudrais de ne pas répondre à vos questions ! "en partant d'une
momie"......évidemment et vous l'aurez compris, il s'agit là de confectionner à l'horizontal à partir d'un pain d'argile un début de corps qui ressemble à une momie et c'est "le" terme exact
désignant ce travail, avec un ensemble de repères à base de ces petits cônes, j'ai pris une série de photos lors de ce début de sculpture et j'expliquerai tout cela en détail sur mon blog un jour !
.....si cela vous intéresse ! pour l'heure ne n'ai pas en réserve chez moi une de ces momies que j'aurais ramenée d'Egypte !!!
Par contre pour réagir à votre dernier com pour Christiana, je perpétue si l'on peut dire, les enseignements des anciens car il m'arrive de transporter mes sculptures dans du sable afin de les
protéger déjà de tous les chocs éventuels (je suis tout près de la plage.......et il ne m'en faut pas beaucoup.....)

Richard LEJEUNE 20/12/2012 12:58



     Mais vous n'encombrez nullement mon blog, Tifet !! Tout au contraire, je trouve - et je suis certain que mes lecteurs passionnés d'art, et
pas seulement égyptien, vous en sauront également gré -, qu'apporter ces compléments d'informations ne peut qu'être profitable à tous.


 


     Vous vous doutez bien que le terme "momie", je l'ai maintes et maintes fois rencontré dans mes lectures égyptologiques qui, dans le domaine
de la lexicographie, proposent un éventail de sens ou, plutôt, de précisions le concernant. Et jamais, je ne l'ai lu dans l'acception que vous évoquez ici !


C'est extrêmement intéressant et je vous remercie d'avoir ainsi contribué à accroître mes (leurs ?) connaissances en la matière.


 


     Comme est tout aussi digne d'intérêt le fait qu'au-delà des millénaires et pas nécessairement peut-être en référence aux Égyptiens, vous
ayez choisi de "protéger" vos oeuvres dans le sable. Il semblerait, à lire Christiana ci-après, que vous fassiez des émules.


 


     Vraiment, je vous assure, et vous rassure Tifet, ces dialogues qui s'instaurent entre vous et qu'invite mon blog - ou mes questions -
m'agréent au plus haut point dans la mesure où ils constituent une démarche éminemment positive ressortissant au domaine des
relations humaines et notamment du partage mais aussi, - et c'est loin d'être négligeable -, dans celui de la connaissance que nos propos, nos expériences, quelques parcelles de notre savoir,
égrenés les uns après les autres, éclairent d'un jour nouveau.



christiana 19/12/2012 18:48

Ce plus vieux plateau de jeu en argile crue séchée... C'est incroyable qu'il soir parvenu jusqu'à nous quand on sait combien l'argile crue est fragile! Le moindre choc et crac! A moins que les
Egyptiens n'aient eu une technique pour la solidifier?
"Avec ses trois rangées de six cases"... Je n'en vois que deux alors il en manque une? Alors, elle s'est cassée?

Magnifique le bleu du pion!

Les poins en forme de tas de blé qui permettent de bénéficier de céréales nourricières en abondance ...C'est ce qui s'appelle faire d'une pierre deux coups, pas bête!

Les bâtonnets faisant office de dés sont superbes eux aussi.Je suppose qu'ils ne sont pas en argile puisque destinés à être lancés.

Richard LEJEUNE 20/12/2012 07:54



     Une technique pour solidifier, Christiana ? Je ne pense pas. J'invoquerais plus certainement la configuration du sous-sol de ces
tombes égyptiennes pré-dynastiques dans un environnement d'une sécheresse incroyable, ce qui joua indiscutablement un rôle de conservateur, un rôle de protection durant des millénaires.


     Les égyptologues avancent d'ailleurs que c'est très probablement parce que furent retrouvés des corps morts quasiment intacts à même le
sous-sol du désert que les Égyptiens des premiers temps crurent que la "vie" était éternelle et, dans un second, s'ingénièrent à tout faire pour la conserver telle : momification, puits
funéraires à parfois trente mètres de profondeur, etc.


    


     D'une constatation aussi bassement matérielle que la conservation naturelle d'un corps seraient ainsi nées les croyances en l'Au-delà de
grande envergure que nous connaissons ...


 


     Pour ce qui concerne le jeu "bruxellois", voici ce qu'indiquent textuellement les égyptologues des M.R.A.H. : cela permettra, je crois, de
quelque peu répondre à votre questionnement.





"La facture de l'objet, grossier, en argile crue, est peu soignée. La tablette et les quatre pieds ont été modelés séparément, puis séchés et, enfin, assemblés à
l'aide d'argile fraîche. La surface de jeu a été partagée en trois rangs de six carrés. Le quadrillage est formé par des points exécutés dans l'argile humide avec une brindille ou un mince
bâtonnet. Avec la petite table, on a retrouvé onze pions coniques dont deux ont une taille double de celle des autres." 





     (Un des pions est donc de composition moderne.


Vous avez ici deux rangs recouverts par les pions, le troisième étant entre eux, au centre du jeu.


In situ, ces pions ne se trouvaient évidemment pas aussi bien disposés sur la jeu : ils furent exhumés à ses côtés.)


 


     D'après le cartel qui les accompagne, les bâtonnets/dés du Louvre
que j'ai montrés sont en os.



etienne 19/12/2012 02:48

Superbe article encore une fois Richard!
J'ai appris par ton excellente intermédiaire que les pions symbolisaient les tas de blé ou les silos de nourriture divine donc, en quelque sorte encore des offrandes funéraires ainsi figurées,
non?
Très intéressant en tout points.
Merci encore!

J'attends la suite de tes/mes déambulations entre les vitrines du Louvre afin de me délecter encore de tes billets égyptologiques tels des délicieux chocolats qui fondent jusqu’à mon âme de
passionné si gourmand de tes connaissances.

En attendant je te souhaite un très joyeux Noël cher Richard!

Sincèrement!

Etienne.

Richard LEJEUNE 19/12/2012 09:52



     Effectivement, Etienne, si l'on entérine comme je l'ai fait les vues de Pierre Gilbert, la symbolique ressortissant au domaine de la
nourriture post-mortem devient très puissante.


Ce qui, pour l'Égypte antique, ne doit nullement étonner.


 


     Merci pour ton appréciation à propos de mon blog qui associe si bellement ressenti personnel et chocolat ... belge, je présume



 



Carole 19/12/2012 00:24

Un article passionnant ! Je crois que désormais je me figurerai toujours les damiers comme de petits champs, emplis d'épis, de chaumes, de gibiers, de vivants laborieux et de morts s'en allant vers
le jour...

Richard LEJEUNE 19/12/2012 09:40



     Comme c'est superbement exprimé.


 


     Merci Carole.



TIFET 18/12/2012 17:17

Pour répondre à votre première question Richard, la délimitation de points importants par des petits cônes de terre n'est pas une démarche personnelle car je l'ai acquise par une de mes Maîtres, en
l'occurence Annick LEROY, qui pour nous permettre d'élaborer un corps entier en partant d'une momie (hé oui là je vous sens surpris peut-être ) nous incitait à marquer tous les points référents par
ces petits plots d'argile afin de prendre les bonnes mesures, et pour la 2ème interrogation, tout simplement par commodité car c'est très facile de confectionner un petit cône et on le repère très
facilement quand la momie est finie, voilà je vs laisse car j'ai une momie qui m'attend !!

Richard LEJEUNE 19/12/2012 07:07



Que de momies chez vous, chère Tifet !!


     Mais que voulez-vous dire exactement par : "... en partant d'une momie" ?


Je présume que c'est un terme technique, du jargon des sculpteurs. Car je pense qu'aucun musée n'ait consenti à vous en prêter une !!!


 


     Sauf à penser que vous en avez ramené une dans vos bagages, votre époux et vous, d'un de vos séjours en Égypte ...



JA 18/12/2012 15:00

OK merci,excusez moi encore
JA

Richard LEJEUNE 18/12/2012 15:14



     Mais diantre, pourquoi vouloir vous excuser, Jocelyne ??


 


     Je suis là aussi pour répondre aux questions et clarifier ce qui peut paraître abscons dans mes propos ...


 


     Personne, jamais, ne doit hésiter à solliciter des compléments d'informations ou des explications supplémentaires !



JA 18/12/2012 14:00

Excusez moi Richard je n'arrive pas à comprendre à quoi sert le petit silo en turquoise ( même pierre que les serviteurs funéraires, devait venir du Mont Sinai, le cuivre donne cette magnifique
couleur bleue) par rapport aux pions du jeu, certainement leur stockage?)
pour moi qui n'y connaissait vraiment rien en Egyptologie, j'avoue grâce à votre blog descendre dans les profondeurs de cette science, avec grand plaisir et je vous en remercie beaucoup.
A bientôt
JA

Richard LEJEUNE 18/12/2012 14:36



     Si vous examinez attentivement, Jocelyne, la table de jeu chez Metchetchi (le tout premier cliché de mon article de ce matin), vous
constaterez que les différents pions ont exactement la même forme que celui exposé dans la vitrine 7 de la salle 10 (E 22649) et qui est évidemment celui de la troisième photo dans le
texte.


 


     Et, ainsi que je pense l'avoir noté, les Égyptiens réalisèrent des pions pour jouer qui épousaient soit la forme des tas de blé, soit celle
des silos contenant ces céréales, en référence d'une part à ce qu'ils voyaient dans leur environnement le plus immédiat et peut-être aussi, d'autre part, - en fonction de la puissance de l'image
à leurs yeux -,  en espérant ainsi toujours bénéficier de céréales dans l'Au-delà ...


 


     Si mon explication pêche par défaut de clarté, n'hésitez pas à m'interroger à nouveau ...



Montoumes 18/12/2012 13:43

Je partage tout à fait. La Vérité nue serait préférable. Nous ne vivons pas dans une "société de l'image", mais dans une "société de l'image altérée" (en témoigne aussi les affiches publicitaires,
les mannequins retouchés avant, pendant ou après la photo...). Cela étant, si nous voulions développer le débat, il semble que les anciens Égyptiens ont su bien avant nous montrer ce qu'ils
voulaient qu'on voit et non ce qui fut ;)

Richard LEJEUNE 18/12/2012 13:56



     Alors là, tu as entièrement raison, J.


Et chez les Égyptiens aussi d'ailleurs, dans maints cas, notamment au niveau de l'iconographie royale, c'était à finalité propagandiste !



montoumes 18/12/2012 11:06

Oui tous ces exemples sont inquiétants autant qu'intéressants. Heureusement le détourage ne sert pas qu'à ça :) Il met souvent bien l'accent sur l'objet (aussi bien culturel que commercial) en
retirant les "distractions" autour.

Richard LEJEUNE 18/12/2012 12:24



     Heureusement que le détourage n'est pas qu'utilisé pour tromper en permanence mais avoue que l'utilisation que l'on nous en montre depuis si
longtemps à de quoi, déontologiquement, si pas affoler, à tout le moins troubler ceux qui préfèrent que la Vérité sorte toute nue du puits !



montoumes 18/12/2012 09:58

Re-bonjour,

En fait le "détourage" consiste à tracer un "chemin" (ou "tracé") autour de l'objet, ceci afin de délimiter l'espace et de pouvoir retirer tout le reste. Ici par exemple j'ai, comme vous, pris la
photo au Louvre, en situation dans la vitrine, puis j'ai placé mon tracé autour de l'objet pour le sélectionner, et retirer tout le fond (vitrine, autres œuvres exposées, support...) que j'ai
remplacé par du noir (mais on le fait aussi souvent sur fond blanc, ce qu'on voit dans les catalogues d'expositions par exemple).

Les pions étaient déjà présent sur le jeu des 20 cases quand j'ai pris la photo :)

Richard LEJEUNE 18/12/2012 10:53



     Merci, J. : ton explication confirme ce que je pensais bien avoir compris.


 


     Il s'agit d'un principe, quasiment aussi vieux que la photographie dont ont beaucoup usé, au début du XXème siècle certains gouvernants,
notamment russes, aux fins de propagande : je pense à cette célèbre photo de Lénine que probablement tu connais.


 


     Au temps de mes études, l'on parlait alors de truquage, de manipulation, de falsification, de gommage, de détournement d'image historique ;
mais pas encore le verbe "détourer" ...


 


     Ici, l'exemple de Lénine que je citai ci-avant, et quelques autres exemples bien plus récents :


 


http://www.20minutes.fr/medias/diaporama-524-photo-378130-la-manipulation-par-limage


 



TIFET 18/12/2012 09:34

Merci surtout à vous cher Richard de nous avoir éclairer sur ce jeu de Senet, ce fut très instructif, le plus ancien retrouvé avec ces cônes d'argile m'a tout de suite fait penser à ces mêmes
petits cônes dont je me sers lorsque je commence une sculpture, pour marquer les points importants sur une masse d'argile compacte, comme quoi !!!.............

Richard LEJEUNE 18/12/2012 09:57



     La délimitation avec cônes des points importants dans la masse d'argile que vous allez travailler, Tifet, constitue-t-elle une démarche
commune à tous les sculpteurs ou vous est-elle personnelle ?


 


     Et - car j'ai une seconde question -, pour quelle(s) raison(s) cette forme conique plus particulièrement qu'une autre ?


 


 



Montoumes 18/12/2012 08:58

Bonjour Richard,
Si cela vous intéresse, une image que j'ai prise il y a 5-6 ans au Louvre, et que j'ai détouré : http://egyptopedia.fr/img-entrees/senet-jeu-du-senet.jpg

Amicalement,

Richard LEJEUNE 18/12/2012 09:49



     Bonjour Montoumès.



     Merci pour ton commentaire qui m'a invité à deux démarches : aller bien évidemment voir la photo que tu proposes sur ton excellent
dictionnaire égyptologique après, d'abord, avoir cherché ce que signifiait "détourer" une image, verbe que je ne connaissais absolument pas. Preuve que sont éminemment fructueux ces dialogues
virtuels qu'autorisent les blogs.


 


    Donc, si j'ai bien compris, tu as "trafiqué" un cliché original en y ajoutant trois pions. C'est bien cela ?


 


     Indépendamment de ce côté technique, il est intéressant que mes lecteurs se rendent chez toi et le voient dans la mesure où ce boîtier de
jeux - et le pluriel s'impose comme on va vite le comprendre - me permet d'ajouter ici ce que je n'avais pas jugé utile d'introduire dans mon intervention de ce matin : à savoir que cet objet
d'Imenmès était prévu pour jouer des deux côtés.


Le damier que j'ai montré étant évidemment celui du jeu de senet, comportant 30 cases et, si on le retourne - c'est la photo sur ton site -, l'on est en présence
d'un second jeu - appelé celui-là non plus senet par les égyptologues, mais simplement "jeu des 20 cases".


 


     Tu peux les compter, sur le damier que tu nous montres, il n'y en a que 20 ; le reste étant complété par deux colonnes déclinant l'identité
et la fonction de son propriétaire.


Ce n'est donc pas un jeu de senet ... Et il ne présentait donc pas la même symbolique !



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