Vendredi 22 février 2013 5 22 /02 /Fév /2013 08:39

 

KHAY - 01. Vue pyramide

 

 

    Grâce à l'immense gentillesse du Professeur Laboury de l'Université de Liège (ULg.) - qui a eu l'amitié de m'adresser les quelques clichés qui émailleront la présente intervention, - grand merci à toi, Dimitri ! -, à droite sur la photo ci-dessous, en compagnie du Professeur Laurent Bavay de l'Université libre de Bruxelles (ULB),

 

 

KHAY - 07. Laurent Bavay et Dimitri Laboury sur le site

 

 

je vous propose ce matin, amis lecteurs, de virtuellement visiter le site archéologique de la colline de Cheik Abd el-Gournah qu'ils fouillent depuis un certain nombre d'années.


 

KHAY - 05. Gourna (vue ballon 2010) Secteur ULB-ULg


 

     Avec la finalité de comprendre l'organisation des tombes privées d'une série de hauts dignitaires du Nouvel Empire, les unes par rapport aux autres, - pour quelles raisons choisir tel endroit précis de la nécropole ? ou telle conception architecturale interne ? -, la mission de l'ULB mène depuis 1999 des recherches en ce lieu de la rive ouest de Louxor, riche d'un millier de sépultures dont plus de 400 sont superbement décorées.

 

     Rappelez-vous cette interview de Laurent Bavay datant de juin 2010 que je vous fis écouter hier et qui explique la découverte préalable - la "redécouverte" en fait - d'une tombe (TT C3 sur le plan ci-après),


 

KHAY - 06 - Plan secteur ULB-ULg

 

 

ayant appartenu à un certain Amenhotep, substitut (entendez : premier assistant) du chancelier Sennefer (comprenez : une sorte de Ministre des finances dans la mesure où il s'occupe de contrôler le Trésor royal), dont l'hypogée fut étudié par une mission de l'Université de Cambridge entre 1992 et 2002 (TT 99 sur le même plan), à proximité d'ailleurs de la tombe d'un autre Sennefer (TT 96), quant à lui "Prince de la ville de Thèbes", et plus connue sous le nom de "Tombe aux Vignes".


     En effet, après quelques années de fouilles dirigées par feu le Professeur Roland Tefnin dans le secteur qui avait été dévolu à l'ULB par le Conseil Suprême des Antiquités de la République arabe d'Égypte, c'est à partir de 2006 que Laurent Bavay étend ses recherches dans les environs immédiats et découvre - bonheur intense d'archéologue ! - une grande cour comme celles qui, fréquentes dans la nécropole privée du Nouvel Empire, ici, mais aussi à Deir el-Medineh, précèdent les monumentales chapelles pyramidales des hauts fonctionnaires palatiaux de l'époque ramesside.

 

     Il faut savoir, amis lecteurs, qu'est fort réducteur le fait de s'imaginer que les seules pyramides existant en Égypte datent de l'Ancien Empire - l'on pense en effet à celles de Chéops, Chéphren et Mykérinos, tout en oubliant souvent qu'elles furent une septantaine à être édifiées pour les différents souverains qui se sont succédé à cette époque - et parfois plusieurs d'entre elles, pour un seul et même souverain !

 

     Mais elles ne furent pas les seules ! En effet, au Nouvel Empire, les tombes - appelées hypogées -, se groupèrent essentiellement dans une montagne à l'ouest du Nil, à l'ouest de Thèbes, devenue capitale. Et là, dans ce qu'il est parfois convenu de nommer la "Vallée des Nobles", les grands dignitaires du royaume reçurent de leur souverain le privilège de creuser leur "maison d'éternité" qui, à partir de Ramsès II, comportait une cour dans laquelle était élevée une pyramide, certes nettement moins haute que celles des rois de l'Ancien Empire, mais néanmoins imposante.

 

     Enfin, et dans la seule volonté d'être le plus complet possible, permettez-moi de vous rappeler aussi celles de Méroé, ancienne capitale nubienne, au Soudan actuel, que j'avais rapidement évoquées dans une intervention dédiée au Nantais Frédéric Cailliaud et à ses voyages en Égypte et en Nubie.

 

     Après cette petite et nécessaire mise au point, revenons, voulez-vous, à Laurent Bavay. En 2006 donc, il entame des fouilles dans une cour qui devait, trois années plus tard, l'amener à une tombe qui se révéla être celle d'Amenhotep, déjà découverte par l'archéologue suédois Karl Piehl (1853-1904) à la fin du 19ème siècle, et perdue depuis.

 

     Si les textes mais aussi les peintures murales présents à l'intérieur permirent de déterminer les nom et fonction du propriétaire, ils indiquèrent que le chancelier Sennefer, sous les ordres duquel travaillait Amenhotep, était également son beau-père, dans la mesure où l'assistant avait épousé Renena, la propre fille de son patron.


 

KHAY - 08. Renena, épouse d'Amenhotep, substitut du chance

 

 

     En 2010, l'Université de Liège s'associa aux recherches de l'ULB dans le secteur et, sous les directions conjointes de Laurent Bavay et de Dimitri Laboury - ce dernier déjà présent sur le terrain depuis de très nombreuses années puisqu'il avait été un des étudiants du Professeur Tefnin et l'avait notamment accompagné en tant qu'épigraphiste -, la prospection de la grande cour de la sépulture d'Amenhotep se poursuivit jusqu'à ce que, tout dernièrement, les deux archéologues belges découvrent les vestiges


 

KHAY - 02. Vue pyramide

 

 

d'une pyramide de 12 mètres de côté qui fut surmontée - vraisemblablement à une quinzaine de mètres de hauteur -, d'un pyramidion en grano-diorite (déjà exhumé au cours de la précédente campagne, en février 2012)  

 

 

KHAY - 04. Pyramidion pyramide de Khay

 

 

dont une face au moins était gravée d'un relief en creux peint représentant le défunt (petit éclat de droite ci-dessus) rendant hommage au dieu Rê-Horakhty, assis, et que surmonte un disque solaire (fragments de gauche).

 

     Au sein des briques crues de la pyramide écroulée, les fouilleurs belges mirent au jour plusieurs dizaines de briques cuites de même format (32 x 18 x 8 centimètres) telles que celle-ci 

KHAY - 03. Brique au nom du vizir Khay

 

qui avaient la bienvenue particularité d'offrir une empreinte de sceau apposée avant la cuisson dont les hiéroglyphes révélèrent le nom et les titres du propriétaire :

 

     L'Osiris, - comprenez le défunt -, le noble, le prince, celui du rideau (titre viziral), le dignitaire, le chef de la Ville - comprenez : de la ville de pyramide, ce qui correspond à un autre titre viziral, datant déjà de l'Ancien Empire), le Vizir de Haute et de Basse-Égypte, Khay.

 

     Connu par ailleurs, Khay exerça ses fonctions une quinzaine d'années durant sous le règne de Ramsès II.

 

     Sa tombe véritable, en contrebas, n'a pas encore été fouillée dans la mesure où elle se dissimule sous une maison villageoise ... toujours habitée. 

 

 

(Bavay/Laboury : 2012, 62-72)

Par Richard LEJEUNE - Publié dans : RichArt - Communauté : ÉGYPTO-ARCHÉOLOGIE
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