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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 00:00

 

    Neferet-Hotep - Je suis venu en toi pour prendre mes nourritures et avoir à ma disposition mes plats de viande, et pour que me soit donné le gibier d'eau de Chou et de ceux qui suivent mon Ka.

 

 

 

 

 

dans Paul  BARGUET

 

Le Livre des Morts des anciens Égyptiens 

Extrait du Chapitre 110

 

Paris, Éditions du Cerf, 1967

p. 147

 

 

 

     Mardi dernier, amis visiteurs, toujours sous l'angle précédemment annoncé de la recherche de critères stylistiques permettant de dater un monument, nous nous sommes penchés sur la plateau aux bords légèrement relevés de la table d'offrandes de Tepemânkh, gravée en relief sur le bloc de calcaire E 25408,

 

 

Vitrine 5

 

 

exposé ici devant nous dans la vitrine 5 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre. Ou, pour être plus précis encore : sur ce que qui était disposé dessus.   

 

     Poursuivant aujourd'hui l'étude de ce mobilier funéraire antique, j'aimerais rapidement en envisager le pied, et surtout son environnement immédiat.


 

Table d'offrandes de Tepemânkh (gros plan de E 25)

 

 

     En réalité, j'aurai peu à dire sur ce pied cylindrique, sinon que sa partie supérieure est évasée de manière à supporter le plateau de pierre et que sa base se révèle plus évasée encore, dans la mesure où elle était destinée à maintenir l'ensemble en équilibre sur le sol.


    Deux possibilités s'offrirent aux fabricants antiques : ou, comme ici, le plateau était simplement posé sur un support vertical et tenait probablement par un système de tenon/mortaise que les figurations gravées ou peintes ne précisent évidemment pas ; ou il disposait lui-même d'un petit pied, relativement court qui s'emboîtait tout logiquement dans la partie supérieure évidée de ce support.

 

 

     Peu à dire sur ce haut pied de table, viens-je de préciser ; mais beaucoup plus sur son environnement.

 

     J'ai déjà suffisamment évoqué ce qui se trouvait à la droite de cette table - les quatre fils faisant offrande à leur père - pour que j'estime ne point y revenir. Sauf peut-être pour épingler le fait que sur d'autres reliefs apparemment  semblables, cet emplacement sous le guéridon peut être occupé, suivant les règnes et les dynasties de cette fin d'Ancien Empire, par l'un ou l'autre vase rituel, l'une ou l'autre aiguière, l'un ou l'autre bassin à libations, etc., qui n'avaient de raison d'être que celle d'offrir la faculté aux défunts, avant leur repas, - à l'instar de leur vie quotidienne ici-bas, ne l'oublions jamais ! - de se purifier, de procéder à quelques-uns de ces rites de lustration si prisés à l'époque.

 

     Sur la droite, au lieu de personnages offrant, vous admirerez peut-être dans l'un quelconque mastaba que vous visiterez ou sur des reliefs exposés dans des musées, un amoncellement de vivres concrétisant un grand nombre d'aliments mentionnés dans le "menu".

 

     Ainsi, après notre rendez-vous de ce matin, vous suffira-t-il de vous rendre au premier étage ci-dessus, en salle 22, pour y voir, en la Galerie d'étude n° 2, la stèle fausse-porte (C 164) d'un directeur du trésor de la VIème dynastie, un certain Izi.

 

     Dans le tableau central où s'invite la scène du repas funéraire, vous distinguerez, flèche ci-dessous,

 

 

Stèle fausse-porte d'Izi

 

 

sur de petits meubles bas, les offrandes alimentaires s'entassant les unes sur les autres ...

 

 

     Mais revenons à Tepemânkh pour envisager, à la gauche du pied du guéridon, gravée devant ses jambes,  

 

 

Formule d'offrandes (2) (E 25408 - Cliché C. Larrieu)

 

 

résumant les ingrédients essentiels, pour la seconde fois sur ce monument, une formule d'offrandes extrêmement  concise :  Mille pains, mille cruches de bière, mille pièces de boeuf, mille volailles.

 

      La première fois, peut-être vous rappellerez-vous,

 

Formule d'offrandes (1) (E 25408 - Cliché C. Larrieu)

 

nous l'avions rencontrée immédiatement en dessous des cases du "menu", avec déjà ce signe hiéroglyphique M 12 de la liste de Gardiner

 

Hiéroglyphe 1000.jpg (M 12 dans liste Gardiner)

 

figurant notre nombre 1000. Quantité qu'il ne faut évidemment pas prendre au pied de la lettre ! 

 

     Si je viens précisément de la qualifier de concise, cette formule devenue classique parce qu'ad libitum reprise depuis les temps premiers sur stèles, statues, meubles et objets de vaisselle funéraire, parois de chambres sépulcrales et autres linteaux d'entrée de mastabas, c'est bien évidemment parce qu'à eux seuls, les quatre produits alimentaires cités ici font office de synecdoque : une partie exprimant le tout ! 

 

     Et quel est ce tout ?


     C'est ce que je me propose de vous faire découvrir, amis visiteurs, lors de nos prochaines  rencontres des 19 et 26 mars, en compagnie d'un invité inattendu, déjà croisé puisque grâce à un égyptologue tchèque, nous avions visité une partie de sa tombe en Abousir.

     Mais chut ! Là-dessus, je ne vous en révèle pas plus aujourd'hui. Sauf que la surprise sera de taille !

 

     En revanche, et avant de prendre congé de vous ce matin, permettez-moi de profiter de la présence de ces hiéroglyphes sur le bloc de Tepemânkh pour attirer votre attention sur un point que je présume relativement peu connu au sujet des études dans l'Égypte antique.

 

     Dans nos universités contemporaines, quand d'aventure lui prend l'envie plus qu'intéressante mais aussi plus qu'exigeante de s'initier à la langue - et aux écritures - égyptiennes, tout impétrant doit d'abord se frotter à l'apprentissage des hiéroglyphes. Cela dure quelques années ; puis par la suite seulement, il pourra, il devra, s'il veut se perfectionner dans l'épigraphie, aborder les différentes cursives - le hiératique, évidemment contemporain des premiers signes d'écriture hiéroglyphique et le démotique, apparu seulement vers le milieu du VIIème siècle avant l'ère commune.


(Quelques menues précisions sur ces tachygraphies dans un ancien article consacré à la Pierre de Rosette.)

 

     Inversement, en Égypte ancienne, dans la pratique, - à tout le moins pour l'infime pourcentage de la population qui s'adonna aux lettres (1%, selon certaines évaluations qui relèvent plus de la spéculation que de statistiques véritables) -, c'est d'abord avec le hiératique que les élèves scribes, dans leur grande majorité, se familiarisèrent de manière à pouvoir officier dans des postes essentiellement administratif et juridique.

 

     Et bien plus réduit encore fut le nombre de ceux qui, dépassant ce stade premier, entendirent se spécialiser dans l'étude des hiéroglyphes. Pour ce faire, ils fréquentèrent ce que l'on traduit en français par maisons de vie, c'est-à-dire des institutions scolaires de très haut niveau qui débouchaient sur la connaissance des sciences sacerdotales. L'élite, parmi l'élite des lettrés qui les avaient fréquentées, portait des titres tels que Scribes des écrits divins ou Prêtres ritualistes. Ce sont eux, et eux seuls, qui étaient à même de fournir les textes qu'ensuite peintres ou graveurs reproduiraient sur les monuments, - parfois avec moult fautes d'orthographe et de frappe ... du burin !!  

 

 

 

(Cherpion : 1989, 42-54 ; Vernus : 1990, 35-56 ; Ziegler : 1990, 82-5 et 258-61)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

J-P.Silvestre 12/03/2013 18:53

Plusieurs années pour apprendre à lire les hiéroglyphes ! On comprend mieux pourquoi les Egyptiens étaient presque tous illettrés !

Richard LEJEUNE 13/03/2013 06:51



     A nous, il faut plusieurs années.


Parce que, tout simplement, ce n'est pas notre écriture "maternelle" !!



etienne Rémy 12/03/2013 17:03

Hello Richard,

Merci pour ces agapes on ne peut plus disséquées!
Croisera t-on à nouveau Iuufa, Qar, Inty ou Kaaper?
J'ai chercher vite fait (trop vite!) et je n'ai pas trouvé le fil d'Ariane entre eux.
La surprise n'en sera que plus grande!
Je pencherai pour un lien de parenté ou dans la hierarchie peut-être???

Quel régal de lire tes lignes Richard tout en dégustant de délicieux beignets de carnaval!

Amicalement!
Etienne.

Richard LEJEUNE 13/03/2013 06:59



     Le "fil d'Ariane" entre Tepemânkh et notre invité de la semaine prochaine n'est ni un lien de parenté ni de hiérarchie, cher Etienne. Et
ceci n'est pas une formule ...


 


Sibyllin, n'est-il pas


 


 


 


     Quant à cette surprise, de taille, ai-je malicieusement précisé, elle concerne effectivement un des personnages que ci-dessus tu as cité
...


 


     A mardi, donc.



christiana 12/03/2013 15:23

Bon, je n'avais pas tout faux, j'avais bien reconnu le bœuf et la volaille mais c'est vrai que si je me souvenais bien du chiffre 1000, je ne me souvenais plus de son Hiéroglyphe.

(Le lien du signe hiéroglyphique M 12 n'est pas valide...)


Ah! Les coquilles du burin :-)

Peu à dire sur ce haut pied de table, sauf que je le trouve très design! Les designers des années 60/70 n'ont rien inventé...

Richard LEJEUNE 12/03/2013 16:02



     Bizarre qu'il ne fonctionne plus chez vous, ce lien : je viens de cliquer dessus en partant du Forum que je fréquente, ainsi qu'à partir de
mon autre PC, portable celui-là, et cela ne m'a posé aucun problème nulle part ... Encore un bug passage d'Overblog ?


 


     A propos de design - et si vous aimez les bijoux - je vous conseille, le jour où vous vous rendrez au Département des Antiquités égyptiennes
du Musée du Louvre, de visiter la salle 9 : vous y verrez des merveilles qui devraient faire pâlir d'envie Van Cleef & Arpels et bien d'autres de la place Vendôme ...



JA 12/03/2013 13:24

merci pour votre réponse Etes vous au courant de la polémique sur la statue Champollion par Bartholdi, présente au collège de France à PAris et au musée de Grenoble et peut être dans d'autres
lieux?: JFC pose son pied sur une tête de pharaon!!!!!!!!

A bientôt
JA

Richard LEJEUNE 12/03/2013 13:43



     Oui, bien sûr, j'ai lu cela dans la presse !


 


     Je trouve évidemment ce type d'intervention absolument déplorable  - actuellement, l'Égypte n'a nul besoin de semblable polémique
spécieuse -, déplacée et hors contexte politique ou historique.


 


     Je ne sache pas que ce brave Champollion ait jamais eu la moindre once de velléités colonialistes !


 


     En revanche, si l'on veut rétorquer dans la même optique, que dire alors de toutes ces représentations sur les murs de temples où pharaon ne
se prive nullement de maintenir par les cheveux puis de massacrer les ennemis du pays, Nubiens comme Asiatiques ? Quand ce n'est pas, dans un but de comptabilité, de nous proposer force scènes de
mains et de sexes coupés aux étrangers mâles considérés comme des ennemis héréditaires !


 


     Ce chanteur égyptien vivant à Paris va-t-il imposer à son propre gouvernement, au nom d'autres droits de l'Homme, comme à l'époque
d'Akhenaton, d'effacer toutes ces scènes de violence ??



JA 12/03/2013 12:05

" Mille" excuses Richard, mon ignorance en la matière est grande




Leur repas n'était DONC pas équilibré ,il manque les fibres des légumes
A bientôt JA......

Richard LEJEUNE 12/03/2013 12:59



     Ne vous excusez surtout pas, Jocelyne : c'est en questionnant que l'on progresse dans la vie. Quels qu'en soient les domaines.


 


     Et c'est avec des lectrices et lecteurs tels que vous, qui osez m'interroger - comme au merveilleux temps de mes années d'Enseignant - que
j'ai l'impression de servir l'Histoire, de servir l'Égyptologie ; voire même l'Égypte, tellement mal perçue de nos jours !


 


     Que les Égyptiens soient démunis pour ce qui concerne les légumes, je n'en suis absolument pas persuadé quand je lis des ouvrages
scientifiques consacrés à leur alimentation ou répertoriant la diversité de leurs potagers d'antan !


     En revanche, que les légumes soient très très peu cités et représentés sur les parois de leurs sépultures ne fait aucun doute.


     Quant à la relation à en établir ou aux conclusions à en tirer, je serais bien en peine de les formuler ...



Carole 12/03/2013 11:25

En vous lisant, je me dis qu'on ne pense pas assez souvent à cette immense différence qui sépare les langues (donc les cultures) dont le système d'écriture est fondé sur un alphabet, et celles qui
recourent à des idéogrammes. Le Chinois, et le Japonais, par exemple, aujourd'hui encore, appartiennent largement à la deuxième catégorie, et impliquent un accès extrêmement élitiste à la
littérature classique, avec laquelle s'instaurent, de ce fait, des liens presque sacrés - à rebours des conceptions démocratiques et d'une forme de familiarité auxquelles nous nous sommes habitués
en Occident depuis l'école "pour tous". L'écriture fonde autant que la langue elle-même, une vision du monde.

Richard LEJEUNE 12/03/2013 12:04



     Vous avez parfaitement raison, Carole, quand vous avancez que l'écriture fonde autant que la langue elle-même une vision du monde.
Et d'autant plus chez les Égyptiens de l'Antiquité dans la mesure où plusieurs écritures pouvaient rendre la même langue, selon qu'elles ressortissaient aux domaines religieux (essentiellement
les hiéroglyphes : ce n'est pas à vous que je vais apprendre la signification du hieros - ἱερός - grec !) ou administratif pour lequel les
cursives étaient bien plus adaptées.


 


     Ces deux systèmes d'écriture très différents, vous l'avez compris, marquaient en outre - par rapport à l'immense majorité de la population
qui ne savait ni lire ni écrire -, une distinction sociale entre ceux qui les pratiquaient.     



JA 12/03/2013 09:44

Mille, ne pas prendre à la légère, dites vous certes, peut-etre un signe pour évoquer l'éternité ?

dans la traduction du livre des morts il est question gibier d'eau de Chou, chou le légume?
MERCI
Très bonne journée
JA

Richard LEJEUNE 12/03/2013 11:35



     L'éternité, Jocelyne, - concept de temporalité ou de spatialité - s'exprime par deux autres termes dans la langue égyptienne, qu'il serait
trop long et fort compliqué de distinguer ici.


 


     Mille, comme je l'ai d'ailleurs spécifié, ne doit pas être pris au pied de la lettre (999 + 1) : il symbolise en fait la notion de
grande quantité, d'une quantité suffisante - qui n'est pas comptabilisable - pour alimenter le défunt.


 


     Quant à Chou (avec majuscule), il s'agit du dieu de l'air, du souffle, de l'atmosphère ; Tefnout, sa soeur et épouse, étant quant à elle la
déesse de l'humidité. Tous deux, toujours dans la cosmogonie égyptienne, engendrèrent Geb, la Terre et Nout, le Ciel.


Et de ce dernier couple naquirent Osiris, Isis, Seth et Nephthys ...


Mais cela est une autre et bien longue histoire !



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