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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 23:00

 

Je suis bien arrivé à Per-Ramsès Meryamon.

Je l'ai trouvée en excellente condition,

     C'est un nome parfait, sans pareil,

     Sur le plan de Thèbes.

C'est Rê en personne qui l'a fondée,

     La résidence, douce à vivre.

Son terroir regorge de toute sorte de bonnes choses,

     Il regorge de victuailles chaque jour.

Ses potagers sont verts de plantes (...)

Le melon a goût de miel.

Dans les terres humides,

Ses greniers regorgent d'orge et de blé (...) 

Oignons, poireaux, des potagers,

     Laitues des jardins.

Grenades, pommes et olives,

Figues des vergers

(...)

 

 

Papyrus Anastasi III, 1, 11-3, 8


dans Chloé  RAGAZZOLI

Éloges de la ville en Égypte ancienne.

Histoire et littérature

 

Paris, PUPS, 2008

p. 58

 

 

 

 

       

     Il est des ouvrages d'égyptologie qui, à l'instar de recettes de cuisine éculées venant grossir les pages de magazines féminins, répètent ad nauseam ce que tout le monde, ou presque, connaît sur un sujet que d'anciens grands noms de la profession ont déjà brillamment traité.


     Encore serions-nous autorisés à penser qu'ils réjouissent l'uomo qualunque qui n'a jamais vraiment cru bon de goûter de l'histoire égyptienne, mais qui n'en apprécie pas moins une belle tournure de phrase comme il le ferait d'un vieux plat dont de nouvelles épices viendraient opportunément en rehausser la saveur.

 

     Quand d'aventure les données historiques s'énoncent dans une langue d'une indigence lexicale confondante et de surcroît rédigées à l'instar d'un travail d'élève des premières années de l'enseignement secondaire pour lesquels la sempiternelle construction "Sujet - Verbe - Complément" constitue l'acmé de l'écriture obligatoire, ne parvenant pas en outre à se départir de "être" ou "faire" qu'ils jugent indissociables de la parfaite compréhension verbale, l'on se sent véritablement grugé : non seulement parce que l'on a perdu son temps mais aussi son argent.

 

     Certes, je suis absolument conscient que tout le monde ne peut s'exprimer comme un Pascal Vernus, l'incontestable "Trois Macarons" de la gastronomie égyptologique française : l'appétence à lire le raffinement de la langue qu'il convoque n'a d'égale que la jouissance éprouvée par nos papilles gustatives découvrant des mets et des bourgognes d'exception.

 

     Fort heureusement, entre ces deux extrêmes, nombre d'études de qualité viennent nous ravir, qui s'ouvrent sur des menus peu cuisinés par le passé. Tel est le cas de l'ouvrage extrêmement intéressant dans lequel je n'ai eu que l'embarras du choix pour débusquer  l'exergue que je vous ai offert ce matin.

 

     Matérialisant à l'intention du grand public un mémoire de maîtrise défendu à l'Université de Paris-Sorbonne où elle enseigne actuellement dans le cadre du Centre de Recherches égyptologiques du CNRSChloé Ragazzoli, tout à la fois Chargée de Recherches documentaires au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France (BnF) en vue d'y étudier les papyri égyptiens et Professeur à l'Université d'Oxford, nous donne à lire des textes de l'époque ramesside louant d'importantes capitales telles que Thèbes, Memphis et Pi-Ramsès et, à travers elles, - la création d'une ville étant un acte divin et sa fondation un acte régalien -, célébrant, en une sorte de déclaration épidictique, le dieu qui les créa ou le souverain qui les fonda. 

 

      Le regard sur ces miscellanées versifiées que porte la jeune égyptologue, dans le droit fil des travaux de Bernard Mathieu, son mentor, à propos de la poésie amoureuse des rives du Nil, outre qu'il nous renseigne sur les modalités du discours, sur la langue littéraire de l'époque - le néo-égyptien, en l'occurrence -, sur ses éléments morphologiques, lexicaux et stylistiques, sur la structure métrique des vers, tous éléments passionnants pour ceux qui, peu ou prou, s'intéressent à la philologie en général et aux idiomes égyptiens en particulier, nous révèle, stricto sensu, une mentalité, une perception, une vision du monde propres aux lettrés de cet espace et de ce temps donnés au travers de leur rhétorique de l'éloge, que ce soit celui, nostalgique, de la cité quittée - Thèbes, le plus souvent -, ou celui, sous l'aspect de la découverte, de la cité dans laquelle on arrive.

  

     L'extrait du Papyrus Anastasi III que j'ai choisi pour entamer notre présent rendez-vous, amis visiteurs, dans lequel le scribe Paybès, en mission administrative, rend compte à un autre scribe, son maître, Amenémopé, de la richesse des domaines agricoles de Pharaon, à Pi-Ramsès, capitale ramesside à l'est du Delta du Nil, - l'actuelle Qantir arabe -, m'a paru parfaitement approprié avant que nous envisagions ensemble de manière générale l'étagère transparente disposée sur la gauche du panneau central de la vitrine 6, côté Seine, dans la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre,


 

Vitrine 6 (Côté Seine) (L.-p.)

 

 

immédiatement en dessous du long bas-relief en calcaire peint (AF 10243) que je vous ai fait découvrir, rappelez-vous, mardi dernier.

 

     En effet, qu'observez-vous ici, davantage en lisant les cartels, avouons-le franchement, que par reconnaissance véritable des pièces exposées ?


      Dans la première partie, avant la coupelle (E 14188), de droite à gauche  :

 

01.-Legumes-et-fruits--L.-p.-.JPG

 

 

deux modèles de dattes, deux de laitues romaines, tous les quatre en bois, et deux de viande, en pierre ceux-là. 

 

     Sur la même étagère vitrée, à la droite du plat circulaire, d'autres simulacres, d'autres modèles de fruits et de légumes en faïence siliceuse, cette fois : 

 

02.-Legumres-et-fruits--L.-p.-.JPG

 

melons ou concombres, différents types de figues, des pois chiches, des fruits de mimusops et, pour terminer, deux noix-doum.

 

 

     N'avez-vous pas comme moi l'impression que cet étal, tout éclectique qu'il soit, doit beaucoup à l'énumération en vers que rédigea sur papyrus en l'an III du pharaon Merenptah, (XIXème dynastie) le scribe Paybès ci-dessus, magnifiant les richesses agricoles de la ville de Pi-Ramsès dans laquelle il venait d'entrer ?

 

     Ne pensez-vous pas que si ces faux fruits et légumes en miniature accompagnent les défunts dans leurs demeures d'éternité et si, arrivant à peine dans une ville qu'il découvre, un fonctionnaire attire immédiatement l'attention de son maître sur leur présence, c'est qu'au-delà du statut de topoï qui est le leur au sein de la littérature égyptienne - et dont nous sommes parfaitement conscients -, ils attestent de l'importance certaine, voire du rôle qu'ils avaient à jouer tant dans la vie sociale ici-bas qu'au niveau du devenir post-mortem de l'Égyptien ?

 

     Dans toutes ces denrées, dès le 22 avril prochain, après les vacances pascales donc, - et mon ami François d'encore certainement vilipender ces Enseignants belges qui ne pensent et fonctionnent qu'avec les congés scolaires en point de mire !! -, je vous promets, amis visiteurs, que vous croquerez à belles dents plusieurs semaines encore ...

 

     Excellente chasse aux oeufs à tous ...

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 00:00

 

          Vous vous posez la question suivante : comment seriez-vous si vous viviez dans un tableau ? Voilà. Vous passez un jour dans un tableau. (...)

Vous allez dans un musée et vous vous dites : aujourd'hui, je vais vivre dans un tableau et que va-t-il m'arriver ? (...)

Donc, pas de spectacle extérieur, mais entrer dedans, essayer d'éprouver ce que les personnages éprouvent. La Vénus de Titien, qu'est-ce qui lui arrive ? Ou l'Olympia de Manet, qu'est-ce qui se passe ? Pas de virtuel ... Le réel, c'est l'acte. L'acte d'art réel.

Le réel, c'est au bout du pinceau, au bout du stylo, du langage, au bout des doigts dans la musique. C'est cela le réel. Tout le reste, ce sont des images.

 

 

 

 

 

Philippe SOLLERS

Discours parfait

 

Paris, Gallimard, Folio 5344,

p. 653 de mon édition de 2011


 

 

 

     En 1972, jeune Enseignant, j'eus l'immense bonheur d'emmener un dimanche d'automne mes Étudiants de l'École Polytechnique de la Province de Liège, dans laquelle j'avais été engagé deux ans plus tôt, au Théâtre Populaire de Reims où, depuis peu, Robert Hossein avait décidé de "faire du théâtre comme on n'en voit qu'au cinéma".

     

     J'avais été sollicité pour cette belle aventure par Paul Soreil, Professeur de Français, dont le fils, Alain, - 20 ans, à l'époque -, s'était inscrit à l'école des comédiens qu'Hossein avait créée l'année précédente, avec évidemment l'intention d'être associé aux projets de mises en scène à venir.


     Pour battre le rappel, nous avions, mon collègue et moi, abondamment sillonné les établissements d'Enseignement de l'entité provinciale : ils répondirent pleinement à notre invitation. De sorte que ce dimanche-là, 17 cars de 50 personnes qui, pour la plupart, n'avaient jamais fréquenté un théâtre, débarquèrent dans la cité rémoise.


     Même si nous n'étions point venus pour visiter les celliers champenois, nous évoluions dans une bulle : les comédiens et Robert Hossein en personne - le beau Geoffrey de Peyrac pour toutes nos étudiantes angéliques - nous offraient un après-midi entier : de spectacle, d'abord, puis de réflexions sur l'art du théâtre en général, sur le métier d'acteur en particulier ...

 

     Nous avait été réservé pour la circonstance le rez-de-chaussée de la grande salle de la Maison de la Culture André-Malraux, le premier étage étant occupé par tout le matériel d'éclairage.

Point d'autre public !

Que de jeunes Liégeoises et de jeunes Liégeois !


     Au programme, les Bas-fonds, drame en quatre actes de Maxime Gorki.

 

 

Couverture-Programme----Les-Bas-fonds----Hossein-T.P.R.--19.jpg

(Couverture du programme : Les bateliers de la Volga, peinture d'Ilya Repine - 1872)

 


      Je ne vous ferai évidemment pas l'injure, amis visiteurs, de vous résumer la trame de l'histoire.

     En revanche, si j'évoque pour vous ce matin ce magnifique souvenir de ma carrière naissante, c'est pour épingler l'époustouflante scène finale, d'une puissance qui nous coupa le souffle à tous : des cintres, pendant de longues et longues minutes, sur les notes intenses du O Fortuna des Carmina Burana de Carl Orff, descendent lentement, très lentement, des dizaines et des dizaines de figurants. 


     Métaphores vivantes des rêves alimentaires des exclus de la société russe qui, dans les caves et les sordides bas-fonds, durent se contenter de peu - pour ne pas dire de rien -, chacun, au sein de cet imposant serpent humain semblant sourdre des flancs d'une montagne aride, porte qui un plat, qui une coupe à déguster. Le défilé s'étire pendant une vingtaine d'incroyables minutes ; et les applaudissements enthousiastes du public estudiantin qui suivirent, un peu plus encore tant l'immense émotion qui nous étreignit après une telle représentation théâtrale, marqua à jamais nos mémoires ... et nos consciences.

 

     C'est, mutatis mutandis, la fulgurante image, l'inoubliable mise en scène de Robert Hossein qu'évoque à mes yeux le bas-relief AF 10243 exposé ici devant nous sur la gauche du panneau central, côté sud, de la vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.


 

 Vitrine 6 (Côté Seine) (L.-p.)

 

 

    Et de probablement vous interroger : qu'est-ce qui motive cette étrange réminiscence de ma part, cette étrange association d'idées ?

 

     Une réflexion toute simple, en vérité : semblable défilé de porteurs de mets et de vins, à l'instar des exclus russes, les Égyptiens, dans leur grande majorité, n'en connurent jamais, réservé qu'il était aux résidents du Palais, ainsi qu'aux classes privilégiées des hauts fonctionnaires auliques et des grands sacerdotes affectés aux temples. 



      AF 10243 - Bloc entier des porteurs d'offrandes

 

 

      De provenance inconnue, ce long relief de calcaire mesure 131 centimètres de long, 45 de haut et 8 d'épaisseur : il est en réalité constitué de trois fragments, vraisemblablement arrachés, si je m'en réfère au style, à une paroi d'un mastaba de la Vème dynastie, réassemblés ici par collage au ciment, la première cassure intervenant juste devant le quatrième porteur et la seconde, entre le sixième et le septième.

 

      Inconnues également la manière dont il parvint dans les collections du Louvre - partage de fouilles, achat, don ? -, et sa date d'entrée. Tout au plus puis-je indiquer que dans son Guide-catalogue sommaire, Charles Boreux, un temps conservateur de ce Département des Antiquités égyptiennes, le répertorie en 1932.

 

     Vous aurez noté qu'il accuse également quelques autres déprédations :


 

AF-10243--c-C.-Decamps-.jpg

(© C. Décamps)


des éclats au niveau du texte hiéroglyphique du registre inférieur ; la disparition de la fine couche de plâtre, obérant la compréhension que nous aurions pu avoir de la partie supérieure droite du registre médian ; la perte d'une moitié d'un (dernier ?) personnage nous obligeant à conjecturer quant à la composition intégrale de ce défilé de serviteurs probablement important dans la mesure où, sur la gauche du registre supérieur, quatre autres, dont seul le bas des jambes nous a été conservé, figuraient eux aussi dans cette procession.

 

     Outre la préservation de l'ocre rouge pour les corps des personnages et du noir pour leurs cheveux, avec un peu d'attention, en vous approchant du monument, vous remarquerez que d'autres traces de sa peinture d'origine subsistent ça et là, soit franchement, soit par petites touches : ainsi le bleu de la grappe de raisins démesurée au-dessus de la table en vannerie que soutiennent les deux premiers hommes se retrouve-t-il  au niveau de la collerette du vase que présente le sixième et du premier signe hiéroglyphique visible au registre inférieur ; ainsi le vert de l'aile d'un volatile dans la main du quatrième homme fut-il également appliqué au hiéroglyphe carré sous la jambe avancée du troisième ; ainsi le jaune, à peine discernable, orne-t-il le motif gravé à gauche de ce carré et le papillon sous les pieds du sixième porteur.

 

     Mais que viennent donc proposer ces zélés serviteurs à leur défunt maître ? Ou, pour m'exprimer autrement : de quels types de victuailles le propriétaire de la tombe espérait-il bénéficier dans son éternité post-mortem en faisant ainsi représenter en léger relief peint sur une des parois semblable théorie d'offrants ?

 

     Les deux de gauche, le premier se retournant vers son coéquipier, s'apprêtent à déposer une table sur laquelle s'amoncellent une laitue romaine étrangement disproportionnée comme, dans une moindre mesure, le sont aussi d'ailleurs les trois pains - deux coniques encadrant un oblong -, la grappe de raisins bleus et la botte, probablement d'oignons.

 

     L'homme qui les suit directement s'avance un bouquet de fleurs de lotus dans une main et un plateau de pains que, de l'autre, il maintient sur son épaule. Le quatrième serviteur empoigne vigoureusement les ailes d'un canard manifestement peu confiant dans son destin à venir et, de la main gauche, soutient un vase à hauteur de l'épaule. C'est avec un imposant panier en équilibre contre sa nuque et dont la détérioration de la pierre nous prive éventuellement d'en connaître le contenu que le suivant lui emboîte le pas, tout en tenant une cuisse de boeuf de l'autre main. Le sixième personnage, l'antépénultième de ce cortège, ne se présente qu'avec deux grands récipients : la superbe cruche à bec à collerette bleue à laquelle j'ai très brièvement fait tout à l'heure allusion, qu'il maintient dans sa paume droite, alors qu'à gauche, près de l'épaule lui aussi, il porte un second vase. Le septième et avant-dernier porteur s'avance avec une petite pièce de viande qui semble emballée, tout en soutenant le même vase que le quatrième homme. Quant au dernier, et d'après le peu que nous en voyons, il apporte une oie troussée, idéalement prête pour la cuisson.          

 

     Certains d'entre vous, fidèles d'EgyptoMusée depuis sa création, auront bien évidemment relevé les quelques symboles émaillant cette abondance de victuailles aux fins d'assurer au mort une régénérescence certaine pour sa propre éternité : la laitue romaine, à propos de laquelle j'aurai prochainement l'opportunité de vous entretenir ; les fleurs de lotus et le canard dont j'ai déjà souligné les connotations sexuelles avérées ; enfin, dans le même esprit, l'oie.

 

     En définitive, que suis-je en train de vous expliquer, amis visiteurs ?


     Qu'il vous faut considérer la figuration de ces offrandes alimentaires sous un double aspect : l'image valant réalité, certes, le défunt est grâce à elles assuré de se nourrir dans sa nouvelle vie. Mais pour qu'il puisse en bénéficier, pour qu'il puisse (re)naître dans l'Au-delà après sa mort ici-bas, à l'instar du soleil et des étoiles qui, chaque jour, réapparaissent, faut-il encore que soient présents dans la tombe, des marqueurs sexuellement connotés : en effet, pour que naissance il y ait, acte de procréation il doit préalablement avoir.

 

     Et ce sont certaines plantes et certains volatiles qui, de manière plus celée que franchement affichée, jouent ici ce rôle primordial d'invites sensuelles, garantissant par leur iconographie ou leur évocation sa propre régénération à jamais réitérée.

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE


 

ZIEGLER Christiane
1990, Catalogue des stèles, peintures et reliefs égyptiens de l’Ancien Empire et de la Première Période Intermédiaire, Paris, Éditions de la Réunion des Musées nationaux, pp. 286-9.

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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18 mars 2014 2 18 /03 /mars /2014 00:00

 

 

Bibliothèque

(© Richard LEJEUNE)

 

 

     J'ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres.

 Dans le bureau de mon grand-père, il y en avait partout ; défense était faite de les épousseter sauf une fois l'an, avant la rentrée d'octobre. Je ne savais pas encore lire que je les révérais, ces pierres levées : droites ou penchées, serrées comme des briques sur les rayons de la bibliothèque ou noblement espacées en allées de menhirs  ...

 


 

Jean-Paul  SARTRE

Les Mots

 

Paris, Gallimard, Collection Folio

p. 37 de mon édition de 1972 


 

 

 

     Je me plais à imaginer que cette confidence de Sartre pourrait cousiner avec cette autre, prêtée à l'immense Victor Hugo :  J'ai passé mon enfance à plat ventre sur les livres ...


     Sans hésitation aucune, à propos de l'un comme à propos de l'autre, j'oserais ponctuer d'un : moi également !

     Et dénué de toute modestie, compléterais alors l'assertion hugolienne par :

 

     ..., "mon adolescence, assis, pour en prendre notes et tout mon âge de raison, débout, pour les enseigner."

 

     N'envisagez-vous pas comme quelque peu réducteur d'ainsi résumer une vie à trois positions anatomo-physiologiques ? 

 

     Et si vous considériez que celée, latente, existait déjà, en un arrière-monde personnel, une philosophie de vie ?

 

     Au début d'un récent ouvrage dans lequel John Gerassi, Professeur de Sciences politiques à l'Université Queens College de New York livre la quintessence de quelques-unes des dizaines d'heures de conversations qu'il eut avec Jean-Paul Sartre, - à nouveau lui -, entre novembre 1970 et novembre 1974 - (Entretiens avec Sartre, Paris, Grasset, 2011) -, le philosophe français s'exprime sur le "lire" et l' "écrire".

 

     J'y épingle ceci, p. 45 : L'écriture a beau être un acte solitaire, elle suppose la solidarité car elle répond à la société dans laquelle nous vivons.

 

     Et cette société, - Sartre était je pense loin de s'en douter -, évolue à présent au sein d'un univers informatisé. De sorte que le concept de solidarité est devenu, grâce à Internet, aussi celui du partage des connaissances.   

 

     Passeur de mémoireOuvreur de cheminsAllumeur d'étincelles, voici trois des appellations qui me furent souvent attribuées ; et que traduit en partie ce célèbre tableau de Vincent Van Gogh, Le Pont du Carrousel et le Louvre


 

 vincentvangoghpontducarrouseliluwr

 

 

que j'ai choisi en tant qu'avatar informatique pour interpréter par l'image la volonté qui fut mienne trente-cinq années durant d'entraîner ceux qui m'étaient confiés à franchir le pont qui, partant de la rive d'une certaine méconnaissance, abordait à celle d'une meilleure connaissance.


     Le pont qui menait du point d'interrogation à celui d'exclamation. 

 

     Puis 2008 vint. Avec son 18 mars. Qui, dans les mémoires, n'aurait dû que banalement succéder au 17, et, truisme suprême, précéder un 19, mêmement insignifiant.

 

     Qu'eût-il pu avoir de supérieur aux autres, en vérité, ce 18 mars-là, si ce n'est qu'il m'offrit, judicieusement parrainé, il est vrai, par Louvre-passion, l'opportunité de timidement entamer sur Overblog la publication de ce qui, six années plus tard, jour pour jour exactement, prendrait la forme, mutatis mutandis, d'un "Grand Oeuvre" ?  

 

     Rassurez-vous, nul secret d'alchimiste, dans "mon Grand Oeuvre" : uniquement à ma disposition un somptueux athanor duquel retirer mes modestes "pierres philosophales" : le Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre ...

 

     Ce projet devenu belle réalité - appelons-le EgyptoMusée pour paraître moins présomptueux ! - que j'avais alors dédié à mon Petit Prince qui venait de naître quelques mois auparavant, n'est viable, soyez-en conscients, amis visiteurs que par VOTRE fidélité à lire les différentes interventions qui se sont ici succédé depuis ; que par VOS commentaires ; que par VOS questionnements. 


      Que par VOTRE apport d'idées ou d'hypothèses nouvelles, également, - ce dont j'avais rêvé dès les premiers instants et qui vient de magnifiquement se concrétiser par les échanges pointus et passionnants qu'a générés l'article du 18 février dernier à propos d'une table d'offrandes particulière ... 

(Encore un 18 ?! Les adeptes de la numérologie se plairont vraisemblablement à supputer ...)

 

     En un mot, ce projet n'est vivant que par le partage de NOS connaissances ...


     J'eusse pu toutes ces années aussi joyeusement ratiociner qu'il m'eût plu : sans public, sans auditoire, sans VOUS, assidus, attentifs, mon discours n'eût été que prêche parmi d'autres sur la Toile ...  


     Depuis six ans, vous m'offrez l'insigne cadeau de prolonger ma passion d'enseigner que la retraite officielle un temps contrecarra  ; vous m'offrez les propres chemins de ma liberté ...


     Pour tout ce bonheur, je ne vous remercierai jamais assez ...

 

     Ensemble, célébrons, voulez-vous, ces noces de chypre : puissent-elles, grâce aux agréables effluves qu'elles répandent, longtemps encore nous enivrer d'indispensables fragrances égyptologiques ...

 

     Pour ma part, j'espère sincèrement qu'un jour futur, mon Petit-Prince aura lui aussi envie de rédiger quelques mots dans l'esprit de l'incipit sartrien avec lequel je vous ai accueilli ce matin :

 

     J'ai commencé ma vie (...) au milieu des livres. 

     Dans le bureau de mon grand-père, il y en avait partout ...

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans A propos de ce blog
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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 00:00

   Pour se rendre malheureux, il suffit d'ouvrir le journal du jour, mais pour être heureux, de s'offrir une visite au Louvre.


 

 

Régis  DEBRAY

Par amour de l'art. Une éducation intellectuelle

 

Paris, Gallimard, Folio 3352,

p. 89 de mon édition de 2000


 

 

    Avec les quelques monuments non officiellement identifiés déposés au pied de la première partie de la vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre qui nous ont offert de bien intéressants échanges de commentaires, sans oublier, juste avant le congé de carnaval belge, ce petit détour par l'appréhension de données philosophico-religieuses à propos du "sep tepy", j'ai terminé à votre intention, amis visiteurs, l'évocation des deux éléments qui constituèrent l'essentiel du repas de l'ensemble de la population égyptienne : le pain et la bière.

 

     Souvenez-vous, le 19 novembre, nous avions une première fois rencontré trois figurines de calcaire de serviteurs attelés qui à fabriquer l'un, qui l'autre. Cette première prise de contact fut prémices à pénétrer plus avant dans la vie professionnelle, le 26 novembre suivant, de deux meunières et, le 3 décembre, du brasseur, ce dernier acquérant une certaine "célébrité" grâce à la position qui était sienne pour effectuer sa tâche ; ce qui lui permit d'être invité à se présenter sur un blog ami, très pointu : celui du docteur Richard-Alain Jean, aux pratiques thérapeutiques des Égyptiens entièrement consacré.

 

     Les deux derniers mardis avant les vacances de fin d'année, nous envisageâmes, le 10 décembre, les sources de nos connaissances pour ce qui concerne les opérations de boulangerie et, le 17, l'approche de deux bas-reliefs qui leur étaient consacrés.

 

     A la rentrée de janvier, je vous proposai de les détailler : E 17499, le premier mardi et E 13481 ter, la semaine suivante.


     Le 21, nous fîmes connaissance avec le prince Djehoutymès se voulant respectueusement meunier du dieu Ptah, avant d'envisager, le 28 du même mois les travaux de brasserie grâce aux modèles alignés sur l'étagère vitrée supérieure. 

 

     Ainsi, quelques mois durant, avons-nous envisagé, dans leurs plus grandes lignes, tous les objets exposés qui, peu ou prou, ressortissaient au domaine de ces denrées primordiales pour les Égyptiens de l'Antiquité, tant ici-bas que dans leur éternité post-mortem. 

 

     Cette page tournée, il est temps à présent de nous acheminer vers l'autre côté de la vitrine,

 

 

Vitrine 6 face Seine (SAS)

 

 

vers celui où, alors que les reflets trahissent avec force la présence de grandes fenêtres grillagées donnant sur le Quai François Mitterrand, la Seine et, à l'autre extrémité de l'adorable Pont des Arts, la Coupole de l'Académie française qui veille sur notre belle langue, les Conservateurs ont choisi de nous sensibiliser, non plus à la réalité alimentaire de la grande majorité des habitants du Double Pays, mais à leurs rêves en la matière, à leurs envies, à leurs espoirs en une nourriture plus variée, plus riche aussi qui les attendrait dans un Au-delà plus clément, à l'instar de celle, ils en étaient conscients, qu'ici sur terre, s'offraient sans scrupules le Palais, les dieux, partant, le corps sacerdotal qui officiait au sein des temples, ainsi que la frange la plus aisée de la société civile aux ordres du souverain.

 

     Ceux-là, privilégiés à l'extrême, voyaient défiler sur leur table viandes, volailles, poissons, fruits et légumes divers livrés à leurs seuls goûts culinaires et préparés avec soin par une escouade de cuisiniers vraisemblablement sélectionnés selon des critères d'excellence.  

 

     Avec tous ces produits de bouche sortant franchement de son ordinaire, - et que je vous invite à découvrir en ma compagnie les mois à venir dans la seconde partie de la vitrine 6 -, que pouvait espérer de mieux le petit peuple qui, le plus souvent, s'était, vous l'avez parfaitement compris, contenté essentiellement de pain et de bière ? 

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 00:00

 

 

C'est le premier matin du monde.

Comme une fleur confuse exhalée de la nuit,

Au souffle nouveau qui se lève des ondes,

Un jardin bleu s'épanouit.

 

Tous s'y confond encore et tout s'y mêle,

Frissons de feuilles, chants d'oiseaux,

Glissements d'ailes,

Sources qui sourdent, voix des airs, voix des eaux,

Murmure immense,

Et qui pourtant est du silence.

 

Ouvrant à la clarté ses doux et vagues yeux,

La jeune et divine Ève

S'est éveillée de Dieu.

 

Et le monde à ses pieds s'étend comme un beau rêve.

 

 

 

Charles VAN LERBERGHE

La Chanson d'Ève


Paris, Mercure de France,

p. 15 de mon édition de 1952

 

 

 

     Ne vous  imaginez pas, amis visiteurs, en découvrant le début de ces très beaux vers de Charles Van Lerberghe, poète symboliste belge (1861-1907) pratiquement oublié, que je vais prendre mon bâton de Pèlerin des Lettres pour vous initier à la littérature de mon pays : leur choix, en guise d'exergue un peu plus long que d'habitude, n'a sens qu'eu égard au thème qui nous occupera ce matin.

 

     Ne vous imaginez pas plus, en lisant le titre donné à mon intervention, que je vais me muer en Historien de l'Art pour vous emmener au Musée d'Orsay y célébrer la plus audacieuse des oeuvres de Gustave Courbet, la plus scandaleuse aussi, aux yeux d'une pléthore de bien-pensants : L'Origine du monde.


     Et pourtant, sans conteste, métaphoriquement, elle est bien là, dans ce que cette toile nous dévoile, la genèse de notre monde. 

 

     Non, j'escompte plutôt aujourd'hui revêtir le simple habit du philosophe pour vous faire comprendre que les civilisations qui nous ont précédés, toutes sans exception, se sont plu à en chercher une interprétation plus intellectualisée, recourant à des mythes étiologiques, créant des cosmogonies dans le but d'expliquer le premier stade de la création, avant le temps des dieux, des hommes et des choses.

 

     Les Égyptiens, pour leur part, l'appelaient "sep-tepy", la Première fois ... 

 

     Les plus fidèles d'entre vous auront compris que nous sommes toujours au Louvre, toujours en salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes, toujours à nous interroger à propos de la table d'offrandes exposée au bas de la vitrine 6, côté nord qui, la semaine dernière, provoqua de votre part de bien intéressantes réactions à la proposition de Michel Dessoudeix pour expliquer la particularité de l'excroissance dans la pierre qu'il conçoit plus comme la représentation du gland d'un sexe masculin que de celle d'un pain, ainsi que d'une même voix, la communauté égyptologique préfère la définir.


    Et Michel Dessoudeix d'étayer son hypothèse en s'autorisant précisément de ce concept de Première fois.


     Ce qu'il recouvre, comme souhaité, je voudrais ce matin avec vous l'aborder.

 

     N'en déplaise au sempiternel mode de penser universitaire qui ne consent la naissance de la philosophie que dans la seule Grèce antique, -je l'ai déjà énoncé, mais je me plais à le répéter -, avec lui, nous sommes au coeur même d'une approche philosophique faisant partie intégrante de la réflexion idéologique des Égyptiens des temps anciens, et qui revient à poser LA question fondamentale que beaucoup, après eux, - Aristote, Platon, Descartes, Leibniz, ... - ont reprise :

 

Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?

 

      Question à laquelle, comme les habitants des rives du Nil, tous ont répondu en affirmant l'existence d'un dieu, un dieu créateur, un démiurge. 

 

     Si je me réfère, sources possibles mais non exhaustives, à l'immense corpus de la littérature funéraire : Textes des Pyramides, Textes des Sarcophages, Livre pour sortir au jour (encore souvent, mais erronément appelé Livre des Morts), mais aussi à quelques cosmographies comme le Livre de la Vache du Ciel et le Livre des Portes ; si j'interroge également les compositions non funéraires comme le Papyrus Salt 825, si brillamment étudié par l'égyptologue belge Philippe Derchain, l'Hymne d'Amon, conservé à Leyde, ou encore le Livre du Fayoum, je constate qu'absolument toutes ces genèses, de quelque époque et de quelque région du pays qu'elles fussent, envisageaient, avant toute vie, c'est-à-dire avant que l'Être crée le monde, la présence du NOUN. 

 

     Que cèle ce vocable ? Simplement la notion d'océan primordial, synonyme de chaos ; la notion d'entité originelle, incréé, atemporelle et illimitée, comme le professait l'égyptologue française Madame Christiane Zivie-Coche dans ses conférences à l'EPHE, - École pratique des Hautes Études -, à Paris, au début des années nonante.

 

     De ce Noun, de ces eaux et ténèbres étroitement intriquées d'où tout aurait démarré, de cette abstraction ne souffrant aucune connotation spatio-temporelle, de ce magma boueux, de ce que les textes des pyramides et des sarcophages définissent comme nature obscure, inerte, inconsistante, inconnaissable, de ce qui, avant toute chose, exista, émergea l'Être, à savoir : un dieu indifférencié - masculin et féminin à la fois -, autogène - il vint à l'existence de lui même -, créateur, - il procréa seul -, annonçant donc ce moment premier de la création, cette Première fois, ce "sep-tepy".

 

     C'est ce dont se fit l'écho un extrait du papyrus hiératique dit Bremner-Rhind, aujourd'hui conservé au British Museum de Londres (BM 10188).


 

Papyrus-Bremner-Rhind.jpg

© The Trustees of the British Museum


     Composé par un lettré de l'extrême fin du IVème siècle avant notre ère, indiscutablement excellent connaisseur des Textes des Sarcophages dans lesquels il a puisé nombre de ses citations, le document comporte, dans la quatrième de ses cinq grandes parties, un passage consacré aux transformations, aux devenirs de Rê, variations sur le verbe égyptien "kheper", que je vous invite à lire : 

 

     (Ainsi) parle le Maître de l’éternité (Atoum, ici, en l'occurrence) : lorsque je vins à l’existence, les formes d’existence existèrent. Je suis venu à l’existence en tant que manifestation de Khépri, (celui) qui vient à l’existence lors de la Première fois.

     Je vins (donc) à l’existence : c’est ainsi que L’Existence vint à l’existence car j’étais (plus) ancien que les Anciens (dieux) que j’ai créés.

 

 

     Soyez ici conscients, amis visiteurs, qu'avant que l'Être advienne, comme l'exprime ce texte, le Noun préexistait. Ou, pour gloser : le démiurge existait à l'état latent dans le Noun.


     Il n'était donc pas question, pour les Égyptiens, d'un éventuel passage du non-être à l'être : non-être ne signifiant pas néant, l'être sort de quelque chose existant déjà, c'est le Noun.

 

     Mais comment cet être incréé en est-il arrivé, lui, à créer ? 

 Ou, en termes plus philosophiques exprimé :  comment, à partir de l'Unique, parvint-on au Multiple ? 

 

     Reprenons un instant, voulez-vous, la lecture du papyrus Bremner-Rhind :


     Je suis celui qui a craché Chou et qui a expectoré Tefnout. Je suis venu à l’existence en tant que dieu unique, et voici que (...) deux dieux vinrent à l’existence dans cette terre : Chou et Tefnout, qui se réjouirent dans le Noun dans lequel ils étaient. (...) 

Je m’unis à mon propre corps, de sorte qu’ils sortirent de moi-même : après, je me suis masturbé avec mon poing. Ma « pensée-jb » vient (alors) de par ma main, et le sperme tomba dans ma bouche. J’ai (ensuite) craché Chou et expectoré Tefnout.

 

     Voici donc avancée une première possibilité de naissance du monde, avancée une première Première fois : l'éjaculation produite par l'acte masturbatoire. Mais il vous faut savoir que dans d'autres écrits cosmogoniques, vous rencontrerez d'autres types de genèse - par la parole ou par modelage sur un tour de potier ; vous rencontrerez à côté d'Atoum à Héliopolis, d'autres noms de démiurges évoqués suivant les régions du pays : Ptah à Memphis, Khnoum à Éléphantine ...

     Vous y apprendrez également que le créateur peut apparaître sous forme d'oiseau, d'ophidien, voire de batracien ...


     Mais n'oubliez jamais que, quel que soit leur aspect, tous, constitueront le point de départ d'une création qui s'amplifiera : le développement du monde n'étant possible que grâce à une différenciation des genres, la multiplication des êtres s'effectuera alors de manière tout à fait naturelle, - j'entends : par acte sexuel -, donnant ainsi naissance qui à une triade (3 dieux), qui à une ogdoade (8), qui à une ennéade (9) ...

 

     Quel qu'il soit, le démiurge de la Première fois se révèle donc source de tout ce qui adviendra par la suite en Égypte, et notamment les hommes. Grâce à ses humeurs, sperme ou salive, nous venons de le constater, il donne vie : pour les humains, les Textes des Sarcophages nous révèlent que ce seront ses larmes qui en constitueront l'origine.


     Avouez qu'au niveau des croyances, nous sommes là aux antipodes de l'homme façonné grâce à la poussière de la terre, inventé par la Bible ! 

 

     Je terminerai mon évocation de la création en insistant sur le fait qu'elle n'est nullement un acte unique et définitif : aux yeux des Égyptiens, elle se renouvelait en réalité chaque matin, à chaque lever du soleil, censé placer le monde comme il fut à son commencement, à sa Première fois.


     Concevez-la donc en tant que geste initial de mise en ordre du monde - kosmos, en grec, je le rappelle au passage, exprimant originellement une idée d'ordre -, mais aussi en tant que paradigme, qu'archétype ouvrant la voie à une infinité d'autres actes, dévolus ceux-là non plus aux dieux mais à leurs représentants sur terre, les souverains du Double Pays, aux fins de maintenir l'ordre (Maât), créé dès l'origine, dans la mesure ou le mal, le chaos (Isefet), est toujours susceptible de se représenter ... 

 

   

      Si d'aventure, d'aucuns, contrariés par l'orientation inévitablement philosophique imprimée à notre rencontre de ce jour devaient exciper de ce fallacieux prétexte pour se désintéresser de ce blog qu'ils pensaient dédié à la seule égyptologie, à ceux-là je répondrai que quel que soit le nom dont vous la pariez, quelle que soit l'étiquette que vous lui attribuiez, la philosophie se révèle partie prenante de la vie quotidienne de tout un chacun, des Égyptiens de l'Antiquité à nous-mêmes, hommes du XXIème siècle.


    

   

BIBLIOGRAPHIE

 

 

HORNUNG Erik

1998, De l'origine des choses, dans L'esprit du temps des pharaons, Paris, Hachette Littératures, Collection Pluriel n° 874, pp. 33 sqq.   

 

 

ZIVIE-COCHE Christiane

1992-93, Religion de l'Égypte ancienne - Les cosmogonies : le Noun, dans Annuaire EPHE, Vème section, tome 101, pp. 111-3.

 

1993-94, Religion de l'Égypte ancienne - Les cosmogonies : I. le Noun (suite) - II. Les caractéristiques spécifiques du créateur, dans Annuaire EPHE, Vèmesection, tome 102, pp. 129-34. 

 

1994-95, Religion de l'Égypte ancienne - Cosmogonies (suite), dans Annuaire EPHE, Vèmesection, tome 103, pp. 137-40. 

 

1995-96, Religion de l'Égypte ancienne - Un aspect de la pensée cosmogonique : l'être et la fonction du démiurge, dans Annuaire EPHE, Vèmesection, tome 104, pp. 179-83. 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 00:00

 

  La police de la pensée interdit la traversée en dehors des passages cloutés de l'historiographie officielle.

 

 

 

Michel  ONFRAY

Le magnétisme des solstices

Journal hédoniste  V

 

Paris, Flammarion, 2013,

p. 11

 


 

     Mardi dernier, nous nous sommes quittés vous et moi, amis visiteurs, après nous être longuement attardés devant la table d'offrandes de Mâya et de Tamit exposée à nos pieds, sans annotation explicative de la part du Conservateur en charge de la vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 


 Table d'offrandes -1 (© SAS)

 

 

     Nonobstant, grâce à la pugnacité de lecteurs avisés, - relisez les commentaires de François -, j'ai pu pallier ce manque et ainsi, dans un addendum inséré le lendemain, lui rendre sa situation spatio-temporelle précise.

 

     A cause de l'"excitation" du moment, vous aura peut-être échappé la promesse que j'avais pourtant faite de vous donner connaissance d'une interprétation à avancer quant à la particularité stylistique qui la place quelque peu en marge des pièces semblables que vous avez coutume de rencontrer.

 

     En effet, et en guise d'exemple comparatif, je vous avais emmenés, rappelez-vous, au premier étage, en salle 23 pour y considérer, dans la vitrine 18, un petit monument du Moyen Empire (XIIIème dynastie), mis au jour à Abydos, d'un certain Senpou (E 11573), dans le socle duquel est insérée une table d'offrandes. 

 

 

Table-d-offrandes-de-Senpou--Louvre-E-11573---c-C.-Decamp.jpg

(© C. Décamps)


     De facture tout à fait "classique", celle-ci propose la figuration de la natte de joncs ou de papyrus tressés avec, au milieu, un pain vu de face, symétriquement encadré de deux vases qu'accompagnent deux autres pains, des ronds en l'occurrence et, saillant d'un des côtés, un déversoir rectiligne destiné, grâce au sillon d'écoulement qui le traverse, à évacuer les eaux lustrales.    

 

     Parmi les différentes variantes que connut ce type d'objet funéraire au cours des quatre millénaires de l'Histoire de l'Égypte antique, - et sur lesquelles je me garderai bien aujourd'hui de m'étendre -, j'en retiendrai néanmoins une, celle qui caractérise la table qui nous occupe ici même en salle 5 : 


      Table d'offrandes -1 (© SAS)

  

l'excroissance n'est plus en rien rectangulaire.

 

     Mis à part le fait qu'elle se dégage seule d'un des côtés alors que, vous l'avez constaté avec un autre bloc semblable provenant des fouilles de Bernard Bruyère, à Deir el-Médineh, dans la première moitié du XXème siècle (E 13994), d'autres peuvent la présenter enchâssée dans un cintre de pierre : rappelez-vous celle qu'avait photographiée le Professeur JF Braduayant appartenu à Imenemipet et à son épouse Noubemtekh, exceptionnellement sortie des réserves du Louvre pour l'exposition de 2002 consacrée aux Artistes de Pharaon.

 

 

Table-d-offrandes-d-Imenemipet-et-Noubemtekh.jpg 

      

cette forme, pour l'ensemble de la communauté égyptologique, fait référence au pain traditionnel.

 

     Pour la majorité des historiens, certes, mais pas pour Michel Dessoudeix, - auteur de plusieurs ouvrages égyptologiques notamment consacrés à la traduction d'importants textes hiéroglyphiques -, que je remercie vivement de m'avoir fait l'honneur de choisir de soumettre ou non à votre entendement le postulat qui est sien concernant ce détail stylistique particulier. 

 

     J'ai beaucoup réfléchi, amis visiteurs, soyez-en assurés. Beaucoup hésité. Beaucoup revu ma documentation personnelle. Beaucoup échangé avec lui, aussi, par courriels interposés, soupesant ses arguments qu'en toute impartialité il m'a présentés à charge comme à décharge.

 

     Finalement, je me suis dit que, par honnêteté intellectuelle et quelle que soit ma propre opinion, je ne pouvais m'autoriser à faire fi de la sienne d'un revers de clavier.


     Dès lors, permettez-moi ce matin de vous l'exposer de manière succincte.

  

     Partant du principe que lui paraît extrêmement étrange un "canal" ainsi creusé au milieu d'un pain, il émet l'hypothèse qu'il s'agirait plutôt de la figuration du gland d'un sexe masculin : la rigole centrale représenterait ainsi l'urètre et l'eau lustrale qui servit à la libation des offrandes symboliserait l'éjaculation de la "Première fois", le "sep tepy" des Égyptiens, qui permit d'asseoir l'ordre du monde lors de sa création.

 

     Ajoutons à cela, poursuit M. Dessoudeix dans l'une de nos correspondances, que dans les temples, les offrandes aux dieux sur ce type de tables étaient faites au lever du jour.

     De sorte que l'on retrouve beaucoup de comparaisons avec le premier matin du monde renouvelé chaque nouveau matin ...

 

     Ainsi donc, conclut-il, la vie apportée par l'offrande d'aliments surgit de la même manière que l'acte primordial et premier parmi tous qui a donné LA vie : l'éjaculation.  

 

     Semblable supposition prêtant une connotation sexuelle à cette protubérance dans la pierre pourrait parfaitement s'inscrire dans la droite ligne de ce que sur ce blog, lors de certaines interventions de la rubrique "Décodage de l'image égyptienne", j'ai déjà eu et aurai encore bientôt l'opportunité de vous expliquer : l'art égyptien dans bien de ses composantes, eut aussi pour finalité d'assurer, par la magie de l'image, comme par celle des mots, la régénération d'un défunt dans l'Au-delà.

 

 

     Michel Onfray, encore (p. 127) :

 

     (Que) l'on cesse de mobiliser Descartes pour comprendre le fonctionnement d'une pensée africaine, voire d'une vision du monde issue du désert.

     Dès lors, une fois mis à la poubelle le "Discours de la méthode", on peut envisager une autre raison que la "raison pure" occidentale. Notamment la "raison magique", autrement dit "raison poétique", "raison fabuleuse", "raison mythologique".

Car la raison ne fut pas toujours rationnelle. Tant s'en faut.


 

    Armés de mes propos, vous disposez à présent du droit de réponse : que pensez-vous, amis visiteurs, de l'interprétation prônée par Michel Dessoudeix que je viens de relayer ?


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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 00:00

 

       "L'admiration est fondement de toute philosophie."

 

     Le mot "admiration", dans cette phrase de Montaigne, garde son sens ancien d'étonnement. Mais j'aime l'entendre en son sens moderne. Rien n'étonne comme la grandeur, comme le courage, comme le génie. C'est pourquoi Beethoven nous étonne, même quand il nous est familier. C'est pourquoi l'art nous étonne, en ses sommets. Parce qu'il touche à la grandeur de l'homme et à la petitesse de nos vies.

     Les deux sont inséparables : c'est ce qui donne envie de pleurer, quand on admire, et de vivre.


 

André COMTE-SPONVILLE

Le goût de vivre et cent autres propos

 

Paris, Albin Michel, 2010

 

p. 258


 

 

     Nous avons de conserve mardi dernier déploré, amis visiteurs, le peu de documentation - euphémisme de circonstance ! - définissant les quelques pièces exposées au bas du côté nord de la vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, notamment, tout à gauche, le poids à poisson (E 14394) et le présentoir à relief ondulé (E 16324) dont j'avais eu l'heur de trouver trace dans ma documentation personnelle.

 

 

Vitrine 6 - Sol (L.-p.)

 

 

     C'est dans le même état d'esprit que j'aborderai ce matin la troisième d'entre elles, la table d'offrandes, puisqu'elle ne dispose pas plus que les autres du cartel détaillé qui nous la situerait dans l'espace et le temps. 

 

 

Table-d-offrandes--1--c--SAS-.JPG

 

 

     Sachant que les deux pièces qui la précédent sur le sol de la vitrine - et que j'évoquai à l'instant - proviennent, vous vous en souvenez, des fouilles que l'égyptologue français Bernard Bruyère mena dans le premier tiers du précédent XXème siècle à Deir el-Médineh, il me serait très aisé d'en déduire qu'elle fut aussi exhumée du même site.


     Un détail stylistique, toutefois, me retient. J'y reviendrai dans quelques minutes.   

 

     Destinés à recevoir la nourriture post mortem du propriétaire d'une tombe, ces monuments généralement disposés au pied de la stèle fausse-porte, étaient le plus souvent ornés de bas-reliefs figurant certains des éléments de l'offrande alimentaire, dont le pain, - vous en distinguez deux ronds, ici, à l'avant-plan ; ce qui motive sa présence de ce côté de vitrine -, mais aussi de morceaux de viande, de volaille, de fruits et de légumes, voire d'un vase ou d'un bassin pour les libations, stylisés dans la pierre après avoir été réalisés originellement en divers matériaux. 

 

     Déjà au sein des sépultures primitives, l'égyptologue Gaston Maspero (1846-1946) nous l'apprit jadis mais il est bon de le rappeler, pain et eau sur une simple natte de jonc ou de papyrus constituaient à eux seuls le repas quotidien pour la survie du défunt dans l'Au-delà.

 

     Avec le temps, l'évolution des moeurs et des croyances religieuses, ce "tapis" tressé, dont les Égyptiens se rendirent probablement très vite compte qu'il se détériorait, fut remplacé, aux premières dynasties, par un plateau rond, soit posé à même le sol - comme l'était précédemment la natte -, soit parfois sur pied, selon que l'on considérait que le mort se nourrirait assis ou debout. 

 

     Parce qu'il est probable qu'aux premiers moments de ce rituel, le repas funéraire s'accompagnait d'une aspersion lustrale ; parce que, d'autre part, le don de boisson prenait vraisemblablement l'aspect d'une libation dont on aspergeait les aliments, cette eau se déversait immanquablement de part et d'autre, avec force éclaboussures. 

     De sorte que vers la fin de l'Ancien Empire, à ce plateau circulaire se substitua un bloc de pierre plus ou moins rectangulaire disposant d'un léger rebord pour contenir le liquide dans le champ creusé en légère dépression, et d'un appendice saillant de l'un des côtés de manière à en faciliter l'écoulement.

 

     Quelques variantes interviendront, certes, mais en règle générale, perdurera aux Moyen et Nouvel Empires, ainsi qu'aux époques suivantes, cette typologie de la table d'offrandes "traditionnelle", munie de son bec verseur aux lignes droites, avec la rigole d'écoulement en son milieu.

 

     Très souvent, au centre de la composition figurait le large signe "htp" (hetep ou hotep, selon les égyptologues, signifiant être satisfait ) :

 

 

il s'agit du hiéroglyphe constitué d'une natte sur laquelle pose un pain, véritable métaphore de l'offrande. 

 

     Pour bien visualiser un monument de ce type, je vous invite à m'accompagner à l'étage supérieur, en salle 23, et d'y admirer celui de Senpou dans la vitrine 18.


 

Table-d-offrandes-de-Senpou--Louvre-E-11573---c-C.-Decamp.jpg

(Louvre E 11573 - © C. Décamps)


     Vous y distinguez aisément dans la partie basse du champ central encadré de hiéroglyphes - qui se présentent à l'envers ici pour nous -, le tapis de sol tressé, vu en plan, censé accueillir un pain, vu de face, flanqué de deux vases et eux-mêmes de deux autres pains, ronds cette fois.

 

     Parmi les variations auxquelles je viens de faire allusion, en plus de proposer différents types de denrées, le bloc calcaire qui nous occupe ce matin, vous l'aurez remarqué,

 

 

Table-d-offrandes--2--c--SAS-.JPG

 

 

en présente une autre d'importance : l'excroissance n'a plus rien de rectiligne.

 

     Vraisemblablement apparu dans le courant de la XVIIIème dynastie - le catalogue du Caire établi par Ahmed Kamal, référencé en note infrapaginale, donne notamment à voir, p. 70, celle, en granit rose, dédiée par Thoutmosis III à son père Amon -, ce détail stylistique, qui laissera néanmoins toujours la part belle aux déversoirs rectangulaires, s'imposera, si je m'en réfère aux fouilles de Bruyère, à Deir el-Médineh jusqu'à la XXème dynastie en étant, - particularité supplémentaire -, enserré dans un cintre de pierre.

 

    L'exposition consacrée aux Artistes de Pharaon auquel j'ai déjà fait allusion la semaine dernière proposait une table d'offrandes de ce genre (Louvre E 13994) ayant appartenu à Imenemipet et son épouse Noubemtekh, à propos de laquelle, dans le catalogue, Madame G. Pierrat-Bonnefois indique qu'elle constituait le type le plus commun à Deir el-Médineh.

 

 

Table-d-offrandes-d-Imenemipet-et-Noubemtekh.jpg 

 (© JF Bradu)

 

     Avec ou sans cintre, la typologie de cet élément verseur fait évidemment référence au pain traditionnel, scindé en deux par le sillon d'écoulement de l'eau des libations, ici, non plus représenté dans le champ mais à l'extérieur du monument. 


     Évidemment ?

     C'est à tout le moins l'interprétation officielle, la plus généralement admise.

     Se pourrait-il qu'il en existe une autre ?

     Nous en discuterons, voulez-vous, à notre prochaine rencontre ...

  

 

     L'absence de cartel, je l'ai suffisamment souligné la semaine dernière déjà ainsi que dès l'entame de notre rendez-vous d'aujourd'hui, ne nous privera fort heureusement pas de quelques détails identitaires. En effet, incisés sur le pourtour surélevé de ce petit monument, des hiéroglyphes vont vous permettre d'en apprendre un peu plus sur son propriétaire.

     Ou, pour m'exprimer avec plus d'exactitude, sur ses propriétaires.

 

     C'est classiquement par la formule convenue que je vous ai plusieurs fois apprise à déchiffrer que commence, dans la partie supérieure, de part et d'autre de la petite rigole, le texte des deux inscriptions symétriques à prononcer pour que s'opère la magie des mots. 

 

 

Formule-d-offrandes--Debut---c--SAS-.JPG

 

 

     Vers la gauche, horizontalement puis dans la colonne verticale, vous lirez : Veuille le roi octroyer une offrande à Osiris qui préside aux Occidentaux, le dieu grand, aux fins qu'il accorde toute chose bonne et pure, des libations, du vin et du lait ... 

 

    Et vers la droite : Veuille le roi octroyer une offrande à Anubis qui préside au pavillon divin, de sorte qu'il permette de recevoir des offrandes pour le Ka ... 

 

     Sur le bord horizontal inférieur, la formule se termine en indiquant l'identité des bénéficiaires des souhaits émis :  

 

 

Proprietaire-de-la-table-d-offrandes--c--SAS-.JPG

 

 

du coin gauche vers la droite, ... pour le Ka de la maîtresse de maison Tamit, justifiée, détentrice (de la fonction) d' imakh et, du coin droit vers la gauche,  ... du scribe des contours d'Amon, Mâya, justifié.

    

     Hasard des documents, Tamit, ici prénom de l'épouse de Mâya, que l'on traduit par "La Chatte", fut aussi celui, souvenez-vous, de l'animal préféré du prince Djehoutymès que nous avons tout dernièrement croisé en tant que meunier du dieu Ptah, au centre de l'étagère vitrée, à côté des pains vieux.

 

     Je gage toutefois que ce n'est pas eu égard à l'homonymie que les Conservateurs de la salle 5 associèrent l'ouchebti de Djehoutymès et cette table d'offrandes dépourvue de cartel explicatif ...

 

     

     Anonyme pour la majorité de ceux qui, d'aventure, se plairaient à l'observer, ce monument illustre parfaitement le concept égyptien de l'offrande que matérialise dans le calcaire le signe hiéroglyphique du pain posé sur une natte.      

 

 

     Avant de prendre congé de vous, amis visiteurs, il m'est très agréable de grandement remercier mon collègue parisien Louvre-passion, pour sa photographie du côté nord de la vitrine 6 que j'ai "résumée" aux seuls monuments visibles dans sa partie inférieure ; SAS, - dont je souhaite la renaissance de l'inénarrable blog Louvreboîte qu'un temps elle a tenu -, qui eut l'extrême amabilité de m'adresser les gros plans réalisés par ses soins de la table d'offrandes de Mâya et Tamit, à ma requête, dans l'urgence des derniers jours ; Jean-François Bradu, Professeur agrégé d'histoire-géographie au Collège Jeanne d'Arc d'Orléans qui m'a aimablement autorisé à exporter de son site la photographie qu'il fit au Louvre de la table d'offrandes d'Imenemipet et de Noubemkhet exceptionnellement sortie des réserves pour l'exposition Les Artistes de Pharaon, en 2002, ainsi que Michel Dessoudeixauteur de plusieurs ouvrages à l'égyptologie consacrés, qui me fit l'amitié de vous offrir sa propre traduction des hiéroglyphes gravés sur tout le pourtour du présent monument, que la petitesse de certains d'entre eux s'accommodant mal de mes mauvais yeux m'empêchait de distinguer véritablement. 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

KAMAL  Ahmed Bey

1909, Tables d'offrandes I, dans Le Caire, Catalogue général des antiquités égyptiennes du Musée du Caire, I.F.A.O. - Préface, pp. I à IV. (Ouvrage librement téléchargeable sur ce site)

 


KUENTZ  Charles

1981, Bassins et tables d'offrandes, Le Caire, Bulletin du Centenaire, supplément au B.I.F.A.O. 81, pp. 243, sqq. (Article librement téléchargeable sur le site de l'I.F.A.O.)

 

 

MASPERO  Gaston

1897, La table d'offrandes des tombeaux égyptiens, dans Revue de l'histoire des religions 35, pp. 275-330.

(Repris dans Études de mythologie, d'archéologie et d'épigraphie égyptiennes, Tome 6, pp. 321-405 ; article librement téléchargeable à partir du site de l'Université de Heidelberg.)

 

 

PIERRAT-BONNEFOIS Geneviève

 

2002, Table d'offrandes de Imenemipet et Noubemtekh, dans Les artistes de Pharaon. Deir el-Médineh et la Vallée des RoisParis/Turnhout, Éditions Réunion des Musées nationaux/Brépols, notice 199, p. 250.

 

 

 

ADDENDUM

 

Mercredi 12 février

 

     Suite à un commentaire déposé ce matin par François, qui me rappelle avoir visité le Musée égyptien de Turin et y avoir croisé une Tamit et un Mâya mentionnés sur une stèle, je me suis souvenu que, dans nos échanges avec Michel Dessoudeix à la fin du mois dernier, ce monument avait été évoqué.

Mais je n'avais pas vraiment pris garde à ce détail, craignant d'alourdir mon propos.

     

     L'ayant communiqué à François, assorti d'une référence fournie par M. Dessoudeix vers un article d'un membre de notre Forum, il appert que je suis maintenant en mesure de vous apporter quelques précisions supplémentaires - en quelque sorte mon petit cartel personnel visant à combler l'absence de celui que les concepteurs de cette vitrine auraient dû placer aux côtés de la pièce de calcaire sur laquelle nous nous sommes penchés ce mardi.

 

     Nous y avons lu, souvenez-vous, que Mâya était scribe des contours d'Amon. Or, la même indication se retrouve sur la stèle de Turin.


     Je puis donc avancer aujourd'hui qu'il fut un des décorateurs des tombes royales de la Vallée des Rois à la XVIIIème dynastie, voire au tout début de la XIXème, et qu'il fit creuser la sienne (TT 338) - dont les peintures de la chapelle funéraire sont exposées au sein de la salle III du Musée de Turin - dans le cimetière ouest de Deir el-Médineh.

 

     De sorte que le fil conducteur des trois premières pièces déposées sans annotation sur le sol du versant nord de la présente vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre est bien Deir el-Médineh. Et ce, malgré ma réserve quant à la forme de la partie supérieure de la table d'offrandes - le bec verseur n'est pas enchâssé dans un cintre de pierre -, alors que, selon Madame G. Pierrat-Bonnefois, ce détail stylistique permettrait d'affirmer que les tables qui en sont pourvues représenteraient le type le plus commun à Deir el-Médineh

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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 00:00

 

          Mais il vient toujours une heure dans l'histoire où celui qui ose dire que deux et deux font quatre est puni de mort.


 

 

Albert  CAMUS

La Peste

 

Paris, Gallimard, Livre de Poche 132,

p. 107 de mon édition de 1965

 

 

 

 

     Parmi les quelques éléments du culte funéraire présents dans les chapelles des mastabas d'Ancien Empire, au pied de la stèle fausse-porte offrant au défunt l'opportunité de communiquer avec les vivants, avec ceux des membres de sa famille ou de ses amis qui, le plus longtemps possible, continueront à venir apporter les produits de bouche susceptibles de lui assurer son éternité, était habituellement installée une table d'offrandes.

 

     Petit clin d'oeil, je présume, à son antique emplacement, de la part du Conservateur en charge de la vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, qui en a posé une ici devant nous, sur le sol de la partie nord.

     Malheureusement non accompagnée de son cartel.

 

 

Vitrine 6 (Bas côté nord) (L.-p.)

 

 

     Bizarre décision similaire prise, d'ailleurs, pour les autres pièces à ses côtés : aucune indication de date, aucune indication de lieu de découverte, aucun numéro d'inventaire, aucune précision utile ... 

      Rien pour les définir aux yeux de toute personne quelque peu intéressée ou simplement du touriste lambda.


     Pour ce qui me concerne, point de circonlocutions inutiles, point d'un langage chantourné : ne souhaitant nullement m'engager jusqu'à dénoncer un amateurisme de mauvais aloi, je ne peux, vous vous en doutez amis visiteurs, donner quitus à celui ou celle qui, depuis sa mise en place en décembre 1997, n'a pas pris le temps d'avoir envie de finaliser la conception de cette vitrine.

     C'est franchement inadmissible dans un établissement public tel que le Louvre !

 

     Quelles foudres vais-je m'attirer en osant ce réquisitoire ?

Certes pas puni de mort, comme dans l'exergue de ce matin, emprunté à Camus. 

Je ne demande pourtant pas l'impossible !

Quatre ou cinq fiches signalétiques suffiraient à mon "bonheur". 

En quelque quinze ans : une gageure ?


     Conjecturons donc, voulez-vous, à propos de certains de ces objets : ainsi, à l'extrême gauche de ce bas de vitrine dont l'aspect inachevé m'indispose, vous distinguez une masse semi-circulaire : elle pourrait figurer un modèle de pain, ce qui la placerait ainsi en adéquate symbiose avec ces autres pains et galettes, réels, ceux-là, desséchés depuis des milliers d'années, à même le carré de tissu, à l'extrême droite et complétant vraisemblablement la série des trois que nous avions rencontrés sur l'étagère vitrée, immédiatement au-dessus.

 

     En réalité, il n'en est rien ! Et sa place ici, par rapport à la thématique des aliments originellement prévue, se révèle à mes yeux totalement inadéquate ...

Ceci posé, si je me réfère à son origine, je puis quelque peu reconsidérer mon opinion mais tout en vous faisant remarquer que là ne résidait pas la finalité du projet ! 


      Au-bas-de-la-vitrine--.--L.-p.-.JPG

 

 

     En effet, après moult recherches, de cette pièce, brisant le silence imposé par l'absence de cartel, j'ai eu l'heur de trouver trace, sous la plume de Pierre Tallet, dans le catalogue, référencé en note infrapaginale, édité lors de l'exposition qui se tint à la fois à Paris au printemps 2002 et à Bruxelles à l'automne suivant, dédiée aux Artistes de Pharaon, entendez : à tous ces artisans de Deir el-Médineh qui contribuèrent un temps à la réalisation des hypogées royaux de l'Occident thébain. Mais également dans celui, plus récent, de l'exposition parisienne Les Portes du Ciel, grâce à une notice de Florence Maruéjol.

 

     Il s'agit d'un poids en calcaire (E 14394), d'une hauteur maximale de 6 centimètres pour un diamètre de 14,5 exhumé par l'égyptologue français Bernard Bruyère d'une des maisons du village de Deir el-Médineh et entré au Louvre en 1935, suite à un partage de fouilles.

Nonobstant, le site internet officiel du Musée n'en fait point mention.

 

     Si j'avais eu la bonne idée d'en effectuer un gros plan lors d'une de mes visites - ou de le solliciter auprès de l'un de mes deux lecteurs parisiens en étroite relation avec l'établissement -, vous auriez pu apercevoir une incision plus que bienvenue qui, comme à moi, vous eût mis la puce à l'ouïe : un poisson !

     En outre, vous eussiez pu déchiffrer quelques hiéroglyphes stipulant Queue de poisson frais.

 

         Vous avez en fait là devant vous un des exemplaires d'une série de poids mis au jour par B. Bruyère tout à la fois dans les habitations du Village - comme on l'écrit volontiers avec une majuscule aux fins d'en souligner la spécificité -, et dans les déblais entreposés à l'est de ce grand puits dont je vous avais déjà entretenu le 25 avril, puis les 2 et 9 mai 2009.

 

     Ces poids déterminaient la quantité de poisson à répartir entre chacun des membres des équipes d'ouvriers sur les chantiers des tombeaux qu'ils préparaient pour les souverains défunts. Dans la mesure où tous étaient rémunérés en nature par le Pouvoir, ils recevaient chaque jour, pour autant bien sûr que les denrées aient été livrées de manière régulière, - ce qui n'était pas toujours le cas -, un apport alimentaire au sein duquel, après le pain, le poisson constituait la nourriture essentielle.

  

     Des documents d'époque, papyri et ostraca maintenant conservés dans différents musées, permettent de connaître les quantités livrées par les pêcheurs autorisés à accéder à la porte d'enceinte des lieux pour approvisionner les foyers : ainsi, par exemple, pour le quatrième mois de la saison Akhet de l'an 26 de Ramsès III (XXème dynastie), apprend-on que chaque famille aurait reçu une ration d'approximativement 4 kg.   

 

 

     Immédiatement à la droite de cet objet hémisphérique, vous remarquerez deux petits monuments côte à côte : une table d'offrande et un socle de pierre au relief ondulé qui, de prime abord, ne peut qu'intriguer.


     Entré au Louvre en 1939 également suite à un partage des fouilles du même B. Bruyère, portant le numéro d'inventaire E 16324 et lui aussi ignoré de la base de données publiée sur le site officiel du Musée, ce plateau en calcaire mesurant 22 centimètres de longueur pour 21,3 de largeur, et 5,8 de hauteur fut pareillement mis au jour dans une des maisons de la communauté des artisans. 

 

     Il offre la particularité de n'être pas plan mais d'au contraire présenter un relief sculpté de ce que j'appellerais prosaïquement quatre "boudins", supports d'un objet probablement brûlant, - remarquez la partie plus sombre en son centre.

 

     Peut-être, - mais là, c'est mon propre esprit qui s'offre un vagabondage cultuel en prenant pour exemples certaines scènes de purification -, était-ce une sorte de présentoir utilisé pour les fumigations : un récipient contenant du charbon incandescent posait sur la partie centrale, - d'où la noirceur bien visible ; sur ce pot de braises, il suffisait alors de jeter quelques grains d'encens lorsqu'il était estimé nécessaire de purifier la maison ... 

 

     Enfin, à droite, même si elle n'est point officiellement référencée, vous reconnaîtrez sans peine une table d'offrandes : c'est à elle, et à elle seule, que j'escompte consacrer notre prochain rendez-vous, amis visiteurs, le mardi 11 février prochain.

 

     Vous m'accorderez qu'aussi sommairement et imprécisément organisée, la partie basse de ce côté de vitrine 6 aurait dû constituer pour vous ce matin une bien maigre provende. J'ai néanmoins la faiblesse de croire que, grâce aux photographies envoyées par Louvre-passion, ainsi qu'aux "fouilles" personnelles menées au sein même de ma bibliothèque, le peu que j'ai fait dire aux deux pièces que nous avons croisées suffira pour vous éclairer à leur sujet.

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE 

 

 

DELLA MONICA Madeleine

1980, La classe ouvrière sous les pharaons. Étude du Village de Deir el Medineh, Paris, Librairie d'Amérique et d'Orient A. Maisonneuve, pp. 116-7.

 

 

MARUÉJOL  Florence

2009, Poids à poisson, dans Les portes du Ciel. Visions du monde dans l'Égypte ancienneParis, Editions Somogy/Musée du Louvre, notice 211, p. 256.

 

 

PIERRAT-BONNEFOIS Geneviève

2002, Présentoir à offrandes, dans Les artistes de Pharaon. Deir el-Médineh et la Vallée des RoisParis/Turnhout, Éditions Réunion des Musées nationaux/Brépols, notice 201, p. 251.


 

TALLET  Pierre

 2002, Poids à poisson, dans Les artistes de Pharaon. Deir el-Médineh et la Vallée des RoisParis/Turnhout, Éditions Réunion des Musées nationaux/Brépols, notice 159, p. 207.

 


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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 00:00

 

     A mi-chemin de la cage au cachot, la langue française a cageot, simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie.

     Agencé de façon qu'au terme de son usage il puisse être brisé sans effort, il ne sert pas deux fois. Ainsi dure-t-il moins encore que les denrées fondantes ou nuageuses qu'il enferme.

     A tous les coins de rues qui aboutissent aux halles, il luit alors de l'éclat sans vanité du bois blanc. Tout neuf encore, et légèrement ahuri d'être dans une pose maladroite à la voirie jeté sans retour, cet objet est en somme des plus sympathiques - sur le sort duquel il convient toutefois de ne s'appesantir longuement.

 


 

      Francis PONGE

 Le Cageot


dans Le Parti pris des choses 

Paris, Gallimard, 1942.

 

 

 


 

     Avec l'exceptionnel ouchebti du prince Thoutmosis, fils aîné prématurément décédé d'Amenhotep III et de la reine Tiy que nous avons rencontré mardi dernier dans son rôle de meunier du dieu Ptah, souvenez-vous amis visiteurs, j'ai apposé un point quasiment final à l'évocation des monuments relatifs à la panification exposés sur le versant nord de la vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

     Quasiment car, vous l'aurez probablement remarqué, il m'incombe d'encore attirer votre attention sur les pièces disposées sur l'étagère supérieure, immédiatement en dessous des deux figurines de meunières que précédait celle d'un brasseur, surplombant  l'ensemble,


 

Etagere---Brasserie-----Vitrine-6--Cote-Nord---L.-p.-.JPG

 

la brasserie constituant précisément le thème de cette petite tablette vitrée.

 

     Or, nul n'ignore plus, je présume, que la même pâte à pain, à partir d'un certain type de céréales communes, fut en Égypte antique à la base des opérations visant à préparer la bière, ces deux produits constituant le quotidien de la majorité de la population.

 

     Raison pour laquelle vous pouvez vous rendre compte que l'attitude des trois artisans brasseurs oeuvrant devant nous


 

 E-27164-Trois-brasseurs--L.-p.-.JPG

 

 

ressemble à celle de boulangers.

     Aussi, en l'absence d'informations précises, est-il parfois malaisé d'établir une distinction entre le travail des uns et celui des autres, tant leurs gestes sont apparentés. 

 

     Acquis par le Louvre en 1978, le modèle de bois stuqué et peint (E 27164) qui nous occupera une partie de cette matinée date du Moyen Empire. Toutefois, sa provenance reste inconnue.

 

     Il est constitué d'un plateau de bois d'une longueur de 29,50 centimètres pour 20,30 de large sur lequel, à gauche, différentes sortes de vases à bière - six en tout - n'attendent plus qu'à recevoir le précieux breuvage que vont fabriquer les trois personnes de droite : deux hommes penchés d'abord, qui s'affairent à écraser les grains - d'orge ou de blé amidonnier - en se servant d'un rouleau broyeur sur leur meule et, à leurs côtés, une femme assise, poitrine nue, les mains tendues vers un objet définitivement perdu.

 

     Bien au-delà de la rusticité, - de la gaucherie jugeront peut-être certains -, inhérente à l'ensemble des modèles que nous avons croisés - et je pense évidemment aux figurines que vous avez précédemment tant admirées et que vous apercevez toujours au-dessus de la vitrine -, c'est naturellement encore ici la philosophie du geste, de l'attitude au travail qu'il nous faut retenir.

 

     Nonobstant les grands yeux blancs démesurés et dépourvus de pupille qui barrent leurs visages, ainsi courbés sur leur tâche, ils semblent extrêmement concentrés sur l'effort à fournir. 

 

     Un détail technique, un détail de fabrication vient aussi distinguer ces trois manouvriers : ils ne sont pas taillés d'une seule pièce. Tels certains jouets articulés de notre prime enfance, leurs bras sont rivés aux épaules par des tenons et leurs mains, de la même manière, au rouleau qu'ils manipulent.    

  

     Si je "lis" la scène de droite à gauche, c'est-à-dire dans le sens le plus constant de l'écriture hiéroglyphique, je puis augurer qu'après la réduction des grains en farine à laquelle les deux hommes étaient occupés, cette servante préparait vraisemblablement le pâton d'orge dans une cuve, - à l'instar de n'importe quel confrère boulanger ; pâte qu'elle humidifiera avec de l'eau froide, avant de quelque peu la cuire dans des moules autres que les bedja que vous connaissez maintenant, essentiellement utilisés, quant à eux, pour les pains de consommation.

 

     En effet, pour les pains de brasserie - pain vert, lit-on dans le mastaba de Ti - destinés à être malaxés avec d'autres ingrédients, nul besoin de chercher une présentation belle et régulière : galettes plus ou moins rondes, pains plus ou moins ovales, triangulaires, modelés le plus souvent à la main conviendront tout aussi bien.

 

     C'est également de différentes manières qu'ils étaient légèrement précuits : soit dans des récipients distincts, moule-setchet ou moule-aperet, soit directement sur le feu, comme le montre ce modèle en bois (AF 12873d'un homme activant son petit foyer individuel avec un éventail, disposé en dessous, à l'extrémité de l'étagère des pains vieux.

 

 

Figurine-de-cuisinier----AF-12873---c-L.-p.-.JPG

 

 

     Par la suite, la jeune femme du trio ci-dessus émiettera les "pains-bière" dans la grande jarre munie d'un bec verseur que vous apercevez sur sa droite, avant de brasser le tout en l'additionnant de malt puis de pulpe de dattes aux fins de sucrer - ces deux apports engendrant la fermentation -, et, éventuellement, de quelques épices si elle souhaitait l'aromatiser.

 

     Détail important : le houblon, plante à l'origine du goût amer de nos bières contemporaines, était ignoré des Égyptiens. De sorte que leurs heneqet - comme le précisent les textes - furent probablement plus sucrées que les nôtres, partant, plus alcoolisées aussi ; raison pour laquelle le terme fut-il parfois assorti d'épithètes telles que "forte", "brute" ...

 

     Si j'en crois le menu de Tepemânkh que pour vous j'avais détaillé le 29 janvier 2013, voici exactement un an, les Égyptiens produisirent deux types de bières : une blonde djeseret et une brune kenemes.

     Mais vous aurez tout de suite deviné, amis visiteurs, qu'aucune cruche en contenant encore ne nous est parvenue. Et ce ne peut être avec des résidus desséchés retrouvés en leur fond que nous connaîtrons le goût véritable de cette boisson égyptienne antique. Tout au plus, les analyses en laboratoires détermineront-elles l'un quelconque des ingrédients naturels qui la composaient ...  

 

     Autorisez-moi une courte parenthèse pour souligner que, malgré certaines consonances, trompeuses au demeurant, la bière Heineken que nous connaissons de nos jours ne doit en rien son nom à la heneqet des anciens Égyptiens mais porte simplement le patronyme du jeune Amstellodamois qui, au XIXème siècle, la créa.   

 

 

     Décanté, tamisé, filtré, le liquide tant apprécié des riverains du Nil antique était alors versé dans des récipients généralement ovoïdes élaborés à partir du limon du fleuve, au fond pointu, plantés en terre ou encastrés dans un support de bois. Ils étaient obstrués avec un bouchon conique en argile. C'est également en l'enduisant d'argile que l'intérieur pouvait être rendu étanche.

 

     Enfin, ces "bouteilles" étaient au besoin transportées dans des caisses semblables à ce que vous montrent, tout à fait à gauche sur l'étagère, les deux minuscules modèles de cageots en bois peint de quelque 5 centimètres de hauteur : considérez-les comme de lointaines figurations de ceux que Francis Ponge présenta en vous accueillant ce matin.

 

     Si le second est vide (E 2716), le premier (E 2729) contient trois des modèles de ces jarres à bière que je viens d'évoquer (E 2718, E 2719 et E 2720), mais en bois peint et non en terre cuite. 

 

 

E 2729 (cageot) contenant E 2718-E 2719-E 2720 (jarres à b

 

 

     Ce sont ces cageots, rappelez-vous, que nous avions vus en novembre 2008 sur les têtes de certaines porteuses d'offrandes qui semblaient se diriger vers le mastaba d'Akhethetep, dans la vitrine 1 de la salle 4.

 

 

Porteuses-d-offrandes--c-A.-Dequier--copie-1.jpg

(Salle 4, vitrine 1 - © A. Dequier)

 

      Vous aurez évidemment compris qu'indépendamment du fait qu'ils me permettent de quelque peu vous expliquer le "fonctionnement" d'une brasserie, les objets en réduction ici exposés sur l'étagère que nous avons détaillée aujourd'hui, n'avaient d'autre raison d'être que d'accompagner un défunt dans sa dernière demeure en lui assurant, - finalité magique essentielle que détient l'image aux yeux des Égyptiens de l'Antiquitéquel que soit son aspect sommaire ou non -, la quantité de bière nécessaire à son éternité.

 

     M'est-il besoin d'ajouter qu'un dessein identique animait les scènes de boulangerie que nous avons découvertes sur les bas-reliefs précédemment rencontrés de ce côté de la vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre ?

 

     Je m'en voudrais de vous quitter, amis visiteurs, sans vous avoir précisé un dernier point : pains et bière n'étaient évidemment pas que destinés aux classes les moins favorisées de la société égyptienne : le souverain et la cour, notamment, en consommaient. Pour ses besoins personnels, le Palais en effet disposait de boulangers et de brasseurs dont certains, plus favorisés que d'autres assurément, obtinrent l'insigne privilège royal de bénéficier d'une tombe dans la Montagne thébaine.

 

     C'est ce que tout récemment nous a appris le magazine égyptien Luxor Times en publiant la découverte réalisée par l'égyptologue japonais Jiri Kondo, Directeur de la mission de fouilles de l'Université de Waseda, du superbe hypogée non encore complètement exploré de Khonsouemheb, à El Khokha, sur la rive ouest de Thèbes.

 


New-tomb-discovered-in-El-Khokha-by-Waseda-University--c-L.jpg

(© Luxor Times)

 

     Les textes hiéroglyphiques qui accompagnent les peintures remarquablement bien conservées nous apprennent qu'à l'époque de Ramsès II, Khonsouemheb porta le titre de surveillant des greniers et des fabricants de bière pour la déesse Mout ; son épouse et sa fille étant toutes deux chanteuses de la même divinité.     

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE      

 

 

ANDREU Guillemette/RUTSCHOWSCAYA Marie-Hélène/ZIEGLER Christiane 

1997, L’Egypte ancienne au Louvre, Paris, France Loisirs, pp. 78-9.

 

BAVAY Laurent
2004, Les "jarres à bière", dans Doyen F. et Warmembol E. (s/d),  Pain et bière en Égypte ancienne, de la table à l'offrande, Treignes, Catalogue d'exposition, Guides archéologiques du Malgré-Tout., p. 54.

 

DOYEN Florence 

1999, Modèle de brasserie, dans Warmenbol (s/d) Ombres d'Égypte. Le peuple de Pharaon, Catalogue de l'exposition au Musée du Malgré-Tout, Treignes, Editions du Cedarc, notices 64 et 67, pp. 85-6.

 

MOERS Lucie C.
2004, La transformation des céréales : boulangerie et brasserie en Égypte ancienne, dans Doyen F. et Warmembol E. (s/d), Pain et bière en Égypte ancienne, de la table à l'offrande, Treignes, Catalogue d'exposition, Guides archéologiques du Malgré-Tout, pp. 48-51.

 

PETERS-DESTÉRACT Madeleine

 2005, Pain, bière et toutes bonnes choses ... L'alimentation dans l'Egypte ancienne, Monaco, Editions du Rocher, pp. 149-79.

 

PIERRAT-BONNEFOIS  Geneviève

 1997, Salle 5 - Élevage, chasse et pêche, dans Ziegler, 1997Louvre : Les Antiquités égyptiennes I (Guide du visiteur), Paris, Éditions de la Réunion des Musées nationaux, 29-30.

 

TALLET Pierre

 2003, La cuisine des pharaons, Arles, Actes Sud, pp. 21 et 99-103.

 

VANDIER Jacques
1964,  Manuel d'archéologie égyptienne, Tome IV, Bas-reliefs et peintures - Scènes de la vie quotidienne *, Paris, Picard, pp. 293.

 

WILD Henri

1966, Brasserie et panification au tombeau de Ti, Le Caire, B.I.F.A.O. 64, I.F.A.O., pp. 95-120.

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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 00:00

 

Or la beauté, c'est tout. Platon l'a dit lui-même :

La beauté, sur la terre, est la chose suprême.

C'est pour nous la montrer qu'est faite la clarté.

Rien n'est beau que le vrai, dit un vers respecté ;

Et moi, je lui réponds sans crainte d'un blasphème :

Rien n'est vrai que le beau ; rien n'est vrai sans beauté.

 

 

 

 

Alfred de MUSSET

Après une lecture

 

dans Poésies nouvelles

Paris, Bibliothèque-Charpentier,

p. 240 de mon édition de 1891

 

 


 

     Au centre de la seconde étagère en verre jouxtant le bas-relief que je vous ai donné à voir mardi dernier, souvenez-vous amis visiteurs, et sur laquelle, le 10 décembre, nous eûmes déjà le privilège de découvrir des pains vieux de quelque 3500 ans,  a été déposée, par le Conservateur en charge de la vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, une statuette pour le moins singulière.

 

Prince Thoutmès en meunier

(© SAS)

 

     La présence d'un aussi petit monument franchement perdu dans cette grande vitrine s'explique par l'évidente connotation avec le pain. Mais si le cartel

 

E-2749---Djehoutymes.jpg

 

indique qu'il propose, telle une offrande, un broyeur et une meule, cette dernière semblable à une moitié du modèle en bois peint provenant du Moyen Empire exposé devant lui,  (E 2725 - © C. Décamps),

 

E 2725

   

les annotations hiéroglyphiques gravées permettent d'indéniablement avancer qu'il figure un meunier courbé sur la pierre creuse pour broyer des grains.

 

     Personnellement, j'eusse préféré découvrir cette figurine dans un autre environnement : au sein du parcours chronologique, au premier étage ci-dessus, en salle 24, la première des cinq dédiées au Nouvel Empire et, surtout, dans d'autres conditions de mise en évidence : ainsi l'eussé-je bien vue seule, au centre d'une haute vitrine-tube quadrangulaire que l'on pourrait aisément contourner, pas très large évidemment et à l'intérieur de laquelle quelques miroirs grossissant judicieusement agencés permettraient d'en estimer tous les détails à leur juste beauté, à leur juste finesse.

 

     Alors là, et là seulement, j'eusse pu vous dire ... Oh ! bien des choses en somme ...

 

     Par exemple que, dans cette position quasiment à plat ventre qui certainement vous semblera de prime abord fort originale ou peu protocolaire eu égard au rang social du personnage, - attitude d'un serviteur au travail ou attitude de prosternation et d'offrande ? -, elle représente le fils aîné d'Amenhotep III et de la grande épouse royale Tiy, héritier présomptif du trône, Djehoutymès ou, selon la langue maternelle des savants qui lui ont consacré quelque attention, Djhutmose, ou aussi Thoutmès, voire Thoutmosis comme il leur arrive de le nommer depuis les Grecs anciens.

  

E 2749 Djehoutymès ( © C. Larrieu)

(© C. Larrieu)

 

     Et j'eusse alors pu ajouter que, provenant de la collection personnelle d'Antoine-Barthélémy Clot-Bey (1793-1868) dont la majeure partie fut cédée à la ville de Marseille où ce médecin grenoblois finit ses jours, et quelques pièces vendues au Louvre, dont celle-ci en 1852, ce "meunier" en pierre dure sombre - de la grauwacke pour certains auteurs, de la serpentinite pour d'autres -, d'à peine 10,5 centimètres de long, 5 de haut et 2,22 de large, se tient penché la jambe gauche agenouillée, la droite complètement étendue et posant sur la pointe de doigts de pied recroquevillés.

 

     Vêtu d'un pagne ajusté à la taille par une ceinture décorée de stries, le haut du corps recouvert d'une peau de panthère mouchetée, il arbore une perruque ronde assortie d'une longue mèche tressée descendant sur la tempe droite ; semblables survêtement et tresse latérale constituant les attributs distinctifs de sa fonction de Grand Prêtre de Ptah.


     Ce détail, nullement anodin, m'eût alors permis d'attirer votre attention sur la formulation du cartel officiel qui, à mon sens, pêche pour le moins par confusion sémantique puisque Djehoutymès n'est pas représenté en meunier comme noté, - je sais : je pinaille un peu ! -, qu'il n'est pas habillé en meunier mais bien en officiant d'un culte ; memphite, ici en l'occurrence ! 

 

     S'il avait mieux été mis en lumière, j'eusse par exemple pu vous éclairer à propos de ces mentions hiéroglyphiques incisées sur trois de ses côtés car, en effet, elles nous fournissent d'intéressantes précisions identitaires. 

 

     Evoquant probablement le dieu Apis, puisque selon l'égyptologue française trop tôt disparue Agnès Cabrol, cette figurine proviendrait du mobilier de la tombe du taureau sacré, incarnation du dieu Ptah de Memphis ayant vécu à cette époque-là, le prince affirme, sur le côté gauche : Je suis le serviteur de ce noble dieu, son meunier. 

 

     Sur la face frontale, vous eussiez pu lire : Encens pour le collège divin qui est dans le monde des morts ; comprenez : pour l'assemblée des dieux qui accompagnent ceux de la nécropole memphite, à savoir Sokaris, Osiris et Apis.

 

Djehoutymes--Louvre-E-2749-.jpg

 

 

     Que soit illuminé le fils du roi, le (prêtre)-sem, Djehoutymès, eussiez-vous enfin pu déchiffrer sur le côté droit qu'à défaut, je me suis autorisé à reproduire ici à partir du cliché publié dans un article de l'égyptologue anglais Aidan Dodson, référencé ci-dessous.

 

      A ces fonctions de prêtrise qui déjà identifient le prince adolescent, ou très jeune adulte, - qu'elles soient jugées honorifiques ou non par certains égyptologues -, je me dois d'apporter d'autres titres que, souvenez-vous amis visiteurs, le 19 octobre 2010, je vous avais énumérés quand nous avions admiré le sarcophage de son animal de compagnie exposé au Musée du Caire, ainsi : Chef des prêtres en Haute et Basse-Égypte et Grand des directeurs des artisans. 

 

    J'eusse également pu vous informer qu'en tant que statuette funéraire, le monument est classé par ses commentateurs dans la catégorie des ouchebtis, à savoir : des petites représentations d'ouvriers agricoles dont les défunts souhaitaient se faire accompagner au sein de leur sépulture en prévision d'effectuer à leur place les travaux des champs de l'Au-delà ; figurines qui n'étaient pas sans rappeler certains des modèles de serviteurs de l'Ancien Empire. 

     Rappelez-vous, je vous avais longuement entretenu à leur sujet en décembre 2010 quand, en Abousir, sous la férule d'archéologues tchèques, nous avions visité de conserve la tombe de Iufaa.

 

     Cette assertion que j'eusse pu vous faire eût alors revêtu une importance considérable : en effet, a contrario, elle vous permettait de comprendre que, puisque ouchebti de Thoutmosis il y a, décès de Thoutmosis il y a eu ! De comprendre aussi que si sur cet objet funéraire sont uniquement mentionnées ses activités sacerdotales alors qu'il était l'aîné des deux fils du souverain, c'est qu'il n'a pas eu l'opportunité de régner sur le Double Pays avant de mourir.

     Et d'ajouter que ce décès prématuré, - comprenez : avant celui d'Amenhotep III -, transforma notoirement le cours des événements dans la mesure où ce fut au puîné - Amenhotep IV/Akhenaton - qu'en droit de succession échut donc le trône d'Égypte.


     Là, très certainement, j'eusse coupé court à mes assertions, conscient qu'il m'eût fallu par la suite brosser un tout autre et très important pan de l'histoire de la fin de la XVIIIème dynastie ...


     Ici, Djehoutymès emprunte tout logiquement à un minotier la position d'une personne écrasant les grains sur une meule à l'aide d'un rouleau-broyeur puisque, vous venez de le constater, il se déclare meunier du dieu. Ce qui, toujours a contrario, vous permet de deviner que cette tâche spécifique exclut tout autre type de corvée agricole usuellement réservée à ces petits personnages funéraires.   

 

     J'eusse évidemment pu préciser que, tout à la fois portrait du mort et serviteur divin : il prépare les pains pour Osiris, partant, comme tout défunt est assimilé à un nouvel Osiris, il assure par la même occasion sa propre subsistance -, cet ouchebti fait partie d'un corpus extrêmement rare - tout au plus une dizaine d'exemplaires ! - essentiellement mis au jour dans de riches tombeaux de l'époque d'Amenhotep III à Saqqarah ou dans ceux d'autres fils royaux de la XVIIIème dynastie et de l'époque ramesside.


     Et de compléter en spécifiant qu'au sein de ce corpus, il se distingue de la majorité des autres statuettes du genre dans la mesure où, même si sur le côté droit, il reprend scrupuleusement les quelques termes préliminaires habituels, le texte que vous seriez en droit d'attendre - le chapitre VI du Livre pour sortir au jour (Livre des Morts) - ne figure nullement.

     Chaouabti, oui, mais, à plusieurs points de vue, chaouabti d'exception.

 

 

     En outre, je pense qu'il m'eût aussi plu de terminer notre entretien en insistant sur le fait que cette petite figurine constitue un des brillants exemples du raffinement de l'art d'une époque bien distincte. 


     Et pour corroborer mon assertion, j'eusse inévitablement convoqué l'égyptologue belge Claude Vandersleyen pour qu'il consente à vous répéter qu'il la juge d'un style typique de la deuxième moitié du règne d'Aménophis III, ou Jocelyne Berlandini, sa collègue française, qui aurait acquiescé tout en mettant l'accent sur la délicatesse dans la finesse du modelé et l'harmonie des formesavant de conclure que des critères stylistiques tels que profil enfantin, bouche pulpeuse, oeil en amande, invitent à la dater en faveur du règne avancé d'Amenhotep III.

 

 

     Voilà en résumé tout ce que j'eusse souhaité vous expliquer, amis visiteurs, pour esthétiquement vous émouvoir par la beauté de cette statuette particulière si elle avait eu l'heur de jouir de conditions d'exposition optimales. 


      Mais là, parce que quasiment égarée au milieu de nulle part dans cette double grande vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre,

 

 

Prince Thoutmès en meunier

 

 

parce que si minuscule, parce qu'à peine remarquée par les touristes pressés ou distraits, qu'espériez-vous que je vous en dise ?

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

AUBERT Liliane et Jacques-François

1974, Statuettes égyptiennes, chaouabtis, ouchebtis, Paris, Librairie d’Amérique et d’Orient Adrien Maisonneuve, pp. 66-8.

 

BERLANDINI-KELLER Jocelyne     

1997, Contribution aux "Princes du Nouvel Empire à Memphis", dans Etudes sur l'Ancien Empire et la nécropole de Saqqâra dédiées à Jean-Philippe Lauer, Montpellier, OrMonsp IX, Université Paul-Valéry, p. 99.

 

BOVOT Jean-Luc
2003, Les serviteurs funéraires royaux et princiers de l' Ancienne Egypte, Paris, Éditions de la Réunion des Musées Nationaux, pp. 212-3 ; 217-9.

 

CABROL Agnès
2000, Amenhotep III le Magnifique, Monaco, Editions du Rocher, pp. 167 et 468.

 

DODSON Aidan
1990, Crown  Prince Djhutmose and the royal sons of the eighteenth dynasty, Londres, 
JEA 76, pp. 87 sqq.

 

GABOLDE Marc

1993, La postérité d'Aménophis III, Egyptes - Histoires et cultures n° 1, Avignon, B & A Éditions, pp. 29-30.

 

LABOURY Dimitri

2010, Akhénaton, Paris, Pygmalion, pp. 58-62.

 

VANDERSLEYEN Claude

1995, L'Égypte et la Vallée du Nil, Tome II, De la fin de l’Ancien Empire à la fin du Nouvel Empire, Paris, Nouvelle Clio, P.U.F., p. 398, note 2. 

 

WARMENBOL Eugène

1999, Ombres d'Égypte, le peuple de Pharaon, Guides archéologiques du Malgré-Tout, Treignes, Editions du Cédarc, pp. 89-90.

 

WILDUNG Dietrich
1998, Le frère aîné d'Ekhnaton. Réflexions sur un décès prématuré, Paris, B.S.F.E. 143, pp. 15-6.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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