L'Egypte au Louvre

Mardi 10 novembre 2009

     " La plus noble conquête que l'homme ait jamais faite est celle de ce fier et fougueux animal, qui partage avec lui les fatigues de la guerre et la gloire des combats ; aussi intrépide que son maître, le cheval voit le péril et l'affronte ; il se fait au bruit des armes, il l'aime, il le cherche et s'anime de la même ardeur : il partage aussi ses plaisirs ; à la chasse, aux tournois, à la course, il brille, il étincelle. Mais docile autant que courageux, il ne se laisse point emporter à son feu ; il sait réprimer ses mouvements. Non seulement il fléchit sous la main de celui qui le guide, mais il semble consulter ses désirs et, obéissant toujours aux impressions qu'il en reçoit, il se précipite, se modère ou s'arrête : c'est une créature qui renonce à son être pour n'exister que par la volonté d'un autre, qui sait même la prévenir ; qui par la promptitude et la précision de ses mouvements, l'exprime et l'exécute ; qui sent autant qu'on le désire, et se rend autant qu'on veut ; qui, se livrant sans réserve, ne se refuse à rien, sert de toutes ses forces, s'excède, et même meurt pour obéir. "


     C'est en ces termes que le naturaliste français Georges-Louis Leclerc, que la littérature a retenu sous le nom de comte de BUFFON (1707-1788), évoque le cheval, au quatrième tome de son Histoire naturelle.

     Assuré qu'il n'avait jamais eu vent de la campagne de Ramsès II contre les Hittites, à Qadesh, au XIIème siècle avant notre ère, - Buffon est décédé à l'aube de la Révolution française, à l'aube donc de la Campagne d'Egypte menée par Bonaparte, à l'aube enfin des géniales découvertes de Jean-François Champollion permettant, par le déchiffrement des hiéroglyphes, de pénétrer plus avant dans les récits égyptiens -, je pense que cet écrivain ne ferait en rien mentir les relations de la célèbre bataille antique dont on peut encore trouver, de nos jours, des représentations gravées à même les parois intérieures du spéos d'Abou Simbel, ou de l'un quelconque autre temple ramesside, à Karnak ou ailleurs.




(Je profite de l'occasion pour, ici et maintenant, chaleureusement remercier Madame Colette Faivre qui m'a généreusement accordé l'autorisation de publier son cliché d'une scène représentant Ramsès II sur son char de guerre, à la bataille de Qadesh, en l'an 5 du règne, gravée en relief dans le creux sur un des pylônes du Ramesseum, son "Château de Millions d'Années" situé au nord-ouest des colosses de Memnon).

     Il n'est aussi que de regarder à présent devant nous, dans cette première  vitrine  de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre dans laquelle, depuis le 13 octobre dernier, nous détaillons les ostraca figurés provenant du site de Deir el-Medineh, pour nous convaincre que les termes mêmes de Buffon pour caractériser le cheval ne sont en rien de vains mots :  fier, fougueux, certes il semble l'être aussi sur les fragments de calcaire peint qu'avec l'ensemble de la petite collection je vous présenterai plus en détails mardi prochain ...

      Car aujourd'hui, ami lecteur, c'est à des considérations historiques plus générales que je voudrais consacrer notre premier entretien après le congé de Toussaint.

     A l'article "cheval" de ce plus qu'intéressant "Dictionnaire de la civilisation égyptienne" qu'il a cosigné voici exactement un demi-siècle avec deux autres égyptologues français comme lui, Jean Yoyotte, très récemment disparu, met à mal l'ancienne idée reçue que c'étaient les Hyksos, peuples guerriers d'origine asiatique, qui avaient fait connaître cet animal aux Egyptiens en envahissant et en s'emparant du nord du territoire avec leur charrerie, au XVIIIème siècle avant notre ère.

     Rien ne permet en fait d'avérer cette théorie pourtant ressassée par la majorité des  savants : car pour le Professeur Yoyotte, c'est en tant que fantassins que ces envahisseurs étrangers pénétrèrent dans la région du Delta. Et ce ne serait en réalité qu'un peu plus tard, soit vers 1600 avant notre ère, c'est-à-dire à l'extrême fin et non au début de la domination hyksos en Egypte que, via la Palestine, les Aryens qui déjà l'avaient utilisé dans tout le Proche-Orient, auraient amené le cheval jusqu'aux rives du Nil.

     Quoiqu'il en soit des hypothèses des uns et des autres quant à son origine, il est indéniable qu'étant arrivé dans le paysage égyptien quasiment au début du Nouvel Empire, soit approximativement 1500 années après la naissance de la civilisation, l'animal n'eut jamais de représentation associée à un dieu quelconque, comme Sobek ou Thoueris, par exemple, que nous avions rencontré dans la deuxième vitrine de la salle 3, rappelez-vous, en juin 2008 ; ou bien d'autres que nous découvrirons plus tard ...

     Pas de cheval, donc, dans l'imposante liste des animaux divinisés  par les Egyptiens! Pas plus d'ailleurs, comme je l'ai déjà précisé dans une réponse fournie en septembre dernier à un commentaire posté sous forme de questionnement que mon ami Jean-Claude avait laissé à propos d'un article consacré à l'élevage en général, n'en rencontrerons-nous dans la décoration des chapelles funéraires des mastabas de l'Ancien Empire ni dans celle des tombes et des temples du Moyen Empire. Et  a fortiori, truisme s'il en est, pas de trace de sa présence dans le corpus hiéroglyphique reprenant les mammifères (section E de la liste de Gardiner) mis en place à l'aube de la civilisation pharaonique : il n'y figurera en E 6
qu'à partir de l'extrême fin de la Deuxième Période intermédiaire, cabré, tête droite et jambes postérieures rejetées loin en arrière comme il sera conventionnellement le plus souvent représenté par la suite.
(D'autres hiéroglyphes de cette même liste, E 6A - B - C ..., le proposent également dans d'autres positions.)

     Et puisque j'évoque l'écriture égyptienne, permettez-moi  à présent quelques indications sémantiques et lexicographiques.

     C'est le terme sesemet qui, dans les textes de la XVIIIème dynastie, fut le plus souvent utilisé pour le désigner. C'est celui que vous retrouverez, par exemple, ici même au Louvre, dans la deuxième partie de l'immense salle 12, consacrée au temple, immédiatement à gauche en entrant, le long d'une fenêtre donnant sur la Cour Carrée, sur certains des imposants fragments de ce que les égyptologues sont convenus d'appeler le "Mur des Annales", provenant du temple d'Amon-Rê, à Karnak




     Vous m'autoriserez aujourd'hui j'espère, ami lecteur, de n'envisager ces fragments qu'au seul niveau d'un aspect du vocabulaire, préférant réserver à une intervention que je vous propose de faire le mardi 24 novembre prochain, l'évocation détaillée de leur histoire.

     C'est à un égyptologue et philologue allemand, Kurt Sethe (1869-1934)  que nous devons la publication intégrale du texte des Annales dans un recueil fondamental portant le titre générique de "Urkünden des Ägyptischen Altertums".

     Dans le cliché de la page 704 (troisième cahier de la quatrième partie, "Urkunden der 18. Dynastie") qui concerne le début de la colonne 31 gravée sur les blocs du Louvre, que je vous propose ci-après, il est fait état de la neuvième campagne du roi Thoutmosis III au Proche-Orient, en l'an 34 de son règne.


      
      On peut y lire, aux sixième et septième lignes,



la quantité de chevaux (40 - chaque "U renversé" équivaut à  une dizaine) et de chars plaqués d'or et d'argent (15) reçus en tant que butin de guerre. Et précédant le déterminatif du cheval dessiné juste avant le nombre 40 (première ligne ci-dessus), vous avez deux fois le signe hiéroglyphique qui correspond à notre S,  ensuite le hibou pour notre M et, au-dessus du cheval, la galette de pain qui  se prononce T. D'où la lecture  du terme égyptien que je signalais pour désigner l'équidé : sesemet.

      Permettez-moi d'ajouter encore, pour essayer d'être le plus complet possible, qu'à partir de la XIXème dynastie, le terme égyptien "heter" qui, précédemment désignait les boeufs attelés pour labourer un terrain, fut employé pour caractériser la paire de chevaux d'un char royal. Cela peut se comprendre par le fait qu'étymologiquement il signifiait "attacher", "lier ensemble" : ce qu'étaient en définitive les bovins travaillant aux champs.

     Pour la toute petite histoire, c'est le même terme qui servit aussi dans la langue égyptienne pour désigner les jumeaux, ainsi que les deux battants d'une porte. Seul, évidemment, le déterminatif que le scribe ajoutait  à la fin du mot permettait de comprendre dans quelle catégorie sémantique il fallait situer le substantif. 

     Revenons pour l'heure, après cette petite digression lexicologique, à la représentation de chevaux dans l'art égyptien : vous aurez d'évidence compris, ami lecteur, qu'il
faut attendre l'extrême fin de la Deuxième Période intermédiaire, et surtout le Nouvel Empire pour les voir  figurer dans des scènes gravées ou peintes faisant notamment allusion aux tributs respectueusement offerts aux souverains égyptiens par des Asiatiques, des Syriens entre autres, comme nous venons de l'apprendre avec les massifs fragments du Mur des Annales de Thoutmosis III ; mais aussi, essentiellement aux époques amarnienne et ramesside, dans des représentations de chars royaux, qu'ils soient de parade, comme celui qui, dans la tombe de Meryrê, transporte Akhenaton et Nefertiti

 

ou de chasse, emmenés par une paire de pur-sang, comme ci-dessous, cette scène d'un fonctionnaire royal,
Ouserhat, s'adonnant à ce "sport", reproduite dans sa tombe (TT 56), à Gournah.



(Les clichés ci-dessus proviennent d'excellentes études réalisées par Thierry Benderitter sur, notamment, ces deux tombes et publiées chacune dans un splendide "reportage" que je vous conseille vivement d'aller visionner chez OsirisNet. Merci encore à Thierry de m'avoir permis d'importer ici ses documents photographiques personnels.)

   
     Bien qu'entré tardivement dans la civilisation des rives du Nil, le cheval acquit donc très vite ses lettres de noblesse : en effet, jamais considéré en tant que bête de somme destinée à travailler la terre, grâce à sa rareté, il  fut dès le départ réservé à une élite : souverains, nobles et autres hauts personnages de l'Etat.

     Jamais non plus, dans cette perspective, il ne fut monté par eux. Je dois toutefois à la vérité d'ajouter qu'à partir de l'époque thoutmoside, l'animal sera chevauché directement : mais par les éclaireurs de l'armée royale uniquement.

    Les souverains utilisèrent donc l'image de leur fringant attelage comme un attribut nouveau à ajouter aux représentations pourtant déjà nombreuses d'affirmation de leur puissance.  A ce propos, les égyptologues s'accordent à reconnaître sur un petit scarabée en jaspe vert de l'époque de Thoutmosis Ier, (1, 53 cm de long pour 1, 12 de large et 0, 75 d'épaisseur), actuellement conservé au British Museum de Londres (BM 17774), la plus ancienne figuration connue d'un roi sur son char :




      Animal de prestige, donc, animal rare aussi, je viens de le faire remarquer, le cheval fut adulé par les souverains égyptiens : empanaché, orné et caparaçonné de riches étoffes brodées, il symbolisait leur richesse, leur puissance politique, mais aussi à n'en point douter, leur bravoure.

     Je ne résiste pas au plaisir de vous montrer ci-dessous l'un des superbes éventails en or, surmonté jadis de plumes d'autruche, mis au jour,
au début du XXème siècle, dans la tombe de Toutankhamon par Howard Carter. Actuellement au premier étage du Musée du Caire, j'eus la chance de l'admirer à une  très belle exposition  organisée à Bonn, en avril 2005 : Tutanchamun - Das goldene Jenseits




      On y retrouve le jeune souverain débout, guidant son char de chasse les rênes autour des reins,  accompagné de son lévrier et d'une flèche essayant d'atteindre une des autruches qui s'enfuient devant lui : remarquez la magnificence de la parure des deux pur-sang, panache au vent compris ...

     Certes, les puristes soutiendront, à raison, qu'avec les jambes antérieures ainsi fièrement lancées vers les bêtes effarouchées et les sabots des jambes postérieures seuls en contact avec le sol, les deux chevaux défient toute loi d'équilibre.

     D'aucuns ajouteront, avec la même indiscutable logique, qu'une composition donnant à voir un roi  debout, seul dans son char mené au grand galop, rênes nouées à la taille et maniant son arc ne peut aucunement rendre une réalité d'action.
Mais peu me chaut : j'ai assez insisté sur mon blog - et aurai encore souvent l'occasion de le répéter - qu'il nous faut  en ce domaine composer avec un certain nombre de conventions artistiques propres à l'art égyptien.
 
     Et comme le souligne Michel Malaise, mon ancien Professeur d'égyptologie à l'Université de Liège, dans la préface qu'il rédigea lors de la publication de la thèse de doctorat de mon ami Dimitri Laboury :

     "L'art royal égyptien ne se préoccupae pas d'abord de réalisme, encore moins de vérisme, il est plutôt un art du vraisemblable, dans lequel subsiste une place pour le message idéologique, pour l'image que le souverain désire donner de lui-même, soucieux tantôt de se rattacher à la tradition et de souligner sa légitimité, désireux à d'autres moments de s'affirmer lui-même".
 
      J'estime pour ce qui me concerne que, possible ou non, cette scène gravée sur une plaque d'or de 18, 8 cm de long et 10, 5 de haut par un artiste qui, indubitablement, excellait dans l'art de la miniature, a vraiment fière allure !

 

     A partir de la XIXème dynastie, si j'excepte l'une ou l'autre représentation de char de parade, de promenade, c'est pour illustrer les scènes uniquement poliorcétiques que le thème du cheval galopant sera repris par les artistes ; et ce, aux fins d'affirmer péremptoirement l'importance des combats menés par pharaon contre les pays étrangers. 

     En Egypte, seuls les souverains disposaient d'importants haras dirigés par une caste de hauts fonctionnaires portant des titres tels que Intendant des Ecuries royales ou Scribe des Ecuries royales qui commandaient un personnel nombreux.

     Ces haras, je pense y avoir suffisamment insisté, étaient approvisionnés par les cadeaux des  princes tributaires étrangers, essentiellement asiatiques, soumis à la puissance égyptienne ; et parmi eux, le plus grand "fournisseur" était le Retenou (Palestine méridionale actuelle) :  pour Thoutmosis III déjà, toujours d'après  les Annales au temple d'Amon-Rê de Karnak, sont répertoriées les livraisons suivantes : 24 chevaux offerts en l'an 24 du règne, 188 en l'an 30, 260 en l'an 33, 226 en l'an 35, 328 en l'an 38 et encore 229 l'année suivante ... 

     Pour beaucoup d'égyptologues donc, tous ces pur-sang, fleuron des haras royaux, proviennent  de l'étranger. Néanmoins, Jean Yoyotte, lui,  à la page 52 de l'ouvrage que je citais au début de mon intervention - et c'est sur cette note que, pour ma part j'assortirai d'un point d'interrogation, je terminerai aujourd'hui -, affirme qu'il y eut sans conteste des élevages de chevaux en Egypte, particulièrement sur "les étendues herbeuses qui bordaient le Delta, notamment vers Pithôm".

    Personnellement, mais mes connaissances d'amateur ne prétendent évidemment pas à l'exhaustivité, je n'ai en mémoire aucun document, aucune représentation dans une tombe ou un temple pour corroborer son assertion ...


(Barbotin : 2006, 76-7 ; Bouvier-Closse : 2003, 13-15 ; Caritoux : 1998, 21-6 ; Gros de Beller :  2006, 160-5 ; Laboury : 1998, II ; Posener/Sauneron/Yoyotte : 1959, 51-3 ; Reeves : 1995, 189-91 ; Sethe : 1984, 704 ; Vandier d'Abbadie : 1946, 31-8)


Par Richard LEJEUNE
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Mardi 27 octobre 2009



     Dans l'optique de l'évocation des différents objets thématisant l'élevage présentés dans la vitrine 1 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, j'avais attiré votre attention, souvenez-vous ami lecteur, le mardi 13 octobre sur ce qu'était un ostracon et, mardi dernier, sur les ostraca mettant en scène des bovidés.

     Nous nous étions quittés en envisageant d'aujourd'hui nous pencher sur deux autres de ces fragments de calcaire, à la gauche de l'ensemble des bovins, dont le singe constitue l'élement figuré principal.


     Nonobstant le fait que leur présence est parfaitement avérée sur le territoire égyptien dès la fin de la Préhistoire, - les archéologues ont en effet mis au jour des petites statuettes en pierre les représentant -, ces animaux proviennent incontestablement de Nubie, du Soudan et de l'Abyssinie où ils vivaient en toute liberté, le désert égyptien ne constituant pas vraiment leur biotope de prédilection.

     A l'Ancien Empire, les Textes des Pyramides mentionnent un dieu singe appelé "Le Grand Blanc", ou le "Grand de la Chapelle blanche", ce qui laisse sous-entendre qu'à cette époque, déjà, il était divinisé.

     Et dans les chapelles funéraires des mastabas de Saqqarah, comme ceux de Ti, de Neferirtenef,  de Mererouka, de Kagemni ..., apparaissent des scènes peintes, ou des bas-reliefs qui y font référence : on les voit se mouvoir en compagnie de leur dresseur, un nain, nu le plus souvent, et de lévriers, autre animal familier.

     Les détails sont si précis qu'il nous est possible de déterminer l'existence de deux catégories de simiens différentes : les cynocéphales, babouins lourds de silhouette (
Papio Hamadryas), connus dans la langue égyptienne sous l'appellation de kiki (ou parfois kaka) et les cercopithèques, gef en égyptien, animal de plus petite taille, mais à longue queue traînante.

     Ces peintures, nombreuses, à l'Ancien Empire, font allusion à diverses situations dans lesquelles les singes semblent être partie prenante.
Parce que rares, donc précieux,  ils furent toujours prisés : on les voit en effet participer à des scènes de danse et de musique, grimper aux arbres, virevolter avec agilité de cordages en cordages ou se pavaner sur les hautes vergues des bateaux, jouer sous le siège de leur maître (en réalité, et selon les conventions du dessin égyptien, il nous faut comprendre : à côté de ce siège).

     Mais au Moyen Empire, ce type de représentation s'amenuisant, seules les tombes des nomarques de Béni Hassan à la XIIème dynastie et celles, fouillées par l'égyptologue belge Jean Capart, de hauts fonctionnaires à el-Kab en proposent l'une ou l'autre. Cela s'explique aisément par le fait que cette période, j'ai déjà abondamment eu l'occasion de l'évoquer avec vous les 5, 16 et 23 mai derniers
, a souffert des dissensions qui ont provoqué la chute de l'Ancien Empire et entraîné un net appauvrissement de la population. Or le singe, animal de luxe et de distraction pour les riches de l'époque qui avait précédé ces luttes internes, avait perdu de son attrait dans une société plus démocratique et bouleversée par une remise en question de ses racines.

     A quelques exceptions près donc, plus de singes gambadant, grimpant, dansant ou divertissant un maître et ses enfants dans les tombeaux du Moyen Empire et de la Deuxième Période intermédiaire. Seuls les chiens semblent encore bénéficier d'une certaine faveur.

     En revanche, avec le Nouvel Empire, avec  la stabilité politique et la prospérité retrouvées grâce, notamment,
à Âhmosis, le souverain fondateur de la XVIIIème dynastie, qui pratiqua une politique coloniale d'envergure tant au Proche-Orient qu'en Nubie et au Soudan, pays "exportateurs", les singes réapparaissent en nombre dans la décoration des hypogées thébains.

     De sorte que tombeaux et temples funéraires reprennent à l'envi les thèmes des mastabas de l'Ancien Empire, mais en en modifiant certains détails : c'est ainsi que l'on ne relève plus que deux ou trois scènes avec des singes jouant dans les voiles des bateaux ; ou que ce ne sont plus des serviteurs nains (qui disparaissent d'ailleurs quasiment complètement de l'iconographie), mais bien
de jeunes esclaves nubiens, qui sont préposés à la garde de ces animaux apportés, en même temps que girafes, léopards et autres guépards, par les  tributaires étrangers, émissaires des monarques des Pays de Kouch, territoire au sud de l'Egypte, jusqu'à la quatrième cataracte, et de Pount, contrée quasiment mythique située au niveau de l'Erythrée et de la Somalie actuelles.

     La littérature fait également allusion à ces transports de simiens dans le célèbre Conte du Naufragé qui, par parenthèses, ne nous est connu que par un seul papyrus de 3, 80 mètres de long conservé au Musée de l'Ermitage à Léningrad (Ms 1115), et énumère, parmi les produits précieux de qualité tels que oliban, huile de térébinthe et autres parfums, défenses d'ivoire et chiens de chasse que les Egyptiens se procuraient précisément dans ces régions - et dont d'ailleurs font largement écho des scènes du temple d'Hatchepsout, à Deir el-Bahari -, "des cercopithèques et des babouins" que le héros chargera sur son navire.     

     Les riches de cette époque faste ne se privèrent pas de posséder plusieurs singes et, parallèlement, plusieurs jeunes esclaves nubiens pour les dresser et les garder.

     Partant de la constatation qu'ils ne sont jamais figurés avec une épaisse couche de poils dont sont affublés les mâles dans la réalité, alors que chez les femelles ce poil est nettement plus court, nous pouvons sans crainte d'erreur aucune affirmer que seules ces dernières avaient été domestiquées, l'indomptabilité de leurs partenaires empêchant leur dressage.


     Comme je l'ai souligné au tout début de notre entretien, avant cette petite introduction historique, la vitrine 1 devant nous propose deux ostraca de calcaire sur lesquels apparaît un de ces animaux.

     Le premier (E 14339), à l'arrière-plan, d'une hauteur de 9, 5 cm pour 6, 5 cm de long, d'une épaisseur de 1, 8 cm représente un jeune babouin, au cou et à la taille enserrés d'un ruban ocre, qui se déplace à quatre pattes en se retournant probablement vers le dresseur qui le maintient en laisse, avec une expression relativement menaçante, voire colérique, et pour le moins manifestement peu résignée.

   

     Si l'on se réfère aux scènes habituellement dessinées sur les ostraca, il  semblerait qu'apprendre à se mouvoir tenu en laisse constituerait effectivement la première des étapes de la future domestication ; la "leçon de danse", programmée pour divertir leurs riches propriétaires, la deuxième et, bien évidemment, la cueillette des fruits des palmiers, si souvent représentée par les artistes, la troisième.


     Le second fragment de calcaire, (E 27666) immédiatement en dessous, figure précisément semblable scène. D'une hauteur de 7, 8 cm et d'une longueur de 11 cm,  il fit partie, tout comme celui de mardi dernier portant le numéro d'inventaire E 27668, de la collection de l'égyptologue français Alexandre Varille (1909-1951) et fut acheté par le Louvre en 1994.  




         On y voit un dresseur nubien entièrement nu, reconnaissable à son crâne rasé, occupé à apprendre à un babouin qu'il tient en laisse la manière de grimper vers le sommet d'un palmier-dôm (Hyphaene Thebaica) caractérisé par un tronc droit se subdivisant en deux branches à partir d'une certaine hauteur et de larges feuilles en forme d'éventail. 

     L'artiste, pour signifier l'ensemble, n'a dessiné qu'un seul fruit à l'aspect d'une grosse et lourde grappe de noix à l'écorce brune et lisse. Vous remarquerez qu'ici les conventions de couleurs de l'art égyptien ont été parfaitement respectées pour ce qui concerne le jeune esclave nubien ; l'ocre rouge de sa peau a toutefois aussi été choisie - autre codification analogue - pour le tronc de l'arbre, légèrement rayé par ailleurs de petites zones noires figurant les traces des anciennes branches tombées au fur et à mesure de sa croissance, mais aussi pour la noix-dôm.   

   
     Arguant du fait que le singe était l'animal sacré du dieu Thot, patron des scribes, qui pouvait  ainsi être représenté sous forme de babouin, comme ici, au Musée du Louvre, dans la vitrine 10 de la salle 24, à l'étage, ce groupe (E 11153) du scribe royal  et prêtre lecteur en chef, Nebmeroutef, mais aussi que le palmier était également dédié à ce même dieu, comme le prouve, entre autres, le Papyrus Sallier qui nous a conservé une prière qui lui était adressée : "Grand palmier de soixante coudées, ô toi dans lequel sont les noix ; les noyaux sont dans ces fruits et de l'eau dans les noyaux ...", certains égyptologues, tout en admettant que cette intention ne perdura pas dans l'esprit des artistes, pensent qu'il y eut peut-être une connotation religieuse qui sous-tendit la représentation d'un singe grimpant à l'assaut d'un palmier.

     Quoiqu'il en soit de cette hypothèse, force est d'admettre que, dans la réalité quotidienne des palmeraies ou des jardins privés des nobles de la vallée du Nil, il ne devait nullement être rare de les voir s'élever jusqu'au faîte de ces arbres, soit qu'ils avaient été dressés aux fins d'en cueillir les fruits, soit parce que, plus prosaïquement, ils en raffolaient eux-mêmes.

     Je voulais aujourd'hui, ami lecteur, tenter de vous démontrer qu'à pratiquement toutes les époques de  leur histoire, les Egyptiens de la classe le plus souvent dominante, élevant dans leurs demeures quelques animaux préalablement apprivoisés, choisirent le singe pour en faire leur "jouet" favori. Certes, il y eut un côté pratique à leur présence - cueillette des fruits du palmier, divertissement -, mais je pense également que le comportement même de ce petit animal, sa drôlerie, son don d'imitation, ses facéties aussi parfois, son intelligence assurément, ne sont pas à négliger dans ce choix.

     Et pour notre part, c'est grâce aux  innombrables représentations que, sur tous supports, en firent les artistes égyptiens qu'il nous est loisible de comprendre cet engouement si sympathique qui exista pour ce petit animal.            

     Conscient, toutefois, que les deux seuls ostraca ici exposés ne sont pas suffisamment représentatifs de tous les sujets traités par ces scènes en rapport avec les singes, je ne puis, une fois encore, que vous  inciter à vous rendre à l'étage supérieur, salle 28, et à vous pencher, devant la deuxième fenêtre de droite, au-dessus du pupitre vitrine auquel je faisais déjà allusion la semaine dernière : là vous pourrez peut-être mieux "visualiser" mes propos de ce matin ... avant que, pour poursuivre notre investigation des fragments de calcaire de cette vitrine 1, nous nous retrouvions, après le petit détour par Prague prévu ce samedi 31, le mardi 10 novembre, au sortir de la semaine du congé de Toussaint ; congé que je vous souhaite d'ores et déjà très agréable.



(Andreu : 2002, 184; Lefebvre : 1988, 29-40; Vandier d'Abbadie : 1946, 6-21; 1964, 147-77; 1965, 177-88 et 1966, 143-201)

Par Richard LEJEUNE
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Mardi 20 octobre 2009

 

     Mardi dernier, ami lecteur, devant la quinzaine d'ostraca figurés de Deir el-Medineh disposés à l'avant-plan de cette première vitrine de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, après vous avoir succinctement expliqué et l'origine du terme lui-même et celle des pièces exposées dans différents musées européens, je vous avais donné rendez-vous ce matin pour, plus en détails maintenant, commencer à envisager la petite collection ici réunie, évoquant le thème de l'élevage.






     D'emblée, je voudrais attirer votre attention sur le fait que si, comme moi, vous vous êtes précédemment déjà intéressés à cette vitrine, et si vous vous souvenez des ostraca qui y étaient présents, vous remarquerez que quelques-uns d'entre eux semblent avoir disparu sans laisser d'adresse - je veux dire sans que soit comblé l'espace demeuré vide par un petit carton spécifiant la raison pour laquelle ils ne sont plus à leur place : réfection ou prêt pour une exposition dans un autre Musée.


     Rien de tel aujourd'hui : pas de notes explicatives à ces "disparitions".

     Tout de go, je vous avouerai que, quand j'ai effectué cette visite préparatoire en juin dernier,  j'ai quelque peu mené mon enquête et, en "fouillant" ici et là, ai trouvé réponse à mon interrogation : aux fins d'illustrer un autre thème ailleurs, ils ont été retirés de notre vitrine pour être emmenés à l'étage, dans l'antépénultième salle du département, la vingt-huitième, où probablement sur les instances de Christophe Barbotin,  plus spécifiquement Conservateur de cet espace sud-est du premier étage, salles 24 à 30, pratiquement juste au-dessus de nous, ils sont maintenant présentés à l'intérieur d'un meuble vitré qui,  rien d'étonnant, capte avec avidité la luminosité de la Cour Carré filtrant à travers la fenêtre devant laquelle il a été placé.


 

      C'est donc là qu'après notre entretien d'aujourd'hui, vous pourrez vous rendre si, d'aventure, vous désirez découvrir d'autres fragments semblablement décorés.

 

     Je profite de l'occasion, belle à mes yeux, d'à nouveau réitérer mes remerciements les plus appuyés à  la conceptrice du blog Louvreboîte qui a bien voulu me faire parvenir quelques-uns des clichés en gros plan des ostraca de la vitrine 1 présentés dans cet article et  les deux prochains, me permettant  par la même occasion d'éliminer ceux, parfaitement flous, que j'avais personnellement réalisés, mais aussi de confirmer avec netteté l'absence donc de certains fragments de calcaire, par rapport à mes notes des années précédentes et, par rapport au site du Louvre qui, apparemment, n'a pas encore été mis à jour puisqu'il les cite toujours comme faisant partie de cette salle 5.   

 

     Ceci étant souligné, partons à la découverte de ces éclats de calcaire décorés voici quelque 3300 ans.


     Les exemplaires de la tablette de droite, à l'avant-plan, offrent des scènes où interviennent  encore des bovidés, taureaux et veaux. Sans plus m'étendre maintenant sur leurs conditions d'existence, - j'espère que les précédentes interventions dans lesquelles j'ai évoqué cette famille d'animaux auront entièrement répondu à votre attente -, je vous propose simplement de passer en revue les dix morceaux de calcaire ici devant nous.




    
     Deux d'entre eux, placés aux  extrémités de la dernière rangée, - et, par parenthèses, offerts  au Louvre par Michèle et David Streitz -, n'ont pas reçu de numéro de référence ou plutôt, il a été oublié de les assortir du petit cartel d'identité traditionnel. En outre, si la base de données consultable sur le site du Musée mentionne quant à elle ce numéro d'inventaire, il n'en est pas proposé de reproduction. Aussi, ami lecteur, devrez-vous aujourd'hui vous contenter d'un dessin, malheureusement non coloré, réalisé jadis par  l'égyptologue française, Madame Jeanne Vandier d'Abbadie, pour le catalogue des ostraca figurés de Deir el-Medineh qu'elle avait publié.

     Le premier éclat de calcaire (N 1562), à l'extrémité gauche de la rangée du haut donc, représente un taureau marchant vers la droite accompagné, au second plan, d'un bouvier
qui lui tient la corne de la main gauche, la droite étant posée sur le dos de la bête décorée : ce détail, souvenez-vous, nous autorise à penser qu'il la menait au sacrifice.





     Coiffé des trois mèches frisées typiques des Nubiens au crâne par ailleurs complètement rasé, l'homme porte une jupe plissée et une amulette de coeur sur la poitrine. Détail supplémentaire intéressant : un sorte de rosace orne l'encolure du taureau. Depuis le Nouvel Empire en effet, la ferrade était devenue une tradition : les bovins marqués ainsi au fer rouge pouvaient facilement être identifiés par rapport à un propriétaire, souvent d'ailleurs un temple d'Amon.

     A l'autre extrémité de cette même rangée, le second ostraca dépourvu de cartel, (E 14302), représente lui aussi un taureau, mais cette fois se dirigeant vers la gauche, et précédé de son  gardien qui le tire par une corde.

  
    

 

     Vêtu d'un pagne s'arrêtant aux genoux, portant les cheveux longs, il tient de la main gauche le bâton recourbé typique de sa profession.

 

     Entre ces deux exemplaires d'une même scène, une vache, cette fois, suivie d'un bouvier qui la tient par une longe, tous deux se dirigeant vers la droite, est dessinée à l'encre rouge sur un ostracon (E 14344) de 7, 4 cm de haut, de 10, 7 cm de long et d’une épaisseur de 1, 26 cm. 




    

     A l'extrémité droite de l'avant-dernière rangée, sur l'éclat de calcaire (E 14345), d’une hauteur de 6, 6 cm pour 12 cm de long et  d'une épaisseur de 2, 4 cm, don de l’égyptologue français, professeur au Collège de France, le chanoine Etienne Drioton (1889-1961), c'est à l'encre noire qu'est figurée la vache qui se dirige  également vers la droite. Tout comme le précédent, l'homme est vêtu d'une jupe longue. 

 




     A l'autre extrémité de cette même rangée, le seul exemplaire de notre série portant une inscription faisant référence au bouvier et au bétail dont il s'occupe (E 7661).






     Devant nous, à droite, le tout premier ostraca, (E 14367), figure, pour sa part, un taureau sauvage chargeant son gardien : le mouvement imprimé par l'artiste aux deux pattes antérieures de l'animal, l'attitude effrayée de l'homme, les deux mains levées comme pour se protéger de l'assaut, le bâton brandi dans la droite ne font aucun doute quant à la lecture que l'on peut apporter à cette scène.

     Toutefois, ce sujet en définitive rarement traité dans l'iconographie égyptienne, paraît fort peu représentatif de la réalité : l'on devrait, me semble-t-il, plus certainement voir l'animal fonçant sur le  personnage en mauvaise posture, tête baissée et cornes menaçantes ... 


 



      C'est un peu la même scène que l'on retrouve, juste derrière, à la deuxième rangée, sur l'ostracon de droite (E 27668), ayant appartenu à un autre égyptologue français, Alexandre Varille (1909-1951), puis acquis par le Louvre en 1994 : d'une hauteur de 8, 3 cm pour 10, 7 de long,  il nous montre un jeune bouvier essayant de capturer un taureau sauvage à superbe pelage rouge et noir.

     C'est plus naturellement qu'ici, il a disposé sa corde au creux de son bras; cette même corde que, très bizarrement d'ailleurs, l'artiste précédent a placée, telle une auréole, au-dessus de la tête du bouvier.





     Dans le même registre, mais nettement moins réussi, vous remarquerez celui aux traits noirs (E 25305), à sa gauche,  - don également de Michèle et David Streitz -, qui relate le combat d'un Asiatique avec un taureau sauvage.




      Toutes ces pièces que nous venons d'évoquer, ami lecteur, vous l'aurez vraisemblablement remarqué, ont la particularité d'être des scènes composées. Deux ostraca, toutefois, dérogent à cette "règle" : c'est d'abord, au milieu de l'avant-dernière rangée, E 14304.

 



     Mesurant 7, 14 cm de haut et 9, 69 de long pour une épaisseur de 1, 87 cm, ce fragment de calcaire fut exhumé de la couche ramesside des chapelles votives que Bernard Bruyère fouilla sur le site de Deir el-Medineh en 1929. Il sert de support pour un dessin noir d’un taureau demi-sauvage, à l’oeil furieux, à l’encolure puissante, aux cornes courtes et très larges à la base, se rabattant vers l’intérieur en croissant de lune et présentant, comme les zébus, une bosse dans la nuque.


     Sachant qu’à partir du Nouvel Empire, une des épithètes mentionnées dans la titulature royale était "Taureau victorieux, Taureau puissant", nous ne nous étonnerons donc pas d'avoir aujourd'hui croisé à plusieurs reprises la massive silhouette de cet animal reproducteur, la puissance créatrice étant une des qualités que Pharaon désirait s’attribuer.

     Et puis, - le meilleur pour la fin ? -,
ce dernier, à gauche, ici tout à l'avant-plan (E 27669), de 5, 30 cm de haut et 6, 70 de long, assurément mon préféré : un adorable petit veau gambadant et déféquant.

 





     D'autres animaux, singes domestiqués et chevaux complètent cette petite collection d'ostraca figurés : je vous propose, ami lecteur, de revenir ici, devant la vitrine 1 de la salle 5, samedi prochain  27 octobre, pour que nous puissions ensemble accorder aux premiers toute notre attention.


 

(Andreu : 2002, 102-3; Andreu/Rutschowscaya/Ziegler : 1997, 148-9; Desroches Noblecourt/Vercoutter : 1981, 257; Vandier d'Abbadie : 1937,14-33; 1946 : 1946, 22-31 et 1959, planches XI à XVIII)

 


     Si d'aventure vous avait échappé l'un ou l'autre des articles précédemment consacrés aux bovidés auxquels je faisais allusion en début de cet entretien, permettez-moi de simplement vous en rendre dates et liens : 19 mai, 8 septembre, 29 septembre et 6 octobre.

Par Richard LEJEUNE
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Mardi 13 octobre 2009


    
La découverte que nous faisons depuis quelques semaines, vous et moi ami lecteur, de la vitrine 1 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre m'a conduit, dans un premier temps, à brosser un tableau succinct de ce qu'était et représentait l'élevage en terre pharaonique; ensuite, à successivement évoquer le porc, les 15 et 22 septembre, puis le veau, le 29 du même mois et mardi dernier.



     De veau, il pourrait à nouveau en être question aujourd'hui, avec cette petite coupelle en faïence siliceuse (E 27249) que vous avez aperçue entre les fragments décorés de l'avant-plan.



     Sur 4, 20 cm de hauteur, pour un diamètre de 13, 40 cm, un artiste du 8ème ou du 7ème siècle avant notre ère a réussi le tour de force de la décorer en léger relief du motif d'une jeune femme portant une palanche chargée de poissons et menant un veau.

     Mais ce qu'il m'agréerait plutôt d'envisager, de manière certes obligatoirement un peu théorique, avant de la détailler ces prochains mardis, c'est la substantielle collection de fragments de calcaire  à l'avant-plan de la vitrine, et que les savants nomment "ostraca".


     Ces éclats de pierre, ces tessons de poterie représentent en fait ce que l'égyptologue français Georges Posener, dans le Dictionnaire de la Civilisation égyptienne, qu'il cosigna avec deux  autres collègues, appelait le "papyrus du pauvre".

     En effet, il suffisait à n'importe quel Egyptien  un peu artiste, un peu lettré, d'utiliser des morceaux de calcaire qu'il lui était loisible de ramasser chaque jour à l'aplomb des rochers, dans le désert, ou des tessons de céramique dénichés ici et là dans les déblais de vaisselle d'un village.

    Souvenez-vous, ami lecteur, de la série d'articles des 25 avril, 2 et 9 mai derniers concernant le village des artisans de Deir le-Medineh, ces hommes qui avaient été requis pour construire, aménager et décorer les hypogées des souverains et de leurs épouses qui, depuis le début du Nouvel Empire, avaient choisi le site de Thèbes Ouest (Vallée des Reines, Vallée des Rois, etc.) pour se faire inhumer.

     J'avais, à l'époque, attiré votre attention, à partir des rapports des fouilles de Bernard Bruyère en personne et ce, pour l'Institut français d'Archéologie orientale du Caire (I.F.A.O.), sur ces endroits - dont le "Grand Puits" - où furent mis au jour, dans la première moitié du XXème siècle, d'énormes quantités de ces documents de première importance dans la mesure où ils permettent de mieux appréhender la vie quotidienne, les coutumes et les préoccupations des habitants.

    Car si l'on en retrouva de toutes sortes - rappelez-vous ceux qui nous ont un temps proposé l'une ou l'autre poésie, l'un ou l'autre chant d'amour rédigés soit en écriture hiéroglyphique, en hiératique ou en démotique, et que les égyptologues appelèrent "ostraca littéraires" -, des milliers d'autres, comme ceux que nous avons aujourd'hui devant nous, constituaient le support, toujours anonyme, de scènes de genre : de l'esquisse préparatoire pour la décoration d'une paroi aux simples dessins rapidement réalisés aux seules fins de se divertir, de tuer le temps, les égyptologues ont ainsi découvert des épures, des caricatures, des oeuvres parodiques, satiriques, - extrêmement rares dans l'art traditionnel -, avec des animaux souvent  - Esope et La Fontaine ne sont pas loin -, mais aussi des scènes d'intimité - naissance, allaitement, toilette -, dont certaines débordent d'humour et de gaieté; bref, des représentations qui les ont autorisés à les  nommer "ostraca figurés".

    Mais, contrairement à une croyance habituellement répandue, Deir el-Medineh fut loin d'être la source unique d'une telle provende : de l'Ancien Empire, pendant toute l'histoire égyptienne et jusqu'à l'époque arabe, semblables supports d'une créativité sans codification aucune répondant à une esthétique officielle, fruit donc d'une extraordinaire liberté et d'expression et de style de ceux qui les décoraient, furent au centre même d'une certaine vie sociale des habitants de la Vallée du Nil.

    Une simple déambulation dans les plus grands musées européens, de Londres à Turin, en passant par Berlin et Bruxelles, mais aussi bien évidemment par le Louvre, ici devant nous, et aussi à l'étage supérieur,  au fond à droite de la salle 28, dans le pupitre vitré disposé devant la deuxième fenêtre donnant sur la Cour Carrée, vous convaincra facilement, ami lecteur, du bien-fondé de mon propos.

    Une attention particulière vous permettra de vous  rendre compte que les "dessinateurs" choisissaient, dans la mesure du possible, la face la plus lisse d'un fragment de calcaire sur laquelle ils pouvaient ainsi esquisser leur sujet partant de traits légers exécutés à l'ocre rouge avant de le terminer, d'un trait ferme, à l'encre noire, les deux teintes de base de la palette d'un scribe  ...

    Mais d'autres couleurs, issues cette fois de la palette du peintre, celui que les Egyptiens, jamais en manque d'image poétique, appelaient le "scribe des contours" pouvaient être sollicitées pour mettre en évidence l'un quelconque détail de la scène.

    Toutes ces teintes, d'origine naturelle, étaient présentes dans la montagne thébaine : l'ocre rouge, oxyde naturel de fer, et l'ocre jaune, oxyde de fer hydraté, s'y trouvaient sous forme de pierre dans le Gebel; le blanc était un carbonate ou un sulfate de calcium; le noir provenait de bois calciné; le bleu était un silicate de cuivre calcique qui, mélangé à de l'ocre jaune, donnait ensuite le vert. Vert que, par ailleurs, l'artiste obtenait également à partir de la malachite broyée. Quant au jaune, indépendamment de l'ocre, il pouvait aussi être le produit de l'orpiment, sulfure naturel d'arsenic.



    Mais quelle est exactement l'origine de ce terme ostracon, (ostraca, au pluriel) ?

    Dans la Grèce antique, et plus particulièrement à Athènes, un  "ostrakon" constituait le support matériel sur lequel était noté le nom du citoyen que l'on désirait voir bannir dans la mesure où il semblait  représenter une menace pour la Cité.

 

     Groupés par tribus, les votants étaient invités à déposer dans une urne, une fois l'année, ce tesson inscrit : et celui dont le patronyme avait été le plus abondamment retenu était voué à dix années d'exil,  pour autant toutefois qu'ils fussent au moins six mille à voter, dix années d'ostracisme comme on dit en français, bénéficiant néanmoins de la conservation de ses biens et de sa qualité de citoyen qu'il pourrait recouvrer dès son retour.


     Sur le document ci-dessous - (je remercie au passage Jean-Louis, concepteur du blog Grèce antique d'avoir immédiatement accepté de me laisser disposer de son cliché) -, on peut lire le nom de Thémistocle, stratège athénien frappé d'ostracisme en 471 avant notre ère.



  

     C'est donc ce terme ostracon, eu égard à l'acception qui était la sienne dans le vocabulaire grec, et non bien sûr par rapport à sa fonctionnalité dans la démocratie athénienne, que les Egyptologues reprirent pour désigner les éclats de calcaire et tessons de poterie sur lesquels les artistes  des rives du Nil s'étaient abondamment épanchés.


     Mardi prochain, le 20 octobre, je vous propose de commencer à envisager ceux qui sont exposés ici, à l'avant-plan de cette première vitrine de la salle 5.
   

(Andreu : 2002, 168-9
; Mossé : 1992, 358-9; Posener/ Sauneron/Yoyotte : 1959, 208; Vandier d'Abbadie : 1946, passim)

Par Richard LEJEUNE
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Mardi 6 octobre 2009


     Nous nous étions complu mardi dernier, vous et moi ami lecteur, à admirer l'élégante naïveté de la statuette du tout jeune moscophore (E 14721) exposée ici devant nous, dans la première des vitrines de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, celle consacrée à l'élevage et que nous détaillons depuis maintenant la mi-septembre.   



     J'avais aussi, souvenez-vous, attiré votre attention sur le fait que ce thème avait été repris par l'art grec, sans toutefois étayer plus avant mon assertion. Ce que je fais aujourd'hui en vous proposant cet exemplaire de marbre de 96 centimètres de hauteur que d'aucuns, peut-être, ont déjà rencontré au tout nouveau Musée de l'Acropole, à Athènes, inauguré en juin dernier.



     Vous noterez, je pense, qu'étant d'évidence de facture grecque, cette oeuvre du VIème siècle avant notre ère, porte toutefois nettement l'empreinte de la statuaire des rives du Nil, à savoir ce que les historiens de l'art appellent "la posture frontale à l'égyptienne", avec la jambe gauche en avant. Et malgré cela, certains ouvrages spécialisés, ainsi qu'évidemment les manuels scolaires dont tout le monde peut se rendre compte qu'ils n'évoluent qu'extrêmement lentement, osent encore prétendre à la prééminence de l'art grec !

     Enfin, mardi dernier, j'avais terminé notre entretien de manière un peu négative en mettant l'accent sur l'inévitable finalité de l'élevage du veau (ou de tout autre animal) : l'abattage et le dépeçage destinés à nourrir les dieux, à tout le moins leur statue dans le saint des saints des temples, les défunts, ensuite la population ... 

     C'est donc ce sujet, délicat pour les "âmes sensibles", que je vais aujourd'hui plus particulièrement aborder avec vous.


     Parce que les documents font défaut, vous avais-je précisé quand dernièrement j’avais évoqué le porc, je n’avais pas eu l’opportunité de trop m’attarder sur les rites sacrificiels égyptiens concernant cet animal.
 En revanche, dans les mastabas de l’Ancien Empire, dans certains hypogées du Nouvel Empire, ainsi que dans les temples ptolémaïques extrêmement prolixes quand il s’agit d’expliquer des rituels des hautes époques pharaoniques, nombreuses sont les scènes qui ont trait au sacrifice du veau (mais aussi, d’ailleurs, des gazelles, des antilopes, des oryx, des boeufs, bien sûr, et parfois de la volaille).

      En prémices, quand d'aventure il fallait qu'on en sacrifiât un, il devait préalablement être soumis à un examen rituel : reconnaître sa pureté, c'était en effet s'assurer qu'il ne présentait pas les marques distinctives d'un futur possible taureau Apis, auquel cas il eût été interdit de le tuer.

     Ces scènes de boucherie qui accompagnent le défunt dans son dernier voyage ici-bas se présentent quasiment toutes selon un même schéma, ce qui signifie qu’elles ne rendent pas nécessairement compte d’une réalité de fait, mais plutôt qu’elles induisent une signification plutôt liturgique : l’animal, couché à même le sol, était dans un premier temps ligoté de manière à lui couper une cuisse qui serait alors immédiatement proposée au défunt en guise d’offrande alimentaire de premier ordre. Puis, seulement après, venait l’égorgement et la décapitation.

     Oui, vous avez malheureusement bien lu, ami lecteur : l’ablation de la patte antérieure se faisait (selon toutefois certains égyptologues, bien vite contestés par d’autres que le geste effraie), alors que le petit animal dont on avait pris soin de ligoter ensemble les trois autres membres était toujours vivant.

     Ainsi, grâce au dessin ci-dessous réalisé par Marcelle Baud pour l'ouvrage "Les Pleureuses dans l'Egypte antique", publié en 1938 par l'égyptologue belge Marcelle Werbrouck, collaboratrice de Jean Capart, peut-on nettement distinguer, dans une scène de la tombe mise au jour à Memphis d'un certain Ptahmès, scribe du Trésor de Ptah à l'époque ramesside, un prêtre ritualiste en train de sectionner la patte antérieure droite d’un veau regimbant, alors que la vache derrière lui, mugit également, mais d'une autre douleur : maternelle celle-là !




     On retrouve une représentation assez semblable, sinon plus explicite, dans la longue vignette chapeautant le premier chapitre d'un "Livre pour sortir au jour", traditionnellement et erronément encore appelé "Livre des Morts ", chapitre consacré aux funérailles et qui nous apprend qu’il s’agit, à ce moment précis des rites de revivification, d’offrir au défunt censé devenir un nouvel Osiris, le sang chaud et viril d’un petit veau encore vivant auquel on prélève une des pattes antérieures.  




     Vous avez immédiatement remarqué que cette scène extraite du "Livre pour sortir au jour" (British Museum  EA 10470) d'un certain Ani, scribe royal, se divise en deux registres : dans la partie supérieure, le veau vient d'être charcuté, et le sang gicle encore de la plaie récente; et c'est au second que l'on voit un personnage vêtu d'un pagne se dirigeant avec le membre mutilé vers une des tables d'offrandes du défunt.   

     Si j'avais pris la précaution de vous proposer l'intégralité des deux documents ci-dessus, vous auriez aussi tout de suite compris que, dans la décoration d’un tombeau, ces scènes de boucherie interviennent si près de celles montrant l’arrivée du cortège funèbre, si près de celles des pleureuses, mais aussi de la cérémonie d’ouverture de la bouche destinée à rendre les divers sens au défunt (parole, ouïe, odorat ...) qu’il n’y a plus de doute possible : le veau était bel et bien sacrifié de la sorte précisément lors de ce rite de l’ouverture de la bouche.

     Tous ces gestes, d’ailleurs : sa mutilation préalable, son égorgement, l’ouverture de la bouche du défunt, etc., constituaient chacune des étapes, s’articulant les unes par rapport aux autres, de l’important rituel funéraire égyptien.

     Et, par exemple, l’ablation de la cuisse du veau faisait très nettement référence aux démêlés mythiques d’Horus et de Seth : plus précisément au combat d’Horus cherchant à restaurer le pouvoir de son père, avant d’en assurer lui-même la charge; pouvoir royal que voulait s’approprier Seth !

     Je ne voudrais cependant pas terminer sur une note aussi cruelle, que contestent, je le précise à nouveau, certains égyptologues, sans vous rappeler que ces scènes ne sont fort heureusement pas les seules qui font allusion au veau. Et qu’aux côtés des sempiternels moments de sevrage d’un petit animal qui tire la langue, en sont représentées d’autres dans lesquelles on voit des troupeaux se déplacer pour passer un gué, par exemple, le plus souvent en barque réalisée avec des bottes de papyrus.

     Trois possibilités s’offrent alors : soit l’animal marche en toute liberté, soit il est, comme sur notre statuette, porté sur les épaules d’un jeune berger, soit, mais c’est plus rare, attaché à une longe qui lui passe par la mâchoire. Mais, il appert que dans tous les cas, c’est le veau qui prend la tête, c’est lui qui mène le troupeau de bovidés.

     

     On ignore malheureusement l’époque exacte à laquelle ces opérations de boucherie ont pris naissance : fin de la préhistoire ?, tout début de l’Ancien Empire ? On ignore également quand elles sont véritablement devenues rituelles, quand elles ont été codifiées pour constituer ainsi de facto un des éléments du cultuel égyptien.

     En revanche, on sait qu’à travers les Hébreux d’abord, les Musulmans ensuite, le sacrifice du veau avec Aaron et ses fils d’un côté, obéissant aux injonctions de Moïse, et Abraham de l’autre, fut envisagé, tout à la fois dans la Bible et le Coran, comme un signe expiatoire : transférer les péchés de l'Humanité sur un animal que l’on va occire aux fins de purifier l’homme de ses propres fautes.


(Desroches-Noblecourt : 1953, 30; Guilhou : 1993, 277 sqq; Vandier : 1969, V, 133-8; Werbrouck : 1938, 82, fig. 50)



     Il m'est particulièrement agréable de maintenant chaleureusement remercier les Professeurs d'égyptologie Madame Florence Doyen et Monsieur René Preys de la confiance dont ils m'honorent en m'accordant aimablement l'autorisation de reproduire ici une planche du Papyrus d'Ani, étude que l'on peut par ailleurs lire sur le site belge d'Egyptologica : 
(http://www.egyptologica.be/papyrus_ani/pa_index.htm)

Par Richard LEJEUNE
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Mardi 29 septembre 2009



     J'ai déjà eu ici l'occasion d'indiquer, ami lecteur, quand de conserve nous nous sommes penchés sur la vitrine 11 de la salle 4 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre que, dans les tombes du Moyen Empire, la coutume voulait que la famille du défunt déposât des modèles réduits de la vie quotidienne ressortissant aux domaines de la navigation, de l'agriculture ou, comme dans cette vitrine 1 de la salle 5 que nous détaillons depuis maintenant le  8 septembre, de l'élevage avec, notamment, ces trois statuettes de boeufs (AF 9169) d'une dizaine de centimètres de hauteur, trouvées dans le cimetière de Deir el-Bercheh, en Haute-Egypte.  



     Généralement réalisés en bois, puis peints, ces modèles ont exactement la même fonction  que les bas-reliefs et les peintures des chapelles des mastabas de l'Ancien Empire, - souvenez-vous de celles d'Akhethetep et d'Ounsou, toujours dans la salle précédente - : assurer, par la "magie de l'image", l'éternité des actions représentées pour le bénéfice du défunt qui, de la sorte, disposera toujours dans l'au-delà de tout ce que, sur terre, il possédait.      

     Pour ce qui concerne plus spécifiquement ces trois boeufs, vous me permettrez, je présume, de ne plus m'étendre aujourd'hui sur les caractéristiques des différents bovins connus sur les rives du Nil, que j'avais abondamment détaillées dans un article publié le 19 mai 2009, et de plutôt attirer votre attention sur un autre modèle, juste à côté : la statuette d'un jeune garçon nu portant un veau (E 14721).

 

     Représentation en ronde-bosse des bergers qui apparaissaient précédemment dans les scènes funéraires des mastabas donc, ce moscophore - c'est le terme donné par les Grecs à ce type de personnage qu'ils reprendront bien des siècles plus tard, dans leur propre thématique artistique -, d'une hauteur de 35, 5 cm pour 17, 80 cm de profondeur fut réalisé en bois de tamaris et peint de cette teinte ocre rouge que les artistes égyptiens avaient choisie par convention pour représenter la peau masculine, l'ocre jaune étant, comme j'avais déjà eu l'opportunité de le mentionner dans cet ancien article de la rubrique "Décodage de l'image" consacré à la peinture, plus spécifiquement réservée aux femmes.

     Pour seul "vêtement", le garçonnet auquel l'extrême jeunesse autorise la nudité, porte, comme d'ailleurs tous ceux qui à l'époque conduisaient des troupeaux de bovidés, une perruque : celle-ci est noire, lui couvre la nuque et les oreilles, et se caractérise par une frange sur le front, qui s'arrête légèrement au-dessus des sourcils.

     Il tient ensemble, de ses deux mains réunies sur la poitrine, les quatre pattes du petit veau gracieusement lové autour de ses épaules. Parfois, la pose diffère : l'animal est plutôt porté sur le dos, ses pattes antérieures seules passant de part et d'autre du cou du jeune moscophore. Parfois aussi, c'est une frêle gazelle, un chevreau, un faon qui sont ainsi favorisés ... 


     Depuis que nous déambulons de salle en salle, il ne fait plus de doute pour personne que fut extrêmement importante la part prise par la gent animale dans l'Egypte antique. Créatures divines à l'instar  de tout être humain,  - selon certains mythes cosmogoniques, ce serait le dieu potier Khnoum qui aurait façonné sur son tour à la fois et l'homme et la bête -, les animaux ont toujours eu la faveur des Egyptiens, à quelques exceptions près. Il suffit d'ailleurs de rappeler une nouvelle fois la quantité relativement grande de signes hiéroglyphiques (près de 25 % du corpus total) ressortissant au domaine du règne animal que détient leur écriture.

     L'art, qu'il soit gravure, dessin, peinture ou sculpture, et quelle que soit l'époque, ne fut évidemment pas en reste, qui nous donna tant à contempler la faune des rives du Nil et des déserts, sauvage ou domestiquée. Quant à la littérature, elle participa évidemment à cette exaltation générale : ne lit-on  pas, dans un texte célèbre connu sous le nom de "Enseignement de Merikârê", cette bien amicale dénomination pour caractériser les êtres humains : "petit bétail du dieu" ?

     Bref, toute cette sollicitude prend encore une connotation supplémentaire de tendresse quand il s'agit de très jeunes bêtes. Et la statuette de cet adolescent portant le fragile animal nous le confirme parfaitement : à l'encontre des troupeaux de tous les autres membres du cheptel, les petits veaux n'étaient jamais reliés entre eux lors des déplacements, mais emportés dans les bras des bergers.

     La magnanimité bien compréhensible de semblable attitude cèle pourtant une réalité quotidienne tout autre : "veaux, vaches, cochons, couvée" ... étaient un jour ou l'autre conduits à la boucherie, à l'abattoir dirions-nous actuellement, pour être inévitablement sacrifiés sur l'autel des besoins alimentaires ou celui, moins admissible aux yeux de beaucoup d'entre nous, des rites religieux.

     Et c'est précisément de cet aspect des choses, pas toujours agréable, que je voudrais vous entretenir, ami lecteur, ici même, mardi prochain 6 octobre.  


(Malaise : 1977, 28)    

Par Richard LEJEUNE
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Mardi 22 septembre 2009



     Mardi dernier donc, derrière ces fenêtres grillagées du rez-de-chaussée de la Cour Carrée, dans la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, nous nous sommes retrouvés, vous et moi, ami lecteur, devant la première vitrine pour plus spécifiquement concentrer notre attention sur la statuette du cochon en bois (E 27248) exposée à l'arrière-plan.




     J'en avais profité pour insister sur le paradoxe qui existe à mes yeux quant à la conception qu'avaient les Egyptiens à propos de cette famille porcine : rejeté dans la mesure où il était voué à Seth, le dieu fratricide, le mâle pouvait dans le même temps être apprécié pour sa viande, son travail aux champs, ainsi que pour les vertus prophylactiques de certaines parties de son corps. 

     Au fait, vous avais-je précisé - oui, j'espère ! -, que Seth, en tant que l'un des dieux de l'ennéade héliopolitaine, était le propre frère d'Osiris ? Que Nephthys était son épouse, tout comme Isis, sa soeur, celle d'Osiris ? Qu'Isis, précisément, parvint à rendre vie au corps d'Osiris dépecé ? Qu'elle en fut alors enceinte ? Et que donc Horus, leur enfant, contre lequel Seth s'était battu, lui extirpant un oeil, était son propre neveu ? 

     Toutes ces relations familiales, tous ces mythes cosmogoniques paraissent, ainsi rapidement énoncés, quelque peu compliqués. Mais permettez-moi aujourd'hui de n'en point ajouter davantage et d'en réserver l'explication quand nous aborderons la salle 18, consacrée aux dieux, au pied de l'escalier qui un jour nous conduira au premier étage. Et revenons plutôt, non pas à nos moutons, mais à nos cochons ...

     Comme j'avais déjà eu l'occasion de le souligner voici deux semaines, c'est évidemment parmi d'autres espèces animales que, depuis la fin de la préhistoire, à l'époque néolithique plus précisément, que la famille porcine fut domestiquée sur les rives du Nil; et très probablement à partir de l'espèce sanglier sauvage que les spécialistes identifient par les termes latins "sus scrofa ferus".

     Dès cette époque, il semble certain que l'animal fait partie intégrante des repas : ainsi les égyptologues ont-ils mis au jour, sur les sites néolithiques du Fayoum et Mérimdé, pour ne citer que ces deux-là, des ossements de porcs parmi d'autres déchets culinaires, qui tendraient à prouver qu'ils avaient bien été consommés par les autochtones.

     Plus tard, bien plus tard, à la XVIIIème dynastie, de semblables reliefs de repas seront retrouvés  dans le village des artisans de Deir el-Medineh : éléments archéologiques qui corroborent des documents administratifs rédigés sur ostraca mentionnant des livraisons de porcs pour la communauté de ceux qui oeuvraient à l'aménagement et à la décoration des hypogées des souverains à partir de la XVIIIème dynastie.

     Les temples funéraires, les domaines royaux étaient semblablement concernés, qui disposaient de troupeaux de porcs pour la consommation quotidienne des administrateurs et du personnel ouvrier qui y étaient attachés; les mêmes troupeaux, probablement, que l'on voit représentés dans la tombe d'un certain Khéty, à Beni Hassan  (Moyen Empire, XIème dynastie) - c'est, par parenthèses, la première fois que des cochons apparaissent dans une tombe égyptienne -, mais aussi dans les tombes de  Djehoutihotep à el-Bercheh, de Renni à el-Kab, de Inéni et de Nebamon à Thèbes : ainsi connaît-on un texte gravé sur un monument d'Amenhotep, dit Houy, chef des administrateurs des domaines d'Aménophis III faisant état d'un don de 1000 porcs et de 1000 jeunes truies qu'il aurait effectué pour l'entretien du temple funéraire du souverain.

     L'étude des reliefs de repas mis au jour ici ou là offre en outre aux égyptologues la possibilité d'esquisser une carte sociale des différents quartiers d'une ville. En effet, et pour ne prendre que le seul exemple de Memphis, les fouilleurs ont déterminé que dans tel secteur de la ville, ce sont essentiellement des ossements de porcins qui ont été abondamment retrouvés, alors que dans un autre, ce furent plutôt  des restes de bovidés que l'on mit au jour. Et donc sachant que le porc était essentiellement consommé par les plus humbles, et le boeuf, par les plus favorisés, se dessine avec de plus en plus de précision, grâce à cette science en pleine expansion qu'est l'archéozoologie, un plan de localisation des différentes classes sociales en fonction, simplement, des habitudes alimentaires.

     Le porc, donc, comme source de protéines, je viens de l'évoquer, fut aussi un animal prisé pour le travail aux champs : en effet, souvenez-vous, ami lecteur, quand en décembre dernier, nous nous étions arrêtés devant les fragments peints de la chapelle d'Ounsou, dans la salle 4,  derrière nous, j'avais eu déjà l'occasion d'indiquer que l'animal, comme le mouton d'ailleurs, pouvait être requis pour enfoncer les semences dans les sols encore humides après le retrait des eaux du Nil.

     En outre, et ce n'est peut-être pas le moins paradoxal pour une bête tout à la fois honnie et amie, il fut partie prenante, à l'instar de beaucoup d'autres mammifères, pour constituer l'un des ingrédients de la pharmacopée égyptienne antique qui, à nos yeux peut paraître empreinte de sous-entendus magico-religieux mais qui, à ceux des Egyptiens, était destinée à, sinon définitivement guérir les malades, au moins atténuer les maux dont ils souffraient.

     Un certain nombre de papyri, désormais connus sous les appellations Papyrus Ebers, Hearst, Papyrus de Londres, de Berlin ..., ont en fait été retrouvés citant quantité de remèdes, d'onguents, de décoctions ou de pansements dans lesquels entrait l'une quelconque partie du porc.

     Ainsi, sa canine, broyée finement et placée à l'intérieur de quatre gâteaux que l'on mangeait quatre jours consécutivement, était censée éliminer la toux. Le produit obtenu par le mélange d'une dent de porc écrasée avec des excréments de chien et de chat devait, appliqué sur un pansement, détruire des substances rongeant un endroit du corps. Le fiel du cochon, animal voué à ce Seth qui, je l'ai rappelé tout à l'heure, s'était jadis emparé de l'oeil d'Horus, servit à guérir certaines maladies des yeux : une première moitié de ce fiel, mélangée à du miel, était destinée à farder le soir l'oeil du patient, et l'autre moitié, séchée et finement broyée, à être appliquée chaque matin.

     Se servir de l'oeil de porc, animal séthien, pour soigner des infections oculaires pourrait nous paraître quelque peu bizarre. En fait, cela relève de la notion de "réparation", étape essentielle, dans la conception égyptienne du mal, qui est à la base d'une amélioration : il y a récupération du mal dans un but apotropaïque. Ici, l'oeil du porc est utilisé pour "réparer" l'ablation qu'il a subie dans le mythe d'Horus, le Bien, et de Seth, le Mal.  
     

     Mais revenons à nos remèdes : pour tenter de chasser la mort, toujours susceptible de s'emparer d'un malade, il était fréquent d'enduire le corps avec un mélange de graisse de porc et d'urine de jeune fille. De la graisse de truie avec un lézard fendu sur le côté et cuit servait d'onguent favorisant une guérison ou, à tout le moins, empêchant toute récidive possible.

     La cervelle de l'animal, mêlée à des dattes fraîches et de l'eau, tentait de guérir une femme rongée par des abcès à l'utérus :  la substance reposait obligatoirement une nuit, à la rosée, puis était versée dans le vagin de la malade. Quant aux excréments du porc, ils pouvaient, entre autres applications, remédier à l'éjaculation précoce.

     Je pourrais, vous vous en doutez, ami lecteur, poursuivre à l'envi cette énumération si je n'avais décidé de clore cette présentation par un aspect relativement peu connu de l'utilisation de l'animal, ressortissant au domaine cultuel : il s'agit du sacrifice d'un porc mâle et adulte, un verrat en fait, lors de fêtes se déroulant chaque année à la pleine lune du mois de Pachôn (de la mi-juin à la mi-juillet).

     Si l'on trouve encore référence de cette fête sacrificielle gravée sur les murs du temple d'Edfou, à l'époque gréco-romaine  donc, il est évident que l'événement originel remonte à bien des siècles antérieurs. Plutarque, le mentionnant, n'hésite d'ailleurs pas à le mettre en relation avec le mythe d'Osiris découpé par Seth. Une sorte de rituel immuable présidait à ce sacrifice : l'animal était égorgé par un boucher sacrificateur, probablement un prêtre, à l'aide d'un couteau courbe.

     A la différence des textes qui fourmillent de précisions quand il s'agit de relater les sacrifices de bovins, par exemple, les égyptologues disposent de bien peu d'informations pour ce qui concerne celui des cochons : nous ne savons pas où ils étaient officiellement abattus, ni quel était le processus employé, ni son déroulement. La seule connaissance que nous en ayons  se réfère à ce qui a précédé le geste solennel : l'animal était soumis à une sorte d'examen rituel préalable, de sorte que ceux estimés aptes à être sacrifiés étaient reconnaissables entre tous grâce à la guirlande de fleurs qui ceignait soit leur ventre, soit leur tête.
     (Après notre entretien, vous pourrez, si vous le désirez ami lecteur, monter admirer certaines terres cuites de l'Egypte ptolémaïque représentant semblables porcs "garnis", conservées ici, au Louvre, au Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines, juste au-dessus de nous, dans la même aile Sully, au premier étage donc, immédiatement après la trentième et dernière salle égyptienne.)

     Le cheminement des morceaux depecés lors de ces cérémonies sacrificielles, lors de ces fêtes, populaires ne l'oublions pas, suivait un schéma bien établi duquel la hiérarchie n'était pas absente : après l'offrande de ce qui devait obligatoirement et en premier lieu être dévolu aux temples et au(x) dieu(x) auxquels ils étaient voués, l'Etat pharaonique  permettait la vente d'un certain quota; puis, enfin, ce qui subsistait, tous ces prélèvements effectués, était sur le champ consommé par la population, dans un contexte festif et néanmoins religieux.

     A l'instar de l'hippopotame pour lequel les Egyptiens estimaient le mâle dangereux et la femelle bénéfique, chez les porcins, la truie, pour autant qu'elle fût blanche, était vouée à Isis.



     Parfois, comme avec la petite statuette de faïence siliceuse (E 14357) exposée dans la première vitrine de la salle 18, au pied de l'escalier menant au circuit chronologique du premier étage, la truie, par assimilation, figurait Nout, déesse de la voûte céleste, mère des astres qui, chaque soir, avalait le soleil pour, le matin, s'empresser de l'expulser d'entre ses cuisses. Elle ingurgitait pareillement, le matin cette fois, les étoiles et les remettait au monde à la tombée du jour, les rendant ainsi à nouveau visibles par tous. C'est donc cette particularité de manger sa progéniture qui explique la figurine ci-dessus : une truie allaitant ses porcelets, certes, mais aussi capable, et cela, les Egyptiens l'avaient indéniablement remarqué, de dévorer ses petits.

     Vous aurez évidemment compris, ami lecteur, en prenant note de ce dernier mythe et de la différence sexuelle que les Egyptiens établissaient dans la famille porcine, qu'il était hors de question pour eux, de sacrifier une truie, fût-ce même pour une fête religieuse, dans la mesure où elle était révérée comme symbole de fécondité; et cela, déjà aux temps préhistoriques.

     Je terminerai simplement en ajoutant, sorte de conclusion à mes deux interventions de mardi dernier et d'aujourd'hui, que s'il y eut interdiction de manger du porc, nous devons être conscients que, tout comme d'ailleurs le poisson que j'avais évoqué en juin 2008, elle ne fut pas totale, n'exista pas à toutes les époques ni dans tous les nomes du pays.

     Ce qui accroît d'autant, comme si besoin en était encore, l'ambiguïté qui, aux yeux des Egyptiens, planait sur cet animal ...              



(Bardinet : 1995, passim; Bonneau : 1991, 330-40; Moreno Garcia : 1999, 251-4; Nachtergael : 1995, 207; Sarr : 2008, passim; Yoyotte : 1959, 228)

Par Richard LEJEUNE
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Mardi 15 septembre 2009

     Comme convenu mardi dernier, nous voici donc réunis, vous et moi ami lecteur, cette matinée près de la première des vitrines de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre à une heure telle que nous pouvons agréablement profiter, pour mieux en apprécier tous les objets, de la douce luminosité automnale qui filtre par la fenêtre s’ouvrant - c’est une vue de l’esprit ! - sur le Quai François Mitterrand et la Seine, juste devant nous, plutôt qu’être aveuglés par le soleil direct qui, indiscrètement, pénétrera ici cet après-midi.



     Et je ne doute pas que d’un coup d’oeil, un seul, vous avez immédiatement remarqué qu'à l'avant-plan de ce meuble s'étale une petite collection d’ostraca peints - "figurés", dit-on plutôt dans le vocabulaire égyptologique -, que vous me permettrez de ne point détailler aujourd’hui, préférant concentrer d’abord votre attention sur une oeuvre placée tout à l’arrière et qui, par son volume, attire immédiatement et inévitablement le regard.



     Il s’agit bien évidemment de cette statuette en bois (E 27248), d’une hauteur de 23, 5 cm pour une longueur de 35, 5 cm, et datant probablement de la XVIIIème dynastie, la note sur le cartel étant assortie d’un point d’interrogation. D’une facture relativement fruste, elle représente, posée sur un socle d’un bois d’une autre essence, un porc mâle, la tête dirigée vers le sol dans l’attitude caractéristique d’un animal en quête de sa propre pitance.

     D’un premier coup d’oeil aussi, vous conviendrez avec moi que, mises à part l’extrémité du groin et la forme des oreilles, l’animal, beaucoup plus maigre, beaucoup plus haut sur pattes, offre bien peu de ressemblances avec le grassouillet congénère que nous lui connaissons de nos jours.


     Parmi les mythes qui peuplent toute civilisation antique, ceux qui, en Egypte plus particulièrement, font référence tant à Osiris qu’à Horus font souvent aussi, peu ou prou, intervenir le dieu Seth. Et que ce dernier porte la plupart du temps préjudice à l’un ou l’autre membre de sa propre famille ne fait plus aucun doute, si l’on se réfère aux textes dans lesquels ils interviennent les uns et les autres : ainsi, et pour faire simple, d’Osiris, Seth sera le meurtrier dans la mesure où il dépècera son corps, et d’Horus, le mutilateur en s’emparant d’un de ses yeux.

     Quoiqu’il en soit, considéré comme une divinité néfaste, Seth, auquel un automatisme récurrent associe la couleur rouge, celle du sang - certains papyri médicaux traitant de l’hématurie parasitaire considèrent d’ailleurs le dieu comme étant à l’origine de cette pathologie qu’ils décrivent en insistant sur la présence de sang dans les urines, rouges, du malade -, fut également allié au porc, cet animal finalement très ambigu : tantôt il constitue un des éléments primordiaux de l’alimentation de certains Egyptiens, sert à divers niveaux de leur pharmacopée, est utilisé pour différents travaux des champs, tantôt il est considéré comme totalement impur et banni, notamment, de l’environnement sacerdotal, quand ce ne sont pas les porchers eux-mêmes que l’on met au ban de la société !

     La version la plus ancienne des mythes qui évoquent Seth se trouve déjà dans les Textes des Pyramides qui, je le souligne rapidement au passage, n’apparaissent pour la première fois que dans celle du roi Ounas, à la fin de la Vème dynastie. 

     Le combat entre Seth et Horus est également relaté au chapitre 112 du "Livre pour sortir au jour" que d’aucuns continuent toujours à erronément appeler "Livre des Morts", quand Rê demande :

 

"... "Fais-moi voir ce qui est arrivé à ton oeil aujourd’hui !" Il le vit, et alors Rê dit à Horus : "Jette donc un regard sur ce porc noir !" Alors il le regarda et la blessure de son oeil devint très vive. Alors Horus dit à Rê : "Voilà que mon oeil est comme il fut lors de ce coup que Seth avait porté à mon oeil", et il perdit connaissance. Alors Rê dit à ces dieux qui le portaient sur son lit : "Qu’il reprenne ses sens !"


Il était arrivé en effet que Seth s’était transformé en porc noir, et il avait alors porté le coup brûlant qui était dans son oeil.


Alors Rê dit à ces dieux : "Abominez le porc à cause d’Horus ! Puisse-t-il donc reprendre ses sens !" Et c’est ainsi que le porc fut en abomination, à cause d’Horus, de la part des dieux de sa suite ..."


     Il est ainsi plus que probable qu’il faille précisément aller chercher dans ces mythes étiologiques l’origine de l’interdiction de consommer de la viande de porc faite aux prêtres égyptiens, ainsi que l’entrée des temples et nécropoles aux porchers eux-mêmes, si l’on en croit Hérodote (II, 47) :



"Le porc passe chez les Egyptiens pour une bête impure. Qui en frôle un au passage va aussitôt se plonger dans le fleuve tout habillé; de plus, les porchers quoique Egyptiens de naissance, sont seuls en Egypte à ne pouvoir entrer dans aucun temple; personne ne consent à donner sa fille en mariage à un porcher, ni à prendre femme chez eux : ils se marient entre eux."

 

     Et pourtant dès la constitution de l’écriture hiéroglyphique égyptienne, le signe du porc (E 12 dans la liste de Gardiner ) fit d’emblée partie d’un corpus qui n’évoluera guère jusqu’à l’époque ptolémaïque. Et ce hiéroglyphe servit notamment de déterminatif à une série de termes définissant tout à la fois le cochon, le porc en tant qu’animal domestique ou non, la truie, qu’elle soit ou non blanche (j’y reviendrai la semaine prochaine), le cochon noir que nous venons de découvrir assimilé à Seth, le verrat, etc.

     C’est sur un pan de cette étonnante ambiguïté qui frappe la famille porcine, tantôt honnie, tantôt amie, qu’en prémices à notre rencontre ici même mardi prochain pour plus particulièrement évoquer l’animal domestiqué, je voulais, ami lecteur, aujourd’hui attirer plus spécifiquement votre attention.

     A mardi, même vitrine, même heure ?


 

(Bardinet : 1995, 59 ; Barguet : 1967, 149; Hérodote : 1964, 161; Sarr : 2008, passim)

Par Richard LEJEUNE
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Mardi 8 septembre 2009



     De l'importance de la gent animale dans le contexte environnemental, social et cultuel des anciens habitants des rives du Nil, c'est incontestablement ce à quoi je voudrais aujourd'hui, ami lecteur, devant cette première vitrine de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, particulièrement tenter de vous sensibiliser.



     Il ne fait aucun doute, et vous ne pouvez l'ignorer si vous m'avez accompagné depuis l'automne 2008, soit dans la chapelle funéraire d'Akhethetep, soit dans celle d'Ounsou que toutes deux nous avons visitées dans la précédente salle, que les scènes peintes ou gravées qui les décorent constituent pour les égyptologues, mais certes aussi pour le grand public, un corpus documentaire d'une importance cardinale pour la bonne compréhension de nombre de domaines émaillant la vie quotidienne de l'Egyptien d'alors. Et ce n'est d'ailleurs pas un hasard si ces deux monuments se retrouvent l'un et l'autre  dans cette salle 4 qui, souvenez-vous, est entièrement consacrée aux travaux des champs, partant, indirectement à sa nourriture.

     Ce n'est évidemment pas un hasard non plus si l'espace qui la prolonge, la salle 5 donc, que je vous ai très succinctement présentée mardi dernier et dans laquelle, comme convenu, nous nous retrouvons aujourd'hui, met plus spécifiquement l'accent sur les différents modes d'acquisition de cette nourriture.

     Ceux d'entre vous qui, peu ou prou, se sont déjà rendus en Egypte ont évidemment noté que dans maints tombeaux de la Vallée des Rois, mais aussi - et surtout ? -, dans les mastabas de l'Ancien Empire les plus visités à Saqqarah notamment, de nombreux registres de la décoration destinée à démontrer et le rang social et la richesse du défunt font état d'importants défilés d'animaux de toutes sortes, troupeaux au chiffre exagérément démesuré, soit capturés lors de chasses dans le désert, et visiblement destinés à constituer un cheptel propre à l'élevage, soit, plus prosaïquement, menés à l'abattoir en vue de leur dépeçage.

     Un des intérêts de l'étude de la succession de ces scènes dans le décor pariétal de la tombe, et donc de leur position - après celles qui évoquent la chasse -, réside dans le fait qu'elle nous apprend que c'est bien l'activité cynégétique qui fut à l'origine de l'émergence de l'élevage tout à l'aube de l'installation des premiers "chasseurs-éleveurs" aux franges des déserts libyque et arabique, sur les rives du Nil; bien avant donc l'époque pharaonique proprement dite.

     Un autre intérêt de cette étude - mais est-il vraiment besoin de l'indiquer ? - confirme l'importance qu'eut la constitution d'un cheptel autochtone pour la survie des premières civilisations du Proche et du Moyen-Orient antiques.

     Boeufs primitivement sauvages, antilopes gambadant dans le désert, boucs, moutons, chèvres, ânes, porcs, oryx, gazelles et même des hyènes ramenées par les chasseurs de la fin de l’époque néolithique constituèrent le point de départ - que Noé n’eût certes pas renié - de rassemblements d’animaux concentrés dans des "parcs" où les paysans égyptiens allaient apprendre à les domestiquer.

     Par ce terme "parcs", il faut entendre en fait des prairies, des terrains clos délimités par des cordes à plusieurs noeuds servant manifestement à entraver les bestiaux, que l’on retrouve d’ailleurs dans le hiéroglyphe V 16 de la liste de Gardiner 
(qui se prononçe "sa").

     Cette corde à noeuds bordant les prairies était vraisemblablement attachée par les deux bouts à une pièce de bois percée de deux trous, enterrée à grande profondeur de manière que les animaux, même les plus forts d’entre eux, ne soient pas en mesure d’arracher leur longe nouée dans les boucles.

     Les légendes hiéroglyphiques qui accompagnent ces scènes nous donnent à connaître un certain nombre d’autres termes qui définissaient les emplacements où vivaient les animaux destinés à l’élevage : "mesout", habituellement traduit par "étables" (sans toutefois être absolument certain de la présence d’un toit), ainsi que "chetebou" et "herout", établissement où l’on élevait des volailles : les égyptologues ont en effet déterminé, notamment grâce à la décoration du célèbre mastaba de Ti, qu’existaient à l’Ancien Empire des domaines avicoles dans lesquels volailles et oiseaux aquatiques étaient rassemblés. Chasses dans le désert, donc, mais aussi, avec cette dernière précision, dans les marais. J'y reviendrai, si vous me le permettez, ami lecteur, quand, de conserve, nous détaillerons la vitrine 2, ici derrière nous.

     Avant de poursuivre cette introduction à ce que nous découvrirons prochainement dans la première des vitrines de cette salle, je voudrais rapidement ouvrir une petite parenthèse philologique pour épingler le fait que, dans l’écriture hiéroglyphique de l'époque, ces trois termes (mesout, chetebou et herout) se terminent par le déterminatif, répété trois fois - ce qui constitue, je le rappelle, la marque du pluriel en égyptien classique -, du terrain clos (= O 1 dans la liste de Gardiner).


     En plus des bêtes capturées à la chasse auxquelles je viens de faire allusion, il ne faut évidemment pas négliger celles qui étaient versées à l’Egypte, à titre de tribut, par les pays soumis et celles saisies en guise de butin, suite à une campagne pharaonique victorieuse en terre étrangère. Apport non négligeable s’il en est : la tête de massue du roi Narmer (Ière dynastie, ± 3150 A.J.-C.) exposée à l’Ashmolean Museum d’Oxford ne mentionne-t-elle pas 400 000 bovins et 1 422 000 ovins, fruits d'une telle incursion guerrière?


     L'importance du bétail en Egypte antique était telle qu'indépendamment du fait que près d'un quart des hiéroglyphes qui émaillent l'écriture figuraient des animaux, on retrouve çà et là, dans la littérature, diverses allusions qui en constituent d'éclatantes preuves. Ainsi, souvenez-vous, ami lecteur, de cet extrait de la "Déclaration d'innocence", chapitre 125 A du "Livre pour sortir au jour" (plus communément, mais erronément appelé "Livre des Morts") qu'en février dernier je vous avais donné à lire : Je n’ai pas privé le petit bétail de ses herbages.
 
     Je voudrais aussi, toujours pour attirer votre attention sur la place prépondérante, tant économique qu'idéologique, acquise par l'animal à l'antiquité égyptienne, faire maintenant référence aux recensements annuels de tout ce cheptel; comptabilité qui servit de base, à tout le moins à l’Ancien Empire, aux premiers calendriers égyptiens notifiant la datation des règnes des souverains.

     Il existe en effet, ici même au Louvre, mais aussi au British Museum de Londres, au Musée du Caire et dans celui de Berlin plusieurs fragments de documents connus dans le monde égyptologique sous le nom de Papyrus d’Abousir, du nom de cet endroit entre Guizeh et Saqqarah où furent retrouvés pyramides et temples de trois souverains de la Vème dynastie (XXVème - XXIVème siècles A.J.-C). Et dans le temple funéraire de l’un d’eux, celui du roi Neferirkarê-Kakaï, des fouilleurs clandestins d’abord, puis les archéologues de la Deutsche Orient-Gesellschaft sous la direction de Luwig Borchardt - (le même qui, sur le site d’Amarna, exhuma le célèbre buste de Nefertiti, aujourd’hui à Berlin et qui, vous ne l'ignorez probablement pas, fait actuellement l'objet de nombreuses controverses) - mirent au jour, les uns en 1893, les autres en 1907, ces fragments qui, pour l’essentiel, constituent un relevé des comptes de fournitures destinées au temple, des dépenses enregistrées, des offrandes de vivres à la statue du dieu, etc.; comptes par ailleurs tenus pendant quelque deux cents ans par des scribes manifestement scrupuleux ! (Pour la petite histoire, ces documents représentent les plus anciens papyri actuellement connus.)

     Et les rouleaux de beaucoup d’entre eux de commencer, c’est à cela que je voulais en arriver, par des formules calendaires telles que : "L’année de la seizième fois de compter tout le gros et le petit bétail de Haute et de Basse-Egypte ..." ou "L’année du troisième compte (des troupeaux), quatrième mois de la saison akhet, jour vingt-cinq ..."

     L’élevage, ainsi que la domestication constituèrent donc très vite un des apports majeurs de la nourriture indispensable à la vie quotidienne des Egyptiens de l’Antiquité, mais aussi, ne l’oublions pas, nécessaire à leur vie dans l’au-delà. C’est la raison pour laquelle, j’y reviens, les peintures murales des chapelles funéraires font constamment allusion à ce moyen de subsistance avec une précision qui, pour l'heure, nous étonne encore.

     C'est ainsi que, si vous ne les aviez pas remarquées lors de votre visite, à l'automne dernier, je vous invite, avant de quitter le Louvre dès notre entretien d'aujourd'hui terminé, à retourner dans la salle précédente, dans la chapelle d’Akhethetep, et de vous concentrer cette fois plus particulièrement sur le côté nord du mur est : deux scènes gravées, très explicites, attireront inévitablement votre attention. L’une d'elles nous montre une vache en train de vêler : debout, arc-boutée sur ses pattes avant, elle courbe le dos et semble meugler de douleur. Agenouillé derrière elle, un bouvier aide à la délivrer en tirant le veau par les pattes qui se présentent en premier. Très clairement, la légende place dans la bouche du berger qui se tient à côté du bouvier, le conseil suivant : "Délivre hardiment le veau, qu’il n’étouffe pas !"




     La précédant immédiatement, l’autre scène que je vous conseille d’aller revoir, tout aussi réaliste, figure une saillie. Et là aussi, sans équivoque aucune, les hiéroglyphes gravés au-dessus du taureau emploient le verbe saillir, qui se disait "nehep" et dont le déterminatif représentait un phallus émettant un liquide ( = signe D 53 de la liste de Gardiner.)

 

     Enfin, si nous accordons crédit à des passages de textes présents dans certains tombeaux, il semblerait que beaucoup de tous ces animaux, boeufs compris, étaient gavés : ce qui serait ainsi le cas de ceux rassemblés dans les "mesout" que j'ai précédemment évoqués.

     Certes, ces quelques arguments ici avancés destinés à prouver l'immense importance qu'élevage et domestication détinrent aux yeux des Egyptiens anciens ne prétendent nullement à l'exhaustivité. J'aurais pu aussi évoquer la momification de nombre d'animaux que les fouilles ont maintenant permis de mettre au jour. Sans oublier la sacralisation dont certains firent l'objet : rappelez-vous la découverte des sarcophages de
taureaux Apis faite par Auguste Mariette dans ce qu'il est à présent convenu d'appeler le Sérapeum de Memphis.

     Mais est-il vraiment encore besoin de poursuivre une liste qui est loin d'être clôturée pour arguer du bien-fondé de mes propos ? Je préfère simplement vous convier à nous retrouver mardi prochain, 15 septembre, ici même devant la vitrine 1, vers 10 H. si cela vous agrée, pour nous pencher plus avant sur le premier des différents objets qui y sont exposés.

A mardi ?
 
 




(Gros de Beler : 2006, 156-66; Malaise : 1987, 28; Montet : 1925, 92-125; Posener-Krieger : 1976, 3 et 61; Ziegler : 1993, 80-1)

Par Richard LEJEUNE
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Mardi 1 septembre 2009


    La salle 4 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre qu'ensemble nous avons quittée voici trois mois déjà, vous vous en souvenez assurément ami lecteur, est entièrement dévolue aux travaux des champs, tant d'un point de vue éminemment pratique, avec les différentes étapes et les outils utilisés pour les mener à bien, qu'administratif avec l'un ou l'autre papyrus nous permettant de mieux appréhender la manière dont furent gérées toutes ces activités.

     C'est donc en toute logique que les Conservateurs de la section égyptienne ont choisi de consacrer l'espace qui suit immédiatement, la salle 5 donc, à d'autres sources d'obtention de nourriture que celles prodiguées par la seule agriculture, à savoir : l'élevage, la chasse et la pêche.



     Dès aujourd'hui, avec ce petit tour d'horizon introductif que je vous propose, vous constaterez dans un premier temps que, pratiquement, l'on peut indifféremment accéder à cette nouvelle salle soit par la gauche, le long du mur Nord, entièrement aveugle, puisqu'il est mitoyen avec les salles 3 et 6 qui donnent sur la Cour Carrée,




soit par la droite, plus limineux grâce aux hautes fenêtres grillagées qui ponctuent de façon extrêmement régulière la façade de cette aile donnant immédiatement sur le Quai François Mitterrand et le Pont des Arts qui mène droit à l'Institut de France.





     Le plan esquissé ci-après, s'il est loin d'être le reflet d'une réalité mathématiquement calculée - j'en suis bien incapable ! -, présente à tout le moins une vue d'ensemble suffisamment claire qui, à mes yeux, devrait permettre à ceux parmi vous pour lesquels cette salle n'est point familière de se retrouver dans mes propos futurs.






     Si de la salle 4, l'on se dirige vers la 5 par le côté gauche de la chapelle reconstituée d'Ounsou, longeant le mur Nord, ce sont les deux vitrines portant bizarrement le même numéro 4 et abritant des blocs de calcaire provenant du mastaba d'un certain Métchétchi qui retiendront notre attention.










     En revanche, si l'on préfère passer d'une salle à l'autre par le côté droit, nous rencontrerons immédiatement, devant la première fenêtre du nouvel espace, la vitrine 1 dévolue à l'élevage.

     Par parenthèses, si ce présentoir porte le numéro 1, c'est que dans l'esprit des concepteurs, il paraît logique que nous commencions les découvertes nouvelles par ce côté-là plus particulièrement. Non ?







     Sur notre gauche, barrant le centre de la salle, la longue vitrine n° 2 retrace les deux recherches classiques d'obtention de nourriture que constituent la chasse et la pêche, représentées sur différents supports comme les bas-reliefs, les couvercles d'objets de toilette ou, à nouveau, l'un ou l'autre ostracon. ("A nouveau", dans la mesure où nous aurons l'occasion de déjà en rencontrer un certain nombre dans la toute première vitrine ci-dessus). Sans oublier l'exposition de quelques instruments nécessaires aux chasseurs et pêcheurs égyptiens ...



     A partir du socle vitré qui lui fait face, ce seront les animaux familiers, domestiqués, que nous évoquerons.

     Et à la gauche de ces vitrines 2 et 3,  nous aurons tout loisir de longuement nous attarder sur les deux très intéressantes vitrines n° 4 s'étendant côte à côte sur le mur menant à la porte de sortie de la salle, tant est riche le décor du tombeau de ce Métchétchi,  haut fonctionnaire à la cour du roi Ounas (VIème dynastie - Fin de l'Ancien Empire).

     Si d'aventure, nous tournons le dos à ce mur pour, d'un seul regard, embrasser l'ensemble de la salle, nous admirerons, tout au fond à droite d'abord, au dos de la vitrine 2, dans un encadrement métallique, un imposant bloc de calcaire figurant le repas funéraire d'un certain Tepemankh, autre grand fonctionnaire aulique d'approximativement la même époque.


     Et si, des yeux seulement, nous quittons la vitrine 5, c'est pour considérer immédiatement devant nous, le bloc vitré noir arborant le numéro 9 avec, disposés dans de petits récipients en verre, différents produits comestibles et, plus à gauche, la vitrine 6, de part et d'autre dévolue au pain et à la bière.

     Enfin, de l'autre côté de la 6, une table vitrée placée devant la fenêtre donnant sur la Seine porte le numéro 7 et concerne plus spécifiquement la viticulture; tout comme, d'ailleurs, la vitrine 8 et ses amphores, la dernière de la salle, et qui présente en outre la particularité de faire jonction et donc d'être visible aussi bien de cette salle 5 que de la future salle 8.

 
  
     M'est-il besoin d'ajouter, avant de vous donner rendez-vous mardi prochain pour entamer ensemble ce nouveau parcours, que toutes les découvertes qu'ici nous allons effectuer nous permettront d'accroître et de préciser ce que déjà nous avions appris à propos des produits de consommation des Egyptiens de l'Antiquité ?

Par Richard LEJEUNE
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  • : EgyptoMusée - Le blog de Richard LEJEUNE
  • : 18/03/2008
  • : Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes. Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique. Mais aussi la littérature égyptienne antique. Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
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