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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 23:00

 

      L'unité de l'écriture et de l'art égyptiens est primordiale ; tous les deux sortent de la même genèse, au même moment, qui est le commencement de la première dynastie ; tous les deux étaient complémentaires, dès ce moment, ou se relayaient.

C'est pourquoi on peut affirmer que l'art égyptien est tout entier "hiéroglyphique".

 

 

 

Henry George FISCHER

L'écriture et l'art de l'Égypte ancienne


Paris, P.U.F., 1986

p. 25

 

 

 

 

     Les 9, 16, 23 et 30 octobre 1981, Henry George Fischer (1923-2006) qui fut notamment Conservateur en chef des Antiquités égyptiennes du Metropolitan Museum de New York et Professeur à Yale et à l'Université américaine de Beyrouth prononça sur invitation du Professeur Jean Leclant, quatre leçons au Collège de France, à Paris, intitulées Considérations sur la paléographie et l'épigraphie de l'Égypte ancienne

  

     Cinq années plus tard, ces interventions traversées par le thème de recherche privilégié de l'orateur, à savoir : l'étroite union existant entre écriture et art, les célèbres P.U.F. - Presses Universitaires de France - les consignèrent en un volume, précisément sous le titre L'écriture et l'art dans l'Égypte ancienne, ouvrage fondamental en la matière que je ne puis que vous conseiller, amis visiteurs, d'essayer de vous procurer chez l'un quelconque bouquiniste ou d'emprunter dans une bibliothèque spécialisée, car, acquis à l'époque pour 150 francs français - un peu moins de 1000 francs belges d'alors ou de 25 € actuels -, il est à présent  proposé à 90 € sur Internet. Quasiment le quadruple de son prix originel !!!

 

     Si j'ai toutefois aujourd'hui jugé utile de le citer, c'est non seulement parce que sa lecture, conseillée par le Professeur Michel Malaise lors de mes études d'égyptologie à l'Université de Liège, me permit d'appréhender la civilisation des rives du Nil par les biais conjoints de la langue et de l'art égyptiens mais aussi parce que dans le deuxième chapitre, L'inversion de l'écriture égyptienne, l'auteur développe une théorie sur laquelle j'aimerais m'appuyer pour évoquer avec vous la position de Tepemânkh dans la scène rituellement importante, donc récurrente, du propriétaire d'un mastaba ou d'un hypogée assis devant sa table d'offrandes alimentaires, gravée ici sur le relief E 25408 exposé dans le haut mur-vitrine au centre de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.  

 

 

      E 25408 - C. Larrieu

 

 

           Comme engoncé dans les cases de son "menu" d'éternité, privé de mouvement par la présence du guéridon supportant deux séries de tranches de pains, de ses quatre fils agenouillés et de diverses inscriptions hiéroglyphiques, les unes proposant une très courte formule d'offrandes, les autres l'identifiant nommément, Tepemânkh est assis à l'extrême gauche du grand bloc calcaire, tourné vers la droite et, selon une belle image de Madame Geneviève Pierrat-Bonnefois que je citai la semaine dernière, règne comme une accolade sur le reste de la composition à plus petite échelle.

 

     Cette position, cette place qui est sienne, je l'avance tout de go, ne relève nullement du hasard ou de la fantaisie créatrice de l'artiste qui a réalisé l'oeuvre mais, plus spécifiquement, ressortit au domaine de l'orientation première des hiéroglyphes.

 

    Il appert en effet que les scribes égyptiens étaient droitiers : à tout le moins, dans leur immense majorité, les représentations que nous en avons nous les montrent-elles avec le calame dans la main droite prêts à écrire sur le papyrus qu'ils maintiennent et déroulent devant eux de la main gauche. Arguant de cette simple constatation, j'avance qu'ils ne purent écrire qu'en commençant au bord supérieur droit d'un feuillet et en se dirigeant évidemment vers la gauche.

 

     Leurs textes se lisent donc de droite à gauche et de haut en bas puisque les signes hiéroglyphiques sont tournés vers la droite (= orientation dextrogyre). Les têtes animales, par exemple, qui constituent nombre d'entre eux, regardent dans cette direction : c'est ce que vous constaterez aisément si vous observez celles gravées dans les cases du "menu" de Tepemânkh ci-dessus. Cela relève du simple fait que l'écriture hiéroglyphique, à deux exceptions près si j'en crois Youri Volokhine, Professeur à l'Université de Genève,  privilégie l'orientation latérale.

 

     Cette disposition verticale de droite à gauche constitue le sens d'écriture le plus ancien, - c'est par exemple celui des textes religieux consignés dans les pyramides royales, à partir d'Ounas, dernier souverain de la Vème dynastie et chez ses successeurs à la VIème -, le sens d'écriture le plus fréquemment rencontré : raison pour laquelle les égyptologues le qualifient d'orientation dominante


     Bien évidemment, il souffrit quelques exceptions en fonction du support choisi ou de la place dont le scribe disposait ; en fonction aussi parfois de l'esthétique recherchée pour, par exemple, respecter une symétrie, les dimensions d'un quadrat, etc. Un sens d'écriture lévogyre pouvait donc parfois être adopté. Il serait toutefois hors propos ici de développer ce sujet plus avant. 


     Ceci posé, et pour progresser dans ma démonstration, je me dois maintenant de rappeler que, tout comme pour l'hébraïque ou l'arabe (entre autres), l'écriture égyptienne était dépourvue de voyelles : les mots étaient donc constitués de consonnes qui se suivaient - souvent trois - et qui, inévitablement, présentaient une ressemblance les uns avec les autres.

 

     Parce que confusion il eût pu y avoir, les Égyptiens ajoutèrent un idéogramme supplémentaire pour terminer un mot de manière à le distinguer d'éventuels homophones et d'ainsi indiquer plus précisément la classe sémantique à laquelle il appartenait : les "déterminatifs" comme les nomment les égyptologues, si nécessaires à notre compréhension d'une phrase, étaient nés !

 

     Parmi ces signes complémentaires muets affectés à préciser la signification des mots, il en est un sur lequel je voudrais aujourd'hui attirer votre attention : il s'agit de l'homme assis A1 , le tout premier de la liste de Gardiner (A 1).

 

     Outre le fait qu'il ait au départ le sens de "homme", il servit aussi pour désigner des termes de parenté (frère, fils ...), des fonctions (vizir, prêtres ...), des habitants de pays étrangers (Asiatiques ...) et, surtout, des noms propres masculins (sachant que suivant le même principe, les noms propres féminins étaient déterminés quant  à eux par le hiéroglyphe d'une femme assise).  

 

     Eu égard à certains des principes que j'ai ce matin énoncés, ce déterminatif idéographique terminant un anthroponyme se trouvait donc obligatoirement à gauche de celui-ci et, immanquablement, dirigé vers la droite.

 

     Vous me suivez, jusque là ? Bien ! Alors, je poursuis et termine mon développement. 


     Il faut savoir qu'à très peu d'exceptions près, ce principe d'écriture hiéroglyphique fut tout logiquement d'application sur les monuments lithiques.

 

    Ce qui est précisément ici le cas avec le bloc calcaire que nous examinons en détail.

 

 

E 25408 - C. Larrieu

 

 

     En effet, représenté à l'extrême gauche de la scène, le propriétaire du mastaba peut, sans difficulté aucune, être considéré comme un déterminatif géant aux petits hiéroglyphes gravés devant lui

 

Tepemânkh - Fonction et nom (C. Larrieu)

 

qui, de haut en bas, (colonne de gauche ci-dessus), le nomment à l'aide de trois signes : la tête, Tep, le hibou, em et le signe de vie, ankh.

Tepemânkh.

 

     Nul besoin que le lapicide cherche à y adjoindre le déterminatif attendu de l'homme assis, puisque le défunt en grande taille remplit on ne peut mieux ce rôle.

 

     De sorte que, dans un premier temps, il vous faut comprendre la figuration de Tepemânkh comme une image qui le représente et, dans un second, au sein même des jeux scripturaux dont furent friands les scribes antiques, comme un signe d'écriture  - que nous voyons tourné vers la droite - visant à compléter l'énoncé de son nom pour attester de son genre masculin.

 

     Toujours et à nouveau l'intime relation entre l'écriture et l'art, entre l'épigraphie et l'iconographie, entre le verbe et l'image ...

 

     Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si, comme je vous l'ai souvent indiqué, et comme judicieusement le rappelle à l'envi le catalogue de l'exposition parisienne maintenant à Bruxelles jusqu'en janvier 2014, L'Art du contour. Le dessin dans l'Égypte ancienne, l'artiste peintre égyptien - Sesh kedout - est gratifié du titre de Scribe des contours par la plupart des égyptologues ; - Scribe des formes, traduction plus proche encore des termes anciens, préfère à juste titre employer Dimitri Laboury dans les deux remarquables articles qui, dans la première partie de l'ouvrage, sont précisément dédiés à ces dessinateurs. 


 

     Vous aurez compris, amis visiteurs, qu'il m'agréa ce matin, arrivés quasiment au terme de notre longue étude accordée à ce dignitaire palatin d'Ancien Empire, d'attirer votre attention sur le fait que l'iconographie égyptienne eut indiscutablement valeur de syntaxe, l'image signifiant bien plus qu'elle ne décrivait.

 

     En d'autres mots, que dans cette civilisation où une infime minorité seulement accéda au savoir, dessin et écriture furent parfaitement complémentaires et, in fine, indissociablement unis.

 

     L'essentiel, pour l'ensemble de la population de l'antique Kemet, n'était-il pas que l'image rencontrée au détour d'un monument leur parlât, fonctionnât tel un langage, tel un texte que les hommes n'avaient pas tous eu l'heur d'apprendre à lire ? 

 

               

 

 

(Cherpion : 1989, 42-54 ; Farout : 2009, 3-22 ; Fischer : 1986, 25-55 ; Laboury : 2013 1, 28-35 ; ID. 2013 ², 36-41 ; Lefebvre : 1955, 17-9Pierrat-Bonnefois : 2013, 56Volokhine : 2013, 60 ; Ziegler : 1990, 258-61)

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

Cendrine 30/10/2013 01:43

Bonsoir Richard,

Une question peut-être idiote me taraude? Que pouvaient penser les égyptiens de l'utilisation de la main gauche? Y avait-il quelque chose de tabou associé à la main gauche comme ce fut le cas dans
d'autres civilisations ou bien est-ce le seul côté "pratique" pour exercer l'écriture qui était mis en avant?
Je suis peut-être passée à côté de quelque chose.
Bien amicalement
Cendrine

Richard LEJEUNE 04/11/2013 10:58



     Question idiote, sûrement pas, Cendrine. !!


Non, la gauche, - senestre ,disait-on en vieux français (sinister en latin, souvenez-vous, qui a donné naissance au terme "sinistre", c'est tout dire d'un
point de vue conceptuel !) ne constitua aucun tabou chez les Égyptiens.


 


     C'est effectivement, au départ, suivant la position du rouleau de papyrus à dérouler de la main gauche, le côté pratique qui est ici pris en
considération par les scribes.


 


     Pour le reste, tout dépend en fait de l'orientation donnée aux personnages figurés : dans la ronde-bosse par exemple (représentation en trois
dimensions), c'est la jambe gauche qui est placée en avant parce que tout simplement cet art constitue une transposition par l'artiste d'une iconographie initialement de deux dimensions (les
hiéroglyphes) en trois (la statuaire).


 


     La statue est en réalité faite pour être vue à partir de son profil droit, donc la tête tournée vers la droite. Ainsi, quand des hiéroglyphes
sont gravés sur un socle, les indications nommant son propriétaire se lisent de droite vers la gauche, sens traditionnel de l'écriture.


 



jamot 26/10/2013 08:59

Cher Monsieur , j'ai découvert votre blog il y a environ un an et c'est avec beaucoup de plaisir que je le dévore. Ce terme métaphorique pour montrer l'appropriation que l'on peut faire du travail
de l'autre!.
Votre remarque sur le coté droitier est fort pertinente mais il faut rajouter droitier au niveau main dominante ce qui ne suffit pas car il faut penser à l’œil directeur( en règle le gauche) ce qui
conforte votre argumentation.
Mais ceci nous entraîne alors vers la neuro avec les zones préfrontales et corticales mises en jeu dans le contrôle et la réalisation du graphe ainsi que l'aire motrice accessoire ( qui ne l'est
pas tellement!).
Oui mais avant la réalisation , il y a la conceptualisation et là le cortex préfrontal joue à plein.
Il est passionnant de penser que les processus ideatoires d'il y a cinq millénaires sont tres semblables aux nôtres. La seule chose, lorsqu'on est etudiant en egypto ,c'est de savoir éliminer ce
que nous nommons copie d'efference c'est à dire la tendance à modifier et corriger" un texte en fonction de nos habitudes syntaxiques.
Le temps me manque , helas pour ecrire un article sur l'apport de la neuro dans la compréhension des processus ideatoirs ayant permis le passage des scènes pariétales à la structuration de
l’écriture ( au sens de Malaise et Winand dans les principes généraux développés dans leur ouvrage)

Richard LEJEUNE 04/11/2013 09:59



     Bonjour Monsieur Jamot.


 


     Tout d'abord, merci pour le regard bienveillant que vous portez sur mon blog.


Dans la droite ligne de votre métaphore que vous me permettrez de continuer à filer, je dirai que vous fûtes donc depuis un an un de ces Tepemânkh heureux du "menu"
qui lui était proposé ...


 


     J'ai apprécié ce matin, au retour du petit congé que je me suis offert, partant, que j'ai offert aux lecteurs d'ÉgyptoMusée dont vous faites
partie, que vous sortiez de ce bois dans lequel beaucoup d'entre eux continuent à se cantonner, mais aussi - et surtout ? - que vous m'adressiez des remarques d'une teneur scientifique telle
qu'elles me donnent à penser que vous devez être membre du corps médical.


 


     Et là, tout de go, il me faut vous confesser que, malheureusement, je ne serai pas pour vous l'interlocuteur idéal.


Car, même si j'en apprécie la haute teneur, ainsi que l'intérêt qu'ils peuvent apporter en guise de compléments à mes modestes articles, je ne suis nullement apte à
une discussion de terrain en la matière. Il en est d'ailleurs souvent de même quand je lis les articles d'un autre de mes lecteurs scientifiques, le Professeur Richard-Alain Jean : hormis ses
références égyptologiques, celles ressortissant au domaine purement médical me sont dans l'ensemble totalement étrangères.


     En règle générale, les notions d'éthologie, de neurosciences me sont insuffisantes pour avoir avec vous un dialogue productif, même si, plus
jeune, je fus grand lecteur de Freud ...


 


     Nonobstant, c'est avec grand profit que je me contenterai de vous lire aux fins d'accroître mes connaissances car, j'espère, - parce que j'estime
que l'on apprend toujours des rapports avec autrui - que vous continuerez à m'éclairer de la pertinence de vos propos.


 


Respectueusement,


 


Richard LEJEUNE



FAN 21/10/2013 11:11

Je ne me souviens plus cher Richard si vous nous aviez éclairé sur la langue orale de cette civilisation ancienne égyptienne!! Intéressant d'apprendre que nous ayons repris, dans notre civilisation
le sens de l'écriture/lecture (gauche/droite et haut et bas)!! BISOUS FAN

Richard LEJEUNE 21/10/2013 14:39



     A vous lire, chère Fan, je constate que je n'ai pas été suffisamment clair dans mon exposé de ce mardi : notre civilisation qui écrit et lit
effectivement de gauche vers la droite n'a absolument pas repris les pratiques premières d'écriture et de lecture des Égyptiens de l'Antiquité dans la mesure où ceux-ci écrivaient et lisaient
essentiellement de droite vers la gauche.


 


     En revanche, les Arabes, oui, ont eux adopté ce principe d'écriture égyptienne de droite à gauche ...



Louvre-passion 19/10/2013 16:48

Toujours aussi intéressants ces articles. A propos du sens de l'écriture égyptienne - de droite à gauche - lors d'un cours d'histoire de l'art, le professeur avait expliqué que ce sens était celui
de "l'appropriation". Les premières écritures seraient donc parties de d'un mouvement naturel.

Richard LEJEUNE 19/10/2013 17:56



     Les historiens expliquent évidemment la ou les raisons de l'apparition de l'écriture dans telle ou telle civilisation donnée. Elles sont par
exemple différentes si je me place du côté mésopotamien ou du côté égyptien. Je puis y revenir au besoin.


L'on peut également expliquer, - je l'ai fait -, pourquoi les scribes égyptiens favorisèrent le sens droite gauche.


 


    Mais je ne comprends pas très bien ce que ton professeur entendait ici par "appropriation".


Pourrais-tu le préciser ?



Christiana 18/10/2013 23:51

J'avais complètement perdu de vue que le papyrus était un rouleau que le scribe déroulait de la main gauche. J'imaginais un papyrus comme une feuille plate...

Mais pour les pâtés, il me semble qu'en écrivant de droite à gauche, la main passe obligatoirement sur les dessins qu'il vient de tracer... A moins que de "tordre" sa main comme le font chez nous
les gauchers pour justement éviter de la frotter sur l'encre, rendant leur façon d'écrire si bizarre...

Richard LEJEUNE 19/10/2013 10:09



     La question des pâtés.


Manifestement, quand on observe un papyrus, l'on n'en remarque aucun. Ce qui me donne à penser que le scribe tenait son calame de manière telle que sa main ne soit
pas trop basse et donc ne vienne nulle part toucher le "feuillet". 



Christiana 18/10/2013 15:15

Si vos étudiants osaient bien plus vous interroger que vos lecteurs actuels c'est qu'ils étaient devant vous "en vrai". Il est bien plus facile communiquer dans la vie que au travers d'un écran
impersonnel et froid. Moi, tant pis, j'ose poser des questions et faire des remarques idiotes... par exemple: vous dites que les scribes égyptiens étaient droitiers, je veux bien vous croire mais
dire que vous avancez cet argument parce qu'ils ne purent écrire qu'en commençant au bord supérieur droit d'un feuillet et en se dirigeant "évidemment" vers la gauche; ce n'est pas si évident pour
moi car nous même sommes -en principe- droitiers et nous commençons à écrire sur le bord supérieur gauche en avançant vers la droite... Alors? En quoi Est-ce si évident? Et ne faisaient-ils pas de
pâtés sur les papyrus en glissant leur main sur ce qu'ils venaient d'écrire?
Tout cela est bien idiot de ma part non?

Richard LEJEUNE 18/10/2013 17:10



     Peut-être avez-vous raison, Christiana, mais pour ma part, j'ai plutôt l'impression - à tort ou à raison - qu'en se retranchant derrière
l'anonymat que permet l'écran, l'on ose plus aisément s'exprimer qu'en face de la personne en chair et en os.


 


     Ceci posé, l'on pourrait croire que parce que nous nous sommes déjà rencontrés, vous et moi, - aucun anonymat donc dans nos relations -, vous
vous freineriez. Fort heureusement, il n'en est rien ; fort heureusement, vous osez m'interroger ; et cela me convient parfaitement !


A ce blog, je souhaite à l'avenir beaucoup plus de "Christiana" qu'il n'en connaît ...


 


     Revenons à présent à vos interrogations d'aujourd'hui qui n'ont certainement rien d'idiot.


 


     Vous placez mon évidemment entre guillemets parce que, je présume, mon propos vous paraît discutable. Personnellement, il me semble
tout à fait normal qu'en tant que droitiers, les scribes égyptiens ne pouvaient écrire qu'en allant vers la gauche puisqu'ils déroulaient leur papyrus avec la main gauche : au fur et à mesure de
l'avancée du texte à rédiger, ils libéraient, ils "offraient" de la place à la gauche de leur calame.


 


     Pour ce qui nous concerne, et partant du principe que notre écriture se lit de gauche à droite, je trouve tout aussi normal que nous commencions
à écrire au-dessus à gauche d'une feuille puisque c'est à droite de notre pointe bic que se trouve tout l'espace à combler avec le texte que nous avons à rédiger.


     De sorte que je ne comprends pas bien la raison de vos réticences à suivre mon raisonnement. 


 


     Quant aux "pâtés" - pas du tout idiote cette question même si je n'y avais jamais songé ! -, il me parait logique qu'il n'y en ait pas dans la
mesure où, quand ils avaient terminé une ligne, tout à la gauche de leur "feuillet", ils revenaient sous le premier signe tracé à l'extrême droite et repartaient alors vers la gauche pour écrire
leur deuxième ligne. De sorte que jamais la main ne risquait de frotter sur l'encre encore peut-être fraîche des dessins précédents.


 


     Je pense que si vous retournez voir les clichés que j'ai montrés du Papyrus Prisse, par exemple, vous comprendrez comment s'opérait la division par "feuillets". Mes propos devraient alors vous sembler plus clairs.


 


     Si ce n'était pas le cas, je sais qu'avec vous, j'aurai à m'exprimer d'une autre manière pour essayer de vous convaincre.


 


     J'attends donc votre "verdict" ...



Cendrine 18/10/2013 01:37

Bonsoir Richard,
Votre article m'a littéralement happée, tant par sa flamboyance que par sa profonde humanité. Quand érudition et passion se mettent à la portée du lecteur (c'est ainsi que je le ressens) les mots
sont un voyage vers des sources toujours renouvelées d'art et de connaissance. En contemplant l'écriture hiéroglyphique, j'ai l'impression qu'elle nous contemple aussi, tout en invitant nos esprits
à retrouver des chemins d'éternité. Votre remarquable présentation rend également hommage à ces travaux universitaires qui ont permis de comprendre et d'apprécier de nombreux aspects de cette
sublime écriture.
J'aime beaucoup la représentation de cet homme assis dont la force évocatrice, à travers sa vigoureuse simplicité, semble nous dire qu'il est déjà en mouvement.
Je ne peux que vous redire « merci » et c'est bien peu de choses au regard de ce que vous nous offrez.
Il y a toujours dans vos articles cette lumière d'érudition qui enveloppe le lecteur.
Bien amicalement
Cendrine

PS: J'ai constaté au fil du temps que certains lecteurs n'osent plus déposer de commentaires car ils ont peur d'être jugés ou catalogués comme "pas assez intelligents". Certains ne se sentent pas à
la hauteur or un professeur, un passionné, un amateur éclairé, etc, l'ensemble des trois... ne sont pas là pour juger, se moquer, réprimander. J'ai beaucoup aimé votre article, je l'ai trouvé très
clair et je pense qu'il ne faut surtout pas avoir peur de communiquer, de se poser des questions, de partager des points de vue. Ce n'est que mon humble avis.

Richard LEJEUNE 18/10/2013 10:29



     Merci Cendrine : je ne puis évidemment qu'être sensible à vos propos laudatifs et au post-scriptum qui les conclut ; avis que, vous vous
en doutez, je partage entièrement.


      Avec un immense clin d'oeil - mais aussi une pointe de regret - j'ajouterai que mes Étudiants osaient bien plus m'interroger jadis que mes
lecteurs actuels ... 



François 17/10/2013 18:31

Plusieurs choses à dire, à la suite de cet article, et des commentaires/réponses apportés...

Concernant l'article, je venais d'achever la lecture du dernier « Que sais-je » de Jean Winand, intitulé « Les hiéroglyphes égyptiens » dans lequel il définit plusieurs sortes
de déterminatifs, qu'il appelle classificateurs (répéteur, spécifique et générique) et explique qu'il n'y a pas de rupture du lien sémantique entre image et texte, disant :  « …/...
on ne sait plus trop si les hiéroglyphes sont des dessins miniatures ou si ce ne sont pas plutôt les représentations figurées qui sont des hiéroglyphes géants »
Et grâce à toi et Tepemânkh, en voilà la parfaite illustration ! Voilà qui tombait à pic ! Merci !

Concernant ton désir de participation, tu sais combien depuis plus de dix ans je me bats pour tenter de faire comprendre aus lecteurs du forum que le dialogue et la participation sont essentiels...
La réponse invariable à travers le temps est toujours l'invocation d'un manque de connaissance pour apporter des commentaires, ce à quoi je m'évertue à répliquer que pour dire merci il n'est pas
besoin d'avoir de connaissances, simplement d'un peu de courtoisie... Mais nous vivons une époque, semble-t-il où c'est une vertu qui se perd... et où cliquer "j'aime" doit tenir lieu de
commentaire.

Bon ! J'ai été un peu long, sans doute, mais voir s'éloigner Tepemânkh m'a poussé à être disert cette semaine !

Amicalement !
François

Richard LEJEUNE 18/10/2013 10:04



     Heureux, François, de lire ton présent commentaire, - pas long du tout, au demeurant -, dont la dernière phrase me donne à penser que Tepemânkh,
en définitive, a réussi à attirer une attention qu'à la mi-février, tu ne semblais pas trop vouloir lui accorder, "marqué" que tu étais encore par Metchetchi, et une iconographie assez restreinte
et techniquement peu attirante.


 


     Si je connais Jean Winand - j'ai suivi certains de ses cours de philologie en parallèle avec ceux du Professeur Malaise à l'ULg. à la fin des
années '80 - ; si je continue à le lire dans les revues d'égyptologie auxquelles je suis resté abonné ; si j'ai pris connaissance dans le mensuel de l'Alma Mater de la parution récente de son "Que sais-je ?", je n'ai pas encore
acheté l'ouvrage.


     Un bon point pour toi qui, déjà, l'as lu, pouvant ainsi attester du bien-fondé de certains de mes propos.


 


     Merci aussi pour ton avis sur le débat du moment : tu as certes raison, un remerciement fait toujours plaisir. Nonobstant, je rêvais, à la
création de mon blog en mars 2008, d'échanges bien plus nombreux entre tous mes lecteurs et moi, dont des questionnements bien plus prolixes, bien plus pressants.


 


     Mais voilà, c'est probablement la loi du genre et il me faut bien m'en accommoder, content déjà que je suis d'avoir pu rassembler un petit
lectorat autour de thématiques parfois ardues, même si je tente de les présenter avec le plus de clarté possible ... 



Carole 16/10/2013 19:05

L'article était compliqué. Mais l'effort en valait la peine : je reste songeuse en songeant à cette "grammaire des images", qui est peut-être aussi une "image des grammaires", après tout.
En ce qui concerne les commentateurs, je pense que beaucoup de lecteurs ne s'expriment pas, parce que tout simplement ils "n'osent pas".

Richard LEJEUNE 17/10/2013 08:32



     Merci à vous, Carole, pour cet avis personnel qui, dans mon chef, initie bien des questions.


 


* En quoi l'article était-il compliqué ? Son sujet ou ma façon de le formuler ?


Votre propos confirme-t-il celui de SiM (le premier commentaire reçu) ou l'infirme-t-il ?


 


* Que voulez-vous dire en notant que vous restez songeuse à propos de la "grammaire des images" ? Ce songeuse signifie-t-il que vous êtes
dubitative et qu'en définitive vous n'y croyez pas trop ? Ou que vous êtes admirative ?


 


* Pour quelle(s) raison(s) à vos yeux mes lecteurs n'osent-il pas se prononcer ?


(Un commentaire peut aussi être une question car, comme je l'écrivais récemment encore à Christiana, il n'existe à mon sens aucune question idiote quand on souhaite
se documenter, accroître ses connaissances.


En outre, une sorte d'anonymat règne au niveau des abonnés à un blog, non ? Et dès lors, sous ce couvert, personne ne devrait craindre de s'exprimer, même - et
surtout ? - pour noter que l'on n'apprécie pas ma façon de présenter les choses, ou de rédiger ...)





     Il m'agréerait vraiment, Carole, que vous me consacriez encore un peu de votre temps pour rencontrer ces miennes interrogations.


 


Merci d'avance.


 


Richard 



Etienne Remy 15/10/2013 22:02

Richard,
192 abonnés c'est déjà pas mal,
mais je te comprends on voudrait bien plus...
À notre association égyptologique le public baisse aussi.
La multiplication exponentielle des sites Web et blogs de toutes niveaux de sérieux rend ton souhait ardu.
Personnellement je suis sur Google+ et je te mets des +1.
J'essaye de créer un groupe pour diffuser des infos sur les actualités égyptologiques

Mais ca existe déjà bien sur.
Le Web 2.0 est si vaste et maintenant avec les réseaux sociaux c'est le délire.

Bien à toi.

Richard LEJEUNE 16/10/2013 10:34



    Merci pour ta gentillesse, Etienne.


 


     Ce n'est pas nécessairement que je veuille plus d'abonnés : ce que j'aimerais, c'est que plus de dialogues s'initient entre eux et moi.



J-P.Silvestre 15/10/2013 18:58

Les artistes de l'Egypte antique pratiquaient un art nécessitant de solides capacités d'exégèse pour être compris dans son sens profond.
Nos lointains descendants auront-ils le don de comprendre ceux qui, aujourd'hui, s'enferment dans un hermétisme ressemblant beaucoup à l'incapacité de communiquer, à de la provocation ou à de la
mystification, en résumé, à l'absence de talent ?

Richard LEJEUNE 16/10/2013 10:05



     A propos de la question clôturant votre commentaire, Jean-Pierre, vous conviendrez aisément que je suis bien incapable, que nous sommes tous bien
incapables, d'y répondre.


Qui pourrait aujourd'hui affirmer que cet hermétisme, cette provocation, cette mystification que vous stigmatisez sont synonymes d'absence de talent ?


D'ailleurs, - et eu égard au passé -, vous me permettrez d'être à ce sujet moins catégorique que vous. Il suffira, pour vous en convaincre et me comprendre, de vous
rappeler les invectives vilipendant dans un premier temps les oeuvres cubistes ou, avant elles, dans le domaine musical, le Concerto n° 1 pour piano de Tchaikovsky ou le Sacre du
Printemps de Stravinsky ! Alors qu'actuellement, tout cela est considéré comme chefs-d'oeuvre.


 


Ceci posé, permettez-moi de me pencher maintenant sur le tout début de votre commentaire.


 


     Je ne pense nullement qu'il faille de "solides capacités d'exégèse" pour approcher l'art égyptien. Il faut simplement que nous nous
départissions de nos conceptions contemporaines en matière de critères artistiques : ne rien juger à leur aune.


 


     Quand cela - qui est malaisé, je vous le concède -, est fait, il est simple d'admettre que ce que nous pourrions considérer comme des erreurs
dans le chef de l'artiste antique ne ressortit en réalité qu'à la réflexion qui est sienne.


     En effet, les peintres, les dessinateurs pensaient leurs oeuvres dans le sens où, je l'ai souvent indiqué dans mes articles, il fallait que le
spectateur éventuel comprenne ce qu'il avait voulu exprimer.





     L'image égyptienne est chose mentale. Il s'agit de ce que les égyptologues appellent aspectivité, comprenez : volonté de
multiplier les points de vue aux fins de donner à voir la totalité des caratères d'une oeuvre ; la totalité des gestes importants d'un personnage en une seule image, par exemple ; ou la totalité
des éléments cardinaux de son corps, de sa gestuelle ...


Evidemment, cet art raisonné, cet art conceptuel, se situe aux antipodes de nos modes actuels de penserz.


 


     Apprendre à voir, ai-je souvent écrit. Eduquer notre oeil, pourrais-je ajouter. Là résidait la conception première du dessinateur
égyptien : faire comprendre l'essence même des choses, leur éternité, plutôt qu'en montrer un aspect momentané, par définition, fugitif ...


 


L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible !, a écrit Paul Klee.  


 


     Dessiner, c'est penser ... Raison pour laquelle je suis convaincu que les cubistes, Picasso et bien
d'autres qui ont tenté d'exprimer plusieurs points de vue en une seule image, sont, dans cette optique, les continuateurs avérés des artistes égyptiens de l'Antiquité.



SiM 15/10/2013 10:11

Comme vos explications sont claires et votre présentation de Tepemankh parfaitement abordable pour la non-initiée à l'épigraphie que je suis.
Quel plaisir de comprendre tout cela.
Merci et oserais-je vous dire que j'attends une suite impatiemment ?

Richard LEJEUNE 15/10/2013 10:40



     Merci à vous Mademoiselle (ou Madame) : il m'est plaisir de lire semblable commentaire quand je sais que, parallèlement, sous prétexte que mon
blog est trop philosophique et ne s'adresse qu'aux seuls "initiés", d'aucuns ne viennent plus me visiter ou, à tout le moins, ne me déposent plus de commentaire ...


 


     Ceci posé, 192 abonnés et une dizaine de commentaires par semaine, ce n'est pas "la gloire". Mais je persiste et signe.


 


     Pour ce qui concerne les interventions à Tepemânkh consacrées, elles s'achèvent tout doucement puisqu'un dernier rendez-vous est prévu mardi
prochain et qu'à la rentrée après le congé de Toussaint, je vous emmènerai, vous et tous les lecteurs qui continuent à me faire confiance, à la découverte de la vitrine 6 de cette salle 5 du
Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre. 


 


     Maintenant si c'est une suite de nos prérégrinations muséales que vous attendez si impatiemment, n'ayez nulle crainte : elle est évidemment déjà
sur de bons rails ...



etienne 15/10/2013 01:01

Hello Professeur,

J'adore tes explications et petits décodages iconographiques
et épigraphiques.
Je n'aime pas trop la grammaire égyptienne de type universitaire, mais l'épigraphie d'après ce qu'en j'en sais m'attire plus.

Merci Richard.

Ps: la calligraphie de Fischer est incontournable pour aider aux tracés des hiéroglyphes.

Richard LEJEUNE 15/10/2013 08:26



     Le "problème", cher Etienne, c'est que pour être à même de décrypter les inscriptions lapidaires ou autres, pour faire de l'épigraphie donc, il
faut connaître la grammaire et le vocabulaire égyptiens enseignés à l' Université ou dans des cours d'autres hautes écoles ou encore par correspondance pour autant que ces derniers soient donnés
par des égyptologues patentés et basés - c'est indispensable - sur l'une ou l'autre grammaire actuellement dans le commerce, qu'elle soit française (celle de Grandet/Mathieu) ou belge
(Malaise/Winand).



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