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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 00:00

 

Un enfant,
Ça vous décroche un rêve
Ça le porte à ses lèvres
Et ça part en chantant
Un enfant,
Avec un peu de chance
Ça entend le silence
Et ça pleure des diamants
Et ça rit à n’en savoir que faire
Et ça pleure en nous voyant pleurer
Ça s’endort de l’or sous les paupières
Et ça dort pour mieux nous faire rêver


Un enfant,
Ça écoute le merle
Qui dépose ses perles
Sur la portée du vent
Un enfant,
C’est le dernier poète
D’un monde qui s’entête
A vouloir devenir grand
Et ça demande si les nuages ont des ailes
Et ça s’inquiète d’une neige tombée
Et ça s’endort, de l’or sous les paupières
Et ça se doute qu’il n’y a plus de fées

 

 

Jacques BREL

L'Enfant

 

(Extrait)


 

Drame Sierre.jpg

 

 

Belges ? Hollandais ?

Suisses ? Luxembourgeois ? Français ? ...

 

Quelle importance ?

 

Ce sont des Enfants ... C'étaient des Enfants ...

 

 

NOS  ENFANTS ...

 

 

Ce vendredi : journée de deuil national ...

 

Et tous les autres vendredis, les autres samedis, les autres dimanches.

Et tous les autres lundis, mardis, mercredis et jeudis : journées de deuil familial ...

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Non classé
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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 00:00

 

     Tiens ses deux cornes ! ...

     Retourne la tête de ce boeuf, dépêche-toi ! ...

     Fais que nous puissions égorger ...

 

Injonctions écrites dans certains mastabas de la VIème dynastie

 

Citées par Pierre MONTET

Les scènes de la vie privée dans les tombeaux égyptiens de l'Ancien Empire

 

Paris, Librairie Istra, 1925

p. 163

 

 

 

    Véritable topos iconographique qu'inévitablement ceux parmi vous qui se sont déjà rendus en terre pharaonique auront remarqué au détour d'une visite de la nécropole de Guizeh, le thème du sacrifice d'un boeuf que j'ai introduit lors de notre dernier rendez-vous devant la vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre faisant d'ailleurs partie de ce que la littérature égyptologique nomme "scène de boucherie", se retrouve sur un des fragments peints (E 25519), de 34 cm de haut pour 27 de long, provenant du mastaba de Metchetchi.

 

  Fragment E 25519 (2009)


 

      Au registre inférieur de ce nouvel éclat exposé seul approximativement au milieu du meuble vitré ici devant nous,

 

Vitrine-4----Gros-plan--SAS-.jpg

 

immédiatement sous la figuration du gavage d'une oie, ne subsiste malheureusement qu'une infime partie de l'ensemble : en effet, visible uniquement jusqu'à mi-corps, un homme maintient levée une des pattes antérieures de l'animal qu'il s'apprête à dépecer grâce à la probable utilisation - nous sommes à l'Ancien Empire - d'une lame de silex incurvée, nommée dès par les textes. 

 

     Bien qu'ici disparu dans la mutilation affectant la partie inférieure du registre, j'indique probable dans la mesure où ce type d'instrument - couteau à soie,  comprenez : dont la partie effilée de la lame se prolonge dans le manche - fut abondamment représenté sur les parois murales d'autres chapelles funéraires et tout aussi abondamment exhumé lors de fouilles archéologiques.

 

     Ainsi, cet exemplaire, exposé au Musée royal de Mariemont (Belgique) et dont je dois le cliché à l'extrême amabilité d'un membre du forum d'égyptologie que tous deux nous fréquentons. (Grand merci à toi, Corinne)

 

 

Couteau à soie - Mariemont (Photo : Corine Smeesters).jpg

 

    Parce que très présent dans le sous-sol, parce que de grande qualité, le silex (dès, en langage vernaculaire) fut largement utilisé dans le quotidien de divers corps de métiers, dont les bouchers, mais également dans des gestes ritualisés d'officiants-sacrificateurs, de souverains ou de divinités s'attaquant aux forces négatives susceptibles d'entraver la bonne marche du pays.

 

     Probablement aurez-vous noté, amis lecteurs, que ce couteau pointu à manche court et le terme silex en tant que matériau portèrent à l'époque exactement le même nom (dès = T 30 de la liste de Gardiner  T31  )  ;  tout comme d'ailleurs, et ce n'est pas un hasard, le même hiéroglyphe  ( T33, T 33), servit tout à la fois pour désigner le boucher et le fusil avec lequel il aiguisait ses instruments.

 

 

      En vous référant - comme souvent je le fais (grand merci Thierry !) -, au programme iconologique et épigraphique du mastaba de Ty remarquablement étudié sur le site OsirisNet, vous pourrez, sans trop conjecturer, comprendre les différentes étapes de l'opération d'abattage du boeuf que pratiquaient ces hommes dans leur atelier.

 

     La scène ci-dessous, dessinée jadis par l'égyptologue français François Daumas d'après l'original figuré au premier registre de la paroi est du second couloir - (que son étroitesse et le manque de lumière empêchent de photographier -), vous permettra non seulement de visionner l'évolution de leurs actions mais aussi, grâce aux séquences hiéroglyphiques des différentes colonnes, de déterminer l'activité précise de chacun, ainsi que de prendre conscience des dialogues ou injonctions qui parfois s'échangent.

 

(Pour la forme, permettez-moi de rappeler qu'au-dessus de chaque personnage, les hiéroglyphes le concernant se lisent de droite à gauche si son visage est tourné vers la droite et de gauche à droite s'il est tourné vers la gauche. Et d'ajouter ce moyen simple pour mémoriser cette "règle" : commencez à lire en vous dirigeant vers la tête des hommes ou des animaux.


 

Ty---Sacrifice-du-boeuf--2--Corridor-2--paroi-est.gif

   

 

      Dans un premier temps donc, il s'agissait d'enserrer ensemble les pattes postérieures au moyen d'un solide lien et de passer un noeud coulant autour de l'antérieure gauche de manière à la soulever quand, de toutes ses forces, un aide s'agrippait à la corde. Déséquilibré sur trois pattes dont deux totalement paralysées, subissant en outre des torsions manuelles au niveau de la queue et des cornes, le boeuf s'affaissait alors et était maintenu entravé, tête renversée sur le sol et gorge à la merci du couteau qui n'avait plus qu'à y pénétrer.

 

     Pendant ces préliminaires, un homme - le premier à l'extrême gauche du croquis ci-dessus - affûte son instrument de découpe avec la pierre attachée à sa ceinture. C'est ce qu'indiquent les hiéroglyphes le surmontant (n° 8) : Aiguiser le couteau par le boucher

 

     Dans un second temps, assuré que ses aides avaient tout mis en oeuvre pour que l'animal soit dans l'impossibilité de réagir d'une quelconque manière, le boucher enfonçait donc son couteau dans la gorge offerte d'où giclait le sang qu'un acolyte recueillait et emportait dans un récipient.

Non représenté ici, nous avons, rappelez-vous, précédemment rencontré ce porteur de vase chez Metchetchi.

 

     En n° 9, le texte nous explique : Dépeçage d'un jeune boeuf par les bouchers du domaine.

 

     Ensuite, insérant la lame entre les os, il sectionnait la patte restée libre d'entraves - l'antérieure droite, en l'occurrence -, maintenue à la verticale par un de ses compagnons. (Dépecer un jeune boeuf par le boucher, nous indique le n° 12.)

 

     Par probité intellectuelle, je me dois - malheureusement - d'introduire ici une notion qui en attristera plus d'un parmi vous : selon certains égyptologues qui ont analysé cette scène, l'ordre dans lequel je viens de vous présenter le début des opérations serait tout autre.

 

     ... il est probable que le khepech qu'on doit offrir au mort était parfois coupé sur l'animal vivant. Sans doute la viande était-elle considérée comme meilleure ..., écrit notamment l'égyptologue français Jacques Vandier dans son étude sur le sujet.

 

     "Cabochiens" avant la lettre, nos sacrificateurs égyptiens auraient donc coupé la patte antérieure droite avant d'occire la victime !

 

     A l'appui de cette terrible suspicion, le fait que le boeuf soit entravé. Car quel besoin d'ainsi le ligoter, argumente-t-il, si on lui avait préalablement tranché la gorge ?

 

     Sans toutefois qu'il soit ici question d'une symbolique liturgique, mythologique ou astrale telle que nous l'avons rencontrée à propos du sacrifice de l'oryx mis en rapport avec l'acte séthien d'attenter à l'intégrité de l'oeil d'Horus, tel que je l'ai expliqué dernièrement, cette ablation, premier acte du repas d'un défunt, parce qu'indubitablement codifiée, ressortissait à l'évidence au domaine du rite : aussi, dans certaines tombes voit-on des prêtres-lecteurs réciter les formules rituelles  sur la bête sacrifiée. Et dans d'autres, il semblerait que soit vérifiée la pureté de l'animal. 

 

      Venait aussi l'instant de retirer le coeur de la poitrine : Arracher le coeur par le boucher, lit-on au n° 10 et de le déposer dans un récipient. Et les mêmes exégètes d'affirmer qu'ici encore, ce geste pouvait être exécuté du vivant de la bête à immoler.


     Le sacrifice du bovidé, aussi ritualisé soit-il, participe pleinement de la volonté de matériellement permettre au propriétaire de la tombe de bénéficier de la pérennité de sa subsistance dans l'Au-delà. Raison pour laquelle deux serviteurs du ka quittent l'abattoir emportant chacun la patte antérieure prélevée sur les animaux mis à mort. Les textes définissent alors l'action générale elle-même (n° 17) : Apporter ..., et la spécificité de l'offrande :

 

-  n° 14 : ... la découpe - entendez les morceaux de choix - à l'ami unique, Ty ;

-  n° 15 : ... la nourriture du matin, par le prêtre funéraire du mois ;

-  n° 16 : ... la nourriture du soir, par le prêtre funéraire du mois.

 

     Il est aussi important de savoir que quand procession de ces serviteurs  il y avait, ceux présentant le khepech marchaient en tête : généralement, ils étaient membres de la famille du défunt.


      Cette patte précise constituait indubitablement l'offrande la plus estimée, la plus souhaitée par les Égyptiens pour leur repas funéraire : ainsi, dans la liste des vivres que décline le "menu" souvent peint ou gravé dans les mastabas, - la "pancarte", comme la nomment aussi certains linguistes -, ce morceau de choix, est mentionné avant tout autre.  

  

    Les premières opérations rituellement menées à bien, essentielles et éminemment symboliques quant à leur ordre d'éxécution, vous l'aurez compris, il revenait aux bouchers le soin de poursuivre la découpe du boeuf telle qu'ils l'entendaient, plus aucun geste prioritaire ne leur étant alors imposé : fendre la peau, séparer les chairs, extraire boyaux et viscères, lever les filets, trancher les pattes postérieures à hauteur de la jointure du tibia et du fémur, débiter cuisses, jarrets, côtes et côtelettes, enlever tête, foie, reins ...


     Retenait ainsi leur attention tout ce qui était consommable, partant, susceptible de figurer sur la table des victuailles offertes au défunt où attendaient déjà pains, fruits, légumes, volailles, jarres de bière ou de vin ; en un mot comme en mille, tout ce qui lui assurerait la pérennité de sa subsistance post mortem.

 

     Quant à certaines parties de l'animal qui ne lui étaient point proposées, elles revenaient directement aux sacrificateurs ritualistes et à leurs aides : c'était, par exemple, le cas de la peau-meseka que se partageaient officiants mais aussi divers artisans ...

 

 

      


(Jean : 1999, 34-6 ; Midant-Reynes : 1980, 40-3 ; Montet : 1910, 41-65 ; ID. 1925, 161 sqq. ; Vandier : 1969, 128-85)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 00:00

   

     Avant d'envisager avec vous, amis lecteurs, la représentation dans un futur proche de l'apport de produits spécifiques ne ressortissant plus au domaine de la nourriture, j'aimerais aujourd'hui, devant la vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre exposant une quarantaine de fragments peints provenant du mastaba de Metchetchi,  poursuivre l'évocation d'offrandes au défunt semblables à celles que nous avons rencontrées, le 28 février dernier, évoluant toujours vers la droite ; c'est-à-dire, souvenez-vous, faisant partie des registres du mur sud de la pièce. 

 

     Permettez-moi de simplement rappeler que cette convention quant à la direction empruntée par ces défilés de serviteurs du ka était tributaire du fait que, sur le mur du fond, à l'ouest donc, c'est-à-dire là où se situait l'empire des morts, étaient gravées les stèles fausses-portes au pied desquelles certains membres de la famille se devaient de déposer les offrandes alimentaires sur une pierre destinée à cet effet.

 

     Et dans le droit fil de ce rendez-vous que nous eûmes le 3 mars pour expliquer les différentes manières de sacrifier un oryx, j'escompte, dans un premier temps, évoquer ce nouvel éclat de 15 cm de hauteur et 23 de long, (E 25535), malheureusement fort endommagé, dont nous devons le cliché à l'excellence de SAS, (Merci Madame),

 

 

47.-Fragment-E-25535--SAS-.jpg

 

 

et qui, manifestement, devrait éveiller en vous quelques souvenirs, récents ou plus anciens.

 

     Si d'une main, cet homme agrippe deux ou trois canards, c'est surtout de ce qu'il tient de l'autre qu'il m'intéressera dès ce matin de vous entretenir : vous distinguerez en effet qu'il porte une patte de boeuf.

Comme celle, rappelez-vous, qu'un peu plus avant dans cette même vitrine, nous avions entraperçue chez un autre serviteur se dirigeant quant à lui vers la gauche, précédant son collègue portant un vase de sang. 

 

 

Fragments E 25530 et E 25536 (2009)

 

 

     Comme aussi, en la précédente salle 4, dans la chapelle funéraire du mastaba d'Akhethetep que nous avions visitée en octobre 2008.


 

Akhethetep.jpg


 

     Ce geste d'emporter le khepechpièce de choix, selon ce qu'affirment les textes, faisait partie intégrante d'une thématique iconographique récurrente au niveau des reliefs et des peintures funéraires : nous en avions vu un autre exemple en décembre 2008 dans la chapelle d'Ounsou, toujours en salle 4, au registre supérieur du fragment (N 1393) :

 

 

N-1393.jpg

 

 

il s'agit de ce que les égyptologues ont pris l'habitude de nommer scène de boucherie.

 

     Même si, à plusieurs reprises, les animaux vivant en hordes sauvages aux marges du désert firent l'objet de sacrifices - je pense à la gazelle, à l'antilope et surtout à l'oryx -, force est de reconnaître que, pour la plus grande majorité de ces figurations, ce fut celui du boeuf - animal apparemment le plus consommé par les classes aisées de la société -, que les artistes égyptiens nous donnèrent à voir.

 

     Semblables représentations, il faut le savoir, générèrent naguère cette antienne que tant je décrie : l'art égyptien ne serait qu'accumulation de poncifs. Que triste monotonie. Qu'insupportable tautologie !

 

     Faisons fi, une fois pour toutes, de ces exaspérants clichés dans le chef de certains critiques et abordons sans plus tarder le sujet précis pour lequel j'ai souhaité la petite introduction d'aujourd'hui.


     Mon propos, vous le constaterez, ne portera pas sur les différentes races de bovidés que connut l'Égypte dans la mesure où, en mai 2009 déjà, je vous en avais succinctement proposé une nomenclature - qu'il serait peut-être intéressant de vous remettre en mémoire. Aussi, me contenterai-je de simplement signaler que, le plus souvent, ce fut le boeuf ioua, engraissé en étables pour la circonstance, qui eut l'honneur de cet abattage frappé au coin du rituel ; le nega, boeuf des prairies, plus farouche, plus maigre aussi - ceci pouvant expliquer cela -, fut quant à lui bien plus rarement choisi. 

 

     Après de nombreuses années, les égyptologues ne se sont toujours pas accordés pour déterminer avec certitude si ces scènes de dépeçage rendent compte de ce qui se passait couramment dans les domaines d'un Ty, d'un Mererouka, d'un Metchetchi ou s'il s'agit d'un sacrifice ponctuel, c'est-à-dire effectué lors de l'enterrement du maître, voire à une quelconque date anniversaire commémorant son souvenir.

 

     Quoi qu'il en soit, leur récurrence au bas des parois des chapelles funéraires, l'abondance des détails qui les distinguent les unes des autres, tous ces signes prouvant l'importance qui leur était accordée appellent d'évidence quelques approfondissements bienvenus.

 

     Raison pour laquelle, amis lecteurs, il m'agréerait que nous nous revoyions ici le13 mars prochain.

 

     A mardi donc, pour autant qu'à nouveau l'évocation de sacrifices sanglants ne vous rebute pas trop ...     

 

 

 

(Vandier : 1969, 128-85 ; Ziegler : 1990, 134)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 00:00

 

     Je t'apporte l'oryx abattu à la Place d'exécution. L'ennemi de l'oeil est sous ton couteau, tu le vois massacré et tu te réjouis de son anéantissement.

 

 

Discours du roi à Horus

Inscription au temple d'Edfou

 

 

dans Philippe DERCHAIN

  Le sacrifice de l'oryx

 

Rites égyptiens I

Bruxelles, F.E.R.E., 1962

p. 44

 

 

 

 

     A maintes reprises dans mes interventions, j'ai déjà insisté, amis lecteurs, sur l'ambiguë dualité des rapports des Égyptiens avec les animaux : les adorant quand il s'agissait de voir en eux un compagnon, un dieu ou le gibier apprécié de leurs papilles gustatives, les abhorrant quand ils leur attribuaient des pouvoirs maléfiques. Ainsi en fut-il par exemple de l'oie du Nil et du canard, mais aussi de l'antilope et de l'oryx.


 

     Considéré comme le réceptacle des forces du mal, ce dernier, lourd de significations mythologiques, se devait d'être annihilé pour permettre au défunt de jouir pleinement de sa vie post mortem, si la scène était représentée dans une tombe, pour contrecarrer ce qui risquait de menacer l'ordre, partant, la bonne marche de la société, si elle était gravée sur les parois d'un temple. 

 

     Le notable harponnant le poisson et celui lançant son bâton de jet aperçus au sein des tableaux de chasse et de pêche dans les marais nilotiques, n'avaient, souvenez-vous, nulle autre raison d'être : il s'agissait pour eux aussi de tout tenter afin que soient mises hors d'état de nuire les puissances mauvaises susceptibles d'entraver le déroulement harmonieux de sa vie dans l'Au-delà.

 

     Nonobstant, il vous faut rester conscients que tout animal sacrifié parce que censé héberger des forces négatives qu'il demeure primordial de contrer, servait encore par la suite à la nourriture du dieu présidant à la destinée d'un temple. Et de ce fait, considérer que quelles que soient ses interprétations, au rituel du sacrifice de l'oryx sont indissolublement associées des raisons alimentaires. 

 

     Mais qu'avait-elle donc bien pu faire, cette si élégante gazelle blanche, vous interrogiez-vous au terme de notre dernier entretien, pour subir un sort aussi peu amène ?


 

Fragment E 25512 (1er personnage) (2011)

 

     Depuis le 14 février date à laquelle nous avons pour la toute première fois admiré l'élégance des traits d'un oryx sur un des fragments peints du mastaba de Metchetchi, ici, dans la vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, j'ai tenu à préciser pour vous, le mardi immédiatement après le congé de carnaval, les raisons de sa présence dans l'iconologie de l'offrande puis, samedi dernier, les différentes méthodes utilisées par les officiants ritualistes pour l'occire.

 

     Indépendamment d'une raison cynégétique évidente depuis les temps préhistoriques - piéger puis tuer pour se nourrir de l'animal que l'on avait pris soin de préalablement faire défiler devant le défunt -, maints temples d'époque gréco-romaine font état d'un sacrifice ritualisé à connotation franchement mythologique pour le punir d'un acte dont il était accusé. Ainsi, sur la façade est du temple d'Esna :


 

Esna---Sacrifice-oryx---Facade-Est.JPG

      En effet, tout comme le porc de la première vitrine de cette même salle que j'avais naguère également évoqué, il vint un temps à partir duquel il fut, malheureusement pour lui, identifié à Seth, le dieu fratricide, le meurtrier d'Osiris, celui qui un jour ravit l'oeil lunaire d'Horus !

 

     Contrairement à ce qu'avancent maints collègues, l'égyptologue belge d'origine verviétoise Philippe Derchain, s'appuyant essentiellement sur les textes pariétaux des temples d'Edfou et de Denderah, mais aussi de Philae, affirme que ce n'est que tardivement que certains mythes assimilèrent l'oryx à ce dieu hostile.

Mais sûrement pas à l'Ancien Empire, sûrement pas à l'époque de Metchetchi ...

 

     De sorte qu'à la différence du cochon noir, on ne peut décemment imputer à l'aristocratique animal l'origine des souffrances oculaires infligées à Horus. Partant, on ne peut lui attribuer la bien grande responsabilité d'avoir mis en péril l'ordre cosmique jadis institué par les dieux.

 

     Nonobstant, il est pourtant certain qu'on le sacrifia déjà rituellement à l'Ancien Empire : certains passages des Textes des Pyramides en attestent, notamment le 138 c et le 1826 b.

Mais alors, quelle en fut la raison ?

 

     J'ai tué l'oryx avec mon couteau, pour que son corps soit transformé en vêtement pour toi tandis qu'ils fabriquent la barque de Sokaris, peut-on lire dans le temple d'Edfou.

 

     Assertion intéressante qui nous éclaire sur deux points : dès les temps les plus anciens, ce sacrifice codifié  permettait de bénéficier de sa peau et de consacrer l'animal à Sokaris.

 

     Pour ce qui concerne l'utilisation de son cuir au niveau vestimentaire, je pense obvies les raisons et de ce fait n'avoir nul besoin de m'étendre davantage. En revanche, l'allusion à une liturgie inhérente à l'élaboration d'embarcations sacrées mérite que j'y consacre un court instant.

 

     Que la confection d'une barque henou pour Sokaris - dieu des morts à Memphis, à tout le moins avant qu'Osiris l'eût remplacé dans cette fonction -, nécessitât un cérémonial précis au cours duquel l'oryx était décapité aux fins de récupérer sa tête et d'en orner la proue de la barge divine ne fait plus aucun doute.

Usage qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler la tête d'un boeuf qui, à partir du Nouvel Empire toutefois, connut une destination identique pour l'esquif de la même divinité.

 

     Quoi qu'il en soit, même si ne s'explique guère la présence de ce trophée de chasse en guise d'étrave, le rite du sacrifice de l'oryx, les textes le prouvent, fut un de ceux auxquels les rois égyptiens s'adonnèrent en vue d'honorer un de leurs dieux.

 

     Plus tard, au Nouvel Empire, apparemment dès le règne d'Amenhotep III comme je vous l'indiquai déjà samedi dernier, puis, surtout à Basse Epoque, l'iconographie des temples tardifs voulut dénoncer l'acte séthien de destruction de l'oeil lunaire d'Horus : il fallait donc obligatoirement écarter tout ennemi de la lune.

 

     Raison pour laquelle, dans le seul but cette fois de protéger l'autre oeil d'une éventuelle agression, rencontrerez-vous souvent proche de la scène de l'abattage de l'oryx, une seconde, pratiquement semblable, qui décrit l'acte d'immoler ce que notre esprit cartésien considère comme une bien inoffensive tortue, en rapport elle, avec l'oeil solaire du même Horus.

 

     A nouveau, sur la façade est du temple d'Esna :

 

Esna---Sacrifice-tortue---Facade-est.JPG

     


    Pour les Égyptiens, ces gestes rituels fondamentalement apotropaïques permettaient de s'assurer  le parfait fonctionnement des deux astres !

 

     (Immense merci à Martine, conceptrice du blog djeserdjeserou et par ailleurs Présidente de l'Association Papyrus de Lille, de m'avoir permis avec grande aménité d'exporter les deux clichés ci-avant qu'elle a réalisés au temple d'Esna.)

 

 

     Concluons maintenant, voulez-vous, et faisons pour l'occasion preuve d'un nécessaire esprit de synthèse - chassez le naturel de l'Enseignant et il revient au galop ... d'un oryx !

 

     Dès l'époque préhistorique, prédynastique, l'animal, comme tant d'autres vivant aux confins désertiques de l'Égypte, fut piégé, capturé, maintenu un temps en captivité, domestiqué, engraissé au besoin puis finalement sacrifié, prisé qu'il était pour sa chair et son cuir.

 

     A l'Ancien Empire, à tout le moins dès la VIème dynastie puisque les premiers Textes des Pyramides en font état, son sacrifice devint l'objet d'un premier rituel : sa tête devait, pour une raison que l'on ignore encore, orner la proue de la barque du dieu Sokaris.

 

     Par la suite, au Nouvel Empire assurément, mais peut-être un peu avant, il fut assimilé au malveillant Seth et ainsi accusé d'avoir attenté à l'oeil d'Horus, mettant de ce fait l'équilibre du pays en danger. Dès lors, et jusqu'aux époques grecque et romaine, l'oryx fut sacrifié par le souverain non plus pour une raison liturgique mais dans le cadre d'un rite astral. C'est ce que nous démontrent à l'envi scènes et textes gravés dans des temples ptolémaïques comme ceux d'Edfou, de Denderah et de Philae ...  

 

 

(Derchain : 1962, passim)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 00:00

 

     L'ennemi de l'oeil est massacré devant toi, et je répands son sang à terre.

 

Inscription du temple d'Edfou

 

dans Philippe DERCHAIN

 

  Le sacrifice de l'oryx

Rites égyptiens I

Bruxelles, F.E.R.E., 1962

p. 40

 

 

 

     Ce mardi, dans le cadre de notre conversation à propos des animaux du désert proposés en guise d'offrande à Metchetchi, peints sur quelques-uns des quarante-trois fragments que nous ne cessons d'admirer dans la vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, j'ai évoqué pour vous la raison essentielle de leur capture apparue dès les prémices de la civilisation des rives du Nil, à savoir : le primordial besoin de nourriture.

 

     Si nous délaissions un instant le mastaba de ce haut-fonctionnaire du temps d'Ounas, dernier souverain de la Vème dynastie, nous constaterions qu'à plus grande échelle, cette nécessité atavique se traduit également sur les parois de l'un ou l'autre temple qu'il vous a peut-être été donné de déjà visiter. Ainsi celui de Ramsès II en Abydos.


 

Oryx-et-gibier---Offrandes--Abydos-Temple-Sethi-Ier---Kair.jpg

 

 

     En effet, sur le côté nord-ouest du mur sud du portique s'ouvre une chapelle dédiée à Osiris - définie par la lettre H sur les plans dressés par les égyptologues qui ont scientifiquement exploré les lieux -, dans laquelle une scène gravée en relief dans le creux, puis peinte, nous montre le souverain honorant la déesse Hathor. Et devant lui, près du meuble supportant un monceau de vivres, ont été rangées différentes pièces animales, - dont au moins un oryx -, le plus souvent ligotées quand ce n'est pas, pour les dernières, bizarrement étêtées.

 

     Il est donc incontestable que le défilé devant un défunt d'oryx vivants, parmi d'autres congénères d'ailleurs, comme nous l'avons vu en début de semaine chez Metchetchi, puis leur immolation, ressortissaient essentiellement au domaine de l'offrande alimentaire.

 

     Quant au sens rituel que ce geste meurtrier acquit à partir du Nouvel Empire - apparemment pour la première fois dans le temple d'Amenhotep III, à Louxor -, il relève d'une symbolique religieuse bien particulière dans laquelle certains textes funéraires le cantonnent et qu'il m'agréera de vous expliquer lors d'une prochaine rencontre. 

 

     Car pour l'heure, - le hasard du calendrier et non une volonté délibérée d'entamer par de cruelles pratiques ce mois dédié jadis à la guerre par les Romains, partant, à la violence -, c'est des méthodes d'abattage que je voudrais vous entretenir en répondant à une question simple : comment l'animal fut-il sacrifié ?

 

 

     Pour une première approche, c'est-à-nouveau dans la tombe de Ty, remarquablement étudiée par Thierry Benderitter sur son site OsirisNet que je vous convie de m'accompagner, notamment devant la partie droite du deuxième registre de la paroi sud de sa chapelle funéraire.

 

 

Mastaba de Ty - Chapelle - Sacrifice animaux du désert

 

     Apparaissent là bouquetins et oryx renversés et maintenus au sol, pattes postérieures entravées de manière que les bouchers et leurs aides puissent les saigner en leur tranchant le cou avec un couteau de silex, avant de s'affairer à les dépecer. Et, comme souvent dans ce type de scène, ne nous sont épargnées ni l'extraction du coeur en plongeant la main dans la poitrine ni la découpe de la patte antérieure droite, le khépech, considérée comme morceau de choix.

     S'ensuivra l'ablation complète de la tête qui, à l'instar de celle du veau, constituait un mets apprécié.

 

     Pour ceux d'entre vous qui lisent couramment l'écriture hiéroglyphique ou d'autres que ces signes intrigueraient, le site OsirisNet - (Merci Thierry !) - donne à voir une reconstitution au trait, assortie d'une traduction.


 

Mastaba-de-Ty---Mur-sud-de-la-chapelle.jpg

 

     Le numéro 1 est attribué à l'idéogramme personnifiant le boucher : il s'agit en réalité du même dessin que celui qui identifie la pierre à aiguiser munie d'une boucle permettant sa fixation à la ceinture du pagne ; le 6, concerne le serviteur du Ka quittant l'abattoir, la patte antérieure droite sur l'épaule ; les 8 et 11, l'action de dépecer l'oryx par le boucher ... 

 

     Entre les deux, vous aurez remarqué un personnage semblable à celui déjà rencontré chez Metchetchi : un serviteur portant un vase contenant le sang recueilli ...

 

    Par la suite, ce sacrifice deviendra un rite qui se déclinera selon trois méthodes bien distinctes qu'a relevées l'égyptologue belge d'origine verviétoise Philippe Derchain : les deux premières, essentiellement "décrites" dans les temples d'Edfou et de Denderah, la dernière dans celui de Philae.

 

     Alors que, nous venons de le voir, dans les mastabas d'Ancien Empire, le boucher se faisait aider par l'un ou l'autre apprenti, quand l'abattage de l'oryx devint un rite officiel se dégageant des contingences alimentaires, un seul "sacrificateur" égorgeait puis décapitait l'animal en le maîtrisant par les cornes sur un autel ou une table, de manière à le contraindre à avoir la tête en arrière.

 

     Une autre technique réquérait un être doté d'une vigueur exceptionnelle dans la mesure où, sans trembler, cet homme soulevait sa victime en lui agrippant les cornes de la main gauche, l'obligeant à rester en équilibre sur ses pattes postérieures, quasiment à la verticale, puis, de sa main libre, lui enfonçait le couteau sacrificateur dans le corps.

 

     Au registre supérieur de la paroi nord de la salle dite "de la naissance" dans son temple de Louxor, ce procédé est prêté à l'époux de la reine Tiy, le très sthénique Amenhotep III réputé avoir rapporté quelque 102 lions, évidemment terrifiants - (voire même 110, selon d'autres sources "officielles" fleurant bon la propagande) - qu'il aurait ainsi occis de ses propres flèches dans la force de l'âge des 10 premières années de son règne.

 

     Quant à la troisième des méthodes auxquelles l'iconographie égyptienne fait allusion, c'est donc à Philae que vous pourrez la trouver, notamment sur le second pylone du temple d'Isis : le roi Ptolémée XII Neos Dionysos y terrasse d'un magistral coup de lance transperçant le dos un oryx couché par terre.

 

      Dans ces trois cas de figure, le sang se devait d'être copieusement répandu sur le sol aux fins d'assurer le bon respect du cérémonial. 

 

     Mais qu'avait-elle donc bien pu faire, cette si belle gazelle blanche, pour mériter un sort aussi peu enviable ?

 

     Autorisez-moi, amis lecteurs, à développer ce point lors d'un nouvel entretien que je vous fixe le 6 mars prochain. 

      

     A mardi ?

 

 

 

(Derchain : 1962, passim ; Montet : 1925, 158

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 00:00

 

     Et Râ dit à Horus : "Laisse-moi voir ton oeil, après ce qui lui est arrivé". Et il l'examina, et lui dit : "Regarde ce trait, mais en couvrant de ta main l'oeil sain". Et Horus regarda ce trait et dit : "je le vois blanc, blanc".

     C'est ainsi que fut créé l'oryx.

 

Textes des Sarcophages, II, 336-338

 

dans Philippe DERCHAIN

  Le sacrifice de l'oryx

 

Rites égyptiens I

Bruxelles, F.E.R.E., 1962

p. 29

 

 

 

 

      Parmi les quarante-trois fragments peints qui composent l'échantillon du programme iconographique du mastaba de Metchetchi proposés dans la vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre que, depuis le 31 janvier, nous découvrons dans le cadre de notre approche des porteurs d'offrandes, il en est un d'une finesse de traits qui, chaque fois que je le regarde, a grand pouvoir de me séduire :

 

  Fragment E 25512 (2011)

 

 

il s'agit de celui (E 25512) de 32 cm de haut pour 48 de long figurant des serviteurs maintenant par leurs cornes quelques animaux du désert, deux oryx de part et d'autre d'une gazelle.

 

     Permettez-moi, amis lecteurs, une petite parenthèse aux fins d'attirer votre attention sur deux points que les plus fidèles d'entre vous, forts de précédentes interventions, auront déjà remarqués : le carroyage préparatoire au dessin, bien visible ici ; et la preuve, une fois encore, que même dans le cadre de consignes inhérentes à certaines règles de l'art égyptien, des artistes s'autorisèrent - en réalité, bien plus souvent qu'on l'imagine ! - l'une ou l'autre fantaisie : il en est ainsi de ce petit défilé dont la monotonie, qui une fois encore eût pu paraître gênante à d'aucuns, a été élégamment brisée grâce, d'une part, à la fine gazelle grise qui n'a manifestement nulle envie d'avancer dans la même direction que ses compagnons d'infortune et, d'autre part, aux gestes du personnage central qui, tout naturellement, prend garde aux animaux sous sa responsabilité mais aussi à celui, plus récalcitrant, de son collègue.

 

     Maintenant, autorisez-moi cette question : avez-vous été sensibles à un détail particulier ?

Au niveau des bêtes elles-mêmes ...

 

     Non ? Regardez-les bien une nouvelle fois, cela me paraît pourtant flagrant ... 

     Oui ! Vous avez raison, Madame : toutes portent un collier autour du cou. Sauf l'insoumise !

Toutes, vraisemblablement, sont en captivité, voire domestiquées. Sauf l'insoumise !

Toutes respectent donc naturellement l'ordre intimé. Sauf l'insoumise !

 

     Et si, pour "s'excuser" d'avoir osé semblable digression scénique, ce scribe des contours s'était prudemment retranché derrière le détail de l'absence du collier chez l'adorable antilope grise ? Ainsi, plus aucune suspicion d'avoir délibérement transgressé les codes imposés ne pèserait sur lui ; plus aucun reproche ne pourrait dès lors lui être adressé : il n'aurait jamais fait état que d'une logique animalière entre les uns, habitués à obéir et l'autre, gambadant au gré de son humeur.

Habile, non ?

Très habile, même ...

 

 

     Parce qu'ils évoluent cette fois vers la droite, il appert que ces serviteurs faisaient partie de tableaux peints sur le mur sud de la chambre dont ils ont un jour du siècle dernier été arrachés ; parce que le présent fragment se termine par un bandeau rouge entre deux épaisses lignes noires, il appert encore qu'il constituait le bord inférieur du registre de soubassement ; et parce que le Conservateur en charge de l'agencement de ces pièces a placé celle-ci immédiatement après le petit éclat (E 25513), quant à lui nettement bien moins conservé puisque n'y subsistent que mollet et chevilles du conducteur et l'extrémité des pattes graciles des mammifères convoyés,

 

 

50. Fragment E 25513 (SAS)

 

 

 

et précédant un autre (E 25524)

 

 

Fragment E 25524 (2011)

 

 

sur lequel apparaît, en taille héroïque, la jambe du propriétaire de la tombe devant laquelle se tient Ihy, un de ses fils, il appert enfin que ces hommes conduisaient ce cheptel particulier en guise d'offrandes à Metchetchi.

 

 

      Les trois morceaux assemblés côte à côte,

  

49. Fragments E 25513 - E 25512 - E 25524 (SAS)

  sont exposés à l'extrémité de la partie droite du long meuble vitré ici devant nous.


 

Gros plan (SAS)

 

     (Mes remerciements les plus appuyés à  SAS pour avoir à mon intention effectué un nombre considérable de clichés de ces éclats ; ceux signés de ma main évidemment exceptés.)

 

 

     Lors de notre rendez-vous du mardi 14 février dernier, admirant de conserve l'aristocratique beauté d'un ruminant semblable sur cet autre fragment (E 25514 ), j'avais terminé notre conversation en vous promettant, amis lecteurs, de nous retrouver après la semaine du congé de carnaval dans le but d'être plus disert concernant l'un d'entre eux : l'oryx.

 

     A nouveau les plus fervents d'entre vous se souviendront certainement qu'en juillet 2010 déjà, en nous attardant dans cette même salle devant le grand mur central immédiatement derrière nous, nous avions longuement porté nos regards sur une cuillère à offrandes (E 3678) datant de la XVIIIème dynastie. 

 

 

E 3 678.jpg

 

 

     Retournons-nous un court instant, voulez-vous, pour la redécouvrir et ainsi constater que la pièce, mesurant 12,9 cm de long et 5,5 de large, figure précisément un oryx couché, probablement ligoté comme souvent c'est le cas dans l'art égyptien, dont les pattes ont malheureusement disparu dans la cassure et dont seul le haut de la cuisse est resté intact. Ses longues cornes parallèlement incurvées dans le prolongement du museau, touchant le dos de leurs extrémités, poursuivent de la sorte et terminent même, avec la queue, la courbe gracieuse imprimée par l'artiste à l'ensemble de sa composition.

 

     S'il nous faut ici concevoir la représentation d'un animal capturé, c'est simplement parce que bouquetins, ibex et autres bubales des confins désertiques de l'Égypte constituèrent eux aussi aux temps les plus anciens un gibier recherché qu'il devint intéressant non seulement de chasser mais également d'engraisser pour bénéficier d'un apport non négligeable quand, d'aventure, une battue n'offrait pas le butin initialement escompté.


 

     Souvent associé à la gazelle mais aussi à l'antilope, alors qu'il ne fait pas véritablement partie de la famille de cette dernière, l'oryx fut donc, dès l'époque archaïque, prisé à la Cour ainsi qu'au sein des classes privilégiées en tant que ressource alimentaire de premier ordre tout à la fois pour les repas ici-bas mais également pour ceux de l'Au-delà, de manière à, comme le précisent les textes, nourrir le ka du défunt. 

 

     C'est évidemment sous cet angle particulier qu'il nous faut considérer nos deux serviteurs menant troupeau à Metchetchi. 

 

     Mais peut-être aussi sous un autre. En effet, vous n'ignorez plus, vous qui me suivez depuis tant d'années, que maints détails gravés ou peints sur les parois des tombes font référence à la régénération du défunt, à la reconstruction de son intégrité corporelle pour l'éternité.

 

     Et à ce propos, être conscients que ces animaux furent très souvent associés à Anoukis, la déesse d'Assouan, à laquelle il n'était point rare d'attribuer les mêmes fonctionnalités que celles d'Hathor, à savoir : présider à la naissance et à la renaissance en favorisant la sexualité post mortem du défunt dans un but de fertilité.

 

     Dès lors, en plus de la raison alimentaire évidente, leur présence dans l'iconologie des tombeaux pourrait très bien se concevoir dans cet esprit d'apporter certitude au propriétaire de recouvrer toutes les capacités physiques qui furent siennes ici-bas.

 

     Mais quel fut donc le funeste sort de ces agiles herbivores ?

 

     Le même apparemment, si j'en crois les représentations qui se sucèdent dans les mastabas d'Ancien Empire et que les égyptologues ont pris l'habitude de définir du titre de "scènes de boucherie", que pour les boeufs, les veaux, voire même, parfois, certaines volailles.

 

     En effet, toutes proposent, dans un premier temps, la vision de l'animal maintenu renversé sur le sol de manière à être rapidement entravé ; toutes montrent l'ablation de la patte antérieure droite ; toutes donnent à voir l'apport de ce morceau de premier choix - selon ce qu'indiquent les textes -, au maître des lieux. 

 

     Concernant plus spécifiquement notre bel oryx, ce qui n'était aux premiers temps de la civilisation égyptienne qu'un geste ressortissant au seul domaine de la cynégétique visant à approvisionner la table prit, par la suite, dès le Nouvel Empire et plus largement encore à Basse Epoque, une connotation liturgique, cérémonielle, rituelle.

 

     C'est précisément des raisons de son sacrifice représenté dans certains temples tardifs, d'époques ptolémaïque et romaine, qu'il m'agréerait de vous entretenir, amis lecteurs, lors d'un futur rendez-vous.

 

     Préalablement toutefois, au risque de quelque peu ébranler votre sensibilité, j'aimerais, le 3 mars prochain,  évoquer  les techniques de sa mise à mort elle-même.

 

     A samedi ?


 

 

(Derchain : 1962, passim ; Warmenbol : 1999, 120 ; Ziegler : 1990, 134)

    

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 00:00

 

     Comme je vous l'ai promis ce mardi, amis lecteurs, à l'occasion des festivités du Carnaval qui s'annoncent et vont, neuf jours durant, donner congé à nos écoles et, conséquemment, à EgyptoMusée, nous quitterons ce matin le Louvre pour nous rendre à Malmedy, à l'est de la province de Liège, dans une de ces nombreuses villes belges qui les célèbrent joyeusement.

 

     Sans prétendre jouer les statisticiens ni entonner le péan d'un naïf et bien inutile coquerico, je vous invite à rapidement consulter cette liste pour prendre conscience que, comparativement à la France pourtant déjà bien lotie, la petite Belgique offre un éventail impressionnant de cités qui, dès aujourd'hui et dans les semaines à venir, consacreront un temps plus que certain à ces incontournables réjouissances populaires.

 

     A Malmedy, où le 26 janvier déjà, les petits des écoles maternelles et primaires ont "ouvert le bal" après maints jours de préparation avec leurs institutrices motivées, l'événement porte le nom wallon de Cwarmê 

 

     A ceux d'entre vous que l'histoire intéresserait, il sera toujours loisible de cliquer sur ce mot aux fins d'être renseignés sur ce qu'il représente ; et d'en apprendre plus encore si vous décidez de naviguer sur les opportunités que propose le site ...

 

     Mais, seriez-vous en droit de me reprocher, pourquoi nous avoir détournés de notre trajet égyptologique habituel si ce n'est que pour évoquer un carnaval parmi tant d'autres, et pas forcément le plus représentatif, Binche, sur le territoire belge, semblant être le plus connu à l'étranger ?

 

     Parce mon petit-fils et ses parents, devenus Malmédiens d'adoption, y participeront ? Certainement pas. Parce que l'un ou l'autre char du cortège qui traversera la ville cet après-midi et demain, pourrait faire référence au passé pharaonique ? Pas plus ! D'ailleurs, de ce que sont cette année les thèmes, je n'ai nulle idée.

 

     Donc aucun lien avec l'Égypte dans ce rendez-vous ?, maugréerez-vous peut-être.

Là, ce serait mal interpréter mes intentions !


 

     Parmi tous les personnages typiques du folklore local - les Riboteux et les Percutés, les Longs-Nez, les Harlikins, la Grosse Police, les Haguètes, entre autres -, dans l'ambiance desquels certaines vidéos ne manqueront pas de vous inviter à entrer, il en existe deux qui portent un nom particulier : accompagnant le Trouvlè, l'homme qui, pour ces quatre jours, a officiellement reçu des mains du Bourgmestre un sceptre symbolisant son pouvoir (en fait une panûle en bois, comprenez une pelle de brasseur) : ce sont les Djoupsennes.

 

 

Le trouvlè et ses deux djoupsennes.jpg

 

     Dans la mythologie carnavalesque malmédienne, protégés des regards inquisiteurs de la foule par un masque au long nez rouge métaphorisant le degré d'alcool qui est souvent le leur et par un drap de lit immaculé qui les recouvre et entrave leurs bras, ces deux serviteurs - qui, ne vous méprenez pas sur les mots, n'ont rien de commun avec ceux qui apportent les offrandes à Metchetchi -, sont tout au contraire réputés s'introduire dans les cuisines des habitations de la ville de manière à s'emparer de quelques provisions de bouche.

 

     Cela posé, indépendamment de leurs larcins et du floklore afférent, ce sera plutôt l'étymologie de leur nom qui motivera aujourd'hui mon propos. 

 

     Dans un ouvrage magistral et passionnant - quelque peu ardu, toutefois -,  publié aux éditions "Pages du Monde" en 2007, intitulé L'Odyssée d'Aigyptos et qu'il sous-titre du paragramme Le sceptre et le spectre, l'égyptologue français Sydney H. Aufrère élabore une analyse sémantique extrêmement pointue du terme grec Aiguptos qui fut, comme vous le savez, à l'origine du nom "Égypte" ; et d'autres qui en dérivent, dont celui de "Copte".

 

      Révélatrice d'un certain inconscient collectif de notre Occident, l'appellation "Égyptien" fut très vite associée à "Bohémien", ces gens du voyage appelés également, suivant les régions, "Gitans", "Manouches", "Tsiganes" et autres "Gypsies" ... ; ce dernier étant par ailleurs phonétiquement très proche du terme "Égyptien".

 

     L'historien français Antoine-Augustin Bruzen de la Martinière (1662-1749), dans son  Grand dictionnaire géographique et critique, n'explique-t-il pas - Tome III, p. 227 -, le plus sérieusement du monde, que les Bohémiens eux-mêmes furent responsables de cette méprise ? 

 

     Comme il falloit dire ce qui les amenoit en Allemagne, ils convinrent entre eux de dire que leurs ancêtres habitèrent autrefois en Egypte

 

     Lut-on Prosper Mérimée (1803-1870) quand, dans un récit datant de 1845, intitulé Carmen, il écrivit au chapitre IV ? : 

 

     Les Bohémiens eux-mêmes n'ont conservé aucune tradition sur leur origine, et si la plupart d'entre eux parlent de l'Égypte comme de leur patrie primitive, c'est qu'ils ont adopté une fable très anciennement répandue sur leur compte.

 

     Malheureusement, le vagabondage lexicographique fut tel, toujours dans l'imaginaire populaire, qu'à tous, "Bohémiens" d'abord et donc "Égyptiens" par la suite, furent accolées les images accablantes d'habiles voleurs, de rusés chapardeurs, de prompts vide-goussets, quand ce n'était pas d'épouvantables ravisseurs d'enfants !

 

     Et c'est précisément dans une de ces acceptions éminemment négatives qu'à Malmedy il faut entendre la djoupsenne, déformation wallonne de "Égyptienne", - parfois aussi orthographiée djupsène -, que l'on dénonçait pour s'introduire subrepticement dans les maisons en vue de chaparder quelques victuailles.

 

 

 

     Désolé, amis lecteurs, si vous vous êtes sentis grugés. Désolé si vous avez cru qu'en quittant les bords de Seine ce matin, je vous emmenais festoyer dans mon pays, en bords de Warche. Désolé si vous êtes déçus de la direction peu festive qu'a prise notre rencontre ...

 

     Aujourd'hui pour moi, c'est dans le partage du savoir que résida la fête : il m'intéressa bien plus d'épingler pour vous l'origine de djoupsenne au sein même du folklore malmédien que, par exemple, vous convier mardi soir, au brûlage de la Haguette. Car, à vrai dire, pour y participer, vous n'aurez nul besoin de ma présence ...

 

 

     Je ne puis m'empêcher de clore la présente intervention sur la parodie d'une formule qui vous est maintenant bien connue :

 

     Puisse l'offrande que donne le Trouvlè, constituée de mille pains, mille (jarres de) bière, mille (sachets de) confettis et toutes bonnes choses dont jouissent les Malmédiens, pleinement égayer votre Ka ... rnaval, amis lecteurs ...

 

 

     Bon congé à tous.


     Et à bientôt vous retrouver au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, salle 5, devant la vitrine 4 ², le mardi 28 février : Metchetchi nous y attendra, tout étonné probablement d'apercevoir quelques petites pastilles rondes colorées parsemant nos cheveux encore ébouriffés par les porteurs du Long-ramon ; porteurs qu'assurément, il ne reconnaîtra pas parmi les siens ...

 

 

 

 

(Aufrère : 2007, 137-46)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 00:00

 

      A un précédent rendez-vous, envisageant avec vous, ici devant la vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Louvre, un ensemble de quatre fragments peints arrachés au mastaba de Metchetchi ayant des porteurs d'offrandes comme thème principal, j'avais attiré votre attention, souvenez-vous, sur uniquement les deux premiers d'entre eux, E 25530 et E 25536, en fait réassemblés par les Conservateurs qui furent chargés de la mise en valeur de cette collection que le musée venait d'acheter dans les années soixante du siècle dernier. Et je vous avais promis que nous reviendrions par la suite sur les deux autres éclats, de taille plus réduite, mais également en piètre état, E 25529 et E 25514.

 

     Commençons, voulez-vous, par le premier d'entre eux, E 25529, 

 

46.-Fragment-E-25529--SAS-.jpg

 

 

qui ne nous donne à voir - partiellement, puisqu'à peine conservés jusqu'à mi-corps - que deux des serviteurs de Metchetchi, probablement du même défilé, se dirigeant vers la gauche, et dont le second présente un plateau d'aliments dont j'ignore la teneur, les dégradations subies par la couche de peinture ne me permettant pas d'en déterminer les éléments constitutifs.


     L'aspect général de la composition laisserait supposer, d'un premier et rapide coup d'oeil, qu'un couvercle semi-sphérique protège un petit monticule de vivres. En réalité, je n'en suis pas persuadé. Car si j'établis un parallèle avec le tracé préparatoire visible pour dessiner la tête du premier personnage, je me demande si, ce que nous pourrions erronément prendre pour une "cloche à fromages" protectrice contre moustiques ou fortes chaleurs n'est pas tout simplement un arc de cercle corrigé par le maître d'oeuvre pour guider et inciter son scribe des contours en charge de la scène à respecter cette forme hémicirculaire à l'intérieur de laquelle il eût voulu que pains, fruits ou autres ingrédients prissent place ...

 

     Mais ceci ne constitue qu'une interprétation personnelle qui ne demande qu'à être confirmée ... ou infirmée.

 

     Dans le long meuble vitré accroché sur le mur nord de la salle 5,

 

 

Vitrines 4 - Gros plan (SAS)

 

 

le second et dernier fragment à propos duquel j'aimerais ce matin vous entretenir a été placé au-dessus à droite du précédent. Il porte le numéro d'inventaire  E 25514 .

   

 

47.-Fragment-E-25514--SAS-.jpg

 

 

     Même si la scène est incomplète, cet éclat me semble bien plus intéressant dans la mesure où cette fois l'homme conduit un animal vivant vers Metchetchi,  un jeune oryx, comme l'indiquent les hiéroglyphes encore lisibles au-dessus, - mahedj, "gazelle blanche", étant le nom que les Égyptiens lui attribuèrent  -, d'une beauté et d'une délicatesse de traits qui nous eussent probablement ravis davantage encore si la figuration nous était parvenue intacte, la finesse et le détail de ses longues cornes parallèles et incurvées vers l'arrière laissant présager la gracilité qu'eût pu nous revéler le corps entier ...

 

    Hormis ces considérations esthétiques, certes d'importance, ce qui me sied pour l'heure, c'est l'opportunité que m'offre la pièce d'évoquer pour vous, succinctement dans un tout premier temps, cet animal typique du désert africain, lourd de symboles mythologiques, qu'était l'oryx.

 

     Souvent associé à la gazelle, souvent aussi considéré comme antilope alors qu'il ne fait pas vraiment partie de sa famille, il fut, dès les temps archaïques, prisé à la Cour ainsi qu'au sein des classes aisées en tant que gibier, en tant que ressource alimentaire de premier choix non seulement pour les repas ici-bas mais aussi pour ceux de l'Au-delà, de manière à, comme le précisent les textes, nourrir le ka du défunt. 

 

     Plusieurs palettes scutiformes datant de la préhistoire ont d'ailleurs été mises au jour par les égyptologues sur lesquelles ont été gravées des scènes cynégétiques dans le désert où antilopes, oryx et autres gazelles deviennent la proie des chiens des chasseurs.

 

     Ainsi cet exemplaire en trois morceaux : celui de droite, au-dessus fait partie des collections du Louvre (Vitrine 2 de la salle 20 à l'étage, dédiée à l'époque de Nagada) ; les deux autres étant actuellement exposés au British Museum (EA 20790) où a été judicieusement "reconstitué" l'ensemble du monument.


 

Palette-de-la-chasse---Trois-fragments-reunis-au-British-M.jpg

 

 

     Toutefois, en fonction du dualisme inhérent à la pensée égyptienne sur lequel, souvent, j'attire votre attention, qui fait que les animaux peuvent être tout à la fois amis et ennemis, - je pense à l'oie du Nil, je pense aux canards, aux ânes, à l'hippopotame, au porc, je pense aussi à la tortue qui nous semble pourtant si inoffensive -, le sacrifice animal avait deux raisons d'être : pour certains, il s'agissait de pourvoir aux besoins alimentaires des privilégiés, je viens de l'indiquer ; pour d'autres, parce qu'ils étaient susceptibes d'être le réceptacle des puissances du mal, des forces néfastes du cosmos censées vouloir toujours détruire l'ordre (Maât) et rétablir le chaos (Isefet), l'on se devait de les annihiler aux fins de permettre à tous de vivre en harmonie et au défunt de jouir pleinement d'une vie post mortem sans entrave aucune.

 

     C'est de cette seconde raison que j'escompte vous entretenir, amis lecteurs, lors d'au moins deux rendez-vous que je vous fixe immédiatement après la semaine du congé qui, pour les établissements scolaires belges, commencera vendredi soir ; semaine, vous vous en doutez, entièrement dédiée aux festivités du carnaval ...

 

     Mais avant de nous quitter momentanément, je vous propose de m'accompagner, ce samedi 18 février, pour une petite incursion en Belgique où nous attendront de bien étranges personnes ... 

   

 

(Grand merci à SAS pour l'excellence des clichés ci-dessus réalisés à mon intention.)

 

 

(Germond : 1989, 51-5 ; Ziegler : 1990, 133)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 00:00

 

      A en juger par leurs images dans les temples et les tombes, à dénombrer les types qui en sont passés dans l'écriture hiéroglyphique, à feuilleter les savants ouvrages où des spécialistes classent chronologiquement, selon les types, les originaux, intacts ou brisés retrouvés dans les villes et les nécropoles, les vases, dans l'Égypte ancienne, étaient de formes diverses et spécialisées.

 

 

Jean YOYOTTE

 

Vases

 

dans POSENER, SAUNERON et YOYOTTE,

Dictionnaire de la civilisation égyptienne

Paris, Hazan, 1959,

p. 295

 

 

 

 

    Au terme de notre dernier rendez-vous, nous nous sommes séparés sur la promesse de vous expliquer comment les Egyptiens des premières époques, en parallèle avec une vaisselle quotidienne faite de terre cuite, réalisèrent à très grande échelle des récipients en pierre, tendre ou dure, qu'ils destinèrent essentiellement à des fins funéraires.

 

     Quand, au terme de l'année 1997, forts de l'apport d'espaces nouveaux - quelque 2500 mètres carrés -, les Conservateurs du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre nous dévoilèrent le redéploiement des collections qu'ils avaient imaginé pour les ailes est et sud de la Cour Carrée, beaucoup d'entre nous furent subjugués par l'idée qui avait été leur non seulement de distinguer deux axes de visite - un parcours thématique, dans lequel, vous et moi amis lecteurs, nous évoluons régulièrement en nous attardant ces derniers mois dans la salle 5 du rez-de-chaussée devant les fragments peints provenant du mastaba de Metchetchi et, à l'étage, un circuit chronologique - mais, également, et il fallait l'oser !, des galeries d'étude : comprenez d'immenses "murs-vitrines" remplis à ras bord, disposés en parallèle, formant ainsi une sorte de couloir qui donne à découvrir, dans plusieurs salles successives, quantité d'objets entreposés avec une volonté perceptible d'accumulation, telles ces deux-ci, traversant le côté gauche de la salle 21, au devant de laquelle je vous avais conviés à me retrouver ce matin ...

 

 

Galerie-d-etude---Salle-21--Louvre-2009-.JPG

 

 

     Vous vous souvenez assurément que mardi, à propos du fragment E 25530, j'avais attiré votre attention sur un récipient vraisemblablement en calcite qu'un porteur d'offrandes s'en venait présenter à Metchetchi. 

 

     Ici devant nous, de part et d'autre de cet espace longiforme, vous constatez sans peine ce que je vous expliquais alors, à savoir : la grande diversité et d'apparence, et de taille, et de type de pierre de ces récipients des premiers temps égyptiens. (Ceux-ci datent de l'époque thinite).

 

     Comment, voici près de sept millénaires, des hommes qui étaient loin de disposer des mêmes réflexes techniques, des mêmes instruments performants que nous mais qui, judicieusement, profitèrent de la richesse pétrographique tant de la vallée du Nil que du désert oriental, s'y prirent-ils pour travailler la pierre et en faire, in fine, un art d'éternité ?

 

 

     Il subsiste, sur le mur est de la chambre A3 de l'imposant mastaba de Mererouka, à Saqqarah, proche de la pyramide du roi Téti, premier souverain de la VIème dynastie dont il fut un des vizirs, - tombeau que, cadeau appréciable, vous pouvez découvrir sur l'excellent site OsirisNet - (Merci Thierry) -, un bas-relief extrêmement intéressant présentant des artisans à l'ouvrage.

 

 

Mererouka - Ch. A3 - Bas-relief des potiers

 

 

      Et parmi eux, au troisième registre, juste en dessous d'une série de vases rangés sur une étagère, deux hommes accroupis se faisant face.   

 

  Mererouka - Ch. A3, mur est (Dessin) 

 

     Si vous vous en approchez, vous remarquerez qu'ils s'ingénient à réaliser une coupe pratiquement semblable à celle que nous avons vue mardi entre les mains d'un porteur d'offrandes de Metchetchi,

 

 

Mererouka - Dessin des potiers

 

en maniant un foret constitué d'un axe en bois dont la partie supérieure, sous ce qu'il est convenu d'appeler la "manivelle", est lestée de petits sachets contenant soit du sable, soit des galets - (ce lest peut même être parfois une pierre hémisphérique) -, les trois servant de poids, et dont, malheureusement, la partie inférieure, fichée dans le bloc à creuser, n'est bizarrement jamais représentée. Ce qui, vous en conviendrez, réduit fortement notre connaissance de la composition de l'outil en question.

 

     Qu'à cela ne tienne ! Comme souvent, il suffira de nous tourner vers le corpus hiéroglyphique constitué dès le début de la civilisation : quelques signes guideront notre réflexion, tels, respectivement, U 24,  U 25 et U 25A ci-après, de la liste de Gardiner,

 

U24

U25.jpg U25A.jpg

 

 

 

 

et ainsi nous permettront de visualiser la partie térébrante de l'outil : soit une tige d'un seul tenant se terminant par une fourche bifide à l'écartement variable que traverse une petite pièce, peut-être de bois, soit une constituée de deux morceaux en décalé.

 

     Nonobstant, quelques points d'interrogation entravent encore notre compréhension quant à la manière d'utiliser cet instrument, les techniques du forage des vases lithiques faisant toujours partie des discussions sur lesquelles les égyptologues ne parviennent pas encore à s'accorder.

 

     Ainsi en est-il de la présence de la petite barrette transversale, diversement définie. D'aucuns en effet la considèrent comme le simple symbole de la mèche en silex qui perforera la pierre, alors que d'autres y voient un "martyr" de bois, c'est-à-dire, technologiquement parlant, un élément que l'emploi répété de l'outil finira par détruire et qui, ici, servirait de protection aux dents de la fourche, leur évitant d'être trop vite abîmées par les arrêtes coupantes du croissant en silex.

 

     De plusieurs types, selon que l'on désirait une attaque étroite et profonde de la pierre - pour réaliser un vase, par exemple -, ou un évidement plus large et moins enfoncé - comme pour la coupe apportée à Metechetchi que j'évoque depuis le début de la présente intervention -, ces mèches de silex ont été retrouvées en grand nombre par les fouilleurs.

 

     D'autres ont également été exhumées : faites le plus souvent de roches dures, les différentes traces comme des stries encore visibles laissent supposer un emploi "secondaire" mais tout aussi important, à tout le moins au niveau de la finition de la pièce : son polissage.

 

     Que ce soient avec mèches perforantes ou polissantes, qu'il y ait "martyr" ou non, il est compréhensible qu'utilisées à grande échelle, les tiges en bois des forets s'usaient ou se brisaient très vite. Et comme, inévitablement, la fourche et l'écartement de ses dents se devaient d'être adaptés à l'utilisation qui en était requise, certaines d'entre elles furent, comme l'indique le hiéroglyphe U 25A ci-dessus, constituées de deux pièces assemblées : ce qui indéniablement facilitait le remplacement de la seule partie inférieure. Principe avant la lettre que nous rencontrons de nos jours avec les foreuses électriques et les différentes mèches que nous pouvons intervertir à notre guise suivant le travail à effectuer ... 

 

     Un autre, parmi les points d'interrogation subsistants : le métal composant les différents outils manipulés par les carriers et autres artisans de la pierre.

 

     Même si l'on affirme péremptoirement que ce sont les Hyksos, à l'aube du Nouvel Empire, qui introduisirent le bronze en Egypte, il est indiscutable que ce métal était bel et bien connu des Égyptiens avant l'incursion de leurs envahisseurs dans le Delta oriental : en effet, le British Museum n'expose-t-il pas, mis au jour en Abydos dans la tombe V de Khâsekhemoui, souverain de la IIème dynastie, des récipients en bronze ?

 

     Or, dans la littérature spécialisée, et je pense évidemment à l'excellent ouvrage de J.-C. Goyon et alii concernant La construction pharaonique, les renseignements ne se bousculent guère quant à la chronologie. Ainsi, par exemple, peut-on lire, p. 380, concernant les ciseaux utilisés en percussion pour tailler la pierre :

 

     Au cours du temps, le cuivre arsénié remplace le cuivre, à son tour supplanté par le bronze. Aux temps pharaoniques, l'usage des métaux ferreux, s'il a existé, reste confidentiel.

 

     On ne peut, vous en conviendrez, amis lecteurs, être scientifiquement plus imprécis pour ce qui concerne l'apparition dans le temps des métaux convoqués, tout en laissant supposer une succession dans l'histoire de leur emploi !  

 

 

     Bien que non encore complètement explicitées car il reste, comme je l'ai signifié tout à l'heure, de grandes zones d'ombre, les techniques de manufacture des vases, coupes et autres bols en pierre peuvent dans leur ensemble, à la lumière des documents lithiques en notre possession, être en partie énoncées.   

 

     Il faut d'abord, dans un premier temps, distinguer ceux taillés dans des pierres tendres - grès, calcaire, calcite - (que, très souvent encore, les catalogues nomment "albâtre égyptien") - de ceux en pierre dure - schiste, granite, quartzite, par exemple. En effet, suivant le cas, l'instrument d'évidement était différent : percuteurs en dolérite et ciseaux de cuivre suffisaient pour les premiers, tandis que forets avec mèche en pierre encore plus dure se révélaient nécessaires pour les seconds.

 

     De multiples récipients brisés ou abandonnés en cours d'exécution furent mis au jour par les archéologues : ils nous permettent de mieux appréhender les étapes successives du travail. Quel que soit le matériau de base, il fallait obligatoirement dégrossir le bloc choisi de manière à en délimiter plus ou moins la forme puis, entamer l'opération de creusement. 


 

Saqqarah-borings.jpg

 

 

    Quand l'on observe, provenant de l'excellent album de photos de Kairoinfo4u, un exemple inachevé tel que ce bloc trouvé parmi d'autres à Saqqarah et dans lequel subsistent quelques traces de forage, l'on se rend compte que creuser se faisait en pratiquant des trous successifs, proches les uns des autres de manière que, ce geste préparatoire terminé, il ne restait plus qu'à délicatement briser les cloisons internes pour qu'apparaisse le trou désiré ; la dernière manipulation consistant à polir l'intérieur - les coupes notamment, plus que les vases -, tout autant que l'extérieur avec une mèche idéalement en grès silicifié, roche principalement composée de sable de quartz.

 

     Force m'est de reconnaître que bien plus hypothétique se révèle le procédé d'évidement des vases pansus ; et plus conjecturelles encore semblables réalisations en pierre dure, paradoxalement beaucoup plus susceptibles de rapidement se briser que les tendres ...

 

    Aussi, quand on prend conscience de la quantité phénoménale de récipients lithiques retirés des sépultures égyptiennes ; quand, comme ici dans cette galerie d'étude de la salle 21, l'on reste confondu par tant de maîtrise technique des artisans de l'Ancien Empire et, bizarrement, tant de désinvolture de la part des visiteurs qui la traverse quasiment au pas de charge en n'y jetant qu'un regard peu intéressé, une évidence s'impose : cet artisanat des temps lointains ne bénéficie nullement de toute la considération que pourtant il mériterait.    

 

 

 

(Goyon/Golvin/Simon-Boidot/Martinet : 2004, 380-3 ; Simon-Boidot : 2008, 37-46

 

 

 

     Avant de prendre congé de vous, amis lecteurs, il m'est plaisir en cette fin de semaine de vous annoncer la création, depuis peu, sur le Forum qu'il m'arrive de fréquenter, d'un agenda listant les manifestations égyptologiques telles expositions, colloques, conférences, visites guidées tant en France qu'en Belgique et, pourquoi pas, dans une avenir proche, en tous lieux où l'histoire de l'Égypte antique s'inscrira en lettres d'importance.


     Certes existaient déjà, sur le Net comme au sein même du Forum, des parutions d'annonces semblables. Nonobstant, la grande nouveauté réside ici dans l'ouverture à tous, membres comme non membres, inscrits comme non inscrits. Entendez donc : opportunité à vous aussi amis lecteurs qui auriez connaissance dans votre région, dans votre ville, à la librairie de votre quartier d'un événement à l'égyptologie consacré de venir là le signaler à tous.


     Vous pour qui les seules interventions d'EgyptoMusée ne constituent qu'une première approche, vous qui désirez maintenant en savoir plus encore que ce que vous apportent nos deux rendez-vous hebdomadaires au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, une seule adresse : l'agenda du Forum de ddchampo, désormais VOTRE propre calendrier de futures nouvelles rencontres égyptologiques. 

 

     Aux fins d'informer et d'être informés, rendez vous donc toutes affaires cessantes sur http://agenda.ddchampo.com/

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 00:00

 

     Saille ici la suprême habileté de l'art égyptien : donner l'illusion du naturel à une vision artificieusement reconstruite du monde.

 

Pascal VERNUS 

 

Dictionnaire amoureux de l'Égypte pharaonique

Paris, Plon, 2009

p. 958

 

 

 

     Parmi les quarante-trois fragments peints provenant du mastaba de Metchetchi achetés dans le commerce des antiquités en 1964 et maintenant exposés ici dans la vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, après celui de ses domaines agricoles personnifiés par d'élégantes jeunes femmes, nous avons mardi dernier découvert, souvenez-vous amis lecteurs, un premier défilé de porteurs d'offrandes tournés vers la gauche, s'avançant donc vraisemblablement à l'origine eux aussi sur le mur nord de la chapelle funéraire, vers le défunt assis, tournant le dos aux stèles fausses-portes présentes du mur ouest au pied desquelles ils étaient censés déposer leurs victuailles aux fins de lui assurer l'éternité de sa nourriture post mortem

 

     Ce samedi, à leur propos, je me suis autorisé un petit excursus pour réfuter, concernant l'art égyptien en général et cette scène en particulier, une antienne qui dénonce un manque de diversité, une monotonie peu digne des artistes qui réalisèrent le programme iconographique des chapelles funéraires. 

 

     C'est donc avec toujours la volonté de mettre fin à cette malencontreuse impression que je vous propose quatre nouveaux fragments qui ressortissent également à ce thème de l'apport des victuailles destinées à nourrir le ka d'un défunt.

 

     Bien que deux d'entre eux, réassemblés, soient malheureusement très endommagés et deux autres relativement petits, de sorte qu'en définitive la surface peinte vous paraîtra inévitablement restreinte - tout cela pour cela ?, pourriez-vous même ironiser -, il me sied de vous les présenter de manière qu'ainsi vous ayez une première vue générale, quasiment exhaustive, des différents dépôts d'offrandes alimentaires des serviteurs masculins de Metchetchi occupant le mur de droite en entrant dans la pièce.

 

 

Fragments-E-25530-et-E-25536--2009-.JPG

 

 

    Les deux premiers auxquels ce matin nous accorderons notre attention, E 25530 (28 x 34 cm) et E 25536 (28 x 22 cm), - à la gauche d'un ensemble exposé au début de la seconde moitié de notre vitrine 4 ² -, 


 

Vitrines-4---Gros-plan--SAS-.jpg

 

 

sont, comme je vous l'indiquai à l'instant considérablement détériorés : en fait la couche de peinture s'est détachée du mur, laissant à nu de larges portions du support de mouna.

 

 

     En les examinant attentivement, vous vous rendrez très vite compte qu'ils ne nous proposent plus, au registre supérieur, que quelques "bribes" puisque ne nous sont conservées que les jambes d'un homme et les pattes graciles des deux bêtes qu'il emmène. Des gazelles, probablement.

 

     Au registre inférieur figurent trois personnages orientés vers la gauche, à peine apparents ou, pour le dernier, uniquement jusqu'à mi-corps. Portant la perruque courte traditionnelle, celui-ci,   probablement vêtu à l'instar des deux qui le précèdent du seul pagne, classique pour l'Ancien Empire, que nous avons rencontré à notre dernier rendez-vous, empoigne fermement un volatile par les ailes.

 

     Ce qui subsiste de la scène complète laisse entrevoir que le premier homme maintient, dans le creux du coude, l'extrémité d'une patte antérieure de boeuf déposée sur l'épaule, et qui eût tout aussi bien pu être portée à bras le corps. Cette pièce que les Égyptiens appelaient khépech constitua vraisemblablement la partie "noble", le morceau de viande qu'ils préférèrent à tout autre.   

 

     Quant au personnage central - celui qui mobilisera notre attention pour terminer notre rendez-vous d'aujourd'hui -,

 

 

Fragment E 25530 - Porteur de coupe en pierre (2009)

 

 

il s'avance une coupe pansue blanche à gorge mince dans les mains, apparemment destinée à contenir le sang de l'animal sacrifié, - si je m'en tiens à l'indication hiéroglyphique Transporter un vase de sang qui accompagne le porteur d'un récipient de ce type dans une scène de sacrifice d'un bovin dans le mastaba de Ty.

 

     Ce récipient est clos par un couvercle de vannerie, probablement en jonc, comme ce fut souvent le cas à l'Ancien Empire. Quant à la raison pour laquelle il est orné, de part et d'autre de sa boucle de préhension, de deux fleurs ouvertes de lys blanc, je l'ignore complètement, n'ayant personnellement jamais rencontré de parallèle dans d'autres tombes ... à moins qu'il faille déjà y voir un symbole lié à la régénération du mort ??

 

     Pour ce qui concerne plus spécifiquement ce qui recouvre la main gauche de notre porteur, je pense que Madame Ch. Ziegler se trompe quand elle y voit un linge semble posé sur sa main. A la lecture de ce qu'indique le Profeseur Richard-Alain Jean, se référant à la tombe d'Ankh-Ma-Hor, à Saqqarah, je crois qu'il s'agit plutôt du long et souple "filet" de boeuf, muscle statique amortisseur, isolé puis levé comme "viande de choix".

  

     Ce vase - probablement en calcite, comme des milliers d'autres mis au jour -, était en réalité une transposition dans la pierre de poteries analogues en terre cuite, essentiellement réalisées pour le mobilier funéraire : en effet, les Egyptiens considérant la pierre comme le matériau idoine pour l'éternité, semblable jatte gageait aux défunts un ravitaillement pérenne.

 

     Il faut savoir que, parallèmement à l'artisanat de la céramique, celui des vases lithiques constitua dès les époques pré-dynastiques déjà un des secteurs florissants de l'activité économique du pays : les sépultures de l'élite, souverains et hauts-fonctionnaires confondus, en ont fourni de multiples exemples, entiers ou brisés. L'égyptologue français Jean-Philippe Lauer ne cite-t-il pas le nombre quasiment incroyable de quarante mille vases de pierre évidés retrouvés dans le seul complexe funéraire de Djoser, souverain de la IIIème dynastie ? Et son homologue anglais, William Matthew Flinders Petrie, n'a-t-il pas, après la fin de ses fouilles menées en Abydos - où furent notamment inhumés tous les souverains de la Ière dynastie et les deux derniers de la IIème -, adressé aux Musées Royaux d'Art et d' Histoire de Bruxelles une centaine de caisses en bois contenant, selon les estimations, au moins cinquante mille fragments de récipients en pierre ?     

 

     Bols, plats, coupes, vases cylindriques, avec ou sans anses, tous ces ustensiles - nonobstant que certains d'entre eux, parce que réparés à l'antiquité déjà, aient réellement servi dans la vie quotidienne -, furent principalement dévolus à des fins funéraires, soit pour contenir des produits censés alimenter les trépassés dans l'Au-delà, soit, si j'accrédite l'étude ici déjà souvent citée de Madame Jeanne Vandier d'Abbadie concernant les objets de toilette du Louvre, pour renfermer des produits cosmétiques, huiles et onguents, nécessaires au rituel du culte.  

 

    Leur nombre donc, mais aussi la variété de leurs tailles, de leurs formes décrites et classées par Petrie lui-même, les différents matériaux utilisés - ainsi, les trois catégories de roches égyptiennes (magmatiques, sédimentaires et métamorphiques) figurent-elles dans cette importante collection bruxelloise -, tout concourt à démontrer l'importance et l'excellence que détint cet artisanat des premiers temps. Importance telle que maints ateliers de production furent mis au jour dans le périmètre immédiat des plus anciens temples du pays ; ce qui tendrait à prouver que, là aussi, exista un monopole d'Etat. Et excellence telle que le foreur de vases, de pierres dure - schiste, granite, quartzite ... -, autant que de pierres tendres - calcaire, grès ... -, nous apparaît comme le maître incontesté de son art. 

 

       Mais, vous interrogerez-vous très certainement, comment les Egyptiens de l'Ancien Empire fabriquèrent-ils tous ces éléments de vaisselle lithique ?

 

     Anticipant votre question, c'est exactement ce que je me propose de vous expliquer, ce samedi  11 février si, toutefois, il vous agrée d'à nouveau me suivre dans le dédale des techniques artistiques de l'antique Kemet et dans celui de ce Musée : rendez-vous cette fois salle 21.

 

     Vous n'oublierez pas, j'espère ? Salle 21, à l'étage supérieur ...

 


 

  Immense merci à un de mes lecteurs, le Professeur Richard-Alain Jean, de la Délégation Régionale à la Recherche Clinique de l'Assistance publique des Hôpitaux de Paris, pour m'avoir aimablement fait parvenir la maquette de son étude à paraître concernant La chirurgie en Egypte ancienne. A propos des instruments médico-chirurgicaux métalliques égyptiens conservés au Musée du Louvre, dans laquelle il mentionne la présence, sur un bas-relief du mastaba d'Ankh-Ma-Hor à Saqqarah, du "filet" de boeuf auquel j'ai ci-dessus fait allusion.


 


(Arnold./Pischikova : 1999, 112-8 et 324 ; Hendrickx/Eyckerman : 2009, 299-304 ; Hendrick : 2009 : 101 ; Jean : 2012, 16 ; Simon-Boidot : 2008, 37-46 Vandier : 1964, 114-5 ; Ziegler : 1990, 133)

 

   

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