Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 00:00

 

 

     Le souci de César, c'était le pain. Un village sans pain, qu'est-ce que c'est ? Perdre son temps, fatiguer les bêtes pour aller chercher du pain à l'autre village. Il y avait plus que ça encore. On allait avoir la farine de cette moisson, et chez qui porter la farine, chez qui avoir son compte de pain (...)

 Si le boulanger ne prenait pas le dessus de son chagrin, il faudrait vendre la farine au courtier, et puis, aller chercher son pain les sous à la main. 


 

Jean  GIONO

Jean le Bleu

 

dans Oeuvres romanesques complètes, II,

 Paris, Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade,

  chapitre VII, pp. 104-5 de mon édition de 1972.

 

 

 

 

     Mardi dernier, amis visiteurs, nous nous sommes penchés sur le premier des deux bas-reliefs exposés du côté interne de la vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre dans la mesure où il nous donnait à voir quelques-unes des étapes de la panification ; cette panification, je le souligne, que les Égyptiens furent les premiers à connaître.

     (Au passage, je rappelle que les Romains, quelques siècles plus tard, se contentèrent longtemps de bouillie avant que le pain fît son apparition à leur table ...) 

 

     Le second monument traitant également de cette thématique, (E 13481 ter), accroché en dessous, - je vous avais d'ailleurs "techniquement" présenté les deux pièces lors de notre rencontre du 17 décembre, souvenez-vous -, s'il ne nous apporte pas de grandes révélations en la matière, me permettra toutefois d'étendre mon propos à l'ensemble des opérations en aval et en amont de la préparation du pain proprement dite.

     C'est la raison pour laquelle - indépendamment du fait que l'adjoindrer au précédent eût considérablement augmenté notre laps de temps de rencontre -, j'ai estimé judicieux de les désolidariser et de consacrer à chacun d'eux un rendez-vous particulier.

 

     Le long relief quelque peu complexe qui retiendra donc notre attention ce matin

 

E 13481 ter

 

présente en réalité l'avantage de vous donner à voir deux scènes parfaitement distinctes, mais se concevant dans la continuité l'une de l'autre, voire, au sein de la première, mettant l'accent sur les différentes manipulations qui se sont préalablement succédé permettant le bon déroulement d'une partie de la seconde.

 

       Qu'observez-vous en effet ?

 

 E-13481-ter-copie-1.jpg

 (E 13481 ter - Louvre © C. Décamps)


     A gauche, la scène répétée ad libitum dans nombre de mastabas d'Ancien Empire - ce relief daterait de la fin de la VIème dynastie ou de sensiblement plus tard -, des porteurs d'offrandes alimentaires ici légèrement gravés au sein d'un seul registre balisé par la ligne des hiéroglyphes au-dessus et celle du sol en dessous. Ils s'avancent vers la gauche où vraisemblablement se tenait le propriétaire de la tombe qu'ils venaient honorer.

 

     De cette théorie de serviteurs, suite à la cassure des pillards qui jadis arrachèrent la pièce à une paroi murale, seuls subsistent deux hommes et le bras gauche de celui qui les précédait. Le premier des personnages encore visibles, portant perruque longue aux mèches étagées minutieusement incisées et dégageant nettement les oreilles, tend deux oies, tandis que l'autre, perruque courte cette fois mais traitée avec autant de soin, nous intéresse davantage dans la mesure où, indépendamment des deux petites gazelles qu'il maintient attachées au creux du coude, il porte sur l'épaule un plateau de pains.

 

     Sans délimitation aucune d'encadrement vertical, l'on quitte les appartements du maître de maison et l'on pénètre tout de go dans l'atelier de boulangerie dont la représentation a, dans sa plus grande partie, été subdivisée par l'artiste en deux demi registres superposés.

 

     Remarquez que les personnages apparaisent bien plus sommairement traitées : pas un seul détail pour les chevelures, par exemple. A propos de cette constatation, autorisez-moi une courte parenthèse.

     Suivant en cela l'égyptologue française Christiane Ziegler dans son catalogue des stèles, peintures et reliefs égyptiens de l'Ancien Empire au Musée du Louvre référencé ci-dessous, j'ai ce matin daté notre monument de la fin de la VIème dynastie, ou de sensiblement plus tard.

 

     C'est ce sensiblement plus tard que je souhaiterais maintenant affiner : il me semble, réflexion faite, que la particularité qu'a ce relief de pproposer à la fois une scène où la gravure se révèle incontestablement soignée - celle des porteurs d'offrandes - et une autre - celle des travaux de boulangerie - empreinte de ce que je pourrais définir comme une gaucherie, une maladresse ou, à tout le moins, un manque évident de soin du détail, ressortit à la "liberté de l'artiste" que l'égyptologue belge Nadine Cherpion épingle en guise de caractéristique de la Première Période  Intermédiaire. (P.P.I.) 

    

     Au centre du long fragment que nous avons sous les yeux, immédiatement avant les deux sous-niveaux auxquels je faisais à l'instant allusion, une femme en robe longue retenue par une seule bretelle, s'affaire à concasser l'orge dans un mortier avec un imposant pilon : en fait, elle sépare les grains de la balle indésirable qui les enveloppe, première étape de leur transformation en farine.

 

 

E 13481 ter (Louvre - © C. Décamps)

(E 13481 ter - Louvre © C. Décamps)

 

 

           Immédiatement derrière elle, au registre supérieur, un personnage réduit davantage encore le grain sur un mortier posé à même le sol. Il s'agit également d'une femme qui, à l'instar de toutes celles peinant agenouillées à l'époque, - souvenez-vous des modèles de meunières admirées ici même en novembre dernier -, porte un pagne simple et non une robe.

 

     Cette opération qui consistait à écraser les céréales, à les broyer après les avoir préalablement passées au crible circulaire en vue d'éliminer leurs impuretés, était multipliée à l'envi de manière à fournir une farine la plus fine possible. Parfois même, ultime tentative, on s'évertuait à la tamiser avant de définitivement la transformer en pâte.

 

     C'est ce que nous apprennent d'autres sources iconographiques : je pense par exemple aux scènes de boulangerie que vous pourrez admirer à même la paroi ouest du "magasin" dans le mastaba de Ti  ou le mur ouest de l'entrée de la première chambre du mastaba de Niankhkhnoum et Khnoumhotep, in situ, lors d'un voyage en terres pharaoniques ou, à défaut, en consultant OsirisNet, l'excellent site de Thierry Benderitter sur lequel, vraiment, je vous convie de vous rendre en suivant mes liens ci-dessus. 

 

     Vous noterez ensuite, ressortissant au domaine de la cuisson, la présence de la pyramide de moules-bedja que je vous avais détaillée la semaine dernière. 

     A ce sujet, et au risque d'inutilement alourdir mon propos, il m'agréerait d'ajouter qu'au long des millénaires de l'histoire égyptienne, d'autres procédés furent évidemment adoptés, comme par exemple, la cuisson directe, entendez : sur le feu ou dans la braise, après avoir modelé la pâte en fonction de la forme désirée - souvenez-vous des pains triangulaires ou ronds exposés sur l'étagère de cette même vitrine - ; mais aussi celle, indirecte, grâce à d'autres types de moules sur lesquels j'aurai l'occasion de revenir dans les mois prochains quand nous évoquerons les pains de brasserie.

 

     Exista également ce que je pourrais décrire comme un four constitué de trois dalles posées verticalement pour encadrer le foyer et d'une quatrième les surmontant non seulement pour les maintenir en équilibre mais, aussi pour leur offrir une plate-forme "chauffante" sur laquelle l'on cuisait son pain.

     Un petit "modèle" en bois (Inv. 240) est exposé au Musée du Caire.

 

     Ceci posé, à l'aune du nombre des représentations de moules à pains, qu'ils soient coniques (bedja) à l'Ancien Empire ou allongés, au Nouvel Empire, il n'est pas faux d'avancer que ce fut ce type de cuisson qui fut le plus souvent plébiscité.  

 

    Et le sous-registre supérieur de notre bas-relief de brutalement se terminer par les contours d'un grand récipient que le bris du monument arraché à la paroi murale soustrait partiellement à nos regards. Peut-être, à l'instar de celui que nous avons vu dernièrement, contenait-il la pâte.

 

     Le sous-registre inférieur pose aux égyptologues plus de questions qu'il ne siérait : en effet, la bien piètre qualité de la gravure ajoutée aux déprédations qu'a subies la pierre calcaire les empêchent d'être réellement avisés quant aux objets manipulés par les personnages accroupis, celui du milieu excepté qui semble pétrir une boule de pâte.

     Alors que l'objet présenté par le troisième homme pourrait à mon sens être un plat, Madame Ziegler, dans l'ouvrage précité écrit, tout en introduisant sa suggestion par Peut-être, et la terminant par un point d'interrogation, qu'il pourrait s'agir de tamis destinés à obtenir une farine homogène.

 

     Il me reste avant de vous quitter, amis visiteurs, un dernier point à évoquer : la localisation des boulangeries.


     Si, d'après les fouilles archéologiques, existaient dès le règne de Mykérinos (IVème dynastiedes ateliers d'élaboration de pains à grande échelle aux fins de nourrir le Palais, bien sûr, mais également les artisans qui s'affairaient sur les chantiers des pyramides, parallèlement, la plupart des maisons exhumées, celles des plus modestes comme des plus riches, disposaient d'une infrastructure idoine : cuisine, voire lieu spécifique destinés à confectionner pains et galettes pour toute la famille.

 

     Au Nouvel Empire par exemple, cela fut incontestablement le cas dans le village de Deir el-Medineh où furent exhumés mortiers, meules et fours privés dans plusieurs demeures : il est vrai que les "Ouvriers de la Tombe", comme étaient appelés ces hommes creusant et aménageant les hypogées des souverains, percevaient mensuellement une certaine quantité de grains en guise de salaire, avec laquelle pouvait ainsi être assurée leur ration quotidienne.

 

     Enfin, je m'en voudrais de ne pas citer les cuisines des différents temples. Et de prendre pour bel exemple celles du Ramesseum récemment étudiées par l'égyptologue français Christian Leblanc et ses collaborateurs où non seulement des moules à pain furent exhumés mais également où des analyses archéo-botaniques pratiquées sur des résidus carpologiques prouvèrent la présence des céréales nécessaires à la panification.

 

 

     Point d'un Aimable donc, point d'un gindre qui servirait toute une communauté villageoise, partant, point de femme de boulanger. Tout au plus une "Pomponette" devenue capable de dissuader un éventuel rat, passant du clair de lune,  prétendant s'approcher du trésor à protéger : les sacs de farine ...

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE             

 

CHERPION Nadine

1982, La fausse-porte d'Itefnen et Peretim au Musée du Caire, B.I.F.A.O. 82, Le Caire, I.F.A.O., pp. 127-43.

 

MOERS Lucie C.

2004, La transformation des céréales : boulangerie et brasserie en Égypte ancienne, dans Doyen F. et Warmembol E. (s/d), Pain et bière en Égypte ancienne, de la table à l'offrande, Treignes, Catalogue d'exposition, Guides archéologiques du Malgré-Tout, pp. 45 sqq. 

 

SALAVERT Aurélie/TENGBERG Margareta
2005, Les préparatifs alimentaires dans les cuisines et boulangeries du Ramesseum. Premiers résultats de l'étude carpologique du secteur D"', Memnonia XVI, Le Caire, Dar El-Kûtub, pp. 121-31.


TALLET Pierre

2003, La cuisine des pharaons, Arles, Actes Sud, pp. 39-51.

 

VANDIER Jacques
1964, Manuel d'archéologie égyptienne, Tome IV, Bas-reliefs et peintures - Scènes de la vie quotidienne *, Paris, Picard, pp. 272 sqq.

 

ZIEGLER Christiane

1990, Catalogue des stèles, peintures et reliefs égyptiens de l’Ancien Empire et de la Première Période Intermédiaire, Paris, Éditions de la Réunion des musées nationaux, pp. 295-7.

Repost 0
Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
commenter cet article
7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 00:00

     Poudre de dattes.

     (Cela) sera mis dans de l'eau et préparé sous une forme de pâte liquide qui sera battue. Tu auras placé deux poêles sur le feu pour qu'elles chauffent et cette pâte liquide y sera placée et mise sous forme de galette. Une fois qu'elle sera cuite à point, tu devras la préparer sous la forme d'une pâte solide avec du miel et de la graisse de taureau.

 

 

Papyrus Ebers 313

 

dans  Thierry BARDINET

Les papyrus médicaux de l'Égypte pharaonique 

Paris, Arthème Fayard, 1995

p. 299

 

 

 

     Certes, vous allez m'en vouloir !

 

     Pourtant après ces deux semaines d'absence que nous ont permises les congés scolaires, c'est, n'en doutez point amis visiteurs, avec un réel bonheur que, personnellement, je vous retrouve aujourd'hui au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

     Permettez-moi tout de go, dans l'éventualité où certains d'entre vous n'auraient point eu l'opportunité de prendre connaissance de mon message préalablement programmé pour le mardi 31 décembre dernier, et les réponses que j'y ai apportées dès mon retour dans la blogosphère, de vous réitérer mes voeux les plus amicaux pour qu'aux côtés d'ÉgyptoMuséelongtemps encore, vous ayez envie et plaisir de déambuler aux fins que, de conserve, nous éblouissions nos yeux et comblions notre coeur de tous ces grands et petits trésors ici rencontrés. 

 

 

     Ceci posé, pour quelle raison me tiendriez-vous rigueur ?

 

     Simplement parce que ce n'est qu'après cette période en principe festive que je vous propose une recette de galettes de dattes au miel que, peut-être, amateurs de mets venus d'ailleurs, vous auriez testée pour épater vos invités.

     Qu'à cela ne tienne : je me dis qu'il vous sera toujours loisible d'en tenter la préparation un jour prochain ...

 

 

     Lors de notre dernier rendez-vous en salle 5, le mardi 17 décembre, je vous avais indiqué, souvenez-vous, que nous commencerions l'année en évoquant la fabrication du pain en Égypte antique grâce à deux bas-reliefs exposés du côté nord la vitrine 6, judicieusement intitulés "Scène de boulangerie".

 

     C'est en nous approchant de celui du dessus, (E 17499), que je suggère d'entamer nos propos ce matin.   

 

 

E 17499 - Scène de boulangerie

 

 

      Indépendamment des quelques hiéroglyphes qui subsistent et qui nous expliquent que le personnage de gauche est en train de vérifier le four, qu'observons-nous de prime abord ?

 

 

 

E-17499---Personnage-de-gauche--03-07-2012-.jpg

 

 

     Un homme torse nu, cheveux coupés ras, vêtu d'un simple pagne blanc, assis à même le sol, jambes relevées contre la poitrine, - peut-être pour la protéger de la chaleur rayonnante comme il le fait de son visage avec la main gauche -, attise, de la droite, un feu sur lequel repose ce que la malencontreuse cassure des pillards qui arrachèrent cette pièce d'une paroi de la chambre funéraire d'un mastaba de la fin de la Vème dynastie nous empêcherait de définir si nous n'avions pour guider notre réflexion, sur le second relief, en dessous, une scène semblable, manifestement traitée de manière plus fruste mais au demeurant complète.

 

     Penchons-nous quelques instants vers elle et découvrons, grâce à un gros plan que j'en ai réalisé à partir du cliché de Christian Décamps proposé sur le site du Louvre, ce que Madame Christiane Ziegler, dans son catalogue des reliefs égyptiens de l'Ancien Empire, cité en note infrapaginale, nomme "pyramide de moules à pain".

 

 

E-13481-ter----Pyramide---de-moules-a-pains.jpg

 

 

     Il s'agit en réalité d'un montage, d'un empilement de récipients individuels vides que les textes d'époque nomment bedja et qui ressemblent vaguement à certains de nos pots de fleurs actuels.

 

     Selon les tombes actuellement connues, leur nombre pouvait varier de 8 à 13, voire 15.

Il me sied de rappeler une fois encore que des reliefs tels que les travaux de boulangerie que nous détaillons à partir d'aujourd'hui ne constituent aucunement une oeuvre en soi, une oeuvre autonome comparable à une nature morte de Jean-Baptiste-Siméon Chardin, par exemple, mais bien des fragments arrachés à un ensemble gravé et/ou peint à même une paroi de chambre sépulcrale. Détail non négligeable qu'il me plaît d'à nouveau souligner.

 

     J'insiste également sur le fait que, dans les scènes de production de pains de consommation - à distinguer, vous l'aurez compris, de ceux dévolus à la brasserie sur lesquels je reviendrai dans les prochaines semaines -, ce sont essentiellement des moules d'une même forme qui sont représentés, alors que, souvenez-vous, nous avons constaté que sur une des tablettes de droite de cette même vitrine, d'autres types de pains existaient.

    

    Disposés de manière telle que l'intérieur de chaque récipient se présentât aux flammes, ils étaient dans un premier temps préchauffés grâce à elles. Vous aurez remarqué ici aussi le personnage qui, de la main gauche, active le foyer et se protège les yeux avec celle de droite. Dans un deuxième temps, on les remplissait de pâte puis, dans un troisième, ils étaient à nouveau superposés sur le foyer pour être cuits, mais cette fois munis d'un autre moule-bedja faisant office de couvercle.

 

    Enfin, quatrième et dernière étape, la cuisson achevée, l'on s'employait à démouler, à faire tomber le pain, comme le précisent parfois les indications hiéroglyphiques, vraisemblablement, si l'on en croit les nombreux fragments de céramique retrouvés in situ, en n'hésitant pas à briser les moules dès qu'ils étaient refroidis.

 

     Au Moyen Empire, la figuration que nous propose la portion gauche de notre bas-relief se transformera en ronde-bosse : en effet, à l'instar des modèles de meunières et du boulanger que nous avons rencontrés en novembre et décembre derniers, des statuettes de "tisonneur" seront elles aussi exhumées de tombeaux de particuliers.

 

          Précisément, à propos du brasseur auquel je viens de faire allusion : cet article que, sur son invitation, j'ai publié sur le site médical de Richard-Alain JEAN, ancien Corrrespondant de la Délégation à la Recherche Clinique de l'Assistance  Publique - Hôpitaux de Paris.

 

http://medecineegypte.canalblog.com/pages/physio---ii---appareil-locomoteur--2-/28880616.html#_ftn2

 

 

     Revenons, voulez-vous, à notre premier bas-relief.

 

     La pâte d'origine, avant de devenir pain, gâteaux ou galettes, l'artiste nous la montre en train d'être préparée :

 

 

E-17499---Personnage-de-droite--03-07-2012-.jpg

 

 

c'est vraisemblablement le travail qu'entreprend le personnage de droite ; les deux hommes, vous l'aurez remarqué, se tournant ici le dos.

 

     Présentant lui aussi des cheveux coupés ras mais auxquels vient chez lui s'ajouter une calvitie naissante, un pagne blanc pour unique vêtement, le genou droit posant sur le sol, la jambe gauche relevée, il touille avec un bâton dans une sorte de grand chaudron stabilisé par deux grosses pierres entre lesquelles un foyer a été allumé.

 

      Si je me réfère aux beaux hiéroglyphes colorés apparaissant encore intacts au-dessus de la scène, le contenu du récipient pourrait être de la pâte (?) à gâteau ; pourrait, parce que les égyptologues ne se sont pas encore tous accordés sur le sens à attribuer au premier des deux termes, séchenet, se lisant de droite vers la gauche. 

 

 

Hieroglyphes-de-droite--E-17499-.jpg

 

     

     Raison pour laquelle, ci-dessus, j'ai assorti le mot "pâte" d'un point d'interrogation, respectant ainsi la formulation choisie par Madame Christiane Ziegler.

 

     Mardi prochain, 14 janvier, avec toujours la panification comme thématique première, je vous propose, amis visiteurs, de concentrer plus spécifiquement notre attention sur le deuxième bas-relief que les Conservateurs en charge d'aménager cette vitrine ont choisi d'accrocher immédiatement en dessous et que nous avons un court instant sollicité aujourd'hui pour découvrir la pyramide de moules à pain.

 

 

 Vitrine 6 (Côté Nord) (L.-p.)

(© Louvre-passion)

 

      (Merci à Louvre-passion d'avoir eu l'immense gentillesse de réaliser à mon intention, parmi de nombreux autres, ce cliché du côté nord de la vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.)

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

MONTET  Pierre

1925, Les scènes de la vie privée dans les tombeaux égyptiens de l'Ancien Empire, Paris/Strasbourg, Librairie Istra, pp. 236 sqq.

 

TALLET Pierre

2003, La cuisine des pharaons, Arles, Actes Sud, p. 43.

 

VANDIER Jacques
1964, Manuel d'archéologie égyptienne, Tome IV, Bas-reliefs et peintures - Scènes de la vie quotidienne *, Paris, Picard, pp. 272 sqq.

 

ZIEGLER Christiane
1990, Catalogue des stèles, peintures et reliefs égyptiens de l’Ancien Empire et de la Première Période Intermédiaire, Paris, Éditions de la Réunion des musées nationaux, pp. 292-4.

Repost 0
Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
commenter cet article
31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 00:00

 

      C'est peu dire que l'homme a commerce avec la beauté.

Au coeur de ses conditions tragiques, c'est dans la beauté, en réalité, qu'il puise sens et jouissance.

 

 

 

François CHENG

Cinq méditations sur la beauté

 

Paris, Albin Michel, Le Livre de Poche n° 31978, 2012,

p. 30

 

 

 

 

     A vous amis visiteurs, ÉgyptoMusée, délibérément éloigné de la blogosphère, souhaite qu'au goulot d'une de ces  bouteilles lenticulaires, présent de Nouvel An, souvenez-vous, que volontiers s'offraient les riverains du Nil au Nouvel Empire, vous ayez longtemps encore le désir d'étancher votre soif de découvertes à ses côtés.  


 

MARIEMONT - Vitrine ''Gourdes du Nouvel An'' (24-04-2013)

 

 

     Et pour ce qui le concerne, il espère qu'aux vôtres, longtemps encore, il éprouvera l'envie, partant, le bonheur de poursuivre sa propre méditation sur la Beauté, sa propre quête du Beau, de salle en salle, de vitrine en vitrine, au sein du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre. 


     Sur les bords de ces gourdes, parfois vous lirez : Que s'ouvre une belle année.       

     

     Il en est des années qui commencent merveilleusement bien ... puis se terminent de manière désastreuse. S'autorisant de ce simple constat personnel, ÉgyptoMusée formule aujourd'hui le voeu que pour vous tous, chacun des 365 jours à venir soit le plus coruscant qu'il vous sera possible de vivre.

 

     A bientôt ...

Repost 0
Publié par Richard LEJEUNE - dans Non classé
commenter cet article
24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 00:00

 

    Absent de la blogosphère tout au long de ces vacances scolaires, plutôt que vous emmener, ce 24 décembre amis visiteurs, sur les chemins de l'Égyptologie, je tenais à préférer ceux qui, n'ayant rien de traverse, vous inviteraient à méditer les propos que le philosophe français André Comte-Sponville publia voici près d'un quart de siècle dans L'Événement du Jeudi du 20 décembre 1990.



Le-Penseur---Rodin.jpg

(Rodin, Le Penseur - © Satyakam) 

 

     Préalablement programmée pour qu'elle vous parvienne comme chaque mardi, cette intervention ne donnera lieu à réponse de ma part aux commentaires éventuels qu'en janvier prochain.

 

    D'ores et déjà, je vous souhaite les plus beaux moments qu'il vous sera possible de vivre, en vue d'apposer le point final à 2013 ...

 

      ***

 

     J'ai horreur de Noël, du Nouvel An, de tout ce cérémonial des Fêtes ! Ces réjouissances à date fixe ont quelque chose d'exaspérant et d'angoissant tout à la fois. Mais quoi ?


     Bien sûr, il y a l'étalage du luxe, la débauche de nourritures (et les plus chères ! et les plus lourdes !), avec ce que cela suppose d'indélicatesse ou d'indifférence vis-à-vis de ceux que la misère tient éloignés du festin, les enfermant, plus cruellement sans doute que jamais, dans la frustration. Une telle injustice, si complaisamment étalée, semble donner raison aux casseurs de nos banlieues, en tout cas elle aide à les comprendre. Réclamerais-je plus de justice, on me trouverait ringard, et prisonnier décidément d'une idéologie d'un autre âge. Admettons. Mais quand bien même il serait indispensable que certains mangent du caviar et d'autres des oeufs de lump (et d'autres rien : combien d'enfants morts de faim en 1990 ?), quand bien même il serait inévitable que ce soient toujours les mêmes qui s'empiffrent ou se privent, est-il indispensable aussi que l'opulence s'étale à ce point ? Si la justice est hors d'atteinte, faut-il que la pudeur le soit également ?


     Un tel luxe est d'autant plus choquant qu'il constitue, d'évidence, une perversion du message de Noël. Un enfant est né, nous dit-on, il y a quelque deux mille ans, pauvre parmi les pauvres, pour célébrer, sans faste ni puissance, l'unique richesse de l'amour.

 

     Il fut un temps où l'on se demandait si le capitalisme était compatible avec cette éthique-là, celle des Évangiles, si le christianisme, en sa pureté, n'était pas une réfutation terrible de ce qui fait vivre nos sociétés. Vieilles lunes, semble-t-il. On se demande maintenant si les Évangiles ne sont pas réfutés plutôt par le capitalisme, et s'il ne serait pas temps, maintenant que la richesse est déculpabilisée, comme on dit, d'oublier ces vieilleries naïves et néfastes.

     Malheur aux pauvres ! Heureux les riches en actions et en obligations !

 

     On m'objectera que Noël reste la fête des enfants. En effet. Cela fait deux mois qu'ils nous cassent les oreilles avec leur Père Noël ou leurs cadeaux, deux mois qu'ils ne sont plus qu'impatience avide, deux mois qu'ils sont dévorés par le manque, deux mois qu'ils attendent, pour être heureux, que ce soit enfin Noël !

     Quelle curieuse leçon d'existence nous leur donnons, qui laisse entendre que vivre c'est attendre et recevoir, quand nous savons bien, nous, les parents, que c'est l'inverse qui est vrai ! Aucun cadeau n'est le bonheur, ni rien de ce qu'on attend ou reçoit, mais cela seulement qu'on fait ou qu'on donne, et point en cadeau, puisque l'essentiel de ce qu'on peut offrir, personne, jamais, ne pourra le posséder.

     Noël, l'idéologie de Noël, est devenu comme un résumé des erreurs dont il faudrait débarrasser nos enfants, dans lesquelles au contraire, comme à plaisir, le vieil homme à la hotte les enferme. Le bonheur n'est pas un cadeau, la vie n'est pas un conte, et il n'y a pas de Père Noël. Voilà à peu près ce que vivre m'a appris, et qu'il faudrait, pendant dix jours, faire mine d'oublier !

(...)

     Puis ce bonheur imposé ! Pendant dix jours, toute la bêtise médiatique va nous seriner son optimisme de commande, et il faudra être joyeux par force ! La mort ? "Reprends donc du champagne !" La solitude ? "Tu n'aimes pas le foie gras ?" L'angoisse, la difficulté de vivre, l'amour qui échoue ou se meurt ? "Allez, on sort les cotillons et vive la fête !"

Pourquoi pas, en effet ? Mais pourquoi ces jours-là, pourquoi tous ensemble et à date fixe ? Quoi de plus grotesque, quand on y pense, que ces millions de réveillons simultanés, avec tous les petits mensonges qui vont avec, tous ces petits égoïsmes, comme autant de cadeaux autour du sapin ? 

On préférerait un bonheur plus modeste, plus discret, plus spontané, plus imprévisible ...

Quoi de plus triste que de lire sa joie dans le calendrier ?

 

     Reste l'enfant nu, entre le boeuf et l'âne, celui qui finira sur une croix, celui que Dieu même, peut-être, abandonnera pour finir ... Et tous les ans, depuis bientôt vingt siècles, "dans la plus longue nuit de l'année ou presque", comme disait Alain, entre bougies et guirlandes, fragile, vacillante, cette lueur pourtant au coeur des vivants : l'amour enfant, et fils de l'homme. Ce dieu-là - le plus faible des dieux, et le seul - méritait mieux qu'un réveillon ou qu'une messe.

 

 

 

 

André COMTE-SPONVILLE

Le goût de vivre et cent autres propos

 

Paris, Albin Michel, 2010

pp. 20-3.

 

      

 

 

 

 

 

Repost 0
Publié par Richard LEJEUNE - dans Non classé
commenter cet article
17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 00:00

 

     La surface du pain est merveilleuse d’abord à cause de cette impression quasi panoramique qu’elle donne : comme si l’on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes. Ainsi donc une masse amorphe en train d’éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s’est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses… Et tous ces plans dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux – sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente. Ce lâche et froid sous-sol que l’on nomme la mie a son tissu pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des sœur siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain rassit ses fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les unes des autres, et la masse en devient friable…

 

     Mais brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche moins objet de respect que de consommation.

 


 

Francis PONGE

 Le Pain


dans Le Parti pris des choses 

Paris, Gallimard, 1942,

p. 39 

 

 


 

     Si les murs de nombreuses tombes égyptiennes, mastabas d'Ancien Empire comme hypogées du Nouvel Empire, qui font état des phases successives de la production de céréales - souvenez-vous, amis visiteurs, de certains des fragments peints de la chapelle d'Ounsou que nous avions admirés voici 5 ans dans les deux vitrines 3 de la salle 4 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre -, nous intéressent tant ; si différents outils agricoles exposés dans la vitrine 10 de la même salle ont, le 28 avril 2009, retenu notre attention ; si quelques-uns des modèles que nous avions croisés le mois suivant - je pense notamment à la scène de labour de la vitrine 11 -, nous ont interpellés, c'est parce que toutes ces manifestations de l'art égyptien nous permettent de non seulement nous familiariser avec le travail du paysan (semailles, moissons, etc.) mais également de comprendre la finalité première de cet immense labeur : produire, à partir des céréales récoltées,  pains et bières nécessaires à toute vie dans l'Au-delà, à l'instar de celle ici-bas, que ce soit celle du souverain, de sa famille et des fonctionnaires qui gravitent dans cet entourage privilégié ou celle de paysans, d'ouvriers ou d'artisans sans lesquels cette élite n'aurait jamais pu subsister.

 

     Ce matin, c'est à deux bas-reliefs accrochés l'un en dessous de l'autre sur la gauche du panneau central de la partie Nord de la vitrine 6 de la salle 5, que je vous propose de nous intéresser. 


 

Vitrine-6--Face-Nord---Gros-plan-des-bas-reliefs-.jpg

 

      (Merci à SAS pour la photo de ce côté de la vitrine 6 qu'elle avait prise à mon intention en mars dernier et à partir de laquelle je me suis permis d'en extraire ce seul gros plan des deux bas-reliefs.) 

 

 

     Découvrons, voulez-vous, le premier d'entre eux.

     Il s'agit d'un bloc de calcaire peint, (E 17499), au relief fort peu prononcé, que j'estime être de forme approximativement carrée mais qui, selon la notice de Madame Christiane Ziegler, page 292 du catalogue référencé ci-dessous, mesurerait 13,3 centimètres de haut et 38,5 de longueur.

     Pour ce qui concerne la hauteur, m'est avis qu'il faudrait plutôt lire 33,3 centimètres !

 

 

E-17499---Scene-de-boulangerie.jpg

 

 

     Ce fragment qui, selon les assertions de son vendeur, proviendrait d'une paroi d'un mastaba de Saqqarah, fut acquis au Caire en 1951. Il date vraisemblablement de la seconde moitié de la Vème dynastie, voire du commencement de la VIème.


     Vous aurez d'emblée remarqué sa particularité : bien que vieux de quelque quatre millénaires et demi, il nous est parvenu avec de substantielles traces de couleurs : du bleu pour certains hiéroglyphes, de l'ocre pour d'autres ; de l'ocre brun rouge pour les chairs des deux personnages ; du blanc pour leur pagne ; un mélange d'ocre et de blanc de plâtre pour le chaudron ; de l'ocre orangé pour les pierres sur lequel il a été posé et les flammes allumées entre elles, ainsi que pour les moules à pain partiellement visibles sur la partie gauche, mutilée suite à l'arrachage par les vandales.

     Sans oublier le gris de la vannerie des paniers encore décelables au registre supérieur.

 

     Immédiatement en dessous, un second relief, (E 13481 ter), ne peut lui aussi que susciter notre intérêt,

 

E 13481 ter

 

 

à tout le moins les deux sous registres de sa portion droite, les porteurs d'offrandes occupant la gauche n'ayant aucune incidence sur la teneur de mes propos futurs.

 

     Permettez-moi une simple petite remarque au sujet de ce monument : si un thème précis en distingue les deux parties, force est de constater, - sans être à même d'avancer une explication plausible, sauf à envisager l'apport d'artistes distincts -, que la facture de chacune d'elles se révèle également très différente : soignée, détaillée apparaît la théorie des prêtres funéraires et du personnel des cuisines, ainsi que les nomment les hiéroglyphes dominant l'ensemble, qui, les bras chargés de victuailles, s'avancent indiscutablement vers le propriétaire de la tombe dont nous a privés la cassure des pillards, alors que bien plus sommaire s'avère la scène de boulangerie de droite.  

 

     Ce bloc de calcaire de 35 centimètres de hauteur, 86 de longueur et 11 d'épaisseur datant de la VIème dynastie ou du début de la Première Période intermédiaire (P.P.I.) connut bien des péripéties avant d'aboutir au Louvre en janvier 1907.


     De provenance totalement inconnue, il fut rapporté du Caire quelque 150 ans plus tôt, - vers 1750 probablement -, par un capitaine de vaisseau anglais. Ensuite, celui-ci le vendit à un certain Majors, un compatriote, graveur et collectionneur. A son tour, ce dernier s'en départit, en juin 1764, au profit du célèbre antiquaire français Anne-Claude Philippe de Tubinières de Grimoard de Pestels de Lévis, - cela ne s'invente pas ! -, marquis d'Esternay et baron de Branzac, plus connu sous le nom de comte de Caylus.


     Peu avant son décès en 1765, Caylus l'offrit avec la plupart des pièces de sa collection d'antiquités égyptiennes au Cabinet du roi Louis XV, devenu ensuite Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale de France.


     Enfin, comme d'autres monuments égyptiens de la BnF, cette pièce quitta le Quadrilatère Richelieu pour entrer au Louvre au début du XXème siècle où, vous et moi, amis visiteurs du XXIème, allons apprendre à la découvrir ...

 


     Qu'effectuent toutes ces personnes ?  Que nous indiquent ces deux reliefs sur les étapes des tâches qui sont leurs ?


     C'est ce que je me propose de vous faire découvrir lors de notre prochaine rencontre que, vacances scolaires obligent, je vous fixe au mardi 7 janvier 2014, ici, devant la vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

     Mais d'ores et déjà, à toutes et à tous, je souhaite la plus belle fin d'année qu'il vous sera possible ...

 

     Richard

 

 


(Tallet : 2003, passim ; Ziegler : 1990, 292-7

Repost 0
Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
commenter cet article
10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 00:00

 

     « Le coup de vent qui circulera sur la moisson ressemblera toujours à un coup de vent sur la mer. Mais le coup de vent sur la moisson, s’il nous paraît plus ample encore, c’est qu’il recense, en le déroulant, un patrimoine. Il est caresse à une épouse, main pacifique dans une chevelure.

 

       Ce blé, demain, aura changé. Le blé est autre chose qu’un aliment charnel. Nourrir l’homme ce n’est point engraisser un bétail. Le pain joue tant de rôles !

     Nous avons appris à reconnaître, dans le pain, un instrument de la communauté des hommes, à cause du pain à rompre ensemble.

     Nous avons appris à reconnaître, dans le pain, l’image de la grandeur du travail, à cause du pain à gagner à la sueur du front.

     Nous avons appris à reconnaître, dans le pain, le véhicule essentiel de la pitié, à cause du pain que l’on distribue aux heures de misère. La saveur du pain partagé n’a point d’égale.

 

     Or voici que tout le pouvoir de cet aliment spirituel qui naîtra de ce champ de blé, est en péril. […] le pain, demain peut-être, n’alimentera plus la même lumière des regards.

     Il en est du pain comme de l’huile des lampes à huile. Elle se change en lumière.»

 

 

 

 

Antoine de SAINT-EXUPÉRY

Pilote de guerre

XXIV

 

Paris, Gallimard, La Pléiade,

 pp. 362-3 de mon édition de 1959 

 

 

 

 

     Souvenez-vous, amis visiteurs : quand, de conserve, nous avions découvert les ingrédients du menu de Tepemânkh gravés sur le grand bas-relief en calcaire qui aujourd'hui encore se trouve exposé, ici à notre droite, au centre de la grande vitrine 5 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, nous avions relevé pas moins d'une dizaine de pains, soit distingués par une appellation propre - out, hetcha, neher, depeti, pezen, chenes, kenefou, hebenemout, zif -, soit plus génériquement nommés pains cuits dans la terre et pains de boulangerie.

 

     Et je ne prends pas encore la peine de répertorier les galettes et les différents gâteaux !

 

     Même si nous restons conscients que cette énumération ressortissait à un contexte funéraire - c'est-à-dire donne à lire ce que le propriétaire aisé d'un tombeau souhaitait obtenir pour lui assurer une éternité post-mortem la plus agréable possible - ; même si nous devons tenir compte du fait que semblable éventaire ne constituait en rien la consommation régulière de la grande majorité des modestes familles égyptiennes, il n'en demeure pas moins que la variété mise ainsi en évidence à une époque aussi lointaine nous laisse quelque peu pantois.

 

     Certes, la recette de diverses galettes est connue grâce notamment à l'un ou l'autre document médical : je pense par exemple au Papyrus Ebers qui en préconise aux dattes et au miel en vue d'éliminer les sécrétions provoquant la toux ; ou grâce aux indications lues dans l'une ou l'autre tombe : une paroi de l'hypogée de Rekhmirê (XVIIIème dynastie), dans la montagne thébaine, n'explique-t-elle pas les secrets de fabrication de gâteaux aux rhizomes de souchets frits à la poêle dans de l'huile d'olive ? ; ou encore grâce aux écrits d'auteurs antiques tels que Apicius,  Pline l'Ancien, Hérodote ou le philosophe et botaniste grec Théophraste, qui tous, ne l'oublions pas, n'ont connu que les derniers us culinaires de l'histoire égyptienne.

Cela posé, force est de constater qu'absolument aucun livre de cuisine tel que nous le concevons de nos jours ne nous est parvenu.

     De sorte que beaucoup de points d'interrogation subsistent quant à une connaissance affinée des ingrédients spécifiques entrant dans  la composition des différents pains actuellement recensés.


     Certes, les bas-reliefs de mastabas comme par exemple celui de Ti constituent une précieuse source de documentation, - j'aurai l'occasion d'y revenir à plusieurs reprises -, mais à ce niveau, la difficulté réside dans la traduction, qui n'est pas toujours évidente, à apporter aux termes techniques qui font florès dans les textes accompagnant les scènes.  

  

     Tous ces obstacles quant aux documents épigraphiques et papyrologiques à disposition des philologues ne doivent évidemment pas occulter l'apport, crucial, des vestiges archéologiques : ainsi, grâce à l'étude des pains desséchés retrouvés in situ par les archéologues, a-t-on pu identifier les deux céréales de base que sont le blé amidonnier (Triticum dicoccum - bedet, en égyptien) et l'orge (Hordeum vulgare it, en égyptien), présentes dans leur confection. Et de déterminer, indication importante, que les dites céréales sont également convoquées pour toutes les opérations de préparation de la bière : voilà qui explique lumineusement, vous en conviendrez, amis visiteurs, la raison pour laquelle, sur les parois des chapelles funéraires, ainsi que de ce côté de la vitrine 6 à laquelle nous accordons notre attention depuis le 12 novembre, scènes et matériel de brasserie et de boulangerie sont si étroitement associés. 

 

     D'ailleurs, pour corroborer ces analyses, il suffit de jeter un oeil sur les papyri faisant état des contenus des greniers de la IIIème à la XIIème dynastie, ainsi que ceux qui recensent les monceaux de grains stockés pour un défunt : en tête de liste, vous retrouverez immanquablement ces deux graminées.

 

    Mais, serez-vous en droit de me demander : que sont donc et à quoi peuvent bien ressembler ces pains desséchés auxquels vous faites allusion ?

 

     Approchez-vous, et observez : sur la seconde étagère de verre, à la droite de l'oushebti de Thoutmès que j'évoquai voici deux semaines et sur lequel j'ai promis de revenir, trois d'entre eux sont alignés devant vous qui firent partie, avec d'autres denrées périssables évidemment, des offrandes alimentaires déposées dans la tombe d'un quelconque défunt de la nécropole thébaine et que le climat, que vous savez d'une sécheresse extrême, a exceptionnellement conservées.

 

 

Vitrine-6--Cote-Nord---L.-p.-.JPG

 

 

     De gauche à droite à partir du milieu de ce support vitré, vous avez un premier pain, (E 14555),  triangulaire ; puis un rond aux bords légèrement relevés (E 14554et enfin un dernier (E 14673), quelque peu creusé en son centre.


      E-14555---E-14554-et-E-14673--L.-p.-.JPG

 

     (J'ouvre ici avec reconnaissance une parenthèse pour grandement remercier un de mes lecteurs, concepteur du blog Louvre-passion qui, sur requête de ma part, a eu l'extrême gentillesse de se rendre en salle 5 et d'y effectuer un certain nombre de clichés concernant la vitrine 6 qui me faisaient défaut, dont les deux ci-dessus.

 Merci à toi, L.-p. Sincèrement.)   

 

 

     Le premier de ces pains vieux de 3500 ans - (Louvre : © C. Décamps) -,

 

E 14555 - Pain triangulaire

 

présente des côtés variant entre 14 et 15 centimètres, et une épaisseur maximale de 3,3 centimètres.

 

 

     Le deuxième, rond et légèrement ondulé, - (Louvre : © C. Décamps) -,

 

E 14554 - Petit pain rond

 

mesure 10,6 centimètres de diamètre et est en moyenne épais d'un seul centimètre.

 

 

     Quant au troisième, caractérisé par une cavité, - (Louvre : © R.M.N./F. Raux) -,


 E-14673---Pain.jpg

 

il affiche un diamètre de 17,5 centimètres et une épaisseur d'environ 3 centimètres.

 

     Tous trois proviennent des fouilles menées par l'égyptologue français Bernard Bruyère dans le cimetière de l'Est, à Deir el-Médineh, sur la colline de Gournet Mouraï (XVIIIème dynastie, milieu du XVème siècle avant notre ère).

      Ils furent offerts au Louvre par le gouvernement égyptien en 1935, dans le cadre d'un partage de fouilles.  


           Malheureusement, devant ces trois exemplaires si distincts, façonnés à la main ou à partir d'un moule et en l'absence de documentation, nul n'est en mesure aujourd'hui de déterminer à laquelle des dénominations que j'ai citées tout à l'heure chacun d'eux correspond ...

     Pas plus d'ailleurs à propos de ceux, cinq en tout, que vous avez certainement remarqués en dessous, disposés sur le plateau brun-rouge, à même le sol de la vitrine : sans cartel, sans autre indication que leur seule présence proche des trois précédents, je ne puis vous en dire plus ... 

 

 

     Avant de vous quitter, amis visiteurs, autorisez-moi quelques petites remarques au passage qui vous permettront de comprendre sinon combien ce coin de vitrine manque quelque peu à sa destination didactique,  à tout le moins combien il ne facilite guère le travail de ceux qui veulent en rendre compte.


     Vous comprendrez tout de suite qu'ici j'épingle les cartels, l'un faisant défaut - je l'ai à l'instant souligné ; je n'y reviens plus -, l'autre étant erroné.

 

      Observez en effet, au front du support vitré, celui qui référencie les trois pains vieux de 3500 ans : il propose deux fois le même numéro d'inventaire E 14673, au détriment du E 14554 qu'il ne mentionne pas.

     Le concernant, je m'étais dit qu'à mes seuls mauvais yeux incombait une prise de notes erronée. Et pestai.

     Vous constaterez que le gros plan de cette partie de l'étagère que m'adressa Louvre-passion voici quelques jours me détrompa sans conteste.    


     Dans le catalogue de l'exposition Les Portes du Ciel (2009), p. 350, n°310, le numéro d'inventaire du gros pain rond avec creusement central (E 14673) est bien correct mais, là, c'est la photo du petit pain légèrement gondolé (E 14554) qui lui est attribuée par erreur.


     Après moult recherches dans d'autres ouvrages de ma bibliothèque, j'ai enfin pu trouver hier après-midi, dans le catalogue de l'exposition Les artistes de Pharaon (2002), sous la plume de Pierre Tallet, l'ensemble des trois pièces réunies avec chacune leur référence idoine. 


     C'est à ce document que j'ai choisi de faire confiance pour asseoir mes propos de ce matin.  

 

 

 

(Bardinet : 1995, 298 ; Moers : 2004, 45 ; Tallet : 2002, 108-9 ; ID. 2003, 39-51 ; Wild : 1966, 99)

Repost 0
Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
commenter cet article
3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 00:00

 

          Vous ne voyez rien dans ce que vous regardez. Ou, plutôt, dans ce que vous voyez, vous ne voyez pas ce que vous regardez, ce pour quoi, dans l'attente de quoi vous regardez : l'invisible venu dans la vision.

 


 

 

Daniel  ARASSE

 

On n'y voit rien

 

Paris, Denoël, Folio Essais n° 147, 2009,

p. 55

 

 

     Lettre ouverte aux visiteurs d'ÉgyptoMusée ...  

 

 

      Voici peu, vous n'eûtes de regards, vous n'eûtes de compassion, vous n'eûtes assez de termes aimables que pour mes compagnes de Kom ed-Dara, meunières de leur état ; et pas un mot - ou presque - pour le manouvrier que je fus, pour la position qui fut également mienne à l'ouvrage, guère plus agréable que la leur, guère plus propice, convenez-en, à mon dos cassé par la récurrence des gestes quotidiens. 

 

     Et moi, et moi, et moi ?

 

     Je figurais pourtant aussi comme elles au sommet de cette vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

 

E 25212 - Brasseur de bière

 

 

     Comme elles, j'avais aussi été un laborieux. Comme elles, je devins aussi "image vivante", - d'un brasseur, pour ce qui me concerne -, immortalisé un jour dans la pierre calcaire quelque peu sableuse par un artiste de la VIème dynastie ou, au plus tard, du début de la Première Période intermédiaire, aux fins d'assurer à son commanditaire, mon maître en l'occurrence, une pérennité de jarres de bière pour son avenir post-mortem.

 

     Le fort gaillard que je fus ma vie durant au service de ce fonctionnaire aisé, pétrissant, malaxant pour obtenir ce breuvage qu'à l'instar de tout Égyptien d'alors il aimait tant, se vit réduit à une statuette de 13 centimètres de haut, 6 de large et 9,3 de long.

 

 

E 25212

(© Louvre - G. Poncet)

 

     Mon nom fut irrémédiablement oublié ; j'allais devenir E 25212 pour l'éternité !

 

     Il me faut toutefois reconnaître que pour ainsi me représenter, ce sculpteur m'a remarquablement bien observé : à la différence de mes compagnes agenouillées, chaque jour que je dus accomplir ma tâche, je me tenais debout, jambes tendues, le haut du corps penché au-dessus d'une sorte de large jarre légèrement évasée en sa partie supérieure, donnant l'impression que mes avant-bras et mes mains étaient happés de l'intérieur.


     En réalité, je brassais la bière : dans un tamis de vannerie claire posé sur ce grand récipient en terre cuite peinte, je pétrissais grains et dattes, de manière qu'en définitive, ainsi filtré, ce mélange de macération qui produirait la boisson alcoolisée tant attendue puisse tomber au fond, et fermenter.

 

     L'artiste qui réalisa les deux figurines de meunières que vous avez tant admirées dernièrement a, me concernant, adopté la même philosophie de réalisation : seuls à ses yeux, nos gestes, notre position comptèrent pour témoigner de nos activités respectives.

Point il ne crut nécessaire d'affiner les traits de nos visages qu'il préféra plats, schématiques : la couleur ocre rouge dont il peignit le mien et qu'il reporta sur mes jambes lui suffit pour indiquer ma masculinité.

 

     Je précise tout de go qu'à mon époque, cette teinte sombre de ma peau ne recelait aucune connotation négative comme cela sera le cas, par exemple, au Moyen Âge chrétien où, le roux des cheveux, - que je n'avais pas ! - et elles furent le signe appuyé d'une nature mauvaise, voire hors normes sociales.

 

     Me concernant, aucun reproche à m'adresser : j'ai toujours bien accompli les devoirs de ma tâche, j'ai toujours obtempéré aux injonctions de mon maître, je n'ai jamais fait le mal ; bref, cette petite "déclaration d'innocence", je vous l'adresse pour vous notifier que j'ai vécu respectueux de la Maât.

 


     Seuls "détails" de mon faciès auxquels le sculpteur consentit : deux petites cavités rehaussées de noir signifiant mes yeux et un léger ressaut dans la pierre indiquant mon nez. 

 

     La queue de cheval s'éployant dans le dos exceptée, il m'affubla du même type de coiffure que mes consoeurs. Et c'est une ceinture analogue à la leur qu'il dessina pour maintenir mon pagne blanc au niveau de la taille. 


     Pas de fioritures inutiles !  


     J'oubliais : il dota également ma figurine de larges épaules, moins pour m'identifier en tant qu'homme, je présume, - car de mes muscles, de mes omoplates, de ma colonne vertébrale ou du galbe de mon séant, il n'eut cure ! -, que pour tenter de faire comprendre que tous trois, quel que soit notre sexe, étions les parangons notoires d'incessants travailleurs. 

 

     Et pour aviser qu'à l'encontre de celles et ceux qui, aux dynasties précédentes, s'affairaient à même le sol, il nous installa "confortablement" sur un socle quadrangulaire dont il avait arrondi les angles. 

 

     Deux différences néanmoins, dont je ne m'explique pas la raison, mais y en a-t-il une en fait, et serait-elle importante ? : c'est par des lignes noires qu'il sépara mes orteils, alors qu'il avait préféré des rouges pour délimiter ceux de mes compagnes. Pourtant, je ne sache pas que pour les belles de ces temps anciens, la mode préconisât déjà d'arborer des ongles peints ...

 

    Seconde divergence, cette fois par rapport à la majorité de mes confrères brasseurs : il n'a pas cru bon de me représenter les genoux fléchis ! Pourtant, je vous assure que cette position, souvent, nous permettait de minorer le poids de notre corps sur nos avant-bras, pression qui eût fini par ralentir nos mouvements de malaxation.

 

     M'est-il enfin besoin d'à nouveau préciser que nos trois figurines ici rassemblées, différents propriétaires les avaient souhaitées pour les accompagner dans l'Au-delà ?

En effet, et selon les croyances de cette époque révolue, en tant qu'images vivantes de ce que nous avions été ici-bas, nous leur assurions par notre seule présence ce viatique essentiel pour leur survie : le pain et la bière.

 

 

     Au terme de cette lettre ouverte à vous destinée, amis visiteurs d'ÉgyptoMusée, dans laquelle je me suis longuement confié, je n'ai qu'un seul désir - en parfait accord avec l'incipit de Daniel Arasse qui la précédait : vous convaincre que nous tous, tâcherons au quotidien présents dans cette vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, méritons de votre part un regard autre que simplement de passage, un regard autre que résolument indifférent ... ; méritons d'être pour vous l'invisible venu dans la vision ...

 

     Puissé-je y avoir réussi.


     A bientôt,

     E 25212

      

 

(Pastoureau : 2011, 94 ; Vercoutter : 1981, 84-5 ; Ziegler : 1997, 2461-8)

 

 

ADDENDUM

 

     Suite au commentaire que m'a laissé François, ce mardi, je l'ai interrogé sur le bien-fondé de mon propos prêté à ce brasseur concernant sa position au travail.

 

     D'une longue réponse qu'il m'a envoyée par courriel, j'extrais pour vous, amis visiteurs, ce qui me paraît le plus important pour compléter cette discussion.

 

     Tout en remerciant le kinésithérapeute qu'il est d'avoir consacré de son précieux temps pour éclairer notre lanterne, je vous propose à présent de prendre connaissance de ce compendium ... 


 

Voici mon idée concernant la position de la statuette qui me paraît la plus "économique" pour le corps du point de vue mécanique :

Les jambes tendues, genoux en "recurvatum" dans notre jargon, ne nécessitent aucune contraction musculaire pour "tenir" les jambes... 

Bras tendus, pour pétrir, on peut alors utiliser le poids du corps en économisant ainsi les muscles des bras.

C'est simple à percevoir : tu te mets debout face à l'accoudoir d'un fauteuil, et tu tentes de peser le plus fort possible sur ledit accoudoir !!! Bras tendus, c'est le poids du tronc et même du corps tout entier qui entre en jeu, alors que si tu plies les bras, il te faut utiliser tes muscles...

Économie, économie, pour durer !!!

Or les pauvres travailleurs du pétrissage se doivent, s'ils veulent travailler des heures durant, de prendre garde et d'épargner leurs muscles ...

 

     Et comme j'insistai pour comprendre l'assertion que j'avais lue chez Madame Christiane Ziegler dans l'ouvrage référencé ci-avant, indiquant que les statuettes de brasseurs, dans leur grande majorité, nous les montraient les genoux fléchis, François m'envoya un nouveau message privé dont voici la teneur :

 

A priori, il se peut que la flexion des genoux correspondrait plus à un geste de relevage.
Un moment où l'on n'est plus dans la pression mais où l'on soulève ce qui est dans le récipient.

Du moins sur le plan de la physiologie articulaire et musculaire ...
Je ne vois pas d'autre explication !

     Immense merci à toi, cher François, pour ces renseignements de première main.

Repost 0
Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
commenter cet article
26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 00:00

 

       Il n'y a pas de chefs-d'oeuvre, il n'y a que des rencontres.

 

Carole CHOLLET-BUISSON


Une rencontre au soleil du soir 

 

13 octobre 2013

 

 

     Dans le titre de la présente intervention, autorisez-moi ce matin, amis visiteurs, pour vous présenter deux des trois figurines de calcaire qui tant m'émeuvent dans la vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvreun petit dévoiement que d'aucuns jugeront peut-être incongru -, de la célèbre chanson du film "Les Demoiselles de Rochefort" de Jacques Demy. 


     Mi fa sol la mi ré, ré mi fa sol sol sol ré do ...

 

     L'une pourrait s'appeler Solange, l'autre Delphine. Peu me chaut en définitive leur possible gémellité ; me suffit leur sororité pour se donner du coeur à l'ouvrage.  

     Aux antipodes du scénario original, toutes deux seraient cette fois meunières ; après avoir broyé le grain, elles pétriraient toutes deux sept fois la pâte. 

 

     Nous sommes à la VIème dynastieL'Ancien Empire égyptien se meurt dans des querelles intestines. Au fond du petit atelier à l'arrière de la boulangerie, vous vous doutez bien qu'elles l'ignorent. Et quand bien même l'apprendraient-elles, ni le temps ni probablement l'envie leur viendrait de philosopher à son sujet : agenouillées, ployées sur leur tâche, elles doivent s'affairer.

Pour le maître, il est impératif que les pains soient cuits dans peu de temps.

 

     Mi fa sol la mi ré, ré mi fa sol sol sol ré do ...

 

L'une de ces "images vivantes", (E 17238),   

 

 

E 17238

 

 

de 9 centimètres de hauteur, de 10,6 de longueur et de 5,5 de large, nous offre le profil d'une femme assise sur ses talons, - c'est en effet le plus souvent la gent féminine que l'on voit accomplir ce travail -, genoux et pointe des pieds posant sur le socle, le haut du corps fortement penché vers l'avant, et malaxant des deux mains la pâte à pain sur un support visiblement circulaire.

 

     Si le travail du sculpteur se révèle on ne peut plus sommaire - ne prenant même pas soin d'esquisser ne fût-ce qu'un semblant de poitrine pour féminiser le personnage et se contentant d'une masse relativement informelle pour figurer mains et pieds -, il a néanmoins choisi de donner quelques coups de pinceaux pour suggérer, à la peinture noire, collier, bracelets, périscélides, ainsi que la ceinture d'une jupe constituant son seul vêtement ; et, à la rouge, la séparation entre doigts et orteils. Sans plus.

 

     En contournant la figurine pour l'apercevoir de dos, vous distinguerez, entre les épaules assez imposantes, tombant d'une tête bien plus aplatie qu'il ne siérait, des cheveux préalablement resserrés sur la nuque, avant d'ensuite plus largement s'éployer.  

 

     Nonobstant une facture très primaire, très minimaliste de l'ensemble, l'expressivité de cette femme courbée à l'âge indéfinissable, ne peut que nous attendrir, nous troubler, nous apitoyer aussi tant la position générale que lui a donnée l'artiste suggère tout le poids d'une rude, pénible et récurrente activité. Et encore devrais-je tempérer cette dernière assertion eu égard à un notable degré d'évolution des pratiques, si je considère les bas-reliefs d'Ancien Empire permettant de prendre conscience que celles qui les ont précédées dans ce travail de panification ne bénéficiaient pas d'un support surélevé mais pétrissaient à même le sol.   

 

     La devançant dans la vitrine, au centre donc de cette théorie de statuettes de service,     

 

 

E 25212 - E 25213 et E 17238

 

 

une seconde meunière, (E 25213)

 


E 25213

 

 

de 12,5 centimètres de haut, 11,4 de long et 7 de large, occupée comme sa consoeur à manipuler semblable masse oblongue.

 

     Toutefois, l'artiste - vraisemblablement le même qui a sculpté le "modèle" précédent -, a pour l'heure manifestement voulu quelque peu raffiner celui-ci : dans un visage toujours aussi sobrement structuré, il a creusé deux cavités au centre desquelles des rehauts de peinture noire matérialisent les yeux, surmontés par des sourcils également tracés en noir.

 

     La même teinte se trouve en plusieurs endroits d'une chevelure visiblement plus volumineuse que celle de sa consoeur dans la mesure où un bandeau blanc strié de zigzags rouges a été dessiné au-dessus du front pour signifier la nécessité de retenir une masse capillaire susceptible de lui gêner les yeux, voire de tomber sur la pâte qu'elle triture, si j'osais avancer que déjà une certaine hygiène fût prise en considération.

 

     Si la poitrine fait ici aussi défaut, le sculpteur a néanmoins tenu à la marquer par deux légères excroissances, seule concession qu'il accorde à sa féminité.

 

     Cette boulangère porte également des bijoux - collier, bracelets et périscélides - suggérés pas des traits noirs entre lesquels des lignes verticales rouges figurent les perles, ainsi qu'une ceinture pour maintenir sa jupe et un baudrier, tous deux embellis d'un motif en damiers dans lesquels rouge, noir et blanc s'entremêlent.

 

     Sauf à penser que la finalité des parures diffère entre l'antiquité égyptienne et nos temps contemporains ; sauf à penser que ces femmes se devaient d'être vêtues et parées à l'image de l'épouse du défunt qu'elles servaient, de manière à ne pas dénoter, de manière qu'il y eût une certaine harmonie au sein des statuettes féminines enfouies dans la chambre funéraire ou le serdab, personnellement - et sans vouloir être discourtois vis-à-vis de quiconque ou de quelque profession que ce soit -, je m'étonne de la présence de tous ces bijoux portés par les meunières, ne fût-ce qu'au point de vue de leur facilité de mouvements. Ou, pour l'exprimer en d'autres termes, je comprends mal la raison pour laquelle les artistes qui les ont façonnées ont jugé bon de manifester sur leur corps des signes ostentatoires d'une certaine appartenance sociale ... qui n'était d'évidence point la leur.

 

     A moins que ...

 

     L'égyptologue français Jean Vercoutter, celui-là même, souvenez-vous, qui mit au jour cette seconde figurine, écrivait, page 83 de l'ouvrage référencé ci-dessous :


     Celle que l'on pourrait prendre pour une humble servante porte un large collier, des bracelets ...

 

     Poursuivant son commentaire, il estime que bien qu'anépigraphes, elles ne sont nullement anonymes, à l'instar par exemple des porteuses d'offrandes : rappelez-vous celles que nous avions admirées en novembre 2008 à ce même étage, salle 3, dans une vitrine où elles semblaient se diriger vers l'entrée de la chapelle funéraire d'Akhethetep.

 

     Puis, le Professeur Vercoutter d'ajouter :

 

     Il est certain que la catégorie de statuettes rituelles à laquelle appartient notre pétrisseuse a tendance à se transformer et à devenir peut-être ces figurines de personnalité royales du Nouvel Empire représentées anachroniquement semble-t-il en meunier.

 

     Il faut savoir qu'il fait là notamment allusion au petit oushebti (E 2749) du prince Thoutmès, fils d'Amenhotep III et de la reine Tiy, membre éminent du clergé de Ptah, figuré broyant du grain en tant que serviteur et meunier du dieu vénérable, exposé devant nous dans cette même vitrine, à droite, au centre de la deuxième étagère de verre.

 


 Prince-Thoutmes-en-meunier.jpg

 

 

     J'aurai, vous vous en doutez, l'occasion de vous le présenter lors d'un prochain rendez-vous ... en 2014. 

  

     Alors que la dame E 25213 affiche la même gestuelle que celle qui la suit, vous noterez néanmoins, amis visiteurs, la position du visage de chacune d'elles.      

 

     Si, comme je vous l'ai expliqué mardi dernier, nos deux laborieuses furent exhumées au milieu du siècle dernier dans la même nécropole - Kom ed-Dara, en Moyenne-Égypte -, mais toutefois par des archéologues différents et dans des mastabas de divers propriétaires, je pense qu'il n'est pas anodin que les égyptologues qui furent en charge de concevoir cette double vitrine les aient disposées l'une derrière l'autre.

 

- C'est l'évidence même, m'assureront peut-être certains d'entre vous, songeant au thème qu'elles illustrent.

   

     Je ne suis pas aussi certain que vous, pourrais-je leur rétorquer, avant de les inviter à les observer derechef dans le but de prendre conscience de ce détail que, voici un instant, j'ai souligné : l'une a la tête fortement penchée sur son travail quand l'autre la relève ostensiblement.

 

     Le manque de finesse d'exécution ne me permet malheureusement pas de bien détailler des traits de visages aussi schématisés pour déterminer si celle qui est la plus inclinée accuse signes de fatigue passagère ou simplement de vieillesse prématurée et si sa compagne, tête levée, nous fixe de toute l'arrogance de sa jeunesse, quêtant en nos yeux la compassion méritée devant la pose d'un corps qui très probablement se fatiguera bien avant l'âge.

 

     Ce qu'en revanche je sais grâce aux rapports de fouilles lus, c'est que des tombes furent fréquemment mis au jour, parmi les "modèles", ceux de pétrisseuses, formant une paire dont l'une arbore un faciès nettement plus redressé que l'autre.

 

     Bien que la raison de cette distinction récurrente m'échappe encore, il me plaît à imaginer qu'aux fins de matérialiser cette proximité qui était la leur dans le mobilier d'un défunt, ces émouvantes auxiliaires astreintes à des tâches considérées comme subalternes mais pourtant essentielles pour la survie de tous - ici-bas comme dans l'Au-delà -, furent devant nous délibérément associées. 

 

     "Nous sommes deux soeurs jumelles, nées sous le signe" ... du boulot.   


     Mi fa sol la mi ré, ré mi fa sol sol sol ré do ...

 

 

 

(Hill : 1999, 334 ; Moers : 2004, 46Vercoutter : 1981, 83-4 ; Ziegler : 1997, 241-4)

 

Repost 0
Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
commenter cet article
19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 00:00

 

        La beauté, quand elle s'en vient vers nous, ne s'embarrasse jamais de prévenir, c'est à nous d'être prêts, et souvent nous ne savons pas la voir, parce qu'elle n'est pas à la place où nous l'attendions. 

 

Carole CHOLLET-BUISSON

 

Couchant sur pylônes

 

 9 octobre 2013

 

 

     Lors de notre rendez-vous du 5 mai 2009, j'avais eu l'occasion d'énoncer pour vous, amis visiteurs, quelques considérations introductives à propos de ce qu'il est convenu d'appeler, dans le vocabulaire des égyptologues, des "modèles". Autorisez-moi à ne point me répéter et à conseiller à ceux d'entre vous que le sujet pourrait intéresser, de relire cette intervention et, éventuellement, celles qui ont suivi, répertoriées ci-après.   


     En vue d'accroître le corpus des petits monuments que j'avais alors évoqués quelques semaines durant, - les maquettes de scènes de labour, de greniers, les statuettes de bovidés -, je voudrais ce matin partir à la rencontre de trois figurines que vous apercevez de quelque côté que vous vous placiez, posées les unes derrière les autres au sommet du panneau intérieur scindant véritablement en deux parties distinctes la vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.  

 

 

E-25212---E-25213-et-E-17238.jpg

 

 

     Elles entrèrent dans les collections en 1947 pour l'une (E 17238) - la dernière de la rangée -, et en 1951 pour les deux autres (E 25212 et E 25213), suite aux donations accordées par le gouvernement égyptien du roi Farouk en partage des fouilles successivement menées par Raymond Weill de 1946 à 1948 et par Jean Vercoutter en 1950 et 1951 sur le site de Kom ed-Dara, en Moyenne-Égypte, entre habitations et terres cultivées des villageois de l'époque et hautes terrasses du désert libyque.

 

     Là, dans une imposante nécropole, s'alignent notamment des mastabas rectangulaires de briques crues ayant vraisemblablement appartenu à des fonctionnaires subalternes de la VIème dynastie, voire du tout début de la Première Période Intermédiaire (P.P.I.), dans lesquels un puits, - le plus profond atteignait 12,50 mètres -, menait à une chambre sépulcrale voûtée. A l'intérieur, les deux égyptologues qui s'y sont succédé mirent au jour, parmi les pièces d'un mobilier funéraire non négligeable heureusement délaissé par les pillards, les trois domestiques que nous apercevons ici à l'oeuvre.

 

     Un brasseur tout d'abord (E 25212), 

 

 

E-25212---Brasseur-de-biere.jpg

 

 

en calcaire légèrement sableux peint par endroits, exhumé par Jean Vercoutter le 25 janvier 1951 des déblais provenant de la chambre 10 du mastaba III où les voleurs l'avaient jadis abandonné, l'estimant vraisemblablement peu lucratif à emporter.

       

     Derrière lui, une première meunière (E 25213),   

 

 

E-25213---Boulangere.jpg

 

 

sculptée dans le même matériau, présentant également des parties colorées, repérée déjà par Jean Vercoutter quelques jours auparavant, le 31 décembre 1950, devant l'ouverture de la porte de la chambre 2 du même mastaba III, ignorée elle aussi qu'elle fut par les pillards antiques.

 

     Terminant l'ensemble, en troisième position donc, bien qu'étant arrivée au Louvre la première comme en atteste son numéro d'inventaire (E 17238), une seconde meunière

 


E-17238---Boulangere.jpg

 

 

toujours en calcaire sableux mais quant à elle découverte par Raymond Weill dans le fond du puits A du mastaba I.


     Malaxant, pressant, broyant, brassant, inséparables les uns des autres, - vous en regardez un, vous apercevez la silhouette de ses deux partenaires -, immanquablement associés dans leur tâche journalière comme dans leur éternité qui les mena jusqu'à nous, ces trois serviteurs en pleine action, aujourd'hui engrillagés au Louvre - image métaphorique quasiment subliminale de la prison que peut, pour certains, paraître le labeur au quotidien - méritent grandement que nous les prenions en considération.

 

     Comparés à la statuaire de l'Ancien Empire à laquelle nous sommes habitués, ces trois personnages se démarquent par une évidente faiblesse d'exécution dont les égyptologues rendent la situation ambiante responsable, partant du principe, déjà ici souvent invoqué, que l'art égyptien constitue l'image spéculaire de l'histoire du pays. En effet, à une carence de l'autorité royale, à une instabilité politique, à des désordres sociaux correspondait un savoir-faire en régression - ce fut le cas à partir de la VIème dynastie précisément et pendant la P.P.I. qui s'ensuivit -, tandis qu'aux époques de stabilité intérieure réapparaissaient des oeuvres beaucoup plus élaborées, beaucoup plus riches. Ce sera plus tard le cas de celles du Nouvel Empire.

 

     Nonobstant cette indéniable simplification de leur aspect général, il n'en demeure pas moins que la gestuelle de nos trois personnages au travail, aussi "grossièrement" rendue qu'elle apparaisse, est éminemment porteuse d'une lourde signification sociale, nous permettant d'appréhender tout le poids de leur condition de laborieux.     

 

      Ces rondes-bosses se démarquent également par le thème exprimé : vous aurez noté qu'elles ne représentent nullement un défunt, propriétaire de la tombe, mais des gens exécutant une tâche ; domesticité qui, je le rappelle incidemment, fondait aux dynasties précédentes la thématique de très nombreuses scènes gravées en bas-relief et de plus rares qui, comme chez Metchetchi par exemple, étaient peintes sur les parois des chapelles funéraires.

 

     Même si certaines figurines semblables peuvent ici ou là nommément être identifiées - je pense entre autres à une meunière du Musée du Caire, (JE 87818) provenant du mastaba d'un certain Ankhtef, à Gizeh, qui n'immortalise pas une de ses servantes mais bien son épouse en son rôle de maîtresse de maison responsable de l'alimentation familiale -, je précise que nos trois exemplaires n'incarnent en rien une quelconque personne réelle, qu'ils ne présentent aucunement des portraits individualisés : considérez-les en tant que membres anonymes d'une catégorie sociale que l'artiste a côtoyée et à laquelle il a voulu rendre hommage ; considérez-les aussi - et surtout ? -, en tant que figuration d'une action générique dont, par sa seule présence, cette domesticité assurait journellement les produits à un maître, pour son éternité post-mortem ; pain et bière, ici, en l'occurrence.  

 

     Au sein de ce petit monde de meunières et de brasseurs, voulez-vous me retrouver, amis visiteurs, plusieurs semaines encore ?

 

     A mardi ... peut-être.

 

            

(Vercoutter : 1952, 98-107 ; Wildung : 1985 ,14-5 ; Ziegler : 1997, 236-48

Repost 0
Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
commenter cet article
12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 00:00

 

 

      Nous devons (...) haïr profondément l'instruction qui ne stimule pas la vie, le savoir qui paralyse l'activité, les connaissances historiques qui ne sont qu'un luxe coûteux et superflu : parce que nous manquons encore du strict nécessaire, et que le superflu est l'ennemi du nécessaire. Certes, nous avons besoin de l'histoire, mais nous en avons besoin autrement que le flâneur raffiné des jardins du savoir ...

 

 

Friedrich NIETZSCHE

Considérations inactuelles,

II. De l'utilité et des inconvénients de l'histoire pour la vie

 

Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade

p. 499 de mon édition de 2000

 



 

     Conscient d'avoir été très prolixe - trop, peut-être -, lors de notre rencontre de mardi dernier toute gorgée qu'elle était des saveurs empruntées au terroir bourguignon, au point que j'ai constaté, avec bonheur néanmoins, que vos commentaires, amis visiteurs, portaient plus sur cette longue introduction au vin dédiée que sur la véritable finalité de mon intervention, à savoir : un rappel des vitrines déjà rencontrées en cette salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre dans laquelle nous déambulons depuis le 1er septembre 2009 et la présentation de celles encore à découvrir, je me suis promis aujourd'hui de faire preuve d'une concision délibérée.

 

     Les égyptologues concepteurs de la sixième vitrine qui, dans les mois à venir, monopolisera notre attention,

 

Vitrine 6

 

celle qui s'est insinuée jusqu'au centre de la seconde partie de la salle, parallèlement à ses murs nord et sud, ont longitudinalement divisé son espace interne en deux moitiés distinctes.

 

     L'une, qu'à l'envi doit scruter Metchetchi, 

 

 

Vitrine 6 - Côté Nord (SAS)

 

 

est dévolue au pain et à la bière, denrées tellement essentielles en Égypte ancienne que vous les rencontrez sempiternellement énoncées à l'entame des formules d'offrandes funéraires : souvenez-vous par exemple de celle, d'une brièveté remarquable, de Tepemânkh, gravée sous sa table et qui commence par énumérer ce qu'il souhaite pour ses repas d'éternité : mille pains, mille cruches de bière ...


     A quelques pas de nous, ce même Tepemânkh nous observe au moment où nous abordons l'autre côté du meuble vitré qui, immodérément, se bleuit des fenêtres grillagées donnant sur les quais de la Seine : c'est ici la viande, - plus espérée, il faut bien l'admettre, que réellement présente dans l'assiette de l'Égyptien moyen -, ainsi que certains fruits et légumes qui sont évoqués. 

 

 

Vitrine 6 - Côté Seine (SAS)

 

(Grand merci à SAS pour les deux clichés ci-dessus qu'en mars dernier, elle avait eu l'amabilité de prendre à ma demande.)

 

     Sur chacune des deux faces du panneau brun s'élevant au milieu de l'ensemble ont été accrochés deux bas-reliefs que viennent encadrer des étagères de verre afin de recevoir de plus petites mais tout aussi intéressantes pièces.  

 

     Et, à l'avant-plan, à même chaque portion de sol, ont été disposés d'autres monuments illustrant le thème choisi.

 

     Enfin, sur la tablette supérieure de l'élément séparateur, dominant le tout, s'admirant d'où il vous plaira, les unes derrière les autres, trois figurines inviteront à vous récrier sur la pose - et certes pas la pause ! - du corps meurtri par l'astreignant labeur de serviteurs préparant qui le pain, qui la bière, dans la mesure où, comme vous ne l'ignorez pas, la fabrication de ces deux denrées se trouvait intimement associée, la seconde étant en effet réalisée à base de pains d'orge légèrement cuits lors de la confection de la première.

 

     Alléguant la lenteur du rythme auquel nous progressons dans nos déambulations, je ne puis nullement préjuger du moment qui autorisera de nous repaître de ce que conserve si précieusement ce double "garde-manger", sauf à préciser que nous commencerons par l'évocation du pain et de la bière.

   Pour le reste, à nouveau sera de mise la patience que vous avez dû acquérir, amis visiteurs, en m'accompagnant depuis un aussi long temps.

 

     Mais qu'importe l'amble, l'essentiel n'est-il pas de nous délecter de chaque grain de la beauté que les artistes égyptiens instillaient dans leurs oeuvres, quel qu'en soit le sujet, quel qu'en soit le format, quelle qu'en soit la finalité ?


      A l'instar de mes années d'enseignement, mon blog a pour vocation l'éducation populaire. Cela signifie pour moi un véritable engagement militant en vue de partager le savoir, la connaissance, la culture, partant du principe simple qu'au lieu d'être considérés comme des vecteurs de distinction et de domination sociales, ils se doivent d'être, ce savoir, cette connaissance et cette culture, des athanors dans lesquels se préparent l'émancipation des consciences, l'élévation des esprits, l'épanouissement de l'intellect de celles et ceux qui refusent d'être un flâneur raffiné des jardins du savoir que tant décriait Nietzsche.

 

     L'élitisme pour tous : ce bel oxymore, ce noble concept formulé originellement au milieu du siècle dernier par Jean Vilar alors qu'il dirigeait le théâtre d'Avignon, je continue de le faire mien. 


     Aux fins de poursuivre dans cette voie que je me suis jadis tracée et de nous lancer dans une nouvelle quête du Beau qui stimule la vie, je vous invite à me retrouver, amis visiteurs, le 19 novembre prochain.

           

     A mardi ...


Repost 0
Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
commenter cet article

Présentation

  • : EgyptoMusée - Le blog de Richard LEJEUNE
  • EgyptoMusée  -  Le blog de Richard  LEJEUNE
  • : Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
  • Contact

SI VOUS CHERCHEZ ...

Table des Matières (13-12-2012)

 

METCHETCHI

 

OU

 

Sinouhé - Hiéroglyphes

 

SINOUHE

Ou Encore ...

L' INDISPENSABLE



Les dessins au porte-mines

de Jean-Claude VINCENT

EgyptoMusée est membre de

Pages