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12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 23:06
Papyrus royal de Turin

Papyrus royal de Turin

 

    Dans ma série d'articles publiés en ces mardis d'automne 2015, rééditions remaniées de ceux de septembre 2008 aux frères Champollion consacrés, je ne pouvais décemment pas, vous en conviendrez amis visiteurs, passer le Louvre sous silence, et plus spécifiquement, son Département des Antiquités égyptiennes qui fonda la raison d'être véritablement constitutive de ce blog.

 

     La boucle sera donc ainsi bouclée qui, de Figeac à Paris, en passant par Grenoble, avec mes articles des 15, 22, 29 septembre et 06 octobre, nous emmènera aujourd'hui à Turin avant de revenir à Paris la semaine prochaine, et ce, avec un éclairage bien particulier : celui de la conception muséale.

    
     Quand, sur décision royale, et au grand dam de ses éternels contempteurs français,  Jomard en tête, Champollion prend en main les rênes du Musée Charles-X, comme on l'appela un temps, il était loin d'être un novice en la matière puisqu'à son actif, il avait déjà les projets de la constitution d'un semblable département au musée de Turin. J'insiste bien : les projets, et non la mise sur pied proprement dite, car là aussi veillaient des oiseaux de mauvais augure ...  

     Champollion arrive en Italie le 7 juin 1824, et reçoit très vite des mains du comte Gaspard-Jérôme Roget de Cholex, ministre de l'Intérieur dont dépendaient les musées de la ville de Turin les nécessaires autorisations lui permettant l'accès aux salles égyptiennes.

     Il vous faut savoir, amis visiteurs, que le débarquement de la superbe collection Drovetti, quelques mois auparavant, avait constitué un événement d'une importance quasi internationale.
     

 

     Bernardino Drovetti (1776-1852) était un aventurier italien qui avait rallié l'armée de Bonaparte en Egypte. Devenu consul français à Alexandrie, et à l'instar de la majorité de ses collègues, presque tous consuls aussi, d'ailleurs, il fit du pillage systématique une sorte d'époux morganatique de l'égyptologie : il faut bien constater, sans évidemment la cautionner, que cette prédation que seul motivait l'appât du gain était dans les moeurs de ce temps. Peut-être aussi parce que personne ne se souciait encore de la notion de patrimoine historique.

     Quoi qu'il en soit, Drovetti avait constitué une superbe collection d'antiquités. En 1818, en légère disgrâce suite au changement de régime politique en France, et donc ayant besoin d'argent, il en propose une partie au roi Louis XVIII, qui la refuse. Six ans plus tard, la cour de Piémont-Sardaigne l'acquiert pour 400 000 francs de l'époque : elle fera et fait toujours la fierté du musée de Turin.

     Des pièces colossales, mais surtout une incroyable richesse de documents écrits, de monuments gravés qui n'attendaient que leur déchiffreur feront le bonheur de Jean-François Champollion. Avant son voyage projeté pour l'Egypte, il avait là sous les yeux de quoi assouvir la continuité de ses recherches philologiques : des inscriptions à profusion s'étalaient ainsi sur les quelque deux cents stèles qu'il déballait au fur et à mesure, ravi, ébahi, curieux, juvénilement enthousiaste ...

    ... plus de 50 statues égyptiennes chargées d'inscriptions historiques, plus de 200 manuscrits en hiéroglyphes, de 25 à 30 momies, de 4 à 5 000 petites figures ou statuettes portant presque toutes une légende où je trouve à butiner, écrit-il à sa famille le 16 octobre 1824.

     En mettant à profit, jour après jour, ses découvertes antérieures en matière de déchiffrement, il posera grâce à cette inestimable collection des jalons nouveaux dans la connaissance de la chronologie historique égyptienne, et plus spécifiquement, dans un premier temps, celle de la brillante XVIIIème dynastie.

     A la demande du comte de Cholex, l'étude exhaustive de ces pièces, gigantissime tâche s'il en fut, se doubla de celle des papyri du musée, pour la plupart des fragments de ce qu'il est convenu d'appeler, par facilité, le "Livre des Morts". Mais il se trouva aussi en présence de documents tout à fait exceptionnels, notamment ce que les égyptologues appellent aujourd'hui le "Papyrus royal de Turin".


 

FIGEAC, TURIN, PARIS : SE BATTRE POUR UN MUSÉE (Première Partie)
 

     Grâce à la sagacité de Champollion, nous savons maintenant que ce document constitue un véritable tableau chronologique, un canon royal de première importance pour notre connaissance des souverains qui se sont succédé sur le trône d'Egypte.         

     Mais il regrettera toute sa vie d'avoir découvert ce papyrus dans un état aussi désespérément lacunaire. Ce qu'il ignora jusqu'en décembre 1827, c'est que des fragments avaient été inqualifiablement subtilisés sur sa table de travail par Giulio Cordero di San-Quintino, le directeur du musée lui-même, jaloux qu'il était des avancées du Français en matière de déchiffrement. 

     Eh oui, en Italie aussi !!!

     Nonobstant, grâce à Champollion, et à cette extraordinaire manne de renseignements que fut la collection Drovetti à Turin, ce sont onze siècles entiers qui furent rendus à l'Histoire égyptienne, et au monde.


     Parmi tous les fragments, tous les minuscules morceaux parfois qu'il s'ingéniait à trier puis assembler, il trouva ce que, prude, il décrivit à son frère en novembre 1824, comme étant des débris d'une obscénité monstrueuse et qui donnent une bien singulière idée de la gravité et de la sagesse égyptiennes.

 

     Il venait, certains d'entre vous l'auront compris, de découvrir un papyrus particulier habituellement désigné sous l'appellation, - contestée par le grand égyptologue français Pascal Vernus -, de "Papyrus érotique de Turin" qui constitue en réalité un ensemble satirico-pornographique dont il ne subsiste plus qu'environ 2 mètres soixante de long présentant tout à la fois des scènes dans lesquelles des animaux parodient des humains - volonté donc de brosser une satire de la société égyptienne d'alors ! -, mais aussi, sur quelque 175 centimètres, des représentations d'ébats sexuels au sein desquelles une franche pornographie le dispute à une imagination exacerbée - ou des fantasmes -  dans le chef d''un scribe qui fit le choix de dessiner des sexes surdimensionnés aux  marginaux ou aux paysans qu'il caricature.

 
FIGEAC, TURIN, PARIS : SE BATTRE POUR UN MUSÉE (Première Partie)

 

    

 

    Permettez-moi, amis visiteurs, d'ouvrir une petite parenthèse pour simplement me faire - et, j'espère, vous faire - plaisir en reprenant les propres termes de P. Vernus lus dans sa remarquable étude Le Papyrus de Turin et la pornographie dans l'Égypte ancienne, publiée aux pages 108-17 du catalogue de l'exposition L'Art du contour - Le dessin dans l'Égypte ancienne, présentée en 2013 au Louvre, puis aux Musées royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles où, avec l'humour et l'excellence de la plume qui caractérisent son style, il indique que la mince ligne verticale séparant la partie pornographique de celle concédée aux parodies animalières est, je cite : d'autant moins marquée comme étant radicale qu'elle est traversée par un végétal qui, bien qu'enraciné chez les bêtes occupées à des affaires humaines, laisse quelques ramifications s'immiscer à peine chez les humains qui s'affairent comme des bêtes.      

     Et P. Vernus de conclure que ce document d'époque ramesside constitua, pour l'élite au pouvoir, une transgression des codes de bienséance rejetant traditionnellement la froide exhibition des pratiques sexuelles ; trangression destinée à la distraire, à la défouler en exploitant, je cite à nouveau, les vertus comiques de la gaudriole ...

 

    Revenons à présent, voulez-vous, à Champollion et à ses déboires, avec cette lettre écrite de Turin à son frère, le 15 novembre 1824.

 

     Une lettre de Florence m'annonce l'arrivée au lazaret de Livourne d'une énorme caisse de papyrus égyptiens appartenant à M. Salt. Il paraît que ces manuscrits sont en vente. On m'enverra sous peu une notice en gros. Mais je la recevrai seulement pour enrager, car je suis bien sûr qu'on ne voudra rien faire à Paris pour acquérir les plus importants de ces papyrus. Je voudrais que les meneurs, grands et petits, restassent un jour ou deux dans le musée de Turin pour entendre les épithètes honorifiques dont les décorent tous les Français qui visitent la collection; il n'en est pas un qui ne regrette ces monuments ravis à la France par les microscopiques idées de nos géants politiques. (...) 


     Les monuments égyptiens abonderont partout excepté en France et cela par les fantaisies obstinées de trois ou quatre faquins dont la nouvelle étude dérange les idées et les intérêts, ce qui est tout un pour eux ... Vous verrez qu'il y aura bientôt un musée égyptien dans la capitale de la République de Saint-Marin tandis que nous n'aurons à Paris que des morceaux isolés et dispersés.
 


     A Paris, en effet, Charles X avait succédé à son frère, Louis XVIII, décédé le 16 septembre 1824. Et les mêmes politiques, les mêmes "savants" envieux, Jomard en tête, toujours, - souvenez-vous de la partie de ce mauvais feuilleton de série B dans mon article de mardi dernier -, freinaient des quatre fers toute demande de Champollion d'acheter les collections d'antiquités égyptiennes qui ne cessaient d'affluer sur le continent, à Marseille comme à Livourne, arguant officiellement du fait que le couronnement du tout nouveau souverain avait coûté 2 millions de francs, et que l'heure ne pouvait qu'être aux économies.

     Jomard, toutefois, mais pour sa seule gloire personnelle, avait réussi à convaincre Charles X d'acquérir la collection Durand et n'avait de cesse de négocier l'achat de celle de Passalacqua dans l'unique but de les réunir toutes deux dans le cabinet royal des Antiques, dont il se voyait évidemment assumer la direction.

     Pendant ce temps, à Turin, suite au transfert de l'administration du musée au ministère de l'Instruction publique, et donc au remplacement du comte de Cholex, favorable à Champollion, l'organisation des salles égyptiennes et le catalogue qui devait en découler avaient échappé au savant figeacois. 

     En novembre 1825, déçu, amer, il quitta définitivement la ville, et revint à Grenoble auprès de son épouse et de sa fille. Des bruits y couraient que le souverain avait décidé de le nommer Conservateur des Antiquités égyptiennes au musée du Louvre. Très vite, un redoutable triumvirat s'érigea contre lui : le teigneux Jomard, bien sûr, révolté qu'une telle iniquité lui soit infligée, lui à qui la France et le monde devaient la réalisation de l'incontournable Description de l'Egypte ; mais aussi le comte de Forbin, Directeur général des musées et le comte de Clarac, Conservateur des Antiquités au Louvre.

     Le 25 février 1826, toutefois, après avoir appris 5 jours plus tôt que le roi, contre vents et marées, lui allouait une somme de 5 000 francs pour étudier la collection proposée à Livourne par le consul britannique au Caire, Henry Salt, et en donner une estimation définitive quant au prix d'achat éventuel, il reçoit les fonds et les papiers nécessaires pour se rendre à nouveau de l'autre côté des Alpes le mois suivant. C'est là qu'il apprendra que le 15 mai, Charles X a signé au château des Tuileries une ordonnance stipulant que la conservation des Antiques du Musée royal du Louvre formerait deux divisions : une comprenant les monuments grecs, romains et médiévaux ; l'autre, les monuments égyptiens, phéniciens, persépolitains et indous existant au musée ou pouvant y être ajoutés. Stipulant aussi que le "sieur de Clarac" dirigerait la première division, et que le "sieur Champollion le Jeune" devenait conservateur des monuments de la seconde division. Stipulant encore que, mêmement rémunérés, tous deux seraient aussi sous les ordres immédiats du comte de Forbin, Directeur général des musées. Et stipulant enfin, qu'il y aurait chaque année un cours public et gratuit d'archéologie et que lui, Champollion, en assurerait la charge.

     Moment de pure joie à Turin, tandis qu'à Paris, vous vous en doutez, les sempiternels factieux veillaient à ce que de nouveaux nuages s'amoncelassent : c'est ce que je me propose d'aborder avec vous, amis visiteurs, mardi prochain, 20 octobre.

 

 

(Andreu/Rutschowscaya/Ziegler : 1997, 18 ; Hartleben : 1983, 269-396 ; Lacouture : 322-55, 380-401 ; Rosenberg : 2007, passim ; )

 

 

 

     Ce document écrit demeure à l'heure actuelle le seul connu dans toute la littérature égyptologique.

 

     Pour la petite histoire, j'ajouterai et qui, par parenthèse, ne fut scientifiquement publié qu'à partir de 1971 !!


 



     Au Musée de Turin, il a été retiré des vitrines et devenu inaccessible au public depuis plus de soixante ans ! 

     Hypocrite censure, quand tu nous tiens ... 
     

     Une lettre de Florence m'annonce l'arrivée au lazaret de Livourne d'une énorme caisse de papyrus égyptiens appartenant à M. Salt. Il paraît que ces manuscrits sont en vente. On m'enverra sous peu une notice en gros. Mais je la recevrai seulement pour enrager, car je suis bien sûr qu'on ne voudra rien faire à Paris pour acquérir les plus importants de ces papyrus. Je voudrais que les meneurs, grands et petits, restassent un jour ou deux dans le musée de Turin pour entendre les épithètes honorifiques dont les décorent tous les Français qui visitent la collection; il n'en est pas un qui ne regrette ces monuments ravis à la France par les microscopiques idées de nos géants politiques. (...) 
     Les monuments égyptiens abonderont partout excepté en France et cela par les fantaisies obstinées de trois ou quatre faquins dont la nouvelle étude dérange les idées et les intérêts, ce qui est tout un pour eux ... Vous verrez qu'il y aura bientôt un musée égyptien dans la capitale de la République de Saint-Marin tandis que nous n'aurons à Paris que des morceaux isolés et dispersés.


     A Paris, en effet, Charles X avait succédé à son frère, Louis XVIII, décédé le 16 septembre 1824. Et les mêmes politiques, les mêmes "savants" envieux, Jomard en tête, toujours, (revoir la partie de ce mauvais feuilleton de série B dans mon article de mardi dernier), freinaient des quatre fers toute demande de Champollion d'acheter les collections d'antiquités égyptiennes qui ne cessaient d'affluer sur le continent, à Marseille comme à Livourne, arguant officiellement du fait que le couronnement du tout nouveau souverain avait coûté 2 millions de francs, et que l'heure ne pouvait qu'être aux économies.

     Jomard, toutefois, mais pour sa seule gloire personnelle, avait réussi à convaincre Charles X d'acquérir la collection Durand et n'avait de cesse de négocier l'achat de celle de Passalacqua dans l'unique but de les réunir toutes deux dans le cabinet royal des Antiques, dont il se voyait déjà assumer la direction.

     Pendant ce temps, à Turin, suite au transfert de l'administration du musée au ministère de l'Instruction publique, et donc au remplacement du comte de Cholex, favorable à Champollion, l'organisation des salles égyptiennes et le catalogue qui devait en découler avaient échappé au philologue Français. 

     En novembre 1825, déçu, il quitta définitivement la ville, et revint à Grenoble auprès de son épouse et de sa fille. Des bruits y couraient que le souverain avait décidé de le nommer Conservateur des Antiquités égyptiennes au musée du Louvre. Très vite, un redoutable triumvirat s'érigea contre lui : le teigneux Jomard, bien sûr, révolté qu'une telle iniquité lui soit infligée, lui à qui la France et le monde devaient la réalisation de l'incontournable Description de l'Egypte; le comte de Forbin, Directeur général des musées et le comte de Clarac, Conservateur des antiquités au Louvre.

     Le 25 février 1826, toutefois, après avoir appris 5 jours plus tôt que le roi, contre vents et marées, lui allouait une somme de 5 000 francs pour étudier la collection proposée à Livourne par le consul britannique au Caire, Henry Salt, et en donner une estimation définitive quant au prix d'achat éventuel, il reçoit les fonds et les papiers nécessaires pour se rendre de l'autre côté des Alpes, le mois suivant. C'est là qu'il apprendra que le 15 mai, Charles X a signé au château des Tuileries une ordonnance stipulant que la conservation des antiques du musée royal du Louvre formerait deux divisions : une comprenant les monuments grecs, romains et médiévaux; l'autre, les monuments égyptiens, phéniciens, persépolitains et indous existant au musée ou pouvant y être ajoutés. Stipulant aussi que le "sieur de Clarac" dirigerait la première division, et que le "sieur Champollion le Jeune" devenait conservateur des monuments de la seconde division. Stipulant encore que, mêmement rémunérés, tous deux seraient aussi sous les ordres immédiats du comte de Forbin, Directeur général des musées. Et stipulant enfin, qu'il y aurait chaque année un cours public et gratuit d'archéologie et que lui, Champollion, en assurerait la charge.

     Moment de pure joie à Turin ...

     Sur Paris, bien évidemment, de nouveaux nuages s'amoncelaient : c'est ce que je me propose de vous raconter, amis visiteurs, mardi prochain, 20 octobre.

 

 

(Andreu/Rutschowscaya/Ziegler : 1997, 18 ; Hartleben : 1983, 269-396 ; Lacouture : 322-55, 380-401 ; Rosenberg : 2007, passim)

 

     Ce document écrit demeure à l'heure actuelle le seul connu dans toute la littérature égyptologique.

 

     Pour la petite histoire, j'ajouterai et qui, par parenthèse, ne fut scientifiquement publié qu'à partir de 1971 !!


 



     Au Musée de Turin, il a été retiré des vitrines et devenu inaccessible au public depuis plus de soixante ans ! 

     Hypocrite censure, quand tu nous tiens ... 
     

     Une lettre de Florence m'annonce l'arrivée au lazaret de Livourne d'une énorme caisse de papyrus égyptiens appartenant à M. Salt. Il paraît que ces manuscrits sont en vente. On m'enverra sous peu une notice en gros. Mais je la recevrai seulement pour enrager, car je suis bien sûr qu'on ne voudra rien faire à Paris pour acquérir les plus importants de ces papyrus. Je voudrais que les meneurs, grands et petits, restassent un jour ou deux dans le musée de Turin pour entendre les épithètes honorifiques dont les décorent tous les Français qui visitent la collection; il n'en est pas un qui ne regrette ces monuments ravis à la France par les microscopiques idées de nos géants politiques. (...) 
     Les monuments égyptiens abonderont partout excepté en France et cela par les fantaisies obstinées de trois ou quatre faquins dont la nouvelle étude dérange les idées et les intérêts, ce qui est tout un pour eux ... Vous verrez qu'il y aura bientôt un musée égyptien dans la capitale de la République de Saint-Marin tandis que nous n'aurons à Paris que des morceaux isolés et dispersés.


     A Paris, en effet, Charles X avait succédé à son frère, Louis XVIII, décédé le 16 septembre 1824. Et les mêmes politiques, les mêmes "savants" envieux, Jomard en tête, toujours, (revoir la partie de ce mauvais feuilleton de série B dans mon article de mardi dernier), freinaient des quatre fers toute demande de Champollion d'acheter les collections d'antiquités égyptiennes qui ne cessaient d'affluer sur le continent, à Marseille comme à Livourne, arguant officiellement du fait que le couronnement du tout nouveau souverain avait coûté 2 millions de francs, et que l'heure ne pouvait qu'être aux économies.

     Jomard, toutefois, mais pour sa seule gloire personnelle, avait réussi à convaincre Charles X d'acquérir la collection Durand et n'avait de cesse de négocier l'achat de celle de Passalacqua dans l'unique but de les réunir toutes deux dans le cabinet royal des Antiques, dont il se voyait déjà assumer la direction.

     Pendant ce temps, à Turin, suite au transfert de l'administration du musée au ministère de l'Instruction publique, et donc au remplacement du comte de Cholex, favorable à Champollion, l'organisation des salles égyptiennes et le catalogue qui devait en découler avaient échappé au philologue Français. 

     En novembre 1825, déçu, il quitta définitivement la ville, et revint à Grenoble auprès de son épouse et de sa fille. Des bruits y couraient que le souverain avait décidé de le nommer Conservateur des Antiquités égyptiennes au musée du Louvre. Très vite, un redoutable triumvirat s'érigea contre lui : le teigneux Jomard, bien sûr, révolté qu'une telle iniquité lui soit infligée, lui à qui la France et le monde devaient la réalisation de l'incontournable Description de l'Egypte; le comte de Forbin, Directeur général des musées et le comte de Clarac, Conservateur des antiquités au Louvre.

     Le 25 février 1826, toutefois, après avoir appris 5 jours plus tôt que le roi, contre vents et marées, lui allouait une somme de 5 000 francs pour étudier la collection proposée à Livourne par le consul britannique au Caire, Henry Salt, et en donner une estimation définitive quant au prix d'achat éventuel, il reçoit les fonds et les papiers nécessaires pour se rendre de l'autre côté des Alpes, le mois suivant. C'est là qu'il apprendra que le 15 mai, Charles X a signé au château des Tuileries une ordonnance stipulant que la conservation des antiques du musée royal du Louvre formerait deux divisions : une comprenant les monuments grecs, romains et médiévaux; l'autre, les monuments égyptiens, phéniciens, persépolitains et indous existant au musée ou pouvant y être ajoutés. Stipulant aussi que le "sieur de Clarac" dirigerait la première division, et que le "sieur Champollion le Jeune" devenait conservateur des monuments de la seconde division. Stipulant encore que, mêmement rémunérés, tous deux seraient aussi sous les ordres immédiats du comte de Forbin, Directeur général des musées. Et stipulant enfin, qu'il y aurait chaque année un cours public et gratuit d'archéologie et que lui, Champollion, en assurerait la charge.

     Moment de pure joie à Turin ...

     Sur Paris, bien évidemment, de nouveaux nuages s'amoncelaient : c'est ce que je me propose de vous raconter, amis visiteurs, mardi prochain, 20 octobre.

 

 

(Andreu/Rutschowscaya/Ziegler : 1997, 18 ; Hartleben : 1983, 269-396 ; Lacouture : 322-55, 380-401 ; Rosenberg : 2007, passim)

     Ce document écrit demeure à l'heure actuelle le seul connu dans toute la littérature égyptologique.

 

     Pour la petite histoire, j'ajouterai et qui, par parenthèse, ne fut scientifiquement publié qu'à partir de 1971 !!


 



     Au Musée de Turin, il a été retiré des vitrines et devenu inaccessible au public depuis plus de soixante ans ! 

     Hypocrite censure, quand tu nous tiens ... 
     

     Une lettre de Florence m'annonce l'arrivée au lazaret de Livourne d'une énorme caisse de papyrus égyptiens appartenant à M. Salt. Il paraît que ces manuscrits sont en vente. On m'enverra sous peu une notice en gros. Mais je la recevrai seulement pour enrager, car je suis bien sûr qu'on ne voudra rien faire à Paris pour acquérir les plus importants de ces papyrus. Je voudrais que les meneurs, grands et petits, restassent un jour ou deux dans le musée de Turin pour entendre les épithètes honorifiques dont les décorent tous les Français qui visitent la collection; il n'en est pas un qui ne regrette ces monuments ravis à la France par les microscopiques idées de nos géants politiques. (...) 
     Les monuments égyptiens abonderont partout excepté en France et cela par les fantaisies obstinées de trois ou quatre faquins dont la nouvelle étude dérange les idées et les intérêts, ce qui est tout un pour eux ... Vous verrez qu'il y aura bientôt un musée égyptien dans la capitale de la République de Saint-Marin tandis que nous n'aurons à Paris que des morceaux isolés et dispersés.


     A Paris, en effet, Charles X avait succédé à son frère, Louis XVIII, décédé le 16 septembre 1824. Et les mêmes politiques, les mêmes "savants" envieux, Jomard en tête, toujours, (revoir la partie de ce mauvais feuilleton de série B dans mon article de mardi dernier), freinaient des quatre fers toute demande de Champollion d'acheter les collections d'antiquités égyptiennes qui ne cessaient d'affluer sur le continent, à Marseille comme à Livourne, arguant officiellement du fait que le couronnement du tout nouveau souverain avait coûté 2 millions de francs, et que l'heure ne pouvait qu'être aux économies.

     Jomard, toutefois, mais pour sa seule gloire personnelle, avait réussi à convaincre Charles X d'acquérir la collection Durand et n'avait de cesse de négocier l'achat de celle de Passalacqua dans l'unique but de les réunir toutes deux dans le cabinet royal des Antiques, dont il se voyait déjà assumer la direction.

     Pendant ce temps, à Turin, suite au transfert de l'administration du musée au ministère de l'Instruction publique, et donc au remplacement du comte de Cholex, favorable à Champollion, l'organisation des salles égyptiennes et le catalogue qui devait en découler avaient échappé au philologue Français. 

     En novembre 1825, déçu, il quitta définitivement la ville, et revint à Grenoble auprès de son épouse et de sa fille. Des bruits y couraient que le souverain avait décidé de le nommer Conservateur des Antiquités égyptiennes au musée du Louvre. Très vite, un redoutable triumvirat s'érigea contre lui : le teigneux Jomard, bien sûr, révolté qu'une telle iniquité lui soit infligée, lui à qui la France et le monde devaient la réalisation de l'incontournable Description de l'Egypte; le comte de Forbin, Directeur général des musées et le comte de Clarac, Conservateur des antiquités au Louvre.

     Le 25 février 1826, toutefois, après avoir appris 5 jours plus tôt que le roi, contre vents et marées, lui allouait une somme de 5 000 francs pour étudier la collection proposée à Livourne par le consul britannique au Caire, Henry Salt, et en donner une estimation définitive quant au prix d'achat éventuel, il reçoit les fonds et les papiers nécessaires pour se rendre de l'autre côté des Alpes, le mois suivant. C'est là qu'il apprendra que le 15 mai, Charles X a signé au château des Tuileries une ordonnance stipulant que la conservation des antiques du musée royal du Louvre formerait deux divisions : une comprenant les monuments grecs, romains et médiévaux; l'autre, les monuments égyptiens, phéniciens, persépolitains et indous existant au musée ou pouvant y être ajoutés. Stipulant aussi que le "sieur de Clarac" dirigerait la première division, et que le "sieur Champollion le Jeune" devenait conservateur des monuments de la seconde division. Stipulant encore que, mêmement rémunérés, tous deux seraient aussi sous les ordres immédiats du comte de Forbin, Directeur général des musées. Et stipulant enfin, qu'il y aurait chaque année un cours public et gratuit d'archéologie et que lui, Champollion, en assurerait la charge.

     Moment de pure joie à Turin ...

     Sur Paris, bien évidemment, de nouveaux nuages s'amoncelaient : c'est ce que je me propose de vous raconter, amis visiteurs, mardi prochain, 20 octobre.

 

 

(Andreu/Rutschowscaya/Ziegler : 1997, 18 ; Hartleben : 1983, 269-396 ; Lacouture : 322-55, 380-401 ; Rosenberg : 2007, passim)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Rééditions
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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 07:20
AUTOMNE ...

          Simplement pour partager avec vous, amis visiteurs, mes lectures du moment ...

 

 

     Plus la saison était triste, plus elle était en rapport avec moi : le temps des frimas, en rendant les communications moins faciles, isole les habitants des campagnes : on se sent mieux à l'abri des hommes.

 

     Un caractère moral s'attache aux scènes de l'automne : ces feuilles qui tombent comme nos ans, ces fleurs qui se fanent comme nos heures, ces nuages qui fuient comme nos illusions, cette lumière qui s'affaiblit comme notre intelligence, ce soleil qui se refroidit comme nos amours, ces fleuves qui se glacent comme notre vie, ont des rapports secrets avec nos destinées.

 

     Je voyais avec un plaisir indicible le retour de la saison des tempêtes, le passage des cygnes et des ramiers, le rassemblement des corneilles dans la prairie de l'étang, et leur perchée à l'entrée de la nuit sur les plus hauts chênes du grand Mail. Lorsque le soir élevait une vapeur bleuâtre au carrefour des forêts, que les complaintes ou les lais du vent gémissaient dans les mousses flétries, j'entrais en pleine possession de ma nature. Rencontrais-je quelque laboureur au bout d'un guéret ? je m'arrêtais pour regarder cet homme germé à l'ombre des épis parmi lesquels il devait être moissonné, et qui retournant la terre de sa tombe avec le soc de la charrue, mêlait ses sueurs brûlantes aux pluies glacées de l'automne : le sillon qu'il creusait était le monument destiné à lui survivre. Que faisait à cela mon élégante démone ? Par sa magie, elle me transportait au bord du Nil, me montrait la pyramide égyptienne noyée dans le sable, comme un jour le sillon armoricain caché sous la bruyère : je m'applaudissais d'avoir placé les fables de ma félicité hors du cercle des réalités humaines.

 

 

 

François-René de CHATEAUBRIAND

Mémoires d'Outre-Tombe 

 

Livre troisième, chapitre 12

Lausanne, Éditions Rencontre, 1968

pp. 142-3

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Rich'Art
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5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 23:05

 

     Il est rare qu'il se produise une grande découverte sans que quelqu'un puisse prétendre, avec plus ou moins de raisons, l'avoir déjà entrevue. La découverte du radium par M. et Mme Curie aurait, dit-on, comme origine lointaine une remarque de M. Becquerel sur les sels d'urane... Il n'y a pas même une liaison de l'espèce entre les tentatives de Young et la découverte de Champollion (...) On ne saurait assez répéter que Young n'a pas réussi, avant Champollion, à lire, non pas deux lignes d'une inscription hiéroglyphique, mais pas un seul membre de phrase. Il n'a fait que deviner, avec un pourcentage de réussite plus élevé qu'on ne le trouve dans les tentatives antérieures.

 

 

 

 

 

Jean CAPART

dans Bulletin de l'Académie royale de Belgique, n° 5

1922

pp. 135-52 

 

 

 

 

 

     C'est dans une certaine ambiance de surexcitation intellectuelle générale - "existe-t-il ou pas une chambre funéraire dans laquelle reposerait une des épouses d'Akhénaton à l'arrière de l'hypogée de Toutânkhamon ? Et dans cette éventualité, serait-ce Nefertiti, Kya ou Meritaton ? -, que j'entamai avec vous la semaine dernière, amis visiteurs, l'évocation du difficile parcours que connut le jeune Jean-François Champollion pour faire admettre le bien-fondé de ses découvertes en matière de déchiffrement des écritures égyptiennes.

 

 

FIGEAC, GRENOBLE, PARIS : SE BATTRE POUR DES IDÉES ...  (Seconde Partie)

 

     Poursuivant les rééditions d'articles de septembre 2008 à Jean-François Champollion consacrés, tout en amendant certains passages, je souhaiterais ce matin aborder la relation de quelques-unes parmi les vilenies dont il fut régulièrement la cible.  


       Même si, dans un tout premier temps, ce Thomas Young que mentionne ci-avant l'égyptologue belge Jean Capart y alla d'une élégante et gratifiante métaphore qu'il rédigea probablement dans l'euphorie d'un instant : " le bruit peut bien courir qu'il a trouvé en Angleterre la clef qui a ouvert la porte et on dit souvent que le premier pas est le plus difficile, mais même s'il a emprunté une clef anglaise, la serrure était si effroyablement rouillée qu'aucun bras ordinaire n'aurait été assez fort pour la faire tourner ", c'est bien à lui que l'on doit les premiers coups bas portés au déchiffreur. Le savant anglais rédigea en effet, sous couvert d'anonymat dans un premier temps, un compte rendu dans lequel il ne mâchait pas ses mots : probablement avaient-ils été trempés dans le venin de l'aspic qui, paraît-il, tua Cléopâtre.


     Très vite, il osa plus : dans un pamphlet publié la même année 1823, lui qui persistait à vouloir lire le nom de la reine Arsinoé quand Champollion avait bien démontré par son système qu'il s'agissait en réalité du terme "autocrator", titre impérial en relation avec celui de César, Thomas Young s'appropria purement et simplement l'intégralité des conclusions auxquelles son "rival" français était arrivé, ne lui laissant - portion congrue de grand seigneur ! - que le "mérite" de les avoir développées.

     Mais il y eut aussi, et ce me semble peut-être encore plus grave, de vicieuses flèches, extrêmement, acérées, malsaines, décochées non pas de cette Grande-Bretagne qui n'était jamais que de l'autre côté du "Channel", mais de France.

 

     Ainsi Jomard.

 

FIGEAC, GRENOBLE, PARIS : SE BATTRE POUR DES IDÉES ...  (Seconde Partie)

 

     Edme-François Jomard (1777-1862), celui-là même qui avait remarquablement mené à bien l'édition de la monumentale Description de l'Egypte, le Jomard membre prestigieux de la non moins prestigieuse Académie des Inscriptions et Belles-Lettres marqua son mépris devant les résultats obtenus par son compatriote car, à ses yeux, seuls pouvaient prétendre à la connaissance ceux de ces savants dont Bonaparte s'était adjoint la présence lors de sa Campagne d'Égypte ! 

Non content de proférer de telles assertions, du plus haut ridicule, convenons-en, Jomard poussa l'ignominie jusqu'à persifler à propos des convictions politiques de Champollion. 

 

     Fort heureusement, et grâce à l'entregent d'un de ses protecteurs, le gentilhomme provençal Pierre-Louis Casimir de Blacas d'Aulps, que l'Histoire a retenu sous le nom de duc de Blacas, personnellement lié au roi Louis XVIII, le déchiffreur figeacois, notoirement républicain, bénéficia de l'élégante correction du souverain qui ne voulut point tenir compte de propos aussi mesquins, aussi abjects.


     Dans tous les milieux, toutefois, d'autres contempteurs veillaient, l'arme affûtée. Ainsi y eut-il les catholiques - les "éteignoirs" comme Champollion ne se privait pas de les nommer - avec, notamment Monseigneur de Frayssinous et un prélat, Raoul-Rochette, tout inquiets qu'ils étaient de ce que l'égyptologie naissante allait, si on l'accréditait, considérablement faire reculer la chronologie chrétienne admise par tous : il y aurait donc eu des hommes avant la naissance du Christ ? Balivernes, évidemment !

     Il fut dès lors patent que les assertions du petit provincial péchaient par manque de valeur scientifique !!! 

     Ainsi y eut-il aussi d'anciens condisciples aigris, qu'il avait côtoyés pendant ses études au Collège de France, en 1808-1809 : Saint-Martin, Letronne, Quatremère, devenus hellénisants pour la plupart, qui refusaient catégoriquement à l'Egypte de détrôner en un tournemain la jusqu'alors prépondérante suprématie de l'art grec.    

      En janvier 1830 encore, deux ans avant sa mort, Jean-François Champollion écrit à Ippolito Rosellini, égyptologue italien qui l'avait accompagné en terres pharaoniques lors de l'expédition franco-toscane :

     J'ai parcouru ici une partie des pamphlets dont la clique a bien voulu me régaler pendant mon absence; cela est dégoûtant et vous sentez qu'on ne répond à cela que par le mépris et en continuant son chemin sans faire cas de tous ces moustiques. Ma Grammaire paraîtra à la fin de cette année : c'est la préface indispensable de notre voyage. Elle ne convertira pas, au reste, ceux qui combattent mon système et déprécient mes travaux, parce que ces messieurs ne veulent point être convertis et sont tous de la mauvaise foi la plus inique. Mais tout cela est dans l'ordre. Je les connais, j'y crache dessus et je passe.  



     Toutefois, amis visiteurs, il me plaît d'ajouter que, lueur dans ce ciel français peuplé d'innombrables sycophantes qui s'ingéniaient à fondre sur lui tel un nuage de sauterelles sur les récoltes des rives du Nil, le 21 avril 1823, c'est avec une joie difficilement contenue qu'il s'était entendu dire, lors du discours d'ouverture de la première séance publique annuelle de la Société asiatique, à Paris, par le président d'honneur qui n'était autre que le duc Louis-Philippe d'Orléans en personne :

     La brillante découverte de l'alphabet hiéroglyphique est honorable non seulement pour le savant qui l'a faite, mais pour la Nation. Elle doit s'enorgueillir qu'un Français ait commencé à pénétrer les mystères que les Anciens ne dévoilaient qu'à quelques adeptes bien éprouvés et à déchiffrer ces emblèmes dont tous les peuples modernes désespéraient de découvrir la signification.

     A la fin de cette mémorable séance, le nouveau ministre de la Guerre, le maréchal Suchet, s'avançant vers le savant lui lança, narquois et insidieusement accusateur : Les temps ont bien changé, mais j'espère que vous vous êtes réconcilié avec le nouvel état des choses.

     En un éclair, comprenant parfaitement la perfide allusion à ses choix politiques, Champollion dut entrevoir tout ce qu'ils étaient redevables, sa science et lui, à Napoléon. Mais dans un premier temps, la fuscine fut maniée par le vicomte François-René de Chateaubriand, un des deux vice-présidents de cette Société asiatique qui, s'adressant à Suchet, le perça d'un magistral : Celui qui voit le soleil se lever devant lui ne peut guère pleurer la nuit qui disparaît !

     Et le Figeacois d'enchaîner : Pourtant, Excellence, en ma qualité de vieil Egyptien, j'ai toujours la moitié de mon moi dans le passé  (...) Je veux dire que mon coeur, tant qu'il battra dans ma poitrine, à côté du soleil que je salue avec gratitude, verra toujours briller les étoiles de la nuit qui m'ont éclairé, chacune avec sa lumière bien à elle.


     Manifestement, de semblables hommages auraient dû quelque peu le dédommager de tant d'attaques, de tant de calomnies passées. Mais jusqu'à son décès en mars 1832 - et nous savons même, maintenant, que plusieurs de ses détracteurs ne déposèrent véritablement les armes que tout récemment -, Champollion eut à essuyer nombre de déconvenues, de coups fourrés, de refus de reconnaissance du travail qu'il avait acccompli.

     Des Anglais, bien sûr, Young en tête, je l'ai tout à l'heure mentionné. Quoi qu'il en soit, très vite, il faut le reconnaître, en septembre 1823 pour être précis, ce dernier annonce publiquement qu'il abandonne et ses invectives et ses recherches, estimant que Champollion en fait tant que désormais rien d'important ne peut plus lui échapper. Je considère donc mes études égyptiennes  comme terminées, conclut-il. 


     Malheureusement pour le philologue français, d'autres sujets de la perfide Albion dont Young s'était bien malgré lui fait le fourrier, ne baisseront pas la garde : savez-vous par exemple, amis visiteurs, qu'il y a encore un quart de siècle, j'ai lu, sur certains panneaux explicatifs du British Museum, que Thomas Young était toujours considéré comme le premier déchiffreur des hiéroglyphes ? 

     Pourtant, le grand John Gardner Wilkinson, unanimement considéré comme le père de l'égyptologie britannique avait écrit, au lendemain du décès du Figeacois, déjà :

     Personne ne peut apprécier mieux que moi l'inestimable talent de ce savant. Personne aussi ne saurait mesurer l'étendue de cette perte mieux que celui qui a été occupé si longtemps des mêmes études. Voici la fin des lumières que son savoir a pu jeter sur les hiéroglyphes. La torche est tombée à terre et personne n'est capable de la ramasser. Je crains beaucoup que sa mort ne soit le résultat des attaques peu généreuses qu'ont faites tant de personnes dernièrement en Italie, en Angleterre, en Allemagne et même en France, contre son système et sa réputation, mais j'espère que le monde sera assez juste pour lui accorder ce qui lui appartient. En effet, on ne saurait nier que l'étude des antiquités et de la langue égyptiennes ne doit ce qu'elle est qu'aux travaux de M. Champollion. 


     Justice lui est toutefois complètement rendue maintenant qu'une jeune génération d'égyptologues anglais a remis les pendules à l'heure. Big Ben sonne enfin correctement : Jean-François Champollion le Jeune est reconnu, de part et d'autre de la Manche, comme étant bien le "Père du Déchiffrement des Hiéroglyphes", comme étant bien celui qui rendit définitivement à l'Egypte la place qu'elle méritait dans les annales des civilisations antiques.

         En opposition à toute cette ambiance délétère qui dura tant et tant, il y eut fort heureusement chez les savants du monde entier, les vrais savants, une sincère et infrangible reconnaissance de ses mérites, de sa pugnacité, de son génie en fait ; une reconnaissance de sa prodigieuse découverte du déchiffrement de ces énigmatiques hiéroglyphes qui semblaient être un sceau mis sur les lèvres du désert, selon la belle formule de Chateaubriand dans l'hommage qu'il rend à Champollion dans l'ultime chapitre du livre quarante-quatrième qui clôt ses Mémoires d'Outre-Tombe (Lausanne, Éditions Rencontre, p. 629 de mon exemplaire de 1968) ; découverte qui allait ouvrir à l'Humanité tout entière, après quelque quinze siècles d'obscurité, la voie vers la lumière, la voie vers une incontestablement meilleure compréhension de l'histoire de cette civilisation qui, pendant trois millénaires, avait vécu et s'était grandiosement développée le long des rives du Nil et au-delà ...
 

 

 

Un homme est disparu, 

Son corps n'est plus que poussière,

(Et) tous ses proches des "partis-en-terre". 

Ce sont les écrits qui font qu'il est mentionné

Dans la bouche de celui qui profère un propos. 

 

 


Enseignement du Papyrus Chester Beatty IV

British Museum ESA 10684 

verso, colonne 2 

 

Traduit par Pascal VERNUS

dans Sagesses de l'Égypte pharaonique

 

Paris, Imprimerie nationale Éditions, 2001

p. 273.

 

 

 

(Andrews : 1993; Champollion : 1986, 476; et 1989; Goyon : 1989, 63-79; Hartleben : 1983, 193-268; Lacouture : 1988, 306-21; Vaillant : 1994, 71-5)


     Edme-François Jomard (1777-1862), celui-là même qui avait remarquablement mené à bien l'édition de la monumentale Description de l'Egypte, le Jomard membre prestigieux de la non moins prestigieuse Académie des Inscriptions et Belles-Lettres marqua non seulement son mépris devant les résultats obtenus par Champollion, car à ses yeux, seuls pouvaient prétendre à la connaissance ceux qui avaient fait partie de l'expédition de Bonaparte, mais poussa même l'ignominie jusqu'à la dénonciation politique. Fort heureusement, et grâce à l'entremise d'un de ses protecteurs, le gentilhomme provençal Pierre-Louis Casimir de Blacas d'Aulps, que l'Histoire retiendra sous le nom de duc de Blacas, personnellement lié à Louis XVIIIl, le déchiffreur bénéficia de l'élégante correction du souverain de ne point accréditer d'aussi éhontés mensonges.


     Mais dans tous les milieux, les contempteurs veillaient, l'arme affutée. Ainsi y eut-il les catholiques - les "éteignoirs" comme il aimait à les nommer - avec, notamment Monseigneur de Frayssinous et un prélat, Raoul-Rochette, tout inquiets qu'ils étaient de ce que l'égyptologie naissante allait considérablement faire reculer la chronologie chrétienne admise par tous : il y aurait donc eu des hommes avant la naissance du Christ ? Balivernes ! Il fut dès lors patent que les assertions du petit provincial péchaient par manque de valeur scientifique. 

     Ainsi y eut-il aussi d'anciens condisciples aigris, qu'il avait côtoyés pendant ses études au Collège de France, en 1808 - 1809 : Saint-Martin, Letronne, Quatremère ..., hellénisants pour la plupart qui refusaient catégoriquement à l'Egypte de détrôner en un tournemain la jusqu'alors prépondérante suprématie grecque.    

      En janvier 1830 encore, un peu moins de trois ans avant sa mort, Champollion  écrit à Ippolito Rosellini (1800-1843) qui l'avait accompagné en Egypte, lors de l'expédition franco-toscane les deux années précédentes :

     J'ai parcouru ici une partie des pamphlets dont la clique a bien voulu me régaler pendant mon absence; cela est dégoûtant et vous sentez qu'on ne répond à cela que par le mépris et en continuant son chemin sans faire cas de tous ces moustiques. Ma Grammaire paraîtra à la fin de cette année : c'est la préface indispensable de notre voyage. Elle ne convertira pas, au reste, ceux qui combattent mon système et déprécient mes travaux, parce que ces messieurs ne veulent point être convertis et sont tous de la mauvaise foi la plus inique. Mais tout cela est dans l'ordre. Je les connais, j'y crache dessus et je passe.  

     Toutefois, il me plaît aussi d'ajouter que, lueur dans ce ciel français peuplé d'innombrables sycophantes qui avaient pris l'habitude de fondre sur lui tel un nuage de sauterelles sur les récoltes des rives du Nil, le 21 avril 1823, c'est avec une joie difficilement contenue qu'il s'était entendu dire, lors du discours d'ouverture de la première séance publique annuelle de la Société asiatique, à Paris, par le président d'honneur qui n'était autre que le duc Louis-Philippe d'Orléans en personne :

     La brillante découverte de l'alphabet hiéroglyphique est honorable non seulement pour le savant qui l'a faite, mais pour la Nation. Elle doit s'enorgueillir qu'un Français ait commencé à pénétrer les mystères que les Anciens ne dévoilaient qu'à quelques adeptes bien éprouvés et à déchiffrer ces emblèmes dont tous les peuples modernes désespéraient de découvrir la signification.

     A la fin de cette mémorable séance, le nouveau ministre de la Guerre, le maréchal Suchet, s'avançant vers Champollion lui lança, narquois et quelque peu accusateur : Les temps ont bien changé, mais j'espère que vous vous êtes réconcilié avec le nouvel état des choses.

     En un éclair, comprenant parfaitement la perfide allusion, Champollion dut entrevoir tout ce qu'ils étaient redevables, sa science et lui, à Napoléon. Mais dans un premier temps, la fuscine fut maniée par le vicomte de Chateaubriand, ancien Ambassdeur à Londres, qui, s'adressant à Suchet, le perça d'un magistral : Celui qui voit le soleil se lever devant lui ne peut guère pleurer la nuit qui disparaît !

     Et le Figeacois d'enchaîner : Pourtant, Excellence, en ma qualité de vieil Egyptien, j'ai toujours la moitié de mon moi dans le passé  (...) Je veux dire que mon coeur, tant qu'il battra dans ma poitrine, à côté du soleil que je salue avec gratitude, verra toujours briller les étoiles de la nuit qui m'ont éclairé, chacune avec sa lumière bien à elle.


     Manifestement, de semblables hommages auraient dû quelque peu le dédommager de tant d'attaques, de tant de calomnies passées. Mais jusqu'à son décès fin 1832 - et nous savons même, maintenant, que plusieurs de ses détracteurs ne déposèrent véritablement les armes que tout récemment -, Champollion eut à essuyer nombre de déconvenues, de refus de reconnaissance.

     Des Anglais, bien sûr, Young en tête, j'ai déjà eu l'occasion de le mentionner. Mais très vite, il faut bien le reconnaître, en septembre 1823 pour être précis, ce dernier annonce publiquement qu'il abandonne et ses invectives et ses recherches, estimant queChampollion en fait tant que désormais rien d'important ne peut plus lui échapper. Je considère donc mes études égyptiennes  comme terminées, conclut-il. 

     Malheureusement pour le philologue français, d'autres sujets de la perfide Albion dont Thomas Young s'était, bien malgré lui, fait le fourrier, ne baisseront pas la garde : savez-vous par exemple, ami lecteur, qu'il y a encore une vingtaine d'années, j'ai lu, sur certains panneaux explicatifs du British Museum, que Young était toujours considéré comme le premier déchiffreur ? 

     Et pourtant, le grand John Gardner Wilkinson, unanimement considéré comme le père de l'égyptologie britannique avait écrit, au lendemain du décès de Champollion, déjà :

     Personne ne peut apprécier mieux que moi l'inestimable talent de ce savant. Personne aussi ne saurait mesurer l'étendue de cette perte mieux que celui qui a été occupé si longtemps des mêmes études. Voici la fin des lumières que son savoir a pu jeter sur les hiéroglyphes. La torche est tombée à terre et personne n'est capable de la ramasser. Je crains beaucoup que sa mort ne soit le résultat des attaques peu généreuses qu'ont faites tant de personnes dernièrement en Italie, en Angleterre, en Allemagne et même en France, contre son système et sa réputation, mais j'espère que le monde sera assez juste pour lui accorder ce qui lui appartient. En effet, on ne saurait nier que l'étude des antiquités et de la langue égyptiennes ne doit ce qu'elle est qu'aux travaux de M. Champollion. 

     Justice lui est toutefois complètement rendue maintenant qu'une jeune génération d'égyptologues anglais a remis les pendules à l'heure. Big Ben sonne enfin correctement : Jean-François Champollion le Jeune est reconnu, de part et d'autre de la Manche, comme étant bien le "Père du Déchiffrement des Hiéroglyphes", comme étant bien celui qui rendit définitivement à l'Egypte la place qu'elle méritait dans les annales des civilisations antiques.

         En opposition à toute cette ambiance délétère, il y eut fort heureusement chez les savants du monde entier, les vrais savants, une sincère et infrangible reconnaissance de ses mérites, de sa pugnacité, de son génie en fait; une reconnaissance de sa prodigieuse découverte du déchiffrement de ces énigmatiques hiéroglyphes qui semblaient être un sceau mis sur les lèvres du désert, selon la formule de Chateaubriand à l'extrême fin de ses Mémoires d'Outre-Tombe; découverte qui allait ouvrir à l'Humanité tout entière, après quelque quinze siècles d'obscurité, la voie vers la lumière, la voie vers une incontestablement meilleure compréhension de la civilisation qui, pendant trois millénaires, avait vécu et s'était grandiosement développée sur les rives du Nil.


     Un homme disparaît, son cadavre est dans le sol.
     Tous ses contemporains ont quitté la terre.
     Mais l'écrit placera son souvenir dans la bouche 
     De celui qui le transmettra à une autre bouche. 


(Texte du Nouvel Empire relevé sur le Papyrus Chester Beatty IV)

 

(Andrews : 1993; Champollion : 1986, 476; et 1989; Goyon : 1989, 63-79; Hartleben : 1983, 193-268; Lacouture : 1988, 308-21; Vaillant : 1994, 71-5)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Rééditions
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2 octobre 2015 5 02 /10 /octobre /2015 07:45

 

     L'une de ces trois épouses d'Aménophis IV-Akhenaton reposerait-elle à l'arrière de l'hypogée de Toutânkhamon ?

 

 

Lisons la presse belge

1/10/15 - 18h23  Source: AFP© afp.

 

 

L'Égypte s'attend à faire bientôt "la découverte du XXIe siècle" dans le tombeau du pharaon Toutankhamon en espérant y découvrir une chambre secrète où reposerait la momie de la légendaire reine Néfertiti, d'une autre épouse d'Akhenaton ou de sa fille.

 

"Le tombeau de Toutankhamon au siècle dernier fut la plus grande découverte culturelle en Égypte dans l'histoire de l'Humanité. Si l'on y trouve aujourd'hui autre chose, ce sera la plus importante découverte du XXIe siècle", s'est enthousiasmé jeudi le ministre égyptien des Antiquités Mamdouh al-Damati, lors d'une conférence de presse au Caire. 

Accompagné de l'égyptologue britannique Nicholas Reeves, venu au Caire défendre son audacieuse hypothèse sur la tombe cachée de Néfertiti, M. Damati penche plutôt pour la découverte de la momie de Kiya, une épouse secondaire du pharaon Akhenaton, ou celle de sa fille, Mérytaton. 

Les deux hommes s'accordent néanmoins sur un point: dans un mois espèrent-ils, des radars sophistiqués vont sans doute révéler l'existence d'une autre chambre funéraire, au coeur du tombeau de Toutankhamon, dont la mise au jour le 4 novembre 1922 avait été la "découverte du XXe siècle". 

Ce jour-là, dans la Vallée des Rois près de Louxor, l'archéologue britannique Howard Carter avait trouvé la tombe de ce jeune pharaon, fils d'Akhenaton. Méconnu car n'ayant régné que neuf ans, il allait devenir le plus célèbre pharaon d'Egypte antique. 

Contrairement aux tombeaux d'autres pharaons qui ont tous été pillés au fil des millénaires, son mausolée recelait plus de 5.000 objets intacts, vieux de 3.300 ans, dont bon nombre en or massif: le plus fabuleux trésor jamais découvert en Égypte. 

À ce jour, les égyptologues n'ont jamais retrouvé la momie de Néfertiti, reine à la beauté légendaire qui exerça un rôle politique et religieux fondamental au XIVe siècle avant Jésus-Christ, au côté de son époux Akhenaton, qui convertit temporairement l'Égypte antique au monothéisme en imposant le culte exclusif du Dieu du soleil, Aton.

Portes dissimulées 
De retour de trois jours d'exploration dans la Vallée des Rois, M. Reeves a exposé au Caire son audacieuse théorie qui fait fureur sur les réseaux sociaux et tient en haleine les amateurs d'égyptologie: des lignes sur les murs couverts de fresques de la chambre funéraire de Toutankhamon, visibles seulement grâce à des scanners, démontrent qu'il existe deux portes dissimulées. 

Selon le professeur d'archéologie à l'université américaine de l'Arizona, l'une de ses portes pourrait dissimuler la sépulture de la propriétaire originelle de cet hypogée (tombe souterraine en archéologie): Néfertiti.

Lors d'une visite de la tombe lundi, M. Damati avait lui-même noté qu'un enduit appliqué sur une partie du mur nord de la chambre funéraire était similaire à celui du mur qui dissimulait l'entrée de cette pièce en 1922. Et d'après M. Reeves, les fresques de ce mur nord, montrant Toutankhamon et son successeur Ay, seraient en fait des représentations de la reine Néfertiti et de Toutankhamon enfant. Il relève notamment que le "double menton" qu'arbore celui qu'on présente comme le pharaon Ay est en fait la caractéristique traditionnellement utilisée pour représenter l'enfant roi. 

Jeudi, M. Damati a annoncé qu'un comité d'experts devait encore donner son accord pour des fouilles plus poussées, mais a dit espérer obtenir les autorisations nécessaires pour effectuer en novembre des analyses à l'aide de radars sophistiqués pour sonder les murs. "Si l'on utilise le radar et la thermographie (technologie utilisée pour sonder les murs) on devrait savoir en quelques jours s'il y a un espace creux derrière les murs", a estimé jeudi M. Reeves. 

M. Damati expliquait lundi à l'AFP qu'il était "sûr à 70% de trouver quelque chose". Mais il penche plutôt pour Kiya, une autre épouse d'Akhenaton, la fille du pharaon ou un membre de la famille royale. Et de conclure: "si l'on découvre une autre aile complétant la tombe ou une tombe antérieure, ce sera déjà une découverte majeure".

 

 

PETITE RECTIFICATION PERSONNELLE

 

    Comme je l'ai déjà précisé dans l'un ou l'autre de mes anciens articles, j'aimerais, à propos d'une idée souvent admise qui, certes, traduit une facilité d'expression mais qui, d'un point de vue purement technique, relève d'une méconnaissance des pratiques picturales, attirer votre atention sur un terme de nos jours couramment employé pour définir indiféremment n'importe quel type de peinture murale : il s'agit de "fresque" qui actuellement, force m'est de le reconnaître, est généralement utilisé - même chez les égyptologues -, sans considération aucune quant au procédé mis en oeuvre.  

 

     Pourtant, d'un point de vue étymologique, le terme,  provenant de la langue italienne "a fresco", signifie "dans le frais". De sorte que peindre à fresque consiste à apposer les couleurs avant que l'enduit ait eu le temps de sécher, et cela de manière à leur permettre de faire corps avec lui.

 

     Pour ce qui concerne les oeuvres pariétales égyptiennes en général, les artistes ont travaillé sur un substrat, parfois de plusieurs couches, et ont lié entre eux les pigments avec un fixatif, vraisemblablement de la gomme arabique.

 

     Cette technique qui diffère donc complètement de celle de la fresque proprement dite - qui ne sera inventée que bien plus tard - devrait plus correctement être nommée peinture à la détrempe.

 

 

 

 

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Publié par Richard LEJEUNE
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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 23:05
FIGEAC, GRENOBLE, PARIS : SE BATTRE POUR DES IDÉES ...  (Première Partie)

Jean-François CHAMPOLLION

Portrait posthume de Léon COGNIET

(1834)

 

 

 

     Dans un premier article consacré au tout nouveau Musée Champollion, les Ecritures du Monde paru le 2 septembre 2008 et ici republié le 14 septembre dernier, j'avais déjà eu l'opportunité d'indiquer, amis visiteurs, combien le rôle joué par Jacques-Joseph Champollion-Figeac, le frère aîné, avait été moralement, intellectuellement et matériellement plus que bénéfique dans la vie du cadet, Jean-François.
     
     Dans l'article que vous avez lu la semaine dernière, j'avais consenti une attention soutenue à la Pierre de Rosette, rappelant que toute capitale qu'elle fut, elle constitua une partie seulement d'un vaste et éclectique ensemble dans lequel le jeune prodige figeacois puisa ce qui allait être une incontournable certitude scientifique.

     Et pour aujourd'hui et mardi prochain compléter ce parcours, je vous propose d'évoquer le combat mené par Jean-François Champollion le Jeune pour la juste légitimation de sa découverte, toutes les vicissitudes qui accompagnèrent, ici et là, ce déchiffrement et entachèrent la joie qui eût dû en découler dans son chef.

 

 

***
 

 

 

Monsieur,

     Je dois aux bontés dont vous m'honorez l'indulgent intérêt que l'Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres a bien voulu accorder à mes travaux sur les écritures égyptiennes, en me permettant de lui soumettre mes deux mémoires sur l'écriture hiératique ou sacerdotale, et sur l'écriture démotique ou populaire ; j'oserai enfin, après cette épreuve si flatteuse pour moi, espérer d'avoir réussi à démontrer que ces deux espèces d'écriture sont, l'une et l'autre, non pas alphabétiques, ainsi qu'on l'avait pensé si généralement, mais idéographiques, comme les hiéroglyphes mêmes, c'est-à-dire peignant les idées et non les sons d'une langue ; et croire être parvenu, après dix années de recherches assidues, à réunir des données presque complètes sur la théorie générale de ces deux espèces d'écriture, sur l'origine, la nature, la forme et le nombre de leurs signes, les règles de leurs combinaisons, au moyen de ceux de ces signes qui remplissent des fonctions purement logiques ou grammaticales, et avoir ainsi jeté les premiers fondements de ce qu'on pourrait appeler la gr
ammaire et le dictionnaire de ces deux écritures employées dans le grand nombre de monuments dont l'interprétation répandra tant de lumière sur l'histoire générale de l'Egypte.

     A l'égard de l'écriture démotique en particulier, il a suffi de la précieuse inscription de Rosette pour en reconnaître l'ensemble ; la critique est redevable d'abord aux lumières de votre illustre confrère, M. Silvestre de Sacy, et successivement à celles de feu Åkerblad et de M. le docteur Young, des premières notions exactes qu'on a tirées de ce monument, et c'est de cette même inscription que j'ai déduit la série des signes démotiques qui, prenant une valeur syllabico-alphabétique, exprimaient dans les textes idéographiques les noms propres des personnages étrangers à l'Egypte. C'est ainsi encore que le nom des Ptolémées a été retrouvé et sur cette même inscription et sur un manuscrit en papyrus.


     Il ne me reste donc plus, pour compléter mon travail sur les trois espèces d'écritures égyptiennes, qu'à produire mon mémoire sur les hiéroglyphes purs. J'ose espérer que mes nouveaux efforts obtiendront aussi un accueil favorable de votre célèbre compagnie, dont la bienveillance a été pour moi un si précieux encouragement.



     C'est par ces mots que, le vendredi 27 septembre 1822, à la séance de l'Académie à laquelle assistait le monde scientifique et littéraire de l'époque, français bien sûr, mais ausssi anglais avec notamment Thomas Young, et allemand, avec les frères Humboldt, Jean-François Champollion entama la lecture d'un résumé de huit pages de ce qui devait, fin octobre, constituer la publication d'une plaquette de quarante-quatre pages : la célébrissime Lettre à M. Dacier, Secrétaire perpétuel de l'Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres, relative à l'alphabet des hiéroglyphes phonétiques employés par les Egyptiens pour inscrire sur leurs monuments les titres, les noms et les surnoms des souverains grecs et romains ; document qui consacrait sa propre découverte, en réalité rédigé par son frère aîné cinq jours plus tôt ; document qui aux yeux des historiens du monde entier constitue, non pas comme certains l'ont affirmé un aboutissement, mais bien le véritable acte de naissance du déchiffrement des hiéroglyphes égyptiens,  soit un point de départ à bien d'autres recherches, à bien d'autres conclusions avancées dans au moins deux autres publications, dont, quinze mois plus tard, son Précis du système hiéroglyphique des anciens Egyptiens  ou  recherches sur les éléments premiers de cette écriture sacrée, sur leurs diverses combinaisons, et sur les rapports de ce système avec les autres méthodes graphiques égyptiennes ; et dont la présente adresse aux Académiciens n'est en définitive qu'avant-courrière.


    
     Champollion a presque 32 ans. Mais le cheminement fut long et souvent sujet à malsaines jalousies avant d'arriver à cette apothéose ; et encore, sera-t-il par la suite à nouveau la cible d'autres polémiques, pas toujours des plus rigoureusement scientifiques ...

     Jouer dans la cour des grands, il l'apprendra à ses dépens, n'est certes pas sinécure. Le parcours d'un génie aussi précoce, aussi incontestablement prometteur et porteur d'avenir ne pouvait manquer de susciter mécontentements, envies, déceptions ; haine aussi. 

     De l'arène dans laquelle il s'aventura, trois noms de savants sont à épingler qui, comme lui, s'étaient penchés ou planchaient toujours sur l'écriture hiéroglyphique égyptienne - depuis l'apparition de la fameuse Pierre de Rosette, surtout -, afin d'en percer les arcanes avec, évidemment, moins de réflexion, moins d'intuition, ou de chance que le jeune et boulimique déchiffreur.

 

 

     L'orientaliste français Antoine-Isaac Silvestre de Sacy, tout d'abord (1758-1838),

FIGEAC, GRENOBLE, PARIS : SE BATTRE POUR DES IDÉES ...  (Première Partie)
 

ainsi que le diplomate et archéologue suédois Johann-David Åkerblad (prononçons "Okerblad"), (1763-1819), tous deux, de leur côté, depuis 1802 s'entêtant à considérer que l'écriture égyptienne n'était qu'alphabétique ; et donc, tous deux incapables de mener plus avant leurs recherches.


     Le médecin, physicien et érudit anglais Thomas Young (1773-1829), ensuite, 

FIGEAC, GRENOBLE, PARIS : SE BATTRE POUR DES IDÉES ...  (Première Partie)

parfait esprit encyclopédique, tout aussi parfait connaisseur des langues orientales, et féru d'égyptologie.

     Dès 1818-19, il suppute l'existence de hiéroglyphes phonétiques, ainsi que la parenté des trois écritures égyptiennes. Malheureusement pour lui, il n'a aucune connaissance du copte alors que l'on savait, depuis Athanase Kircher au XVIIèmesiècle, qu'il était une survivance de la langue populaire des anciens Egyptiens. 

      En 1815, déjà, le 20 juillet, de Sacy, éminemment perfide, volontairement insidieux, écrit à Young :

     ... Si j'ai un conseil à vous donner, c'est de ne pas trop communiquer vos découvertes à M. Champollion. Il se pourrait faire qu'il prétendît ensuite à la priorité. Il cherche en plusieurs endroits de son ouvrage à faire croire qu'il a découvert beaucoup de mots de l'inscription égyptienne de Rosette. J'ai bien peur que ce ne soit là que du charlatanisme. J'ajoute même que j'ai de fortes raisons de le penser.



     Fort heureusement, de Sacy revint par la suite sur ses propos, ainsi qu'à de bien meilleurs sentiments vis-à-vis de Champollion. Mais pour l'heure, le mal était fait. La philippique, en outre, était doublée, le même mois, d'un petit compte rendu publié dans le Magasin encyclopédique, l'un des plus importants organes du mouvement littéraire et scientifique du Directoire, du Consulat et de l'Empire, à propos de L'Egypte sous les pharaons, de Jean-François Champollion, dans lequel le savant affirmait de manière péremptoire et inélégante que cet ouvrage aurait bien de la peine à prendre rang parmi les travaux intéressants sur l'Egypte

     Dans une lettre à son frère, concernant cette critique, Jean-François écrit le 21 juillet :

     Le rapport du jésuite est tel que je l'attendais : du venin sous du sucre; ne pouvant attaquer le fond, il se rejette sur la forme. C'est une chenille, qui, ne pouvant mordre et déchirer une plante, se contente de la couvrir de sa bave. Je ne suis point surpris de ce qui arrive. 

     Blessé, le frère aîné, bibliothécaire de la ville de Grenoble où il s'était installé très jeune, professeur de littérature grecque, secrétaire puis doyen de la Faculté des Lettres, rédigea lui aussi pour le même Magasin encyclopédique une réfutation aux allusions malveillantes du vieil orientaliste.

Ambiance ...

     Pour Jean-François Champollion, les échecs patents de de Sacy, d'Åkerblad et de Young étaient essentiellement dus à leur méconnaissance de la langue copte, mais aussi à leur manque de méthode : là où le Figeacois devenu Grenoblois à l'adolescence, puis Parisien pour parfaire ses études de langues orientales accumulait moulages, estampages et scrupuleuses copies manuscrites de ce qu'il estimait lui être utile dans ses recherches en tant que supports d'hiéroglyphes, ses prédécesseurs aînés dans la même tentative de déchiffrement se contentaient de la seule copie de la Pierre de Rosette, qu'ils considéraient comme le tout de l'écriture égyptienne.

     Aucun parmi ces savants n'avait pris conscience que les trois formes de l'écriture égyptienne antique, à savoir les hiéroglyphes, le hiératique et le démotique (tels que je les ai définis dans mon article de mardi dernier), appartenaient à un seul et unique système d'écriture ; et que ce système était composé à 90 % d'éléments phonétiques.

     Et c'est donc au dernier étage de la maison qu'il occupait avec son frère, au 28 de la rue Mazarine à Paris, dans ce qui fut, quelques années plus tôt, l'atelier du peintre Horace Vernet, que le 14 septembre 1822, Champollion eut l'illumination et la certitude suprêmes grâce à des reproductions de bas-reliefs provenant de temples égyptiens, celui d'Abou Simbel notamment, réalisées par l'architecte Jean-Nicolas Huyot, celui-là même qui participa et acheva la construction de l'Arc de Triomphe.

     Sur une première feuille, Champollion reconnaît les signes et lit le nom de Ramsès ; sur une seconde, celui de Thoutmes, le Thoutmosis des Grecs. Sa conviction est par là même confirmée : c'est bien en face d'un triple système d'écriture remontant à la plus haute antiquité qu'il se trouve. Il est de ce fait absolument, et à juste titre, convaincu que les hiéroglyphes expriment parfois les idées, parfois les sons de la langue égyptienne.

     Il n'eut de cesse d'immédiatement prévenir son frère : il tenait l'affaire ! A la fin du mois, la célèbre Lettre à M. Dacier concluait, pour un temps relativement court, ces longues années de recherches. 

     La publication et la lecture d'une partie de ce mémoire devant l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres débouchèrent chez lui sur une immense déception morale : l'envie et la petitesse d'esprit qu'il avait déjà rencontrées tout au long de son parcours -, sa jeunesse bien sûr accroissant d'autant la hargne de ces doctes savants -, se muèrent très vite en haine, en inexcusables bassesses, en insupportables vilenies.

 

    C'est de quelques-unes d'entre elles que je me propose de vous entretenir, amis visiteurs, le mardi 6 octobre prochain.

 

 



(Andrews : 1993 ; Champollion : 1986, 476 ; ID. : 1989 ; Goyon : 1989, 63-79 ; Hartleben : 1983, 193-268 ; Lacouture : 1988, 308-21 ; Vaillant : 1994, 71-5)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ainsi que le diplomate et archéologue suédois Johann-David Åkerblad (prononçons "Okerblad"), (1763-1819), tous deux, de leur côté, depuis 1802 s'entêtant à considérer que l'écriture égyptienne n'était qu'alphabétique ; et donc, tous deux incapables de mener plus avant leurs recherches.

       
     Le médecin, physicien et érudit anglais Thomas Young (1773-1829), ensuite, 




       
     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

parfait esprit encyclopédique, tout aussi parfait connaisseur des langues orientales, et féru d'égyptologie.

     Dès 1818-19, il suppute l'existence de hiéroglyphes phonétiques, ainsi que la parenté des trois écritures égyptiennes. Malheureusement pour lui, il n'a aucune connaissance du copte alors que l'on savait, depuis Athanase Kircher au XVIIèmesiècle, qu'il était une survivance de la langue populaire des anciens Egyptiens. 

      En 1815, déjà, le 20 juillet, de Sacy, éminemment perfide, volontairement insidieux, écrit à Young :

     ... Si j'ai un conseil à vous donner, c'est de ne pas trop communiquer vos découvertes à M. Champollion. Il se pourrait faire qu'il prétendît ensuite à la priorité. Il cherche en plusieurs endroits de son ouvrage à faire croire qu'il a découvert beaucoup de mots de l'inscription égyptienne de Rosette. J'ai bien peur que ce ne soit là que du charlatanisme. J'ajoute même que j'ai de fortes raisons de le penser.



     Fort heureusement, de Sacy revint par la suite sur ses propos, ainsi qu'à de bien meilleurs sentiments vis-à-vis de Champollion. Mais pour l'heure, le mal était fait. La philippique, en outre, était doublée, le même mois, d'un petit compte rendu publié dans le Magasin encyclopédique, l'un des plus importants organes du mouvement littéraire et scientifique du Directoire, du Consulat et de l'Empire, à propos de L'Egypte sous les pharaons, de Jean-François Champollion, dans lequel le savant affirmait de manière péremptoire et inélégante que cet ouvrage aurait bien de la peine à prendre rang parmi les travaux intéressants sur l'Egypte

     Dans une lettre à son frère, concernant cette critique, Jean-François écrit le 21 juillet :

     Le rapport du jésuite est tel que je l'attendais : du venin sous du sucre; ne pouvant attaquer le fond, il se rejette sur la forme. C'est une chenille, qui, ne pouvant mordre et déchirer une plante, se contente de la couvrir de sa bave. Je ne suis point surpris de ce qui arrive. 

     Blessé, le frère aîné, bibliothécaire de la ville de Grenoble où il s'était installé très jeune, professeur de littérature grecque, secrétaire puis doyen de la Faculté des Lettres, rédigea lui aussi pour le même Magasin encyclopédique une réfutation aux allusions malveillantes du vieil orientaliste.

Ambiance ...

     Pour Jean-François Champollion, les échecs patents de de Sacy, d'Åkerblad et de Young étaient essentiellement dus à leur méconnaissance de la langue copte, mais aussi à leur manque de méthode : là où le Figeacois devenu Grenoblois à l'adolescence, puis Parisien pour parfaire ses études de langues orientales accumulait moulages, estampages et scrupuleuses copies manuscrites de ce qu'il estimait lui être utile dans ses recherches en tant que supports d'hiéroglyphes, ses prédécesseurs aînés dans la même tentative de déchiffrement se contentaient de la seule copie de la Pierre de Rosette, qu'ils considéraient comme le tout de l'écriture égyptienne.

     Aucun parmi ces savants n'avait pris conscience que les trois formes de l'écriture égyptienne antique, à savoir les hiéroglyphes, le hiératique et le démotique (tels que je les ai définis dans mon article de mardi dernier), appartenaient à un seul et unique système d'écriture ; et que ce système était composé à 90 % d'éléments phonétiques.

     Et c'est donc au dernier étage de la maison qu'il occupait avec son frère, au 28 de la rue Mazarine à Paris, dans ce qui fut, quelques années plus tôt, l'atelier du peintre Horace Vernet, que le 14 septembre 1822, Champollion eut l'illumination et la certitude suprêmes grâce à des reproductions de bas-reliefs provenant de temples égyptiens, celui d'Abou Simbel notamment, réalisées par l'architecte Jean-Nicolas Huyot, celui-là même qui participa et acheva la construction de l'Arc de Triomphe.

     Sur une première feuille, Champollion reconnaît les signes et lit le nom de Ramsès ; sur une seconde, celui de Thoutmes, le Thoutmosis des Grecs. Sa conviction est par là même confirmée : c'est bien en face d'un triple système d'écriture remontant à la plus haute antiquité qu'il se trouve. Il est de ce fait absolument, et à juste titre, convaincu que les hiéroglyphes expriment parfois les idées, parfois les sons de la langue égyptienne.

     Il n'eut de cesse d'immédiatement prévenir son frère : il tenait l'affaire ! A la fin du mois, la célèbre Lettre à M. Dacier concluait, pour un temps relativement court, ces longues années de recherches. 

     La publication et la lecture d'une partie de ce mémoire devant l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres débouchèrent chez lui sur une immense déception morale : l'envie et la petitesse d'esprit qu'il avait déjà rencontrées tout au long de son parcours -, sa jeunesse bien sûr accroissant d'autant la hargne de ces doctes savants -, se muèrent très vite en haine, en inexcusables bassesses, en insupportables vilenies.

 

    C'est de quelques-unes d'entre elles que je me propose de vous entretenir, amis visiteurs, le mardi 6 octobre prochain.

 

 



(Andrews : 1993 ; Champollion : 1986, 476 ; ID. : 1989 ; Goyon : 1989, 63-79 ; Hartleben : 1983, 193-268 ; Lacouture : 1988, 308-21 ; Vaillant : 1994, 71-5)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ainsi que le diplomate et archéologue suédois Johann-David Åkerblad (prononçons "Okerblad"), (1763-1819), tous deux, de leur côté, depuis 1802 s'entêtant à considérer que l'écriture égyptienne n'était qu'alphabétique ; et donc, tous deux incapables de mener plus avant leurs recherches.

       
     Le médecin, physicien et érudit anglais Thomas Young (1773-1829), ensuite, 




       
     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

parfait esprit encyclopédique, tout aussi parfait connaisseur des langues orientales, et féru d'égyptologie.

     Dès 1818-19, il suppute l'existence de hiéroglyphes phonétiques, ainsi que la parenté des trois écritures égyptiennes. Malheureusement pour lui, il n'a aucune connaissance du copte alors que l'on savait, depuis Athanase Kircher au XVIIèmesiècle, qu'il était une survivance de la langue populaire des anciens Egyptiens. 

      En 1815, déjà, le 20 juillet, de Sacy, éminemment perfide, volontairement insidieux, écrit à Young :

     ... Si j'ai un conseil à vous donner, c'est de ne pas trop communiquer vos découvertes à M. Champollion. Il se pourrait faire qu'il prétendît ensuite à la priorité. Il cherche en plusieurs endroits de son ouvrage à faire croire qu'il a découvert beaucoup de mots de l'inscription égyptienne de Rosette. J'ai bien peur que ce ne soit là que du charlatanisme. J'ajoute même que j'ai de fortes raisons de le penser.



     Fort heureusement, de Sacy revint par la suite sur ses propos, ainsi qu'à de bien meilleurs sentiments vis-à-vis de Champollion. Mais pour l'heure, le mal était fait. La philippique, en outre, était doublée, le même mois, d'un petit compte rendu publié dans le Magasin encyclopédique, l'un des plus importants organes du mouvement littéraire et scientifique du Directoire, du Consulat et de l'Empire, à propos de L'Egypte sous les pharaons, de Jean-François Champollion, dans lequel le savant affirmait de manière péremptoire et inélégante que cet ouvrage aurait bien de la peine à prendre rang parmi les travaux intéressants sur l'Egypte

     Dans une lettre à son frère, concernant cette critique, Jean-François écrit le 21 juillet :

     Le rapport du jésuite est tel que je l'attendais : du venin sous du sucre; ne pouvant attaquer le fond, il se rejette sur la forme. C'est une chenille, qui, ne pouvant mordre et déchirer une plante, se contente de la couvrir de sa bave. Je ne suis point surpris de ce qui arrive. 

     Blessé, le frère aîné, bibliothécaire de la ville de Grenoble où il s'était installé très jeune, professeur de littérature grecque, secrétaire puis doyen de la Faculté des Lettres, rédigea lui aussi pour le même Magasin encyclopédique une réfutation aux allusions malveillantes du vieil orientaliste.

Ambiance ...

     Pour Jean-François Champollion, les échecs patents de de Sacy, d'Åkerblad et de Young étaient essentiellement dus à leur méconnaissance de la langue copte, mais aussi à leur manque de méthode : là où le Figeacois devenu Grenoblois à l'adolescence, puis Parisien pour parfaire ses études de langues orientales accumulait moulages, estampages et scrupuleuses copies manuscrites de ce qu'il estimait lui être utile dans ses recherches en tant que supports d'hiéroglyphes, ses prédécesseurs aînés dans la même tentative de déchiffrement se contentaient de la seule copie de la Pierre de Rosette, qu'ils considéraient comme le tout de l'écriture égyptienne.

     Aucun parmi ces savants n'avait pris conscience que les trois formes de l'écriture égyptienne antique, à savoir les hiéroglyphes, le hiératique et le démotique (tels que je les ai définis dans mon article de mardi dernier), appartenaient à un seul et unique système d'écriture ; et que ce système était composé à 90 % d'éléments phonétiques.

     Et c'est donc au dernier étage de la maison qu'il occupait avec son frère, au 28 de la rue Mazarine à Paris, dans ce qui fut, quelques années plus tôt, l'atelier du peintre Horace Vernet, que le 14 septembre 1822, Champollion eut l'illumination et la certitude suprêmes grâce à des reproductions de bas-reliefs provenant de temples égyptiens, celui d'Abou Simbel notamment, réalisées par l'architecte Jean-Nicolas Huyot, celui-là même qui participa et acheva la construction de l'Arc de Triomphe.

     Sur une première feuille, Champollion reconnaît les signes et lit le nom de Ramsès ; sur une seconde, celui de Thoutmes, le Thoutmosis des Grecs. Sa conviction est par là même confirmée : c'est bien en face d'un triple système d'écriture remontant à la plus haute antiquité qu'il se trouve. Il est de ce fait absolument, et à juste titre, convaincu que les hiéroglyphes expriment parfois les idées, parfois les sons de la langue égyptienne.

     Il n'eut de cesse d'immédiatement prévenir son frère : il tenait l'affaire ! A la fin du mois, la célèbre Lettre à M. Dacier concluait, pour un temps relativement court, ces longues années de recherches. 

     La publication et la lecture d'une partie de ce mémoire devant l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres débouchèrent chez lui sur une immense déception morale : l'envie et la petitesse d'esprit qu'il avait déjà rencontrées tout au long de son parcours -, sa jeunesse bien sûr accroissant d'autant la hargne de ces doctes savants -, se muèrent très vite en haine, en inexcusables bassesses, en insupportables vilenies.

 

    C'est de quelques-unes d'entre elles que je me propose de vous entretenir, amis visiteurs, le mardi 6 octobre prochain.

 

 



(Andrews : 1993 ; Champollion : 1986, 476 ; ID. : 1989 ; Goyon : 1989, 63-79 ; Hartleben : 1983, 193-268 ; Lacouture : 1988, 308-21 ; Vaillant : 1994, 71-5)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Rééditions
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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 23:05

 

     Après la réédition ce précédent mardi d'un premier article dédié à Jean-François Champollion, je souhaiterais poursuivre la série en vous proposant, amis visiteurs, de (re)-lire ce matin un deuxième dans lequel vous (re)découvrirez quelques détails concernant son grand oeuvre, à savoir : nous rendre intelligible l'écriture hiéroglyphique égyptienne.

 

     Je vous en souhaite une excellente (re)lecture après avoir préalablement cliqué sur son titre ci-après :

 

Figeac et les Pierres de Rosette

 

FIGEAC ET LES PIERRES DE ROSETTE ...
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Publié par Richard LEJEUNE - dans Rééditions
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14 septembre 2015 1 14 /09 /septembre /2015 23:05

     

 

     Le 1er septembre dernier, en guise de codicille à mon dernier article consacré à Jean Capart, je vous prévins, amis visiteurs, de ma volonté de mettre fin aux déambulations qui furent nôtres 90 mois durant au sein du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

     Et cela, ajoutai-je, parce que je venais de prendre conscience pendant les vacances d'été occupé, en Belgique et à l'étranger, à me replonger dans des grands classiques de la littérature, dans des essais, des ouvrages historiques ou philosophiques, des recueils de poésie, qu'en consacrant presque entièrement chacune de mes journées à la seule égyptologie pour vous offrir ce blog, je m'étais, sept années et demie durant, quasi entièrement retiré d'un monde qui fut pourtant mien dès l'adolescence : Montaigne, Spinoza et Descartes, Saint-Simon, Voltaire et Châteaubriand, Baudelaire et Rimbaud, Heidegger et Sartre, et tant et tant d'autres, en ce compris Leroi-Gourhan, Coppens, Vernant, Duby, Le Goff, Braudel et autres Le Roy Ladurie ...

 

     Ma dilection pour ces auteurs qui me constituèrent, je l'ai quelque peu laissée dans l'ombre des seuls travaux d'égyptologues qui me prirent toute ma lumière.

 

    Je vous précisai également que sur mes deux pages Facebook initiées en septembre 2014, j'escomptais encore intervenir en proposant à mes abonnés des rééditions d'anciennes séries d'articles.

 

     La réception d'un courrier imposant, ici et en privé, me fit comprendre que je devrais également annoncer ces rééditions sur mon blog.

 

     C'est à cette suggestion que, dans un premier temps, j'obtempère à partir d'aujourd'hui.

L'avenir me dira - ou plutôt, vous me direz - s'il est intéressant que j'offre ou non l'opportunité de cette "seconde vie" à certaines de mes anciennes interventions.

 

 

    Ainsi qu'annoncé en vous quittant le 1er septembre, c'est sur notre "père" en égyptologie que j'ouvrirai le rideau de cette nouvelle scène : dans les semaines à venir, je vous propose donc de lire, - ou, pour certains d'entre vous peut-être, d'éventuellement relire -, ceux des propos que j'avais  dédiés à l'automne 2008 à Jean-François CHAMPOLLION.

 

      Je vous souhaite déjà excellente réception du premier d'entre eux, sur le titre duquel, ci-dessous, il vous suffira de cliquer pour y accéder :

 

    

Figeac et les Champollion

 

 

 

DE L'AVENIR D'ÉGYPTOMUSÉE ...

Buste de J.-F. Champollion le jeune 

Oeuvre rétrospective en marbre réalisée en 1863 par Charles-Adrien Joseph Bonabes de Rougé.

Musée du Louvre - Département des Sculptures, R.F. 4637

(Cliché © P. Philibert)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Rééditions
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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 23:05
JEAN  CAPART  -  9.  " MERCI " ...

 

      La semaine dernière, souvenez-vous, amis visiteurs, je vous ai proposé l'introduction que Jean Capart avait rédigée pour la passionnante publication, en 1946, - soit quelques mois avant son décès intervenu en juin de l'année suivante -, de ses impressions, de ses souvenirs des différentes campagnes qu'il dirigea à el Kab.

     Aujourd'hui, désirant clôturer cette série de billets initiée au début du mois de
juillet, et qui s'est poursuivie chaque mardi depuis, j'aimerais vous donner à lire un texte, émouvant, d'un de ses précieux collaborateurs, par ailleurs Secrétaire général de la Fondation égyptologique Reine Elisabeth : Arpag Mekhitarian (1911-2004).

     Qui mieux que lui, en effet, pouvait apposer un point final à cet ensemble de "morceaux choisis" parmi les nombreux ouvrages de Jean Capart, évidemment loin de toute exhaustivité, que j'ai voulu vous donner à lire en guise de respectueux hommage de tous les amateurs passionnés par la discipline égyptologique qu'il créa et développa à Bruxelles et à l'Université de Liège dans la première moitié du précédent siècle ?



     Pour apprécier pleinement les qualités humaines de Jean Capart, ses réactions devant les événements, ses convictions, ses habitudes, voire ses manies - pourquoi pas ? - il fallait le contact quotidien d'une vie commune. Nous avons eu le privilège de l'accompagner en voyage plusieurs fois et notamment à sa première et à sa dernière campagne de fouilles à El Kab; seul arabophone du groupe, nous étions appelé à tout instant à être son interprète et son porte-parole.

     Bien qu'il se trouvât souvent sur des chantiers, notre Maître était, par vocation, davantage un homme de musée, un savant de cabinet qu'un fouilleur. C'est presque par hasard, grâce à l'intervention d'un mécène américain,  qu'il le devint. Pensez qu'il était sexagénaire quand il se lança, avec une allégresse juvénile, dans cette nouvelle aventure. Il a fallu aussitôt tout improviser : équipe, outillage, logement, choix d'un contre-maître qui eût l'ascendant sur ses ouvriers, embauche de travailleurs dans une région formée de plusieurs villages entre lesquels un habile dosage était nécessaire, enfin, chose essentielle, l'organisation même du chantier et une méthode d'investigation adaptée au site. C'est avec sa simplicité habituelle, avec bonhomie qu'il entreprit la tâche; et la découverte, au premier coup de pioche, d'une magnifique statue de lion le confirma dans son optimisme. Il sut ainsi créer autour de lui une atmosphère détendue et un climat de confiance dans la mission que chacun assumait. 
 (...)

     Ceux qui, aux fouilles, ont vécu dans l'intimité de Jean Capart, ont eu le privilège de connaître les aspects multiples de sa personnalité attachante. Ce savant avait un coeur d'adolescent. Il aimait profondément El Kab, il aimait ces lieux où il avait passé les jours les plus heureux peut-être de sa verte vieillesse. Il fallait le voir sur la terrasse de la maison de Somers Clarke, debout, les coudes appuyés à la haute balustrade, lorsqu'il contemplait les beautés argentées du Nil, la sévérité rocailleuse du désert contre lequel s'étendait, comme un sourire, un mince filet de culture. (...)

     En quittant El Kab, le 9 février 1946, a-t-il eu le pressentiment qu'il n'y reviendrait plus ? A cette minute pathétique du départ, il a donné une grandeur qui restera dans la mémoire de ceux qui en ont été les témoins. Il prenait le train à la station d'El Kilh. De là, à El Mahamid, le chemin de fer traverse le site de nos fouilles.  Debout à la fenêtre de son compartiment, calme mais visiblement en proie à une profonde émotion, il regardait. Il contemplait une dernière fois les coupoles de notre palais, les grandes murailles qui abritent les temples de Nekhabit, le lointain rocher aux vautours où perchent encore les représentants vivants de la déesse. On eût dit qu'il voulait emporter avec lui pour toujours la vision de ces sanctuaires païens qu'il avait glorifiés par sa science et où il avait élevé, vers son Dieu, ses prières de chrétien.

     En cela encore, il renouvelait le geste de ces Egyptiens de haut rang qui, sur les parois de leurs chapelles funéraires, se faisaient représenter en contemplation devant les travaux qui sont exécutés à leur bénéfice pour l'éternité. Quel sentiment de gratitude, pour les joies de l'esprit et du coeur que les fouilles lui avaient procurées, le fit-il, la vision d'El Kab passée, se retourner vers nous et dire simplement : Merci !

     Par cet unique mot de reconnaissance, il faisait le bilan de sa vie : tous ses rêves avaient été comblés.





 

 

 

 

 

      Ce simple terme, ce même Merci, je tiens à vous l'adresser, amis visiteurs, pour m'avoir emboîté le pas dans cette évocation de quelques jalons de la vie professionnelle du grand égyptologue belge Jean Capart qu'il me tenait à coeur de vous faire connaître tout au long des deux mois de "vacances" de mon blog. 

   

     Mais aussi, - et surtout ? - pour m'avoir ici accompagné depuis mars 2008 car il vous faut considérer ce point final apposé aux écrits égyptologiques de Capart comme l'étant également aux miens : je viens en effet de prendre conscience pendant ces très fructueuses semaines estivales, occupé, en Belgique et à l'étranger, à lire ou relire de grands noms de la littérature, des essais, des ouvrages historiques ou philosophiques, des recueils de poésie, qu'en consacrant presque entièrement chacun de mes jours à la seule égyptologie pour vous offrir mes articles, je m'étais, 90 mois durant, abondamment retiré d'un monde qui fut pourtant mien dès l'adolescence et qui, peu ou prou, l'est resté jusqu'à aujourd'hui, - Montaigne, Spinoza et Descartes, Saint-Simon, Voltaire et Châteaubriand, Baudelaire et Rimbaud, Heidegger et Sartre, et tant et tant, en ce compris Leroi-Gourhan, Coppens, Vernant, Duby, Le Goff, Braudel et autres Le Roy Ladurie -, et que je ne dévorais pratiquement plus que des ouvrages d'égyptologues.

 

     À l'instar de l'anguille qui, sa maturité atteinte, décide de remonter les courants aux fins de rallier la mer des Sargasses, j'envisage, mutatis mutandis, un retour vers le berceau de mes premières amours de lecteur. 

 

    Un voyage qui, à mon âge, n'a plus rien d'initiatique se prépare : j'en ressens un besoin vital. Peut-être perturbera-t-il un temps mon quotidien, et éventuellement le vôtre : mais dites-vous que personne n'est irremplaçable et que d'autres viendront pour prendre le relais et, mêmement, vous feront visiter le Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre ... car j'ai pris la décision de vous permettre de maintenant y déambuler seuls pendant que, personnellement, je naviguerai sur d'anciens chenaux au long desquels je retrouverai ceux que, jeune homme, j'ai dévoré avec appétence et dont l'écriture, l'univers, me manquent en définitive bien plus que je ne l'imaginais.

 

      Cette dilection pour la littérature me fait être : je l'avais quelque peu laissée dans l'ombre des seuls travaux égyptologiques !

 

     Sachez toutefois qu'au sein des mers originelles vers lesquelles cette odyssée littéraire m'entraînera, toujours, je me souviendrai des moments privilégiés qu'ensemble nous avons vécus.

     Ils ont constitué l'essence même d'une de mes vies.

 

 

     Pour ces nombreux instants d'exception à vos côtés, 

 

MERCI  !

 

 

 

     Post Scriptum

 

     Ceci posé, si sur le blog officiel, j'ai choisi dne plus systématiquement poursuivre nos pérégrinations muséales, de ne plus rédiger de nouveaux textes, vous vous doutez assurément, amis visiteurs, que je ne puis abandonner complètement ma passion viscérale pour l'égyptologie.

 

     Aussi, ce sera maintenant sur mes deux pages Facebook initiées en septembre 2014 que j'interviendrai encore en proposant à mes 420 abonnés actuels des rééditions d'anciennes séries d'articles. 

     De sorte que bientôt, de mardi en mardi toujours, je donnerai à (re)découvrir l'histoire de l'égyptologie tchèque, publiée à partir de février 2010.  

 

    Mais, à tout seigneur tout honneur, dans un premier temps, c'est à notre maître à tous, Jean-François CHAMPOLLION, que je consacrerai quelques-unes de ces reprises de vieilles contributions ...

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en Belgique
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24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 23:05
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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 23:05
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  • : Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
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