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Samedi 20 avril 2013 6 20 /04 /Avr /2013 00:00

 

KHAY---Tombe-de-Kay-emballee--MarieLuxor-.jpg

 

 

     Vous souvenez-vous de la découverte de la pyramide de Khay qu'avait faite la mission conjointe de l'ULB (Université libre de Bruxelles) et de l'ULg (Université de Liège), dirigée par Laurent Bavay et Dimitri Laboury ?

 

     J'insiste bien : il s'agit d'une pyramide précédant l'hypogée proprement dit - tradition d'une certaine époque - et non d'une tombe comme il est erronément titré par M. Tonic, dans un article pour une revue grand public croisé sur le Net.

 

     Vraisemblablement en contrebas sous une maison villageoise dont vous apercevez un mur ci-dessus à l'extrême gauche de la photographie et que voici, vue de face,

 

 

KHAY - Maison au-dessus tombe de Khay (Cliché Raymond)

 

 

dominant le Ramesseum,


 

KHAY - Maison sur tombe et vue du Ramesseum (Cliché Raymon

 

 

le tombeau de Khay reste en effet encore à mettre au jour, comme je vous l'avais indiqué dans le compte-rendu que je vous avais proposé le 23 février dernier.

 

 

     J'ai la grande chance de virtuellement connaître Marie, une compatriote résidant à Louxor, qui s'est tout récemment rendue avec des amis dans la Vallée des Nobles pour y voir le monument et qui, comme elle me l'avait promis, y a réalisé quelques clichés.


     D'une amabilité qu'il n'est plus à démontrer, charmante à tous points de vue, Marie m'a sans hésiter permis de les publier ici pour que vous puissiez vous aussi en bénéficier.


 

     Rappelez-vous : nous sommes dans la montagne thébaine, à l'arrière du village de Gournah.


 

KHAY---Montagne-thebaine--MarieLuxor-.jpg

 

 

Plus précisément près de la tombe TT C3 d'un certain Amenhotep, bras droit du chancelier Sennefer, à la XVIIIème dynastie.

 

 

KHAY - Tombe d'Amenhotep (C 3) - MarieLuxor

 

  

     Dans ce périmètre de fouilles octroyé par l'Égypte à la mission belge, les deux archéologues et leur équipe découvrent les vestiges d'une pyramide effondrée que des preuves irréfutables permettent d'attribuer à Khay, un des vizirs de Ramsès II.

 


 

KHAY - 01. Vue pyramide

 
     Le 1er mars 2013, le travail terminé, le silence reprend ses droits, le chantier se clôt et la pyramide de Khay, telle une oeuvre de Christo, se retrouve précieusement emballée pour passer l'été "bien au chaud", en attendant le retour des égyptologues, à l'automne prochain ...

 

 

KHAY - Pyramide de Kaye emballée (Gros plan MarieLuxor)

 

     Gageons que nous patienterons avec elle pour connaître la suite de son histoire ...

 


 

    (Immense merci à Marie et à Raymond de nous avoir offert ces intéressants documents ; ainsi qu'au Professeur D. Laboury pour l'avant-dernier cliché que je vous avais déjà précédemment donné à découvrir.)

 

 

     Petite mise au point qui n'a strictement rien à voir avec ce qui précède : je spécifie à tous ceux qui, très fréquemment, introduisent "Richard Lejeune" dans Google que seules les références à EgyptoMusée me concernent : je ne suis inscrit et n'ai donc aucun profil sur un quelconque réseau social et les photos que l'on peut voir ne me représentent nullement. En outre, je ne suis fort heureusement pas celui dont on annonce, sur le site "in memoriam.be", le décès le 11 mars dernier dans une commune où j'ai jadis résidé !

 

 


ADDENDA

 

Jeudi 2 mai 2013

 

   Permettez-moi, amis visiteurs, de partager avec vous une intéressante précision que m'a, hier soir 1er mai, adressée Dimitri Laboury  :

 

     "En quelques mots, oui, la maison sur l'entrée de la tombe de Khay est toujours habitée (sinon nous serions déjà allés y voir de plus près, bien sûr). Sa démolition a été retardée par le propriétaire, qui est un ancien membre du SCAE, mais le programme de démolition a été arrêté depuis la révolution.

Donc, c'est l'inconnue. On verra ce qui pourra être négocié avec lui et avec le SCAE."

 

 

     J'ajouterai simplement que le CSAE, - SCAE, en anglais -, est le Conseil suprême des Antiquités de l'Égypte.

Par Richard LEJEUNE - Publié dans : RichArt - Communauté : ÉGYPTO-ARCHÉOLOGIE
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Vendredi 22 février 2013 5 22 /02 /Fév /2013 08:39

 

KHAY - 01. Vue pyramide

 

 

    Grâce à l'immense gentillesse du Professeur Laboury de l'Université de Liège (ULg.) - qui a eu l'amitié de m'adresser les quelques clichés qui émailleront la présente intervention, - grand merci à toi, Dimitri ! -, à droite sur la photo ci-dessous, en compagnie du Professeur Laurent Bavay de l'Université libre de Bruxelles (ULB),

 

 

KHAY - 07. Laurent Bavay et Dimitri Laboury sur le site

 

 

je vous propose ce matin, amis lecteurs, de virtuellement visiter le site archéologique de la colline de Cheik Abd el-Gournah qu'ils fouillent depuis un certain nombre d'années.


 

KHAY - 05. Gourna (vue ballon 2010) Secteur ULB-ULg


 

     Avec la finalité de comprendre l'organisation des tombes privées d'une série de hauts dignitaires du Nouvel Empire, les unes par rapport aux autres, - pour quelles raisons choisir tel endroit précis de la nécropole ? ou telle conception architecturale interne ? -, la mission de l'ULB mène depuis 1999 des recherches en ce lieu de la rive ouest de Louxor, riche d'un millier de sépultures dont plus de 400 sont superbement décorées.

 

     Rappelez-vous cette interview de Laurent Bavay datant de juin 2010 que je vous fis écouter hier et qui explique la découverte préalable - la "redécouverte" en fait - d'une tombe (TT C3 sur le plan ci-après),


 

KHAY - 06 - Plan secteur ULB-ULg

 

 

ayant appartenu à un certain Amenhotep, substitut (entendez : premier assistant) du chancelier Sennefer (comprenez : une sorte de Ministre des finances dans la mesure où il s'occupe de contrôler le Trésor royal), dont l'hypogée fut étudié par une mission de l'Université de Cambridge entre 1992 et 2002 (TT 99 sur le même plan), à proximité d'ailleurs de la tombe d'un autre Sennefer (TT 96), quant à lui "Prince de la ville de Thèbes", et plus connue sous le nom de "Tombe aux Vignes".


     En effet, après quelques années de fouilles dirigées par feu le Professeur Roland Tefnin dans le secteur qui avait été dévolu à l'ULB par le Conseil Suprême des Antiquités de la République arabe d'Égypte, c'est à partir de 2006 que Laurent Bavay étend ses recherches dans les environs immédiats et découvre - bonheur intense d'archéologue ! - une grande cour comme celles qui, fréquentes dans la nécropole privée du Nouvel Empire, ici, mais aussi à Deir el-Medineh, précèdent les monumentales chapelles pyramidales des hauts fonctionnaires palatiaux de l'époque ramesside.

 

     Il faut savoir, amis lecteurs, qu'est fort réducteur le fait de s'imaginer que les seules pyramides existant en Égypte datent de l'Ancien Empire - l'on pense en effet à celles de Chéops, Chéphren et Mykérinos, tout en oubliant souvent qu'elles furent une septantaine à être édifiées pour les différents souverains qui se sont succédé à cette époque - et parfois plusieurs d'entre elles, pour un seul et même souverain !

 

     Mais elles ne furent pas les seules ! En effet, au Nouvel Empire, les tombes - appelées hypogées -, se groupèrent essentiellement dans une montagne à l'ouest du Nil, à l'ouest de Thèbes, devenue capitale. Et là, dans ce qu'il est parfois convenu de nommer la "Vallée des Nobles", les grands dignitaires du royaume reçurent de leur souverain le privilège de creuser leur "maison d'éternité" qui, à partir de Ramsès II, comportait une cour dans laquelle était élevée une pyramide, certes nettement moins haute que celles des rois de l'Ancien Empire, mais néanmoins imposante.

 

     Enfin, et dans la seule volonté d'être le plus complet possible, permettez-moi de vous rappeler aussi celles de Méroé, ancienne capitale nubienne, au Soudan actuel, que j'avais rapidement évoquées dans une intervention dédiée au Nantais Frédéric Cailliaud et à ses voyages en Égypte et en Nubie.

 

     Après cette petite et nécessaire mise au point, revenons, voulez-vous, à Laurent Bavay. En 2006 donc, il entame des fouilles dans une cour qui devait, trois années plus tard, l'amener à une tombe qui se révéla être celle d'Amenhotep, déjà découverte par l'archéologue suédois Karl Piehl (1853-1904) à la fin du 19ème siècle, et perdue depuis.

 

     Si les textes mais aussi les peintures murales présents à l'intérieur permirent de déterminer les nom et fonction du propriétaire, ils indiquèrent que le chancelier Sennefer, sous les ordres duquel travaillait Amenhotep, était également son beau-père, dans la mesure où l'assistant avait épousé Renena, la propre fille de son patron.


 

KHAY - 08. Renena, épouse d'Amenhotep, substitut du chance

 

 

     En 2010, l'Université de Liège s'associa aux recherches de l'ULB dans le secteur et, sous les directions conjointes de Laurent Bavay et de Dimitri Laboury - ce dernier déjà présent sur le terrain depuis de très nombreuses années puisqu'il avait été un des étudiants du Professeur Tefnin et l'avait notamment accompagné en tant qu'épigraphiste -, la prospection de la grande cour de la sépulture d'Amenhotep se poursuivit jusqu'à ce que, tout dernièrement, les deux archéologues belges découvrent les vestiges


 

KHAY - 02. Vue pyramide

 

 

d'une pyramide de 12 mètres de côté qui fut surmontée - vraisemblablement à une quinzaine de mètres de hauteur -, d'un pyramidion en grano-diorite (déjà exhumé au cours de la précédente campagne, en février 2012)  

 

 

KHAY - 04. Pyramidion pyramide de Khay

 

 

dont une face au moins était gravée d'un relief en creux peint représentant le défunt (petit éclat de droite ci-dessus) rendant hommage au dieu Rê-Horakhty, assis, et que surmonte un disque solaire (fragments de gauche).

 

     Au sein des briques crues de la pyramide écroulée, les fouilleurs belges mirent au jour plusieurs dizaines de briques cuites de même format (32 x 18 x 8 centimètres) telles que celle-ci 

KHAY - 03. Brique au nom du vizir Khay

 

qui avaient la bienvenue particularité d'offrir une empreinte de sceau apposée avant la cuisson dont les hiéroglyphes révélèrent le nom et les titres du propriétaire :

 

     L'Osiris, - comprenez le défunt -, le noble, le prince, celui du rideau (titre viziral), le dignitaire, le chef de la Ville - comprenez : de la ville de pyramide, ce qui correspond à un autre titre viziral, datant déjà de l'Ancien Empire), le Vizir de Haute et de Basse-Égypte, Khay.

 

     Connu par ailleurs, Khay exerça ses fonctions une quinzaine d'années durant sous le règne de Ramsès II.

 

     Sa tombe véritable, en contrebas, n'a pas encore été fouillée dans la mesure où elle se dissimule sous une maison villageoise ... toujours habitée. 

 

 

(Bavay/Laboury : 2012, 62-72)

Par Richard LEJEUNE - Publié dans : RichArt - Communauté : ÉGYPTO-ARCHÉOLOGIE
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Jeudi 21 février 2013 4 21 /02 /Fév /2013 08:20

 

Pyramide-Khay.jpg

 

 

     La presse écrite mais aussi, ce matin, le journal parlé de la RTBF relaient la découverte d'un nouveau tombeau, à Gournah, sur la rive ouest de Thèbes, dans la cour d'une autre tombe plus ancienne, par deux archéologues belges, Laurent BAVAY, de l'Université libre de Bruxelles et Dimitri LABOURY, de l' Université de Liège : il s'agit de la pyramide de Khay, un des vizirs de Ramsès II.


 

Ci-après, le site de la RTBF : en cliquant sur "Article" vous obtenez la relation de la nouvelle découverte et, sur "Audios", puis sur le petit carré vert, l'interview du Professeur Bavay par Françoise Baré programmée ce matin.

 

 

     Quelques précisions supplémentaires, émanant du CReA Patrimoine, dirigé par L. Bavay, suivies d'un lien extrêmement intéressant vers une interview qu'il avait accordée lors de la "redécouverte" de la tombe dans la cour de laquelle a été mise au jour la pyramide de Khay.

 

 

Découverte de la pyramide d'un vizir de Ramsès II par une mission archéologique de l'ULB et de l'ULg

Mercredi le 20-02-2013

     Le Ministre égyptien des Antiquités, Dr. Mohammed Ibrahim, a annoncé ce mercredi 20 février la découverte d'une nouvelle pyramide datant de l'époque ramesside, au cours de recherches archéologiques menées sur la colline de Cheikh Abd el-Gourna (rive ouest de Louqsor) par une mission conjointe de l'Université libre de Bruxelles* et de l'Université de Liège.

 

     Des impressions sur les briques du monument indiquent que la pyramide appartient à un vizir de Haute et de Basse-Égypte nommé Khay, qui a exercé cette charge durant une quinzaine d'années sous le règne du pharaon Ramsès II (vers 1279-1213 avant J.-C.)


     La pyramide mesure 12 mètres de côté et sa hauteur d'origine atteignait 15 mètres. Le monument en briques crues était recouvert d'un enduit blanc éclatant et il était surmonté par un pyramidion en pierre décoré de l'image du propriétaire adorant le dieu Rê-Horakhty. La pyramide était construite dans la cour d'une tombe plus ancienne appartenant au substitut du chancelier, Amenhotep, découverte par la mission belge en 2009. Située sur une crête de la colline, surplombant le temple funéraire de Ramsès II (Ramesseum), la pyramide de Khay représentait assurément un élément remarquable du paysage thébain. Le monument a été largement détruit au VIIe-VIIIe siècle de notre ère, lorsque la tombe a été transformée en ermitage copte.


     Les pyramides en briques crues étaient construites au-dessus des tombes des hauts dignitaires de la période ramesside dans la nécropole thébaine. La tombe du vizir est située immédiatement en contrebas de la pyramide, sous une maison villageoise moderne, et reste encore à explorer.

 

     La découverte est d'une importance remarquable, car le vizir Khay est bien connu des égyptologues par de nombreux documents. Occupant la plus haute fonction civile du royaume, Khay a été impliqué dans la célébration des six premiers jubilés (appelés « fêtes-sed ») de Ramsès II. Il a aussi supervisé la communauté des artisans chargés de réaliser les tombes royales de la Vallée des Rois et de la Vallée des Reines. Deux statues du vizir, aujourd'hui au musée du Caire, proviennent de la Cachette de Karnak, découverte en 1903.

 

     Au cours des fouilles de la tombe d'Amenhotep (TT C3), la mission a également découvert de magnifiques fragments de peintures murales datant du règne de Thoutmosis III (vers 1479-1427 avant J.-C.).

 

     Les travaux de la mission sont soutenus par l'Université libre de Bruxelles, l'Université de Liège, le F.R.S.-FNRS et le Ministère de la Recherche scientifique de la Fédération Wallonie-Bruxelles

 

 

*Cette mission est dirigée pour l'ULB par le Prof. Laurent Bavay,  Directeur de la Mission archéologique dans la Nécropole thébaine (ULB-ULg).

 

 

 

Interview de Laurent Bavay, datant de juin 2010.

 


Par Richard LEJEUNE - Publié dans : RichArt - Communauté : ÉGYPTO-ARCHÉOLOGIE
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Samedi 18 février 2012 6 18 /02 /Fév /2012 00:00

 

     Comme je vous l'ai promis ce mardi, amis lecteurs, à l'occasion des festivités du Carnaval qui s'annoncent et vont, neuf jours durant, donner congé à nos écoles et, conséquemment, à EgyptoMusée, nous quitterons ce matin le Louvre pour nous rendre à Malmedy, à l'est de la province de Liège, dans une de ces nombreuses villes belges qui les célèbrent joyeusement.

 

     Sans prétendre jouer les statisticiens ni entonner le péan d'un naïf et bien inutile coquerico, je vous invite à rapidement consulter cette liste pour prendre conscience que, comparativement à la France pourtant déjà bien lotie, la petite Belgique offre un éventail impressionnant de cités qui, dès aujourd'hui et dans les semaines à venir, consacreront un temps plus que certain à ces incontournables réjouissances populaires.

 

     A Malmedy, où le 26 janvier déjà, les petits des écoles maternelles et primaires ont "ouvert le bal" après maints jours de préparation avec leurs institutrices motivées, l'événement porte le nom wallon de Cwarmê 

 

     A ceux d'entre vous que l'histoire intéresserait, il sera toujours loisible de cliquer sur ce mot aux fins d'être renseignés sur ce qu'il représente ; et d'en apprendre plus encore si vous décidez de naviguer sur les opportunités que propose le site ...

 

     Mais, seriez-vous en droit de me reprocher, pourquoi nous avoir détournés de notre trajet égyptologique habituel si ce n'est que pour évoquer un carnaval parmi tant d'autres, et pas forcément le plus représentatif, Binche, sur le territoire belge, semblant être le plus connu à l'étranger ?

 

     Parce mon petit-fils et ses parents, devenus Malmédiens d'adoption, y participeront ? Certainement pas. Parce que l'un ou l'autre char du cortège qui traversera la ville cet après-midi et demain, pourrait faire référence au passé pharaonique ? Pas plus ! D'ailleurs, de ce que sont cette année les thèmes, je n'ai nulle idée.

 

     Donc aucun lien avec l'Égypte dans ce rendez-vous ?, maugréerez-vous peut-être.

Là, ce serait mal interpréter mes intentions !


 

     Parmi tous les personnages typiques du folklore local - les Riboteux et les Percutés, les Longs-Nez, les Harlikins, la Grosse Police, les Haguètes, entre autres -, dans l'ambiance desquels certaines vidéos ne manqueront pas de vous inviter à entrer, il en existe deux qui portent un nom particulier : accompagnant le Trouvlè, l'homme qui, pour ces quatre jours, a officiellement reçu des mains du Bourgmestre un sceptre symbolisant son pouvoir (en fait une panûle en bois, comprenez une pelle de brasseur) : ce sont les Djoupsennes.

 

 

Le trouvlè et ses deux djoupsennes.jpg

 

     Dans la mythologie carnavalesque malmédienne, protégés des regards inquisiteurs de la foule par un masque au long nez rouge métaphorisant le degré d'alcool qui est souvent le leur et par un drap de lit immaculé qui les recouvre et entrave leurs bras, ces deux serviteurs - qui, ne vous méprenez pas sur les mots, n'ont rien de commun avec ceux qui apportent les offrandes à Metchetchi -, sont tout au contraire réputés s'introduire dans les cuisines des habitations de la ville de manière à s'emparer de quelques provisions de bouche.

 

     Cela posé, indépendamment de leurs larcins et du floklore afférent, ce sera plutôt l'étymologie de leur nom qui motivera aujourd'hui mon propos. 

 

     Dans un ouvrage magistral et passionnant - quelque peu ardu, toutefois -,  publié aux éditions "Pages du Monde" en 2007, intitulé L'Odyssée d'Aigyptos et qu'il sous-titre du paragramme Le sceptre et le spectre, l'égyptologue français Sydney H. Aufrère élabore une analyse sémantique extrêmement pointue du terme grec Aiguptos qui fut, comme vous le savez, à l'origine du nom "Égypte" ; et d'autres qui en dérivent, dont celui de "Copte".

 

      Révélatrice d'un certain inconscient collectif de notre Occident, l'appellation "Égyptien" fut très vite associée à "Bohémien", ces gens du voyage appelés également, suivant les régions, "Gitans", "Manouches", "Tsiganes" et autres "Gypsies" ... ; ce dernier étant par ailleurs phonétiquement très proche du terme "Égyptien".

 

     L'historien français Antoine-Augustin Bruzen de la Martinière (1662-1749), dans son  Grand dictionnaire géographique et critique, n'explique-t-il pas - Tome III, p. 227 -, le plus sérieusement du monde, que les Bohémiens eux-mêmes furent responsables de cette méprise ? 

 

     Comme il falloit dire ce qui les amenoit en Allemagne, ils convinrent entre eux de dire que leurs ancêtres habitèrent autrefois en Egypte

 

     Lut-on Prosper Mérimée (1803-1870) quand, dans un récit datant de 1845, intitulé Carmen, il écrivit au chapitre IV ? : 

 

     Les Bohémiens eux-mêmes n'ont conservé aucune tradition sur leur origine, et si la plupart d'entre eux parlent de l'Égypte comme de leur patrie primitive, c'est qu'ils ont adopté une fable très anciennement répandue sur leur compte.

 

     Malheureusement, le vagabondage lexicographique fut tel, toujours dans l'imaginaire populaire, qu'à tous, "Bohémiens" d'abord et donc "Égyptiens" par la suite, furent accolées les images accablantes d'habiles voleurs, de rusés chapardeurs, de prompts vide-goussets, quand ce n'était pas d'épouvantables ravisseurs d'enfants !

 

     Et c'est précisément dans une de ces acceptions éminemment négatives qu'à Malmedy il faut entendre la djoupsenne, déformation wallonne de "Égyptienne", - parfois aussi orthographiée djupsène -, que l'on dénonçait pour s'introduire subrepticement dans les maisons en vue de chaparder quelques victuailles.

 

 

 

     Désolé, amis lecteurs, si vous vous êtes sentis grugés. Désolé si vous avez cru qu'en quittant les bords de Seine ce matin, je vous emmenais festoyer dans mon pays, en bords de Warche. Désolé si vous êtes déçus de la direction peu festive qu'a prise notre rencontre ...

 

     Aujourd'hui pour moi, c'est dans le partage du savoir que résida la fête : il m'intéressa bien plus d'épingler pour vous l'origine de djoupsenne au sein même du folklore malmédien que, par exemple, vous convier mardi soir, au brûlage de la Haguette. Car, à vrai dire, pour y participer, vous n'aurez nul besoin de ma présence ...

 

 

     Je ne puis m'empêcher de clore la présente intervention sur la parodie d'une formule qui vous est maintenant bien connue :

 

     Puisse l'offrande que donne le Trouvlè, constituée de mille pains, mille (jarres de) bière, mille (sachets de) confettis et toutes bonnes choses dont jouissent les Malmédiens, pleinement égayer votre Ka ... rnaval, amis lecteurs ...

 

 

     Bon congé à tous.


     Et à bientôt vous retrouver au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, salle 5, devant la vitrine 4 ², le mardi 28 février : Metchetchi nous y attendra, tout étonné probablement d'apercevoir quelques petites pastilles rondes colorées parsemant nos cheveux encore ébouriffés par les porteurs du Long-ramon ; porteurs qu'assurément, il ne reconnaîtra pas parmi les siens ...

 

 

 

 

(Aufrère : 2007, 137-46)

Par Richard LEJEUNE - Publié dans : RichArt - Communauté : ÉGYPTO-ARCHÉOLOGIE
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Samedi 11 juin 2011 6 11 /06 /Juin /2011 00:00

 

Paris change ! mais rien dans ma mélancolie

N'a bougé ! palais neufs, échafaudages, blocs,

Vieux faubourgs, tout pour moi devient allégorie,

Et mes chers souvenirs sont plus lourds que des rocs.

 

 


 

Charles  BAUDELAIRE,

Le Cygne

Extrait de Les Fleurs du Mal, (LCCCIX)

 

Paris, Seuil, Collection "L'Intégrale",

p. 97 de mon édition de 1968.

 

 

 

 

      Avais-je perdu Paris ?, me suis-je interrogé ce mardi, souvenez-vous amis lecteurs, en déambulant dans les rues de la capitale qui, jadis, m'ouvrait si largement les bras.

 

 

-Paris--422.jpg

 

 

 

     Inquiet, je ne pus m'empêcher de consulter un savant, du Nord, qui me confirma que la  ville existait toujours bel et bien. Belle et bien.


 

-Paris--270.jpg

 

 

     De sorte qu'il me fut maintes et maintes fois reproché - et de manières souvent fort peu amènes - d'avoir osé proclamer la disparition de Paris.


 

     J'avais assurément perdu la tête, affirma l'un, sans le moindre sourire - (il n'était, de toute évidence, point rémois).

 

-Paris--068.jpg


 

     J'étais bon à colloquer, lança un autre.


-Paris--282.jpg

 

 

     Si certains me grimaçaient leur animadversion,

 

-Paris--070.jpg

 

 

voire même n'hésitaient pas à me cracher leur mépris au visage,

 

 

-Paris--081.jpg

 

d'autres, moins iréniques, voulurent attenter à mes jours en me lapidant,

 

-Paris--151.jpg

ou me piétinant ...


-Paris--294.jpg


 

     Il y en eut même qui me mirent en joue !

 

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     Plus réservés, beaucoup  me battirent simplement froid, rubiconds qu'ils étaient d'un dépit mal retenu ...

 

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      La vindicte à mon encontre, vous en conviendrez aisément, se révéla plus que palpable !

 

 

     Et pourtant, les preuves de ma bonne foi, de chaque côté de la Seine, étaient patentes : non seulement d'illustres bâtiments disparaissaient derrière des écrans improvisés

 

 

-Paris--056.jpg

 

 

dont l'excellence de la toreutique, pour certains d'entre eux, n'était plus à démontrer,

 


-Paris--132.jpg

 

 

mais d'autres désiraient manifestement s'offrir une nouvelle raison d'être : un Roland Garros par-ci,


 

-Paris--391.jpg

 

 

 un long champ de courses hippiques par-là,


-Paris--281.jpg

 

 

 

voire même un pont vers le troisième millénaire de la communication  ...

 

 

-Paris--482.jpg

 

 

 

     Turbide, je cherchai vers qui me tourner ...

     Naïf, je me dis que la police, elle, pourrait assurément me renseigner, voire même devenir mon cicérone ...

 

 

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Mais là aussi, je fus décontenancé : même ses services se voilaient la face sur grande échelle !

 

 

     Probablement rabelaisien, n'auriez-vous pas un tantinet forcé sur la dive bouteille ?, fut-il insinué.

 

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     Abstème, je ne bois que de l'eau ... - ou presque -, 


-Paris--481.jpg

 

j'en fus marri ; et vert de rage !

 

 

     Pour m'amener à résipiscence, on insista : Une bonne tasse de café ne vous serait-elle pas profitable ? 

 

 

-Paris--638.jpg

 

 

 

     Me furent également conseillées, une douche froide


 

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pour me remettre quelques idées en place ...

 

et  une partie de bowling, pour me délasser : mais tant les quilles

 

 

-Paris--339.jpg

 

 

que les boules

 

 

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me parurent impossibles à manipuler ...

 

 

     Désemparé, incompris de tous, il ne me restait plus, après avoir cherché à me sustenter,

 

 

-Paris--018.jpg

 

 

qu'à rentrer à l'hôtel pour y passer une nuit salvatrice

 

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avant de décider le lendemain matin de forcer coûte que coûte les huis de ces temples de la culture pour lesquels, en définitive, j'avais entrepris le voyage et qui ne se privaient pas de proclamer toujours plus évidente la beauté de Paris ...

 

 

-Paris--353.jpg

 

 

     Parce qu'assurément, Paris le valait bien !

 

 

     Et parce qu'aussi un diamant est éternel ...

 

-Paris--450.jpg

Par Richard LEJEUNE - Publié dans : RichArt - Communauté : Patrimoines de l'humanité
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