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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 23:00

 

 

  Texte-Thoutmosis-III---Akh-Menou.jpg

 

© Richard  LEJEUNE

 

repris de  Paul BARGUET

 

Le temple d'Amon-Rê à Karnak. Essai d'exégèse

  Le Caire, I.F.A.O., 3ème édition, 2008,

p. 172.

 

 

 

     ... Il a fait, en tant que son monument pour son père Amon-Rê, l'aimé, l'acte d'élever pour lui l'Akh-Menou, comme quelque chose de nouveau, en grès.


(Traduction personnelle)

 

 

 

     Rien ne fut assez beau, vous l'aurez certainement remarqué, amis visiteurs, lors d'un séjour à Thèbes, rien ne fut assez grandiose aux yeux de Thoutmosis III pour glorifier dans la pierre du temple de Karnak le dieu Amon d'avoir pendant près de vingt ans rendu son coeur pugnace et son bras victorieux, invincible : obélisques, chapelles, piliers héraldiques à la décoration sommitale manifestant la suprématie du souverain tout à la fois sur la Haute et la Basse-Egypte, pylônes dont les scènes gravées précisent au peuple des croyants pour lesquels ces portes matérialisaient le point ultime au-delà duquel seuls Pharaon et prêtres ritualistes avaient droit d'entrée, les fonctions cultuelles et conquérantes réunies dans les mains royales ; mais aussi aménagements d'une nouvelle enceinte contre laquelle viendraient immanquablement s'essouffler les éventuelles manifestations du chaos extérieur, ainsi que d'un immense complexe liturgique : l'Akh Menou

 

     De ce temple de régénération du roi, de cet Akh Menou brillant de monuments ou, pour être plus précis, Menkheperrê Akh Menou, comprenez : Menkhepperê (nom d'intronisation de Thoutmosis III) est brillant de monuments -, de cet ensemble de constructions sises au-delà de la Cour du Moyen Empire,

 

 

 Akhmenou---Vue-d-ensemble--c--Sonia-.jpg

 

j'eus déjà l'opportunité de vous entretenir quand, de conserve, en juin 2011, nous avions, rappelez-vous, admiré, au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, plus précisément en sa salle 12 bis, la Chambre des Ancêtres de ce même souverain, reconstituée grâce aux blocs rapportés d'Égypte au XIXème siècle par Émile Prisse d'Avennes.

 

     En revanche, de ce que le roi conquérant souhaita au nord-est de cet Akh Menoude cet ensemble architectural que les égyptologues sont convenus d'appeler Jardin botaniqueje n'eus point encore l'heur d'ici l'évoquer.

 

     Une première salle rectangulaire, communément qualifiée de "vestibule", relativement étroite, aux murs désormais écrêtés à plus ou moins 1,80 mètre et dont les quatre colonnes papyriformes fasciculées surmontées d'architraves encore en place donnent à penser qu'exista là le plus haut plafond l'endroit, 

 

Colonnade-du-Jardin-botanique-de-Thoutmosis-III---Contre-pl.JPG

 

 

n'est plus constituée que de parois fort abîmées, de sorte que de la décoration initiale ne subsistent que des bas-reliefs de végétaux et d'animaux, - des oiseaux surtout -, visibles sur le seul registre inférieur,

 

 

Jardin-botanique--Pl.-XXVIII-et-XXVII-chez-N.-Beaux---c-Fr.jpg

 

ainsi que des textes hiéroglyphiques évoquant uniquement la flore ramenée par le souverain en l'an 25 de son règne aux fins probables de les acclimater sur les rives du Nil :

 

     ... toutes sortes de plantes étranges, et toutes sortes de fleurs choisies qui se trouvent dans la Terre du dieu, et qui ont été apportées à Sa Majesté quand Sa Majesté s'est rendue au Retchenou supérieur pour renverser les pays (du Nord), selon ce qu'avait ordonné son père Amon qui a placé toutes les terres sous ses sandales depuis (ce jour) jusqu'à des millions d'années. 

 

 

      Dans une seconde salle voisine, ornée de niches, çà et là quelques scènes, également à caractères botanique et zoologique.

 

         Personnellement, de ce superbe décor naturaliste,

 

 

Akhmenou---Mimusops--c-Sonia-.jpg

 

et aux fins d'illustrer l'un des fruits exposés sur l'étagère de la vitrine 6, côté Seine, de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre


 

02. Légumres et fruits (L.-p.)

 

 

où vous avez, souvenez-vous, trois semaines durant, appris à mieux connaître la laitue, permettez-moi ce matin de retenir uniquement le mimusops - ici, au-dessus, tout à droite.

 

     A Karnak, vous le distinguerez à gauche, juste avant le premier des volatiles de la partie supérieure,

 

 

Fruits-du-Mimusops--c-Francois-.jpg

 

 

 ainsi qu'un peu plus bas, avant l'autre série d'oiseaux.


     Ces deux figurations bien distinctes sur une même paroi ont ceci de particulier qu'elles ressortissent au domaine de la tératologie, c'est-à-dire des malformations que peuvent connaître certains êtres vivants ; en l'occurrence, ici, un végétal.

 

     Je m'explique.

 

     Le fruit éponyme de l'arbre appelé mimusops, j'y reviendrai la semaine prochaine, se présente normalement seul sur son pédicelle.  

 

     En revanche, vous l'aurez remarqué, ceux du Jardin botanique de Thoutmosis III relèvent de divers phénomènes d'anormalité - à moins que ce soit un exemple de fructification excessive ? - engendrant l'apparition d'un élément triple sur un pédicule unique (flèche, au-dessus) ou un ensemble multiple (flèche, en dessous), cinq en tout, également portés par une seule tige.


     Dans d'autres scènes ont aussi été figurés des mimusops doubles, voire des grappes présentant jusqu'à huit pièces : ce "surnuméraire" traduit une décision délibérée de mettre en évidence un concept de distinction, de différence. J'ajouterai au passage qu'il vous faut envisager sous le même angle de singularité les animaux, exotiques pour la plupart ou, eux aussi, affligés de difformités, évoluant dans cette flore particulière.

 

     Rien d'anodin, vous vous en doutez amis visiteurs, dans ces constatations. Et encore moins si vous voulez bien vous rappeler que j'ai précisé l'emplacement de ces scènes sur les parois des salles du Jardin botanique : au registre inférieur.

 

     Significatif, alors ?

 

     Certes ! Car que trouvez-vous habituellement au niveau des soubassements intérieurs des temples égyptiens ? Des porteurs d'offrandes, figures de fécondité, personnifications de nomes ou de domaines qui, par ce qu'ils apportent, manifestent de l'abondante production alimentaire, animale ou végétale.

 

     Or, ici, nous la retrouvons cette abondance mais autrement suggérée : vous noterez premièrement que personne ne présente rien, Thoutmosis III se contentant d'en faire simplement étalage et, deuxièmement, que si quelques plantes ou animaux traditionnels sont consentis, la plupart s'illustrent par leur exotisme, par leur étrangeté ; bref, sont totalement autres par rapport  à ce que connaissaient les Égyptiens.

 

     De sorte que cette profusion d'éléments autochtones et allochtones réunis, - le mimusops, par exemple, n'était en rien un fruit indigène, je le rappellerai bientôt -,  n'eut d'autre finalité dans l'esprit de Pharaon que de témoigner de la richesse, de la fécondité de la terre appartenant dans son intégralité - Égypte et autres pays connus à l'époque - à "son père" Amon.

 

     Et n'expriment rien d'autre les propos royaux des quelques colonnes de hiéroglyphes gravés au nord-ouest du "vestibule" dont j'ai tout à l'heure cité le début et que je peux maintenant compléter : 

 

  ... toutes sortes de plantes étranges, et toutes sortes de fleurs choisies qui se trouvent dans la Terre du dieu, et qui ont été apportées à Sa Majesté quand Sa Majesté s'est rendue au Retchenou supérieur (...)

 

     Il est arrivé qu'une terre féconde enfante pour moi ses produits. Si Ma Majesté a fait cela, c'est pour qu'ils soient à disposition de mon père Amon, dans sa grande demeure de l'Akh Menou, toujours et à jamais.         

 

 

         Mais qu'est exactement ce mimusops qui nous a offert aujourd'hui, amis visiteurs, l'opportunité d'admirer le Jardin botanique de Thoutmosis III, dans le temple d'Amon, à Karnak ?

 

     Aux fins de répondre à cette question, je vous invite à me retrouver mardi 20 mai prochain, en compagnie  de quelques égyptologues botanistes patentés.

 

         Puis-je compter sur vous ? 

 

 

 

     (Toute ma gratitude à Sonia, Anouket et François, du Forum d'égyptologie, ainsi qu'à Louvre-passion, qui tous ont contribué à magistralement illustrer la présente intervention grâce aux documents photographiques qu'ils m'ont si généreusement offerts.) 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

BARGUET Paul

Le temple d'Amon-Rê à Karnak. Essai d'exégèse, Le Caire, I.F.A.O., 3ème édition, 2008, pp. 157, 172, 198-200 et  283.

 

 

BAUM  Nathalie

Arbres et arbustes de l'Égypte ancienne, OLA 31, Louvain, Peeters, 1988, pp. 87-90.

 

 

BEAUX Nathalie

Le Cabinet de curiosités de Thoutmosis III, OLA 36, Louvain, Peeters, 1990, pp. 7-56 ; 158-60 et 314-9.

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

Cendrine 29/08/2014 15:07

Luxuriance, mystère et fécondité émanent de ce "mimusops" au nom fascinant que l'on pourrait trouver dans un livre de contes. Je suis ravie de me plonger dans votre série d'articles sur la flore,
c'est un sujet que j'aime énormément. J'ai passé une partie de l'été au Jardin des Plantes et je chemine avec joie dans "votre" jardin botanique, lieu de connaissance, de spiritualité et avant tout
de merveilles, à l'instar de ces oiseaux au trait si gracile et envoûtant.
Je file lire la suite. Belle journée Richard avec quelques rayons de soleil qui se montrent enfin. Bises amicales.
Cendrine

Richard LEJEUNE 01/09/2014 08:21



    Merci à vous, chère Cendrine qui, par "vents et marées", restez fidèle à mes articles.


 


     Constatant qu'en quelques heures, vous vous êtes offert vendredi dernier une "overdose" de fleurs et de fruits, du mimusops à la noix-doum, je
suis particulièrement heureux ce matin, non seulement de vous retrouver personnellement, mais aussi d'avoir le plaisir, à chaque fois renouvelé, de lire votre prose, toujours aussi gouleyante à
déguster ... 



Carole 22/05/2014 11:18

Aucun problème d'accès à votre blog pour moi aujourd'hui. Bonne journée !

Richard LEJEUNE 22/05/2014 12:58



     Tant mieux !


 


     Merci Carole.


 


     Bonne journée à vous également. 



christiana 17/05/2014 01:15

Les voyages de "touristes en groupe" sont, je suppose, en Egypte comme partout, terriblement frustrants! Je l'ai fait une fois à Rome et je me suis jurée de ne jamais recommencer une telle
expérience.

Mais où se trouve le Retchenou supérieur?

En regardant sur internet des photos de mimusops, je vois des feuilles épaisses, lisses et charnues dans le genre ficus elastica... J'en conclu qu'elles doivent contenir du latex, peut-être comme
ses fruits d'où une petite idée...

Richard LEJEUNE 17/05/2014 09:00



     Comme toi, je ne supporte pas ce type de déplacement touristique.


Et donc, très "scolaire" - ainsi que l'a écrit François -, je fais  partie de ceux qui préparent les visites particulières bien des semaines avant le départ,
sans toutefois emporter 14 kg de documentation ...


 


     Je suis très loin de posséder des notions de botanique comme toi, je pense, en possèdes. Dès lors, ce que j'ai écrit sur les feuilles du mimusops
que tu découvriras ce tout prochain mardi résume ce que j'en ai lu chez les auteurs cités en référence infrapaginale ; et, à vrai dire, cela ne s'accorde pas à ce que tu m'écris ici ...


     En tout cas, aucune allusion chez eux à ce latex qui te donne des idées ... 


 


     Quant au Rétchénou supérieur, il correspond, comme je l'avais un peu expliqué dans cet extrait du Conte de
Sinouhé que j'avais traduit jadis et proposé à l'été 2012, à la partie nord du couloir syro-palestinien.


 



François 16/05/2014 13:06

Peut-être certains guides lors de voyages organisés "grand public" sont-ils capables de donner quelques détails, mais en général, mieux vaut avoir avec soi sa documentation et préparer soi même ses
visites...

Lors de notre dernier voyage, des amis avaient avec eux 14 kg de documentation...
Même en visitant avec un égyptologue, il ne peut tout savoir sur tout.
(De toutes façons, il y a tant à voir qu'il est impossible de profiter de tout comme nous le faisons ici de nos visites du Louvre !!! )
Alors, en voyage, il y a les "scolaires" qui préparent leurs visites avant, savent ce qu'ils vont voir, où chercher la petite bête et dont j'envie la méthode et l'ordre, et ceux qui, comme moi, se
laissent porter, photographient tout et n'importe quoi, et refont le voyage ensuite en épluchant les photos a postériori.
Le souci est toujours la "rentabilisation" du temps passé, et que ce soit en groupe ou en individuel, il y a toujours des choses que l'on est obligé de laisser passer au profit d'autres... Un
casse-tête et un crève-cœur, qui font que bien souvent on se sent "obligé" d'y retourner...

Richard LEJEUNE 16/05/2014 16:26



     14 kg de documentation ?!?!?! Extraordinaire !!!!


 


     Merci, François, d'avoir pris le temps de m'adresser cette réponse circonstanciée.


     Et pour sa conclusion ...



François 15/05/2014 19:38

Un lieu particulièrement séduisant que l'akh-menou, un endroit bien agréable que le "jardin botanique", et quel dommage qu'il reste si peu de son décor...
On se plait à imaginer la diversité et les couleurs probables de toutes ces représentations, et encore là, Richard, tu nous fais mettre le doigt sur un infime fragment de cette collection et
découvrir des choses devant lesquelles comme des milliers de gens, je suis passé sans les voir !
Amicalement !
François

Richard LEJEUNE 15/05/2014 20:04



     Quel bonheur pour toi, François, quel bonheur pour mes amis du Forum et probablement aussi pour beaucoup de mes lecteurs abonnés d'avoir un jour
visité l'Égypte, d'y avoir pu contempler, in situ, toutes ces merveilles architecturales ou autres que, personnellement, je ne me satisfais que de manière livresque.


 


     Raison pour laquelle je quémande photographies et, parfois, détails que les livres ne fournissent pas.


     Ainsi, puisque je t'ai "sous la main", cette question : existe-t-il, quand on visite l'Akh Menou, un guide - humain ou de papier - qui
explique la "Chambre des Ancêtres" de Thoutmosis III, qui explique le décor, faune et flore, subsistant dans son "Jardin botanique"  ?


     Ou bien le touriste est-il contraint d'avancer à la soldatesque, tête à droite, ou à gauche, c'est selon, à une vitesse imposée par celle ou
celui qui, pour être toujours vu, brandit bien haut le parapluie ou un quelconque petit drapeau coloré, comme parfois dans le Hall Napoléon ou les salles du Musée du Louvre ?  



Louvre-passion 13/05/2014 21:19

En somme il semblerait que certains pharaons "herborisaient" pour acclimater certaines plantes sur les bords du Nil. Ils sont donc les lointains prédécesseurs de certains de nos souverains qui se
faisaient faire des jardins botaniques.

Richard LEJEUNE 14/05/2014 07:12



     Tout à fait, L.-p., avec toutefois cette petite différence que ceux des souverains français qui "s'offrirent" des orangeries ou autres jardins
botaniques bénéficièrent de vraies plantes, de vrais fruits alors que ceux gravés sur les murs du temple de Karnak n'étaient destinés en priorité qu'à remercier et glorifier le seul dieu Amon
...



Carole 13/05/2014 15:09

Jamais je n'avais vu de mimusops. Une belle découverte donc.
En vous lisant j'ai pensé à notre "trèfle à quatre feuilles", petit monstre mutant de nos prairies banales, qui, du fait de sa rareté, nous semble magique et talismanique.

Richard LEJEUNE 14/05/2014 07:04



     Le mimusops laurifolia a maintenant complètement disparu du paysage égyptien : les modèles en faïence ou orfèvrerie et les exemplaires fossilisés
éventuellement conservés dans les musées, ainsi que ceux représentés dans l'une quelconque tombe d'un particulier, ou tératologiques, gravés sur les parois du Jardin botanique de
Thoutmosis III, constituent les seuls vestiges qu'il nous reste.


     Il est donc tout à fait normal, Carole, qu'il soit fort peu connu ...  


 


     En revanche, quand on s'intéresse quelque peu à l'Égypte antique, à sa flore et aux notions phyto-religieuses qu'elle véhicule, l'on apprend très
vite que ce fruit fut porteur d'une importante symbolique aux yeux des Égyptiens pratiquement jusqu'à l'époque copte.


 


     C'est ce que je me propose de bientôt vous faire découvrir ...


 


     Mais d'abord, essayons de mieux le connaître : je vous donne donc rendez-vous à cet effet mardi prochain, 20 mai ...  



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