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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 23:00

 

     Le détail constitue, pour l'historien, le lieu d'une "expérience" qui n'est secondaire qu'en apparence. Dès lors qu'il est pris en considération, le rapport de détail renouvelle toute une part de la problématique historique établie.

 

 

 

 

Daniel  ARASSE

Le détail.

Pour une histoire rapprochée de la peinture

 

Paris, Flammarion, Collection "Champs" n° 624,

p. 6 de mon édition de 2009

 

 

 

 

     Ayant à l'esprit ce long Ruban d'Or qui serpente et s'étire à l'entrée des Jardins de l'Imaginaire de Terrasson-Lavilledieu créés en 1992 par l'architecte-paysagiste américaine Kathryn Gustafson,


 

Terrasson---Fil-d-Or--09-08-2010-.jpg

 

 

fil conducteur moderne qui ne permettrait pas cette fois de s'échapper du Labyrinthe mais de plutôt gravir ensemble le chemin vers la Connaissance, il m'agréerait de poursuivre avec vous, amis visiteurs, notre étude du grand relief calcaire (E 25408) de Tepemânkh car voilà en effet un bien long temps que nous ne nous sommes plus retrouvés ici, en salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Louvre.


     Certes, ces quinze derniers jours, je vous avais proposé de profiter du congé de Printemps pour quelque peu vous reposer d'ÉgyptoMusée. Quant aux semaines qui l'avaient précédé, nous nous étions en fait rendus tout à la fois en Abousir de manière que nous soit brièvement rappelée la personnalité de Kaaper, haut fonctionnaire de cour à la Vème dynastie, dont le mastaba avait été mis au jour dans la dernière décennie du XXème siècle par la mission archéologique tchèque dirigée par Miroslav Barta et, subséquemment, en Suisse, à Cologny très exactement, pour y admirer - le verbe n'est point exagéré ! - un linteau de quelque trois mètres de longueur exposé dans le hall d'entrée de la Fondation Martin Bodmer ; monument qui nous avait permis de mieux appréhender la formule d'offrandes et certaines de ses évolutions au cours des siècles, compositions bien différentes des seuls hiéroglyphes gravés à la gauche du pied du guéridon de Tepemânkh.

 

     Si d'aventure, un jour, il vous plaisait de feuilleter le Livre pour sortir au jour - (Livre des Morts, rencontre-t-on le plus souvent en guise d'appellation quelque peu erronée) -, vous y liriez, au chapitre 47, ces premiers mots :

 

     Formule pour empêcher que ne soit enlevé à N. son siège qui est son trône dans l'empire des morts.

     Qu'il dise : "Mon siège est mon trône". Venez, faites cercle autour de moi ! Je suis votre maître, dieux ; venez à ma suite !

 

    

     Vous aurez évidemment compris que ce matin, pour notre rentrée à Paris, c'est de sièges que j'aimerais vous entretenir, non pas que je me sente déjà fatigué par l'aller-retour éclair que nous venons d'effectuer entre bords de Seine et de Vézère,  à la porte du Périgord noir, au point de souhaiter me reposer sur l'un quelconque d'entre eux disponible ici ou là dans cette salle, mais, et toujours avec les critères stylistiques de datation repérables sur les monuments égyptiens en tant que Ruban d'Or, fil conducteur que nous dévidons depuis plusieurs mois maintenant, il me siérait de plus spécifiquement envisager ceux sur lesquels sont assis les défunts devant leur table d'offrandes, si  fréquemment représentés à l'intérieur de leur maison d'éternité.  

 

     En effet, et aux fins d'accréditer l'assertion du grand historien d'art Daniel Arasse (1944-2003) que je vous ai proposée d'emblée tout à l'heure, j'aimerais insister sur le fait qu'ils se distinguent par différents détails qu'après les avoir regardés, nous allons apprendre à voir.


 

 

E-25408--SAS-.jpg

 

      (Grand merci à SAS de m'avoir tout récemment offert cette photographie.)

 

 

     Première remarque, d'évidence : la cassure éreintant la partie gauche du monument sur la totalité de sa hauteur, vraisemblablement inhérente à l'arrachage sauvage du fragment par des pillards peu scrupuleux, nous prive malheureusement de la vision complète de la scène, partant, du dossier du siège sur lequel se tient le défunt.

 

     Malheureusement ? Certes m'accorderez-vous, mais l'essentiel ne nous est-il pas visible ?

 

     Le tout réside dans ce que vous concevez comme essentiel.

 

     Personnellement, et parce que certains détails structurels du meuble permettraient de nous fournir, - fil d'Ariane ou plutôt de Nadine (Cherpion), souvenez-vous -, une précieuse indication pour dater le mastaba dans lequel il est gravé, la partie postérieure se révèle ici d'une importance cardinale.

 

     L'essentiel dans le détail ? Vaste réflexion ...

 

     Marque intime d'une action dans le tableau, faisant de lui-même signe à celui qui regarde et l'appelant à s'approcher, il - [le détail] - disloque à son profit le dispositif de la représentation, poursuivait Daniel Arasse à la page 14 de l'ouvrage susmentionné.

 

     Interrogeons-nous sur ces particularités que nous aurions éventuellement pu remarquer si nous avions bénéficié de la figuration complète du repas funéraire de Tepemânkh.

 

     Son siège présentait-il un dossier bas muni d'un coussin, comme chez Izi, nomarque d'Edfou à l'Ancien Empire, dont le linteau (E 14329) est exposé à l'étage supérieur, dans la vitrine 2 de la salle 16 ?

 

 

Linteau-d-Izi--nomarque-d-Edfou.jpg

 

 

     Ou, dépourvu de dossier, n'eut-il uniquement qu'un coussin, dont on n'aurait vu alors qu'à peine l'extrémité arrondie et quelque peu relevée, comme chez Méry, scribe en chef des archives royales à la IVème dynastie ? Vous pourrez aussi tout à votre aise examiner plus tard le tableau central de sa stèle fausse-porte (B 49), en salle 22, toujours au premier étage ci-dessus ...


 

 

Fausse-porte-de-Mery.jpg

 

 

 

     Ou encore ne disposa-t-il ni de dossier ni de coussin, comme Nefertiabet, proche parente - peut-être la soeur ? - du roi Chéops, (IVème dynastie) dont, pour d'autres raisons, je vous avais déjà conviés à découvrir  la stèle (E 15591), dans la cinquième vitrine de la même salle 22 ; bas-relief qui, vous l'aurez reconnu, figure parmi les pièces présentes au sein du bandeau qui chapeaute actuellement mon blog.

 

 

  Stèle Nefertiabet (Louvre - C. Décamps)

 

 

     Les côtés latéraux du siège de Tepemânkh se terminaient-ils par un motif décoratif, le plus souvent une ombelle de papyrus, comme chez Nefertiabet à nouveau ?

 

     Que voilà, vous en conviendrez, amis visiteurs, à propos de détails, une nébuleuse de questions sans réponses ...

    

     Mais pour l'heure, force sera de nous contenter du seul élément vraiment décelable ici : l'avant du siège de Tepemânkh.

 

      Vous devez savoir qu'à partir de l'Ancien Empire, dès les premières dynasties déjà, et tout au long des millénaires qu'a durés la civilisation égyptienne, les pieds des tabourets, des chaises, pliantes ou non, des fauteuils ou des lits des particuliers mis au jour dans les tombes furent le plus souvent travaillés à l'image des pattes d'un taureau dans un premier temps, d'un lion par la suite. Tous deux représentant des animaux symbolisant la force et la puissance du souverain, il est d'usage de considérer que les hauts fonctionnaires auliques de ces temps qui firent confectionner des pieds thériomorphes pour orner leur mobilier s'arrogèrent métaphoriquement ces valeurs royales.

 

     Avec une once d'acuité dans le regard, vous en croiserez plusieurs dans ce musée : ainsi, un peu plus loin, en salle 8 notamment, cette chaise (N 2950) dans la vitrine 1, en bois peint et incrusté, datant du Nouvel Empire,


 

Chaise N 2950

 

 

ou, dans la vitrine 2, ce tabouret (E 24285), non daté,

 

 

Tabouret-E-24285.jpg

 

 

dont les griffes sont en ivoire ou en os.

 

      De manière que fussent protégées les extrémités sculptées de ces pieds de meubles, dès l'origine, soit le sabot du bovidé, soit les doigts de pied du lion reposaient sur des supports trapézoïdaux de hauteur et de forme variables dont certains évoquaient l'aspect d'une pyramide ou d'un cône, pareillement tronqués.

 

     Selon différents égyptologues, ces petits socles n'avaient d'autre finalité qu'empêcher les sièges de s'enfoncer dans un sol parfois peu stable, raison pour laquelle rares furent ceux exhumés lors de fouilles qui n'en étaient pas pourvus.

 

     Ils pouvaient être lisses ou, comme sur la stèle de Nefertiabet, annelés. Leur base souvent était plus large que la partie en contact avec la patte animale : c'est le cas notamment, ici au Louvre, chez Tepemânkh, Izi et Nefertiabet ; mais l'inverse fut également de mise, comme sur les deux sièges que nous venons de découvrir en salle 8.

 

     Certains de ces supports, sculptés dans la même pièce de bois ou d'ivoire, faisaient évidemment corps avec l'ensemble du pied alors que d'autres, en revanche, parce que rapportés, en étaient totalement indépendants.

 

     Minutieusement scrutée, et nonobstant les dégradations de la pierre calcaire, la chaise de Tepemânkh qui nous a occupés ce matin semblerait être dotée - à tout le moins le pied antérieur seul ici apparent -, d'une figuration de patte de lion, laquelle est posée sur un petit socle lisse en forme de trapèze à la base plus élargie que sa partie supérieure.


 

     J'espère qu'au terme de notre présent rendez-vous, au terme des propos que j'ai tenus et des quelques types de meubles que je vous ai permis de rencontrer ce matin au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, vous aurez une nouvelle fois compris, amis visiteurs, qu'il est pour le moins aberrant d'avancer que l'art de l'antique Kemet pêchait par excès de monotonie ...

 

     Encore faut-il être à même de véritablement voir ce que l'on regarde !

 

 

 

 

(Barguet : 1967, 88 ; Cherpion : 1989, 42-54 ; Fischer : 1986, 55 ; Lacau : 1967, 39-50 ; Vercoutter : 1978, 81-100 ; Ziegler : 1990, 258-61)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

Cendrine 23/04/2013 00:26

Bonsoir Richard,

Nous avons été deux, mon mari et moi, à nous régaler de votre article, voyageant à travers le symbolisme de ces détails qui émerveillent "l'amateur" de sièges égyptiens.

Il y a quelques années, mon mari s'était essayé à la sculpture sur bois. Il m'accompagnait au Louvre et contemplait le mobilier égyptien afin de s'en inspirer, très humblement... La lecture de
votre article lui a rappelé moments d'émerveillement et fébriles tentatives de sculpter tel ou tel petit objet.

Il y a tant de recherche dans ces objets qui me font penser à des montures sacrées, transmettant la force de l'animal à celui qui s'assoit.

Je suis ravie de suivre ce Ruban d'Or et de vous retrouver. Je vous remercie pour votre gentil message et pour vos voeux d'anniversaire.

Je vous souhaite de beaux rêves, amicalement

Cendrine

Richard LEJEUNE 23/04/2013 07:57



     Je suis fort aise, Cendrine, que votre époux ait lui aussi pris plaisir à me lire et à revivre par mots et images interposés quelques
heureux souvenirs de son passé tout récent.


 


     L'art égyptien recèle effectivement quelques merveilles : j'espère que la nouvelle série d'articles que j'initie ce matin, consacrés à une
exposition qui débute au Musée de Mariemont, en Belgique, vous le démontrera une nouvelle fois ...



Alain 17/04/2013 10:45

C’est curieux ces petits socles de formes trapézoïdales installés sous tous les sièges ?
Cela me rappelle les petits morceaux de feutre que l’on m’était sous les pieds des sièges autrefois pour protection.
En Egypte, ces socles, lorsqu’ils étaient rapportés et non fixés, devaient être d’une stabilité faiblarde : de nombreux pharaons ont dû se retrouver au sol à quatre pattes devant leurs sujets, ce
qui est peu enviable pour un majestueux souverain…

Richard LEJEUNE 18/04/2013 07:15



     D'une stabilité flaiblarde ? Je ne pense pas, Alain.


Quand ils ne faisaient pas partie intégrante du siège, ces petits supports étaient pourvus d'un tenon rectangulaire d'évidence prévu pour s'emboîter dans le pied de
meuble ...


     C'est à tout le moins ce que les égyptologues déduisent de la présence de ceux retrouvés lors de fouilles.



christiana 17/04/2013 01:20

Je me rends compte que les styles qui se sont succédés n'ont rien inventé et n'ont fait que reprendre les ornements dont les Egyptiens ornaient leurs sièges.
Du fauteuil de style Louis XIV et le "pied galbé en console" en passant par "le pied de lion" empire ou début XIXème...

Richard LEJEUNE 17/04/2013 08:50



     Il serait assurément très intéressant, Christiana, d'effectuer une étude sur les différents styles qui se sont ainsi succédé dans le domaine
du mobilier aux fins de mettre en évidence le symbolisme de certains détails comme, en Égypte ancienne, ces pieds thériomorphes qui, c'est l'évidence même, ne sont en rien anodins quand ils
figurent sur les sièges des particuliers ...


 


     Je suis persuadé qu'une comparaison avec ceux des époques auxquelles vous faites allusion nous en apprendrait beaucoup encore sur la nature
humaine !



Carole 16/04/2013 22:52

Votre article m'a rappelé ces années que j'avais un peu oubliées, où je travaillais sur une table de chêne dont le pied central représentait une énorme patte de lion. C'était une vieille table,
dans une maison de location dont le mobilier état fourni.
Rien n'est plus stimulant pour l'imagination, en effet, que ces meubles-animaux : c'est sans doute pourquoi vous avez commencé votre article par un petit "bout de chemin" sur le ruban d'or de
l'imaginaire...

Richard LEJEUNE 17/04/2013 08:27



     A vrai dire, non, Carole : vous me prêtez là une très belle une intention, mais que je n'avais nullement envisagée.





     L'allusion au Ruban d'Or de Terrasson n'avait d'autre raison d'être que me permettre une comparaison avec le fil d'Ariane pour
rappeler à mes lecteurs l'idée maîtresse qui parcourt cette série consacrée à Tepemânkh : la recherche de critères stylistiques permettant de dater un monument égyptien.



J-P.Silvestre 16/04/2013 19:06

De Henri II à l'Art-déco, en passant par Louis XIV et quelques autres et en oubliant le Louis Caisse qui meublait ma chambrée au service militaire... le style des meubles a beaucoup évolué.
Peut-être que les "ébénistes" de l'ancienne Egypte ont aussi suivi des modes ?

Richard LEJEUNE 17/04/2013 08:05



     J'ai beaucoup apprécié le "Louis Caisse" de votre service militaire, Jean-Pierre !


 


     Je ne sais si l'on peut véritablement parler de "mode" pour ce qui concerne les sièges de l'Égypte antique, mais il est évident que de
nombreuses distinctions y ont vu le jour qu'elles soient d'ordre social - un siège constituait une certaine marque de richesse, partant, de position au sein de la société -, ou d'ordre esthétique
qui, maintenant étudiées, permettent d'établir des critères stylistiques de datation ...


 


     C'est d'ailleurs ce que, me refusant toutefois d'entrer dans des détails de spécialistes, j'ai tenté de démontrer par cette
intervention.



François 16/04/2013 17:40

Ah ! C'est le pied... cet article...
Tu me pardonneras, et tes lecteurs avec - j'espère - cette facile intrusion d'un vocable un peu en marge de ce qui se lit habituellement ici, Richard ! Mais c'était trop tentant !

Et voilà un détail, encore, que - grâce à toi - je découvre, et me voilà me précipitant sur toutes les photos de sièges à ma disposition pour en remarquer la terminaison, et me voilà aussi
cherchant comment se nomment les machins en verre qui étaient sous les roulettes du piano de mon enfance chez ma grand-mère...

Égyptomusée "remueur" de méninges, Richard incitateur de pensée.

Comme je suis content que soient finies tes vacances dont j'espère qu'elles auront un peu soulagé tes tourments !
Amicalement !

François

Richard LEJEUNE 17/04/2013 07:57



     Hello François.


 


     Heureux que cette nouvelle intervention t'ait amené à effectuer quelques recherches ... qui auront probablement dû te permettre de
comprendre que ce que j'ai expliqué ici ne constitue qu'une infime partie du sujet. En effet, il y aurait beaucoup à dire sur les sièges égyptiens, en faisant la distinction entre les royaux et
ceux des particuliers ; en différenciant les époques aussi, le Nouvel Empire étant - comme souvent - d'une richesse considérable ; en distinguant les modèles, également, simple ou double, ainsi
que le matériau choisi ...





      Tu l'auras compris, mon but n'était pas d'écrire une monographie. En outre, je pense me souvenir qu'elle a dû constituer la thèse de
doctorat de Madame Marie-Cécile Bruwier, actuelle Directrice scientifique du Musée royal de Mariemont.


Fut-elle en son temps publiée ? Je le découvrirai sous peu ...


 


     Je me savais "ouvreur de chemins" ou "passeur de mémoire" .... mais pas "remueur de méninges" ni "incitateur de pensée". Que voilà deux
nouvelles cordes à mon arc qui, je l'espère, me mettront ... le pied ... à de nouveaux étriers !


 


     Quant aux vacances et, surtout, au temps froid et humide qui les a le plus souvent accompagnées, en Belgique à tout le moins, je suis
content qu'elles ont quand même fini par déboucher sur de plus fréquentes apparitions d'un soleil révigorant mes articulations douloureuses.



TIFET 16/04/2013 13:27

Ces petits socles lisses en forme de trapèze sous les pattes de ces différentes chaises ou tabourets ne pourraient-ils pas avoir été mis là pour protéger ces pattes de l'humidité par exemple, de
manière à ce que ces dernières ne s'abîment pas ou se dégradent moins vite, protégeant ainsi l'intégralité de la patte elle-même ? avaient-ils donc une autre finalité que celle de les empêcher de
s'enfoncer dans le sol ? that is my question ! cher Professeur !

Richard LEJEUNE 16/04/2013 14:56



     Il est évident, chère Tifet, qu'au niveau de ce que l'égyptologue français Bernard Bruyère qui écuma Deir el-Medineh et les maisons des
ouvriers du Nouvel Empire dans les années 1934-35 appelle, dans l'un de ses rapports préliminaires de fouilles, des supports isolateurs de chaises (IFAO, Tome 16, Le Caire, 1939, p.
213), l'on peut envisager - sans texte antique précis -, à peu près toutes les raisons d'être que l'on souhaite si l'on envisage la protection des pieds de meubles.





    Ainsi, l'humidité que vous évoquez - d'un sol boueux, par exemple - et le sable auquel je pensais se rejoignent sans peine pour définir ce que
j'entendais par la notion de sol peu stable.


 


     Notion qu'évoquais l'égyptologue français Jean Vercoutter à la page 82 de l'article que je citai en note infrapaginale de mon intervention
de ce matin : il y reprend d'ailleurs les termes de ses confrères allemands A. Erman et H. Ranke qui, dans Ägypten und ägyptischen Leben im Altertum, publié à Tübingen en 1923, se
basent, p. 214, sur des conclusions établies par les premiers fouilleurs de Tell el-Amarna : 


... unter diesen Stühlbeinen erscheint sehr oft ein Untersatz in Gestalt einer abgestumpften Pyramid der das Einsinken der spitzen Beine in den
Nilschlammestrisch verhindern soll.


 


     Il y est effectivement bien question ici des boues du Nil dans lesquelles ils seraient susceptibles de s'enfoncer. Tout comme - et c'est à
cela que, plus spécifiquement je songeais - tout aussi peu stables étaient ces nattes recouvrant les sols des maisons modestes.    



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