RichArt

Samedi 31 octobre 2009
     Il est l'heure !


 
    Laquelle, me demanderez-vous, en scrutant le cadran hébraïque aux aiguilles tournant dans le sens inverse de celles de l'horloge qui le surplombe sur le fronton de l'ancien hôtel de ville juif ?

     L'heure de nous rendre en fait, après avoir admiré samedi dernier un autre système, astronomique celui-là, agrémentant la face sud de l'hôtel de ville de Staré Mesto, dans Josefov.
     C'est en hommage aux prises de position en sa faveur instaurées par Joseph II, à l'extrême fin du XVIIIème siècle, que ce nom fut attribué par la communauté des Juifs pragois à ce quartier.

     Quelques précisions historiques seront, je pense, ici les bienvenues pour mieux en comprendre l'origine.

     De nombreux Juifs ayant fui leur terre d'élection vivaient un peu partout dans la ville dès le milieu du Moyen Âge ; diaspora nécessitée par les mesures discriminatoires encourues depuis des siècles par cette communauté, et sur lesquelles, évidemment, il n'est nul besoin de m'attarder ici ...

     Deux ou trois points, néanmoins, pour recadrer. Au tout début du XIIIème siècle, tristes prémices, un premier concile, celui de Latran, bientôt suivi par celui de Narbonne, souhaite qu'un signe particulier puisse  différencier un Juif d'un Chrétien.

     Et en
1269, le "bon" roi Louis, le dévot Louis IX, roi de France - par ailleurs canonisé 27 ans après sa mort par l'Eglise catholique ! -, entérine ces recommandations conciliaires en intimant aux Juifs l'ordre d'arborer des détails vestimentaires distinctifs : ce seront un bonnet spécial pour les femmes, et ... le port de la rouelle - étoffe de couleur jaune (déjà) -, pour les hommes. En outre, ils devront cesser de vivre parmi les Chrétiens : le concept de ghetto était né !
Je dois toutefois à la vérité historique d'ajouter que le terme lui-même n'apparut qu'au début du XVIème siècle, dans la République de Venise.

     Les Juifs de Prague, comme de bien d'autres villes par le monde d'ailleurs, furent donc contraints soit de se convertir au christianisme, soit de se rassembler  : en l'occurrence, ici, ce sera sur la
rive droite de la Vltava, approximativement à partir de l'actuelle Place de la Vieille Ville jusqu'au méandre de la rivière, au nord, et de part et d'autre de l'artère aujourd'hui appelée Parizska, l'Avenue de Paris.

     Ils vécurent là des heures souvent sombres jusqu'au règne de Joseph II, empereur d'origine autrichienne, frère de la reine de France Marie-Antoinette, à l'extrême fin du XVIIIème siècle. Disciple convaincu des philosophes français de son temps (ce temps que l'Histoire retient sous le vocable de "Epoque des Lumières"), Joseph II entend gouverner selon les principes de la Raison. Certes, des réactions patriotiques opposées à ses intentions brideront ses tentatives de réformes. Mais il n'en demeure pas moins que les Tchèques en général - (il procède notamment  à l'unification des différents quartiers de la ville, promulgue un code civil, abolit la peine de mort, ainsi que la censure et décide de ne conserver ouverts que les couvents qui se sont donné mission d'éduquer des enfants ou de prodiguer des soins aux malades) -, et
les Juifs en particulier, vis-à-vis desquels il élimine définitivement les anciens arrêtés à connotation discriminatoire, lui seront désormais acquis.

     En outre, et ce n'est pas la moindre de ses réformes à leurs yeux : le temps de son seul règne malheureusement, les impôts furent diminués et la médiévale corvée imposée aux paysans jadis asservis et qu'il a déliés de cette mainmise remplacée par un prélèvement soit en nature, soit en argent.

     A l'origine d'une véritable amélioration de leurs conditions de vie, Joseph II fut  donc considéré, de son vivant déjà, comme un bon souverain par les Tchèques. Non seulement, ils lui consacrèrent maints poèmes et fervents chants patriotiques, mais ce quartier de la ville porte désormais fièrement son nom.


     Josefov, c'est là que je vous propose de nous rendre dès à présent, ami lecteur, après avoir quitté la  tour de l'hôtel de ville de Staré Mesto et ses centaines et centaines de touristes qui, chaque heure de 9 à 21, se massent devant les personnages qui s'animent.
Débouchons directement sur la Place de la Vieille Ville proprement dite et prenons immédiatement la direction, sur notre gauche, entre le monument élevé à la mémoire de Jan Hus et la façade blanche ouvertement baroque de l'église hussite Saint Nicolas, de la grande avenue de Paris.





     Puis, après avoir simplement léché les vitrines des boutiques de grand luxe sans en avoir poussé la porte,  pénétrons dans la petite rue de la synagogue Vieille-Nouvelle, sur notre gauche : nous sommes dès à présent au coeur même du quartier juif, devenu lui aussi, depuis quelques travaux de démolition et de reconstruction bien nécessaires à la fin du XIXème siècle, l'un des hauts lieux du tourisme pragois.




     Dissuasifs ? Je ne sais ... Quoiqu'il en soit, ils  seront quasiment la première présence que nous remarquerons en entrant dans la ruelle médiévale.
Mais peut-être ne sont-ils prévus là que pour renseigner le touriste ... ou surveiller le jeune rabbin qui a disposé je ne sais quel petit matériel sur sa table pliante ?




     Persuasif, lui ? Prosélyte ? Probalement pas ...

     Néanmoins, j'ai là assisté à une scène particulière : trois jeunes touristes, des Américains à n'en point douter, s'arrêtent devant la table et comme si c'était tout à fait logique,  - et, probablement, l'était-ce -, sans même avoir besoin de converser, l'un d'entre eux tend son bras gauche au rabbin. Celui-ci l'enveloppe, ainsi d'ailleurs que son front, de cordelettes de cuir au bout desquelles pend une petite boîte : il s'agit en fait,  comme je l'apprendrai un peu plus tard dans la journée en visitant
l'exposition présentée à la synagogue Klausen, du port des "téfilines", lanières de cuir et boîtiers noirs contenant des petits rouleaux de parchemin sur lesquels sont inscrits des versets de la Torah, ce texte fondateur du judaïsme.

     Ici, le jeune homme lira simplement ce qu'il trouvera sur la feuille que le rabbin lui tendra, tandis que ses copains resteront silencieux et dignes, entourés des touristes, nombreux, certains bêtement goguenards, qui vont et viennent dans la ruelle.

     Par décence pour cet acte religieux que je respecte, mais auquel je n'adhère point, je ne pris aucune photo et m'éloignai avant la fin de la petite "cérémonie". Peut-être, par la suite, les deux autres jeunes gens se plièrent-ils eux aussi au même rituel.

      J'ajouterai simplement que j'admire qu'à notre époque des jeunes aient encore une foi, quelle qu'elle soit ...




     En revanche, et dans la même perspective de respect, j'ai déploré trouver,  accolées en contrebas des murs extérieurs du cimetière juif, des boutiques de souvenirs exactement comme si j'étais dans n'importe quel endroit touristique du monde, commercialement et exagérément exploité.

     Mais là ne fut heureusement pas l'essentiel à retenir de ma visite dans ce Josefov que je vous propose de découvrir en détails, ami lecteur, le samedi 14 novembre prochain, après le congé de Toussaint en vigueur dans nos écoles belges ; semaine de "repos" que je vous souhaite fort agréable.

Par Richard LEJEUNE
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Samedi 24 octobre 2009


     Staromestska radnice, l'Hôtel de Ville de Prague, sur la Place de la Vieille Ville devant lequel je vous avais, souvenez-vous, donné rendez-vous samedi dernier ami lecteur, fut érigé au XIVème siècle et connut, comme bien d'autres édifices pragois, quelques avatars inhérents à la vindicte nazie de 1945.




     La tour qui le flanque, si elle date seulement d'une trentaine d'années après la construction de l'édifice (1364), ne reçut la splendide horloge astronomique, objet de tant d'admiration aujourd'hui (et qui, bien évidemment, n'est pas celle que vous apercevez tout au-dessus de la face est), qu'à l'extrême fin du XVème siècle.

     Sur le site de Radio Prague (www.radio.cz/fr/article/12345), la journaliste Jaroslava Gregorova indique clairement que cette horloge fut conçue (en 1490) par Maître Hanus, et ne fait aucunement allusion à l'atelier de Nicolas de Kadau qui, selon Wikipedia pourtant et tous les bloggeurs qui y ont puisé la substantifique moelle à l'origine de leur article, en serait, en 1410, le premier concepteur. 

     Ce Hanus, donc, horloger de génie à l'origine ou non de ce chef-d'oeuvre, a le bien triste privilège de susciter deux légendes associées à son nom : si la première insiste sur sa colère de n'avoir jamais été rémunéré par la municipalité, ire qui aurait débouché sur sa décision de saboter le mécanisme, la seconde, plus draconienne, plus mutilatrice aussi, fait état du supplice qui lui fut infligé de manière que, devenu définitivement aveugle, il soit ainsi empêché à tout jamais de réaliser une pièce semblable pour une autre ville. 




     Quoiqu'il en soit de ces fables, peu ou prou avérées, cette petite merveille tomba bel et bien en panne après son inauguration. Quelque septante années de recherches furent alors nécessaires avant de trouver la personne idoine à même de la remettre en parfait état de fonctionnement.

     Cette horloge, qui fut également réparée en 1948 suite à l'incendie que lui infligèrent les Allemands lors de leur déroute à la fin de la guerre, avait été enchâssée au sein d'un oriel gothique aménagé sur la face sud de la tour. Elle surmonte aujourd'hui un calendrier saisonnier circulaire, ajouté au XIXème siècle, constitué de douze cercles accolés les uns aux autres dans lesquels ont été reproduits les différents travaux inhérents aux douze mois de l'année agricole. Au milieu de ce cadran figure l'élément héraldique central du blason de Prague, qu'entourent, en regard des scènes de la vie paysanne, les douze signes zodiacaux.


     


     Ces imposants cadrans sont tous deux assortis de quatre personnages allégoriques dont un ange brandissant bouclier et épée parmi ceux du dessous, immobiles, alors que ceux qui encadrent l'horloge astronomique proprement dite sont à considérer comme des automates : en effet, un mécanisme subtil leur permet de s'animer à chaque fois que vont sonner les heures, de 9 à 21 heures très exactement.




     De gauche à droite, la Vanité est personnifiée par un homme qui, ostensiblement, s'admire dans un miroir qu'il passe d'un geste lent devant son visage, et l'Avarice, à ses côtés, symbolisée sous les traits d'un commerçant juif au nez délibérémment crochu occupé à agiter sa bourse.

     Leur faisant pendant, de l'autre côté de l'horloge, la Mort, squelette dégingandé, d'une main sonne le glas grâce à la clochette dorée qu'il agite frénétiquement, tandis que de l'autre, il manie le sablier du Temps. Enfin, semblant systématiquement tourner le dos à la Mort, dernière allégorie de l'ensemble, la Convoitise emprunte la silhouette d'un prince turc, jouant de la mandoline, et dodelinant du chef.

     Ces statues, qui datent elles aussi de 1948, ont en fait remplacé les marionnettes initiales qui s'étaient non seulement abîmées au fil du temps, mais que l'incendie nazi avait définitivement rendues inutilisables. Toutes véhiculent sans discernement des croyances et des symboles ancrés dans la mémoire populaire de la fin du Moyen Âge.  


    Cette première animation en entraîne immédiatement une autre, juste au-dessus : c'est en effet le squelette qui donne le signal de l'ouverture de deux petites fenêtres rectangulaires dans l'encadrement desquelles on peut apercevoir, malgré la distance qui nous en sépare, douze apôtres qui passent ainsi lentement de l'une à l'autre, emmenés par Saint Pierre.

 



     Et après que, le temps du défilé apostolique, les deux fenêtres se sont refermées pour quelque cinquante-cinq minutes, un coq doré, ajouté tout en haut de l'oriel à la fin du XIXème siècle, émerge de la sienne et annonce la mort prochaine ...




    
     Mais comment se présente cette célèbre horloge astronomique ?, - ou astrolabique comme certains préfèrent la définir, arguant que son cadran a la forme d'un astrolabe, cet instrument originairement destiné à mesurer la hauteur des différents astres par rapport à l'horizon, connu des Grecs déjà, véritablement mis au point par les Arabes au VIIème siècle de notre ère, et dont se servirent certains navigateurs du XVIème pour partir à la découverte des terres nouvelles.





     Le fond même du cadran représente à la fois la Terre (cercle bleu central), surmontée, toujours en bleu, par la portion du Ciel visible au-dessus de l'horizon.  

     En dessous, en noir, un autre cercle figure la partie non visible du Ciel. Et de part et d'autre, inscrits en latin, les moments intermédiaires : à gauche, aurora et ortus (aurore et lever) et à droite, occasus et crepusculum (coucher et crépuscule). L'ensemble nous indique que l'on trouvera tout normalement le soleil, la journée, dans la partie bleue du cadran et, la nuit, dans la partie noire; il précise également qu'il figurera dans la partie brune de gauche à son lever, et dans celle de droite à son coucher.   

     Vous aurez remarqué que cet espace supérieur du fond du cadran est compartimenté : treize lignes le relient en effet au cercle bleu central, délimitant ainsi douze segments numérotés en chiffres arabes noirs qui correspondent évidemment aux douze heures d'une journée. 

     Quant aux chiffres romains qui ornent la circonférence du fond fixe, ils permettent d'indiquer l'heure locale de Prague, qui correspond à l'heure normale d'Europe centrale  - CET = Central European Time, en anglais -, et qui est utilisée toute l'année par maints pays africains, et par l'Europe, Portugal et Îles Britanniques mis à part, pendant seulement l'époque de l'heure d'hiver (qui, pour nous, commence la nuit prochaine).

     Je présume que ces quelques indications vous auront permis de déduire que le XII de la partie supérieure du cadran équivaut à midi, et que donc celui du dessous marque minuit.
     
     Je me dois aussi d'ajouter, avant de terminer ma description de ce fond fixe, que les trois délimitations concentriques dorées qu'on y voit correspondent, pour le cercle central contenant la silhouette de notre Terre, au Tropique du Capricorne, pour le cercle intermédiaire, à l'Equateur et, pour le plus grand, celui qui touche les chiffres romains, au Tropique du Cancer. 

     Enfin, quelques éléments, mobiles quant à eux, viennent animer l'horloge astronomique : un cercle zodiacal, une grande bande rotative externe noire présentant des nombres inscrits en écriture gothique permettant d'indiquer la quantité d'heures écoulées depuis le coucher du soleil, un petit astre solaire en réduction sous une main droite dorée et, à l'autre extrémité, un modèle réduit de lune.

     La conception même de ce joyau d'horlogerie, j'aime à le préciser, reflète elle aussi les "connaissances", - je devrais plutôt écrire les "croyances" -, géocentriques qui étaient celles qui continuaient à prédominer au Moyen Âge arrivant en droite ligne de la Grèce antique : la cosmologie d'Aristote et l'astronomie de Ptolémée qui avaient péremptoirement fait croire que la Terre constituait le centre même de l'Univers et que le Soleil et les planètes tournaient autour d'elle.

     L'inanité de ces notions fut définitivement démontrée lors de cette extraordinaire mutation mentale qui intervint au XVIème siècle, aux conséquences qui sous-tendent aujourd'hui encore notre mode de pensée, et que scientifiques et philosophes ont baptisée "Révolution copernicienne", suite aux théories héliocentriques prônées alors par l'astronome polonais Nicolas Copernic (1473-1543) démontrant pour sa part que c'est le Soleil qui se trouve au centre de l'Univers, et que c'est notre Terre qui, en un an, tourne autour de lui.  

     Cette assertion fut toutefois vigoureusement contestée et catégoriquement rejetée par l'Eglise catholique parce qu'elle bouleversait tout l'édifice qu'elle avait mis des centaines d'années à édifier. Tout comme, je l'ai déjà précédemment évoqué ici, les avancées concernant le déchiffrement de l'écriture hiéroglyphique égyptienne que nous devons au Figeacois Jean-François Champollion furent au début du XIXème siècle mêmement combattues par le Vatican sous prétexte qu'elles faisaient considérablement reculer la chronologie chrétienne alors en vigueur : il était inconcevable qu'il y eût eu des hommes sur Terre avant la naissance du Christ !!!!    

     Ceci étant, que peuvent donc exactement lire sur cette horloge les plus "doués" d'entre nous ?

     Bien évidemment, l'heure locale indiquée par la main jaune sur les chiffres romains. Mais aussi, l'heure, en douzièmes de jour, notifiée par la position du soleil sur les courbes dorées : il était donc pratiquement 15 H. à Prague, quand j'ai pris cette photo; et nous étions dans la neuvième heure du jour depuis le lever du soleil.
En outre, la main toujours, mais posant sur les chiffres gothiques, détermine l'ancienne heure tchèque.

     Parallèlement, et là je m'adresse aux vrais connaisseurs en la matière - dont je ne suis absolument pas -, cette horloge astronomique indique également la position du soleil et celle de la lune dans le ciel, le signe zodiacal dans lequel l'on se trouve, ainsi que, grâce à la petite étoile, le temps sidéral.

     Après lecture de toutes ces explications que j'espère avoir présentées de manière relativement simple et compréhensible, je pense ne point trop m'avancer, ami lecteur, si j'en conclus que cette spectaculaire réalisation, incontournable rendez-vous de tous les touristes qui se pressent à Prague, se révèle prodigieuse d'ingéniosité, de technicité avérée et poussée, pour l'époque de la création de tout ce mécanisme, à son plus haut degré de perfection.

Par Richard LEJEUNE
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Samedi 17 octobre 2009


     Après cette sorte de mise en appétit que furent et Ginger et les façades pragoises, premiers aspects, pour beaucoup d'entre vous, amis lecteurs, de cette superbe ville, je voudrais aujourd'hui, en guise d'approche globale, vous convier à m'accompagner dans la découverte de ses différentes parties : en fait, de ses cinq quartiers historiques qui, entre les collines de Vysehrad et de Hradcany sur lesquelles, en des temps différents, les monarques choisirent d'installer le siège même de leur pouvoir, correspondent pratiquement aux anciennes cités établies de part et d'autre de la rivière Vltava (la "Moldau" des Allemands); et ce, en prémices à d'autres déambulations que, dès samedi prochain, nous entreprendrons afin de vous permettre, tout en sillonnant successivement chacun d'eux, d'en découvrir leurs essentielles particularités.

     A tout seigneur, tout honneur, la Vieille Ville - Staré Mesto (prononçons "Myésto") - au coeur même de la Prague actuelle, sur la rive droite de la Vltava. Élément cardinal, manifestement fédérateur, de ce quartier  : la place principale, appelée Place de la Vieille Ville avec notamment, sur fond de façades baroques, le monument élevé à Jan Hus à l'occasion du 500ème anniversaire de sa mort. Directeur de l'Université de Prague, ce théologien réformateur qui, osant bien avant Luther et Calvin dénoncer la corruption au sein de l'Eglise catholique, fut évidemment déclaré hérétique, excommunié, condamné par le concile de Constance, arrêté et finalement  brûlé vif en 1415,




mais aussi l'Hôtel de Ville et ses horloges, dont je vous présenterai samedi prochain la plus caractéristique, la plus spectaculaire.





      Au nord de Staré Mesto, empruntons la luxueuse "Parizska", l'Avenue de Paris où les  bâtiments accueillant les vitrines de Cartier, par exemple, le disputent en magnificence à ceux hébergeant les sacs Vuitton



pour aboutir à Josefov, le fascinant ghetto juif avec ses nombreuses synagogues, et son cimetière pour le moins atypique.




 
     A l'ouest de la Vieille Ville, sur la rive opposée donc, il nous suffira de traverser le Pont Charles - Karluv Most -, que bordent une trentaine de statues baroques et sur lequel bateleurs, marchands ambulants, artistes et touristes par milliers se pressent chaque jour 

 



pour accéder au "Petit Côté" - Mala Strana - par les tours du Pont Judith




et, empruntant directement Nerudova ulice, la Rue Neruda, aux maisons étroites si particulières, comme  la n° 41, dite "Au lion rouge",

 

 



monter sur la colline dominant la ville, à Hradcany, où se situent notamment l'imposant château, siège du pouvoir de Bohême depuis le IXème siècle de notre ère

 

 




et le prestigieux édifice gothique qu'est la cathédrale Saint-Guy.

 

 




     Enfin, revenant sur la rive droite, au sud de la Vieille Ville, nous découvrirons la Nouvelle Ville - Nové Mesto -, quartier extrêmement foisonnant puisque celui des affaires, des magasins et bien évidemment des hôtels, des restaurants, des cafés, des boîtes de nuits les plus célèbres, etc.

     Son centre névralgique : Václavské námesti, la Place Venceslas, du nom de ce prince de Bohême qui, au Xème siècle, fut assassiné par les partisans anti-catholiques de son frère et devint, par là même, aux yeux des Tchèques, leur premier martyr.

 

 

 


     Préparez dès à présent, ami lecteur, vos chaussures de marche les plus confortables et retrouvons-nous samedi prochain, 24 octobre, pour ensemble commencer à découvrir Staromestské námestí, la Place de la Vieille Ville.

     Nous essaierons de nous présenter quelques minutes avant 10 heures, par exemple, devant l'Hôtel de Ville : une grande et captivante surprise nous y attendra ! 

Par Richard LEJEUNE
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Samedi 10 octobre 2009

     Prague, écrivais-je récemment, ami lecteur, représente à mes yeux un fabuleux et  quasiment incroyable musée à ciel ouvert, un décor de théâtre presque, certes doté d'un richissime passé historique peu connu des Européens de l'Ouest que nous sommes, mais surtout doublé d'une époustouflante vitrine architecturale millénaire que l'on découvre à chaque pas d'une déambulation dans les différents quartiers de la ville : de l'Art roman au contemporain le plus expressif - rappelez-vous la "Dancing House" que je vous ai présentée samedi dernier -, en passant par le Gothique, le Baroque, l'Art nouveau et l'architecture cubiste, tout attire sans cesse le regard, en ce compris certains bâtiments que j'estime pourtant lourds, gris, inesthétiques en fait : manifestement le "fleuron" des années communistes, ils méritent néanmoins notre attention, ne fût-ce que sur le plan de la réflexion idéologique.

     J'aimerais, aujourd'hui, avant d'évoquer samedi prochain les différents quartiers qui constituent le "Grand Prague" né au sortir de la Première guerre mondiale, simplement vous proposer un florilège de quelques-unes des façades que vous rencontrerez, ami lecteur, si d'aventure vous décidez de visiter cette fascinante capitale d'Europe centrale.

     Vous me permettrez de ne point les commenter, préférant vous laisser goûter au seul plaisir de les admirer, ou de les rejeter ... selon vos affinités avec tel ou tel type d'architecture  ...

    


(J'avais promis, je sais, de ne rien ajouter : mais ces panneaux publicitaires ... et ces tags !!)










 

 


 

 



 



 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




     Et la dernière, je "l'offre" plus spécialement à Nat, et à toutes celles et ceux qui, comme elle, apprécient les 

 

Par Richard LEJEUNE
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Samedi 3 octobre 2009


     Elle s'appelle Ginger.
    
     Ah, j'oubliais presque un détail géographique non négligeable : après les quelques amours dans le Nord que je vous ai confiées ces dernières semaines, ainsi que le petit détour par Figeac et Rachîd samedi dernier, je voudrais à partir d'aujourd'hui en évoquer d'autres, bien plus à l'Est.

     Ginger, donc. Ou plutôt, pour être tout à fait précis, Ginger et Fred, car elle aussi comme Marie, à Bruges, est accompagnée. Ginger et Fred, c'est le nom que les habitués préfèrent lui donner, en hommage évident au mythique couple de danseurs de Brodway. 

     La première fois que je la vis, elle chaloupait, manifestement fière de son élégante prestance, haut perchée au bout d'interminables jambes que cachait à peine une robe courte, très courte, que n'aurait certes pas reniée Paco Rabanne en personne : et déjà, d'un premier coup d'oeil, je remarquai que tout son corps paraissait harmonieusement se mouvoir au son d'une musique qu'indubitablement elle seule entendait.



     A l'angle de la rue Resslova et du quai Rasinovo longeant la Vltava, cette rivière qui traverse la ville avant de se perdre quelque quarante kilomètres plus loin, dans l'Elbe, et que les Allemands appellent "Moldau" - vous m'accorderez, ami lecteur, que ce dernier patronyme se révèle bien plus aisé à prononcer que le nom tchèque -, Ginger avait admirablement réussi, après toutefois quelques réticences de grincheux toujours prêts à stigmatiser l'inconnu, à définitivement imposer la sveltesse de sa présence aux Pragois médusés par tant d'élégance.




     Si, en plein jour, l'ondulation sensuelle de son corps me ravissait déjà, je dois à la vérité de vous confier que la nuit, quand d'aventure je la croisais avant de rentrer à l'hôtel de la rue Naplavni, juste à côté, la flamboyance de Ginger, ou plutôt celle des vagues imprimées à sa silhouette que poursuivaient des projecteurs avidement focalisés vers elle,  et qui semblaient en narguer d'autres en silence : celles qui venaient discrètement gifler en contre-bas les massifs pilastres de pierre du pont Jirasek, cette flamboyance, donc, me transportait immanquablement sur les scènes des comédies musicales américaines des années trente immortalisées par quelques vieux films d'époque.



                                                            
                                                                           ***

     Prague, je ne le soulignerai jamais assez, ami lecteur, constitue à mes yeux un fabuleux et presque incroyable musée à ciel ouvert dans lequel je vous invite à m'accompagner dès ce matin ...

     Incontestable joyau architectural magnifiquement serti de part et d'autre des méandres de la Vltava, cette ensorcelante capitale d'Europe centrale au richissime passé historique, dans chacun de ses cinq quartiers, à chaque coin de ses rues s'entre-coupant les unes les autres, propose à l'envi, aux nombreux touristes qui, subjugués, la découvrent pour la première fois, façades et monuments dont le style puise goulûment et avec bonheur dans tous les grands courants artistiques du dernier millénaire : de l'Art roman au contemporain le plus expressif, en passant par le Gothique, le Baroque, l'Art nouveau et l'architecture cubiste, tout attire sans cesse le regard : même certains bâtiments que je juge pourtant lourds et franchement inesthétiques, datant manifestement des années communistes, méritent que l'on s'y arrête, avec une visée critique certes, mais néanmoins intéressante sur le plan de la réflexion idéologique. 

     Nonobstant, le centre historique de Prague, - les cinq quartiers, donc - figure maintenant, tout comme Bruges d'ailleurs, au Patrimoine culturel et naturel mondial de l'Unesco. 

     C'est à la découverte de tout cet éclectisme architectural que je vous emmènerai très bientôt. Mais aujourd'hui, bousculant délibérément la chronologie historique, je voudrais qu'un instant encore nous retrouvions Ginger. Ginger et Fred.




     Oeuvre de l'architecte américano-canadien Frank Owen Gehry   à qui l'on doit également, entre autres, le Musée Guggenheim, à Bilbao et la Cinémathèque française, à Paris, ainsi que de son  associé tchèque, d'origine croate, Vlado Milunic, cette bien nommée "Dancing House" construite en 1995-96, est censée conceptuellement évoquer un dialogue chorégraphique entre un homme, Fred Astaire (c'est le bâtiment blanc plus "conventionnel" à l'arrière) et une jeune femme qu'il enlace véritablement, Ginger Rogers (la partie en verre, tout en courbes harmonieuses et sensualité trouble) qui donne l'extraordinaire impression de prendre du plaisir à danser dans ses bras.




     Plus prosaïquement toutefois, Ginger et Fred, ce sont des bureaux à pratiquement tous les étages.

     Une exception, d'envergure, au septième : Le Céleste,  luxueux restaurant gastronomique français ouvert depuis peu et qui, apparemment, a très vite acquis ses lettres de noblesse, offre une époustouflante vue sur la Vltava et le château qui domine la ville.      
  
           


     (Je dois à la stricte vérité déontologique de préciser ici que la (superbe) et dernière photo, manifestement prise de la terrasse du restaurant dominant la Dancing House, n'est (malheureusement) pas de mon cru, mais se trouve à disposition sur un site publicitaire traitant d'immobilier, et bizarrement non-assortie de la mention de son auteur.)


     De ce château, mais aussi de bien d'autres richesses de Prague, n'en doutez point ami lecteur, vous me permettrez de rester aujourd'hui discret, préférant vous donner rendez-vous samedi prochain 10 octobre, aux fins de vous inviter à partager les émotions que cette ville ne peut manquer de susciter.

Par Richard LEJEUNE
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Samedi 19 septembre 2009

     Il est certes maints lieux par le monde qui valent la peine d'être  connus, et visités. Mais vous comprendrez aisément, ami lecteur, que quand l'opportunité s'en présente, je ne vais pas bouder mon bonheur de vous faire découvrir certains d'entre eux qui se situent en Belgique.

     Si, en ma province de Liège, l'un ou l'autre trésor mérite incontestablement le détour (un jour, très sûrement, je vous y emmènerai ...), je crois qu'à l'évidence, architecturalement  et historiquement parlant, quelques villes du nord du pays, se doivent de faire l'objet d'un séjour pour tous ceux que l'art, sous toutes ses formes, intéresse : 
ainsi, et en passant très vite, ce magasin de dentelles, sur la  superbe Grand-Place de Bruxelles qui fut, le temps d'un exil forcé au milieu du XIXème siècle, la maison dans laquelle vécut Victor Hugo, ne mérite-il pas déjà notre attention ?



     
Et si bien évidemment, je pense plus particulièrement à Bruxelles,  notre capitale, devenue aussi celle de l'Europe, à Gand ou à Anvers, c'est avant tout, et sans hésitation aucune, vers Bruges que vont mes préférences. Avis subjectif, me rétorquerez-vous ? Peut-être, oui. Et là, je n'ai qu'un seul argument, ou plutôt qu'un seul conseil à vous prodiguer : choisissez de venir passer trois jours à Bruges, de découvrir la ville médiévale, à pied, en calèche ou sur les canaux. Ensuite, nous en discuterons ...


     Bruges, et vous l'avez découvert samedi dernier, qui fut le théâtre d'une de mes très grandes émotions amoureuses de ces toutes récentes vacances 2009, représente à mes yeux une ville absolument hors du temps quand on s'octroie le plaisir de la vivre intensément, profondément, quand on souhaite, du regard, la caresser, s'en imprégner, la découvrir autrement : c'est-à-dire en déambulant loin du traditionnel, sempiternel et incontournable circuit touristique des familles qui, à cause des homardisants coups de soleil à répétition qu'elles viennent de stoïquement supporter, juillet oblige, sur les plages de la Mer du Nord, de Dunkerke à  Knokke, en passant par Ostende ou Blankenberge, - en fait, sur les quelques centimètres de sable que les autres familles  tout aussi rubicondes ont consenti, de mauvaise grâce évidemment, à leur concéder, papiers et menus déchets  en prime -, décident de s'offrir une journée à l'intérieur des terres, manière de ne pas mourir idiotes ou de rentrer au bureau bronzées, mais cultivées, et les arpentent au pas de charge, traînant avec eux deux  ou trois "charmantes" petites têtes blondes à qui, déjà, l'eau et le sable manquent affreusement et qui, en guise de point d'orgue à cette bien déroutante obligation familiale, renversent systématiquement en pleurant une des boules - de préférence au chocolat - de l'énorme cornet de glace qu'on leur avait offert pour qu'en réalité ils se taisent ("on ne parle pas la bouche pleine" !) et cessent de regimber.

     Hors du temps ? Hors de notre temps, assurément. La Bruges dans laquelle, après les quelques clichés inévitables, je voudrais aujourd'hui vous emmener, ami lecteur, c'est celle des quartiers excentrés, celle des ruelles médiévales désormais vidées des marchands hanséatiques qui les peuplèrent à l'époque :


car, il ne vous faut point l'ignorer, la ville des nombreux canaux connut dans la seconde moitié du Moyen Âge, aux XIIème et XIIIème siècles notamment, un apogée tel qu'elle devint, pour un temps, la plaque tournante de tout le commerce international qui, descendant de la Baltique, se dirigeait jusqu'en Orient, en cabotant par la Méditerranée.

     Pour un temps seulement : quatre ou cinq cents ans, en fait. Car, au milieu du XVIème siècle, l'heure sonne pour la célèbre cité drapière de passer la main : Anvers qui, profitant de l'inéluctable ensablement freinant, puis stoppant définitivement les activités portuaires de Bruges, deviendra le seul port important où débarqueront désormais les produits de toutes sortes, en ce compris les richesses tout nouvellement découvertes et ramenées des Amériques.

     Mais loin de moi l'idée de tout rejeter sur la seule Nature. Les facteurs économiques et industriels auront également leur incontestable part de responsabilités : ainsi la concurrence de la draperie anglaise, plus moderne, s'opposant alors à nos tissages plus que traditionnels, sonnera le glas d'un artisanat qui avait considérablement permis la puissance économique, partant politique (car, jamais, l'un n'alla sans l'autre !) de la Flandre en général, et de Bruges en particulier. 

     Saviez-vous, ami lecteur, qu'à Bruges, dans cet incontournable carrefour commercial, vinrent s'établir de puissantes familles de banquiers et d'agents de  change (de "changeurs", pour employer le terme de l'époque) ? Que des Lombards y côtoyaient quotidiennement des Florentins ou des Siennois ? Que les Médicis avaient à Bruges pignon sur rue grâce à leur propre banque dirigée par les membres de la célèbre famille des Peruzzi, de Florence ?   

     Saviez-vous, petit coquerico bien légitime au passage, que c'est néanmoins une famille de banquiers du terroir, les Van der Beurze, qui laissèrent leur patronyme à une institution financière que l'on a maintenant coutume d'appeler la Bourse ?

     J'évoquais à l'instant l'Economique, le Politique ...
     Saviez-vous que, suite au mariage de Marguerite de Maele avec Philippe le Hardi, nos régions entrèrent de plain-pied dans le duché de Bourgogne ? Et que c'est à partir de cette époque que les relations commerciales, au départ de Bruges, s'intensifièrent avec cette région viticole; de sorte que, délaissant la voie maritime traditionnelle qui se dirigeait vers la Méditerranée en descendant par les côtes de Gascogne, faisant inévitablement escale à Bordeaux, elles nous permettront désormais de découvrir et d'apprécier de nouveaux et précieux nectars ? Ceux de mes amis proches qui liront ces lignes comprendront combien je suis grandement redevable de cette union, moi qui ne jure que par les crus que l'on déguste en Côte d'Or, de Marsannay à Santenay ... 

     Saviez-vous enfin, que c'est à Bruges, dans l'église Notre-Dame où je tombai amoureux de Marie, que se trouvent les splendides mausolées et les gisants de Charles le Téméraire, quatrième descendant de ce Philippe le Hardi qui vint jusqu'à nous chercher épouse, et de sa fille, Marie de Bourgogne ? 

     Et saviez-vous aussi que ... 
    Non, là je m'arrête. La suite, vous la découvrirez un jour quand, d'aventure, vous déambulerez, ébahi, dans cette ambiance de cité médiévale que Bruges a magistralement pu conserver bien au-delà des siècles ...
  
     Je préfère maintenant, ami lecteur, vous emmener visiter la ville. Je ne m'attarderai pas, je l'ai précisé, sur le centre historique. Pour enfin nous retrouver dans les tranquilles petites ruelles qui fleurent bon le lointain passé, je vous propose de tout de suite quitter la Grand-Place, ses halles et son beffroi,


de traverser le "Burg", cette autre place sur laquelle la façade de l'Hôtel de ville le dispute en dentelles de pierre


avec celle de la Basilique du Saint-Sang :


pour enfin découvrir les quartiers excentrés, loin de la foule : 


où tout n'est que calme et beauté ...

 
harmonie et sérénité ...


esthétisme et tranquillité.
    




     C'est de cette Bruges-là, à l'architecture flamande  si caractéristique 


que j'aimerais qu'un jour, ami lecteur, vous m'écriviez :

     "Tu avais raison de nous conter ton admiration, Richard ! J'y suis allé, et je reviens d'un incomparable voyage dans le temps ..."  
Par Richard LEJEUNE
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Samedi 12 septembre 2009



     Conscient d'avoir éveillé la présence de maints points d'interrogation dans les yeux des lecteurs les plus fidèles à EgyptoMusée en annonçant, samedi dernier, l'évocation de certains de mes coups de coeur amoureux tout au long des deux mois qui viennent de s'écouler, je vous propose aujourd'hui donc un premier rendez-vous avec la Beauté, presque avec le Sublime.

     Les plus assidus d'entre vous, ceux qui connaissent ma propension à exalter l'antique splendeur égyptienne - souvenez-vous de la reine Tiy : tout à la fois du bas-relief acquis jadis aux Musées Royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles, et du dessin qu'en réalisa et m'offrit mon ami Jean-Claude -, ont peut-être supposé, malgré la restriction à ce sujet que j'avais toutefois notifiée la semaine passée, que j'allais aujourd'hui évoquer l'un quelconque autre visage féminin qui aurait illuminé les rives du Nil.
Il n'en est rien !

     C'est à Bruges, cette fois, au bord des célèbres canaux, bien plus près de chez moi donc que ne le sont et Le Caire et Alexandrie, que je la rencontrai pour la première fois. Elle n'était pas seule, son fils l'accompagnait.

     Idéal de beauté intemporelle, sérénité douce, mais étrange, d'un visage ovale tutoyant la perfection, Elle se tenait là, altière, assise à quelques pas de moi dans une nef latérale de cette magnifique église Notre-Dame de Bruges ("Onze-Lieve-Vrouwekerke", comme on dit là-bas en néerlandais) où j'étais en réalité entré pour contempler Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire dont le gisant, en airain doré et pierre de touche, constitue un des joyaux du lieu.

     Impassible, le regard baissé vers le sol, Elle semblait tout simplement absorbée par je ne sais quelle pensée alors que de ses bras, manifestement sans la moindre envie de le retenir - et d'ailleurs, prêtait-elle même attention à son geste ? -, s'échappait un enfant potelé, bouclé, calmement désireux d'affirmer sa volonté d'effectuer quelques pas.

     Dans un autre monde que le mien, ni Elle ni Lui ne remarquèrent ma présence, seuls qu'ils étaient chacun dans cet édifice peuplé de touristes.

     Subjugué, ému jusqu'aux larmes devant tant de beauté, je n'avais de mots pour exprimer ce que je ressentais véritablement : ce visage qui paraissait dépourvu de sentiment, ce coeur d'une mère qui aurait pu être la mienne, la vôtre, ami lecteur, tant Elle était divinement belle dans cette robe puissante dont la souplesse pourtant des plis du drapé accentuait encore la force, suggérant à mes yeux embués la position exacte qu'avaient bras et jambes sous l'incroyable abondance du tissu, savaient-ils déjà, imparable prémonition, que si Elle laissait partir son petit, si Elle admettait, sans plus le retenir d'avantage, qu'il s'avance ainsi vers moi, vers  nous, il se condamnait irrémédiablement ?  
        

     Mais il était trop tard, et pour Elle, juguler le geste de l'enfant, et pour Lui, revenir sur sa décision : son pied gauche posé à même le bas de la robe, du droit, il descendait inéluctablement du giron protecteur. Quelques instants plus tard, sûr de lui, de sa volonté, il est certain qu'il allait lâcher la main maternelle qu'il tenait pourtant encore, qu'il allait arriver parmi nous, qu'il allait affronter son destin.

     Toute cette réflexion, toute cette image qui demandent aujourd'hui le temps d'effleurer les touches de mon clavier, ne prirent, cet après-midi là, en cette église Notre-Dame de Bruges, que le seul instant d'un regard appuyé ...

                                                                ***

     Certes, à tout seigneur tout honneur, il y a le Musée du Louvre avec deux de ses "Esclaves", immenses, pathéthiques, tragiques, chefs-d'oeuvre initialement prévus pour le tombeau du pape Jules II, à Rome et qui, de Roberto Strozzi à Alexandre Lenoir, en passant par François Ier et le Cardinal de Richelieu, connurent bien des maîtres avant de susciter notre inconditionnelle admiration, salle 4 du rez-de-chaussée de l'aile Denon.



     Certes, il y a Londres et son "Tondo Taddei" à la Royal Academy.



     Certes, il y a aussi son douloureux "Garçon accroupi", également prévu pour orner un prestigieux tombeau, celui des Médicis, à l'église San Lorenzo de Florence et qui, après bien des vicissitudes, se retrouve désormais au Musée de l'Ermitage, à Saint-Petersboug.


     Mais force est toutefois de reconnaître que bien peu d'oeuvres en ronde-bosse du génie de la Renaissance que fut Michelangelo Buonarotti ont franchi les Alpes pour venir jusqu'à nous, en Europe du Nord. Et a fortiori du vivant même du Maître.


     Il n'en est évidemment pas de même de ses croquis, dispersés çà et là : au British Museum de Londres, qui détient la collection la plus riche, à l'Ashmolean Museum d'Oxford, à l'Albertina de Vienne, au Musée Teyler de Haarlem, aux Pays-Bas qui est en droit de s'ennorgueillir d'exhiber une partie de l'ancienne collection de la reine Christine de Suède; et, bien sûr, au Louvre qui, comme d'autres, avait célébré en 1975 le demi-millénaire de Michel-Ange par une remarquable exposition de ses dessins.

     Modestement, bien plus modestement, la Belgique, pour le plus grand bonheur des philatélistes, marqua cette année 1975 par l'émission d'un timbre-poste représentant la seule oeuvre sculptée que nous possédions de l'artiste : cette "Vierge à l'Enfant" dont je tombai immédiatement amoureux en juillet dernier, à Bruges.



     Cette remarquable sculpture - j'insiste, au passage, sur le fait que je ne suis nullement croyant et que le vocabulaire quelque peu dithyrambique qui pourrait être ici le mien n'est motivé que par ma seule émotion esthétique -, cette Madone de marbre blanc de Carrare lovée dans l'immense autel baroque de la niche de la nef latérale de l'église brugeoise, en plein coeur historique de la ville, fut vraisemblablement réalisée entre 1501 et 1505.



     Oeuvre de jeunesse donc, commandée à Michel-Ange par le cardinal Picolomini, un instant pape sous le nom de Pie III et destinée à l'autel de la cathédrale de Sienne, elle fut en définitive acquise par de prospères marchands de tissus flamands, les frères Jean et Alexandre Mouscron, appelés "Moscheroni", dont la fortune permit de surenchérir sur ce que la bourse du cardinal pouvait offrir. Leur but : orner le caveau familial dans l'église Notre-Dame à laquelle, en 1514, Jean Mouscron l'offrit.

     Dérobée par la suite, elle fut une première fois emportée en France lors de l'occupation de notre territoire pendant la Révolution française et une seconde en Allemagne par la Wehrmacht  lors de sa retraite, en 1944.

     Napoléon - Hitler ... Sans commentaire !

     Mais fort heureusement, à chaque fois, l'oeuvre fut restituée à Bruges où, maintenant depuis la Libération de notre pays à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, elle ne cesse  - j'en suis intimement persuadé -, de susciter la plus vive émotion chez tous ceux qui viennent l'admirer.

     Exécutée dans le plus pur style "Quattrocento florentin", cette Madone sublime véritablement la dévotion à la Vierge, ainsi que le drame de la Passion du Christ mettant plus particulièrement l'accent sur ses souffrances humaines, qui demeuraient encore prépondérants à l'époque de Michel-Ange. C'est ce que traduisent tout à la fois et le visage de Marie, pensive, quasiment absente, et l'attitude déterminée de l'Enfant divin qui s'en va marchant inéluctablement vers sa destinée.

     Il fallait, dans un tel contexte religieux encore très fort, oser ce "couple". Le génial sculpteur le fit, qui représente Marie, jeune, magnifiquement gracieuse, d'une beauté sans égale; et qui figure l'Enfant Jésus dans une attitude en totale opposition avec les oeuvres de ses prédécesseurs et contemporains traitant le même sujet : debout, presque sans être soutenu, le bambin n'est absolument pas représenté assis sur les genoux de sa mère, il s'en dégage au contraire, s'en détache sans brusquerie aucune, comme si cela devait être l'évidence même ...



     Avez-vous été sensible, ami lecteur, dans cette oeuvre en marbre, je le rappelle, à cet effet de mouvement qu'a admirablement rendu Michel-Ange par la légère torsion qu'il imprime à l'épaule relevée et au bras droit de l'Enfant, alors que toute la composition se lit plus comme un bas-relief dont on admirerait la frontalité, tout empreinte de majesté, que comme une véritable oeuvre en ronde-bosse que, c'est habituellement le but, l'on pourrait contourner afin d'aller découvrir d'autres élégants détails, à l'arrière ?

     Avez-vous aussi ressenti l'effet monumental obtenu par l'artiste en enfermant littéralement le petit corps descendant sur le sol dans celui de sa mère, assise, en donnant à l'ensemble la forme globale d'un triangle (je n'oserais le terme "pyramide" ...) dont la pointe serait l'extrémité du parfait ovale de la tête de Marie,  surmontée d'un capuchon, et dont la base serait évidemment le socle sur lequel pose son pied ?

     Réinterprétant de manière tout à fait personnelle le thème de la Vierge à l'Enfant tant rebattu au Moyen Âge, Michel-Ange réussit, avec cette Madone de Bruges à incontestablement prouver l'extrême originalité de sa conception. Du grand art à l'état pur !

      Je n'insisterai plus sur l'exceptionnel rendu des plis du tissu de marbre de la robe (ou du manteau, je ne sais) de Marie; mais je ne voudrais pas terminer cette présentation sans attirer votre attention sur un détail qui, par parenthèses, me semble relativement fréquent chez Michel-Ange : il s'agit du très bizarre contraste existant entre l'imposant degré de finition de l'oeuvre en elle-même et le bloc de marbre non épannelé, à droite, qui passerait presque inaperçu sous les ondulations des plis du vêtement; bloc brut s'il en est, dont je vous propose une vue rapprochée ci-dessous, à peine entaillé de quelques coups de ciseaux, sur lequel pourtant reposent les pieds gauches de la Vierge à une extrémité et de l'Enfant Jésus à l'autre.



     Vous m'accorderez, ami lecteur, que les hasards de ma réflexion qui feraient se terminer cet article sur un gros plan de pieds, fussent-ils divins, en briseraient l'aura. Aussi ai-je pensé qu'il était préférable que nous nous quittions sur un visage. Esthétiquement sublime. Qui tant m'émut.
Celui de Marie, tout simplement ...    
                  

Par Richard LEJEUNE
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Mardi 2 juin 2009



     Entamée à l'automne 2008 avec la chapelle funéraire du mastaba d'Akhethetep, notre visite de la salle 4 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre s'est donc terminée mardi dernier, ami lecteur, devant les deux "modèles" exposés dans la vitrine 11.

     C'est la raison pour laquelle, estimant qu'il est temps de marquer une petite pause, je prends la liberté, aujourd'hui et mardi prochain, de vous inviter en Belgique, chez moi d'abord, à Bruxelles ensuite ...


     Dans mon "antre", les plus attentifs parmi vous auront assurément remarqué, au-dessus du bureau, (à droite sur la photo) un encadrement mural. En vous approchant, vous en distinguerez sans peine la connotation égyptienne.




                                                                            ***

     J'étais très jeune encore quand je la rencontrai pour la toute première fois. Vous avouerais-je que l'ensemble des garçons de la classe furent fascinés par sa beauté ? Et je ne fus probablement pas le seul à en tomber éperdument amoureux.
Mais elle resta de pierre ...

     Je la revis maintes et maintes fois. Seul. Presque en tête à tête. Je ne disais mot; elle pas plus ... J'étais toujours aussi subjugué ! Cette reine de mon coeur, mystérieuse à souhait, m'invitait à essayer d'en apprendre plus sur elle ...

     Mais Internet n'existait pas encore. Et Facebook encore moins.

     Un jour, au gré d'une visite que je lui fis, je me rendis compte que des "portraits" d'elle étaient disponibles : en fait, c'était l'empreinte de ses traits d'une finesse à faire pâlir d'envie les actrices engagées pour promouvoir tous les parfums du monde, fussent-ils même le Chanel 5 de la pulpeuse Marylin, qui avait été immortalisée dans le plâtre.

     Sans hésiter une seule seconde, j'en acquis un exemplaire. Et, ma reine au bras, je rentrai à la maison, fier d'être le seul à l'emmener dans ma chambre d'adolescent.



     Et depuis, elle partage ma vie, et celle de ma petite famille, avec à chaque fois que je la contemple, un bonheur toujours réitéré.

     Jusqu'au jour où je la présentai à mon meilleur ami ...
     Ce fut, pour lui aussi, le véritable coup de foudre. 
     Sans rien me dire, il en fit un portrait d'après photo, à la mine de plomb.

     La Reine Tiy, - car c'est d'elle qu'il s'agit -, pénétra une seconde fois dans mon espace de vie, sous une forme nouvelle, quand Jean-Claude, par pure amitié, me fit cadeau de ce dessin qu'il avait réalisé à mon intention.



     Son extraordinaire talent,  dont seuls les proches, pendant toutes ces années, étaient persuadés, éclate (enfin) au grand jour depuis qu'il a créé son propre blog et qu'il y présente et ses oeuvres et sa technique, avant, consécration naissante, qu'il le fasse bientôt dans une salle de la commune de Theux où il a été invité à exposer quelques-uns de ses dessins.

     Tout cela, et bien d'autres choses encore, il m'agréait de vous le faire découvrir aujourd'hui, ami lecteur, et de tout simplement vous inviter à visiter son blog en général (http://jc.vincent.over-blog.com/ ), et l'article que récemment il a consacré à la Reine Tiy, en particulier (http://jc.vincent.over-blog.com/article-31202395.html ).

     Comme il le suggérait alors, comme il l'espérait peut-être aussi, j'envisage de vous présenter bien plus en détails, mardi prochain, cet extraordinaire bas-relief calcaire qui, à juste titre, constitue LA fierté de la collection des Antiquités égyptiennes des Musées Royaux d'Art et d'Histoire (M.R.A.H.) de Bruxelles.

     Mais pour l'heure, je voudrais, dans cette rubrique "RichArt", que toute votre attention soit uniquement attirée par la richesse des talents de Jean-Claude Vincent, mon ami.

Par Richard LEJEUNE
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Jeudi 15 mai 2008


     Depuis un certain temps, vous avez pris l'habitude, ami lecteur, de me suivre de mardi en mardi dans la visite que je vous propose du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre. Mais vous aurez aussi découvert, sur ce blog, dans des catégories parallèles, l'un ou l'autre article qui veut délibérément quitter le domaine de l'égyptologie.

     C'est à l'une d'elle, que j'ai appelée "RicheArt" que j'ai confié ces lignes aujourd'hui, non pas pour un article précis, mais pour une invitation. Une invitation, à tous ceux que l'art intéresse et qu'un petit séjour dans notre capitale ne déplairait pas. Une invitation, en somme, à venir en Belgique pour une exposition anglaise de tableaux flamands : bizarre formulation que celle-là !

     Et pourtant ... Demain, en effet, s'ouvre à Bruxelles, aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique,  une prestigieuse exposition : pour la toute première fois pourront être admirées chez nous des oeuvres de chez nous qui font en fait partie de la collection privée de Sa Majesté la Reine Elisabeth II d'Angleterre.

     Et, un peu à l'image de ce qu'ont réalisé les concepteurs de l'exposition Jan Fabre au Louvre, mais cette fois, en respectant une unité d'Ecole de peinture, des chefs-d'oeuvre de Memling, de Metsijs, de Breughel l'Ancien, de Van Dijk, de Rubens, bref de ces peintres majeurs des XVème, XVIème et XVIIème siècles, de ce que l'on nomme encore (à tort ou à raison) l'Ecole du Nord qui dialogueront avec d'autres toiles de nos musées belges.

     Pour ne donner qu'un exemple, Le Massacre des Innocents de Breughel l’Ancien, propriété de la Couronne britannique, 
                                                          




     sera mis en parallèle avec




Le Dénombrement de Bethléem
, du même artiste,  appartenant à nos collections belges, afin d'illustrer la manière dont il "situait les scènes bibliques dans des villages brabançons recouverts de neige", nous explique le texte de présentation qui, mieux que moi, vous donnera tous les renseignements utiles.

     Dernier point, non négligeable, l'exposition se tiendra jusqu'au dimanche 21 septembre prochain. 

     Bonne escapade en notre "plat pays" ...   

Par Richard LEJEUNE
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Vendredi 11 avril 2008

     Un artiste contemporain, du Nord, rendant hommage à d'autres artistes du Nord, ses aïeux : voilà ce que le Musée du Louvre propose ce printemps, et jusqu'au 7 juillet, en accueillant le très discuté Jan FABRE, belge, né à Anvers en 1958. Apportant au travers d'une rétrospective de son oeuvre sa vision toute personnelle des peintres de l'Ecole du Nord (flamande, néerlandaise et allemande), c'est précisément dans les salles des Van Eyck, Bosch, Metsijs, Van der Weyden, Rembrandt, Rubens et Vermeer ... qu'il expose une quarantaine de pièces.  

     Fabre dit avoir conçu son parcours comme une "dramaturgie mentale", s'inspirant des thèmes abordés par ces peintres qu'il vénère,  et en les étirant vers de nouvelles interprétations.                                  

 

    

 

 

 


                 
















     Accompagné de notre souveraine, la Reine Paola, de la Ministre française de la Culture, Christine Albanel et de son homologue belge, Bert Anciaux, de Victor Loyrette, Président-Directeur du Musée du Louvre, ainsi que de nombreuses autres personnalités, Jan Fabre a commenté ses oeuvres ce mercredi 9 avril en fin de journée lors de l'inauguration officielle de ce parcours tout à fait atypique.
(Une autre relation de l'événement
ici)

     Très controversé - honni par les uns, porté au pinacle par les autres -, ce touche-à-tout absolument inclassable - n'est-il pas tout à la fois plasticien, dessinateur, sculpteur, mais aussi chorégraphe, metteur en scène de théâtre ?, a récemment défrayé la chronique, précisément dans cette dernière facette de son travail, en présentant au Festival d'Avignon 2005 un opus intitulé Histoire des larmes, spectacle mêlant expressions corporelle et théâtrale, et tout empreint de crudité, de sexe, de scatologie, de sang, de violence ...

     Et c'est cet artiste protéiforme, taraudé par la notion de métamorphose ainsi que par les effets que produit le temps qui passe sur les êtres vivants, sur leur corps essentiellement, qui aujourd'hui et pour trois mois, est l'invité du Musée du Louvre dans le cadre d'une exposition qui lui est entièrement consacrée, et intitulée Jan Fabre, l'Ange de la métamorphose.     

     Mais, seriez-vous en droit de vous dire, ami lecteur, "qu'est-il donc allé faire dans cette galère" ? Pourquoi le concepteur de ce blog s'aventure-t-il aujourd'hui sur les terres de Louvre-passion qui, lui précisément, excelle à nous présenter, entre autres, les différentes expositions hébergées au Louvre ?

     Parce que Fabre est un compatriote ? Oui, peut-être, cela tiendrait la route. Mais, peu probable quand même, ce "chauvinisme"...
     Parce que Fabre, peu ou prou, aurait l'une ou l'autre accointance avec l'Egypte ? Peu probable également.
     Quoique ...

     Prétendant être un descendant direct de l'entomologiste français Jean-Henri Fabre, notre Belge axe son oeuvre plastique sur le monde des insectes, avec une toute particulière prédilection pour ... le scarabée égyptien (nous y voilà !), ce coléoptère coprophage nommé kheper 



et qui avait donné naissance au verbe éponyme signifiant quelque chose comme : venir à l'existence en prenant une forme donnée, advenir, se transformer ...



     C'est ce terme que l'on retrouve dans un des noms de certains pharaons, tel celui de Toutankhamon. 

     Dans le cartouche de gauche, vous reconnaissez le scarabée, au centre, qui se lit kheper, surmontant les trois traits qui forment la marque du pluriel se lisant ou, l'ensemble donnant donc kheperou. La corbeille au bas, qui signifie Maître se lit neb. Et tout au-dessus du cartouche, le soleil, .

     En commençant du bas vers le haut, nous lisons donc : 
Neb-Kheperou-Rê (= Maître des devenirs de Rê, Maître des transformations de Rê ...). 
                                                                                                                                                         
     (Sur les scarabées proprement dits, sur leur signification, sur leur emploi dans l'histoire dynastique égyptienne, j'aurai évidemment l'occasion d'y revenir plus en détails dès que nous en rencontrerons un exemplaire dans l'une ou l'autre vitrine du Département des Antiquités égyptiennes).  

     Jan Fabre donc, décide de mettre à exécution ses recherches dans le domaine entomologique jusqu'à ce qu'un jour il soit approché par la reine Paola de Belgique, une de ses plus ferventes admiratrices, afin de décorer le plafond de la Salle des Glaces du Palais Royal de Bruxelles.

     Et de ses cogitations artistico-philosophiques, Fabre "accoucha" en 2002 de cette décoration pour le moins extravagante : 1,6 million d'élytres elliptiques, de carapaces de scarabées de près de 2, 7 cm revêtent le plafond de la salle et en ornent le grand lustre.

                                                          

 

  



  




    




    

     Cette imposante réalisation, qui confine à l'exploît, représente le travail d'une trentaine d'assistants qui, trois mois durant, ont oeuvré à ce gigantesque collage. L'histoire raconte (ou la légende ?) que la reine elle-même serait montée sur les échafaudages et aurait participé avec beaucoup d'entrain à coller des carapaces de scarabées. 
                                                          


     L'ensemble, réverbérant et fragmentant la lumière naturelle, la lumière artificielle et celle des ors de la décoration murale, se reflétant dans les immenses miroirs d'époque - le Palais fut construit au XIXème siècle -, variant sans cesse car proposant des teintes qui s'étendent du vert au bleu, produit un effet littéralement stupéfiant.


     A sa manière, pour la famille royale de Belgique, Jan Fabre a revisité la peinture murale, genre séculaire s'il en est.   

    







     Je crois à la beauté, parce que la beauté a la couleur de la liberté.

                                                                                  
Jan  Fabre

 

 

 










"Je veux sortir ma tête du noeud coulant de l'Histoire"

Par Richard LEJEUNE
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Présentation

  • : EgyptoMusée - Le blog de Richard LEJEUNE
  • : 18/03/2008
  • : Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes. Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique. Mais aussi la littérature égyptienne antique. Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
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Les dessins au porte-mines de Jean-Claude VINCENT :
http://jc.vincent.over-blog.com/

 
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