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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 00:00

 

    Qu'elle soit de vigne ou de papier, la feuille est une promesse.

Pour l'une la promesse du raisin et du vin, pour l'autre la promesse des mots et du texte.

Toutes les deux requièrent de l'homme beaucoup de travail. Toutes les deux annoncent des plaisirs : boire et lire.

De la feuille de vigne naissent les caves et les oenothèques ; de la feuille de papier, les librairies et les bibliothèques.

 

 

Bernard  PIVOT 

 

Dictionnaire amoureux du vin

 

Paris, Plon, 2006

p. 187

 

 

 

 

 

     Telle celle de l'artiste peintre égyptien antique, - le Sesh kedout, le Scribe des contours comme le nomment la plupart des égyptologues, le Scribe des formes comme préfère le traduire le Professeur Laboury -, qui, quand il souhaitait différencier la gent féminine de la masculine, choisissait parmi ses cupules d'ocres aux tonalités chaudes pour en préciser la carnation, la palette de la Nature en Côte d'Or se révéla des plus éblouissantes les quelques jours si abondamment ensoleillés que nous y passâmes pendant le récent congé scolaire de Toussaint.

 

     Un océan de vignes déferlait depuis Gevrey-Chambertin,

 

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déroulant jusqu'à Saint-Aubin,

 

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en passant par le Clos de Vougeot

 

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et les coteaux murisaltiens,

 

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puis pulignaciens,

 

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sur tout cet incroyable terroir, d'inépuisables vagues de rouges,

 

 

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de bruns et de jaunes,

 

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qui, copieusement, nous explosèrent au visage ; à perte de vue.


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     Sur ces sols si riches, si superbement nuancés où l'un ou l'autre pampre offrait quelques derniers grains voués à un dépérissement certain ... ou à la délectation d'un heureux "vendangeur-grapilleur" de passage tenté par la générosité pulpeuse du fruit mûr ;

 

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dans nombre de ces 1247 "climats" - comme il est d'usage de les nommer en Bourgogne viticole -, qu'il vous est loisible de dénombrer ci-après et qui, depuis 2010, de Marsannay à Santenay, quêtent une reconnaissance officielle de l'Unesco ;

 

 

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"climats" aux dénominations parfois délicieusement évocatrices ;

 

 

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sur ces parcelles prometteuses souvent délimitées par des murgers,

 

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entendez des murs de hauteurs variables avec ou sans abri-refuge, en pierres sèches grises extirpées jadis des sols caillouteux aux fins d'y planter de nouveaux ceps, ce fut, en nous rendant d'un domaine à un autre, réel plaisir esthétique d'y déambuler, émerveillés, les yeux ébaubis, comme ceux d'enfants qui auraient trop vite grandi ...

 

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mais qui toutefois se souviendraient qu'au troisième chapitre de  Autour de la lune, Jules Verne faisait déjà déguster à ses héros une fine bouteille de Nuits dénichée par Michel Ardan dans le compartiment des provisions (Hachette, reprographie de l'édition Hetzel, pp. 250-1 de mon édition de 1978) et qu'en leur hommage, les astronautes américains de la mission Apollo XV de 1971 enfouirent là-haut, au sein d'un cratère qu'ils crurent évident de baptiser le Saint-Georges, une étiquette de ce prestigieux premier cru.

     

     Pour notre part, il fut hors de question de rester avec eux sur la lune : une seule bouteille ne nous eût point suffi ! Aussi, visitâmes-nous caveaux et encore caveaux - qui n'avaient fort heureusement rien de sépulcral ! -, mais néanmoins destinés à assurer une certaine éternité à des milliers de piqûres n'attendant que l'engagement de notre pouce vigoureux  

 

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et autant de goulots à déboucher n'espérant que nos lèvres avides.

 

 

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     Je gage que Metchetchi, Tepemânkh et tant d'autres dignitaires égyptiens eussent aimé être conviés à ce voyage autour de grands crus ...

 

     Dans l'une de ces cavernes "alibabesques", une surprise me ramena vers les rives du Nil, vers le Louvre, vers vous, amis visiteurs, que j'avais un temps délaissés.

 

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     Avais-je donc déjà vécu quelques attaques en bouche, ce jour-là ; avais-je donc déjà admiré tant de robes dont la transparence m'avait à ce point ému pour que j'interprète le dessin appliqué sur le tonneau comme figurant deux couronnes de Basse-Égypte se faisant vis-à-vis quand mon ami viticulteur, quelque peu dubitatif, n'y voyait qu'un verre à pied stylisé ?

 

     Je ne sais plus ... ou feins de ne plus savoir ...


      Quoi qu'il en soit, ce matin, après avoir illustré la première partie des propos de Bernard Pivot à l'entrée "Feuille" de son Dictionnaire amoureux du vin que j'ai choisis en guise d'exergue à notre rendez-vous, j'aimerais me consacrer à la seconde, à ces feuilles de papier contenant notes et documents photographiques en vue d'évoquer pour vous quelques moments de notre passé et de notre avenir communs.


     Souvenez-vous : ce fut en 2009, plus exactement le 1er septembre que, pour la toute première fois, nous pénétrâmes vous et moi

 

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dans la salle 5  du présent Département des Antiquités égyptiennes dont nous avions déjà, depuis l'ouverture de ce blog en mars de l'année précédente, arpenté les quatre premières.

 

     La quatrième, je le rappelle au passage, étant entièrement dédiée aux travaux des champs, c'est tout logiquement que depuis la restructuration complète de cette section en 1997, la cinquième, de la dernière partie de laquelle nous nous apprêtons à entamer l'étude, a été dévolue à la présentation d'autres sources d'obtention de nourriture que les produits de la seule agriculture sur les rives du Nil.

 

     Et notamment l'élevage,

 

 

Salle-5---Vitrine-1.jpg

 

 

avec la vitrine 1 sur laquelle nous nous penchâmes à partir du 8 septembre 2009.

 

     En 2010, le 23 février, nous envisageâmes de nous tourner vers le grand mur qui sépare l'espace en deux portions distinctes

 

 

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pour détailler les monuments exposés dans la vitrine 2 encastrée en son centre, célébrant la chasse et la pêche.

 

     Le 21 septembre de la même année, nous entreprîmes l'évocation des animaux familiers des habitants de l'antique Kemet ; cette vitrine 3, vous vous en doutez,

 

 

Salle-5---Vitrine-3.jpg

 

 

constituant la seule exception au thème de l'alimentation qui sous-tend la salle 5.

 

     Enfin Metchetchi vint qui, du 15 mars 2011 au 22 décembre 2012, grâce aux vitrines 4 1 et 4 ² ,

 

 

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monopolisa entièrement notre attention.

 

     Le 15 janvier 2013, nous fîmes la connaissance d'un nouveau guide en la personne de Tepemânkh,

 

Tepemankh---E-25408.jpg

 

 

solitaire dans sa grande vitrine 5 aménagée dans le haut mur de séparation, devant son menu et sa table d'offrandes. 

 

     A présent que nous venons de le quitter, nous pouvons consacrer nos prochains rendez-vous hebdomadaires aux dernières vitrines, quatre en tout, disposées dans cette deuxième moitié de salle.

 

     Celles portant les numéros 7 et 8

 

 

Vitrines-7-et-8.jpg

 

 

devraient parfaire nos connaissances en matière vinicole dans l'Égypte ancienne.

 

     Dans la neuvième, une table vitrée noire,

 

 

 Salle 5 - Vitrine 9

 

 

de petits récipients transparents nous détailleront différents produits comestibles - légumineuses, fruits ou graines, peu ou prou desséchés - déposés dans les tombes aux fins d'assurer la subsistance éternelle des défunts.

 

     Mais avant cela, vous aurez certainement compris, amis visiteurs, que nous commencerons par longuement nous attarder devant la double vitrine 6

 

 

Vitrine-6.jpg

 

 

dévolue, si pas à l'alimentation quotidienne des Égyptiens, à tout le moins, à ce dont ils espéraient bénéficier dans leur éternité post-mortem.


     Si d'aventure le "menu" de Tepemânkh - repas conventionnel tout autant souhaité par les défunts -, vous fit saliver, je gage que nos prochaines rencontres ne seront nullement placées sous le signe de la disette ...

 

     Je vous convie donc à me rejoindre, ici, en salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, bien évidemment devant la vitrine 6, le 12 novembre prochain, pour entamer un nouveau parcours au sein duquel les questions prandiales seront essentielles. 

 

     A mardi.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 23:00

 

                Or donc, ce que l'on appelle "art" par le fait qu'il apaise les esprits de tous les hommes et qu'il produit l'émotion chez les grands et les humbles, pourrait constituer le point de départ d'un accroissement de longévité et de bonheur, un moyen de prolonger la vie ...

 

 

 

ZEAMI

La tradition secrète du Nô

(1418)

 

(Traduction René SUFFERT)

 

Connaissances de l'Orient

Paris, Gallimard/Unesco, 1960

pp. 92-3

 

 

 

 

     Au terme de nos différents rendez-vous à Tepemânkh consacrés, et alors que se profile, à l'horizon de la présente semaine, le congé scolaire belge de Toussaint, partant, de nouvelles vacances pour ÉgyptoMusée, je voudrais dans cette quatorzième et ultime rencontre, amis visiteurs, envisager avec vous quelques considérations conclusives. 

 

     Les moments que j'ai accordés à ce dignitaire palatial ayant vécu à la fin de la Vème dynastie et au tout début de la VIème, je les ai voulus placés sous l'aspect d'une double initiation : la première, générale, conformément aux finalités que je me suis fixées au sein de ce blog, envisagea une lecture minutieuse de l'image égyptienne ; la seconde, particulière, ressortit au domaine de la recherche des critères stylistiques des éléments qui la composent, aux fins de permettre un classement chronologique le plus précis possible des tombes - mastabas comme hypogées - de l'Ancien Empire. 

 

     Sans évidemment d'emblée vous en céder toutes les clés, je vous ai néanmoins entrouvert en son temps l'une ou l'autre porte menant dans les coulisses de cette quête en matière de datation, essentiellement sous la férule de l'égyptologue belge Nadine Cherpion : c'est donc en ayant encore à l'esprit mes quelques propos introductifs du 19 février dernier que, à tout le moins je l'espère, vous aurez appréhendé mes interventions des mardis 26 février, 5 et 12 mars dévolues à la seule table d'offrandes de Tepemânkh, ainsi que celle du 16 avril plus spécifiquement dédiée au siège sur lequel il était assis.

 

     Les trois dernières nous ont permis, souvenez-vous, de nous concentrer sur la représentation du défunt lui-même, entendez : sa tenue vestimentaire et sa perruque, le 1er octobre ; les gestes qu'il pose, le 8 et, le 15, la position qui est sienne dans la scène du repas funéraire qui fait l'objet de son bloc de calcaire E 25408 exposé ici devant nous au centre du grand mur-vitrine n° 5 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre. 

 

 

Vitrine 5

 

 

     Ce matin, en vue d'apposer le point final à l'étude qu'ensemble nous avons menée, et avant que tous, nous nous tournions bientôt vers de nouvelles vitrines, j'aimerais, conscient que mes propos vous sembleront peut-être quelque peu indigestes parce que relativement théoriques, m'avancer néanmoins plus avant dans l'explication des enquêtes réalisées par Madame Cherpion, tant en Égypte que dans plusieurs musées américains et européens.

 

     Lors de la rencontre du 19 février dernier que je viens de rappeler, j'avais très rapidement fait allusion à l'égyptologue américain d'origine allemande Klaus Baer qui, dans un ouvrage magistral de 1960 plus spécifiquement axé sur les mastabas et les hypogées des Vème et VIème dynasties, - Rank and title in the Old Kingdom. The structure of the egyptian administration in the fifth and sixth dynasties -, avait établi un système de datation à partir des titres portés par les dignitaires qui en étaient propriétaires. 

 

     C'est à ce prédécesseur que Madame Cherpion emprunte l'expression latine qui caractérise ses recherches. En effet, des quelque 600 tombeaux qu'elle a étudiés, 234 affichent au moins un cartouche avec le nom d'un souverain. Dans ces sépultures-là, elle a relevé 64 critères pour établir ses propres données chronologiques qui n'ont la valeur que de ce qu'après K. Baer elle appelle un terminus ante quem non, signifiant ainsi qu'un mastaba ne date pas nécessairement de l'époque du roi mentionné mais, à tout le moins, pouvons-nous être assurés qu'il ne lui est pas antérieur.

 

     Permettez-moi de simplement citer quelques-uns des critères figurés que l'égyptologue belge a recensés et listés au sein de quatre catégories bien distinctes. 

 

     A propos des sièges sur lesquels les défunts sont assis, (première catégorie retenue par Nadine Cherpion) : disposent-ils ou non d'un dossier ? Sont-ils garnis ou non d'un coussin ? Et dans l'affirmative, de quelle forme est-il ?

Leurs pieds, thériomorphes, figurent-ils des pattes de lion ou de taureau ?

Ces sièges sont-ils ou pas décorés d'une ombelle de papyrus ?

 

     Considérant les tables d'offrandes et leur environnement, (deuxième catégorie étudiée) : de quoi son plateau se compose-t-il ? Pains, roseaux ou victuailles diverses ?

Ce plateau précisément, dispose-t-il ou non d'un pied ? Si oui, quelle forme a-t-il ?

Quant à l'environnement : qu'y a-t-il sous la table ? Des vases ? Une formule d'offrandes ?

 

     La troisième catégorie envisagée par Madame Cherpion ressortit au domaine des vêtements et/ou des accessoires portés par le défunt : de quelle sorte de pagne est-il vêtu ? Quel type de perruque porte-t-il ? Arbore-t-il ou non des bijoux ?

 

     Enfin, en quatrième position, elle se penche sur la typologie de la stèle fausse-porte : comment ses montants se présentent-ils ? Quels sont les détails de son décor ? Que donne à voir le tableau central ?      

 

     Il ne faut toutefois pas oublier que pour peaufiner une datation, pour être certain de celle que l'on avance, à ces différents critères, à ces différentes questions posées, il faut nécessairement que l'égyptologue en associe d'autres, relevant par exemple des caractéristiques architecturales du monument funéraire, des particularités du "menu" du défunt ou de sa liste d'offrandes, des types de scènes choisies par lui pour figurer sur les parois de sa chambre sépulcrale.

Sans oublier que des notions d'onomastique sont aussi à prendre en considération ...

 

     Un dernier regard posé sur le bloc E 25408 accroché dans la vitrine 5 ici devant nous vous convaincra, amis visiteurs, que certains des critères recensés par Madame Cherpion dans les trois premières catégories que je viens de très rapidement évoquer sont parfaitement repérables : ce sont eux que j'ai voulu, rappelez-vous, mettre à l'honneur tout au long de nos rencontres, certes pas dans l'intention de vous apprendre à dater une sépulture, mais plus simplement dans celle de vous permettre d'appréhender l'art égyptien avec des yeux semblables à ceux des artistes de l'époque et non, comme c'est trop souvent encore le cas, au travers du prisme de nos conceptions contemporaines.

 

     L'art, quel qu'il soit, constitue toujours - comme une langue, d'ailleurs -, le reflet des contingences d'un temps et d'un espace circonscrits : tous deux sont des langages dont la substance est imageante pour l'un et sonore pour l'autre. Tous deux se doivent donc d'être réfléchis à l'aune des modes de penser de cette époque et de ce lieu déterminés, et pas des nôtres ...      

 

 

     Avant de nous quitter, il me reste à espérer que de m'avoir suivi aux côtés de Tepemânkh vous aura invités à pleinement approuver les paroles de ce grand théoricien japonais du Nô que fut Zeami à propos de l'art, qu'il voit comme "point de départ d'un accroissement de longévité et de bonheur, un moyen de prolonger la vie ..."

 

 

      Belle fête d'Halloween et bon congé de Toussaint à tous.

     Au plaisir de vous retrouver pour de nouvelles aventures au Louvre - sans plus de Jack O'Lantern, voire l'un quelconque Belphégor dans nos parages - le mardi 5 novembre prochain.

 

 

 

(Cherpion : 1989, 7-75)

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 23:00

 

      L'unité de l'écriture et de l'art égyptiens est primordiale ; tous les deux sortent de la même genèse, au même moment, qui est le commencement de la première dynastie ; tous les deux étaient complémentaires, dès ce moment, ou se relayaient.

C'est pourquoi on peut affirmer que l'art égyptien est tout entier "hiéroglyphique".

 

 

 

Henry George FISCHER

L'écriture et l'art de l'Égypte ancienne


Paris, P.U.F., 1986

p. 25

 

 

 

 

     Les 9, 16, 23 et 30 octobre 1981, Henry George Fischer (1923-2006) qui fut notamment Conservateur en chef des Antiquités égyptiennes du Metropolitan Museum de New York et Professeur à Yale et à l'Université américaine de Beyrouth prononça sur invitation du Professeur Jean Leclant, quatre leçons au Collège de France, à Paris, intitulées Considérations sur la paléographie et l'épigraphie de l'Égypte ancienne

  

     Cinq années plus tard, ces interventions traversées par le thème de recherche privilégié de l'orateur, à savoir : l'étroite union existant entre écriture et art, les célèbres P.U.F. - Presses Universitaires de France - les consignèrent en un volume, précisément sous le titre L'écriture et l'art dans l'Égypte ancienne, ouvrage fondamental en la matière que je ne puis que vous conseiller, amis visiteurs, d'essayer de vous procurer chez l'un quelconque bouquiniste ou d'emprunter dans une bibliothèque spécialisée, car, acquis à l'époque pour 150 francs français - un peu moins de 1000 francs belges d'alors ou de 25 € actuels -, il est à présent  proposé à 90 € sur Internet. Quasiment le quadruple de son prix originel !!!

 

     Si j'ai toutefois aujourd'hui jugé utile de le citer, c'est non seulement parce que sa lecture, conseillée par le Professeur Michel Malaise lors de mes études d'égyptologie à l'Université de Liège, me permit d'appréhender la civilisation des rives du Nil par les biais conjoints de la langue et de l'art égyptiens mais aussi parce que dans le deuxième chapitre, L'inversion de l'écriture égyptienne, l'auteur développe une théorie sur laquelle j'aimerais m'appuyer pour évoquer avec vous la position de Tepemânkh dans la scène rituellement importante, donc récurrente, du propriétaire d'un mastaba ou d'un hypogée assis devant sa table d'offrandes alimentaires, gravée ici sur le relief E 25408 exposé dans le haut mur-vitrine au centre de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.  

 

 

      E 25408 - C. Larrieu

 

 

           Comme engoncé dans les cases de son "menu" d'éternité, privé de mouvement par la présence du guéridon supportant deux séries de tranches de pains, de ses quatre fils agenouillés et de diverses inscriptions hiéroglyphiques, les unes proposant une très courte formule d'offrandes, les autres l'identifiant nommément, Tepemânkh est assis à l'extrême gauche du grand bloc calcaire, tourné vers la droite et, selon une belle image de Madame Geneviève Pierrat-Bonnefois que je citai la semaine dernière, règne comme une accolade sur le reste de la composition à plus petite échelle.

 

     Cette position, cette place qui est sienne, je l'avance tout de go, ne relève nullement du hasard ou de la fantaisie créatrice de l'artiste qui a réalisé l'oeuvre mais, plus spécifiquement, ressortit au domaine de l'orientation première des hiéroglyphes.

 

    Il appert en effet que les scribes égyptiens étaient droitiers : à tout le moins, dans leur immense majorité, les représentations que nous en avons nous les montrent-elles avec le calame dans la main droite prêts à écrire sur le papyrus qu'ils maintiennent et déroulent devant eux de la main gauche. Arguant de cette simple constatation, j'avance qu'ils ne purent écrire qu'en commençant au bord supérieur droit d'un feuillet et en se dirigeant évidemment vers la gauche.

 

     Leurs textes se lisent donc de droite à gauche et de haut en bas puisque les signes hiéroglyphiques sont tournés vers la droite (= orientation dextrogyre). Les têtes animales, par exemple, qui constituent nombre d'entre eux, regardent dans cette direction : c'est ce que vous constaterez aisément si vous observez celles gravées dans les cases du "menu" de Tepemânkh ci-dessus. Cela relève du simple fait que l'écriture hiéroglyphique, à deux exceptions près si j'en crois Youri Volokhine, Professeur à l'Université de Genève,  privilégie l'orientation latérale.

 

     Cette disposition verticale de droite à gauche constitue le sens d'écriture le plus ancien, - c'est par exemple celui des textes religieux consignés dans les pyramides royales, à partir d'Ounas, dernier souverain de la Vème dynastie et chez ses successeurs à la VIème -, le sens d'écriture le plus fréquemment rencontré : raison pour laquelle les égyptologues le qualifient d'orientation dominante


     Bien évidemment, il souffrit quelques exceptions en fonction du support choisi ou de la place dont le scribe disposait ; en fonction aussi parfois de l'esthétique recherchée pour, par exemple, respecter une symétrie, les dimensions d'un quadrat, etc. Un sens d'écriture lévogyre pouvait donc parfois être adopté. Il serait toutefois hors propos ici de développer ce sujet plus avant. 


     Ceci posé, et pour progresser dans ma démonstration, je me dois maintenant de rappeler que, tout comme pour l'hébraïque ou l'arabe (entre autres), l'écriture égyptienne était dépourvue de voyelles : les mots étaient donc constitués de consonnes qui se suivaient - souvent trois - et qui, inévitablement, présentaient une ressemblance les uns avec les autres.

 

     Parce que confusion il eût pu y avoir, les Égyptiens ajoutèrent un idéogramme supplémentaire pour terminer un mot de manière à le distinguer d'éventuels homophones et d'ainsi indiquer plus précisément la classe sémantique à laquelle il appartenait : les "déterminatifs" comme les nomment les égyptologues, si nécessaires à notre compréhension d'une phrase, étaient nés !

 

     Parmi ces signes complémentaires muets affectés à préciser la signification des mots, il en est un sur lequel je voudrais aujourd'hui attirer votre attention : il s'agit de l'homme assis A1 , le tout premier de la liste de Gardiner (A 1).

 

     Outre le fait qu'il ait au départ le sens de "homme", il servit aussi pour désigner des termes de parenté (frère, fils ...), des fonctions (vizir, prêtres ...), des habitants de pays étrangers (Asiatiques ...) et, surtout, des noms propres masculins (sachant que suivant le même principe, les noms propres féminins étaient déterminés quant  à eux par le hiéroglyphe d'une femme assise).  

 

     Eu égard à certains des principes que j'ai ce matin énoncés, ce déterminatif idéographique terminant un anthroponyme se trouvait donc obligatoirement à gauche de celui-ci et, immanquablement, dirigé vers la droite.

 

     Vous me suivez, jusque là ? Bien ! Alors, je poursuis et termine mon développement. 


     Il faut savoir qu'à très peu d'exceptions près, ce principe d'écriture hiéroglyphique fut tout logiquement d'application sur les monuments lithiques.

 

    Ce qui est précisément ici le cas avec le bloc calcaire que nous examinons en détail.

 

 

E 25408 - C. Larrieu

 

 

     En effet, représenté à l'extrême gauche de la scène, le propriétaire du mastaba peut, sans difficulté aucune, être considéré comme un déterminatif géant aux petits hiéroglyphes gravés devant lui

 

Tepemânkh - Fonction et nom (C. Larrieu)

 

qui, de haut en bas, (colonne de gauche ci-dessus), le nomment à l'aide de trois signes : la tête, Tep, le hibou, em et le signe de vie, ankh.

Tepemânkh.

 

     Nul besoin que le lapicide cherche à y adjoindre le déterminatif attendu de l'homme assis, puisque le défunt en grande taille remplit on ne peut mieux ce rôle.

 

     De sorte que, dans un premier temps, il vous faut comprendre la figuration de Tepemânkh comme une image qui le représente et, dans un second, au sein même des jeux scripturaux dont furent friands les scribes antiques, comme un signe d'écriture  - que nous voyons tourné vers la droite - visant à compléter l'énoncé de son nom pour attester de son genre masculin.

 

     Toujours et à nouveau l'intime relation entre l'écriture et l'art, entre l'épigraphie et l'iconographie, entre le verbe et l'image ...

 

     Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si, comme je vous l'ai souvent indiqué, et comme judicieusement le rappelle à l'envi le catalogue de l'exposition parisienne maintenant à Bruxelles jusqu'en janvier 2014, L'Art du contour. Le dessin dans l'Égypte ancienne, l'artiste peintre égyptien - Sesh kedout - est gratifié du titre de Scribe des contours par la plupart des égyptologues ; - Scribe des formes, traduction plus proche encore des termes anciens, préfère à juste titre employer Dimitri Laboury dans les deux remarquables articles qui, dans la première partie de l'ouvrage, sont précisément dédiés à ces dessinateurs. 


 

     Vous aurez compris, amis visiteurs, qu'il m'agréa ce matin, arrivés quasiment au terme de notre longue étude accordée à ce dignitaire palatin d'Ancien Empire, d'attirer votre attention sur le fait que l'iconographie égyptienne eut indiscutablement valeur de syntaxe, l'image signifiant bien plus qu'elle ne décrivait.

 

     En d'autres mots, que dans cette civilisation où une infime minorité seulement accéda au savoir, dessin et écriture furent parfaitement complémentaires et, in fine, indissociablement unis.

 

     L'essentiel, pour l'ensemble de la population de l'antique Kemet, n'était-il pas que l'image rencontrée au détour d'un monument leur parlât, fonctionnât tel un langage, tel un texte que les hommes n'avaient pas tous eu l'heur d'apprendre à lire ? 

 

               

 

 

(Cherpion : 1989, 42-54 ; Farout : 2009, 3-22 ; Fischer : 1986, 25-55 ; Laboury : 2013 1, 28-35 ; ID. 2013 ², 36-41 ; Lefebvre : 1955, 17-9Pierrat-Bonnefois : 2013, 56Volokhine : 2013, 60 ; Ziegler : 1990, 258-61)

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 23:00

 

     Comment demander aux yeux du corps, ou à ceux de l'esprit, de voir plus qu'ils ne voient ? L'attention peut préciser, éclairer, intensifier : elle ne fait pas surgir, dans le champ de la perception, ce qui ne s'y trouvait pas d'abord. Voilà l'objection. – Elle est réfu­tée, croyons-nous, par l'expérience. Il y a, en effet, depuis des siècles, des hommes dont la fonction est justement de voir et de nous faire voir ce que nous n'apercevons pas naturellement.

Ce sont les artistes.

 

      À quoi vise l'art, sinon à nous montrer, dans la nature et dans l'esprit, hors de nous et en nous, des choses qui ne frappaient pas explicitement nos sens et notre conscience ?

 


 

 

Henri  BERGSON

La pensée et le mouvant

Essais et conférences


V. La perception du changement

Paris, P.U.F., 1969

p. 83

 

 

 

 

     Mardi dernier, dans le cadre d'une trilogie de rencontres que j'ai initiées pour évoquer avec vous, amis visiteurs, la manière dont l'artiste antique avait représenté Tepemânkh assis devant sa table d'offrandes sur le grand bloc de calcaire (E 25408) arrimé ici devant nous au beau milieu de la vitrine 5 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, j'avais attiré votre attention sur sa tenue vestimentaire ou, pour être plus précis, sur son pagne et sa perruque.

 

     Permettez-moi de rappeler au passage que cette scène revêtit, dès l'Ancien Empire et à toutes les époques de l'Histoire égyptienne, une importance rituelle cardinale, à un point tel, vous l'aurez très certainement remarqué si, d'aventure, vous avez déjà pénétré dans l'un quelconque mastaba du plateau de Guizeh ou, à défaut, à l'intérieur d'un musée, qu'elle est parfois reproduite à plusieurs endroits du tombeau, sur ses parois ou sur l'une ou l'autre stèle, dont celle que les égyptologues ont coutume d'appeler "fausse-porte", et toujours avec une quantité de détails si différents qu'il est complètement absurde de penser et d'affirmer que l'artiste égyptien jamais ne se renouvela quatre millénaires durant.  

 

     Il me siérait ce matin de poursuivre mes interventions en insistant plus spécifiquement sur les deux gestes posés ici par Tepemânkh.

    

     L'art égyptien, en ce compris un relief tel que celui-ci, constitue indiscutablement le produit d'une réflexion mentale : appréhender une pensée. 

 

     J'eus maintes fois déjà l'opportunité d'employer, notamment à propos de Metchetchi, le terme "aspectivité" qui le caractérise - vocable que nous devons à l'égyptologue allemande Emma Brunner-Traut (aspektive) - et qui nous ancre au coeur même de la philosophie des artistes des rives du Nil : ne pas simplement donner à voir ce qu'ils voient, ne pas simplement se contenter d'un seul point de vue mais, tout au contraire, représenter simultanément l'ensemble des aspects qui peuvent utilement informer, faire comprendre l'essence même du sujet proposé.

 

     C'est ce que d'autres savants, après elle, nommèrent à juste titre la "multiplicité des points de vue" : ceux que nous aurions si, l'oeuvre étant en ronde-bosse et, dès lors, s'inscrivant dans l'espace, nous avions toute aisance à en faire le tour ...


     Madame Geneviève Pierrat-Bonnefois, Conservateur en chef au présent Département des Antiquités égyptiennes, dans l'article Les principes du dessin égyptien qu'elle publie dans le catalogue de l'exposition L'Art du contour. Le dessin dans l'Égypte ancienne, proposée au Louvre ce printemps dernier, aux Musées royaux d'Art et d'Histoire (M.R.A.H.) de Bruxelles, cet automne, n'exprime rien d'autre quand elle écrit, p. 52 : 

 

     Les Égyptiens ne désirent aucunement donner à voir une scène telle que l'oeil la perçoit. Leur but est de ne pas cacher ce qui est essentiel à la scène telle que leur esprit la conçoit et veut la faire revivre.

 

     (Pour la "petite" histoire de l'Art, j'indiquerai simplement qu'à la Renaissance, les artistes envisagèrent un principe analogue quand ils esquissèrent, sur une même planche, un corps conçu à partir d'angles de vue distincts : souvenons-nous des études anatomiques d'un Léonard de Vinci, joyaux de la  Biblioteca Reale de Turin.)

 

     La figuration de Tepemânkh constituera évidemment l'exemple que j'avancerai pour corroborer mon propos.

 

     Qu'observez-vous réellement ?

 

     Sa stature tout d'abord comparativement à celle de ses fils lui apportant des offrandes : il s'agit là, je l'ai déjà indiqué, d'exprimer l'idée de puissance, de prévalence. Propriétaire du tombeau, il est le maître, il a autorité sur tous. Cela doit se voir, doit se savoir : il se fait donc représenter en taille dite "héroïque", ses fils en taille minuscule, selon le code appelé de "proportion morale" par les égyptologues, appelant la dimension des personnages à correspondre à leur position sociale, ou familiale.

 

     Me permettez-vous un détail, nullement anodin, aux fins d'entériner mon assertion ?

 

     Quand d'autres, comme Izi sur le linteau (E 14329) dont nous avions admiré la délicatesse salle16, au premier étage ci-dessus,


 

Linteau d'Izi, nomarque d'Edfou

 

 

hument en leur main gauche un petit balsamaire contenant une des huiles canoniques, Tepemânkh, - premier geste sur lequel il me plairait d'attirer votre attention -, tient en sa main gauche fermée contre sa poitrine un morceau d'étoffe plié que, par pure facilité, les égyptologues ont pris coutume d'appeler mouchoir.


 

Tepemânkh assis sur un siège (Détail de E 25408 - C. La

 

 

     En réalité, il vous faut concevoir cette pièce sous deux aspects distincts qui, en définitive, tendent vers le même but : laisser entendre que le défunt était un courtisan, au sens étymologique, comprenez un homme de cour, attaché au service d'un souverain.

 

     Le premier aspect ressortit au domaine de la langue : la forme donnée à ce morceau de tissu affecte celle du hiéroglyphe S 29 de la liste de Gardiner   S29 qui entame les termes égyptiens sr (magistrat) ou encore smr (fonctionnaire aulique). 


     Quant au second, il procède de l'idéologique : ce bout d'étoffe est en lin, matière qui symbolisait par excellence la puissance, partant, la richesse de celui qui s'en offrait pour la confection de ses vêtements.

 

      Pars pro toto, diront plus tard les Latins : la partie pour le tout.

Synecdoque, ou métonymie, noterez-vous en français : cet élément dans la main de Tepemânkh constitue une métaphore de la société dans laquelle ce fonctionnaire de cour évolua.

 

     En somme, un tissu de lin pour exprimer un tissu social.


     Ou l'image au service de ceux, - la majorité de la population -, qui n'étaient pas à même de lire ! 

 

 

     Délaissons ces considérations socio-linguistiques et revenons voulez-vous à notre bas-relief pour nous arrêter maintenant à la représentation du corps de son propriétaire :

 

 

Tepemankh---Dessin.jpg

 

 

un visage vu de droite, ce qui, en fonction de nos conceptions actuelles - celles de Pablo Picasso et de quelques-uns de ses épigones mises à part - eût dû entraîner la même vue de profil pour l'ensemble. Or vous aurez évidemment noté que son oeil droit, mais également ses épaules - à tout le moins la gauche, la seule qui nous soit apparente -, se présentent de face.

 

     Distorsions malheureuses ? Flagrante impéritie dans le chef de l'artiste qui conçut ce tableau ?

 

     Que nenni !

     Volonté délibérée de multiplier les points de vue pour faire comprendre l'essentiel : au-delà d'un réalisme corporel dont il ne se soucie pas vraiment, l'artiste égyptien s'ingénie à nous donner à voir l'oeil en entier, un seul d'ailleurs suffisant pour que nous comprenions que Tepemânkh regarde le guéridon ... ou, à tout le moins, ce qui se passe devant lui.

 

     Et le lapicide de procéder de même avec le bras et la main gauches qu'il nous présente également de face : la vue ainsi proposée du petit morceau de lin suffit à nous révéler l'importance qui était à l'époque celle du défunt. Nul besoin d'ajouter quelque mot que ce soit !

 

     Un autre détail doit aussi vous avoir interpellés : considérez sa main droite, celle qu'il tend, ouverte, vers la table d'offrandes. Regardez-la avec insistance ; voyez-la.

Puis, comparez avec la vôtre et, surtout, avec la position qu'y occupe votre pouce.

 

     Tepemânkh, le pauvre, aurait-il donc été affublé de deux mains gauches ?

     A moins que - pardonnez-moi le jeu de mots un peu facile ! - l'artiste eût lui aussi deux mains gauches ?

 

     Que nenni !

     A nouveau volonté délibérée de multiplier les points de vue pour faire comprendre l'essentiel : au-delà d'une réalité corporelle dont il ne se soucie pas plus que précédemment, l'artiste égyptien s'ingénie à montrer que Tepemânkh - second geste sur lequel je voulais aujourd'hui porter un éclairage particulier - s'apprête à prendre un morceau de pain disposé devant lui, et à indiquer que dans toute préhension, le pouce constitue un élément indispensable.

    De sorte que s'il avait ici gravé la "vraie" main droite de profil, nous n'aurions pas aperçu ce pouce. Donc, dans l'esprit de l'artiste, nous n'aurions pas saisi ce qu'il souhaitait nous faire comprendre.

Tout simplement.

 

     De la représentation corporelle en guise de support à la réflexion mentale ...

 

 

 

 

(Baud : 1978, passim ; Brunner-Traut : 1973, I, colonnes 474-488 ; Cherpion : 1989, 42-54 ; Farout : 2009, 3-22 ; Pierrat-Bonnefois : 2013, 52 ; Ziegler : 1990, 258-61)

 

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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 23:00

 

      Admirons, nous disait-il, prenons seulement, cette fois, une connaissance générale du pays. Observons tout soigneusement. Tâchons de voir, le plus possible, et de voir nettement. Imprégnons nos yeux de toutes les choses d'Égypte. Puis, nous laisserons se tasser nos impressions et nos souvenirs, et, l'an prochain, nous serons bien mieux préparés à copier des textes, et à les bien copier.

 

 


 

René CAGNAT

Notice sur la vie et les travaux de M. Gaston Maspero

 

Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres n° 6,

 1917, Site "Persée", p. 456

      

 

 

 

     Nous sommes en janvier 1881. Le grand égyptologue français Auguste Mariette, - celui-là même qui avait entre autres mis au jour le Serapeum de Memphis que Pierre Loti, souvenez-vous, avait décrit dans le sixième chapitre de son célèbre ouvrage La mort de Philae -, vient de décéder.

 

     Désireux de maintenir la présence de la France en terre égyptienne, son Consul général nomme sans tarder Gaston Maspero (1846-1916) pour succéder à Mariette à la tête du Conseil suprême des Antiquités égyptiennes (CSA).

 

     Accompagné d'autres égyptologues français, Maspero entreprend alors un voyage de découverte du pays mais, et c'est là l'originalité du projet, en tant que véritable touriste et non de savant.

     Ainsi, selon l'un d'eux, imposa-t-il à tous, comme vous venez de le comprendre dans l'exergue que je vous ai proposé ce matin, l'interdiction absolue de copier en cours de route un seul signe hiéroglyphique, et cela afin qu'ils ne se détournent pas de l'essentiel  : regarder, admirer, apprendre à voir ...

 

     C'est un peu à cela que, - mutatis mutandis, et certes pas l'an prochain comme disait Maspero, mais dès la création de ce blog, beaucoup parmi vous l'ont compris, amis visiteurs -, je tente de me consacrer tout au long de nos rencontres ; et pour l'heure, plus spécifiquement depuis le 15 janvier, devant la scène du repas funéraire de Tepemânkh (E 25408) gravée sur un imposant bloc calcaire exposé seul dans la grande vitrine 5 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.      

 

 

     Certes, ces dernières semaines, l'opportunité s'est présentée - que je n'ai point refusée - de quitter une fois encore les murs de l'ancien palais des rois de France aux fins de vous offrir un périple qui vous emmena de Mariemont, en Belgique, à Alexandrie, en Égypte. Et mardi dernier, c'est à l'ULB, à l'Université libre de Bruxelles, que je vous conviai en vue d'honorer Elisabeth et Robert Badinter. 


     Aujourd'hui et lors de nos rendez-vous à venir jusqu'au congé scolaire de Toussaint, il m'agréerait comme promis d'à nouveau attirer votre attention sur Tepemânkh en nous attardant à sa position, à sa gestuelle, à sa tenue vestimentaire ...

 

     Auparavant, autorisez-moi une ultime petite incursion belge : à Bruges très précisément, merveilleuse cité médiévale flamande dans laquelle nous venons, mon épouse et moi, de passer quelques jours empreints d'une richesse esthétique incomparable. Là, au détour d'une rue commerçante - il faut bien sacrifier à une certaine modernité si l'on ne veut pas que Bruges se meure ! -, j'ai fait une découverte pour le moins surprenante qui, peut-être, n'eût pas déplu à Tepemânkh dans la mesure où cela lui eût permis d'accroître les propositions de son "menu" post mortem.

 

     En effet, à quelques dizaines de mètres du Frietmuseum 


 

Bruges---Musee-de-la-Frite--27-09-2013--.jpg

 

 

- eh oui, c'est dans une superbe bâtisse brugeoise datant de 1399 que s'est installé, unique au monde, un très intéressant et très didactique Musée de la Frite -, tout proche donc vous disais-je, a été ouvert le New Pitta Amon (cela ne s'invente pas !), 

 

 

Bruges---New-Pitta-Amon--27-09-2013-.jpg

 

 

restaurant apparemment spécialisé dans les grillades de viandes égyptiennes ... et incontestablement placé sous l'égide de Toutânkhamon.

 

 

     Après ce petit clin d'oeil adressé à la cuisine égypto-belge, revenons plus sérieusement à présent, voulez-vous, auprès de notre hôte assis devant sa table d'offrandes, n'attendant que notre bon vouloir

 

 

  Tepemankh-assis--SAS-.jpg

(Grand merci à SAS pour ce cliché.)

 

pour ce matin détailler ce qu'il porte sur lui, ce que l'égyptologue belge Nadine Cherpion nomme les éléments du costume masculin qu'elle a retenus pour établir les critères stylistiques permettant de dater les mastabas de l'Ancien Empire.

 

     Mais avant, et aussi paradoxal que cela puisse vous paraître, j'indiquerai d'emblée ce qu'ici il ne porte nullement, à savoir : bracelets et collier. J'insiste sur le "ici" puisque, rappelez-vous, quand nous nous étions rendus à l'étage supérieur, en salle 22, pour y retrouver dans la Galerie d'étude n° 2 l'autre relief (E 11161) provenant de ce même mastaba D 20 et sur lequel il est représenté en compagnie de son épouse Aoutib, prêtresse d'Hathor, bienheureuse, qu'il aime,


 

Tepemankh-et-Aoutib---Fragment-Louvre-E-11161---Cliche--S.jpg

 

 

nous avions noté la présence d'un collier assez large, malheureusement dépourvu de l'un quelconque détail incisé censé nous fournir des renseignements sur ce qui le constituait.

 

     Malgré les martelages dont la pierre a souffert, vous constaterez que sur le présent relief, les deux seuls éléments "vestimentaires" à prendre en considération sont le pagne et la perruque.

 

     Il faut savoir qu'à l'Ancien Empire, un propriétaire de tombeau représenté assis à sa table d'offrandes peut exhiber différentes tenues allant du pagne court le plus simple, près du corps et en lin uni, - c'est le cas de Tepemânkh qui, par parenthèse, se révèle tellement commun qu'il n'entre absolument pas dans la liste des critères susceptibles de fournir quelque indication chronologique que ce soit -, au vêtement long, étoffe tachetée imitant ou réellement en morceaux de peaux de panthère assemblés les uns aux autres, tombant jusqu'aux chevilles mais offrant la particularité de laisser un bras nu quand l'autre est couvert.

 

     Ce type d'habit pouvait également être porté par les épouses de défunts : ainsi avez-vous déjà eu l'occasion précédemment d'en admirer un très bel exemplaire sur la stèle de Nefertiabet, dans la même salle 22, non plus au sein de la deuxième Galerie d'étude mais dans la vitrine 5 ; et, bien évidemment, ci-dessus, sur la gauche du bandeau qui chapeaute mon blog. 


 

  Stèle Nefertiabet (Louvre - C. Décamps)

 

   

     Existe enfin une troisième tenue masculine possible, plus rare dans la mesure où elle est caractéristique de la seule Vème dynastie : il s'agit d'une petite peau de panthère, non mouchetée celle-là, enveloppant un pagne court, les deux dégageant complètement les jambes à partir des genoux.

 

     Un très bel exemple connu - que je me suis permis de photographier pour vous à partir de la planche 17 de l'ouvrage que l'égyptologue belge Baudouin van de Walle avait en 1978 consacré à la chapelle funéraire de Neferirtenef présentée aux Musées royaux d'Art et d'Histoire (M.R.A.H.) de Bruxelles -, figure sur le tableau du repas de ce haut dignitaire palatin représenté sur l'une des deux stèles fausse-porte de la paroi ouest de son mastaba.

 

 

Neferirtenef---Scene-du-repas-funeraire.jpg    

 

     Vous y remarquerez d'emblée, sur l'épaule gauche, la partie de la peau d'animal avec les griffes d'une des pattes et sur la hanche droite, la figuration de la tête du félin.

 

 

Neferirtenef---Vetement--gros-plan-.jpg

 

 

     Permettez-moi d'insister sur le fait que j'ai à l'instant précisé non pas les différents types de pagnes connus en Égypte ancienne pour la gent masculine mais uniquement ceux des seules scènes où le mort est assis devant son guéridon d'offrandes alimentaires.

 

     Quant aux perruques portées par les hommes, j'ai déjà souligné à propos de Metchetchi qu'à la différence des nombreuses coiffes féminines, elles se déclinaient en seulement deux catégories : la courte, dégageant le bas de la nuque et, pour autant qu'elles soient indiquées par le lapicide, présentant des rangées horizontalement réparties de mèches en principe bouclées ; et la longue, tombant sur les épaules, aux ondulations verticalement dessinées. Toutes deux, cachaient ou non les oreilles, celle les laissant apparentes étant bien plus rare que l'autre. 

 

     A la différence de Neferirtenef à Bruxelles qui, lui, arbore une perruque franchement longue, notre Tepemânkh s'est choisi une courte recouvrant tout à la fois le haut de la nuque et les oreilles, alors que sur le relief de la salle 22, ces dernières étaient complètement dégagées ...

     A moins que là, - distinction malaisée à établir, ne fût-ce que par l'imprécision de l'artiste qui n'a que silhouetté l'ensemble -, ce ne soit pas une perruque mais ses véritables cheveux courts que nous apercevions.

 

 

 

(Cherpion : 1989, 54-63Van de Walle : 1978, Pll. 2 et 17 ; Ziegler : 1990, 253-61)

 

 

ADDENDUM - 2 octobre, 13, 30 H.  

 

     J'avoue, amis visiteurs, que je ne m'attendais nullement à un questionnement de mes lecteurs concernant Neferirtenef dont je n'avais proposé la scène du repas funéraire gravée dans son mastaba qu'uniquement pour attirer l'attention sur sa tenue vestimentaire. 

 

     Mais il est bon d'ainsi converser avec des amateurs d'art égyptien qui s'intéressent aux détails des oeuvres que je propose dans la mesure où, me le fait malicieusement remarquer François dans son commentaire de ce jour, ils rencontrent pleinement l'une des finalités souhaitées lors de nos rendez-vous hebdomadaires. 

 

   Pour leur répondre, je suis évidemment retourné aux sources, à savoir : la monographie publiée par Baudouin van de Walle en 1978. Quelle ne fut pas ma satisfaction, en feuilletant à nouveau l'ouvrage, de croiser la planche 2 qui constitue en fait un dessin plus clairement évident que la photographie de la scène de la planche 17 choisie ci-dessus.


 

Neferirtenef-1--02-10-2013-.jpg

 

 

     En considérant ces traits dessinés, je pense pouvoir quelque peu rectifier la réponse que j'ai faite ce matin à Etienne en indiquant qu'à la différence de Tepemânkh, ce n'est pas l'étoffe de lin que Neferirtenef tient dans sa main gauche, mais plutôt, me semble-t-il, une sorte de fouet qui constituerait bien évidemment lui aussi un signe symbolique de pouvoir.

 

     Ce que je ne comprends pas, c'est la raison pour laquelle le manche passe sous le collier qu'arbore le défunt.

 

     Quant à ce qui pend contre sa cuisse droite, ce pourrait être, au lieu de la queue de la dépouiille de panthère qui le revêt, un des pans de la ceinture qui maintient son pagne à devanteau triangulaire.

 

     Qu'en pensez-vous, amis visiteurs ? 

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 23:00

 

     Lors de la séance de rentrée académique, la cent quatre-vingtième que connut ce vendredi 20 septembre l'Université Libre de Bruxelles (ULB), la distinction de Docteur honoris causa fut conjointement attribuée à la philosophe et femme de lettres française - remueuse d'idées, comme elle aime se qualifier - Élisabeth Badinter et à son époux, Robert Badinter dont l'Histoire retiendra que, Garde des Sceaux du Président François Mitterrand, il eut l'immense privilège de faire signer, en septembre 1981, l'abolition de la peine de mort, événement rare dans une vie d'homme, aime-t-il à préciser dans ce très intéressant entretien que je vous propose ici de voir en intégralité (en cliquant sur la vidéo).

 

     Bien que je le regrette, soyez-en assurés amis visiteurs, la "rentrée académique" d'ÉgyptoMusée ne brillera pas de la même aura, ne sera pas placée sous d'aussi exceptionnels auspices mais constituera toutefois, à tout le moins veux-je l'espérer, un retour apprécié vers un personnage que nous avons appris à déjà connaître. 

 

     Souvenez-vous, c'était le 15 janvier 2013.

 

     En la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, devant l'immense mur-vitrine qui sépare cet espace en deux parties,

 

 

Salle 5 - Vitrines 9 et 5

 

 

nous venions de quitter Metchetchi au terme de l'année 2012 et nous nous apprêtions à faire connaissance avec un nouveau cicerone, aussi proche du pouvoir que le fut en son temps Robert Badinter : Tepemânkh, fonctionnaire aulique dans l'Égypte de la fin de la Vème dynastie et du début de la VIème, Prêtre-pur du roi, Directeur des Khentyou-she du palaisDirecteur des autorisations royales pour les deux carrières du palais

 

 

      Le mardi suivant, le 22, nous nous penchâmes plus avant sur le bloc calcaire E 25408 


 

E 25408 - C. Larrieu

 

 

sur lequel il figurait assis à la table de son repas funéraire : notre mentor se muait ainsi en amphitryon pour nous révéler les différents mets qui lui seraient destinés.

  

     Et en effet, le 29 janvier, commensaux privilégiés, nous découvrions la composition de ce "menu",

 

 

E 25408 - ''Menu'' de Tepemankh

 

 

la composition des offrandes alimentaires espérées pour son avenir post-mortem.

 

 

     A notre rendez-vous suivant, le 5 février, Tepemânkh nous présenta sa famille ou, plus précisément, ses quatre fils,

 

 

E 25408 - Quatre fils de Tepemânkh (Cliché - C. Larrieu)

 

 

agenouillés et lui faisant offrande.

 

     C'est le 19 février, après le congé de carnaval, que je souhaitai poser à votre intention les jalons de ce qui deviendrait une étude des critères stylistiques permettant de dater un monument égyptien, grâce à certains détails apparaissant, dans un premier temps, sur le mobilier funéraire.

 

     Ainsi, le 26 du même mois, nous intéressâmes-nous au concept d'une table d'offrandes

 

 

Table d'offrandes de Tepemânkh (gros plan de E 25-copie-1

 

 

pour ensuite, le 5 mars, évoquer la composition du plateau de la sienne et, le mardi suivant, le pied de ce guéridon, ainsi que son environnement.

 

     Cet environnement, à savoir : la formule d'offrandes,

 

 

Formule d'offrandes (2) (E 25408 - Cliché C. Larrieu)

 

 

nous retint deux semaines consécutives dans la mesure où je choisis de la comparer avec celle, extrêmement prolixe, d'un certain Kaaper, gravée sur un linteau de quelque trois mètres

 

 

Linteau Kaaper

 

 

 

exposé à la fondation Martin Bodmer, à Cologny, près de Genève, de manière à vous faire comprendre combien celle de Tepemânkh était concise puisqu'elle se contentait de seulement quatre expressions.

Cette étude comparative, nous la menâmes les 19 et 26 mars, juste avant le congé de printemps.

 

     A notre retour au Louvre, le 16 avril, c'est au siège sur lequel Tepemânkh est assis que je consacrai plus particulièrement mon intervention.

 


Tepemânkh assis sur un siège (Détail de E 25408 - C. La

 

 

 

    Et puis, vous ne l'avez évidemment pas oublié, un événement personnel vint grandement, et pour bien des semaines, bouleverser mes plans initiaux : parce que je fus invité par un ami réalisateur d'une émission de la télévision belge francophone à une conférence de presse organisée pour annoncer l'exposition itinérante Du Nil à Alexandrie. Histoires d'eaux qui se tiendrait cinq mois durant au Musée royal de Mariemont, je décidai de vous emmener avec moi à Morlanwelz.

 


MARIEMONT - Affiche de l'exposition (18-04-2013)

 

 

 

          Au terme de cette intervention de rentrée, piqûre de rappel en table des matières agencée, - cliquez et vous redécouvrirez -, alors que l'exposition mariemontoise ferme définitivement ses portes ce prochain dimanche, je vous propose tout naturellement, amis visiteurs, de rejoindre le département des Antiquités égyptiennes du Musée de Louvre au sein duquel, patient et parce que soucieux encore de nous intéresser, Tepemânkh nous a attendus.

 

     Le 1er octobre, devant la vitrine 5 de la salle 5, je compte sur votre présence pour entamer une suite de trois rendez-vous consacrés à la représentation physique qu'a réalisée de ce haut serviteur royal le lapicide antique.

 

     A mardi ?

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 23:00

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,

Vivre entre ses parents le reste de son âge ! 

 

 

 

Joachim DU BELLAY

 

Les Regrets

 

dans Kanters/Nadeau, Anthologie de la poésie française,

Le XVIème Siècle, Tome I,

Genève, Rencontre,

p. 335 de mon édition de 1966 

 

 

 

     Ce "beau voyage" emprunté au grand poète angevin Joachim du Bellay (1522-1560) pour titrer mon ultime intervention dédiée à l'exposition  Du Nil à Alexandrie. Histoires d'eauxne se rapporte point, vous vous en doutez amis visiteurs, à celui de La Lointaine sur lequel, en évoquant Hâpy, Hathor, Sekhmet et, mardi dernier, le Jour de l'An, le jour où, pour les Égyptiens, commence un nouveau cycle cosmique, partant, l'espoir d'une nouvelle année prospère, je me suis longuement attardé, mais à celui que de conserve nous avons entrepris depuis avril en déambulant au sein même du Musée royal de Mariemont qui accueille la manifestation jusqu'au tout proche 29 septembre.

 

     En insistant entre autres sur l'inondation annuelle du Nil, j'espère qu'étayées par quelques-unes des magnifiques pièces que l'égyptologue Arnaud Quertinmont avait choisies pour offrir un incomparable apport esthétique à ce qui était, au départ, une exposition "technologique" itinérante consacrée aux problèmes d'adduction d'eau que, de tous temps, connut la ville d'Alexandrie, mes interventions vous auront permis de prendre conscience que l'itération de ce phénomène naturel  - déterminisme géographique peu commun, s'il en est ! - eut, des millénaires durant, une considérable influence sur la quotidienneté d'un peuple.

 

     Pour corroborer encore cette notion, j'aurais certes pu m'épancher sur d'autres petits monuments aux fins de développer quelques thèmes annexes.

 

     Ainsi, celui, vital, de la navigation sur le Nil, un des pans cardinaux de l'activité économique des Égyptiens, matérialisée par deux modèles de bateaux prêtés par les Musées royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles (Inv. E 785.18 et E 785.19).  


 

MARIEMONT---Vitrine-modeles-de-bateaux--24-04-2013---MRAH-.jpg

 

 

     Ou sur celui, tout aussi important, de l'eau au sein des rites funéraires, avec cette superbe table d'offrandes provenant du Musée liégeois le Grand Curtius (Inv. GC.ARC.02a.1865.69881)

 

 

MARIEMONT---Table-d-offrandes--Musee-Cursius--Liege---24-.jpg

 

 

et ces deux vases à libations en faïence bleue, confiés par les Musées royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles (Inv. E 2246 et E 2247), destinés à effectuer le rituel de purification par l'eau de tout défunt. 

 

 

MARIEMONT---Vases-a-libations--18-04-2013-.jpg

 

 

Ou enfin - et je terminerai par un petit monument (Inv. AC.85/31) appartenant aux collections permanentes de Mariemont - cette stèle d'Horus sur les crocodiles censée, grâce au texte magique du verso sur lequel l'on se devait de faire couler de l'eau, guérir ceux que serpents ou scorpions avaient mordus, ceux que lions ou crocodiles avaient attaqués ...

 

 

09.-Stele-Horus-sur-les-crocodiles.jpg

 

 

     Si j'ai jugé bon de ne pas m'étendre sur ces sujets, ainsi que sur nombre d'autres, c'est parce que certains d'entre eux avaient déjà été évoqués ça et là sur mon blog : ainsi, les embarcations le 13 mai 2008 ou les tables d'offrandes le 11 novembre 2008 ...  

 

 

     Notre beau voyage en terres belges devenues égyptiennes le temps d'une remarquable exposition fréquentée par plus de 12000 personnes prend fin aujourd'hui.

 

     Merci à Madame M.-C. Bruwier, Directrice scientifique de l'établissement muséal qui a généreusement accepté que j'y prenne des photos ; merci, à Mélanie, sympathique Chargée des relations publiques et à Arnaud Quertinmont, Docteur en égyptologie qui, par leur amical soutien, leurs courriels personnels d'encouragements ou de réponses à mes questions, m'ont permis de l'entreprendre avec vous.

     Merci à mon ami Michel Breucker, réalisateur de l'émission Télétourisme à la RTBF, de m'avoir invité à l'accompagner lors de la conférence de presse, donnant ainsi vie à une grande et belle aventure.


     Et bien évidemment merci à vous tous, amis visiteurs, de m'y avoir suivi ...

 

     A ceux d'entre vous qui souhaiteraient compléter mes propos par une ultime excursion jusqu'à Mariemont, je rappelle que Du Nil à Alexandrie. Histoires d'eaux ne fermera définitivement ses portes que le dimanche 29 septembre.

Douze jours encore pour vous y précipiter. Vous ne le regretterez certes pas ! 

D'autant plus qu'à 10,30 H. le dernier dimanche, M.-C. Bruwier proposera une conférence intitulée A la recherche du temple de Cléopâtre, dans laquelle elle fera vraisemblablement la part plus que belle aux fouilles qu'elle a conjointement entreprises avec le Centre d'études alexandrines. 

 

     Et pour ce qui me concerne, dès la semaine prochaine, je retourne - plein d'usage et raison -, au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre où, patiemment, depuis avril dernier, dans sa vitrine 5 de la salle 5, nous a attendus Tepemânkh.

 

     Si l'envie vous en dit ...

 

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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 23:00

 

     La cérémonie consiste donc à la fois à remercier la Pachamama (*)  pour les bienfaits de l'année écoulée, mais aussi à s'allier ses bonnes grâces pour la nouvelle année qui commence (le mois d'août marque en effet de ce côté du globe la fin de l'hiver) ; en espérant en premier lieu suffisamment de pluie, ainsi que de bonnes récoltes futures.       

 

 (*)  La Pachamama est la déesse-terre, déité majeure et incontournable de la cosmogonie andine.

 

 

 

Pat l'expat

 Le rituel des offrandes à la Pachamama

 

3 septembre 2013

 

 

 

     Au moment où, la semaine dernière, je peaufinais la présente intervention, j'ai reçu avis de parution d'un nouvel article de Pat, blogueur français expatrié pour l'instant à Buenos Aires et à qui, quand il avait vécu en Égypte, j'avais, dans cet ancien article d'il y a pratiquement 4 ans, déjà donné audience pour vous montrer l'endroit exact où avait été découverte la Pierre de Rosette.

 

     Hasard, coïncidence, le rituel amérindien auquel Pat avait été convié en août et qu'il décrivait en ce début du mois de septembre, nombreuses photos à l'appui, présentait quelques similitudes avec mes recherches du moment ...   


     Rappelez-vous : avant de vous inviter la semaine dernière à nous retrouver ce matin pour quelques moments festifs, j'avais terminé notre entretien par ces mots : 

 

     Le Retour de La Lointaine ...

     Le retour du flot bienfaiteur, héraut d'une nouvelle prospérité ...

 

     Vous aviez évidemment compris par là que cette rentrée de La Lointaine en terre égyptienne n'était jamais que la métaphore du retour tant souhaité de l'inondation qui, chaque année, à la saison Akhet, de la mi-juillet à la mi-novembre, devait permettre aux terres asséchées par Rê de se gorger tout à la fois d'eau et de ce limon fertilisant constitué des déchets et des débris rocheux que le Nil arrache et charrie au long de son cours, de manière qu'elles puissent être préparées pour la culture quand il reviendrait dans son lit, au début de la saison Peret qui commençait à la mi-novembre et se terminait avec la première quinzaine de mars.

 

     De sorte qu'à partir de la mi-mars, à la saison Chemou, débutait le temps des récoltes, auquel succédait à nouveau la sécheresse, avant les tant attendus débordements, coïncidant avec le lever héliaque de l'étoile Sirius, la Sothis des Grecs, aux environs du 19 juillet.

 

    Pour que retour il y eût, pour qu'abondantes les crues fussent, pour que le passage d'un cycle cosmique à l'autre dans les meilleures conditions possibles s'effectuât, fallait-il encore s'assurer les faveurs de Sekhmet, l'irascible déesse léonine, en conjurant la volonté destructrice de l'"Oeil de Rê" qu'elle personnifiait si elle n'avait pas été apaisée et que manifestaient ses flèches et ses émissaires, symboles des différents fléaux annuels.

     Conjuration, nous l'avons vu précédemment, opérée entre autres grâce aux statues que lui avait vouées le pharaon Amenhotep III et aux litanies qui s'égrenaient de chaque côté du siège sur lequel la Puissante trônait.

     Grâce également aux prières prophylactiques gravées à certains endroits des temples d'Edfou, d'Esna ou de Kom Ombo que se devaient de psalmodier les prêtres-lecteurs y officiant.

     Grâce aussi au sacrifice de plusieurs oryx, ces si belles antilopes accusées d'avoir tant irrité l'ombrageuse lionne pour avoir attenté à l'Oeil divin et ainsi s'opposer à l'apparition de l'étoile Sothis, partant, à la venue de la crue. 

     Grâce enfin à certains gestes populaires : je pense par exemple à ces petites figurines du Hâpy ventripotent que vous connaissez, façonnées en différentes pierres ou métaux que l'on jetait dans le Nil en période d'étiage, censées, vous vous en doutez, appeler et assurer d'imposants débordements futurs. 

 

     Inquiets, les Égyptiens surveillaient alors dans les nilomètres le niveau du fleuve qui commençait à grossir grâce aux pluies qu'il avait connues en amont de son parcours. Et quand les premiers signes de crue se manifestaient dans la Vallée, - nous étions le premier jour du premier mois de l'Inondation, approximativement le 19 juillet : La Lointaine était donc revenue -, les festivités du Nouvel An pouvaient commencer.

 

     Elles présentaient toutefois un aspect quelque peu ambigu dans la mesure où l'allégresse devant l'arrivée du flot nourricier le disputait à la crainte qu'il ne fût suffisamment dense et riche d'alluvions : réjouissances et beuveries populaires lors des grandes fêtes d'Hathor, déesse de l'Ivresse, ainsi que rituels apaisant Sekhmet ou implorant Hâpy, nous l'avons vu, se succédaient en fait jusqu'à ce que l'augmentation maximale atteigne idéalement un niveau d'eau de 16 coudées. 

 

      A l'occasion de ce Nouvel An tant espéré, il était coutume, dans toutes les strates de la société, d'offrir de menus présents, et notamment des petites gourdes relativement aplaties, en forme de lentille.

 

     Ce sont cinq d'entre elles que nous propose la vitrine devant laquelle nous sommes à présent arrêtés, à l'exposition Du Nil à Alexandrie. Histoires d'eaux, au Musée royal de Mariemont, qu'ensemble nous visitons depuis avril dernier.      


      MARIEMONT---Vitrine----Gourdes-du-Nouvel-An----24-04-2013-.jpg

 

 

           Vous remarquerez au premier coup d'oeil que, parfois, les faces lenticulaires peuvent être décorées de motifs floraux ou géométriques, alors que d'autres - comme celle du fond à droite (Louvre N 961) - présentent une sorte de collier-ousekh, semblable à celui qui ornait l'égide que nous avons admirée mardi dernier. 

 

     Beaucoup aussi portaient des inscriptions hiéroglyphiques gravées sur le plat de leurs bords circulaires : soit elles évoquaient un souverain - celle de l'arrière-plan, à gauche (Leyde AT 97) nomme par exemple Khnemibrê, fils de Rê, Amasis - ou le souhait qu'oralement devaient s'adresser ceux qui s'échangeaient semblables cadeaux.


     Ce voeu, Que s'ouvre (pour vous) une belle année, les plus fidèles d'entre vous le connaissent : je vous l'avais en effet présenté en début d'années 2009 et 2010.


      C'est l'adaptation de cette formule de Nouvel An que vous pouvez lire sur la tranche de la gourde (N 960) ci-après qui, à la différence de sa consoeur N 961 que nous venons de voir, est restée au Louvre : Qu'Amon ouvre une bonne année à son maître.


Gourde-de-Nouvel-An--Louvre-N-960----Cote-Amon-et-Mout.jpg

 

 

      Du côté opposé, c'est sous la protection d'autres divinités - Ptah et Sekhmet, entre autres - que le texte se place.

 

     Ces différentes variétés de décoration m'invitent à attirer votre attention, parmi les cinq récipients ici choisis par l'égyptologue Arnaud Quertinmont, sur celui de gauche à l'avant-plan.


40. Gourde du Nouvel An (Fondation Custodia, Paris)

 

 

     

      Dans le 7ème arrondissement de Paris, au 121 rue de Lille, se niche au fond d'une arrière-cour un ravissant petit hôtel particulier datant du XVIIIème siècle : l'hôtel Turgot.


     Ne vous y trompez pas, amis visiteurs : comme vous pourrez le constater en lisant cette notice, il ne s'agit nullement d'un musée dans lequel vous déambuleriez au gré de votre bon vouloir lors d'un séjour dans la capitale française, mais du Centre culturel des Pays-Bas où furent déposées en 1947 les oeuvres ayant appartenu à l'historien d'art néerlandais, Frits Lugt (1884-1970).

     J'ai la nette impression - mais certains d'entre vous infirmeront-ils peut-être mon présupposé - que cette collection est fort peu connue des Français, voire des Parisiens, car elle n'est en réalité visible que sur rendez-vous ou lors de la seule visite guidée organisée chaque mois.   

 

     De ce "trésor" estimé à quelque 90000 pièces provient la gourde du Nouvel An (Inv. n° 8226) ci-dessus, fort heureusement prêtée à Mariemont. En faïence, d'une hauteur de 13,7 centimètres pour 11,8 de large et 7,7 de profondeur, elle date de Basse Epoque et présente une scène particulièrement intéressante et porteuse de nombreux symboles connotant la renaissance de la nature grâce à la crue du Nil, partant, celle de tout défunt.

     La couleur verte de la pièce, déjà, symbolise la régénérescence de la végétation palustre typique du Delta avec ses fourrés de papyrus.

 

     Vous remarquerez toutefois que le décor végétal gravé en léger relief sous les rangs de perles à motifs floraux et géométriques semblables à ceux que nous avons rencontrés ce matin sur d'autres petits vases de la vitrine, est grandement stylisé : vous imaginez aisément qu'aussi figées, aussi statiques, tellement droites, tellement bien rangées côte à côte, les tiges végétales, jamais, ne se présentaient dans la nature. Agitées par le vent, se balançant, se frottant immanquablement les unes contre les autres, elles développaient un certain bruissement qui suggérait les sons émis par les sistres, - dont un est par ailleurs incisé sur l'autre face de l'objet -, ces "instruments bruiteurs", je l'ai déjà souligné, que notamment pour  instiguer chez le démiurge un désir masturbatoire aux fins de créer le monde, jouait la déesse Hathor. 

      Elle était alors assimilée à Nebet-Hetepet, - déesse dont le nom, je le souligne incidemment, signifie Maîtresse du pubis -, et appelée "Main du dieu"

Admettez que l'on ne peut être plus explicite ! 

 

     Cette Hathor, sous forme de vache que vous voyez ici se déplacer sur un frêle esquif de papyrus, l'ombelle de la plante ornant tout à la fois et la proue et la poupe, traverse une nature luxuriante : dans les croyances égyptiennes, les fourrés du Delta matérialisaient son royaume.  Symbole de charme, de grâce et de séduction féminins, Hathor personnifiait également l'Amour, cet amour physique absolument nécessaire à tout défunt pour accomplir son obligatoire régénération d'après trépas.


     Sur cette représentation, la connotation sexuelle est donc évidente, tant pour les dieux que pour les hommes ! Tout comme elle l'était, souvenez-vous, au sein des scènes de chasse et de pêche dans les marais qu'à votre intention j'avais décodées lors de nos rendez-vous des  30 mars  et  20 avril 2010.

 

     Si j'avais eu la chance de disposer d'un cliché idoine, vous auriez pu déchiffrer sur les bandeaux latéraux du récipient une suite de hiéroglyphes plus foncés que les autres motifs gravés, de manière à vraisemblablement attirer sur eux une attention bienvenue puisqu'ils expriment le "classique" souhait de Nouvel An avec, d'un côté : Puissent Ptah et Sekhmet ouvrir une bonne année pour son propriétaire ; et de l'autre : Puissent Nebet-Hetepet et Bastet - (autres manifestations de La Lointaine) - ouvrir une bonne année pour son propriétaire.  

 

     Mais que donc contenaient ces gourdes si couramment offertes au passage d'une année à l'autre ?

 

     Si je m'en réfère à Arnaud Quertimont, Docteur en égyptologie et éditeur scientifique du guide de l'exposition : l'eau de la crue, affirme-t-il sans hésiter. (Notice 12, p. 26)

 

     Apparemment plus circonspect, Luc Delvaux, Conservateur des Antiquités d'Égypte dynastique et gréco-romaine aux Musées royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles écrit qu'elles étaient probablement - c'est moi qui souligne - destinées à recueillir de l'eau au premier jour de l'inondation annuelle du Nil. (Notice 13, p. 26)

 

     Quant à Madame Geneviève Pierrat-Bonnefois, Conservateur en chef au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, responsable de la documentation, elle avance, avec autant d'assurance qu'en avait Arnaud Quertinmont : C'est l'association si étroite du Nouvel An avec l'Inondation du Nil qui a amené les contemporains à imaginer que ces gourdes étaient employées à contenir l'eau bénéfique du Nil à ce moment-clé. Nous n'en avons aucune preuve(Notices 14 et 15, p. 28)

 

     Pour ma part, preuve ou non, j'aurais tendance à entériner les propos d'Arnaud, non par amitié, mais parce que je trouve beau et éminemment symbolique le geste d'offrir à ses amis quelques gouttes de la nouvelle eau pour l'année nouvelle.

     Plus beau et plus symbolique que de présenter un contenant sans contenu ... Non ?

 

     Que penseriez-vous de moi amis visiteurs si, en janvier prochain, je vous proposais une bouteille désespérément vide d'un Grand Cru de Bourgogne ? Uniquement pour la beauté de l'étiquette ... 

     Ou un blog dénué d'articles ? Uniquement pour la beauté du bandeau ...    

 

 

(Derchain : 1962, 47-9 ; ID. 1991, 85-91Desroches Noblecourt : 2000, 171-90 ; Germond : 1979, 23-9 ; Goyon ² : 1970, 267-81 ; Quertinmont : 2013, 26 et 30 ; Yoyotte : 1980 ², 44)

 

 

(Grand merci à  Patrick de m'avoir permis d'importer ici en guise d'exergue un extrait de son texte.)

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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 23:00

 

      On a dit qu'un seul battement de l'aile d'un papillon pouvait soulever des tempêtes et faire trembler des mondes. 


    Peut-être qu'un seul battement de l'aile du quotidien peut suffire à faire se lever dans nos vies tout un monde tremblant de beauté. Et si nous poursuivons notre route, croyant l'oublier, qu'importe ? De même que l'infime mouvement du papillon, engendrant d'autres mouvements de plus en plus vastes, devient finalement le levier d'événements immenses, de même, ces rencontres minuscules que chaque jour nous faisons avec l'enchantement nous mènent vers d'autres chemins enchantés, qui eux-mêmes nous conduisent encore vers des chemins plus vastes et plus lumineux, si bien qu'elles sont le vrai ferment de notre capacité à nous émerveiller face à ce qu'on appelle l'art. 

 

 

 Carole CHOLLET-BUISSON

La feuille et l'arc-en-ciel

 

11 janvier 2013

 

 

 

     Nul doute que vous vous souveniez, amis visiteurs, du mythe de La Lointaine, un des plus célèbres de l'Égypte du dernier millénaire, que je vous ai narré la semaine dernière et des différentes manifestations de la déesse Hathor - vache, femme aux oreilles de vache, femme à tête de lionne et serpent à tête de femme - que présentait un monument  (E 26023) exposé en salle 12 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

     Aux fins d'illustrer cet épisode mythologique, j'avais, dans un premier temps, choisi de vous faire découvrir un des sistres hathoriques qu'à la demande de l'égyptologue Arnaud Quertinmont, un collectionneur privé avait accepté d'à nouveau prêter à Mariemont pour accompagner cette fois l'exposition itinérante Du Nil à Alexandrie. Histoires d'eaux quijusqu'au 29 septembre prochain, y est présentée.

     

     Et en terminant mon intervention, j'avais annoncé qu'aujourd'hui, nous rencontrerions un autre des avatars de la déesse lointaine sous son aspect de la fougueuse lionne Sekhmet.

 

     Pour l'évoquer, parmi les objets "invités" par A. Quertinmont, plutôt que la traditionnelle statuette à corps de femme et tête de lionne debout à proximité et dont vous croiserez nombre d'exemplaires un peu partout dans les sections de musées à l'égyptologie consacrées, j'ai préféré épingler une superbe égide provenant du MAS (Museum aan de Stroom) d'Anvers.

 

     Telle qu'elle, ma photo 

 

 MARIEMONT---Egide-Sekhmet--Vitrine---Mythe-de-La-Lointaine.jpg

 

ne me permet pas de vraiment la détailler, partant, de vous en faire remarquer toute la beauté.

 

     Qu'à cela ne tienne : il existe au premier étage de l'aile Sully du Louvre, dans la vitrine 3 de la salle 29 de la collection égyptienne, un pectoral quasiment identique, quelques différences fort minimes mises à part, qui, vraisemblablement, fut réalisé à la même époque, par le même artiste, pour le même souverain.

 

           Egide Louvre E 7167 (C. Décamps)

     

     Rencontre avec l'enchantement, - comme l'exprime si bellement dans l'exergue que j'ai choisi ce matin, Madame Chollet-Buisson, une de mes lectrices qui accorde harmonieusement sur son blog photographie et poésie -, ces deux pièces en électrum de quelque 8 centimètres de hauteur, 9 de largeur et 2,4 d'épaisseur conservées l'une à Anvers (AV. 1921.023.002) et l'autre à Paris (E 7167datent de la Troisième Période Intermédiaire, plus précisément du temps d'Osorkon IV, ultime souverain de la XXIIIème dynastie régnant à Tanis (730-722 avant notre ère, selon la liste des rois revue par l'égyptologue français Olivier Perdu dans le catalogue d'une remarquable exposition dédiée l'année dernière à cette période, Le Crépuscule des Pharaons, au Musée Jacquemart-André, à Paris).

 

     Gravés au revers des égides, le nom de fils de Rê d'Osorkon apparaît dans le cartouche de gauche et celui de sa mère, Tadibastet, à sa droite.

 

Revers-egide-Louvre--C.-Decamps-.jpg

 

     Vous n'ignorez certainement pas, amis visiteurs, que, dans la mythologie grecque, l'égide désigna le bouclier de Zeus. Mais savez-vous que dans le vocabulaire de l'histoire de l'art en général et égyptien en particulier, ce terme fait référence à une parure combinant tête et collier d'une divinité ?

Le plus souvent en bronze, elle se développa considérablement en Égypte dès la fin du Nouvel Empire.      

 

     Sur l'égide du Louvre que je vous propose, - celle de Mariemont lui étant identique, je l'ai souligné, à l'un ou l'autre détail près -, vous remarquerez d'emblée l'effigie en ronde-bosse de la déesse léontocéphale Sekhmet. Prenez le temps de vous attarder à son magnifique travail au repoussé : rencontre avec l'enchantement.

 

     De part et d'autre, symétriquement, se répondent deux têtes de faucon Horus vues de profil, constituant les attaches d'un collier-ousekh qu'elles dominent et dont vous apprécierez là aussi l'exceptionnelle qualité d'exécution : cette dernière mais également le précieux alliage dans lequel l'objet fut façonné, corroborent le fait, si nécessité m'imposait encore de le répéter, que son commanditaire ne pouvait qu'être un personnage de rang royal.

 

     Finement incisés, quatre ensembles de franges de fleurs (lotus et ombelles de papyrus) et de perles (les unes lancéolées, les autres en forme de gouttelettes d'eau), à courbures semi-circulaires et concentriques, séparés par un motif récurrent de petites perles rondes, prennent naissance sous la frise du bord supérieur dans laquelle s'avance une théorie d'uraei - serpents cobras femelles vigilamment dressés en vue de protéger Pharaon - qui, partant de chacun des pans latéraux de la perruque, sont alignés de manière antithétique.


     Dans le pendentif central qui apparaît en dessous des retombées de la coiffe, un peu d'attention vous permettra de distinguer une déesse agenouilléeailes éployées, que surmonte le disque solaire.  

 

     Consubtantiellement à cette froide description, décryptons, voulez-vous, la symbolique que cèlent nos superbes égides : la présence de la déesse léonine Sekhmet, "Oeil de Rê" veillant sur celui qui les possédait - en l'occurrence ici, Osorkon IV -, et si nécessaire détruisant ses ennemis potentiels, était garante de la protection accordée au souverain. Quant aux deux têtes d'Horus, elles étaient censées lui assurer la transmission du pouvoir régalien, partant sa légitimité.

 

     Sempiternel principe égyptien de la puissance magique de l'image ...    

 

     Est-il encore obligatoire, amis visiteurs, de vous rappeler que la terre égyptienne était fertilisée par les alluvions que déposait le Nil lors de ses crues ? En revanche, je me dois d'insister sur la qualité des débordements tant espérés : parfois trop impétueux, parfois négligeables, voire inexistants, ils ne répondaient pas toujours à l'attente des hommes.


     Souvenez-vous de la célèbre parabole biblique des sept vaches grasses - vaches qui, j'aime à le préciser, figurent déjà, accompagnées de leur nom, dans le texte et la vignette du chapitre 148 du Livre pour sortir au Jour (Livre des Morts) -, et des sept vaches maigres : cet épisode de la Genèse ne traduit rien d'autre que ces années pendant lesquelles le fleuve jouait son rôle bienfaiteur opposées à celles qui connurent une inondation tragiquement insuffisante ; rien d'autre que ces années de pénurie alimentaire succédant à celles d'abondance.  

 

     Le récit littéraire de La Lointaine constitue, vous l'aurez compris, une transposition, une interprétation au niveau d'un mythe, de ces inconstances propres à la nature. Si Hathor, nous l'avons vu mardi dernier, personnifie de prime abord l'opulence, la prospérité, Sekhmet, une de ses manifestations, tout à la fois irascible, funeste et nuisible, représente pour sa part la détresse, l'indigence, la famine.


      Il était donc indispensable d'apaiser, de conjurer cette intraitable et dangereuse déesse lionne. C'est manifestement ce que souhaita le pharaon Amenhotep III quand il fit ériger des centaines de statues de granit la représentant : assurément, si je m'en réfère à feu l'égyptologue français Jean Yoyotte, au moins deux séries de 365 - une pour chacun des jours de l'année.

Colossales, qu'elles soient assises ou debout, elles mesurent plus de deux mètres de hauteur. 

    

     Retrouvées en nombre considérable lors des fouilles jadis effectuées par Belzoni dans les ruines du temple de Mout, à Karnak, plus de deux cents sont encore actuellement in situ, (selon l'égyptologue suisse Philippe Germond, il en restait plus de sept cents au XIXème siècle!), quand d'autres, beaucoup d'autres, sont définitivement disséminées dans maints musées du monde.

 

     Ainsi le Louvre en possède onze

 

Sekhmet - Salle 12 (A 2 - A 3 - A 4 - A 10)

 

que vous ne manquerez pas de rencontrer, à tout le moins neuf  d'entre elles, de part et d'autre de l'entrée de la première des trois parties de l'immense salle 12.

 

     Si certaines des Sekhmet exhumées sont anépigraphes et même inachevées, d'autres en revanche portent un texte gravé - une litanie trois cent soixante-cinq fois différente -, conjuration permanente invoquant La Puissante (traduction littérale de son nom) en tous ses noms et en toutes ses places, afin, notamment, qu'elle se mue, nouvel avatar, en chatte Bastet, - animal sacré par excellence -, adorable et douce, - telles ces trois statuettes d'une dizaine de centimètres de hauteur, provenant également du MAS d'Anvers (Inv. AV. 1879.001.087 - AV.1879.001.088 et AV.1879.001.089), présentes elles aussi à Mariemont le temps de l'exposition -,  

 

Statuettes-de-Bastet--24-04-2013-.jpg

 

de manière qu'Hathor, puisse, magnanime, revenir au pays d'Égypte.


 

     Le Retour de La Lointaine ...

     Le retour, en principe chaque année, de l'inondation ...

     Le retour du flot bienfaiteur, héraut d'une nouvelle prospérité ...

 

     Les festivités pourront alors commencer  !


     Je vous y invite, amis visiteurs, mardi prochain, 10 septembre.

     Serez-vous des nôtres ? 

 

 

 

(Barguet : 1967, 206-7 ; Berlandini : 1979, 98-100 ; Desroches Noblecourt : 1997, 113-4  ; Germond : 1981, 179 ; Gubel : 1991, 185 ; Kozloff ² : 1993, 187Perdu : 2012, 32-3 ; Quertinmont : 2013, 16 ; Yoyotte : 1980, 47-75)    

 

 

     (Merci à vous, Carole, d'avoir accepté que j'importe ici ce matin en guise d'exergue, un extrait de votre texte La feuille et l'arc-en-ciel du 11 janvier dernier.)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en Belgique
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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 23:00

 

Salut à toi, Hâpy, issu de la terre
venu pour faire vivre l’Egypte,
(...)

Qui inonde les champs que Rê a créés
pour faire vivre tous les animaux,
(...)
 

Qui a fait l’orge et produit le blé,
approvisionnant les temples.
Tarde-t-il que le nez se bouche,
et que chacun est démuni ;
(...)

   

lui qui a pris possession des Deux Pays (...)

 

 

Hymne à la crue du Nil

 

dans Bernard MATHIEU
Etude de métrique égyptienne, II,

 

RdE 41

Paris, Peeters, 1990

pp. 137-41

 

 

 

 

 

     Avec pour ligne de conduite la découverte des antiquités égyptiennes "invitées" à Mariemont par Arnaud Quertinmont, Docteur en égyptologie attaché au Musée, désireux, par son choix de pièces, - notamment celles exposées dans cette vitrine -,

 

 

MARIEMONT - Vitrine ''Mythe de LA Lointaine'' (24-04-2013)

 

d'accompagner l'exposition itinérante Du Nil à Alexandrie. Histoires d'eaux aux fins de lui apporter un judicieux complément d'informations, j'ai la semaine dernière, amis visiteurs, dans un premier temps, quelque peu attiré votre attention sur l'importance du fleuve nourricier, colonne vertébrale d'un pays qui ne vivait que grâce aux inondations, phénomène absolument unique en son genre, qu'il prodiguait quatre mois l'année.

 

     Cette première d'une série d'interventions intitulées Hommages à Hâpy n'avait évidemment d'autre finalité que vous permettre de comprendre l'immense nécessité pour le quotidien du peuple égyptien de cette manne liquide dispensatrice de vie et qui, entre autres, suscita grand nombre de croyances, d'oeuvres littéraires, tel l'extrait que je viens de vous proposer en guise d'incipit et dont, je le souligne, je vous avais jadis donné à lire l'intégralité.

 

     Parmi ces textes ressortissant peu ou prou au domaine de la mythologie, il m'agréerait ce matin, - et ce sera mon second temps -, de synthétiser pour vous les diverses occurrences de celui que les philologues nomment le Mythe de la Déesse Lointaine.

 

     Fille du démiurge, Hathor, s'ennuie.

Aussi, d'un coup de tête, décide-t-elle de fuguer le plus loin possible, bien au-delà des cataractes, où elle se transforme en Sekhmet, lionne sauvage et redoutable, perpétuellement en chasse.

     Dans le pays, son éloignement provoque stupeur et tremblements : l'on ne peut admettre l'absence de celle qui était la générosité même, de celle qui avait visage d'abondance.

 

     Toutes les objurgations paternelles l'enjoignant à revenir vers les siens échouent jusqu'à ce que, de guerre lasse, Rê mande l'intervention du dieu Chou. Les Égyptiens le nommeront "In-Héret", et les Grecs "Onouris", comprenez : "Celui qui ramène La Lointaine", souvent représenté sous l'aspect du cercopithèque Thot tentant de raisonner la lionne qu'anime un courroux toujours ravivé.

 

     Bien qu'initialement rétive à toute ambassade, la fougueuse Sekhmet finit néanmoins par se laisser convaincre.


     Le récit nous apprend alors qu'elle plonge dans le Nil impétueux à hauteur de la première cataracte et, apparemment purifiée de toute velléité excessive, en ressort rassérénée, sous les traits de la placide chatte Bastet.

 

     Et dès lors de se réconcilier avec son père, Rê ; de devenir la bienfaisante protectrice des foyers, des parturientes et de prendre place, en tant qu'uraeus, sous le nom de Ouadjet, cobra femelle, au front du démiurge.

 

     Il existe dans la deuxième des trois portions de l'immense salle 12 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, disposé du côté gauche en venant de la salle 11, une pièce tout à fait particulière (E 26023), véritable carte d'identité mythologique qui reflète les quatre avatars de la divinité : au centre, la vache d'Hathor avec, sur sa droite, une femme assise - Nebet-Hétépet ou Iousas -, symboles des relations amoureuses de la déesse ; 

        

Avatars d'Hathor - E 26023 (1)

 

 

sous le museau de l'animal, le cobra Ouadjet, à tête de femme et, sur sa gauche, Sekhmet, à tête de lionne.

 

Avatars-d-Hathor---E-26023--2----Ch.-Decamps.jpg

 

 

      Datant de Basse Époque, d'une facture relativement grossière, ce monument taillé dans du quartzite mesure 67 centimètres de hauteur, 73 de longueur et 33 de largeur.


     Vache, femme, lionne et serpent, tels furent les quatre "visages" d'Hathor que voulut nous signifier d'un seul coup d'oeil l'artiste qui le réalisa.

Du syncrétisme à l'état pur !


     A Mariemont, ce sont d'autres types d'objets antiques, plus petits, plus délicatement ouvrés surtout, qu'Arnaud Quertinmont a choisis aux fins de nous initier aux différents aspects de  La Lointaine et qu'il a regroupés dans la vitrine que nous venons de très rapidement apercevoir.

     Véritables gloses réalisées dans différents matériaux, ils nous permettront de comprendre que ce mythe, que l'on pourrait également appeler de l'Éternel Retour, notion si chère à Nietzsche, ne traduit en définitive rien d'autre que l'arrivée récurrente de la crue annuellement souhaitée, à l'origine, j'y reviendrai, des fêtes du Nouvel An ... 


     Sans nous soucier d'exhaustivité, nous observerons, au long de nos rendez-vous à venir, quelques-unes des plus belles pièces de ce long meuble vitré.

     Et aujourd'hui déjà, à gauche, parmi ces visages hathoriques dotés d'oreilles de vache ornant différents sistres dont deux sont la propriété de la Wallonie (à chaque extrémité du cliché ci-dessous)

 

MARIEMONT--24-04-2013----Sistres-hathoriques.jpg

 

 je retiendrai plus spécifiquement pour vous celui du milieu, superbe fragment de faïence d'à peine 10 centimètres de hauteur, 

 

12. Sistre hathorique (Fragment)

 

 

dans la mesure où il est très peu connu : il appartient en effet à un collectionneur privé qui, toutefois, l'avait déjà prêté à Mariemont pour l'exposition Pharaons noirs - Sur la piste des Quarante Jours qu'en 2007 Madame M.-C. Bruwier, Directrice scientifique, y avait organisée pour mettre en évidence les relations qu'à l'Antiquité entretinrent l'Égypte et la Nubie, toutes deux opportunément traversées par le même Nil, par le même fleuve nourricier. 

 

     Permettez-moi de très brièvement rappeler qu'un sistre était un "objet-bruiteur", sorte d'instrument de musique initialement en métal, symbole de la déesse Hathor, et dont les sons produits en l'agitant se devaient de l'apaiser.


     Il était également porteur d'une connotation érotique avérée dans la mesure où sa caisse de résonance en forme d'arceau - ici perdue - évoque le sexe féminin et que les mouvements impulsés aux tiges métalliques pour produire les sons symbolisent l'acte créateur. C'est d'ailleurs ce que nous avions déjà vu - d'où le verbe "rappeler" que je viens de sciemment employer -, dans le treizième et dernier épisode du roman de Sinouhé - que je vous avais proposé le 2 octobre 2012 -, avec la scène où, rentré au pays après un long exil en terres asiatiques, le héros est reçu par le roi Sésostris Ier et son épouse ; ainsi que dans mes quelques propos explicatifs à la note 2 de cette intervention d'alors. 

 

     Ceux exposés ici, en calcaire ou en faïence, sont en réalité des objets votifs que sous-tendent des symboles de fertilité. Raison qui explique le choix du matériau (faïence) ou la glaçure verte dont certains peuvent être enduits car il y a là une allusion évidente à la couleur de la végétation que, chaque année, grâce au retour de La Lointaine et, à travers elle, à celui de l'inondation bienfaitrice, souhaitent les agriculteurs égyptiens.

 

     Enfin, j'attirerai particulièrement votre attention sur les deux cobras dressés que vous distinguez de part et d'autre des oreilles qu'encadrent la typique coiffure hathorique : vous aurez remarqué que si celui de gauche sur la photo porte la couronne de Basse-Égypte, celui de droite arbore celle de Haute-Égypte. Détails, une fois de plus, non anodins : les débordements du Nil dont Hathor en tant que La Lointaine constitue, je l'ai ci-avant souligné, l'incarnation allégorique, n'apportent-ils pas chaque année la sécurité alimentaire aux deux parties du pays ?

 

    Avec ces visages de femme aux oreilles de vache, nous avons d'ores et déjà croisé un des aspects de la déesse au sein même du mythe. 


      La semaine prochaine, le 3 septembre très exactement, je vous convie, amis visiteurs, si d'aventure nos déambulations au second étage du Musée royal de Mariemont vous tentent, à nous pencher sur un autre de ses avatars : celui de la fougueuse lionne Sekhmet.

 

     A mardi ?

 

 

(Bruwier : 2007, 136-7 ; Desroches Noblecourt : 2000, 21-44 ; Quertinmont : 2013, 22)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en Belgique
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