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1 septembre 2014 1 01 /09 /septembre /2014 23:00

 

    ... la vie exige que nous appréhendions les choses dans le rapport qu’elles ont à nos besoins. Vivre consiste à agir. Vivre, c’est n’accepter des objets que l’impression utile pour y répondre par des réactions appropriées : les autres impressions doivent s’obscurcir ou ne nous arriver que confusément. Je regarde et je crois voir, j’écoute et je crois entendre, je m’étudie et je crois lire dans le fond de mon coeur. Mais ce que je vois et ce que j’entends du monde extérieur, c’est simplement ce que mes sens en extraient pour éclairer ma conduite ; ce que je connais de moi-même, c’est ce qui affleure à la surface, ce qui prend part à l’action. Mes sens et ma conscience ne me livrent donc de la réalité qu’une simplification pratique.

 

 

 

Henri  BERGSON

Le rire. Essai sur la signification du comique

 

Paris, Editions Alcan, 1924

pp. 66-7 de l'édition librement téléchargeable sur ce site.

 

 

 

 

 

     A un demi-siècle d'intervalle, je fus près de trois mois durant, à nouveau "proustophage".

 

     Mieux : bien que l'âge aidant, pour lire l'été, je préfère de confortables lits ou fauteuils d'extérieur, j'ai volontairement opté, certains jours chauds de juillet pendant lesquels j'étais chez moi, de me réfugier dans un coin du jardin, près des hydrangeas et de leur parent seringat aux senteurs pénétrantes, symbole de mémoire dans le langage floral, pour profiter de l'ombre du mirabellier et du noisetier tortueux,

 

 

151.--28-07-2014-.jpg

 

 

sur ce vieux banc qui semble surgi du fond des âges, sur ce banc que mon grand-père maternel, voici près de septante ans, fabriqua avec d'épaisses lattes de bois épousant l'armature métallique à laquelle il avait imprimé les ondulations d'un corps assis ; et auquel mon aimable et talentueux voisin bricoleur accepta ce printemps de rendre vie, conscient qu'il fut de m'offrir ainsi de recouvrer d'ineffables et précieux souvenirs d'adolescent.

     A chacun ses madeleines !

 

     Il y a en effet exactement 50 ans, pour la première fois, sur ce même siège alors adossé à un des murs de la maison qu'encadraient des poiriers palissés, dans ce petit village des Ardennes belges où mes grands-parents rebâtirent après que l'offensive Von Rundstedt eut totalement détruit leur première demeure, dans le hameau proche où j'étais né seize années auparavant, - en quelque sorte mon Illiers/Combray personnel ! -, je m'immergeai avec une certaine avidité timide, avec une certaine extase aussi, dans un univers confiné, un univers de coteries qui, comédie ou tragédie mondaine, théâtre d'une aristocratie sans Versailles, comme l'aurait défini Emmanuel Levinas, n'était certes pas et ne serait jamais le mien.

 

     Durant les agréables semaines que je passai chez ma grand-mère cette année-là, après son "baiser du soir", je n'aimais rien tant - choisissant ainsi de ne point me coucher de "bonne heure" -, que reprendre à l'endroit où je l'avais la journée de courts instants délaissée, essentiellement pour les repas et le bain, la lecture d'À la recherche du temps perdu, de Marcel Proust dont je compris très vite, dès les premières pages de mes livres dits de poche dévorés avec un plaisir esthétique que déjà infatigable lecteur jamais encore je n'avais éprouvé, qu'il ne pouvait qu'être un immense écrivain.

     Le seul qui, avec élégance, donnait de l'éternité au style ...

 

     Ce ne fut pas la mondanité dans laquelle, en subtil entomologiste, l'auteur plongeait certains de ses personnages, qu'ils soient du côté de chez Swann, (de Méséglise en fait), ou de Guermantes, qui me subjugua ; ce ne fut pas plus la confrontation entre plusieurs genres de signes qui m'intrigua - l'affaire Dreyfus ou la guerre de 1914 mises à part, uniques références historiques de l'oeuvre, à propos desquelles je ne connaissais alors quasiment rien -, mais, plus certainement, ce furent les ondulations, les circonvolutions, - les longues soies, comme les définissait la comtesse de Noailles -, les méandres de la phrase proustienne, véritable "Cingle de Trémolat", qui me captivèrent, me fascinèrent, m'éblouirent au point d'inexorablement déterminer mes appétences littéraires futures.

 

     Cette intéressante distinction que Montaigne établit dans De l'art de conférer - (Essais, Lausanne, Éditions Rencontre, 1968, Livre III, chapitre VIII, p. 335) - entre maniere et matiere du dire, il aurait sans conteste pu l'appliquer à Proust en accordant l'indiscutable primauté à la manière sur la matière, au dire sur les idées véhiculées ; bref, à la forme sur le fond.

 

     Ce fut, à 16 ans, l'essentiel de ce que j'en retins ...

 

     Dans la préface de leur Dictionnaire amoureux de Marcel Proust, - (Paris, Plon/Grasset, 2013, p. 11) -, Jean-Paul et Raphaël Enthoven indiquent que la "Recherche" est une oeuvre que tout proustien respectable doit lire au moins quatre fois dans son existence. D'abord, et par bribes, à l'adolescence.

 

     Je le fis. 

 

      Et le père et le fils de terminer leur énumération en indiquant que : La quatrième lecture, enfin, celle du dernier âge de la vie, sera, pour qui y consent, la plus décisive puisque tout, au crépuscule, se dépouille des petits enjeux de vanité ou de conquête.

 

     Boucle bouclée ? J'y consentis ces derniers mois. 

 

          Existe-t-il une meilleure manière de lire Proust que de prendre ainsi son temps, posent-ils comme autre question, quelque 275 pages plus loin ?

 

     J'ai pris mon temps. À tous les âges de ma vie, peu ou prou, je me suis enfoui dans cette oeuvre en fervent admirateur, quasiment en inconditionnel, et toujours avec une délectation sans égale parce que ce roman séminal, adamantin, marqua définitivement ma sensibilité de lecteur. Après sa découverte, rien pour moi, en ce domaine, ne fut plus jamais pareil : les oeuvres romanesques dans lesquelles je me plongeai par la suite, si elles n'étaient évidemment pas toutes cacographies, ne représentèrent plus à mes yeux l'essence même de la beauté formelle, l'essence même de la perfection comme l'est la "Recherche", cette vaste réflexion sur la mémoire, sur le souvenir, sur la plénitude de la réminiscence, - évidence d'un platonisme proustien ! -, sur la substance invisible du temps, sur l'utilité fondamentale de ce temps qu'il soit perdu, révolu ou enfin retrouvé. 

 

 

     (Pour une superbe évocation proustienne, permettez-moi de vous conseiller de découvrir ce récent billet, de Madame Carole Chollet-Buisson.)  

 

 

     Dans Le Rire, dont je vous ai  proposé ce matin un extrait en guise d'exergue, comme dans toute son oeuvre, le philosophe français Henri Bergson (1869-1941), au demeurant cousin par alliance de Marcel Proust, développe l'idée que l'on ne retient habituellement du passé que ce qui peut être utile au présent, que ce qui peut se perpétuer dans le présent.

 

     Mais pour quelle raison, seriez-vous en droit de vous interroger, amis visiteurs, cette longue introduction convoquant Proust, même si, à tout le moins ceux d'entre vous qui me fréquentent un peu, vous n'ignorez plus la révérence qui est mienne à son égard ?  

 

     Dans un texte du 20 mars 1907 intitulé Journées de lecture - titre que je me suis permis de reprendre pour notre présent rendez-vous -, qu'il écrivit pour Le Figaro, il déplore s'être laissé aller à d'importantes digressions plutôt qu'à traiter le sujet promis dès l'entame :

 

     Hélas ! me voici arrivé à la troisième colonne de ce journal et je n'ai même pas encore commencé mon article. (...) Ce sera pour la prochaine fois.

Et si alors quelqu'un des fantômes qui s'interposent sans cesse entre ma pensée et son objet, comme il arrive dans les rêves, vient encore solliciter mon attention et la détourner de ce que j'ai à vous dire, je l'écarterai comme Ulysse écartait de l'épée les ombres pressées autour de lui pour implorer une forme ou un tombeau.

(Marcel Proust, Écrits sur l'art, Paris, GF Flammarion 1053, 1999, p. 247) 

 

     Nul besoin, pour ce qui me concerne, de jouer les Ulysse et d'éloigner un quelconque fantôme proustien ou bergsonien : c'est délibérément que j'ai évoqué ces deux grands écrivains et, entre autres, la notion de mémoire qui leur est chère.

 

     Celle-ci me permet en effet ce jour de rentrée d'ÉgyptoMusée, en prémices à nos futurs entretiens, de vous remettre en mémoire le temps proche où devant l'étagère de gauche dans la vitrine 6, côté Seine, de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre,

 

 

Vitrine 6 (Côté Seine) (L.-p.)

 

 

nous avons conversé à propos de quelques premiers végétaux, légumes et fruits, ainsi que des croyances que les Égyptiens leur accordaient. 

 

     Rappelez-vous, ce fut le 1er avril 2014 que nous prîmes connaissance de ce que les Conservateurs du lieu avaient cru bon de déposer sur ce plateau vitré. Ensuite, après les vacances pascales, trois mardis consécutifs, nous nous repûmes de laitues : le 22 avril, en  les associant aux hommes, le 29, à leurs dieux et le 6 mai, pour en découvrir les sens cachés puisque - mais est-il encore nécessaire de le répéter ? -, vous avez maintenant compris qu'il est parfaitement obvie que la société d'alors, sans être pourtant le moins du monde thanatophile, entretenait néanmoins d'étroits rapports avec la mort et les divinités.

 

     Les trois autres semaines de ce mois de mai, nous nous tournâmes vers le mimusops : ses fruits, d'abord que nous savourâmes le 13, l'arbre producteur, que nous célébrâmes le 20 pour, le 27, terminer par la symbolique leur.

 

     Dans la foulée, et aux fins de mettre un terme à quelques confusions botaniques, partant, lexicologiques, je consacrai le 3 juin à distinguer deux espèces arboricoles égyptiennes antiques considérées comme sacrées : chaouab, perséa et mimusops, trois termes successivement employés pour ne définir qu'une seule d'entre elles ; arbre-iched et balanite qualifiant la seconde.  

 

     A l'extrémité de l'étagère, c'est à un autre fruit que nous accordâmes nos derniers rendez-vous : la noix-doum que je vous fis apprécier le 10 juin, avant de nous tourner, le 17, vers le palmier qui l'offrait et l'offre encore aux Égyptiens.

 

     C'est néanmoins avec les dieux et les relations qui furent leurs vis-à-vis de cet arbre qu'avant notre interruption estivale, nous apposâmes le point momentanément final  : Min le 24 juin, Taouret le 1er juillet et Thot le mardi 8 suivant.

 

     Maintenant que d'une certaine manière vous avez recouvré tout ou parties de ce temps quelque peu perdu parmi vos souvenirs, - il vous suffit au besoin d'un clic sur chacune des dates mentionnées pour les raviver avec une précision accrue -, tournons-nous, voulez-vous, vers l'avenir tout en continuant bien sûr d'accorder un oeil attentif à notre étagère :

 

 

Etagere---Fruits-et-legumes---Vitrine-6--Cote-Seine---.JPG

 

quels trésors nous révèlera-t-elle encore ?

 

     Hormis les deux simulacres de pièces de viande de l'extrême gauche sur lesquels, pour l'heure, je n'escompte absolument pas m'épancher, j'entends poursuivre l'évocation des autres fruits exposés qui n'attendent que notre bon regard.

     Et, demeurons cohérents, de commencer par les dattes : ainsi, après le palmier-doum, je vous propose, dès le 9 septembre, de faire plus ample connaissance avec le palmier-dattier. Peut-être d'ailleurs eussé-je dû, dans ce même esprit de préséance que tant mit à l'honneur le duc de Saint-Simon dans ses passionnants Mémoires, commencer par ce dernier arbre. Tout choix étant d'une certaine manière stochastique, le hasard - ou plus vraisemblablement, la proximité à la droite de l'étagère du fruit du mimusops et de la noix-doum - me fit d'abord m'occuper de l'un plutôt que de l'autre.

Mais peu vous chaut, je présume ...

 

    Mardi prochain, jour officiel de notre rentrée au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, puis-je compter sur votre présence, amis visiteurs, pour que nous reprenions nos investigations phyto-religieuses ? 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

Cendrine 09/09/2014 23:43

Bonsoir Richard,
L'émotion des souvenirs est profondément palpable à travers les mots que vous semez, dans une ronde fleurie, à proximité de ce banc pétri d'instants qui ne sauraient se flétrir. Quand recherche
littéraire et ressenti s'entrelacent, on savoure sans compter les heures qui s'affolent peut-être en d'autres lieux mais qui là prennent le temps d'exister. Les mots sont l'émanation de la vie, de
ses fines et insolentes dentelles et si les fantômes de la pensée ont une myriade de choses à dire qu'ils parlent donc car on aime être « hanté » de la sorte !
Proust marque pour moi un commencement, celui de l'Université. A Michel de Montaigne (Bordeaux III), les nouveaux étudiants se présentaient grâce à une dissertation consacrée à Proust, en toute
« liberté ». Il fallait choisir un thème ou un personnage et exprimer ce que cela nous inspirait.
Je me suis souvenue de l'adolescence et du cocon dans lequel Proust m'enveloppait et je me suis attachée à « peindre », à travers l'encre des mots, le personnage d'Elstir (en évoquant
Whistler, Turner, Boudin, Helleu...) mais aussi la musique, etc.
Ceux qui n'aimaient pas étaient libres de le dire et d'argumenter.
Pendant mes études de Lettres Modernes, je devais choisir (comme les autres étudiants) trois cents ouvrages à lire la première année. L'esprit rempli de mots en fusion, je me suis retrouvée -après
m'être perdue- dans les bâtiments d'Histoire de l'Art et d'Archéologie et j'ai demandé une dérogation pour pouvoir mener de front un double apprentissage. J'ai donc lu, compulsivement, jusqu'à
oublier où je me trouvais, comme nombre d'étudiants, littéraires de coeur et d'âme qui hantaient les longs couloirs de la fac.
J'aime Proust mais aussi Zola et Maupassant. J'aime profondément Scarron dont le Roman Comique a été pour moi une révélation et un plaisir sans fin. J'ai choisi le théâtre en Maîtrise et étudié
l'art des pièces à machines nées sous la plume de Pierre Corneille et de son jeune frère Thomas. En DEA, les oeuvres complètes de Molière et leur illustration au XVIIe et au XVIIIe siècles sont
devenues le sujet de mon mémoire. Depuis cette époque, je relis Molière très souvent, c'est ma madeleine à moi avec les textes d'auteurs comme Henry James, Ann Radcliffe, Horace Walpole.
Vous m'avez alléchée avec vos madeleines, j'ai donc eu envie de vous parler des miennes car la passion se nourrit de multiples influences. L'esprit est toujours en chevauchée, que ce soit dans les
sables d'or de l'Egypte ancienne ou sur les pages des livres aimés qui ont forgé différentes parties de nous-mêmes.

Je lis vos écrits avec gourmandise, vous le savez déjà.

Amicalement

Cendrine

Richard LEJEUNE 10/09/2014 17:15



     Immense merci à vous, chère Cendrine pour ce beau spicilège de confidences à propos de vos années d'Étudiante et des goûts littéraires qui sont
vôtres. 



Michèle F. 08/09/2014 12:15

Bien de votre avis sur les philosophes : je me suis cassé les dents sur certains que vous citez, en particulier les contemporains. Certaines émissions philosophiques sur France Culture me sont
restées fermées pour cette même raison de langage. Et pour aller dans votre sens, je me souviens de mes anciennes années de lycée, quand je trouvais si belles à lire les Pensées de Pascal....
En revanche, je n'ai jamais été rebutée par les phrases longues. Que faudrait-il dire alors de Faulkner, de Musil et de bien d'autres. Bien sûr, il faut lire avec une certaine concentration mais
enfin, ce n'est tout de même pas la mer à boire, cette phrase proustienne dont on fait des montagnes....

Richard LEJEUNE 08/09/2014 12:31



     Entièrement d'accord avec vous, Michèle, à propos des "longues soies" de Proust. 


(Que cette métaphore de la comtesse de Noailles me plaît !)


 


     Nonobstant, il est certain que ceux qui ne souhaitent pas poursuivre la lecture de la Recherche - ou ceux qui ne veulent même pas
l'envisager ! -, excipent de leur présence.


     Et ni vous ni moi n'y pouvons mais !



Michèle 06/09/2014 11:18

Pardon d'ajouter mon grain de sel à "Proust philosophe". La philosophie requiert généralement la connaissance d'un langage très spécifique (comme celui de la médecine ou d'autres sciences) que les
"non-philosophes" ont du mal à déchiffrer. Or, ce Proust philosophe utilise un langage littéraire qui n'a pas lieu de rebuter quiconque.

Richard LEJEUNE 08/09/2014 08:02



     Oula ! Pourquoi vous excuser d'intervenir, Michèle ?


     C'est toujours pour moi un plaisir de découvrir et de répondre aux commentaires qui me sont adressés.


 


     Je ne serai pas aussi catégorique que vous sur deux points.


 


     * À propos de la philosophie en général.


     Il est évident que si, d'emblée, l'on approche l'Éthique envisagée "more geometrico" par Spinoza, les trois
"Critiques" de Kant ou le "Dasein" de Heidegger, vous avez entièrement raison de mettre l'accent sur la spécificité de la langue employée.


     En revanche, si l'on se lance dans Platon, les Stoïciens ou les Cyniques grecs, si l'on poursuit par exemple par Montaigne ou Rousseau, pour
arriver à Nietzsche, nul besoin me semble-t-il de connaître  un vocabulaire autre que celui que nous utilisons régulièrement.


Ne pensez-vous pas ? 


 


     * A propos de Proust en particulier.


     Il faut malheureusement admettre que, pour beaucoup, - et ici, je n'évoque pas nécessairement mes lecteurs mais des personnes, nombreuses, de
tous milieux professionnels, côtoyés depuis tant d'années -, la phrase, - pas le vocabulaire -, de Proust rebute, à tout le moins en première lecture, et que peu "s'accrochent" pour persévérer
dans l'oeuvre.


     Raison pour laquelle je ne souhaitais pas dès l'abord m'étendre sur son aspect philosophique.



Carole 05/09/2014 00:55

J'irai plus loin que vous. Je pense que c'est un grand philosophe. L'un des plus grands, peut-être.

Richard LEJEUNE 05/09/2014 08:06



     La lecture de la Recherche paraît tellement difficile pour beaucoup qu'il ne faut pas, je pense, trop insister sur le Proust
philosophe : cela rebuterait peut-être encore davantage ceux qui souhaitent aborder son oeuvre. D'où le "bémol" prudent de ma réponse à votre commentaire précédent. 


 


     Mais il est évident, Carole, que vous avez entièrement raison.





     Dans le petit ouvrage de Laura el Makki que je viens de citer ci-dessus en m'adressant à Alain, Raphaël Enthoven développe magistralement ce
thème de Proust "autant philosophe que romancier" (p. 178). Pour lui, "La Recherche est un concentré de ce à quoi nous n'avons pas de réponse." (p. 179)


 


      Et c'est avec brio qu'il traite des "rapports" de Proust avec Montaigne, Schopenhaueur, Nietzsche et Camus. Passionnant ! 





     Mais à 16 ans, évidemment, je n'eus pas conscience de ce pan philosophique dans l'oeuvre que je découvrais.  



Alain 04/09/2014 08:38

Étrange comme cet été maussade incite à des lectures proustiennes ?
Sur le tard, il y a quelques années, j’avais ébauché « Du côté de chez Swann ». Ce premier essai m’avait plongé dans un sentiment mitigé de langueur proustienne, que ces immenses phrases me
renvoyaient, et la sensation qu’il y avait là quelque chose d’important.
Puis, cet été, je me suis attaqué au « Jeunes filles » (non, je ne suis pas tombé dans la débauche !). En dehors de quelques périodes d’assoupissement car le texte exige une bonne concentration, je
suis entré dans ces phrases longues, lentes, descriptives, d’une grande beauté littéraire.
L’esprit et le talent contenu dans cette œuvre m’ont plongé dans une sorte de nostalgie, que l’on ne retrouve pas chez d’autres grands auteurs. Difficile à expliquer : retrouverais-je comme une
réminiscence de tout mon temps perdu ?
Je vais continuer.
Merci pour ce bel article.

Richard LEJEUNE 05/09/2014 07:40



     "Le malheur, c'est qu'il faut que les gens soient très malades ou se cassent une jambe pour avoir le temps de lire la Recherche",
soutenait Robert Proust, frère de Marcel.


C'est à tout le moins ce qu'écrit Laura el Makki dans son introduction à un petit ouvrage qui me paraissait au départ "gentillet", mais qui, en réalité,
constitue l'intéressante transposition écrite d'une série d'émissions de France Inter diffusées l'été 2013, dans lesquelles elle recevait les plus grands connaisseurs français actuels de
Proust.


 


     Et la présentatrice de poursuivre : "Il a cependant omis une troisième possibilité : les vacances d'été (...) Soudain le temps ralentit, se
dilate, s'évapore. Et plus rien n'existe hormis la Recherche, entre nos mains."  


 


     Je crois, Alain, que quel que soit le climat, les vacances constituent un moment favorable pour entrer chez Proust, s'avancer dans les couloirs
de sa réflexion, en sortir parfois, mais inévitablement, toujours y revenir, au gré de nos humeurs, de notre ressenti, de notre propre sensibilité littéraire.


     Peut-être aussi y eut-il la continuation du phénomène de "mode" initié par les libraires en 2013, année où l'on célébra Proust ou, plus
exactement, le centenaire de la publication du premier tome de la Recherche que tu as découvert voici quelques années.


     Mais finalement, peu importe, mode ou pas mode, l'essentiel à mes yeux étant que Proust agrège encore de nouveaux lecteurs.


 


     Merci à toi d'avoir apporter ta pierre au monument proustien ...    




christiana 03/09/2014 09:01

Oui, oui! Tu as parfaitement raison! Mon cerveau était complètement évidé!!! Honte à moi! J'ai écrit n'importe quoi, en cliquant trop vite, sans relire, trop tard, impossible de rattraper ces
clics! Je crois que la peinture en bâtiment à outrance n'aide pas à la concentration. Mais je vais bientôt aller me reposer, ouf!

Richard LEJEUNE 03/09/2014 09:17



     Alors, bonnes vacances, Christiana. Et profites-en au maximum ... 



Carole 03/09/2014 01:51

Juste une remarque : parler de Proust, ce n'est jamais digresser, puisque c'est l'un de ces écrivains qui nous guide toujours vers l'essentiel.
Merci pour le lien si gentiment inséré dans ce bel article d'une structure en effet si proustienne.

Richard LEJEUNE 03/09/2014 08:37



     Pour le lien vers votre billet, quoi de plus naturel, Carole ?


 


     Quant à la lecture de Proust, - et bien au-delà de l'aspect romanesque de son oeuvre -, elle présente, à un certain âge de la vie, un aspect
philosophique non négligeable, et pourtant également peu mis en lumière par les historiens de la littérature.       



J-P.Silvestre 02/09/2014 18:29

Voici la naissance d'un débat entre admirateurs et contempteurs de Proust... auquel je ne me mêlerai pas mais je suis ravi de vous retrouver sur votre blog et dans les commentaires dont vous
gratifiez le mien. Merci Richard !

Richard LEJEUNE 03/09/2014 08:31



     Et pourquoi ne pas vous en mêler, Jean-Pierre ? Avez-vous, peu ou prou, lu Proust ?



FAN 02/09/2014 17:21

Ravie de vous lire cher Richard, hélas, je n'ai jamais apprécié Proust et ses longues phrases alambiquées et je pense qu'il est sans doute un auteur qui peut montrer au "lecteur" le chemin de la
sensibilité masculine! En revanche, il m'ennuie, lui et moi n'avons pas la même Madeleine, je ne lui en veut pas mais je lui préfère d'autres nostalgies!! BISOUS FAN

Richard LEJEUNE 03/09/2014 08:26



     Merci chère Fan de vous positionner parmi les détracteurs de Proust : c'est un choix et il nous faut le respecter.


 


     Permettez-moi toutefois d'indiquer que si, effectivement, ce sont ses longues phrases que l'on épingle le plus souvent, je ne suis pas certain
que "mesurant" son oeuvre avec les moyens informatiques actuellement à notre disposition, ce soit mathématiquement parlant elles qui l'emportent.


 


     Ne commençons que par le célèbre incipit : Longtemps je me suis couché de bonne heure.


Et je vous assure qu'il y en a encore de plus courtes !


Notamment celle-ci, qui me plaît énormément et sur laquelle il y aurait beaucoup à gloser :  


La lecture est une amitié.


 


     Bon, je vous l'accorde, par honnêteté intellectuelle, j'ajoute qu'elle n'est pas dans son oeuvre romanesque, mais dans un texte intitulé Sur
la lecture, qu'il écrivit pour préfacer un ouvrage de l'écrivain et poète anglais John Ruskin ...



Michèle 02/09/2014 16:39

C'est à 19 ans que j'ai lu Proust pour la première fois et que j'en ai été éblouie. Comme j'étais encore très jeune, trop jeune pour être déjà à la recherche de mon temps perdu, que je me trouvais
hospitalisée, ce qui m'a frappée tout d'abord, de la part d'un écrivain réputé si difficile et dont les longues phrases à méandres ne me posaient pas de problème, ce qui m'a frappée, donc, c'est
que cet écrivain "difficile", soit si drôle et que j'en puisse goûter l'humour presque à chaque page. Ce fut une révélation car personne n'en parlait jamais.
J'ai lu la Recherche plus de quatre fois, et à chaque fois de façon différente puisque, entre deux lectures, j'avais vieilli et changé. Et c'est bien parce que j'avais changé que j'y trouvais, à
chaque fois, un intérêt nouveau. Je ne m'en suis jamais lassée.

Richard LEJEUNE 03/09/2014 08:12



     Merci pour ce témoignage qui, on l'aura compris, s'inscrit dans le droit fil de mon propre ressenti.


 


     Vous avez entièrement raison d'insister sur ce point, Madame, effectivement peu mis en lumière par ses exégètes : Proust fait souvent preuve de
beaucoup d'humour tout au long de la "Recherche".


 



christiana 02/09/2014 11:18

Oups! évidement avec un seul m! Il est temps que je parte en vacances moi aussi!

Richard LEJEUNE 03/09/2014 07:58



    Ou de te reposer de tes travaux de rénovation : tu n'as, dans un premier temps, commis aucune erreur : l'adverbe "évidemment" s'écrit bien avec deux M ; alors que "évidement", avec un seul M, correspond à l'action d'évider ...


un cerveau, par exemple . 



christiana 02/09/2014 11:16

Evidemment, le 20 ans après final n'a rien à faire là!

Richard LEJEUNE 03/09/2014 07:54



     J'avais bien compris ...



christiana 02/09/2014 11:14

Cher Richard,
Très heureuse de ton retour sur le blog.

J'ai moi aussi commencé, pour la première fois, la lecture cet été de Proust sur tes conseils. Quelques pages de-ci de-là au fil des jours chauds de juillet, pluvieux d'août et, il faut bien le
dire, du peu de temps libre à pouvoir consacrer à la lecture. Je sais qu'il y a les inconditionnels qui le portent aux nues et ceux qui détestent... Je dois bien t'avouer que je ne fais partie
d'aucune de ces deux catégories. Je suis en admiration devant le style magnifique. Je n'avais, en effet, jamais rien lu de pareil. Souvent, je reviens en arrière pour relire une phrase
particulièrement belle, pour goûter une image suggérée, réfléchir à une idée, bref, j'avance très lentement et au risque de te décevoir, après 10 ou 20 pages, je m'ennuie, je baille et j'abandonne.
Je me force à y revenir quelques jours plus tard car je ne veux pas mourir idiote et je me dis que peut-être j'attraperai le virus moi aussi un peu plus loin.
Peut-être faut-il découvrir un auteur à l'adolescence pour l'aimer à ce point? Comme un premier amour qu'on n'oublie jamais?
Ce premier amour fut pour moi Zola. J'ai lu "Au bonheur des dames" un peu au hasard, puis un deuxième, puis un troisième et enfin la totalité des Rougon-Macquart dans le désordre plus les trois
villes, les quatre évangiles et même les contes.
20 ans plus tard, j'ai relu les Rougon-Macquart dans l'ordre chronologique et j'ai ai découvert une nouvelle dimension, une œuvre autour de l'œuvre que je n'avais qu'entr'aperçue la première
fois.
Et pourtant, je sais que pour beaucoup aujourd'hui, Zola est une vieille barbe démodée... Pour moi, il est mon premier coup de foudre...
J'espère que tu ne m'en voudras pas d'avoir des goûts divergents.
A chacun sa madeleine...
Contente de retrouver tes billets égyptiens, j'ai pensé à toi et à tes enseignements au British Museum.
20 ans après,

Richard LEJEUNE 03/09/2014 07:53



    Que tu avances lentement alors que tu abordes Proust pour la première fois, Christiana, ne m'étonne guère : il mérite amplement qu'on le savoure, que
l'on se délecte de son style, de ses "longues soies", de ses métaphores.


 


     Qu'il ait ses thuriféraires mais aussi ses contempteurs ne m'étonne pas plus : je présume que les commentaires auxquels cet article de rentrée va
donner lieu corroboreront cet état de fait qui dure depuis un siècle : faut-il encore rappeler, - honte de l'édition française !! -, que Du côté de chez Swann fut refusé en 1913 par
le comité de lecture de la NRF (plus tard, Gallimard) dans lequel figuraient notamment Jean Schlumberger et André Gide ? Et que, in fine, Grasset accepta de le publier ... mais à compte
d'auteur !


 


     En revanche, que toi, grande lectrice, tu t'ennuies après 10 ou 20 pages, me déconcerte un peu. Je ne suis pas certain qu'il faille découvrir un
auteur à l'adolescence pour à ce point le porter au pinacle, mais je pense très fortement - eu égard à mon propre parcours - que Proust a raison quand il avance que l'on se souvient "autant
des circonstances de la lecture que de la lecture elle-même" : l'année de mes 16 ans, seul en vacances sans mes parents chez ma grand-mère maternelle, la présence, dans le village, de
"jeunes filles en fleurs" dont je recherchais plutôt l'éclat que l'ombre, voilà peut-être, m'expliquerait Tonton Sigmund, des circonstances qui furent déterminantes.


 


     Ceci posé, que tes premières amours littéraires soient les Rougon-Macquart, - ce qui ne me surprend nullement -, n'est en rien rédhibitoire à mes
yeux : c'est de toute évidence notre propre sensibilité qui détermine le fait que nous aimions ou non l'oeuvre d'un auteur.


Ne pas apprécier Proust ou ne pas poursuivre sa lecture pourtant entamée ne signifie nullement "mourir idiot".


Et, rassure-toi, ne pas épouser mes goûts n'entraîne aucun ostracisme.


Je te souhaite néanmoins d'essayer de persévérer, un peu, sans toutefois dépassser tes propres limites : il serait malheureux que tu arrives à le détester !





     Merci pour ton aimable dernière phrase : elle me donne à penser qu'égyptologiquement parlant, mon blog a vraisemblablement sa raison d'être
...     



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