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L'Égypte en Belgique

Mardi 18 juin 2013 2 18 /06 /Juin /2013 00:00

 

     Mon cher Sir Gardner,

 

     Mr. Harris, notre ami commun, m'a dit que vous désiriez avoir les mesures des fragments faisant partie des statues (découvertes par lui, ou lui appartenant) qui se trouvent dans un champ dans la direction N.E. à environ 20 minutes (à l'allure d'un âne) de la porte de Rosette, à Alexandrie (...)

 


 

Joseph BONOMI

Lettre à Sir J. Gardner Wilkinson

(18 octobre 1842)

 

dans B. van de Walle,

Un nouveau document concernant le prétendu groupe d'Antoine et Cléopâtre,

  Chronique d'Égypte n° 49, (25ème année)

Bruxelles, Musées royaux d'Art et d'Histoire,

Janvier 1950,

pp. 32-3.

 

 

 

 

     Vous souvenez-vous, amis visiteurs, de l'intervention de Gaston Maspero à la séance de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres du 3 mars 1899 qu'accompagnait la photographie d'un moulage de tête d'une statue féminine que je m'étais autorisé à reproduire pour vous la semaine dernière ?

 

     L'égyptologue français, après avoir erronément indiqué que le buste dont ce visage faisait partie,

 

 

MARIEMONT---Buste-ptolemaique--24-04-2013-.jpg

 

 

ainsi qu'un imposant fragment de mains,


 

MARIEMONT - Mains royales (24-04-2013)

 

 

avaient été découverts par Mahmoud el-Falaki près d'une trentaine d'années plus tôt, y précisait qu'Albert Daninos-Pacha les avait remis au jour en 1892-1893.

 

     Si vous le permettez, je souhaiterais revenir sur ces deux points ; en un mot comme en cent, mettre à profit notre rendez-vous pour expliciter les circonstances de la présence aujourd'hui à Mariemont de ces remarquables monuments.

 

     Et pour ce faire, de reprendre une partie de l'enquête précédemment entamée, en m'arrêtant sur cet extrait de la lettre que je vous ai d'emblée donné à lire.

 

     Il s'agit d'un document important et extrêmement intéressant dans la mesure où il est le plus vieux actuellement connu qui mentionne ces fragments de statues ; dans la mesure aussi où il n'a été décelé au sein des archives de Sir Gardner Wilkinson (MSS. XVII., H. 39-41) conservées au Griffith Institute, Ashmolean Museum d'Oxford, qu'au milieu du XXème siècle, ignoré donc qu'il fut de tous les historiens, archéologues et égyptologues qui s'étaient avant cela interrogés à leurs propos ; dans la mesure également où il permet de clarifier les assertions prônées ici ou là au sujet de leur découverte : l'endroit, la date et celui qui l'effectua ; dans la mesure ensuite où il accroît nos connaissances quant à la personnalité d'Anthony Charles Harris (1790-1869), consul britannique officiant à l'époque à Alexandrie et par ailleurs, je l'ai récemment indiqué, grand collectionneur de papyri, dont les plus essentiels pour notre approche de la littérature antique portent maintenant les dénominations de Papyrus Harris I, Harris II, Harris 500 et Harris 501 dans le vocabulaire égyptologique.

 

     Dans la mesure enfin, - et ce n'est peut-être pas le moindre des intérêts de cette missive -, où son auteur, le sculpteur d'origine italienne Joseph Bonomi (1796-1878), un des dessinateurs membres de l'expédition de l'égyptologue prussien Karl Richard Lepsius, assortit ses propos de sept croquis légendés qui prouvèrent que le buste ptolémaïque de Mariemont n'était pas le seul vestige gisant en cet endroit marécageux ; les autres étant aujourd'hui perdus, une tête masculine de 1,30 mètre de hauteur et une partie de jambe gauche de 2,50 m., mises à part, devenues propriété du Musée gréco-romain d'Alexandrie.

 

     Remarquez toutefois qu'il ne fait nullement allusion aux deux mains ...

     Bizarre, n'est-il pas ?

 

     Cette lettre que la bibliographe anglaise Rosalind Moss débusqua dans le fonds des manuscrits Wilkinson, elle en transmit un fac-similé à l'égyptologue belge Baudouin van de Walle qui précisément avait publié une étude de ces pièces alexandrines dans la Chronique d'Égypte (Bulletin périodique de la Fondation égyptologique Reine Élisabeth) n° 47, de janvier 1949.

(C'est la traduction qu'il en a réalisée pour un nouvel article dans la CdE de l'année suivante, référencé ci-dessous, que j'ai citée.)

 

     Après avoir pris connaissance des assertions de Bonomi, Wilkinson entreprit la rédaction d'un ouvrage sur les fouilles de son ami Harris : Modern Egypt and Thebes, being a Description of Egypt, qu'il publia en 1843.


     A la page 172 du premier volume, l'on peut lire (traduit par B. van de Walle) :

 

     ... à environ 3/4 de milles au-delà des lignes françaises - (il fait manifestement référence à des vestiges militaires datant de l'Expédition de Bonaparte) -, qui recouvrent l'ancien mur et la porte de Canope, il y a deux statues de granit, découvertes par M. Harris, représentant apparemment l'un des Ptolémées, ou un empereur romain, et son épouse, dans le style égyptien.

     

     Et toujours pas le moindre mot à propos des mains !

     Bizarre, n'est-il pas ?

 

     Il faut savoir que, même si d'autres voyageurs, d'autres archéologues qui les croisèrent, qui les firent même dessiner pour leurs archives personnelles, ces différents vestiges colossaux en partie immergés indiqués par Harris reposèrent, superbement négligés semble-t-il, bien des années encore là où, le premier, il les avait vus.

 

     Le premier ?

     Vraiment ? 

     Non, je vous l'accorde ...

 

     En réalité, un siècle plus tôt, l'Anglais Richard Pococke (1704-1765), à la page 12 du premier volume - Observations on Egypt -, librement téléchargeable ici, de son ouvrage A Description of the East and some other countries, publié à Londres en 1743, avait déjà signalé que : about two miles nearer Alexandria, are ruins of an an[c]ient temple in the water.

     Il avait aussi relevé la présence de plusieurs autres fragments ... 

 

     Et c'est donc là que, comme l'explique Maspero le 3 mars 1899 aux membres de l'Académie, Albert Daninos-Pacha a remis au jour en 1892-1893 la tête féminine en même temps qu'il exhumait les imposantes mains ... ; que Pococke avait jusque-là été le seul à mentionner, (page 12 toujours) : ... the hands, which from the wrist to the knuckles measured eighteen inches et qui, pour je ne sais quelle raison, "disparurent" un siècle et demi durant de la mémoire collective.

 

     Après plusieurs tentatives infructueuses de vendre les deux monuments au Musée gréco-romain d'Alexandrie d'abord, au Louvre ensuite, Daninos-Pacha se résolut à les faire transporter dans le jardin de sa propre villa d'Aboukir.

 

     Et c'est là que Raoul Warocqué les vit en 1912.

Et les acquit pour 15000 francs belges de l'époque, aux fins de les installer, dans un premier temps, ainsi que le prouve le cliché ci-après, dans le parc de son domaine de Mariemont,


 

MARIEMONT---Buste-et-mains--24-04-2013-.jpg

 

puis, deux années plus tard, dans l'une des deux ailes qu'il avait tout nouvellement adjointes à son château. 

 

 

     Se basant sur les renseignements topographiques des récits des différents voyageurs et savants des XVIIIème et XIXème siècles, l'égyptologue belge Marie-Cécile Bruwier, actuellement Directrice scientifique du Musée royal de Mariemont, et quelques collaborateurs, en particulier du Centre d'études alexandrines (CEAlex) dirigé par Jean-Yves Empereur, - que j'eus l'heur de tous deux rencontrer en avril dernier -, supputent que l'environnement marécageux duquel les vestiges des statues colossales furent finalement exhumés par Albert Daninos dans la dernière décennie du XIXème siècle, - si souvent décrit à peu de distance de la Voie canopique -, ne peut être que ce faubourg oriental d'Alexandrie nommé un temps Hadra et aujourd'hui Smouha - en l'honneur de Joseph Smouha (1878-1961) qui fit assainir les lieux pour y créer un quartier résidentiel -, dans l'actuel arrondissement de Sîdi Gabîr.

 

     Et, après une prospection électro-magnétique préalable effectuée en novembre 2004, M.-C. Bruwier d'y investiguer régulièrement depuis 2008, ainsi que le montre le document photographique ci-dessous, notamment dans deux cours de récréation d'écoles qui ne sont bien évidemment accessibles aux archéologues qu'aux seules périodes de vacances scolaires.

 

 

45.-M.-C.-Bruwier-a-Smouha.jpg

 

 

     Si l'on se réfère aux descriptions de Pococke, il devait y avoir eu sur ce site un imposant temple égyptien précédé d'un portique, d'un pylône et d'un dromos, entendez : une allée bordée de sphinx.

 

     Du portique comme du pylône, les fouilleurs ont mis au jour, lors des campagnes de 2010 et de 2011, qui des blocs, qui des fragments de colonnes, corroborant ainsi avec bonheur non seulement les propos de Richard Pococke mais surtout les intuitions de Madame Bruwier qui espère, - qui en douterait ? -, mettre au jour d'autres monuments en rapport avec ceux de Mariemont.

 

     Car, je vous le rappelle, mes investigations pour le moins pugnaces ne nous ont pas encore formellement instruits  sur l'identité de cette beauté de pierre : une reine ?, une déesse ?

Ni à qui appartenaient vraiment les deux mains enlacées ...

 

     Désireux de persévérer à mes côtés ?

     Notez alors, amis visiteurs, le nouveau rendez-vous que je vous fixe, le dernier - déjà ! - rendant compte de cette longue quête : ce sera le 25 juin prochain.


      Et tel le Don Quichotte de Brel qui se proposait

de rêver un impossible rêve,

de brûler d´une possible fièvre,

de partir où personne ne part,


je voudrais avec vous

 

tenter, sans force et sans armure,

d'atteindre l'inaccessible étoile ...


 

     A mardi ? 

 

 

 

 

(Bruwier : 1989, 25-43 : Ead. : 2009, 83-9 ; Ead. : 2011, 29-40 ; Ead. :  2012, 178-87 ; Van de Walle : 1949, 19-32 ; Id. : 1950, 31-5)

Par Richard LEJEUNE - Publié dans : L'Égypte en Belgique - Communauté : ÉGYPTO-ARCHÉOLOGIE
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Mardi 11 juin 2013 2 11 /06 /Juin /2013 00:00

 

     Héliopolis, le 24 février 1912

 

     Mon cher Monsieur Warocqué,

 

     Vous avez dû recevoir ma lettre du 15 c[ouran]t, vous annonçant l'envoi du petit vase en verre, ainsi que l'enlèvement du buste de Cléopâtre et des deux mains.

 

     J'espère que le tout arrivera en bon état en Belgique.

 

 

Daninos

 

MRM - Archives Warocqué,

R 34 / F 26

 


 

 

 

     Une reine à Mariemont ?

 

     C'est la question que je posai mardi dernier et pour laquelle d'aucuns parmi vous évoquèrent quelques grandes dames de l'Histoire moderne ou contemporaine du pays. Mais qui, in fine, ne correspondaient nullement à celle à laquelle je pensais ...

 


    Cléopâtre à Mariemont ? C'est à elle que pourtant faisait allusion ce document autographe choisi d'emblée ce matin pour entamer notre rendez-vous et que, souvenez-vous, je vous avais déjà présenté.


 

MARIEMONT - Lettre d'Albert Daninos Pacha (24-04-2013)

 

 

     Cléopâtre ? Au château-musée des Warocqué à Mariemont ? Est-ce bien concevable ?

 

     Pour confirmer ou infirmer cette supposition, des investigations s'imposent.

D'envergure. Minutieuses. Difficiles, peut-être ; longues, assurément.

 

     Commençons, voulez-vous, par collecter des renseignements sur l'auteur de la lettre adressée d'Héliopolis à Raoul Warocqué le 24 février 1912 : elle est signée d'un certain Daninos.


 

Daninos-Pacha.jpg

 

 

     Voilà déjà une première indication non négligeable, intéressante même - car de cela au moins nous sommes assurés -, mais loin d'être suffisante : qui était-il ?

 

     Nécessité oblige, j'entreprends de fouiller dans ma documentation.

Et tout d'abord de feuilleter la deuxième édition que je possède de l'incontournable Who was who in Egyptology ?, de Warren R.Dawson et Eric P. Uphill.

 

     A l'entrée Daninos, j'avise la parenthèse qui suit son nom : c. 1840 - c. 1912.

 

     Avec ce petit c, abréviation du terme latin circa signifiant "environ" et les deux dates avancées, mes recherches commencent sous de bien mauvais augures puisque, selon d'autres sources plus récentes, les unes, - comme par exemple la Bibliothèque nationale de France (BNF) -, indiquent 1843-1925 quand d'autres, - notamment l'article de Madame Claire Derriks, Conservatrice des Antiquités d'Égypte et du Proche-Orient au Musée royal de Mariemont, introduisant le catalogue officiel des monuments égyptiens -, notent 1845-1925.

 

     Qu'elles soient ou non assorties de ce circa qui donnerait à penser que l'on ne sait pas exactement ni quand il est né ni, bizarrement, quand il est décédé, toutes ces approximations rencontrées accusent incontestablement des écarts notoires qui me paraissent, sinon inopportuns, à tout le moins étranges quand on veut bien prendre conscience qu'il s'agit là d'une époque pas très éloignée de la nôtre.

 

     Même si, vous en conviendrez, le détail ne se révèle pas d'extrême importance, il faudra qu'un jour je tente de rompre cette incertitude - peut-être en me procurant la quatrième édition revue et augmentée du Who was who ..., parue en juin 2012 sous la direction de Morris Bierbrier.

 

     Poursuivant ma lecture, je découvre, dans ce "dictionnaire" anglais, qu'Albert Daninos-Pacha était d'origine grecque. Oui, mais Madame Derriks à Mariemont le dit de naissance algérienne. Ce que, par ailleurs, confirme un site de généalogie sur le Net qui, si je le suis bien, me conduit jusqu'au célèbre écrivain Pierre Daninos (1913-2005) - petit-fils, donc, d'Albert Daninos-Pacha - et dont, adolescent, j'avais fort apprécié la lecture de ses succulents Carnets du Major Thompson.

 

      Je vous le concède : là n'est peut-être pas non plus l'essentiel.

 

     Toutefois, je commence doucement à m'impatienter face à toutes ces discordances et de dates et d'origine !

 

     Nonobstant que sur ses activités professionnelles, les sources paraissent mieux s'accorder, - ouf !, me direz-vous -, je prends la décision de ne point trop en tenir compte, de me passer d'intermédiaires et de mener mon enquête personnelle en ne consultant que des documents d'époque, rédigés soit par Daninos lui-même, soit par des égyptologues qu'il a côtoyés ou pour lesquels il a un temps travaillé.

 

     Si vous le permettez, je commencerai par une lettre de Gaston Maspero (1846-1916), alors Directeur général des fouilles et musées d'Égypte, datée du 25 mai 1899, proposée à l'entame de Les Monuments funéraires de l'Égypte ancienne (que vous pourrez vous aussi librement télécharger sur l'excellent site Gallica de la BNF), ouvrage que Daninos publia en 1899, chez l'éditeur Leroux, à Paris.

 

     Ce texte mentionne qu'avant de partir pour la terre des Pharaons, le jeune Albert Daninos entreprit des études d'égyptologie au Louvre sous la férule d'Adrien de Longpérier (1816-1882) et de Théodule Devéria (1831-1871).

       

     J'observe par parenthèse que dans sa notice, p. 28, Madame Derriks prête malencontreusement à Longpérier les dates de Devéria, qu'elle ne cite pourtant pas.

 

     Dans sa lettre, Maspero rappelle également que trente ans plus tôt - Daninos avait en effet quitté la France en 1869 pour rejoindre Auguste Mariette (1821-1881), Directeur du service de conservation des antiquités de l'Égypte, espérant poursuivre aux côtés de ce maître les études entamées au Louvre -, le destin avait quelque peu contrecarré ses plans puisqu'il travailla dans un Ministère avant de diriger des exploitations de canne à sucre.

 

     Mais atteint comme tant d'autres du "virus" de l'égyptologie, l'homme consacra son temps libre à mener un certain nombre de prospections archéologiques, notamment près d'Alexandrie, à Héliopolis et au Fayoum ...

 

     Au sein d'un court mais très instructif et passionnant rapport qu'il adressera à Gaston Maspero en 1886  (également disponible sur le site de la BNF), j'apprends qu'à l'invitation de Mariette précisément, alors fort occupé par les préparatifs de la représentation, lors des festivités d'inauguration du Canal de Suez, de l'opéra Aïda dont il avait rédigé le livret pour la musique de Verdi, - nous sommes en décembre 1871 -, Daninos fut désigné par le khédive Ismaël-Pacha pour diriger des fouilles à Meidoum ... dont il exhumera les célébrissimes statues de Rahotep et Nefret actuellement au Musée du Caire, groupe que j'avais évoqué et montré, rappelez-vous, à la fin d'un ancien article d'avril 2011. 


 

     Poursuivant mes recherches dans une série d'archives, je lis, dans le compte rendu de la séance du 3 mars 1899 de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres que publie le site Persée, ces termes prononcés devant l'assemblée par Gaston Maspero :


     La photographie dont j'ai l'honneur de soumettre un exemplaire à l'Académie


 

MARIEMONT---Tete-de-reine.jpg

 

 

représente la tête d'une reine d'époque ptolémaïque, coiffée en Isis ; un autre fragment montre deux mains serrées, l'une d'homme, l'autre de femme.

 


MARIEMONT - Mains royales (24-04-2013)

 

 

     C'est tout ce qui reste actuellement des colosses découverts à Alexandrie, sur l'emplacement de l'ancien faubourg d'Éleusis, par Mahmoud-Pacha el-Falaki, et déjà décrits par lui il y a près de trente ans.

      Comme il l'avait vu dès le premier instant, ces débris appartenaient très probablement aux deux statues érigées à l'entrée du temple de Déméter et de Proserpine et qui figuraient Antoine et Cléopâtre assimilés à Osiris et à Isis. Les morceaux du colosse masculin sont enfouis aujourd'hui dans les remblais du chemin de fer ; ceux du colosse féminin ont été remis au jour en 1892-1893, par Daninos-Pacha, et un moulage en a été transmis au Louvre en attendant qu'un musée européen se décide à les acquérir.

 

     (Le moulage de la tête constitue l'objet de la photographie ci-dessus que je me suis autorisé à extraire de la publication du compte rendu de la séance du 3 mars à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Volume 43, 2 (1899), p. 132., en vue de la reproduire ici pour vous.)

 

     Que voilà de bien intéressants propos de la part de l'égyptologue français mais dont, pour l'un d'entre eux, à l'aune d'autres documents anciens, je me dois d'apporter une importante correction.


     En effet, Maspero dit que la tête ptolémaïque fut mise au jour par ce Mahmoud el-Falaki dont je vous avais touché un mot le 21 mai dernier quand nous avions commencé notre visite des salles ceignant la Réserve précieuse : il s'agit de l'astronome mandé par le Khédive pour dessiner une carte d'Alexandrie destinée à l'empereur Napoléon III. Vous vous souvenez ?

 

     En réalité, il n'en est rien ! Ces fragments et bien d'autres, j'y reviendrai abondamment la semaine prochaine, furent découverts aux environs de 1840 par le consul anglais Anthony Charles Harris (1790-1869), collectionneur de papyri, dont les plus connus parce que recelant des textes littéraires d'importance, ont été nommés par les égyptologues : Papyrus Harris I, Harris II, Harris 500 ou encore Harris 501.

 

     Dans l'intervention de G. Maspero à l'Académie, nous apprenons également que le "redécouvreur" des pièces mentionnées fut Albert Daninos-Pacha à propos duquel, depuis ce matin, nous nous posons tant de questions.

 

     Nous y apprenons enfin qu'il semblerait que nous soyons en présence d'une reine Cléopâtre, apparemment LA reine Cléopâtre, septième du nom ; et qu'elle n'était point seule ...


     
     Cléopâtre ? À Mariemont, au château-musée des Warocqué ? Est-ce concevable ?


     C'est pour essayer de répondre à ces questions et probablement à d'autres encore que je vous propose de poursuivre cette enquête en ma compagnie, amis visiteurs, mardi prochain 18 juin.


      L'appel est lancé !

 

     Retrouvons-nous donc ici, voulez-vous, au Musée royal de Mariemont devant ce visage à l'oeil térébrant, au sourire immanent, adamantin, énigmatique, immarcescible ; devant ce visage éminemment sensuel : apollinien, pour l'exprimer d'un mot ...

 

 

  MARIEMONT---Visage-ptolemaique--24-04-2013-.jpg

 

 

   

(Daninos : 1886 ; Dawson-Uphill : 1970, 76 ; Derriks : 2009, 28 ; Maspero : 1899, 132-3)

Par Richard LEJEUNE - Publié dans : L'Égypte en Belgique - Communauté : ÉGYPTO-ARCHÉOLOGIE
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Mardi 4 juin 2013 2 04 /06 /Juin /2013 00:00

 

Que reste-t-il de ton passage, Ulysse ?
Un vieux chant grec auquel nous avons bu.
Ulysse ! J’aurais tout aussi bien pu
Dire César, Hannibal. Le temps glisse
Lentement sur les rails de leurs exploits (...)


Tout passe.
Tout est passé. Nous sommes encor là
Comme y furent César, Ulysse et la
Reine, laquelle était-ce ? Tout s’efface ...

 


Liliane WOUTERS

 

Que reste-t-il ?

 

Extrait de État provisoire

  Paris, Ed. Luneau Ascot


 

 

 

 

 

      Une reine à Mariemont ?

 

     Mais bien évidemment, répondront certains d'entre vous : il s'agit de Marie, archiduchesse d'Autriche et infante de Castille (1505-1558), soeur cadette de Charles Quint,

 

 

Marie-de-Hongrie--en-1520-.jpg


 
épouse promise, à 17 ans, de Louis II, roi de Bohême et de Hongrie ; et veuve quatre années plus tard.

 

     Après avoir un temps assuré la régence de son royaume par alliance en tant que jeune reine douairière, Marie de Hongrie - c'est l'appellation sous laquelle elle est désormais plus connue - est mandée par son frère Charles Quint - devenu roi d'Espagne et empereur du Saint-Empire romain de la nation germanique - pour administrer provisoirement nos régions, principauté de Liège exceptée.

Ce qu'elle fera près d'un quart de siècle durant !

 

     Devenue gouvernante des Pays-Bas espagnols - ainsi étions-nous dénommés à l'époque -, elle reçut de son frère deux domaines en apanage : celui de Turnhout et celui de Binche où parce qu'elle avait obtenu en parallèle le privilège d'y tenir Cour royale, elle entreprit de se faire construire un palais dans le plus pur style Renaissance.

 

     De ce dernier dépendait le territoire giboyeux de Morlanwelz sur le coteau duquel elle souhaita bâtir un pavillon de chasse dominant la Haine, rivière qui donnera son nom au comté de Hainaut, partant, à la province actuelle.

 

     Vous aurez plus que certainement compris, amis visiteurs, la raison pour laquelle cette petite colline sur laquelle Marie aimait venir chasser et résider prit le nom de Mariemont.

 

 

    Une reine à Mariemont ?

 

     Mais bien évidemment, me rétorqueront d'autres : il s'agit d'Élisabeth de Wittelsbach, duchesse en Bavière (1876-1965) devenue (la plus populaire) reine des Belges par son union avec le roi Albert Ier.

 

     Sur le document ci-dessous datant de 1957, - trois ans avant que le château-musée fût la proie des flammes -, elle est assise à un des bureaux de la riche bibliothèque aux côtés de la Directrice d'alors, Germaine Faider-Feytmans.


 

Reine-Elisabeth-a-Mariemont--MRM-.jpg



     Raoul Warocqué, on le sait, était un proche de la famille royale, et plus particulièrement peut-être de la reine Élisabeth, très admirative de la civilisation égyptienne : en 1911, déjà, elle avait effectué un premier voyage, privé celui-là, avant d'y retourner officiellement en 1922, accompagnée de Jean Capart, ami personnel, aux fins de visiter le tombeau de Toutankhamon tout nouvellement découvert ; sans oublier - je l'ai rappelé dans un article précisément dédié à ce premier grand égyptologue belge - qu'elle accepta de donner son nom à ce qu'il fut longtemps convenu d'appeler la Fondation égyptologique Reine Élisabeth (la F.E.R.E.) - actuellement renommée l'A.E.R.E. (Association égyptologique Reine Élisabeth).

 

     Et puisque l'actualité récente m'y autorise, j'épinglerai également - parmi les nombreuses "passions" à l'actif de cette souveraine d'exception - qu'amie du grand violoniste liégeois Eugène Ysaye, elle instaura un - maintenant unanimement considéré comme redoutable - concours de violon, d'abord, de piano ensuite (CMIREB - Concours musical international reine Élisabeth de Belgique), dans le but de promouvoir de jeunes musiciens ; manifestation annuelle portant évidemment son nom, réservée ce printemps 2013 à la session piano, 


 

CMIREB.jpg

 

 

remporté par l'Israélien Boris Giltburg et dont le deuxième prix, lors de la proclamation des résultats, samedi soir un peu avant minuit, fut attribué au benjamin du concours, le Français, Rémi Geniet.

 

 

 

     Une reine à Mariemont ?

 

     Mais bien évidemment, ajouteront d'autres : la comtesse espagnole Fabiola di Mora y Aragon (1928) - précisément la vieille dame que vous venez de voir saluer le public du haut de la loge royale du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, au tout début de la vidéo du palmarès que j'ai proposée à l'instant, - devenue reine des Belges par son union avec le roi Baudouin qui, le 8 octobre 1975, quatre ans après la fin de construction du musée que vous apprenez à connaître en ma compagnie, quinze après l'incendie qui avait ravagé le château Warocqué, vint à Mariemont


 

MARIEMONT---Vue-aerienne-du-Musee.jpg

 

pour inaugurer le tout nouveau bâtiment imaginé par l'architecte belge Roger Bastin dans ce domaine qui avait successivement connu la résidence de chasse de Marie de Hongrie, le château des archiducs Albert et Isabelle, celui, complètement reconstruit dans le goût du temps, du prince Charles de Lorraine, gouverneur des Pays-Bas (devenus autrichiens depuis 1714) au début de la seconde moitié du XVIIIème siècle et, enfin, après la Révolution française qui le laisse en ruines, celui que rebâtiront et aménageront les membres de la famille Warocqué ...

 

 

MARIEMONT---Reine-Fabiola---P.H.A.109.jpg

 

 

     La reine Fabiola, en 1975, devant un tableau représentant le château de Charles de Lorraine à Mariemont.

 

 

     Une reine à Mariemont ?

 

     Tous, vous avez eu raison, amis visiteurs, de citer ces souveraines successives.

Mais en réalité, ce n'était pas à elles que je pensais.

C'est dans l'Antiquité, égyptienne évidemment, que je souhaitais vous emmener.

Et plus précisément encore, cela me paraît s'imposer, à Alexandrie, pour y admirer cette beauté de pierre, cette reine au doux et énigmatique sourire, parèdre d'un époux qui est demeuré au pays, là-bas, en bordure de Méditerranée.


 

MARIEMONT - Buste féminin (18-04-2013)

 

 

     Qui est-elle ? Et que diantre fait-elle ici, seule, à Mariemont ?

 

     Voilà ce que je me propose de vous faire découvrir, lors de quelques prochains rendez-vous que je vous fixe en ce Musée, notamment le mardi 11 juin, pour autant que l'histoire de cette belle étrangère vous intéresse.

 

     Ou, plutôt, pour autant qu'enquête à son sujet vous intéresse ...

Par Richard LEJEUNE - Publié dans : L'Égypte en Belgique - Communauté : ÉGYPTO-ARCHÉOLOGIE
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Mardi 28 mai 2013 2 28 /05 /Mai /2013 00:00

     

     Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite.

Le bonheur est dans le pré, cours-y vite. Il va filer ...

 

 

 

 

Paul  FORT

Ballades françaises

 

 

 

 

 

     Pour répondre à l'attente de beaucoup d'entre vous, voici le lien de l'émission Télétourisme à Mariemont avec (aussi) votre serviteur :  

http://www.rtbf.be/video/detail_teletourisme-quotidien?id=1826976


 

 

     La semaine dernière, souvenez-vous amis visiteurs, nous avions commencé à nous intéresser aux salles du rez-de-chaussée du Musée royal de Mariemont situées autour de la Réserve précieuse 


 

MARIEMONT - Première salle de documents anciens (24-04-201

 

 

que Marie-Cécile Bruwier, Directrice scientifique et Arnaud Quertinmont, tous deux Commissaires de l'exposition itinérante  Histoires d'eaux. Du Nil à Alexandrie, tous deux Docteurs en égyptologie, ont eu l'excellente initiative de dédier à quelques grands cartographes : je pense à El-Falaki, bien sûr, mais aussi au Belge Mercator ...


     De dédier également à de grands voyageurs qui nous ont laissé des oeuvres relatant leurs périples en terre égyptienne : je pense à James Bruce, à Jean-Jacques Rifaud, au comte de Volney, à Jean de Thevenot et, bien avant eux, à Hérodote, Diodore de Sicile et Strabon ...

 

     De dédier enfin - dans la dernière portion de cet espace où je vous propose de m'accompagner ce matin -, à l'un ou l'autre document autographié faisant partie de la collection réunie par Raoul Waroqué ; à l'une ou l'autre carte postale ou photo appartenant au fonds du Musée ; à quelques livres destinés à la jeunesse, le tout étant bien évidemment en étroite correspondance avec la thématique de l'exposition du second étage à laquelle nous reviendrons très bientôt.

 

     Mais avant de vous emmener dans cette ultime salle, j'aimerais attirer votre attention sur un point important - qui motive d'ailleurs le choix de l'exergue ci-dessus emprunté au poète rémois Paul Fort, dans lequel il conviendrait que vous remplaciez pré par : Musée de Mariemont, ou Réserve précieuse, ou documents anciens ..., à votre meilleure convenance.

 

     En effet, partant du principe que s'altèrent toujours un peu de vieux papiers ouverts à une page bien précise et exposés à la lumière artificielle pendant un certain laps de temps, il a été convenu, afin d'assurer leur bonne conservation, que, dès le 8 juillet prochain et jusqu'àu 29 septembre, date de clôture de leur présentation, ce serait une autre page que le public pourrait lire.

      Mais c'est surtout pour les feuillets manuscrits que le changement sera d'importance puisque pour beaucoup, ce seront d'autres, de la même époque, qui assureront la relève.

 

     Dès lors, amis visiteurs, si vous désirez vraiment voir ceux déjà ou encore à citer : courez-y vite, à Mariemont, car bientôt ils auront filé !

 

     Ceci posé, si dès le 8 juillet vous escomptez également vous pencher sur les nouveaux proposés : revenez-y vite, à Mariemont car ils y resteront près de trois mois encore !        

 

     Et pour l'heure, commençons, voulez-vous, par la littérature destinée aux plus jeunes : de part et d'autre de l'entrée de la Réserve précieuse, deux vitrines leur sont dédiées.

 

     Tandis que celle de gauche traite essentiellement du thème de l'eau - vous y retrouverez certainement avec de plaisants souvenirs de lecture non dissimulés le très beau roman d'Henri Bosco, L'Enfant et la rivière ou La petite Sirène, d'Andersen, ou encore l'Histoire de Sindbad le marin, extraite des Contes des mille et une nuits ... -, celle de droite fait évidemment la part belle à l'Égypte. 



MARIEMONT---Vitrine-litterature-jeunesse--24-04-2013-.jpg

 

 

     Là, vous admirerez des ouvrages soit préfacés par Jean Capart comme, racontées par Pierre Gilbert, autre égyptologue belge, Les aventures de Nedjouty avec le prince d'Égypte (1946), soit rédigés par lui : Thèbes, la gloire d'un grand passé expliquée aux enfants (1925) ou Matik, une histoire de souris au temps des Pharaons (1937) ou encore Hori, Gamin de la Vieille Égypte (1940), tous quatre appartenant à un collectionneur privé.  

 

     En outre, vous y verrez également l'excellent Les dieux égyptiens racontés aux enfants, de Marie-Cécile Bruwier, bellement illustré par Isabelle Petit (2003) ;


 

Bruwier-Dieux-egyptiens.jpg

 

 

ou Le papyrus sacré - Découvre le secret des hiéroglyphes, d'Aude Gros de Beler (2010) ; ou les Contes d'Alexandrie, d'Eglal Errera (2007), ou d'autres encore ...

 

 

      Revenons, voulez-vous, à une vitrine de l'entrée de la salle pour regarder cette photo (Inv. P.H.A. 302) datant de l'époque du séjour en Égypte (fin 1911-début 1912) de Raoul Warocqué, le mécène collectionneur


 

44.-Carte-postale-de-R.-Waroque-au-pied-des-pyramides.jpg

 

 

vous le reconnaîtrez ici dans la calèche, au pied des pyramides de Guizeh.

 

     Il me plaît à présent d'apposer le point final à l'attention que, de conserve, nous accordons à ces derniers présentoirs en restant un moment encore devant la même vitrine et, plus spécifiquement dans sa partie gauche.

 

 

MARIEMONT---Vitrine-lettres-autographiees--24-04-2013-.jpg

 

 

     Des différentes lettres alignées, autorisez-moi à n'en épingler qu'une seule (MRM, AW, R34 / F 26),

 

  MARIEMONT---Lettre-d-Albert-Daninos-Pacha--24-04-2013-.jpg

 

 

importante parce qu'elle fait notamment allusion à "l'enlèvement du buste de Cléopâtre et des deux mains que vous distinguez sur la photo (Inv. P.H.A. 103) dans le cadre accroché juste au-dessus, prise alors qu'ils reposaient en 1913 dans le parc du domaine de Mariemont. 

 

     A la différence de l'ensemble des pièces autographiées rencontrées dans d'autres salles, cet original, ainsi que ses trois voisins seront, dès le 8 juillet et pour les raisons que j'ai précédemment invoquées, remplacés chacun par un fac-similé.

 

     Sur les deux monuments que cite la missive, comme déjà promis, mais aussi sur son auteur, je reviendrai abondamment dès mardi 4 juin prochain ...


 

 

      (Un merci tout particulier à Arnaud Quertinmont, Docteur en égyptologie attaché au Musée royal de Mariemont, pour m'avoir adressé une copie du Guide du visiteur de cette exposition entourant la Réserve précieuse qui n'est que consultable sur place ; document qui m'aura permis d'apporter quelques précisions supplémentaires, notamment au niveau des numéros d'inventaire, sur les pièces que, la semaine dernière et ce matin, j'ai pu, amis visiteurs, vous faire découvrir.

Merci à toi, Arnaud.) 

 

 

* * * * *

 

 

     J'ai appris que ce qu'on croit avoir acquis n'est qu'une partie infime de ce qui reste à découvrir.


 

Georges  MOUSTAKI,

Artiste d'origine grecque,

né à Alexandrie ...

 

 

 


Par Richard LEJEUNE - Publié dans : L'Égypte en Belgique - Communauté : ÉGYPTO-ARCHÉOLOGIE
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Mardi 21 mai 2013 2 21 /05 /Mai /2013 00:00

 

     Un regret. Car j'en éprouve toujours un en semblable situation : ne pas avoir la permission d'enfiler des gants blancs pour manipuler, ouvrir, feuilleter, caresser et m'enfouir tout entier dans ce trésor de papier aux dimensions souvent peu communes.

 

     Et ce regret se révèle en outre consubstantiel à un second,  convoquant également un de mes sens : ne pas être à même, à cause de la vitre qui  nous sépare, de les renifler, de les humer, d'inhaler l'odeur quasiment enivrante du papier vieux, de m'en saouler, comme quand je pénètre avec délectation dans la caverne aux richesses de certains bouquinistes de la galerie Bortier, rue de la Madeleine à Bruxelles.

 

     Ma propre madeleine proustienne, en quelque sorte ...

 

 


 

     Quand, les 25 et 28 juin 2011, nous avions parcouru, souvenez-vous amis visiteurs, la première des deux  manifestations d'envergure que Paris, ce printemps-là, dédiait à Emile Prisse d'Avennes, - celle que le Louvre organisait dans l'étroite salle 12 bis de son Département des Antiquités égyptiennes réaménagée pour l'occasion -, évoquant les livres et archives du XIXème siècle qui concernaient plus spécifiquement la Chambre des Ancêtres de Thoutmosis III qu'il avait "rapportée" d'Égypte, j'avais laissé sourdre cette passion qui est mienne des documents anciens que traduisent les quelques mots écrits alors, repris ce matin en guise d'exergue.

 

     Passion, je le précise tout de go, qui ne ressortit nullement au fait que je sois compulsivement en quête de reliures rares - sur l'esthétique desquelles, bien sûr, je puis m'attarder avec gourmande délectation comme j'ai choisi de le faire mardi dernier -, mais plutôt à ma dilection à lire des ouvrages d'antan. 

 

      Passion partiellement assouvie une fois de plus en découvrant dernièrement les salles qui prolongent la galerie du rez-de-chaussée du Musée royal de Mariemont 

  

 

MARIEMONT---Galerie---Warocque---et---Reserve-precieuse-.jpg

 

 

et qui ceignent la Réserve précieuse - vous vous rappelez ? - : là sont mises en lumière photographies, cartes, relations de voyageurs des siècles passés, lettres autographiées ..., parfaitement corrélées avec l'objet de l'exposition itinérante du second étage Du Nil à Alexandrie. Histoires d'eaux dans laquelle je vous convie à m'accompagner depuis le 23 avril.

 

     Dès le hall d'entrée, plutôt qu'emprunter le grand escalier qui y mène, - et que nous gravirons à nouveau dans  les prochaines semaines -,


 

MARIEMONT---Hall-d-entree--18-04-2013-.jpg

 

 

dirigeons immédiatement nos pas vers la droite, vers la dite galerie, tout en saluant au passage quelques membres de la famille Warocqué,

 

 

MARIEMONT---Les-Warocque--18-04-2013-.jpg

 

industriels hennuyers qui, au XIXème siècle, ont prospéré grâce au charbon et dont le dernier descendant, Raoul (1870-1917), fut, au sein même du château familial, à l'origine de cet établissement muséal grâce à ses imposantes collections archéologique et bibliophilique.

 

    Devenu bourgmestre de Morlanwelz en 1900, il fut cet humaniste laïc, philanthrope qui, estimant que ceux grâce auxquels il s'était enrichi méritaient plus qu'une simple considération, puisa dans sa fortune personnelle pour doter la ville - coïncidence, vous en conviendrez, pour le moins frappante eu égard à la thématique développée par l'exposition en cours -, d'une nouvelle adduction d'eau !  

    

       Ses ancêtres et lui semblent ici nous accueillir en vue de nous guider vers les documents que je suis impatient de vous dévoiler.

 

     En commençant, avant d'entrer dans la première salle proprement dite, par cette remarquable carte d'Alexandrie due au savant égyptien Mahmoud El-Falaki (1818-1885).


 

MARIEMONT---Carte-de-el-Falaki--24-04-2013-.jpg

 

 

     Brièvement, autorisez-moi à en retracer la genèse.

 

     Nous sommes en 1865. Napoléon III, empereur des Français, éprouvant une réelle fascination pour Jules César, entend lui consacrer une biographie. A cette fin, il entend disposer d'un plan détaillé de la ville d'Alexandrie. Aussi, pour l'obtenir, s'adresse-t-il tout naturellement à Ismaël Pacha, khédive d'Égypte.

Demande est alors transmise à l'astronome officiel de la cour.

 

     De manière à relever le périmètre des murs d'enceinte, ainsi que l'entrelacs du réseau viaire, le savant effectua les sondages adéquats - 250, selon Jean-Yves Empereur -, que lui permettaient les moyens de l'époque. Avec toutefois la précision digne de grands mathématiciens, il réalisa ainsi un portrait urbain en y insérant quelques imposants monuments de styles grec et égyptien depuis longtemps disparus mais auxquels les sources écrites antiques faisaient amplement allusion - et dont des membra disjecta sont encore actuellement visibles au sein même de la ville.

 

     Certes, à l'aune des études topographiques contemporaines qu'autorisent les fouilles archéologiques sous-tendues par les prospections électromagnétiques ou autres, la carte que ce pionnier dessina en 1866 - notamment au niveau de l'emplacement de l'heptastade, longue chaussée faisant communiquer ensemble la ville proprement dite et, au large, sur l'île éponyme (Pharos), son célèbre phare -, présente d'inévitables erreurs ! Nonobstant, jusqu'à tout le moins le mitan de la dernière décennie du XXème siècle, elle constitua l'indiscutable parangon pour la majorité des plans qui furent levés de l'ancienne capitale des Ptolémées.

 

 

     Engageons-nous à présent dans la première des salles bordant le "saint des saints" d'où proviennent quelques-unes des merveilles que je souhaite vous faire découvrir.

 

 

MARIEMONT---Premiere-salle-de-documents-anciens--24-04-201.jpg

 

 

      Sur le long mur de gauche, ainsi que sur celui du fond, courent d'immenses vitrines exposant divers ouvrages anciens, notamment de grands voyageurs qui ont relaté leurs périples en terre égyptienne : si, dans un premier temps, c'est tout naturellement devant ceux des pionniers que nous nous arrêterons : Histoires, d'Hérodote (Exemplaire de 1881 - MRM R 1015 / inv. 6940), Géographie, de Strabon (Exemplaire de 1863 - MRM R 1010 / inv. 7361-7362), Bibliothèque historique, de Diodore de Sicile (Exemplaire de 1857 - MRM R 1015 / inv. 6933-6936), dans un second temps, c'est à des hommes tels que le comte de Volney et son Voyage en Égypte et en Syrie, pendant les années 1783, 1784 et 1785 ... (Exemplaire de 1825 - MRM R 474 / inv. 11.723 - 11.730) que nous penserons, ou à Jean de Thevenot et son Voyages de Mr de Thévenot au Levant, où l'Égypte est exactement décrite avec ses principales villes & les curiosités qui y sont (Exemplaire de 1728 - MRM inv. 15.894), ou à James Bruce et son Voyage aux sources du Nil ... (Exemplaire de 1791 appartenant à un collectionneur privé)


 

MARIEMONT---BRUCE--Voyage-aux-sources-du-Nil--.--24-04-201.jpg

 

 

ou à Livingstone, ou encore à Stanley, dont le portrait apparaît dans ce numéro 2441 de l' Illustration du 7 décembre 1889 ...


 

MARIEMONT-----L-Illustration----Stanley--24-04-2013-.jpg

 

     Sans évidemment oublier le Marseillais féru d'égyptologie qu'était Jean-Jacques Rifaud dont vous pouvez admirer, sur le mur de droite, prêtées pour l'occasion par la Société royale d'archéologie, d'Histoire et de Folklore de Nivelles et du Brabant wallon, quelques lithographies encadrées.

 

     Réalisées d'après son Tableau de l'Égypte, de la Nubie et des lieux circonvoisins, depuis 1805 jusqu'en 1828 (MRM - inv. Ac. 74/2),  

 


MARIEMONT---Cadre-Rifaud----c-CEAlex-.jpg

 

 

elles vous éclairent sur moult détails anatomiques soit de Poissons du Nil,


 

33. Poissons-du-Nil.jpg

 

soit de Crocodiles du Nil.

 

 

34.-Crocodiles-du-Nil.jpg

 

     Parce que ce matin nous avons entamé notre déambulation dans cet espace par la carte d'Alexandrie d'El-Falaki, poursuivons-là, voulez-vous, par celle du géographe belge Mercator proposant le parcours du Nil, qu'il fit éditer à Duisbourg en 1578 (MRM - R 892 / inv. 18697)

 

 

35.-Carte-du-Nil--d-apres-Mercator.jpg

 

 

     Concluons provisoirement notre tour d'horizon et arrêtons-nous à l'entrée de la petite salle voisine, devant un présentoir vitré particulier


 

MARIEMONT---Vitrine-Tome-Planche-Description-Egypte.jpg

 

 

puisqu'il accueille, ouvert sur sa trente-et-unième planche, le cinquième volume d'une des éditions d'époque de l'imposante Description de l'Égypte, ou Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée française, publié par les ordres de Sa Majesté l'Empereur Napoléon le Grand ;

 


MARIEMONT---Description-Egypte--Antiquite--V--31.jpg

 

 

planche titrée Carte générale des côtes, rades, ports, ville et environs d'Alexandrie, dressée par MM. les Ingénieurs de l’Armée d’Orient et dessinée par M. Gratien le Père, en 1798.

 

     Offrez-vous à présent le temps, amis visiteurs, de retourner voir le plan de Mahmoud el-Falaki aux fins de le comparer à celui-ci, réalisé quelque septante années plus tôt ... 

 

 

 

(Daszewski : 1994, 423-4 ; Empereur : 1995, 745, note 3)    

 

     

     Répondant à la demande de certains d'entre vous, permettez-moi d'indiquer à ceux qui captent les programmes de la première chaîne de la télévision belge (RTBF 1) que l'émission Télétourisme du samedi 25 mai prochain - à partir d'environ 15,50 H. - proposera une séquence de quelque 5 minutes filmée à Mariemont à laquelle j'eus l'opportunité de participer en avril dernier. Elle sera rediffusée le lundi 27 mai vers 9,40 H. et 13,40 H.  

 

     Vous en aurez la primeur dans la mesure où, personnellement, je ne serai pas au pays à ces moments-là.

 

     En principe, dans les jours qui suivront cette première diffusion, elle devrait être visible par tous sur le site internet de Télétourisme.


     Si tel était le cas, je vous le confirmerai dès mon retour et vous en fournirai le lien direct.               

Par Richard LEJEUNE - Publié dans : L'Égypte en Belgique - Communauté : ÉGYPTO-ARCHÉOLOGIE
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