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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 23:00

 

     Comment demander aux yeux du corps, ou à ceux de l'esprit, de voir plus qu'ils ne voient ? L'attention peut préciser, éclairer, intensifier : elle ne fait pas surgir, dans le champ de la perception, ce qui ne s'y trouvait pas d'abord. Voilà l'objection. – Elle est réfu­tée, croyons-nous, par l'expérience. Il y a, en effet, depuis des siècles, des hommes dont la fonction est justement de voir et de nous faire voir ce que nous n'apercevons pas naturellement.

Ce sont les artistes.

 

      À quoi vise l'art, sinon à nous montrer, dans la nature et dans l'esprit, hors de nous et en nous, des choses qui ne frappaient pas explicitement nos sens et notre conscience ?

 


 

 

Henri  BERGSON

La pensée et le mouvant

Essais et conférences


V. La perception du changement

Paris, P.U.F., 1969

p. 83

 

 

 

 

     Mardi dernier, dans le cadre d'une trilogie de rencontres que j'ai initiées pour évoquer avec vous, amis visiteurs, la manière dont l'artiste antique avait représenté Tepemânkh assis devant sa table d'offrandes sur le grand bloc de calcaire (E 25408) arrimé ici devant nous au beau milieu de la vitrine 5 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, j'avais attiré votre attention sur sa tenue vestimentaire ou, pour être plus précis, sur son pagne et sa perruque.

 

     Permettez-moi de rappeler au passage que cette scène revêtit, dès l'Ancien Empire et à toutes les époques de l'Histoire égyptienne, une importance rituelle cardinale, à un point tel, vous l'aurez très certainement remarqué si, d'aventure, vous avez déjà pénétré dans l'un quelconque mastaba du plateau de Guizeh ou, à défaut, à l'intérieur d'un musée, qu'elle est parfois reproduite à plusieurs endroits du tombeau, sur ses parois ou sur l'une ou l'autre stèle, dont celle que les égyptologues ont coutume d'appeler "fausse-porte", et toujours avec une quantité de détails si différents qu'il est complètement absurde de penser et d'affirmer que l'artiste égyptien jamais ne se renouvela quatre millénaires durant.  

 

     Il me siérait ce matin de poursuivre mes interventions en insistant plus spécifiquement sur les deux gestes posés ici par Tepemânkh.

    

     L'art égyptien, en ce compris un relief tel que celui-ci, constitue indiscutablement le produit d'une réflexion mentale : appréhender une pensée. 

 

     J'eus maintes fois déjà l'opportunité d'employer, notamment à propos de Metchetchi, le terme "aspectivité" qui le caractérise - vocable que nous devons à l'égyptologue allemande Emma Brunner-Traut (aspektive) - et qui nous ancre au coeur même de la philosophie des artistes des rives du Nil : ne pas simplement donner à voir ce qu'ils voient, ne pas simplement se contenter d'un seul point de vue mais, tout au contraire, représenter simultanément l'ensemble des aspects qui peuvent utilement informer, faire comprendre l'essence même du sujet proposé.

 

     C'est ce que d'autres savants, après elle, nommèrent à juste titre la "multiplicité des points de vue" : ceux que nous aurions si, l'oeuvre étant en ronde-bosse et, dès lors, s'inscrivant dans l'espace, nous avions toute aisance à en faire le tour ...


     Madame Geneviève Pierrat-Bonnefois, Conservateur en chef au présent Département des Antiquités égyptiennes, dans l'article Les principes du dessin égyptien qu'elle publie dans le catalogue de l'exposition L'Art du contour. Le dessin dans l'Égypte ancienne, proposée au Louvre ce printemps dernier, aux Musées royaux d'Art et d'Histoire (M.R.A.H.) de Bruxelles, cet automne, n'exprime rien d'autre quand elle écrit, p. 52 : 

 

     Les Égyptiens ne désirent aucunement donner à voir une scène telle que l'oeil la perçoit. Leur but est de ne pas cacher ce qui est essentiel à la scène telle que leur esprit la conçoit et veut la faire revivre.

 

     (Pour la "petite" histoire de l'Art, j'indiquerai simplement qu'à la Renaissance, les artistes envisagèrent un principe analogue quand ils esquissèrent, sur une même planche, un corps conçu à partir d'angles de vue distincts : souvenons-nous des études anatomiques d'un Léonard de Vinci, joyaux de la  Biblioteca Reale de Turin.)

 

     La figuration de Tepemânkh constituera évidemment l'exemple que j'avancerai pour corroborer mon propos.

 

     Qu'observez-vous réellement ?

 

     Sa stature tout d'abord comparativement à celle de ses fils lui apportant des offrandes : il s'agit là, je l'ai déjà indiqué, d'exprimer l'idée de puissance, de prévalence. Propriétaire du tombeau, il est le maître, il a autorité sur tous. Cela doit se voir, doit se savoir : il se fait donc représenter en taille dite "héroïque", ses fils en taille minuscule, selon le code appelé de "proportion morale" par les égyptologues, appelant la dimension des personnages à correspondre à leur position sociale, ou familiale.

 

     Me permettez-vous un détail, nullement anodin, aux fins d'entériner mon assertion ?

 

     Quand d'autres, comme Izi sur le linteau (E 14329) dont nous avions admiré la délicatesse salle16, au premier étage ci-dessus,


 

Linteau d'Izi, nomarque d'Edfou

 

 

hument en leur main gauche un petit balsamaire contenant une des huiles canoniques, Tepemânkh, - premier geste sur lequel il me plairait d'attirer votre attention -, tient en sa main gauche fermée contre sa poitrine un morceau d'étoffe plié que, par pure facilité, les égyptologues ont pris coutume d'appeler mouchoir.


 

Tepemânkh assis sur un siège (Détail de E 25408 - C. La

 

 

     En réalité, il vous faut concevoir cette pièce sous deux aspects distincts qui, en définitive, tendent vers le même but : laisser entendre que le défunt était un courtisan, au sens étymologique, comprenez un homme de cour, attaché au service d'un souverain.

 

     Le premier aspect ressortit au domaine de la langue : la forme donnée à ce morceau de tissu affecte celle du hiéroglyphe S 29 de la liste de Gardiner   S29 qui entame les termes égyptiens sr (magistrat) ou encore smr (fonctionnaire aulique). 


     Quant au second, il procède de l'idéologique : ce bout d'étoffe est en lin, matière qui symbolisait par excellence la puissance, partant, la richesse de celui qui s'en offrait pour la confection de ses vêtements.

 

      Pars pro toto, diront plus tard les Latins : la partie pour le tout.

Synecdoque, ou métonymie, noterez-vous en français : cet élément dans la main de Tepemânkh constitue une métaphore de la société dans laquelle ce fonctionnaire de cour évolua.

 

     En somme, un tissu de lin pour exprimer un tissu social.


     Ou l'image au service de ceux, - la majorité de la population -, qui n'étaient pas à même de lire ! 

 

 

     Délaissons ces considérations socio-linguistiques et revenons voulez-vous à notre bas-relief pour nous arrêter maintenant à la représentation du corps de son propriétaire :

 

 

Tepemankh---Dessin.jpg

 

 

un visage vu de droite, ce qui, en fonction de nos conceptions actuelles - celles de Pablo Picasso et de quelques-uns de ses épigones mises à part - eût dû entraîner la même vue de profil pour l'ensemble. Or vous aurez évidemment noté que son oeil droit, mais également ses épaules - à tout le moins la gauche, la seule qui nous soit apparente -, se présentent de face.

 

     Distorsions malheureuses ? Flagrante impéritie dans le chef de l'artiste qui conçut ce tableau ?

 

     Que nenni !

     Volonté délibérée de multiplier les points de vue pour faire comprendre l'essentiel : au-delà d'un réalisme corporel dont il ne se soucie pas vraiment, l'artiste égyptien s'ingénie à nous donner à voir l'oeil en entier, un seul d'ailleurs suffisant pour que nous comprenions que Tepemânkh regarde le guéridon ... ou, à tout le moins, ce qui se passe devant lui.

 

     Et le lapicide de procéder de même avec le bras et la main gauches qu'il nous présente également de face : la vue ainsi proposée du petit morceau de lin suffit à nous révéler l'importance qui était à l'époque celle du défunt. Nul besoin d'ajouter quelque mot que ce soit !

 

     Un autre détail doit aussi vous avoir interpellés : considérez sa main droite, celle qu'il tend, ouverte, vers la table d'offrandes. Regardez-la avec insistance ; voyez-la.

Puis, comparez avec la vôtre et, surtout, avec la position qu'y occupe votre pouce.

 

     Tepemânkh, le pauvre, aurait-il donc été affublé de deux mains gauches ?

     A moins que - pardonnez-moi le jeu de mots un peu facile ! - l'artiste eût lui aussi deux mains gauches ?

 

     Que nenni !

     A nouveau volonté délibérée de multiplier les points de vue pour faire comprendre l'essentiel : au-delà d'une réalité corporelle dont il ne se soucie pas plus que précédemment, l'artiste égyptien s'ingénie à montrer que Tepemânkh - second geste sur lequel je voulais aujourd'hui porter un éclairage particulier - s'apprête à prendre un morceau de pain disposé devant lui, et à indiquer que dans toute préhension, le pouce constitue un élément indispensable.

    De sorte que s'il avait ici gravé la "vraie" main droite de profil, nous n'aurions pas aperçu ce pouce. Donc, dans l'esprit de l'artiste, nous n'aurions pas saisi ce qu'il souhaitait nous faire comprendre.

Tout simplement.

 

     De la représentation corporelle en guise de support à la réflexion mentale ...

 

 

 

 

(Baud : 1978, passim ; Brunner-Traut : 1973, I, colonnes 474-488 ; Cherpion : 1989, 42-54 ; Farout : 2009, 3-22 ; Pierrat-Bonnefois : 2013, 52 ; Ziegler : 1990, 258-61)

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

Cendrine 18/10/2013 01:28

Rebonsoir Richard,
Je viens de lire ce que vous avez écrit au sujet du musée Picasso. J'attends également avec grande impatience d'y retourner en 2014!!! Il y aura des affamés lors de la réouverture...
Amitiés
Cendrine

Richard LEJEUNE 18/10/2013 10:19



     Certes que l'on se pressera devant le grillage de l'Hôtel Salé ... et heureusement pas que pour prendre le soleil sur l'herbe fraîchement tondue
de ses jardins.



Cendrine 18/10/2013 01:25

Bonsoir Richard,
Art du mouvement silencieux... je songe à ces moments de rêve éveillé le long des vitrines du Louvre où je me disais qu'un professeur conteur arpentait ces chemins, le regard à fleur de signes.
Nous vous avons trouvé (vous parmi les passionnés qui transmettez des connaissances au parfum d'alchimie).
Cette multiplicité des points de vue qu'offre l'image en son génie m'envoûte comme une danse. Fascinante gestuelle que reprennent certains chorégraphes et dont le rapprochement avec les oeuvres de
Picasso est d'une séduction intense. il y a quelque chose de l'enfance en cette manière de représenter, c'est l'approche de tous les possibles.
Merci cher professeur, c'est toujours un plaisir de vous retrouver au fil des mots et des images.
Bien amicalement
Cendrine

Richard LEJEUNE 18/10/2013 10:15



     Merci à vous Cendrine : c'est toujours pour moi un immense plaisir de "relire" mes interventions à travers le prisme de votre regard donnant
naissance à d'autres mots que les miens, empreints chez vous de tellement d'intelligence et de sensibilité féminines, de tellement de poésie que j'ai l'impression de découvrir de nouveaux
horizons égyptologiques.


    En atteste aujourd'hui cette notion de "multiplicité des points de vue" que vous traduisez harmonieusement en approche de tous les
possibles, s'offrant ainsi une nouvelle dimension.



Christiana 15/10/2013 09:38

Je n'ai pas (encore) vu la nouvelle exposition du cinquantenaire. J'ai habité Bruxelles fin des années 70 et j'allais visiter ce musée très souvent, j'adorais. Au début des années 80 ils ont
organisé une très belle expo temporaire sur l'art précolombien et suite à cette expo, ont complètement réorganisé les collections pour faire place aux arts non européens. Je n'ai bien sûr rien
contre les arts non européens, au contraire mais par manque de place , ils ont dû retirer beaucoup d'œuvres égyptiennes, grecques, romaines et étrusques et j'en ai été désolée. A force de vouloir
tout présenter, ils se sont dispersés et des œuvres qui ont disparu me manquaient...

Richard LEJEUNE 15/10/2013 10:11



     Que je vous comprends, Christiana !


 


     Le problème se pose également au Louvre - et, à mon avis, dans beaucoup de "grands" musées - qui expose seulement 10 % (environ 5500) des 55000
pièces de sa collection égyptienne, le reste étant entreposé dans les réserves sous le niveau de la Seine.


(J'ai eu la chance, un jour, d'y passer un trop petit quart d'heure : impressionnant !)





     J'avais cru que Lens pourrait permettre de découvrir un nombre certain d'entre elles, mais tel ne semble pas être le concept de ce nouveau musée,
à tout le moins par rapport à celles que j'ai vues dans le catalogue que je possède.


Mais peut-être cela va-t-il changer ...


 


     Quant au "Louvre Abou Dabi", je ne sais comment les collections vont s'y déployer ; mais de toute manière, ce n'est pas chaque année que l'on
pourra s'y rendre ...


 


Frustration. Frustration ... 



TIFET 14/10/2013 10:22

"Il y a, en effet, depuis des siècles, des hommes dont la fonction est justement de voir et de nous faire voir ce que nous n'apercevons pas naturellement.
Ce sont les artistes."
et je rajouterai qu'il est difficile ce travail pour un artiste et lorsque nous y parvenons, c'est une bien belle récompense !......mais le chemin est long et parfois mal compris.......

Richard LEJEUNE 14/10/2013 10:26



     Que le chemin soit long, l'Histoire de l'Art nous l'apprend à volonté, Tifet. Mais pourquoi " mal
compris" ??



Christiana 14/10/2013 10:00

Bien sûr, je patienterai...
Le musée Picasso, j'y ai couru dès son inauguration à Paris et j'y suis retournée depuis car il a encore été enrichi de nouvelles toiles, dessins et céramiques.

Richard LEJEUNE 14/10/2013 10:23



     Vous corroborez par vos propos, Christiana, ce dont j'avais bien l'impression.


     Impression et propos confirmés par ce que je viens de lire sur le site officiel du Musée qui m'apprend par ailleurs qu'il est inutile que je me
précipite pour y retourner - comme je l'écrivais à François - dans la mesure où il est pour l'instant fermé, apparemment jusqu'au printemps 2014.


 


     Pour revenir à l'égyptologie : êtes-vous déjà allée au Cinquantenaire y découvrir l'exposition présentée depuis la mi-septembre, en provenance du
Louvre et dédiée au dessin égyptien ? Exposition qui se tient jusqu'à la mi-janvier.


 


     A défaut, puis-je me permettre de vous conseiller de vous en procurer le catalogue : c'est un superbe "monument" tant par l'iconographie
présentée que par les études  proposées.


J'y fais d'ailleurs référence dans mon intervention de demain.


(L'Art du contour. Le dessin dans l'Égypte ancienne, Editions Somogy/Musée du Louvre) 



Christiana 12/10/2013 14:29

Comme dit François:une Dora Maar avec un nez au milieu de la joue, une bouche de profil et deux yeux au milieu du front restait bien identifiable avec une autre composée de façon tout à fait
différente et a priori ne ressemblant à rien de connu. Oui, rien de commun avec les portraits tout aussi "déformés" de Marie-Thérèse Walter mais tellement plus doux... ou ceux de Françoise Gillot
très volontaires...


Aujourd'hui comme dans l'Egypte de Tepemânkh, les publicitaires se servent souvent de la représentation du regard pour conduire celui du spectateur vers un sujet important de la mise en page et
l'empêcher de "sortir" de l'image avant d'en avoir tout vu.

Avec la "vraie" main droite, nous n'aurions pas aperçu le pouce, certes, mais -question idiote?- pourquoi ne pas avoir placé le mouchoir dans la main droite et fait le geste de préhension avec la
gauche?

Richard LEJEUNE 13/10/2013 22:26



     ... Ou de la très belle Nusch Éluard ...


 


     Et nous pourrions ainsi, Christiana, si le blog s'y prêtait vraiment, évoquer encore et encore bien des portraits, peu ou prou connus, des
égéries de Picasso.


J'espère vaiment que, lors de vos séjours à Paris, vous vous êtes déjà rendue dans ce superbe musée Picasso qu'est l'Hôtel Salé, dans le Marais ...


Si tel n'était pas le cas, prenez votre billet de Thalys et courez-y vite ...


 


     La question de votre dernier paragraphe n'est certes pas, idiote - il n'y a d'ailleurs aucune question idiote !!! - mais elle m'amènerait, si j'y
répondais avec la précision qu'elle mérite, à "déflorer" l'intervention que vous découvrirez ce tout prochain mardi.


Aussi, autorisez-moi à simplement vous demander de patienter quelques heures encore et, en principe, vous aurez la réponse que vous attendez.


Et si, d'aventure, elle ne correspondait pas pleinement à votre attente, n'hésitez pas à me questionner par la suite ... 



François 12/10/2013 09:15

Ahhh ! Les portraits de Dora Maar...
Lors d'une visite au musée Berggruen de Berlin qui présente un ensemble exceptionnel d'œuvres de Pablo Picasso, nous avons joué à l'entrée des salles et sans lire les cartels, à tenter de
reconnaitre qui avait été le modèle de ces multiples portraits qui sont présentés... Et étrangement - alors que ça ressemblerait à priori à "n'importe qui" - nous arrivions à retrouver qui était
qui presque sans faute... Et qu'une Dora Maar avec un nez au milieu de la joue, une bouche de profil et deux yeux au milieu du front restait bien identifiable avec une autre composée de façon tout
à fait différente et a priori ne ressemblant à rien de connu.

Étonnant...

Richard LEJEUNE 12/10/2013 10:43



     Je ne connais pas ce musée berlinois, mais ce que tu avances ici ne m'étonne nullement car c'est aussi l'impression que j'avais eue un jour au
Musée Picasso, à l'Hôtel Salé, dans le Marais, à Paris, devant les portraits de Dora Maar auxquels je faisais allusion ce matin, effectivement reconnaissables entre tous.


C'est d'ailleurs l'un d'eux (1937) qui figure en couverture du catalogue que je m'étais offert alors.


 


     Tu me donnes envie d'y retourner : peut-être d'autres oeuvres sont-elles, depuis ma visite le 6 avril 1990, venues accroître la première dation
... 



François 11/10/2013 16:07

Tu es donc un artiste, si l'on en croit ce bel exergue...
Et j'avoue n'avoir jamais eu l'idée de voir Picasso dans la représentation égyptienne...
D'ailleurs il est curieux de constater que cette représentation parait toujours très naturelle aux spectateurs qui ne perçoivent les "anomalies" que lorsqu'on leur met le nez dessus. Sans doute le
message destiné aux illettrés de l'époque convient-il toujours aussi bien actuellement !
Intéressant, tout ça !

Amicalement !
François

Richard LEJEUNE 12/10/2013 08:42



     Non, François, je ne suis pas un artiste mais un simple "Ouvreur de chemins".


Ce qui n'est déjà pas si mal ...


 


     Tu as tout à fait raison : il faut s'attarder à détailler un relief égyptien pour, en définitive, se rendre compte de ces "distorsions" car, de
prime abord, elles ne sont pas flagrantes et ne rendent absolument pas l'oeuvre illisible. 





     Et de revenir à cette notion qui traverse entièrement mon blog : Il ne suffit pas de regarder, il
faut apprendre à voir.


 


     L'art égyptien est un art conceptuel, je le rappelais dans mon intervention de ce mardi. 


    Champollion n'exprimait rien d'autre en 1824 quand, dans sa "Lettre au duc de Blacas" dont le 27 septembre 2008, en un article
intitulé Défense et illustration de l'art égyptien, j'avais proposé quelques
passages à mes lecteurs, il écrivait : 





     Cette singularité si frappante d'abord pour le curieux qui, pour la première fois, parcourt le musée de
Turin, ne me paraît qu'une conséquence naturelle du principe fondamental qui présidait à la marche de l'art égyptien. Cet art, comme je l'ai avancé ailleurs, semble ne s'être jamais donné pour but spécial la reproduction durable des belles formes de la nature;
il se consacra à la notation des idées plutôt qu'à la représentation des choses.


 


     (Je profite de la présence ici de la prose de Champollion pour conseiller à tous, si pas de lire l'intégralité du document dont j'avais fourni la
référence sur le Net en fin d'article, à tout le moins, de découvrir les extraits que j'avais alors choisis.)  



Alain 11/10/2013 13:56

Je n’avais pas remarqué que la représentation corporelle des peintures égyptiennes montrait une analogie avec celle de Picasso.
Effectivement, Picasso multiplie (Léonard de Vinci aussi parfois) les angles de vue concentrés dans une seule image. Cette déformation du réel renforce ce qu’il veut montrer. Par exemple, dans «
Guernica » les personnages ou un taureau, vus de profil, ont les yeux le plus souvent de face. L’expression est accrue : mère qui hurle, femme dans les flammes dont les yeux forment des larmes de
désespoir, souffrance du soldat agonisant.
Les artistes se rejoignent ainsi à travers les siècles.

Richard LEJEUNE 12/10/2013 07:52



     Eh oui Alain, cette "multiplication des points de vue" est flagrante chez Picasso, notamment dans ses portraits de femmes.


 


Ceux de Dora Maar, par exemple, en sont un des plus évidents exemples ... 



Carole 10/10/2013 23:47

Très intéressante réflexion. Merci aussi pour la merveilleuse citation de Bergson.

Richard LEJEUNE 11/10/2013 10:35



     Ah, Bergson ...


 


     Il me paraît beaucoup oublié à notre époque. Et si peu lu !



FAN 09/10/2013 09:57

Certes Richard, je devrais aller plus souvent visiter le site Osiris.net qui se trouve dans mes liens sur mon blog : LE BLOG D'ISIS!! Mais c'est une question de manipulation et paresse,et je vais
plus vite sur Wikipédia qui n'est pas fiable à 100%, je le sais, mais, croyez cher Richard que je vais m'y employer désormais lorsque je lirai votre nouveau post, sans vous fait tort bien entendu!!
Amicalement BISOUS FAN

Richard LEJEUNE 09/10/2013 10:28



      En quoi donc me feriez-vous tort, chère Fan ?


OsirisNet est un incontournable ! Il faut absolument s'y abonner et visiter ce site si l'on s'intéresse à l'égyptologie. Je le proclame haut et fort.





     Et même si, sur une des pages de son site, Thierry Benderitter me fait l'honneur de référencer mon blog parmi d'autres - de bien plus haut
niveau, d'ailleurs -, même s'il m'a "offert" un bel article dans une revue d'égyptologie française, je reste un amateur - et j'en revendique le statut ! -, notamment parce que je n'ai pas comme
lui l'opportunité de bénéficier d'un splendide corpus photographique qui, à mes lecteurs, apporterait un incontestable "plus" ... 


 


     Ceci posé, si parfois je recommande OsirisNet dans mes interventions, je n'en copie nullement le parcours, préférant poursuivre le créneau que je
me suis choisi : le Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, même si, de temps en temps, je lui fais quelques "infédilités".   



FAN 08/10/2013 17:07

Très intéressant post cher Richard et je suis allée faire un tout sur Wikipédia et ai retenu ceci :
La symbolique des sculptures était très forte : elle servait à guider les morts dans l'au-delà ou leur permettait de revivre des moments de leur existence passée. La statuaire égyptienne ne devait
en aucun cas évoquer l'immobilité, c'est pourquoi on ne trouve pas de caryatides en Égypte avant la IIIe dynastie. Effectivement, se servir de la sculpture d'une personne en tant que colonne serait
la condamner à l'immobilité éternelle!! Merci Richard!!BISOUS FAN

Richard LEJEUNE 09/10/2013 09:38



     Il n'est pas plus belle récompense pour un Enseignant, chère Fan, que de constater que ses Étudiants ne se contentent pas de ce qu'il a pu leur
expliquer et s'adonnent de leur côté à des recherches pour parfaire leurs connaissances sur un sujet.


 


     Mutatis mutandis, merci du cadeau que vous venez de me faire : il me conforte dans l'idée que, même retraité, je me dois de poursuivre
mes déambulations muséales puisqu'il semblerait qu'elles puissent encore intéresser mes lecteurs.


 


     Permettez-moi de suggérer à tous, et à vous qui faites partie de ces fidèles-là, une autre piste de recherches : après Wikipedia - auquel il ne
faut malheureusement pas toujours accorder plein crédit, à tout le moins en matière d'égyptologie -, consultez OsirisNet, vous y trouverez plus que du bonheur d'apprendre.



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  • EgyptoMusée  -  Le blog de Richard  LEJEUNE
  • : Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
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