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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 23:00

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,

Je respire I'odeur de ton sein chaleureux,

Je vois se dérouler des rivages heureux

Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone ;

 

Une île paresseuse où la nature donne

Des arbres singuliers et des fruits savoureux

 (...)

 

 

 

 

Charles  BAUDELAIRE

Parfum exotique

(Les Fleurs du Mal)

 

dans Oeuvres complètes,

Paris, Seuil,

p. 56 de mon édition de 1968

 

 

 

 

     Au cours de nos deux dernières rencontres, amis visiteurs, celles des 13 et 20 mai, j'ai cru bon d'évoquer le mimusops, ce fruit de l'arbre éponyme, parce que vous en avez un simulacre en faïence siliceuse bleue ici devant vous, dans la vitrine 6, côté Seine, de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre (E 14190)

 

 

E 14190 - Fruit du mimusops

 

 

et surtout, un peu plus loin, quelques exemplaires d'un brun orangé, vrais ceux-là, dans cette coupelle de la vitrine 9 ; j'y reviendrai en temps utile.

 

Coupe-6---Fruits-du-Mimusops--N-1417-.JPG

 

     

     Vous aurez alors remarqué qu'afin de mieux connaître ce mimusops, je fis appel à la littérature des Anciens, qu'elle soit scientifique, avec Théophraste ou classique, avec Diodore de Sicile, Pline ou Strabon, revue et parfois amendée par des savants qui nous sont plus contemporains, tels G. Schweinfurth, V. Loret, R. Germer, N. Beaux et N. Beaum, parmi d'autres ...

 

     L'exergue de ce matin vous ayant probablement mis la puce à l'oreille, vous aurez deviné qu'il me siérait aujourd'hui, en vue d'apposer un point définitivement final à ce sujet, d'inviter la poésie amoureuse, voire d'un érotisme chaleureusement sensuel, - comme la définissait feu l'égyptologue belge Philippe Derchain -, qui fit florès au milieu de la XVIIIème dynastie, soit approximativement au début du XIVème siècle avant notre ère, dans une classe sociale privilégiée grâce à l'opulence toute nouvelle que permirent les conquêtes, notamment celles de Thoutmosis III, ainsi que je vous le laissai sous-entendre, dans la rubrique Littérature égyptienne, en 2008, quand je vous fis lire quelques chants d'amour. 

 

     Et notamment, dans le cycle de ceux du Papyrus Harris 500, celui-ci, - anonyme, comme toute la littérature égyptienne d'ailleurs, les "Sagesses" exceptées -, que je vous propose dans la traduction de Pascal Vernus :  

 

Je suis en train de descendre le fleuve

Sur "l'eau du Souverain, Vie, Santé, Force",

Après être entrée dans "Le-(bras)-de-Rê".

J'ai l'intention d'aller préparer les tentes,

A l'occasion de l'ouverture de l'embouchure au canal-Ity.

Je me mettrai à courir sans m'arrêter.

J'évoquerai Rê en pensée ;

Et alors je regarderai l'entrée du "frère",

Quand il se dirigera vers le "Domaine".


Je veux me tenir avec toi près de l'embouchure du canal-Ity,

Et que tu entraînes mon coeur vers Héliopolis de Rê,

Tandis que je me mettrai à l'écart avec toi

Près des arbres parmi ceux du Domaine.

Je veux saisir les arbres du Domaine,

Que je prendrai comme mon éventail.

 

Je regarderai ce qu'il fera,

Tandis que mon visage sera tourné vers le Jardin,

Et que mon giron sera empli de (fruits du) perséa,

Ma chevelure sera ployante de baume,

Tandis que je serai comme la Vénérable maîtresse des Deux-Pays ...

 

 

     Vous aurez compris, amis visiteurs, qu'à Héliopolis se prépare une fête en l'honneur de la crue du Nil, probablement à son niveau de hauteur maximal autorisant ainsi la mise en eau d'un canal qui permettra l'alimentation de toute la région.

 

     Une jeune fille, la "soeur", profite de sa fonction d'aider à élever des tentes vraisemblablement en vue d'héberger tous ceux qui participaient aux festivités, pour rencontrer le jeune homme, le "frère", qu'elle chérit.


     (Permettez-moi d'indiquer dans cette parenthèse que semblables formulations, caractéristiques dans la poésie amoureuse égyptienne, définissaient, au-delà de toute considération familiale, ceux qui s'aimaient ; et d'ajouter que, notamment dans le premier vers de L'invitation au voyage, ainsi que dans sa version en prose, Charles Baudelaire adoptera cette même notion de "soeur d'élection".)

 

     Dans l'extrait du poème du Papyrus Harris que je viens de vous réciter, il m'intéresserait maintenant d'épingler plus particulièrement ce vers qui, j'espère, ne vous sera pas passé inaperçu :

 

     ... Et que mon giron sera empli de (fruits du) perséa 

 

     Autrement dit, après avoir coupé, en guise d'éventail destiné à se protéger de la chaleur ambiante, l'une ou l'autre branche feuillue de l'arbre lui-même - que nous connaissons maintenant, rappelez-vous, sous le nom scientifique de Mimusops laurifolia, ou schimperi -, la jeune fille en cueillera quelques fruits dont elle embellira sa poitrine.

 

     Si l'art égyptien de la statuaire vous a familiarisés avec divers motifs végétaux stylisés, gravés à la pointe des seins, qu'ils soient de déesses, de reines ou de particulières, la poésie amoureuse n'est pas en reste : seins-fleursseins-fruits -, pour reprendre les belles et poétiques images de l'ouvrage de Richard-Alain Jean et Anne-Marie Loyrette référencé ci-dessous -, s'y retrouvent à l'envi : fleurs de lotus mais aussi fruits du grenadier, du palmier-doum, de la mandragore ou, comme ici, du mimusops, sont prétextes à comparaison avec les seins de l'Aimée.  

 

    Assimilations bizarres, conclurez-vous peut-être.

     Pas vraiment si vous considérez la symbolique érotique dont certaines fleurs, certains fruits, - prémices aux rapports amoureux -, étaient porteurs. 

 

     Geste bizarre que de poser des mimusops sur sa poitrine, penserez-vous également.

     Pas vraiment si vous tenez compte que, parmi d'autres croyances phyto-religieuses, ce fruit, que les Égyptiens voyaient arriver à pleine maturité à la fin de la saison sèche, paraissait annoncer la venue de la crue du Nil nourricier, promettant fertilisation des terres agricoles, partant, abondance au pays et à ses habitants.


     De sorte que j'aime à interpréter la décision de la jeune fille comme le désir de faire comprendre à l'Aimé qu'à l'instar du fleuve, mais aussi des végétaux, preuves manifestes d'un monde fructueux et fécond, elle est elle-même belle promesse de fertilité.


     Aussi, peut-elle annoncer, en parlant de lui :

 

     Je regarderai ce qu'il fera ... 

 

     Quelle plus belle invite serait-elle encore à même d'adresser à celui dont elle espère l'étreinte ?

 

     Tels les bouquets et les guirlandes funéraires ornant le cou et le torse de certaines momies que j'ai rapidement évoqués la semaine dernière parce que composés de branchages, de feuilles et de fruits du mimusops, gages, par analogie avec le cycle solaire, du retour à la vie, d'une nouvelle naissance assurée au défunt dans l'Au-delà, ces drupes dont elle se couvre la poitrine, doivent à ses yeux et devront à ceux du jeune homme être aussi gages d'autres nouvelles naissances : celle de leur passion amoureuse, celle des enfants à venir ...

 

     Un texte anonyme grec, - Papyrus Oxyrhinchus XV 1796 -, ne proclamera-t-il pas, un millier d'années plus tard :

 

     Puisse le perséa frais sous ses verts feuillages porter de très beaux fruits (...)

Sa maturité sous la sécheresse est le signe qu'est proche le jour agréable où l'on verra l'eau nouvelle du Nil débordant, lorsque l'arbre ayant bu, voit, sous l'effet du changement d'air, s'élever hors du nouveau bourgeon en même temps que le fruit, une jeune pousse qui s'étend dans le verger

 

 

     Et notre poème consigné sur le P. Harris 500 de se terminer par ce vers :

 

     ... Tandis que je serai comme la Vénérable maîtresse des Deux-Pays ...

 

     Probablement est-il fait là significative allusion à la déesse Hathor, principe féminin universel, source de l'activité créatrice, à propos de laquelle, à maintes reprises déjà, j'ai souligné l'importance des symboles sexuels qu'elle véhiculait ; notamment à la fin de ce rendez-vous dédié aux cuillères ornées.

   

     L'éros, conclut fort à propos Philippe Derchain, fut, par toute une part de la philosophie égyptienne, regardé comme le premier moteur de l'univers.

 

     C'est à cette symbolique érotique qu'à nouveau, amis visiteurs, en invitant cette fois le fruit du mimusops à notre table, j'ai choisi de vous rendre sensibles ce matin.

 

     Fûtes-vous convaincus ?

     Vos commentaires, éventuellement, le confirmeront ... ou l'infirmeront. 

 

 

 

      (Remerciements appuyés à un lecteur parisien qui m'a fait l'immense plaisir de se rendre au Louvre pour y photographier en gros plans toutes les coupelles exposées dans le socle-vitrine 9 que nous aborderons en détails ... dans quelques mois, voire l'année prochaine plus probablement.)

 

     

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

BONNEAU  Danielle

La crue du Nil, divinité égyptienne à travers mille ans d'histoire, 332 av. J.-C. - 641 ap. J.-C., d'après les auteurs grecs et latins, et les documents des époques ptolémaïque, romaine et byzantine, Paris, Klincksiek, 1964, pp. 49-50.


 

DERCHAIN  Philippe

Le lotus, la mandragore et le perséa, dans CdE Tome L, n° 99-100, Bruxelles, F.E.R.E., Janvier-Juillet 1975, pp. 82-6.

 

 

JEAN Richard-Alain/LOYRETTE Anne-Marie

La mère, l'enfant et le lait en Égypte ancienne. Traditions médico-religieuses. Une étude de sénologie égyptienne (Textes médicaux des Papyrus Ramesseum n° III et IV), Paris, L'Harmattan, 2010, pp. 72 et 79.

 

 

VERNUS  Pascal

Le cycle du Papyrus Harris 500. Premier ensemble, dans Chants d'amour de l'Égypte antique, Paris, Imprimerie Nationale Éditions, 1993, pp. 77-8 et 181. 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

Corpsrimes 29/10/2014 09:55

Bonjour,

C'est par le biais d'une amie, "ma Plume Fée dans Paris" (Cendrine), et par votre lien sur son blog, que je découvre le vôtre. J'aime aussi l'Egypte, plus spécialement, "les rites, la magie, et la
grandeur de cette civilisation". J'ai d'ailleurs écris un court poème dans le thème sur mon blog "Les portes de l'éternité",
http://corpsrimes.eklablog.com/les-portes-de-l-eternite-c20626281/3
Je reviendrai vous lire, car votre blog est très enrichissant.
Je vous souhaite une bonne journée automnale.
PS : En tant que poétesse, "nous sommes les "passeurs", ceux et celles qui ont repris le flambeau des poètes d'antan". Bien des poètes sur les blogs, ont le mérite d'y avoir "inscris" leur plume,
de chair et de sang...
Amicalement et ma rose d'amitié.
CorpsRimes.

Richard LEJEUNE 03/11/2014 08:04



     Bienvenue et merci à vous pour cette appréciation laudative.


 


     À bientôt ?



Cendrine 02/09/2014 02:32

C'est moi qui vous remercie Richard, tant par la générosité dont vous faites preuve que par votre ouverture d'esprit, celle d'un ouvreur de chemins dont jamais la passion ne faiblit.

Je pense que bien des civilisations ont été proches (même sans s'être forcément rencontrées) et que certaines questions qui se posent nous amènent à établir des passerelles entre différents thèmes.
Vient aussi la richesse du partage et du dialogue qui s'établit avec sincérité sans crainte de se sentir jugé.

Merci à vous et bonne rentrée.

Cendrine

Richard LEJEUNE 02/09/2014 07:20



     Il est des rencontres, sur le Net, - et cela me ravit ! -, qui offrent une richesse considérable : la vôtre, chère Cendrine, en fait partie
...



Michèle 01/09/2014 18:13

C'est vrai mais je les trouve parfois tirées par les cheveux. Trop de redites, trop de chapitres superficiellement traités, trop de renvois agaçants du père au fils.
France Culture vient de rediffuser les anciennes conférences d'André Maurois. Elles datent, certes, mais on y retrouve un Proust très vivant.
Il faut voir aussi l'admirable façon dont le cinéaste Raoul Ruiz a traité le Temps Retrouvé.

Richard LEJEUNE 02/09/2014 06:58



     Je vous concède l'agacement de ces allusions papa/fiston chez les Enthoven ...


Mais la surprise passée, j'ai décidé de ne pas m'y attarder et de ne retenir de l'ouvrage que ce que j'apprenais de neuf ... 



Michèle 01/09/2014 14:06

Aucun mystère : je suis arrivée chez vous par le blog de Carole. Historienne de formation, je suis plutôt formée en histoire moderne et contemporaine (en particulier l'histoire des institutions).
Mais, très littéraire, je suis aussi une lectrice et relectrice de Proust (je le relis à intervalles réguliers de cinq ou six ans et c'est très intéressant parce qu'à chaque fois que je le
reprends,naturellement, j'ai changé, et je vois d'autres facettes).
Sur Proust, j'ai lu beaucoup de choses, en particulier la biographie de Tadié. On m'a récemment offert "Le Dictionnaire amoureux de Proust" qui ne m'a guère enthousiasmée.
Je suis malheureusement assez ignare en égyptologie mais votre blog pourra peut-être y remédier en partie.
Je précise, à toutes fins utiles, que les commentaires de "Michèle" chez Hublots ne sont pas forcément de moi.

Richard LEJEUNE 01/09/2014 14:45



     Merci Madame pour ces précisions.


 


     Jean-Yves Tadié, bien sûr. La bio, oui, mais aussi son "Proust et le roman", (Gallimard, Coll. Tel n° 98) et son récent "Le lac
inconnu. Entre Proust et Freud", (Gallimard, Connaissance de l'inconscient, 2012).


 


     Je présume que vous disposez aussi - podcasts du Collège de France librement téléchargeables sur ce site -, des différents cours d'Antoine Compagnon et/ou des textes du séminaire 2006-2007 (Proust, la
mémoire et la littérature, publié chez Odile Jacob en 2009) ...


 


     Personnellement, le "Dico amoureux" des Enthoven - j'y fais allusion demain - a retenu mon attention grâce à un certain nombre d'entrées que je
ne m'attendais nullement à trouver concernant Proust ...   



Michèle 01/09/2014 10:40

Oui, l'abîme est grand mais en cherchant bien... J'étais, moi aussi, dans cette désespérance. Puis je suis tombée sur des blogs littéraires grâce auxquels j'ai découvert un certain nombre de
pépites de la littérature française contemporaine, riche finalement mais à faible diffusion il est vrai. Je me permets de vous en citer deux : "Le clavier cannibale" (blog de Claro, écrivain et
traducteur) et "Hublots" (blog de Philippe Hannocque, écrivain et professeur de lettres). Ces deux blogs offrent une réflexion poussée et libre sur un certain nombre de parutions actuelles.
Naturellement, on ne peut pas tout lire de ce qui est présenté. J'ai fait des choix et je n'ai jamais été déçue.

Richard LEJEUNE 01/09/2014 10:48



     Merci à vous, Michèle, pour ces nouveaux liens. Que je conserve précieusement. Et que je visiterai tout bientôt ... après avoir peaufiné mes articles de rentrée, le premier étant programmé pour demain, mardi 2 septembre.


 


(Je vous y donne rendez-vous, aux fins peut-être, d'échanger à propos de Proust ... Mais chut ! Je ne soulève pas plus haut
le voile ...)


 


     Ceci posé, et dans un tout autre ordre d'idées : puis-je vous demander comment vous êtes arrivée sur mon petit blog d'égyptologie ?
  



Michèle 01/09/2014 09:11

http://pierre-jourde.blogs.nouvelobs.com/jacques-bertin/

Richard LEJEUNE 01/09/2014 10:09



     Merci Madame pour ce lien qui conduit à la poésie de Jacques Bertin ... et qui, avec les propos de Pierre Jourde, corrobore le sentiment que
j'exprime depuis un long temps : quelques "happy fews" - (pour reprendre l'anglicisme de Jourde) - sont dans le secret des dieux simplement parce que l'abîme est grand entre production
et diffusion ...  



Cendrine 29/08/2014 15:39

Seins fleurs et fruits, courbes sensuelles aux parfums qui hantent ceux qui les approchent, fruits bijoux et perles de sève sucrée... avec le mimusops je me sens entrer dans le jardin de la Rose,
sur les pas de l'Amant qui se laisse guider par Déduit.
Le plus souvent aujourd'hui, les fruits sont utilisés comme des arguments de santé (ce qu'ils sont évidemment) mais la notion de plaisir et de fête des sens est relativement oubliée or notre monde
a plus que jamais besoin de fécondité créatrice et de luxuriance du corps et des idées. Ah, retrouver les vergers de Pomone!

Merveilleuse poésie de Baudelaire...

Quant au débat sur les poètes que j'ai suivi à travers les commentaires de vos lecteurs, je pense aussi que les maisons d'édition cherchent la rentabilité et peu importe la qualité. Mes professeurs
de français à la fac m'avaient envoyée au Centre National des Lettres pour que j'y présente les miens. Ils ont reçu des prix, je ne demandais rien et ensuite j'ai vu à quoi ressemblait le
"formatage" en vigueur chez certains éditeurs. J'ai repris, humblement, mes écrits sous le bras et ça me va très bien.
Il y a pourtant une forte demande des lecteurs, je le vois sur le blog, les gens aiment la poésie et sont prêts à donner leur chance à différents auteurs.

Excellente journée Richard, je poursuis ma lecture.

Cendrine

Richard LEJEUNE 01/09/2014 08:57



     Les commentaires que vous inspirent mes articles - même se distanciant de l'égyptologie : ainsi les Celtes que je viens de croiser dans vos
réflexions à propos de ma précédente intervention et, ici, la poésie de Guillaume de Lorris -, me ravissent au plus haut point, chère Cendrine.


     Cette culture qui est vôtre et que vous associez si judicieusement à la mienne ne peut, j'en suis persuadé, qu'également combler mes lecteurs
...


 


     Merci à vous. 



Garance 31/05/2014 17:02

Bonjour Richard,
Jean-Pierre m'a recommandé votre site, quelle richesse dans vos écrits...Une anecdote à propos de JM Tennberg: Maman avait écrit à F Luchini pour lui faire part de son admiration en lui écrivant
notamment qu'il lui rappelait beaucoup JM Tennberg...elle n'a jamais eu de réponse...vexé d'être comparé ? ;-)

Richard LEJEUNE 02/06/2014 09:32



     Bonjour Garance


 


     Grand merci à vous pour l'intérêt que vous avez porté à mon modeste blog.


     Vous y êtes évidemment la bienvenue et n'hésitez pas, si besoin s'en faisait sentir, à me poser des questions auxquelles, comme à celles de tous
mes lecteurs, je me ferai un plaisir de répondre.


 


     Je ne connais pas personnellement Fabrice Luchini mais il ne m'étonnerait guère que, comme beaucoup d'autres malheureusement le plus souvent, il
soit peu accessible au commun des mortels que nous sommes ...


 


     Peu me chaut en réalité : ce n'est pas de les aborder qu'il m'intéresse, mais d'être touché par leur talent.


 



J-P.Silvestre 30/05/2014 16:29

Christiana fustige la responsabilité des "marchands de papier" dans la défection des moyens de promotion des jeunes poètes.
Ils ne sont pas les seuls ; où sont les diseurs d'autrefois qui savaient captiver l'attention des foules en récitant des grands poèmes (avec conviction)
Fort opportunément, Garance a trouvé hier, sur mon blog, un article, que j'avais un peu oublié, consacré à Jean-Marc TENNBERG le 19 octobre ...2009 !
Cet acteur avait amassé une petite fortune en interprétant à la télé et à la radio, les oeuvres poétiques des grands auteurs.
Son audience était considérable !
A l'époque de ce billet, Richard, il y a quatre ans et demi ! vous m'aviez honoré d'un commentaire où vous compariez J-M.T à Gérard Philipe.
La conclusion de mon article était la suivante :
On attend toujours son successeur.
L'attente se prolonge !
Son au

Richard LEJEUNE 30/05/2014 16:49



     Autant d'années, déjà ??? 


 


     Je viens de retourner le lire à nouveau en tapant Tennberg sur votre blog, ainsi que les commentaires des uns et des autres ; puis le mien, dans
lequel je m'étais indirectement épanché sur ma fin d'adolescence et le point de départ de ma carrière d'Enseignant ... 


 


    On attend toujours, oui, d'autres diseurs de poésie ...


 


     Un de vos commentateurs cite fort à propos Fabrice Luchini, que l'on entend malheureusement de moins en moins.


Pourtant sa lecture des Fables de Lafontaine, celle de Céline aussi m'avaient en leur temps ravi ...



Etienne Rémy 30/05/2014 12:50

Merci Richard pour cette redécouverte du "persea", le mumisops!
L'érotisme et l'Egypte ne font qu'un, comme tu l'as si bien montré plusieurs fois: l'amour, la naissance et la renaissance sont les piliers des moeurs égyptiennes antiques.

Bien à toi...

Richard LEJEUNE 30/05/2014 14:55



     La "renaissance" parfois mise à part, Etienne, - ou, à tout le moins, philosophiquement entendue -, amour et naissance ne sont-ils pas
les maîtres-mots de toute civilisation ?



christiana 30/05/2014 10:43

Réussi à éclore? Et comment? Comment faire quand on est pas journaliste, franc-maçon, juif, politique, mannequin anorexique, vedette de la chanson, du cinéma, de la téléréalité (aïe, je vais
m'attirer des ennuis car ce n'est pas politiquement correct) anonyme dans un petit coin de province pour attirer l'attention des "marchands de papier" et des médias?
Pourquoi donc Richard Lejeune qui fait un blog instructif, didactique et d'un grand talent n'est-il pas invité dans les émissions de grande écoute?

Richard LEJEUNE 30/05/2014 12:26



     Je comprends parfaitement le ressenti de la romancière que tu es, voire ton ras-le-bol par rapport aux maisons
d'éditions. Et je te sais gré de t'exprimer sur mon blog avec autant de vérité - et tant pis si certains, mais assurément ni Jean-Pierre ni moi, te trouvent politiquement incorrecte ; j'ai même
envie d'écrire tant mieux : cela entraînera peut-être de fructueux dialogues ... comme il n'y a guère sur un point de médecine. 





     Cela donnera un peu d'animation, aussi. Car "professer" devant un auditoire qui
commente le plus souvent de manière laudative ou qui ose à peine poser une question en s'en excusant presque - comme si j'avais tout dit sur tout ! - devient à la longue quelque peu
perturbant.


     J'ai si souvent l'impression d'être seul à monologuer devant mon reflet s'ombrant sur
les vitrines du Louvre ...   





     Aussi suis-je heureux quand quelques fidèles comme toi, François et l'un ou l'autre souhaitent parfois en savoir
plus et me donnent le plaisir de creuser plus profondément encore un sujet aux fins de répondre à leur attente.


Là, je me retrouve avec inestimable bonheur au temps heureux de mes années d'Enseignant ; raison pour laquelle, en définitive, j'ai créé ce
blog après ma mise à la retraite.




     Merci pour ta présence. Interviens à ta meilleure convenance ...



J-P.Silvestre 29/05/2014 16:51

Que les "marchands de papier" comme dit Christiana, n'éditent plus les poèmes, c'est, malheureusement exact, comme l'absence totale d'émission sur la poésie depuis la disparition, avec son
créateur, Jean-Pierre ROSNAY, du "Club des poètes" diffusée très tardivement sur les antennes de l'ORTF à partir de 1961.
Je crois, quand même, que s'il existait des talents égaux à ceux de Verlaine ou Baudelaire, ils auraient réussi à éclore. Sinon ce serait dramatique.

Richard LEJEUNE 30/05/2014 07:29



     Je le pense également, Jean-Pierre.


 


     Mais peut-être comme au temps de Soljenitsyne existe-il un samizdat sans que nous soyons au courant ...



christiana 28/05/2014 23:49

Mais ils sont toujours là! Simplement, tu ne les vois plus parce que les "marchands de papiers" ne les éditent plus, ils préfèrent miser sur la biographie d'Angelina Jolie ou sur le dernier roman
de Marc Lévy, le problème n'est pas l'absence de talents mais l'absence de prise de risques et de vocation d'éditeurs. Tu vas me dire que le résultat est le même, l'absence...

Richard LEJEUNE 29/05/2014 07:59



     Oui, malheureusement, Christiana.


 


    Ta conclusion rejoint notre "désespoir" à Jean-Pierre et moi ...



Christiana 28/05/2014 20:31

Non je ne connaissais pas ceux que j'ai agréablement découverts, c'est au hasard des blocs et des forums. Une dame pleine de talent vient de m'envoyer son petit recueil et je suis devenue amie avec
une française qui est venue chez moi. Le hasard.

Richard LEJEUNE 28/05/2014 21:23



     Je comprends. Mais conviens avec moi, Christiana, qu'une hirondelle ne fait pas le printemps.


     Et qu'ainsi envisagés, nos propos ne peuvent aucunement donner tort au triste constat de Jean-Pierre ... auquel je suis malheureusement bien
obligé d'adhérer, même si j'attends de ceux que par exemple tu connais qu'une lueur d'espoir, une lueur de renouveau se fasse jour le plus rapidement possible ; que de nouveaux Ronsard, Villon,
Baudelaire, Eluard et tant d'autres me fassent à nouveau vibrer comme au temps de mon adolescence ... 



christiana 28/05/2014 14:21

Non, je ne connais pas ceux de Verlaine, je connais ceux d'Apollinaire, trop crus et pornographiques aussi.
Je ne parlais pas des poètes de catalogues d'éditeurs mais de poètes inconnus trouvés sur internet (sur leurs propres sites) et non répertoriés officiellement.

Richard LEJEUNE 28/05/2014 19:55



      Faut-il encore préalablement les connaître pour se rendre sur leur site personnel ...



François 28/05/2014 12:57

Je finis par constater que chaque fois qu'on se penche un peu sur un sujet, immanquablement, on en vient à la symbolique de l'érotisme... Voilà qui fait tourner le monde depuis toujours...

Mais me voilà dérouté, du coup, par l'arbre-iched et ses fruits destinés à recevoir le nom du roi...
Comment nommer ce fruit du balanites aegyptiaca que l'on voit le plus souvent décrit comme fruit du persea ?

Il va falloir faire un peu de ménage dans les idées reçues à ce sujet comme avec les cuillers à offrandes !

Probablement !
François

Richard LEJEUNE 28/05/2014 13:23



"Voilà qui fait tourner le monde depuis toujours", écris-tu, François.


 


     Ta conclusion s'avance tout à fait dans le droit fil de celle de Philippe Derchain, citée dans mon intervention d'hier ...


 


     Dérouté ?


     Je pense en effet qu'on le serait à moins puisque, comme je l'ai expliqué dans cette série d'articles, les égyptologues eux-mêmes mirent du
temps, beaucoup de temps à s'accorder.


 


     J'ai toutefois essayé de synthétiser la situation - que ce soit dans ma deuxième contribution ou sur notre Forum - quand j'ai conclu, fort de mes
lectures :


 


De nos jours, Renate GERMER a définitivement démontré que :

Chouab = perséa = Mimusops laurifolia (ou schimperi)



Arbre-iched = balanites aegyptiaca. 


 


     Il est vrai, pour répondre à ta question, que j'aurais pu ajouter que le fruit du balanites, est, selon Nathalie Baum (p. 269),
actuellement nommé "datte du désert".


 


     Ce qui correspond à ce que les Arabes appellent "lebakh".



christiana 28/05/2014 11:17

Je ne suis pas d'accord avec JP Silvestre. Depuis Prévert, Aragon, le vide sidéral? Non, il y a toujours de merveilleux poètes pour qui sait prendre la peine de les dénicher... Le vide sidéral, il
est du côté des maisons d'édition qui ne font plus que dans le "rentable". Ils ne sont d'ailleurs plus des éditeurs mais des marchands de papier, le vide sidéral aussi dans les moyens de promotion,
la poésie ne passe pas à la télévision, elle ne fait pas des parts de marché et comme les (vrais) journaux littéraires n'existent quasiment plus... Reste internet qui permet parfois de tomber sur
de petits bijoux...

Je suis parfaitement convaincue par cette symbolique érotique que j'ai parfois moi-même invitée dans mes toiles pour faire passer des messages amoureux. Pratique de se cacher derrière la
symbolique!

Je termine par ce beau poème de Verlaine: Green

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.

J'arrive tout couvert encore de rosée
Que le vent du matin vient glacer à mon front.
Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée
Rêve des chers instants qui la délasseront.

Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
Toute sonore encor de vos derniers baisers
Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête
Et que je dorme un peu puisque vous reposez.

Richard LEJEUNE 28/05/2014 11:47



     "Reste internet qui permet parfois de tomber sur de petits bijoux", écris-tu.


Je retiens le "parfois" et note que pour le reste de ta démonstration, que tu le veuilles ou non, tu es en définitive d'accord avec Jean-Pierre.


Car si les poètes ne sont plus publiés, s'ils ne sont plus écoutés dans des émissions littéraires, il ne reste qu'éventuellement la "bonne chanson" française pour
nous les faire connaître. Non ?


 


     Par curiosité, je viens de feuilleter ici sur le Net le catalogue de la collection Poésies/Gallimard que j'aimais tant, adolescent.


Parmi les dernières parutions : petit nouveau, certes, Houellebecq - mais je n'aime pas sa prose dite poétique, en tout cas pas celle que Jean-Louis Aubert vient de
mettre en musique -, côtoie Leiris, Desnos, Neruda ... et Verlaine.


Avoue que, globalement, ils ne représentent pas vraiment l'avenir de la poésie !





     Et quant au plus "consultés, ce sont quand même de "vieille" pointures : Cendras, Char, Eluard, Artaud, Fargue ...


 


     En outre, on est chez Gallimard : tout le monde n'a pas cette chance d'entrer dans la Grande Maison !


 


     Et donc, oui, vide sidéral ...


 


Merci pour Green.  


 


     J'ai hésité en réalité pour mon exergue entre Baudelaire et lui.


Mais aussi entre le Verlaine expurgé et le Verlaine des poèmes érotiques - publiés sous le manteau - honorant tant les femmes que les garçons, ceux-là franchement
pornographiques dans la crudité du vocabulaire employé.


(Les connais-tu ?)





     De sorte que j'ai tranché, et choisi Baudelaire.



Carole 28/05/2014 00:27

Convaincue ? Bien sûr, mais surtout, une fois de plus, éblouie par l'incroyable beauté de ces poèmes si anciens que vous citez.

Richard LEJEUNE 28/05/2014 08:34



    D'autant plus éblouissant, Carole, qu'il est malaisé de les traduire : ou nous nous essayons à une approche la plus littérale possible - et là,
parfois, la poésie originelle doit probablement ne plus être respectée (problème de toute traduction d'une langue dans une autre) ou nous traduisons en fonction de notre sensibilité et, surtout,
de la langue que nous pratiquons, et qui peut évoluer d'une décennie à une autre.





     J'espère que vous avez visité les liens que j'ai fournis : vous aurez alors compris que, suivant l'un ou l'autre des égyptologues, sachant
évidemment que le sens reste le même, la beauté de leur style propre peut nous faire apprécier une version plutôt qu'une autre ... 


 


     Heureusement, la science à laquelle nous a initiés Champollion, s'affine au fil des années. De sorte que des ouvrages philologiques paraissent
qui commencent à nous faire comprendre qu'il y avait un rythme, des figures de styles particulières, des jeux de mots même - que nos traductions ne rendent qu'imparfaitement -, qui donnaient très
certainement à ces textes un tout autre aspect que celui que nous leur prêtons ...


 


     Sans évidemment évoquer le fait que, comme dans toute langue, des allitérations, des jeux de sonorités nous échappent vraisemblablement.


 


     Et à mon avis, irrémédiablement ... dans la mesure où cette langue n'est plus "prononcée". Nous n'en connaîtronsdonc  jamais la valeur
phonétique. 



Louvre-passion 27/05/2014 21:13

Bien évidemment je suis convaincu par ton argumentaire. Quand aux quelques photos que j'ai pu faire et t'envoyer, ce n'est pas grand chose. J'ai la chance d'habiter pas loin du Louvre alors si je
peux en faire profiter les autres tant mieux.

Richard LEJEUNE 28/05/2014 08:38



     Une nouvelle fois, en mon nom et en celui de mes lecteurs, merci à toi, V.


Non seulement pour ta disponibilité, pour l'amabilité qui est tienne de nous accorder de ton temps, mais aussi pour l'excellence des clichés que tu nous
offres.



J-P.Silvestre 27/05/2014 15:22

Que sont les poètes devenus ?
Baudelaire était le digne héritier d'une longue tradition qui, vous me l'apprenez, remonte à la haute antiquité égyptienne.
Il a eu des successeurs, Prévert, Aragon... mais depuis leur disparition ?
C'est le vide sidéral !

Richard LEJEUNE 28/05/2014 08:43



     Sauf à penser qu'il existe encore de jeunes poètes à découvrir qui, comme Barbara, Brel et Brassens en leur temps, s'offrent le plaisir d'inviter
la poésie dans leurs chansons ...


 



PASSION SCULPTURE 27/05/2014 00:43

Comme toujours ton article est passionnant ! Un grand remerciement pour tout ce savoir dont tu nous fais don.
Et je reviendrai lire les commentaires et tes réponses auxdits commentaires qui sont très souvent d'une grande richesse.
MERCI, merci sincèrement.

Richard LEJEUNE 28/05/2014 08:44



     Merci à toi, Maryvonne, pour ces quelques mots qui me touchent ...



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