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30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 00:00

 

Qui donc, Volusius, qui donc sur terre ignore

Quels objets monstrueux la folle Égypte adore ?

Là, c'est un crocodile ; ici, pâles rampants,

Ils implorent l'ibis, engraissé de serpents.

Aux lieux où dort couchée, avec ses races mortes,

Thèbes sous le débris énorme des cent portes ;

Où de Memnon tronqué la fibre sonne encor,

Du singe à longue queue on voit l'image d'or.

Là, des peuples entiers dans leur culte profane,

Vénèrent les poissons et les chiens ; nul Diane !

(...)



 

JUVÉNAL

Satire XV

 

Traduction Jules Lacroix,

Paris, Firmin Didot, 1846 

 

 

 

 

 

     Certains d'entre vous, amis visiteurs,  se souviendront peut-être que, du printemps à l'automne 2013, je vous emmenai en province de Hainaut, à Morlanwelz très exactement, dans ce Musée royal de Mariemont

 

MARIEMONT Musée (24-04-2014)

 

 

dirigé par l'égyptologue belge Marie-Cécile Bruwier, pour y découvrir de conserve une exposition intitulée "Du Nil à Alexandrie. Histoires d'eaux, magistralement mise sur pied par son collègue Arnaud Quertinmont, Conservateur du Département Égypte/Proche-Orient, avec lequel j'avais eu l'honneur, et le plaisir surtout, de tourner les séquences d'un reportage pour l'émission "TéléTourisme" de la RTBF. 

 

     Lors de l'une de nos visites, nous avions admiré, souvenez-vous, ces bouteilles lenticulaires 


 

MARIEMONT - Vitrine ''Gourdes du Nouvel An'' (24-04-2013)

 

 

que s'offraient les Égyptiens de l'Antiquité peu après la mi-juillet, lors de l'arrivée de la crue bénéfique du Nil, point de départ pour eux d'une nouvelle année et qui, précisément, proposaient, gravée sur le plat de leurs bords circulaires, la formule, - que reprend le titre de mon intervention de ce dernier mardi de l'année -, qu'oralement devaient s'adresser ceux qui s'échangeaient semblables présents.

 

      C'est l'adaptation de cette formule de Nouvel An que vous pouvez lire sur la tranche de la "gourde" (Louvre N 960) ci-après, consoeur de celle exposée à droite, au fond de la vitrine : Qu'Amon et Mout ouvrent une bonne année à son maître ; comprenez, à celui qui reçoit le récipient.




Gourde-de-Nouvel-An--Louvre-N-960----Cote-Amon-et-Mout.jpg

 

 

      

      Ce n'est point ce type de cadeau que j'escompte vous apporter en vous présentant mes voeux, pas plus d'ailleurs qu'une de ces bouteilles de Bourgogne que j'affectionne particulièrement (comprenne le message subliminal qui voudra !)


     

(03-11-2013) 2

 

 

     Non, mon présent ce matin ne ressortit nullement au domaine des nourritures terrestres mais plutôt à celui des intellectuelles : je voudrais en effet, avec mes amis de Mariemont, vous offrir une déambulation d'un petit quart d'heure en leur compagnie au sein de l'exposition qui s'est tout récemment ouverte à Lens, consacrée aux animaux qui peuplèrent le quotidien des Égyptiens, et que les auteurs classiques, - dont le poète satirique latin Juvénal que j'ai choisi pour vous en guise d'exergue -, ne se privèrent pas de gausser avec une condescendance qui n'eut d'égale, en réalité, que leur totale incompréhension des croyances religieuses égyptiennes, stupidement assimilées à de la zoolâtrie.

 

Louvre-Lens--20-octobre-2014-.jpg

 

 

     Pour suivre les deux cicerones belges, il vous suffira de cliquer sur les termes Louvre-Lens.

 

     En espérant que ce petit cadeau d'ÉgyptoMusée - le second en quelques jours ! -, vous agréera pleinement, je souhaite qu'avec lui s'ouvre pour vous, amis visiteurs, non seulement les portes du superbe musée lensois, mais aussi et surtout celles d'une excellente année 2015, tout emplie de nouvelles et belles découvertes égyptologiques.

 

     Richard 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Non classé
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26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 10:20

     En cette période de fêtes, je crois bon, amis visiteurs, de partager avec vous un remarquable travail d'Eric Desrentes, (https://www.facebook.com/Egypte.Ancienne.Peintures.Dessins), membre du Forum d'égyptologie que je fréquente, (DDCHAMPO.COM) - qui, je le souligne au passage, ouvre exceptionnellement ses portes en cette fin d'année à tous les non-membres amateurs passionnés que vous êtes -, qui a pour l'occasion mis au point un calendrier égyptien 2015.

     

     Réalisation qu'il propose sur son site Facebook en permettant à tous ceux que cela intéresserait de le télécharger gracieusement. 

 

     En voici pour vous, amis visiteurs d'ÉgyptoMusée, le lien direct.

 

     Immense merci à toi, Eric.

 

http://desrentes.fr/calendriers/calendrier_2015_egypte.pdf.  

 

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Non classé
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23 décembre 2014 2 23 /12 /décembre /2014 00:00

00.-Merci-pour-votre-visite.jpg

 

     Cet aimable panneau décoratif bilingue qui surplombait une rue de Lille, à la mi-octobre dernier, et qu'aujourd'hui je décide d'accrocher à votre sapin, amis visiteurs, semblera peut-être à certains d'entre vous bien tristounet, à tout le moins pour ce qui concerne le sens que sous-entend aujourd'hui la phrase énoncée.

 

     Et ce sous-entendu n'est incontestablement pas un malentendu ! 

 

     J'ai en effet décidé, après moult jours de réflexion(sssss), et surtout en parfait accord avec la manière dont je conçois la notion de "parole donnée", d'apposer le point final aux comptes-rendus de ma visite de l'exposition Sésostris III, à Lille, l'attitude des membres de "l'équipe du Palais des Beaux-Arts" n'étant malheureusement pas étrangère à cette mienne décision.

 

     Je profite de cette mise au point qui vous paraîtra vraisemblablement et aigrie et sibylline pour remercier chaleureusement mes propres "généreux donateurs" qui, peu ou prou, n'ont pas hésité, eux, à m'adresser les clichés qu'après requête, ils avaient promis de m'offrir, précieux documents avec lesquels j'ai pu étayer et agrémenter mes propos pour votre plus grande compréhension : par ordre purement alphabétique, partant, en totale discourtoisie vis-à-vis des dames de cette liste, merci à Alain, Christiana, Lilian, Marie et Thierry.


     Mes remerciements s'adressent également aux photographes des sites Internet du Musée du Louvre (Paris), du British Museum (Londres) et du Metropolitan Museum of Art (New York).  

 

     

     Excellentes fêtes de fin d'année à toutes et tous.

     Excellentes vacances aussi peut-être pour certains d'entre vous.

     Et à tout bientôt.

 

     Richard     

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Publié par Richard LEJEUNE - dans A propos de ce blog
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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 00:00

 

     Je lançai mon cheval au galop et je l'arrêtai devant le sphinx rose qui sortait des sables rosés par le reflet du soleil couchant. Enfoui jusqu'au poitrail, rongé, camard, dévoré par l'âge, tournant le dos au désert et regardant le fleuve, ressemblant par-derrière à un incommensurable champignon et par-devant à quelque divinité précipitée sur terre des hauteurs de l'empyrée, il garde encore, malgré ses blessures, je ne sais quelle sérénité puissante et terrible qui frappe à son aspect et vous saisit jusqu'au profond du coeur.

 

 


 

Maxime DU CAMP

Le Nil ou Lettres sur l'Égypte et la Nubie

 

dans JOUFFROY Anne et RENARD Hélène

L'Égypte. Écrivains et savants archéologues

 

Collection "Les Académiciens racontent ..."

 Paris, Flammarion, 2014

pp.159-60.

  

 

 

 

     C'est bercé par les mélodieuses sonorités du oud d'Anouar Brahem dans Souvenance, la dernière création de ce compositeur tunisien, que j'ai entamé la lecture, un dimanche après-midi, d'un ouvrage que le bien sympathique saint Nicolas avait la nuit précédente déposé au pied de l'âtre : il s'agit de souvenirs d'académiciens évoquant l'Égypte dans lesquels j'ai choisi l'extrait ci-dessus en guise d'exergue à notre dernier rendez-vous, amis visiteurs, avant que commencent, samedi prochain, les vacances de fin d'année dans l'Enseignement belge ... et français aussi, je présume.

 

     Voilà donc l'impression, alors qu'il était encore grandement enfoui dans le sable du désert, qu'"Abu'l Hôl", le Père la terreur, comme le désignent les Arabes, laissa au photographe français Maxime Du Camp (1822-1894), devenu tout pâle, ainsi que le consigna dans ses notes son ami Gustave Flaubert qui l'accompagnait, sacrifiant tous deux, après Gérard de Nerval et bien d'autres, au sempiternel "Voyage en Orient" et à l'incontournable visite du plateau de Guizeh.

 

***  

 

     Quand je le vis, de loin d'abord, dans sa vitrine au milieu de la salle, m'accueillant à l'entrée de la deuxième des quatre sections de l'exposition Sésostris III au Palais des Beaux-Arts de Lille, incrédule, je pense que je me ruai plus que je ne m'approchai comme tout visiteur lambda eût dû le faire : jamais je n'avais rencontré oeuvre semblable. 

     Ébloui, déconcerté, sans voix, au point qu'au premier regard, je n'avais même pas remarqué qu'il manquait les pattes antérieures du lion, bizarrement sectionnées de haut en bas.


      Sesostris-III---Sphinx-en-gneiss---Metropolitan-Museum-of-.jpg

 

 

     J'entendais bien les rumeurs, unanimes dans leur étonnement, qui m'arrivaient. Sur le moment, je n'y pris garde, littéralement subjugué. Subjugué par tant de beauté. Subjugué par tant d'élégance, d'harmonie, de grâce, de magnificence. Subjugué par le sphinx en soi, certes, mais aussi par la pierre veinée de diverses nuances de gris - du gneiss d'anorthosite - dans laquelle, voici plus de 4000 ans un homme talentueux, un anonyme, lui avait donné vie.

     

     Absolument superbe. 

     Pas un des, mais assurément LE chef-d'oeuvre de l'exposition ! 

     Pur plaisir des yeux.

   

     Oh ! Je sais : mes propos excessifs, dithyrambiques lasseront peut-être : "Vous nous avez déjà tenu semblable discours devant le linteau de Médamoud", oseront, à juste titre, me reprocher certains d'entre vous.

 

     Mais ici, en présence de ce petit monument, - ai-je pâli moi aussi, comme le remarque Flaubert de son ami Du Camp au pied, lui, du grand ancêtre de Guizeh ? De battre, mon coeur ne s'est évidemment point arrêté ; bien au contraire : je l'ai plutôt senti s'emporter. M'emporter -, en présence de ce petit monument, disais-je, frissons d'émotion et larmes perlant. Subrepticement. Un court instant.

                  


     Si plusieurs campagnes de fouilles sous-marines successives menées d’octobre 1994 à juin 1998 par le Centre d’études alexandrines (CEA) à l’extrême est de l’île de Pharos, dans le port d’Alexandrie, permirent de retirer des eaux un important ensemble d’une trentaine de nouveaux exemplaires de sphinx provenant vraisemblablement du grand sanctuaire solaire d’Héliopolis, dont un attribué à Sésostris III, celui du même monarque ici devant nous n'a pas encore dévoilé son lieu d'origine, même si l'égyptologue égyptien Labib Habachi (1906-1984) suppute que ce puisse être Karnak où il aurait alors intégré une paire : il a en effet retrouvé dans un dépôt de blocs proche du petit temple de Ramsès III des fragments d'une pièce manifestement réalisée dans ce même gneiss anorthositique - matériau si rarement utilisé dans la statuaire -, extrait des anciennes carrières de Chephren en Basse-Nubie (Gebel el-Asr, Soudan actuel), quelque 65 kilomètres à l'ouest d'Abou Simbel.


     Après qu'il les eut réassemblés, il devint pour lui évident qu'il avait entre les mains un sphinx de Sésostris III, quasiment identique à celui-ci, que l'on sait avoir été offert au Metropolitan Museum of Art de New York en 1917 par le grand philanthrope américain Edward Stephen Harkness (1874-1940), sauf qu'il était devenu acéphale et privé d'arrière-train.

 

     Couché sur un socle dont toute la partie avant fut irrémédiablement tranchée, amputant ainsi l'animal de ses membres antérieurs, mesurant 42,5 centimètres de hauteur, 29,3 de largeur et 73 de longueur, le "sphinx new yorkais" est sculpté dans la pose traditionnelle qui fit référence durant toute la civilisation égyptienne, période ptolémaïque comprise (ceux que je viens de mentionner ci-avant exposés notamment au Musée national d’Alexandrie le prouvant sans conteste) : deux pattes s'étendant à plat vers l’avant, les deux autres, postérieures, repliées et la queue s’enroulant soit sur la cuisse droite, comme ici, soit sur la gauche ; détail particulier puisque les lions au repos présentent en réalité une queue allongée sur le côté.


     Sur la poitrine, non pas un cartouche, censé symboliser tout ce que le soleil entoure mais un serekh,

 

 

Sesostris-III---Serekh-du-Sphinx-du-M.M.A--c-A.-Guilleux-.jpg

 

       

comprenez : un rectangle figurant le plan de la façade du palais royal, lui aussi tronqué, dans lequel on retrouve les hiéroglyphes confirmant le nom de trône de Sésostris III que, déjà, vous connaissez : Khakaourê (les Kaou de Rê apparaissent), précédé de la mention Netjer Kheperou (divin dans ses apparences), et surmonté du faucon Horus, le tout encadré par un autre rectangle.   

 

 

       

     Le sphinx : entité hybride ; osmose entre un corps de lion et la tête d'un souverain.

     Le sphinx : symbole solaire. 

     

     Le sphinx : gardien des portes des temples. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si, à partir du Nouvel Empire, ils flanquent, par paires, les allées menant à certains grands sanctuaires - ce que les égyptologues nomment des dromos -, le long desquelles s'alignaient parfois des dizaines d'entre eux, se faisant face les uns par rapport aux autres.

 

     Parfois, ce ne sont pas des têtes de souverains qui surmontent ces corps de lions, mais bien de faucons ou de béliers aux cornes enroulées : les premiers sont dits sphinx hiéracocéphales et les seconds, criocéphales (ou criosphinx). Ces derniers symbolisent le dieu Amon-Rê : raison pour laquelle, si vous vous êtes déjà rendus à Thèbes, vous les aurez croisés en vous avançant vers le premier pylône du temple de Karnak.


 

 Criosphinx--c-Marie-Luxor-.jpg

 

 

     L’Egypte étant le pays par excellence de l’hybridation, - le Proche-Orient qui l'est tout autant n'y est probablement pas étranger ! -, des représentations de la déesse Hathor au visage féminin doté d’oreilles de vache, du dieu Thot à tête d’Ibis ou Montou, de faucon, - nous l'avons constaté la semaine dernière -, sont foison dans les départements d’antiquités égyptiennes des musées du monde entier.

 

     Si tous ont des corps humains pourvus d’une tête animale, avec les sphinx, il s'agit exactement de l’inverse : nous sommes devant un lion affublé du visage d'un monarque : en l'occurrence, ici, celui de Sésostris III.


 

Sésostris III - Sphinx gneiss Metropolitan Museum

© MMA

 

 

 

     Mais quelle qu'elle soit, cette hybridation relève d’une tentative des Égyptiens de se donner une image de l’essence divine : l'aspect anthropomorphe évoque l’individuation de l’être, tandis que le concept de zoomorphisme inclut l’espèce tout entière.

 

     Dans le cas du sphinx, l’individu en tant que tel est présent, voire identifiable par son visage : c’est celui d'un souverain, 


 

Sphinx gneiss avec barbe tressée

© MMA

 

la courte barbe postiche et la coiffure, - le némès -, aux pans retombant en parfaite harmonie sur le poitrail et se terminant dans le dos en une sorte de catogan de cheveux tressés, en attestent.

 

 

     Observez la finesse de ce plan facial, avec les incisions horizontales des côtés de la coiffe encadrant celles, mixtes, de la barbe tressée, toutes répondant en un jeu d'extrême raffinement aux stries verticales de la crinière.

 

 

Sphinx gneiss avec catogan

© MMA

 

 

     Observez, de chaque côté, l'extraordinaire rendu anatomique de l'animal, le modelé naturaliste de l'arrière-train, des épaules, et surtout des flancs, avec leurs harmonieux plis de peau élégamment indiqués de la patte postérieure vers l'antérieure.

 

     Observez la gracieuse courbure de sa queue dont le toupet tressé, stylisé, vient négligemment se lover sur le haut de la cuisse droite.

 

     Observez la dextérité avec laquelle le lapicide a profité des veines de la pierre pour accentuer la nervosité des lignes de ce corps.


     Serait-ce simplement de l'art, amis visiteurs ? Ou cela confine-t-il au génie ? 

 

 

     Les têtes de sphinx surmontent un corps léonin, parangon s’il en est de la force, de la puissance, de la supériorité physique : c’est donc par le truchement de l’animalité que le souverain pouvait, depuis la IVème dynastie (Ancien Empire), transcender sa condition humaine et participer du divin.


     N'estimez-vous pas que si l'on veut strictement respecter le canon des proportions, le faciès de Sésostris III que nous avons devant nous, émergeant véritablement du massif des épaules de l'animal, paraît bien trop petit par rapport à sa corpulence ? 

  

     Dès lors, et la question se pose à mon sens avec acuité : que doit-on retenir de cette figuration ? L'agressive puissance du lion, métaphore d'un pouvoir royal redoutable pour l'ennemi éventuel ou les traits volontairement accentués d'un monarque souhaitant imprimer dans la pierre toutes les vertus qu'en principe un âge d'homme mûr autorise ?

 

           Et pourquoi pas les deux à la fois ? 

 

     Nous retrouverions ainsi avec ce superbe sphinx "américain",  les concepts véhiculés par les statues en ronde-bosse du roi que nous a révélées la première section de la salle, ainsi que le relief de Médamoud où le langage des traits exagérément marqués traduisait sans conteste la volonté propagandiste de faire comprendre à un peuple qui n'avait pas les compétences nécessaires pour accéder à une littérature exprimant la même idéologie politique, que son chef, son guide, son souverain était investi de toutes les qualités de clairvoyance, d'écoute, de guidance, de soutien militaire éventuel, qualités qui le plus souvent constituent l'apanage d'une certaine maturité de vie.

     Bref, qu'il était l'homme idéal, providentiel, désigné par les dieux pour mener l'Égypte sur le chemin de la Maât ...     

 

     


 

BIBLIOGRAPHIE


 

 

CHERPION  Nadine

Conseils pour photographier un sphinx, dans Amosiadès. Mélanges offerts au Professeur Claude Vandersleyen par ses anciens étudiants, édités par Claude Obsomer et Anne-Laure Oosthoeck, Louvain-la-Neuve, 1992, pp. 61-70.

 

 

HABACHI Labib

The gneiss Sphinx of Sesostris III : Counterpart and Provenance, Metropolitan Museum Journal 19/20, New York, MMA 1986, pp. 11-6. 

 

 

HAYES  William C.

The Scepter of Egyt - A background for the study of the Egyptian Antiquities in the Metropolitan Museum of Art, Volume I : From the earliest times to the end of the Middle Kingdom, New York,  MMA, 1990, pp. 198-99. dans 

 

 

 

POUWELS  Clément

Sphinx de Sésostris III, dans Sésostris III, Pharaon de légende, Catalogue de l'exposition au Palais des Beaux-Arts de Lille, Gand, Snoeck, 2014, p. 47.

 

 

SHAW Ian,  BLOXAM Elisabeth, HELDAL  Tom, STOREMYR  Per

 Quarrying and landscape at Gebel el-Asr in the Old and Middle Kingdoms, dans Recent discoveries and latest researches in Egyptology. Proceedings of the first neapolitan Congress in Egyptology, Naples, June 18th-20th 2008, édités par Francesco Raffaele, Massimiliano Nuzzolo et Ilaria Incordino, Wiesbaden, Harrassowitz Verlag, 2010, pp. 293-312.

 

  

 

ZIVIE-COCHE  Christiane

Sphinx ! Le Père la terreur, Paris, Ed. Noêsis, 1997, pp. 19-22 ; et 28.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en France
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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 00:00

 

     Les offrandes sont présentées en général à une seule divinité, qu'elle soit escortée ou non d'un ou plusieurs autres dieux.

(...)

     Les tableaux constituent un hommage perpétuel, ils sont aussi et surtout une demande de réciprocité : "Je te donne du pain pour que tu me garantisses la nourriture".

 

 

 

Sylvie  CAUVILLE

L'offrande aux dieux dans le temple égyptien

 

Louvain, Peeters, 2011

p. 13

 

 

 

    Mardi dernier, ici même, au Palais des Beaux-Arts de Lille, nous avons vous et moi, amis visiteurs, commencé de découvrir une des merveilles que recèle la remarquable exposition dédiée à Sésostris III et à son époque (Moyen Empire, XIIème dynastie) : le linteau de Médamoud, (E 13983), appartenant au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, à Paris.

 

 

   Sésostris III - Linteau Louvre E 13983 - (© Ch. Décamps

(© Louvre - Ch. Décamps)

 

 

     Il va de soi que je ne reprendrai pas ce matin l'exposé que je vous ai alors présenté, sauf sur un point : Sésostris III, "dédoublé", fait l'oblation de produits de boulangerie (pain et gâteau) à un dieu ; et que j'entends poursuivre l'analyse engagée en posant la question qui me paraît à présent essentielle : qui est ce dieu figuré aux extrémités du monument ?

 

     Deux possibilités vous sont données : ou vos connaissances en égyptologie sont suffisantes pour que vous soyez à même d'identifier la représentation anthropo-zoomorphe typique du dieu Montou : corps humain et tête de faucon que couronne le disque solaire surmonté de deux hautes rémiges et agrémenté du double uraeus royal, déesse se présentant sous l’aspect d’un cobra femelle, en fureur, prête à cracher son venin brûlant, dressant sa gorge dilatée et personnifiant l’oeil de Rê, protecteur du roi ;

ou elles sont plus pointues, et vous portez immédiatement votre regard sur les hiéroglyphes qui, de chaque côté, surmontent la coiffe du dieu.

 

 

Sesostris-III---Au-dessus-des-remiges-du-dieu----c--Ch.-.jpg

 

 

     Pour y lire, de haut en bas et de droite vers la gauche, trois signes superposés et la petite caille, l'ensemble formant le nom Montou ; puis, quatre signes gravés en dessous de l'oisillon, se traduisant par Seigneur d'Ouaset, soit : Dieu du nome de Thèbes.

 

     Vous aurez évidemment remarqué qu'à l'instar de Sésostris III sur lequel nous nous sommes plus particulièrement attardés la semaine dernière, le dieu est lui aussi entouré de colonnes de hiéroglyphes.

 

     Que vous apprennent-elles ? 

 

 

Sesostris-III---E-13983---Portion-gauche--c--Ch.-Decamps.jpg

(© Louvre - Ch. Décamps)

 


     À gauche, devant le dieu : Paroles dites : Je t'ai donné toute santé et toute joie, comme Rê. 

 

     Et derrière lui : (Montou, Seigneur d'Ouaset), Puisse-t-il donner toute vie, toute pérennité, tout pouvoir et toute santé, comme Rê, à jamais.

 

 

     À droite : 

 

Sesostris-III---E-13983---Portion-droite--c--Ch.-Decamps.jpg

(© Louvre - Ch. Décamps)

 

 

la colonne devant le dieu diffère ici quelque peu par rapport à celle que nous venons de déchiffrer dans la portion gauche du monument : Paroles dites : Je t'ai donné toute vie, tout pouvoir et toute pérennité, comme Rê ; tandis que celle derrière lui se révèle parfaitement identique : (Montou, Seigneur d'Ouaset), Puisse-t-il donner toute vie, toute pérennité, tout pouvoir et toute santé, comme Rê, à jamais.

 

 

     Si d'aventure vous vous intéressez aussi à la sociologie, vous aurez certainement déjà lu, amis visiteurs, la remarquable étude qu'a réalisée en 1924 à propos de la pratique de l'échange dans les sociétés archaïques l'anthropologue français Marcel Mauss : Essai sur le don.


     Comme l'a remarquablement développé l'égyptologue Sylvie Cauville dans son ouvrage publié en 2011 référencé dans la bibliographie infrapaginale, le souverain du Double Pays effectuant un geste d'offrande attendait mêmement d'un dieu, Osiris souvent, Montou dans le cas présent, un contre-don pour sa personne mais aussi pour le pays entier. 

     C'est exactement ce type de relation - don et contre-don -, que propose à voir et à lire ce linteau de Médamoud.

 

     Plus tard, bien plus tard, dans les temples d'époque ptolémaïque, notamment à Edfou, de semblables scènes seront accompagnées de ces mots, toujours relevant de la contre-partie divine accordée au souverain :

 

     Je te donne les greniers remplis de céréales dont on ne connaît pas la quantité (Edfou, VII, 72).


ou

 

     Je te donne les villes des oasis ployant sous leurs céréales, les boulangeries emplies en ton temps (Edfou, IV, 67).

 

 

     La mention Seigneur d'Ouaset mise à part, à savoir : divinité tutélaire du nome thébain, rien sur le monument ne définit cette divinité à laquelle, pourtant, Sésostris III voua un important culte. Rappelez-vous, j'ai précédemment indiqué que ce dieu fut l'objet de l'attention royale sur le plan des constructions religieuses, essentiellement aux alentours de Thèbes : Erment et Tôd, se faisant face de part et d'autre du Nil, et bien évidemment Médamoud.

 

     Mais qui était exactement Montou ? 

 

     Lors de la "Journée d'étude" qui, le matin du samedi 18 octobre, nous permit de visiter l'exposition à laquelle, depuis le 4 novembre, je vous invite à m'accompagner, quatre interventions d'égyptologues patentés remplirent notre après-midi. Au sein de l'une d'elles, Lilian Postel, Maître de conférences en égyptologie de l'Université Lumière-Lyon 2, avança que le caractère belliqueux de Montou n'apparut qu'à partir du Nouvel Empire. 

 

     Son exposé ne portant pas sur la spécificité du dieu, il n'étaya son assertion d'aucune  preuve particulière. Mais le ver était dans le fruit : son propos m'avait interpellé dans la mesure où il contredisait ce que j'avais toujours lu concernant Montou, caractérisé d'office en tant que dieu de la guerre.

 

     Je me promis de "fouiller" ma bibliothèque. J'y trouvai sans peine l'étude qui me permettait de mieux comprendre et d'accréditer les dires du Professeur Postel : elle émanait de Fernand Bisson de la Roque, cet égyptologue français à qui l'on doit, souvenez-vous, les premières fouilles effectuées sur le site de Médamoud et la mise au jour de moult statues de Sésostris III, ainsi que de ce superbe linteau du Louvre qui nous occupe depuis mardi dernier.

     (Vous trouverez également référence du texte de Bisson de la Roque en note de bas de page.)

 

     Bien que dans quelques formules des Textes des Pyramides il soit fait allusion à Montou en tant que divinité astrale relevant du cycle solaire, du cycle de Rê, la documentation parcellaire que nous possédons de l'Ancien Empire ne permet pas de le définir vraiment, sauf à dire qu'il se manifeste en tant que faucon ou, plus justement, sous la forme d'un être humain hiéracocéphale.

 

     Ce n'est véritablement qu'à la XIème dynastie (Moyen Empire) qu'il "apparaît" comme dieu primordial, vraisemblablement originaire d'Erment - l'Hermonthis des Grecs -, avec l'aspect anthropo-zoomorphe que vous reconnaissez ici sur le linteau de Médamoud, lieu où les inscriptions le définissaient comme : Montou, seigneur qui réside à Médamoud.

 

     Il s'incarna également en un taureau sacré : Montou, taureau qui réside à Médamoud, peut-on lire sur certains reliefs que l'on y a retrouvés.

     Mais aussi à Tôd : ainsi, sur des monuments exhumés des fondations du temple, en plus de Montou, Seigneur de la Thébaïde ou de la Thébaïde et du ciel, ou encore Seigneur de Tôd, cette autre précision : Montou, taureau qui réside à Tôd.

 

     Si nous étions au Louvre, à Paris, je vous aurais emmenés tout de go dans la deuxième partie de l'immense salle 12, au rez-de-chaussée du Département des Antiquités égyptiennes pour visualiser une figuration de ce dieu avec tête de bovidé sur le socle de droite de la vitrine 9 : 

 

Salle-12-2---Vitrine-9---Montou.JPG

 

vous y auriez alors constaté à nouveau, mais cette fois entre ses cornes, la présence du disque solaire et des deux hautes rémiges, attributs qui vous sont maintenant familiers.


     Le taureau, nul ne l'ignore, peut représenter diverses divinités mais aussi le souverain lui-même, en tant qu'image vivante des dieux : il est alors "taureau puissant" et exprime la force royale.

     C'est la raison pour laquelle, à cette même XIème dynastie, Montou, - tout à la fois faucon et taureau - fut choisi par quatre de ses sept rois, comme dieu-patron : ils se firent appeler, je l'ai déjà souligné, Montouhotep (Montou est satisfait).

 

     Vous conviendrez dès lors, amis visiteurs, qu'auréolé de toutes ces raisons, il n'y a rien d'illogique à ce qu'à la XIIème dynastie suivante, le dieu conservât sa primauté parmi ses pairs ; à ce que son culte s'accrût dans le nome thébain en gestation pour devenir celui pratiqué à Erment, à Tôd, à Karnak et à Médamoud au point que Sésostris III - qui révéra, je le rappelle, Nebhepetrê Montouhotep II pour les raisons politiques qu'à présent vous connaissez -, s'impliquât dans la construction ou le réaménagement de temples qu'il lui dédia.

     Mais nulle part encore, il n'est question de dieu guerrier !

 

     Quand et d'où lui vint cette acception ?

     A partir de la XVIIIème dynastie quand le clergé thébain, après les invasions des Hyksos, décida qu'Amon deviendrait divinité tutélaire de la région, cet Amon qui, je le souligne au passage, lui ravit sa coiffe pour personnellement arborer le disque solaire que surmontent les hautes plumes des falconidés.

 

     Exit l'aura dont bénéficiait Montou !

     Ce ne sera plus lui le "satisfait" - (et on ne remboursait pas à l'époque ! ) -, mais bien Amon ... auquel plusieurs pharaons du Nouvel Empire emprunteront le patronyme pour se forger un nouveau nom : Amenhotep, Amon est satisfait, Aménophis pour les Grecs.

 

     Quant à Montou, rival d'Amon, mais que, décemment, le clergé ne pouvait exclure du panthéon égyptien, il fut à cette époque l'objet, dans l'art d'abord, dans la littérature ensuite, de références en tant que dieu combattant.

     A partir du Nouvel Empire, seulement !

 

     Ainsi, sur le char de Thoutmès IV (le Thoutmosis IV des Grecs), lisons-nous : Montou-Rê, grand de vaillance, faucon thébain qui abat tous les pays et tous les barbares : il donne au roi force et victoire sur tout pays ...

 

    Et à l'époque de Ramsès II, cette iconographie devint thème littéraire, notamment dans le poème de la bataille de Qadesh. C'est très probablement de cette époque que se forge, bien affirmée, la désignation de Montou comme dieu belliqueux dans la mesure où l'on y trouve des assertions telles que : Ramsès a pris les équipements de combat de son père Montou ou Je suis comme Montou : je lance les flèches du bras droit.

 

      A partir du Nouvel Empire, donc ! Et encore : pas à ses débuts ! Mais assurément pas avant !


     Il est par conséquent prématuré de faire endosser à ce dieu, comme je l'ai tout récemment lu dans une biographie, par ailleurs excellente, cet habit de combattant qui n'est alors pas encore le sien, pour expliquer les raisons qui motivèrent Sésostris III, monarque conquérant, à lui vouer un culte dans quatre temples de la région thébaine ! 

 

      

      Il est parfois des admirations que l'on pourrait ou que l'on devrait ... mais qu'en définitive, on n'a nulle envie de réfréner tant il semble évident qu'il faille les clamer. Et ce linteau de Médamoud exceptionnellement exposé ici, au Palais des Beaux-Arts de Lille, en fait partie ! Qu'avec vous, amis visiteurs, lors de deux rencontres successives, il me seyait de partager ...

 

 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

BISSON DE LA ROQUE  Fernand

Notes sur le dieu Montou, dans B.I.F.A.O. 40, Le Caire, I.F.A.O., 1941, pp. 1-49. 


 

CAUVILLE  Sylvie

L'offrande aux dieux dans le temple égyptienLouvain, Peeters, 2011, p. 74. 


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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 00:00

      Construire un temple consiste à enfermer une parcelle du divin sur la terre des vivants ; il s'agit ensuite d'entretenir cette force qui assure la prospérité du pays. D'autre part, ce précieux réceptacle, préservé des assauts du mal par un arsenal magique, garantit l'intégrité de l'Égypte entière, car la divinité installée dans cet inexpugnable univers en réduction est douée d'ubiquité.

(...)

     Dans la maison du dieu, le roi est le médiateur entre les hommes et celui-ci. C'est lui seul qui édifie les constructions sacrées et qui les fait vivre par des offrandes quotidiennes.

 

 

 

Sylvie  CAUVILLE

L'offrande aux dieux dans le temple égyptien

 

Louvain, Peeters, 2011

p. 5.

 

 

 

     Après nous être longuement arrêtés la semaine dernière, vous et moi amis visiteurs, devant deux statues de Sésostris III, souverain de la XIIème dynastie égyptienne remarquablement mis à l'honneur, ici, au Palais des Beaux-Arts de Lille ; après avoir admiré ses "portraits" qui, contrairement à ce qui est avancé depuis tant d'années, ne sont en rien réalistes, en rien représentatifs de ses états psychologiques mais dénotent plutôt sa volonté de médiatiser une idéologie précise quant à la nature du pouvoir royal - la littérature de l'époque l'a me semble-t-il bien prouvé ! -, en donnant de lui l'image d'un "père" vigilant à l'endroit de son peuple, poursuivons aujourd'hui, voulez-vous, nos découvertes des fondations du temple lagide à Médamoud par l'égyptologue français Fernand Bisson de la Roque en nous attardant sur un troisième monument, exhumé quant à lui en mars 1927 et, qu'en partage de fouilles, obtint du Gouvernement égyptien le Musée du Louvre, en 1930, où il porte désormais le numéro d'inventaire E 13983.

 

     Aux fins d'admirer cette Arlésienne des terres nilotiques que j'ai ici à plusieurs reprises évoquée, il est à présent grand temps de nous diriger vers le mur du fond de cette portion de salle, vers cet autre des chefs-d'oeuvre que recèle l'exposition : un long bloc de pierre calcaire que les égyptologues sont désormais convenus d'appeler LE  linteau de Médamoud,  

 

 

 Sesostris-III---Linteau-Louvre-E-13983----c--Ch.-Decamps.jpg

 (© Louvre - Ch. Décamps)

 

 

et qui, à l'instar des statues du souverain, va lui aussi faire mentir bien des analyses antérieures, à commencer par la plus énigmatique d'entre elle à mes yeux puisqu'elle provient du site internet officiel du Musée du Louvre, supposée rédigée par un égyptologue - enfin, j'aimerais le croire ! - et qui, indépendamment du fait qu'elle met encore et toujours en avant la notion de "réalisme" dans le chef de l'artiste - mais à ce sujet, j'ai suffisamment glosé ces derniers mardis -, avance que :

 

      " Le roi porte une tête de faucon couronnée de deux plumes droites ornées du double uraeus. "

 

    Une rapide et néanmoins consciencieuse observation de l'oeuvre vous permettra comme à moi de constater que le roi n'arbore à aucun moment semblable coiffe ... réservée en réalité au dieu Montou, sur lequel il me sera donné de revenir la semaine prochaine. En outre, un précieux coup d'oeil sur les hiéroglyphes encadrant les figures corroborera sans conteste notre première vérification visuelle.

     Sur eux, je me prononcerai dans quelques instants ...

 

     Pour l'heure, consentant un certain ordre, abordons quelques données techniques.

 

     Ce n'est malheureusement pas l'impression que donne la photo ci-avant, - de sorte que j'invite instamment tous ceux qui n'ont pas encore eu l'heur de l'admirer au Louvre de se rendre à Lille jusqu'au 25 janvier, date après laquelle, je présume, il rentrera dans ses murs des bords de Seine -, mais ce dessus de la "porte du magasin de l'offrande divine", comme il est encore erronément indiqué dans le catalogue de l'exposition, mesure 2, 26 mètres de longueur, 1, 07 de hauteur et 13, 5 centimètres d'épaisseur.

 

     Erronément

 

     Oui, selon moi. Ou plus précisément selon des mensurations relevées in situ par Clément Robichon, l'architecte de la mission - donc au tournant des années trente, déjà ! -, précision rapportée dans un article rédigé par le Conservateur du Département égyptien du Louvre, Charles Boreux, en 1932 (article référencé dans la bibliographie infrapaginale) qui indique que ce monument ne peut s'adapter à la dite porte ; et donc en surmontait une autre.

 

     Cette distinction, amis visiteurs, est-elle à vos yeux prépondérante ? Peut-être pas. Sauf qu'à partir du moment où preuves mathématiques il existe que le linteau du Louvre et la porte du magasin des offrandes divines du temple du Moyen Empire ne peuvent être compatibles, je ne comprends pas bien la raison pour laquelle, depuis plus de 80 ans, les égyptologues n'ont pas encore rétabli la vérité historique et revu leur appellation.

     Peut-être n'est-ce pas pour eux prépondérant ...  

 

     Permettez-moi maintenant, avant de prendre vraiment connaissance de la scène que nous avons devant nous, d'attirer plus spécifiquement votre attention sur la technique qu'utilisa le lapicide.

     

     Il vous faut savoir que depuis l'Ancien Empire, essentiellement deux procédés coexistèrent en Égypte dans l'art de la gravure : le bas-relief et le relief en creux.

     Tous les deux pouvaient indifféremment se retrouver sur un petit monument ou sur l’immense surface d’un mur de temple. Mais ce ne fut pas avec la même indifférence qu'ils furent plébiscités par les artistes : en règle générale, la gravure en relief servait au décor intérieur des bâtiments, tandis que celle en creux au décor extérieur.

 

     Une raison, toute simple à l’évidence, motivait le graveur quant au choix du procédé à utiliser, une raison inhérente à l’environnement auquel l’oeuvre était destinée : une gravure en creux, exposée en plein air, donc aux rayons du soleil, à l’intense luminosité du jour favorisant les jeux d’ombre et de lumière, ressortait nettement mieux qu’un léger relief. D’autant plus que ce creux pouvait entamer la pierre jusqu’à 2, 5 cm de profondeur.

      Tout au contraire, le bas-relief, à l’intérieur d’un bâtiment, où l’éclairage est relativement réduit, apparaissait beaucoup mieux que le creux.

 

     Ces considérations, ressortissant en fait au domaine de la physique, amenèrent tout naturellement les artistes à élever le procédé en convention. C’est ainsi que le relief en creux employé dans un décor se trouvant à l’intérieur d’un temple signifie que l’on doit considérer la scène comme se déroulant au dehors. Inversement, l’emploi, dans le même décor, de la technique du bas-relief impose que l’on comprenne que la scène se passe à l’intérieur. Et il n’est absolument pas rare que sur la même oeuvre, on retrouve entremêlés les deux types de gravure.

     Ce qui lui confère une lecture d’autant plus pointue.

 

     Quant à "notre" linteau, son relief dans le creux s'impose puisque, surmontant une porte monumentale qui permettait l'accès aux ruelles desservant vraisemblablement le quartier des magasins, il "prenait" loisiblement le soleil ...

 

 

     Analysons la scène figurée ... en lisant d'abord la description qu'en donna l'égyptologue français Etienne Drioton (1889-1961) qui, en tant qu'épigraphiste relevant de la mission de l'I.F.A.O., participa aux fouilles de Médamoud :

 

     " (C'est) une magnifique dalle de calcaire fin, de 1,25 m de hauteur sur 2, 25 m de largeur et 40 centimètres d'épaisseur."

 

     Bizarre, n'est-il pas, quand on compare avec les mensurations fournies par le catalogue de l'exposition ?

 

     E. Drioton poursuit :

 

     "La composition de sa décoration est rigoureusement symétrique. Comme il devait surmonter une porte située dans l'axe du temple, du côté où elle débouchait vers le sanctuaire, le roi, qui est censé entrer par cette porte, est figuré deux fois au centre, adossé à l'axe ;  Montou, vers qui il se dirige, lui fait face aux deux extrémités du tableau, personnage hiéracocéphale portant double uraeus au front et la tête surmontée par le disque solaire accolé à deux grandes rémiges. Sésostris III lui présente à droite un gâteau allongé, à gauche un pain conique. 

 

 

     Approchons-nous maintenant de la vitrine et examinons le monument : avant toute chose, convenez que ce qui ressort et offre à l'ensemble sa superbe harmonie, c'est sa parfaite symétrie.

 

 

Sesostris-III---Linteau-Louvre-E-13983----c--Ch.-Decamps.jpg

(© Louvre - Ch. Décamps)

 

 

     La scène est délimitée, dans sa partie supérieure, par le signe hiéroglyphique du ciel et, dans sa partie inférieure, par la ligne de sol.

 

     De part et d'autre d'un axe constitué de deux colonnes de textes, marquant le centre même de la composition, un personnage coiffé d'une perruque et vêtu d'un pagne tend quelque chose, manifestement en guise d'offrande. Qui est-il ?

 

 

     Pour répondre à cette question, reportons-nous à chacun des cartouches gravés au-dessus de sa tête : vous y lirez aisément son prénom, car je vous l'ai appris il y a peu : Khakaourê.


 

Sesostris-III---Linteau-Louvre-E-13983---Indications-au-de.jpg

 

 

 

      Vous remarquerez d'emblée, par rapport aux cartouches, que d'un côté comme de l'autre, figure la même formulation, au demeurant classique : Le dieu parfait, Maître du Double-Pays (les 5 signes disposés avant le cartouche) et doué de vie (les deux venant après), mais inversée. Cela s'explique - et sur cette consigne aussi j'ai souvent insisté lors de nos rendez-vous au Louvre -, par le fait qu'ils se lisent en allant dans la direction du visage royal : donc, de droite vers la gauche, pour ce qui concerne la portion droite du linteau ; et bien évidemment, de gauche vers la droite, dans la portion gauche. 

 

     Et tant qu'à "enseigner" des rudiments de la langue hiéroglyphique égyptienne du Moyen Empire, permettez-moi un instant encore de revenir sur la disposition des signes à l'intérieur des cartouches pour indiquer que si vous suiviez scrupuleusement la "leçon" que je viens de vous prodiguer, vous devriez lire, dans l'ordre des signes : "Rê - Kha - Kaou", puisque le disque solaire Rê est bien le premier des cinq qui composent l'appellation royale.

 

     Vous êtes là en fait en présence d'une exception à la règle que je viens d'évoquer et qui consiste, par pure politesse protocolaire, par pure révérence vis-à-vis d'une déité, d'obligatoirement noter son nom avant tout autre signe ; inversion graphique que les égyptologues nomment "antéposition honorifique".    

 

 

     Chapeautant la scène en son milieu, en dessous de la représentation du ciel, vous trouverez le disque solaire aux ailes éployées en guise de protection du souverain : Celui de Béhédet, indiquent de part et d'autre les quatre hiéroglyphes à la pointe de l'aile. Il s'agit de la dénomination de l'Horus d'Edfou.

 

 

    Nous avons donc vu qu'adossé à un axe vertical constitué de deux colonnes de textes, marquant le centre même de la composition, Sésostris III tend quelque chose à quelqu'un, manifestement en guise d'offrande.


     Pour comprendre de quoi exactement il s'agit, tournons-nous vers les textes précédant le souverain qui nous permettront d'appréhender l'oblation effectuée :    

 

 

Sésostris III - Milieu Linteau Louvre E 13983 - (© Ch. D

 

 

 

à gauche :  Consacrer un pain blanc ;


et à droite : Offrir le "shât" (pâtisserie)

 

 

     Les mentions optatives concernant le roi - chaque fois une colonne - sont, quant à elles, inscrites dans son dos et forment, je l'ai indiqué, le mitan du tableau.

 

 

     À gauche, nous lisons :  Que l'environnent toute protection et toute vie. Qu'il soit doué de vie, de stabilité et de pouvoir, comme Rê, à jamais.

 

     Et à droite : Qu'il soit en tête des kaou de tous les vivants, à jamais.

 

 

 

     Voilà pour ce qui, dans un premier temps, concerne le geste royal.

 

     Alors que tout à l'heure, j'épinglai la symétrie parfaite qui émane de ce chef-d'oeuvre, j'aimerais, avant de nous quitter, amis visiteurs, que vous vous approchiez davantage de la vitrine et que vous y observiez attentivement le visage du roi. N'y a-t-il rien, qui vous étonne ?, qui vous interpelle ?

 

 

 

De-tail-Visage-Sesostris-III.jpg

(© Thomas LEVIVIER - "La Croix du Nord")


 

     Pardon ? Je n'ai pas bien entendu ...

  

     Oui, c'est l'évidence même, Mademoiselle : il est flagrant qu'à gauche, le roi présente un faciès lisse, volontairement juvénile alors qu'à droite, il semble bien plus âgé. 

 

     Voici donc qu'à l'instar de la ronde-bosse que nous avons analysée mardi dernier, apparaît sur ce linteau la même volonté de médiatisation idéologique : Sésostris III tout à la fois souverain à la force physique indiscutable, comme souvent seule la jeunesse l'autorise ; et souverain sage, vigilant, à l'écoute de son peuple, comme souvent seule la vieillesse le permet.

 

     A moins qu'un artiste ait exécuté deux "portraits réalistes" du souverain : jeune, à gauche, puis quand le roi a vieilli, 20 ou 30 ans plus tard, que le même artiste ou plus vraisemblablement un confrère plus jeune retouche le relief en donnant au roi le visage ridé de droite. 

     (C'était la théorie avancée par Charles Boreux !)

 

     Non ! Restons sérieux ! Voilà une preuve supplémentaire, si tant est qu'il en fallût une, amis visiteurs, que ce pseudo-réalisme que voulurent voir certains égyptologues dans l'art du "portrait" au Moyen Empire, était bel et bien une grossière erreur. En revanche, preuve supplémentaire d'un message de propagande politique, d'une stratégie de persuasion iconographique : nul doute à mes yeux !  

 

   

     Quoi qu'il en soit : à qui Sésostris III fait-il donc offrande ?

 

     C'est ce que je me propose de vous expliquer le 2 décembre prochain pour autant que ne se soit pas affaibli l'intérêt que vous portez à cette oeuvre de grande beauté et, surtout, que ne vous rebute pas trop mes quelques incursions dans la langue hiéroglyphique égyptienne.

 

     A mardi ? 

 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

BOREUX  Charles

A propos d'un linteau représentant Sésostris III trouvé à Médamoud (Haute-Égypte), dans Monuments Piot,  Tome 32, Paris, Librairie Ernest Leroux, 1932, pp. 1-20.

 

 

DRIOTON  Etienne

Envois récents d'Égypte, dans Bulletin des Musées de France, 2ème année, n° 12, Décembre 1930, pp. 262 sqq.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en France
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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 00:00

 

     On sent que le roi, énergique et lointain, éprouve, après un long exercice du pouvoir, devant l'ingratitude des hommes, plus de mépris dédaigneux que de découragement, mais on devine aussi une certaine lassitude.

(...)

   On se demande comment un sculpteur a pu, dans une pierre aussi dure que le granit, donner à la chair une souplesse aussi vivante et aussi vraie.

     Médamoud, sanctuaire créé par Sésostris III, nous a donc livré, de ce roi, une admirable série de portraits réalistes, et réalistes, non pas seulement parce qu'ils indiquent nettement l'évolution d'un visage, de la jeunesse à l'extrême vieillesse, mais aussi, et surtout, parce qu'ils expriment, avec une vérité extraordinaire, la vie intérieure du modèle. 

 

 

 

Jacques VANDIER

Manuel d'archéologie égyptienne

III : Les grandes époquesLa Statuaire

 

Paris, A. et J. Picard & Cie,

pp. 185-6 de mon édition de 1958

 

 

 

     Nous conversions mardi dernier, souvenez-vous amis visiteurs, au sujet des visages royaux et de l'art statuaire souhaité par Sésostris III, de manière à mettre en perspective les concepts de réalisme et d'idéalisation que la réflexion occidentale, - pour ne pas écrire cartésienne -, toujours oppose alors qu'à l'inverse, l'Égyptien de l'Antiquité, pour diverses raisons - dont la finalité funéraire n'est pas étrangère -, n'eut de cesse d'associer réalité et idéalité, portrait et image idéale.

 

     Dans cette perspective, j'avais pensé intéressant de vous faire comprendre combien étaient erronées les conceptions que les égyptologues développèrent quand ils exhumèrent les premières figurations de ce souverain et de son successeur immédiat.

 

     Pendant toute cette semaine, pour assouvir un plaisir personnel, mais aussi en quête d'une exergue qui corroborerait mon propos, j'ai beaucoup lu et, notamment, ce que j'aime peut-être par-dessus tout, les écrits, les rapports de fouilles, les notes de ces savants des premiers temps de l'égyptologie.

     Certes, leurs approximations, leurs tâtonnements, leurs avis péremptoires aussi, inhérents à une science qui n'était que naissante peuvent prêter à sourire maintenant que notre approche de la civilisation égyptienne et de son art a considérablement évolué. Nous ne portons plus nécessairement le même regard sur les oeuvres jadis ainsi commentées mais il n'en demeure pas moins que je trouve personnellement succulente la lecture de ces comptes-rendus tout empreints d'interprétations subjectives pour le moins "audacieuses".

 

     Telle celle de l'égyptologue français Jacques Vandier que j'ai choisie pour vous accueillir ce matin.            

 

 

     Soucieux de rendre hommage à l'oeuvre de réunification de l'Égypte qu'entreprit Montouhotep II, son lointain prédécesseur sur le trône, nous l'avons constaté avec les trois statues londoniennes provenant du temple de ce roi à Deir el-Bahari, dont l'une, BM EA 686 nous accueillit d'emblée, au pied de l'escalier menant au second sous-sol où, depuis le 4 novembre dernier, nous visitons de conserve, vous et moi, l'exposition que lui dédie le Palais des Beaux-Arts de Lille jusqu'au 25 janvier 2015, Sésostris III, ce cinquième souverain de la XIIème dynastie (Moyen Empire), fit, dans la région thébaine, bâtir trois sanctuaires dédiés au dieu Montou, une des divinités cardinales de l'endroit, au culte de nature solaire depuis déjà les Textes des Pyramides, incarné dans un faucon, avant de devenir, au Nouvel Empire, le dieu belliqueux dont vous avez certainement entendu parler, alors identifié en tant que "dieu de la guerre", fonction que lui attribua le clergé de Karnak quand il décida qu'Amon deviendrait "roi des dieux" dans le nome de Thèbes.

 

     Vous aurez aussi évidemment noté que "Montou" fut choisi pour entrer dans la composition du nom de trône de certains des premiers rois du Moyen Empire, Montouhotep signifiant : "Montou est satisfait".

 

     Si deux des sanctuaires voués à Montou, ceux de Ermant et de Tôd, ont déjà été reconstruits à l'époque des fondateurs de la dynastie, Amenemhat Ier et Sésostris Ier - ce dernier étant, souvenez-vous, le souverain du Conte de Sinouhé -, de sorte que Sésostris III n'estime apparemment pas devoir leur consacrer une attention n'excédant pas quelques petits travaux de réfection, au niveau du troisième, tout au contraire, à Médamoud, situé quelque cinq kilomètres à peine au nord-est de Karnak, il fonde un temple de grande envergure - l'enceinte rectangulaire d'une épaisseur de 5,50 mètres mesure  98 x 61 mètres -, précédé d'une avant-cour d'une trentaine de mètres, et accompagné de magasins et d'habitations accessibles par des ruelles.

 

     C'est à l'archéologue et égyptologue français Fernand Bisson de la Roque (1885-1958) que nous devons, à partir de 1925 et jusqu'en 1933, au nom de l'I.F.A.O. (Institut français d'archéologie orientale) et du Musée du Louvre, les fouilles - consignées au sein de différents rapports -, de ce temple du Moyen Empire alors complètement détruit, mais dont maints monuments avaient été fort heureusement conservés dans les fondations du temple d'époques ptolémaïque et romaine ; fouilles menées ensuite pour les mêmes commanditaires, par Clément Robichon et Alexandre Varille jusqu'en 1938.

 

     Ci-dessous, une vue des vestiges au niveau du portique ptolémaïque : immense merci à Lilian Postel, - un des intervenants du samedi après-midi, lors de la Journée d'étude à Lille, en octobre dernier -, Maître de conférences en égyptologie à l'Université Lumière-Lyon 2 à qui, depuis 2003, échoit la tâche de poursuivre les recherches sur le site et qui a eu l'immense gentillesse de m'offrir quelques-uns de ses clichés personnels pour illustrer mes propos.  

 

01. Portique ptolémaïque

 

     Près de cent cinquante pierres pourvues d'un décor de la XIIème dynastie, ainsi que des statues de Sésostris III, - en nombreux fragments malheureusement -, furent dès 1925 mises au jour par Bisson de la Roque.

 

     L'accès au sanctuaire proprement dit, au-delà de l'avant-cour, nécessitait de franchir une porte monumentale dont le linteau, amis visiteurs, ne vous est plus inconnu puisque, dernièrement, je vous en avais montré un dessin en rapport avec la fête-sed du roi, emprunté au forum espagnol Egiptomaniacos ; dessin réalisé à partir du monument que vous avez peut-être vu au Musée du Caire (JE 56497).

 

     L'accès aux ruelles desservant les magasins s'ouvrait, quant à lui, à l'est en franchissant une porte en calcaire dont le linteau (E 13983), de grande beauté, appartient désormais au Musée du Louvre, à la suite du partage des fouilles. Et pour notre plus grand plaisir, il a quitté la vitrine 13 dans laquelle, à Paris, il fait l'admiration de tous, salle 23 de l'Aile Sully, au premier étage du Département des Antiquités égyptiennes, entre deux des fenêtres donnant sur la Cour Carrée, pour venir s'exposer devant nous, au Palais des Beaux-Arts.

 

     Au Louvre, comme ici, à Lille, sur un socle placé à gauche du linteau, une statue assise (E 12960

 

Sesostris III - Louvre E 12960

 

 

et sur un autre présentoir, plus à droite, un buste (E 12961),

 

Sesostris-III---Louvre-E-12961.jpg

 

 

provenant du même don égyptien précèdent le somptueux bas-relief  : ce sont deux monuments que j'ai très - trop ? - rapidement cités la semaine dernière, et sur lesquels je souhaiterais maintenant plus spécifiquement attirer votre attention en comparant leur analyse en vigueur au milieu du XXème siècle à celle des historiens de l'art actuels ; et cela, avant d'enfin consacrer notre rencontre de mardi prochain au fameux linteau.

 

     Délectation personnelle d'un littéraire, m'opposerez-vous. Certes. Et pourquoi pas ?

 

     L'Histoire, l'Histoire de l'art, c'est cela aussi : prendre conscience, en étudiant nos maîtres, d'une bienvenue évolution de la pensée débouchant sur une nécessaire remise en question ... sans toutefois - et là, je pare d'emblée à d'éventuels arguments qui me seraient opposés -, tomber dans un inacceptable et indéfendable révisionnisme : il est indéniable que ces premiers égyptologues défricheurs d'un savoir en devenir nous ont tout appris. À nous maintenant, forts des avancées de la science qu'ils ont permises, de parfois affiner certaines des affirmations anciennes. 

 

 

     Les deux statues de Sésostris III que nous venons de rencontrer dans la première section de l'exposition lilloise furent réalisées dans un matériau fort semblable à mon avis de néophyte en la matière puisque Guillemette Andreu, Directrice honoraire du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, dans l'ouvrage de 1997 référencé en note infrapaginale, indique le gabbro dioritique pour la première (E 12960) et le gabbro porphyrique pour la seconde (E 12961), alors que dans le catalogue de la présente exposition, elle note respectivement diorite porphyrique pour l'une et gabbro porphyrique pour l'autre.

 

     Quoi qu'il en soit, ce duo de toute beauté offert à la France en 1927, fut exhumé du site de Médamoud par Fernand Bisson de la Roque qui, dans la relation de ses travaux de 1925, écrit :

 

     " ... morceaux de plus d'une douzaine de statues de Sésostris III ont été trouvés soit sous le niveau du dallage du temple ptolémaïque, soit au-dessus de ce dallage. Certaines de ces statues ornaient le temple ptolémaïque et semblent avoir été brisées par les coptes qui les ont utilisées dans les fondations des murs de leurs installations."

 

     La première oeuvre, (E 12960), irrémédiablement brisée au niveau des mollets, et partiellement mutilée au visage 

 

 

Sésostris III - Louvre E 12960 - © C. Décamps

(© C. Décamps)

 

 

donne à voir un souverain aux traits juvéniles, assis sur un siège cubique muni d'un pilier dorsal : cet appui, ainsi que les flancs du trône sont parfaitement anépigraphes, alors que des hiéroglyphes gravés en colonnes de part et d'autre de ce qu'il subsiste des jambes royales précisent, à gauche : L'Horus Neter-Kheperou, le fils de Rê, Sésostris ... et, à droite : L'Horus Neter-Kheperou, le roi de Haute et Basse-Égypte, Khakaou-Rê

 

     Le roi, coiffé du némès, est simplement vêtu d'un pagne plissé (shendjyt, comme le momme la littérature égyptologique) sur lequel il pose les mains et dont la boucle de ceinture décline l'identité : Khakaourê. Comme seul ornement personnel, il porte sur la poitrine un collier fait de perles tubulaires au bout duquel pend une amulette bilobée que perce une sorte d'épine : l'objet laisse encore de nos jours la communauté égyptologique entièrement perplexe quant à sa signification.

 

     Concernant cette statue, Vandier, au tome III de son manuel écrivit :

 

     "... c'est manifestement la jeunesse que l'artiste a voulu exprimer : le visage est plus rond, les méplats, plus réguliers, les poches sous les yeux, moins creusées ; la bouche est sérieuse, mais non pas amère, et le regard est moins douloureux. Le corps est modelé avec soin, sans exagération."

 

     Vous aurez évidemment compris qu'il établit sa description en comparaison avec un autre visage du souverain : il s'agit en fait du buste (E 12961) placé à  la droite, ici à l'exposition, comme au Louvre d'ailleurs.

 

 

Sésostris III - Louvre E 12961

 

 

     Il semblerait que le roi, lui aussi assis à l'origine - c'est à tout le moins ce que suggère le début de son avant-bras gauche, plié -, présente, malgré les importantes déprédations au niveau de la face, des traits bien plus vieillis que l'effigie précédente.

 

     C'est ce qu'expliqua Jacques Vandier :

 

     " Le visage est maigre et ravagé, la bouche encore plus arquée et plus tombante exprime plus que du dédain, presque du dégoût ; les plis du menton s'affaissent, la tête s'incline légèrement en avant, les poches, sous les yeux, se creusent, le corps est plus étriqué, tous les stigmates de la vieillesse sont marqués avec soin.

 

 

     Voilà donc, amis visiteurs, concernant ces deux oeuvres majeures, ce que vous auriez pu découvrir dans la littérature égyptologique du milieu du XXème siècle, ce que vous auriez probablement pu entendre ces années-là, si vous aviez suivi les commentaires d'un guide du Louvre.

 

     Mais pourquoi diable n'est-il jamais établi de comparaison entre un visage parfois défini comme âgé et un corps lui-même, je le rappelle au passage, toujours modelé à l'instar de celui d'un jeune homme à la musculature puissante et plus qu'avantageuse ?

 

     De nos jours, un demi-siècle plus tard, que reste-t-il de ces théories ? Pas grand chose en vérité, sinon leur obsolescence dans la mesure où des historiens de l'art tels Roland Tefnin et, à sa suite, Dimitri Laboury ont définitivement démontré avec brio que ces physionomies différentes attribuées par un même artiste au même moment de l'élaboration d'une série de statues du même souverain ne pouvaient ressortir qu'à un autre domaine que celui du "portrait" psychologique réaliste.

 

     C'est assurément vers la notion d'idéologie du pouvoir qu'il nous faut dorénavant nous tourner pour comprendre la statuaire de Sésostris III : le roi aux grandes oreilles, le roi "vieilli", devenu "las", aux yeux cernés, aux rides avérées ... mais au corps d'athlète constitue en fait l'image sémiotique qu'il souhaita donner de lui, désireux d'être compris par tous comme vaillant, prêt et capable d'intervenir en cas de danger, un monarque vigilant, à la sollicitude toujours en éveil, à l'écoute bienveillante pour son peuple.

 

     Un monarque qui entendit que fussent reconnues, dans leur essence même, ses qualités de monarque.

     

     Vraies ou fausses ? Cela relève d'un autre débat ...

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

 

ANDREU Guillemette/RUTSCHOWSCAYA Marie-Hélène/ZIEGLER Christiane

L'Égypte ancienne au Louvre, Paris, Éditions France Loisirs, 1997, pp. 92-5. 

 

 

BISSON DE LA ROQUE  Fernand 

Rapport sur les fouilles de Médamoud, 1925, Le Caire, FIFAO 3, 1926, p. 32.

 

ID.

Les fouilles de l'Institut français à Médamoud de 1925 à 1938, dans RdE 5, Le Caire, I.F.A.O., 1946, pp. 25-44. 

 

 

DELANGE  Élisabeth

Catalogue des statues égyptiennes du Moyen Empire, Paris, Édition de la Réunion des musées nationaux, 1987, pp. 24-8. 

 

 

LABOURY  Dimitri

Le portrait royal sous Sésostris III et Amenemhat III. Un défi pour les historiens de l'art égyptien, dans Egypte, Afrique & Orient 30, Avignon, Centre vauclusien d'égyptologie, 2003, pp. 55-64.

 

ID.

Réflexions sur le portrait royal et son fonctionnement dans l'Égypte pharaonique, dans KTEMA, Civilisations de l'Orient, de la Grèce et de Rome antiques, Volume 34, Recherches sur le portrait dans les civilisations de l'Antiquité. Représentation individuelle et individualisation de la représentationUniversité de Strasbourg, 2009, pp. 175-96. 

 

 

TEFNIN  Roland

Les yeux et les oreilles du Roi, dans BROZE M. et TALON Ph., L'Atelier de l'orfèvreMélanges offerts à Philippe Derchain, Louvain, Peeters, 1992, pp. 147-56.

 

 

VANDIER JacquesManuel d'archéologie égyptienne. III : Les grandes époques La Statuaire, Paris, Éditions A. et J. Picard & Cie,  1958, pp. 185-6.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en France
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18 novembre 2014 2 18 /11 /novembre /2014 00:00

 

     Cet irrésistible appel à reconnaître intuitivement, sans raisonnement, passionnément, dans l'être-là de la statue, un être qui doit avoir vécu et ne pouvait que lui être conforme, ressemble bien, à une sorte de vertige, qu'on pourrait appeler "vertige du réalisme".   

 

 

 

Roland  TEFNIN

Les yeux et les oreilles du Roi

 

pp. 147-56

 

 

 

     Après avoir découvert une première figuration de Sésostris III (BM EA 686) au bas de l'escalier menant à l'exposition qui lui est consacrée au Palais des Beaux-Arts de Lille dans lequel nous déambulons, vous et moi, amis visiteurs, depuis le 4 novembre dernier, et nous être posé l'une ou l'autre question quant à la statuaire royale égyptienne de cette partie de la XIIème dynastie, nous nous sommes avancés vers l'oeil électronique qui déclencha l'ouverture de la porte coulissante sur notre droite : enfin, nous pénétrions dans l'espace muséal proprement dit et, d'emblée, étions accueillis par le prestigieux hôte de ces lieux, dont la magnifique tête en quartzite, actuellement la propriété du Nelson-Atkins Museum of Art (Inventaire n° 62-11), de Kansas City, s'affiche, tronquée plus souvent qu'entière, tant sur les murs des couloirs du métro parisien, que dans les rues de Lille, habillée de jour comme de nuit,

 

Affiche-Sesostris-III--17-octobre-2014--091.jpg            Affiche-Sesostris-III--17-octobre-2014--177.jpg

 

 

Catalogue Sésostris III (15-11-2014)

 

 

ou sur la première de couverture du catalogue de l'exposition, ainsi que du Plan/Guide de visite ...

 

 

     Dans les archives de ce musée du Missouri qui doit vous être "familier" puisqu'en mars 2011 nous y avions admiré, rappelez-vous, une statue en bois de Metchetchi, nulle mention qui se prévaudrait de l'origine de la tête exceptionnelle de Sésostris III. Unique indication : elle fut achetée par le W. Rockhill Nelson Trust en 1962. Ce qui, vous en conviendrez, se révèle archéologiquement bien maigre.


     Nonobstant, dans la notice qu'il lui consacre à la page 43 du catalogue officiel que j'évoquai à l'instant, Simon Connor, Docteur en égyptologie de l'Université libre de Bruxelles, se basant sur ses dimensions (45 centimètres de hauteur, 34,3 de largeur et 43,2 de profondeur) avance qu'avec d'autres fragments disséminés dans d'autres musées, il se pourrait qu'elle appartienne à l'une des statues assises du souverain mises au jour à Tell Nabasha et Tell el-Moqdam (Delta oriental), actuellement dans les collections du British Museum.  

 

     Mais là ne réside pas l'essentiel sur lequel il m'agréerait, ce matin, de vous entretenir : tout acquis aux théories des Professeur Roland Tefnin, de l'Université libre de Bruxelles, auquel j'ai emprunté l'incipit de ce mardi et Dimitri Laboury, de l'Université de Liège, le second ayant été le brillant étudiant du premier, je voudrais, dans un premier temps, vous rendre attentifs à quelques particularités de la physionomie de Sésostris III au départ de ce visage qui nous accueille aujourd'hui, puis, dans un second, en en examinant d'autres dans la première section de l'exposition.

 

     Il ne fait pour moi aucun doute que votre regard, au-delà du nez brisé qui défigure très souvent les statues égyptiennes, s'est posé avec interrogation sur deux traits caractéristiques de ce visage : l'ampleur démesurée des oreilles du souverain et le traitement de ses yeux.

 

     Si, de tels pavillons, Edmond Rostand avait affublé son Cyrano, je gage que ce n'eût pas été à propos de son nez qu'il se fût gaussé dans cette éblouissante tirade qui le rendit célèbre.

 

     Pouvez-vous concevoir un seul instant, amis visiteurs, que des oreilles aussi épaisses, aussi largement déployées aient été l'apanage d'un humain normalement constitué ? Qu'elles aient en outre été une tare qui perdura de maison royale en maison royale au point d'ainsi marquer pendant des siècles - en fait, jusqu'à la XVIIème dynastie ! -, du sceau d'un stigmate ressortissant au domaine de la tératologie humaine - à l'instar, souvenez-vous, de certaines plantes du Jardin botanique de Thoutmosis III relevant de la tératologie végétale -, les portraits des souverains qui se sont succédé sur le trône d'Égypte ?

 

     Pis : pouvez-vous un seul instant imaginer que les artistes pharaoniques furent, quelque trois cents cinquante ans durant, incapables de rendre dans la pierre l'exacte dimension, l'exact profil d'une oreille ?

 

     Dès lors, si aucune anomalie congénitale il n'y eut ; si pas davantage incompétence dans le chef des artistes il n'y eut, comment analyser ce "détail" du visage de ce roi ?

 

     Autre caractéristique de son faciès qui doit aussi manifestement vous interpeller : la manière dont l'artiste a traité ses yeux. Globuleux, saillants, encadrés par une paupière lourde, anormalement épaisse, et soulignés par quelques cernes, ils sont en outre surmontés par des rides qui barrent le front, entre le némès et l'arcade sourcilière bien marquée. 

 

     Dès lors, si aucune anomalie congénitale il n'y eut ; si pas davantage incompétence dans le chef des artistes il n'y eut, comment analyser ces "détails" de la physionomie de Sésostris III ?


     D'abord en réfutant catégoriquement les analyses des premiers exégètes de la statuaire de la XIIème dynastie - mais leurs "explications" ont-elles vraiment et définitivement disparu en ce début de XXIème siècle ? -, qui voulurent y voir des preuves absolument incontestables, des preuves on ne peut plus réalistes de la lassitude, de l'épuisement d'un monarque âgé, fatigué par un règne éreintant.

 

     Ah, ce réalisme que les premiers égyptologues prêtèrent aux figurations de Sésostris III ! Est-il si évident, ce réalisme, quand on a l'opportunité d'examiner des oeuvres plus complètes ?

 

     Pour aller à leur rencontre, pénétrons, voulez-vous, plus avant dans la première section de l'exposition

 

Vue-d-ensemble---premiere-partie-expo.jpg

 

et dirigeons-nous vers le mur du fond, sur notre droite.

 

     Toutes deux ont été prêtées par le Musée du Louvre parisien. 

 

     L'une, (E 12961)

 

      Sesostris-III---Louvre-E-12961.jpg

 

 

avant de venir ici à Lille, s'y trouvait exposée au premier étage de l'aile Sully, en cette salle 23 dévolue au Moyen Empire, sur un socle à droite de la vitrine 13 dans laquelle on admire un célèbre linteau (à Lille également, et sur lequel je reviendrai vraisemblablement bientôt ...) ; et l'autre, (E 12960), sur le socle de gauche.

 

 

Sesostris-III---Louvre-E-12960---c-C.-Decamps.jpg

(© Louvre - C. Décamps)

 

 

     Toutes deux ont été réalisées dans le même matériau - de la diorite porphyrique, parfois aussi nommée gabbro - et proviennent du même temple de Médamoud, en Haute-Égypte, voué par Sésostris III au dieu Montou.  

             

     Doit certainement ici aussi vous sauter aux yeux, amis visiteurs, - tout comme avec les statues du Bristish Museum que nous avons découvertes mardi dernier, grâce à un cliché de mon amie liégeoise Christiana (encore merci à toi), dont celle de gauche (BM EA 686) nous attendait devant le mur jaune, au pied de l'escalier menant à ce second sous-sol -,


 

Sésotris III (les 3 du British - Christiana)

 

 

le torse du souverain, à chaque fois voulu idéalement jeune - épaules larges, pectoraux de rêve, ventre plat, taille fine -, fait probablement pâlir d'envie bien des adeptes des actuelles salles de musculation.  

 

     Peut-on encore de nos jours, et sans provoquer l'hilarité générale, alléguer la notion de réalisme pour caractériser la statuaire de Sésostris III - et plus tard, de son successeur, Amenemhat III -,  quand on prend conscience de cette flagrante incompatibilité qui existe entre son visage aux oreilles anormalement démesurées, aux yeux prétendument fatigués par le pouvoir, aux rides censées souligner la vieillesse et ... sa parfaite musculature juvénile ?

 

     Posons maintenant - c'est inévitable -, la question tout autrement : et si ces oreilles, et si ces yeux, et si ce visage, et si ce torse étaient à considérer, non comme de simples attributs physiques, mais plutôt comme de vrais concepts ?

 

     Pour les oreilles, par exemple, la notion évidente de l'écoute, de l'attention portée aux propos de l'autre, de la vigilance envers autrui serait incontestablement convoqué. Alors, et sans hésitation aucune, pourrais-je faire mienne cette interprétation de Roland Tefnin qui voyait en elles : "l'image sémiotique du roi qui écoute et comprend, du roi bienveillant et communicateur."

 

     Et relèverait d'un même processus sémiologique le fait d'attribuer au roi, au niveau des yeux, des rides, des cernes, des traits d'un visage que l'on a défini par le passé comme exagérément las, alors qu'ils soulignaient plus spécifiquement des concepts tels que la sollicitude, la vigilance et son intérêt pour son peuple.


    Un peu de fatigue, certes, mais nullement négative puisque, parallèlement, nous l'admirons dans tout l'éclat de sa jeunesse physique ; comprenez : mise en évidence de sa vaillance, de sa capacité d'éventuellement se battre pour le bien-être du Double Pays.

 

     Grâce à ces portraits en ronde-bosse - ou en bas-relief, comme nous le verrons bientôt -, vous êtes donc là en présence, amis visiteurs, de signifiants physiques délibérés, parfaitement étudiés par les artistes, soutenus qu'ils étaient par le pouvoir, aux fins de mettre en exergue les éléments cardinaux d'une expression médiatique semblable à celle, - il vous faut en être conscients -, que vous lirez à l'envi dans la littérature de l'époque qui, grâce à la médiation de contes, d'instructions et d'hymnes royaux met en évidence les indiscutables aptitudes de gouvernant de Sésostris III.  

 

     En d'autres termes, ces compétences royales que traduit l'oeuvre sculptée, compréhensibles par le plus grand nombre auquel l'image "parlait", et qu'évoque l'oeuvre littéraire, comprise seulement par une certaine élite intellectuelle, tendent vers une seule et même finalité : faire admettre aux Égyptiens le message, éminemment politique, éminemment idéologique aussi, d'un roi hors du commun, d'un roi idéal qui n'est à la tête du pays et de ses habitants que pour permettre à la Maât de prendre jour après jour le pas sur Isefetque pour permettre au Bien de triompher du Mal

 

     Bien avant que notre Occident s'imagine qu'au commencement était le verbe, les Égyptiens avaient déjà compris que, pour atteindre la majorité de la population, il fallait s'organiser pour qu'au commencement fût l'image.

 

     Propagande politique ? Manipulation idéologique avant la lettre ?

     Cela pourrait en effet se concevoir ...et constituer un autre débat ...

 

     Pour l'heure, - et en pastichant quelque peu le titre d'un article de l'égyptologue allemand Dietrich Wildung, spécialiste de cette époque -, je me contenterai de conclure en avançant que la statuaire de Sésostris III, magnifiquement mise en valeur dans cette exposition que nous découvrons de conserve, semaine après semaine au Palais des Beaux-Arts de Lille, peut être envisagée comme un remarquable écrit ... sans écriture.

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

LABOURY  Dimitri

Le portrait royal sous Sésostris III et Amenemhat III. Un défi pour les historiens de l'art égyptien, dans Egypte, Afrique & Orient 30, Avignon, Centre vauclusien d'égyptologie, 2003, pp. 55-64.

 

ID.

Réflexions sur le portrait royal et son fonctionnement dans l'Égypte pharaonique, dans KTEMA, Civilisations de l'Orient, de la Grèce et de Rome antiques, Volume 34, Recherches sur le portrait dans les civilisations de l'Antiquité. Représentation individuelle et individualisation de la représentation, Université de Strasbourg, 2009, pp. 175-96. 

 

 

 

TEFNIN  Roland

Les yeux et les oreilles du Roi, dans BROZE M. et TALON Ph., L'Atelier de l'orfèvreMélanges offerts à Philippe Derchain, Louvain, Peeters, 1992, pp. 147-56.

 

 

 

WILDUNG  Dietrich
Ecrire sans écriture. Réflexions sur l'image dans l'art égyptien, dans TEFNIN Roland (s/d) La peinture égyptienne ancienne. Un monde de signes à préserver, Monumenta Aegyptiaca 7, (Imago 1), Bruxelles, F.E.R.E., 1997, 11-6. 

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en France
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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 00:00

 

      Seule une momie de pharaon, lorsqu'elle a été préservée, donne peut-être une information de première main sur la vie privée du sujet : quel était réellement son aspect, de quelles maladies a-t-il souffert, de quoi est-il mort ?

     Dans le cas précis des rois du Moyen Empire égyptien, cette information-là n'est même pas disponible, aucun corps n'ayant été retrouvé dans les chambres funéraires des pharaons de la XIIème dynastie.

     Que reste-t-il, alors, d'une éventuelle biographie de Sésostris III ?

 

 

 

Pierre  TALLET

Sésostris III et la fin de la XIIème dynastie

 

Paris, Pygmalion, 2005

p. 8

 


 

     La semaine dernière, souvenez-vous amis visiteurs, je vous ai conviés à délaisser un temps notre "terrain de jeu" habituel, la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Louvre et à emprunter, qui sa voiture, qui le Thalys en provenance de Paris ou de Bruxelles aux fins de tous nous retrouver dans la plus flamande des villes françaises,

 

Frontons-a-redans.jpg

 

 

dans cette si belle "Capitale des Flandres", comme la tradition aime à définir la métropole lilloise ; puis, plus spécifiquement encore en son prestigieux Palais des Beaux-Arts,

 

 

Palais-des-Beaux-Arts.jpg

 

le plus grand musée de France, après le Louvre, évidemment.

 

     Les conditions atmosphériques s'y prêtant admirablement, j'avais pour ma part, observateur admiratif de ces pignons flamands à pas de moineaux, préféré m'y rendre au pas de course, en voiture décapotée ...


 

--Mon---capot-.jpg

 

 

     En prémices à l'"événement" pour lequel nous avons tous consenti ce déplacement vers le Nord, nous découvrîmes le samedi matin, dans l'atrium,

 

 

 Atrium-blanc.jpg

 

une autre exposition - Voyage au bout de la vie - proposant la réflexion personnelle de deux artistes contemporains, Antony Gormley et Wolfgang Laib, quant à la croyance égyptienne en une éternité post mortem.

 

     Nous étions ensuite descendus vers le deuxième sous-sol pour nous arrêter au bas des marches, devant l'entrée de l'espace muséal proprement dit faisant la part plus que belle à un souverain égyptien et à son époque, la XIIème dynastie (Moyen Empire), intitulé Sésostris III, pharaon de légende ; titre qui, ceci précisé au passage, reprend la première partie de celui d'un article fondateur que Michel Malaise (Université de Liège) publia en 1966 dans la Chronique d'Égypte ; ce dernier ajoutant pour sa part : ... et d'histoire

 

 

 Mur jaune, niche Sésostris British Museum

 

 

     L'aire dédiée à cette toute première manifestation égyptologique lilloise fut par les Commissaires, Mesdames Guillemette Andreu-Lanoë, Conservatrice générale et Directrice honoraire du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre à Paris et Fleur Morfoisse, Conservatrice des Antiquités et des Arts décoratifs du Palais des Beaux-Arts de Lille, subdivisée en quatre sections distinctes, géométriquement d'inégale importance, certes, mais toutes d'un très grand intérêt.

 

 

Sesostris-III---Plan-exposition--OsirisNet-.jpg

 

(©  OsirisNet - Merci Thierry)

 

 

     Si la deuxième partie de l'itinéraire qui sera nôtre dans les semaines à venir - Un Empire toujours plus vaste, (en rouge sur le plan ci-dessus) -, mettra l'accent sur l'aspect guerrier de la personnalité du souverain, ainsi que sur les fouilles entreprises voici un demi-siècle par l'Université de Lille III sur les terres de la Nubie soudanaise qu'il avait jadis conquises ; si la troisième - Le monde des dieux, le monde des morts, (en bleu sur le même plan) -, évoquera les croyances religieuses et les rites funéraires, et nous offrira en outre l'opportunité d'accéder à l'intérieur de la chapelle du nomarque Djehoutyhotep, à Deir el-Bersheh, monument reconstitué en 3D ; et si la quatrième et dernière - La légende de Sésostris, (en vert) -, insistera sur la vénération posthume dont il fut gratifié, c'est évidemment la toute première section - Le pharaon, sa cour et ses sujets, (en jaune) -, qui monopolisera d'abord notre attention.

 

     Vous vous doutez bien, j'espère, que je n'aurai ici, au sein de mon modeste blog, nulle prétention à l'exhaustivité : j'escompte en effet plébisciter des pièces qui me paraissent représentatives ou qui constituent des "coups de coeur" particuliers, aux fins de créer chez vous un inextinguible besoin : celui de vous rendre toutes affaires cessantes à Lille.  

 

     De sorte qu'à l'heure actuelle, je suis dans l'incapicité totale d'estimer le laps de temps pendant lequel, de mardi en mardi, je vous retiendrai en son Palais des Beaux-Arts pour admirer de conserve les "trésors" que cette remarquable exposition recèle, - je me suis laissé dire qu'il s'agissait de la première au monde entièrement consacrée à ce souverain, le cinquième d'une XIIème dynastie qui en compta huit.

 

 

      Le Professeur Malaise, Sésostris ... Les plus assidus parmi vous se souviendront peut-être de ces deux noms associés pour avoir lu ici, sur mon blog, la traduction que j'avais proposée à l'été 2012 du célèbre Roman de Sinouhéréalisée sous la férule du Maître lors de mes études à l'U.Lg.

     Mais là, il s'agissait de Sésostris Ier

 

     Alors que les enseignants des écoles secondaires nous ont à l'envi essentiellement familiarisés avec les incontournables Thoutânkhamon et Ramsès II, que savons-nous du Sésostris "lillois", mis à part qu'il fut le troisième et dernier du nom ?

 

      De quelles sources disposons-nous en vue d'esquisser la personnalité de ce souverain ?

     

     Convoquons d'abord à la barre, voulez-vous, les auteurs classiques tels Aristote, Erathostène, Strabon, Diodore de Sicile, Pline l'ancien, Hérodote bien sûr, le premier d'entre eux, pour ne citer parmi tant d'autres que ceux auxquels j'ai déjà moult fois fait allusion, qui l'évoquent peu ou prou, mêlant sans discernement des événements que l'on sait maintenant avoir été propres à Amenemhat Ier ou à Sésostris Ier, ses prédécesseurs immédiats à la même XIIème dynastie, voire à Séthi Ier ou à Ramsès II, lointains successeurs de la XIXème dynastie, pour brosser la geste du souverain en lui prêtant qui le nom de Sésonchôsis, qui celui de Sésoôsis, ou Séthosis, ou encore Sostris ... 

 

     S'autorisant de la tradition grecque, la communauté égyptologique contemporaine retient Sésostris.

 

     Pour les anciens Égyptiens, il naquit Senousret, comprenez : "L'homme de la Puissante", c'était son nom de "Fils de Rê", entouré d'un cartouche, son "praenomen", diront plus tard les Romains, la cinquième et dernière appellation de sa titulature. Puis, en guise de nom de trône, de nom de roi de Haute et Basse-Égypte donc, constituant la quatrième appellation de sa titulature officielle - elle aussi inscrite dans un cartouche -, il choisit personnellement Khakaourê, c'est-à-dire : les Ka(ou) de Rê apparaissent  :


 

Cartouches-de-Sesostris-III.jpg

 

 

     Tout se complique aux yeux des égyptologues quand il s'agit de considérer sa famille. L'absence et l'imprécision des documents exhumés sont telles qu'une extrême prudence s'impose. Ainsi Pierre Tallet estime-t-il, quand il aborde ce sujet, devoir assortir ses propos d'adverbes ou de locutions adverbiales portant haut l'incertitude (probablement, peut-être, sans doute) ou encore de formules introductives peu péremptoires (il est vraisemblable que, il est possible que), sans oublier l'emploi du mode conditionnel dans la conjugaison de ses verbes.  

 

     Foin de circonlocutions, mais néanmoins gantés, fournissons ici quelques données : succédant à Sésostris II, "notre" Sésostris III serait le fils de Khenemet-nefer-hedjet, entendez : "Celle qui s'unit à la couronne blanche"une des épouses de ce prédécesseur.

     Toutefois, cela ne signifie nullement que Sésostris II soit bien son père.

 

     Ce qui "ravit" les généalogistes et entraîne en leur chef d'interminables discussions, c'est que la propre compagne de Sésostris III portait elle aussi le nom de Khenemet-nefer-hedjet.

Parfois, dans les documents d'époque, l'homonymie entre les deux reines, mère et belle-fille, entraîna la nécessité d'ajouter un adjectif évaluant approximativement son "âge" : ouret, l'ancienne et khered, la jeune ; ce qui devint en Égypte par la suite habitude récurrente dans semblables circonstances.  

 

     Je ne pense pas que s'en souvinrent les hommes du Moyen Âge qui, quand ils souhaitèrent établir une distinction entre les différents Jean, Jacques, Pierre ou Paul qui de plus en plus peuplaient les villages, les affublèrent eux aussi de surnoms qui les caractérisaient, comme vieux, jeune, grand, petit, beau, etc. De sorte qu'au moment de l'Ordonnance de Villers-Cotterêts signée par François Ier en 1539 pour imposer la langue française dans les écrits administratifs, notamment dans les registres d'Etat-Civil qui remplacèrent les anciens registres paroissiaux tenus par les ecclésiastiques, cela donna naissance à ce que l'on appelle désormais nos noms de famille.

    

     Lejeune, pour ne prendre qu'un exemple parmi les plus importants , - à tout le moins les plus fréquents, voire les plus banals -, doit comme beaucoup d'autres son origine à cette coutume onomastique inhérente vraisemblablement plus à l'accroissement de la population médiévale qu'à la réminiscence des appellations égyptiennes.

 

     Mais revenons à Sésostris III pour ajouter que la reine Khenemet-nefer-hedjet (la jeune) qui, si l'on en croit la statuaire, semble être la principale de ses épouses officielles, n'est pas nécessairement la mère de son fils et successeur Amenemhat III dans la mesure où aucune source ne nomme celle qui réellement le mit au monde.

 

     Jusque là, vous me suivez tous ?   

 

 

     Avant de franchir la porte vitrée, là-bas, sur notre droite,

 

 

 Entrée exposition Sésostris III

 

portons notre regard sur la toute première oeuvre, la statue présentée sur le socle qui se détache de ce "petit pan de mur jaune", face à nous. 

 

 

     Détenue par  le British Museum (BM EA 686), provenant de la colonnade supérieure du temple funéraire de Montouhotep II, à Deir el-Bahari, elle fut taillée dans du granodiorite.

 

Sesostris-III--British-Museum.jpg

(© British Museum)

 

 

     D'une hauteur de 142 centimètres, d'une largeur de 56 et d'une profondeur de 53, elle nous familiarise avec une première figuration de Sésostris III debout, relativement mutilé au niveau des membres : jambes et bras ont disparu, ne susistant que les mains ouvertes posées à plat sur son pagne à devanteau triangulaire, dans l'attitude révérencieuse qui s'imposait face à une divinité mais qui, eu égard à son emplacement d'origine, matérialise plus certainement le respect dû à ce Montouhotep II qui réunifia l'Égypte à la XIème dynastie, après les troubles de la Première Période Intermédiaire qui suivirent la chute de l'Ancien Empire.


     Ce monument faisait d'ailleurs partie d'un ensemble de sept effigies identitaires semblables que le roi avait souhaitées grandeur nature aux fins que son peuple les aperçût depuis la rive opposée du Nil, à Karnak, et qu'il comprît ainsi à travers elles la déférence, la reconnaissance qu'il vouait à celui qui l'avait devancé sur le trône de quelque 150 années.


 

     Trois d'entre elles vous attendent côte à côte si, d'aventure, vous vous rendiez à Londres, avec, les chapeautant, deux fragments de linteau présentant le dessus d'un des cartouches du souverain ....

 

 Sesotris-III--les-3-du-British---Christiana-.jpg

(Merci à toi, Christiana pour ce beau cadeau ...)

 

 

     Déprenez-vous, amis visiteurs, de cette idée - qu'eurent d'ailleurs les premiers égyptologues bien avant vous, je vous rassure ! -,  que vous êtes là en présence de photographies pétrifiées et en trois dimensions, pour reprendre l'excellente image de l'égyptologue belge Dimitri Laboury ; que vous êtes en présence de portraits volontairement réalistes d'un homme vieilli, logiquement fatigué par la vie ou d'un roi usé par la fonction ...

 

     D'abord, et même si les "écoles" égyptologiques ne parviennent pas encore à se mettre d'accord quant à son ascendance et à sa descendance, je viens tout à l'heure de quelque peu insister là-dessus, et guère plus sur la longueur de son règne, il paraît vraisemblable qu'il ne gouverna qu'une petite vingtaine d'années, 19 ans constituant le nombre actuellement retenu.

     Exit donc l'argument qui voudrait qu'il portât sur son visage les stigmates d'un pouvoir qui l'eût épuisé avant l'heure !

 

     Ensuite, je n'aurai, en cela précédé par le grand connaisseur de l'art égyptien qu'était feu l'égyptologue belge Roland Tefnin et par son épigone de talent qu'est mon ami Dimitri Laboury, qu'une question à vous poser pour définitivement mettre à mal cette conception surannée : pensez-vous vraiment que les artistes égyptiens de cette époque étaient à ce point incompétents qu'ils ne furent pas à même, alors qu'ils étaient aptes à vieillir les traits d'un visage dans la pierre, d'obtenir semblable résultat pour ce qui concerne le corps du roi ? Car, et vous l'aurez évidemment remarqué, cet homme aux traits tirés a miraculeusement conservé une carrure d'athlète musclé, aux pectoraux bien dessinés, à l'allure franchement sportive et juvénile !

     En défintitive, le rêve de tout homme atteignant la cinquantaine, et plus ...

 

     Mais qu'est-ce donc qui motiva cette dichotomie entre le rendu facial et celui  du corps ?

 

     C'est, grâce à quelques autres "portraits" que nous croiserons dans l'exposition, ce que je me propose de vous expliquer la semaine prochaine en convoquant cette fois non plus les auteurs antiques mais des égyptologues contemporains ... si tant est que vous ayez encore envie de me rejoindre ici, au deuxième sous-sol du Palais des Beaux-Arts de Lille.

 

     A mardi  ??

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

LABOURY  Dimitri

Le portrait royal sous Sésostris III et Amenemhat III, dans Egypte, Afrique & Orient 30, Avignon, Centre vauclusien d'égyptologie, 2003, pp. 55-64. 

 

 

MALAISE  Michel

Sésostris, pharaon de légende et d'histoire, dans CdE Tome XLI, n° 82, Bruxelles, F.E.R.E., Juillet 1966, pp. 244-72. 

 

 

TALLET  Pierre

Sésostris III et la fin de la XIIème dynastie, Paris, Pygmalion, 2005, pp. 11-21. 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en France
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4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 00:00

 

     Je suis intimement persuadé que l'art est intemporel, l'art est au-delà du temps et de l'espace. Cet art est universel, il est l'expression de toute l'humanité, de tous les temps. C'est un énorme défi à relever, mais c'est également une énorme responsabilité à endosser. Et comme il est beau de voir que l'on peut faire quelque chose de similaire à ce qui a été fait il y a 3500 ans.


 

Wolfgang  LAIB

 

repris de

Régis COTENTIN

Voyage au bout  de la vie

 

dans Catalogue de l'Exposition Sésostris III, Pharaon de légende,

Gand, Ed. Snoeck, 2014

p. 273.

 

 

 

     Pour cette rentrée après notre congé de Toussaint, la logique eût voulu que ce matin, amis visiteurs, je vous entretinsse de la dernière catégorie de fruits présents sur l'étagère de la vitrine 6, côté Seine, de la salle 5 du Département des Antiqutés égyptiennes du Musée du Louvre que nous détaillons de conserve depuis un long temps maintenant.

 

     Mais comme vous l'aurez assurément remarqué in situ, ce petit présentoir vitré semble avoir été quelque peu dépouillé de certains de ceux que j'avais évoqués avec vous.  

 

     Acte malveillant ?

     Rapide aller-retour dans les ateliers de rénovation des sous-sols ?      

     Que nenni ! 

 

     Ils ont tout simplement émigré vers d'autres cieux égyptophiles où j'ai éprouvé l'envie - ou l'irrésistible besoin - d'aller les saluer. En voisin. 

      Cela vous agréerait-il de m'accompagner pour une petite escapade dans le Nord-Pas-de-Calais, dans la "Capitale des Flandres" ?

À Lille très exactement ? 

 

     Inutile que les trompettes de la Renommée juchées sur le faîte de la Porte de Paris, à l'une des anciennes entrées fortifiées de la ville, entonnent le péan aux fins de célébrer notre arrivée ;

 

 

Porte-de-Paris.jpg

 

ou que des brassées de fleurs nous accueillent en gare de Lille-Europe.

 

Tulipes---Sortie-gare-Lille-Europe.jpg

 

 

     Ne dérangeons pas Martine Aubry pour si peu ! Madame le Maire préfère polémiquer par presse interposée avec le Président François plutôt que nous offrir des tulipes de bienvenue, fussent-elles de Japon au lieu de Hollande.

     Et acheminons-nous dans le plus strict anonymat vers la place de la République.

 

 

     Le Palais des Beaux-Arts de Lille ne représentait pour moi qu'un vague reflet du style dit "Belle Époque" qui caractérisa la fin du XIXème siècle


 

Arriere-du-Palais-des-Beaux-Arts---Batiment-administratif.jpg

 

 

jusqu'à ce jour récent où  il s'offrit tout entier à mes yeux, tel un Neptune anadyomène s'ébrouant des flots,

 

 

Palais-des-Beaux-Arts--Facade-.jpg

 

 

majestueux, d'une prestance qu'assoit l'heureux équilibre de colonnes et de frontons habillant d'esthétique les hautes fenêtres en plein cintre, parfaite harmonie architecturale que l'on croirait surgie de la somptueuse Renaissance italienne ... si l'on ne prenait garde à la présence de toits à la française.

 

     C'est en son sein que, depuis ce 9 octobre et jusqu'au 25 janvier 2015, se sont blottis, outre quelques monuments cardinaux, un certain nombre de modèles de fruits et légumes sur lesquels nous nous sommes abondamment penchés au Louvre.

 

 

 Fruits - Lille (© Alain Guilleux)

 

 

     Mais que sont-ils donc venus faire en cette vitrine ? Pourquoi ont-ils souhaité changer de palais, quitter celui, parisien, des anciens rois de France et s'installer dans celui des Beaux-Arts lillois ? Préjugeaient-ils de définitivement échapper à notre présence ? Envisageaient-ils d'ainsi se soustraire à nos regards scrutateurs ? Espéraient-ils recouvrer un peu de cette quiétude dans laquelle ils somnolaient avant qu'ÉgyptoMusée vînt les importuner avec ses questionnements térébrants ?


     Pour l'heure, - et si j'en juge par ce que j'ai pu observer deux jours consécutifs -, ils seront, à l'avant-plan de cette petite vitrine, vraisemblablement moins ignorés à Lille qu'à Paris dans la mesure où ils ne sont pas oubliés dans un immense complexe de trente salles se succédant sur deux étages, mais figurent au sein d'une exposition dédiée à un seul souverain de ce que, après l'égyptologue allemand, Professeur-Docteur Dietrich Wildung, il est convenu d'appeler L'âge d'or de l'Égypte, le Moyen Empire et plus spécifiquement la XIIème dynastie, ce Sésostris III à propos duquel tout Lillois converse en public  

 

 

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et dont fait brillamment état toute la ville, de jour comme de nuit.

 

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     Il est exactement 10 heures, ce samedi 11 octobre : les portes du prestigieux musée s'ouvrent enfin ...

 

     Maintenant que nous avons reçu notre petit badge identificatoire, pénétrons de conserve, voulez-vous, dans le hall d'entrée qu'éclairent notamment deux imposants lustres en verre coloré - 6 mètres de diamètre -, oeuvre de l'artiste italien Gaetano Pesce,  

 

 

Hall-du-Palais-des-Beaux-Arts.jpg

 

 

et, tout de go, dirigeons-nous vers l'atrium, là-bas, sur notre gauche, pour découvrir dans ce lumineux espace, prémice à l'exposition égyptologique proprement dite, au sein d'oeuvres de deux artistes contemporains, le rapport qui est leur à la croyance des antiques habitants des rives du Nil en une vie post mortem : l'Anglais Antony Gormley et ses sculptures anthropomorphes creuses, et pourtant remplies d'air, en plomb, fibre de verre et plâtre, répondant avec bonheur à celles de l'Allemand Wolfgang Laib, - dont j'ai retenu une réflexion pour constituer l'exergue de ce jour.

 

     Ainsi, dès l'entrée, apercevons-nous, fulgurante métaphore du voyage de l'ici-bas à l'ailleurs éternel, ce corps d'homme couché, momifié, (Gromley, Rise) que, vers sa seconde vie matérialisée sur l'autre rive du fleuve par l'architecture pyramidale des premiers temps, (Laib, Ziggurat), escalier ici en cire d'abeilles invitant le défunt à s'élever vers la lumière,  - les abeilles étant, dans l'Égypte antique, l'artiste nous le rappelle au passage, symboles de résurrection, d'immortalité -, pourrait emporter l'une des 88 barques solaires en cuivre doré (Laib, Passageway, Inside-Downside) posées sur des vaguelettes de riz.   


Atrium.jpg

 

 

     Observant ce paysage nilotique du haut de son cou démesurément long, un autre personnage, (Gormley, Tree), humain analogiquement obélisque s'élevant fièrement vers l'empyrée, porte ainsi à plus de quatre mètres de hauteur son regard sur l'au-delà de notre simple horizon.

 

 

Atrium--2-.jpg

 

 

     Face à lui, de l'autre côté de l'atrium, une troisième oeuvre de Gromley (Home and the World II) nous permet de croiser un être en marche vers son destin, arborant sa longue maison de mémoire, symbole des nombreux souvenirs d'une vie entière, en parfait équilibre comme le sont, dans la scène de la psychostasie du Tribunal osirien, les plateaux de la balance pour les défunts qui ont avancé dans la vérité, l'ordre et la justice.

 

 

Atrium--3-.jpg

 

 

     "Dans le souvenir de l'Art égyptien, les oeuvres de Wolfgang Laib et d'Antony Gormley renvoient à la question de la représentation d'une transcendance qui dépasse les théories religieuses. Elles traduisent une intuition spirituelle par l'expérience des sens. Elles soutiennent qu'une Présence est ancrée dans notre relation à l'oeuvre d'art, et qu'elle est fondée sur l'hypothèse non de Dieu ou d'autres divinités particulières mais d'une transsubstantiation de l'énigme de la Création."  

 

     (Régis COTENTIN, Voyage au bout  de la vie, dans Catalogue de l'Exposition Sésostris III, Pharaon de légendeGand, Ed. Snoeck, 2014, p. 270) 

 

      ***

 

     Empruntons à présent un autre escalier, bien réel celui-là, qui nous conduira au coeur même de la raison pour laquelle nous avons tous entrepris cette escapade vers Lille, au deuxième sous-sol de son Palais des Beaux-Arts.

 

 

Entree-exposition-Sesostris-III.jpg

 

 

     Si la visite de cette prestigieuse exposition en ma compagnie vous tente, amis visiteurs, je vous propose de nous avancer de conserve vers la porte coulissante vitrée, là, sur notre droite, le 11 novembre prochain ...  

 

     A mardi ? 

 

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