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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 23:00

 

     Je suis devenu un homme quand j'ai commencé d'admirer.

 

Bernard  PIVOT

  Les mots de ma vie

 

Paris, Albin Michel, 2011

p. 13

 

 

 

     Le dernier samedi avant les vacances printanières qui, j'espère, vous auront été plus que profitables, j'avais terminé, souvenez-vous amis lecteurs, l'évocation des offrandes apportées à Metchetchi, fonctionnaire palatial de l'époque d'Ounas, soit à la fin de la Vème dynastie de l'Ancien Empire, grâce à l'étude d'un certain nombre des quarante-trois fragments peints sur mouna - référencés ici de E 25507 à E 25549 arrachés au XXème siècle par des pillards à différentes parois de son mastaba, pour l'heure toujours non localisé sous le sable de la nécropole memphite.


 

Vitrine 4 ² - Vue de gauche (SAS)

 

 

     Avec l'apport des huiles canoniques se refermait la première partie de mon projet de vous faire découvrir, semaines après semaines, cette oeuvre picturale d'importance tout en essayant modestement de vous initier à certaines pratiques funéraires, à certains rapports sociaux entre vivants et défunts caractérisant au premier chef la civilisation égyptienne antique.

 

     Première partie viens-je de préciser puisque, le 6 décembre 2011, j'avais déjà indiqué le plan de mes intentions en distinguant deux grands axes dans le programme iconographique et épigraphique souhaité par le propriétaire de la tombe : envisager dans un premier temps les scènes dans lesquelles il est figuré passif, c'est-à-dire là où il bénéficie des différents rites inhérents au culte qui lui est rendu et reçoit les nombreuses offrandes qui lui assureront matériellement son éternité : ce fut le cas les 13 et 17 décembre avec une mise au point concernant les rapports père/fils ; avec la découverte, les 21 et 24 janvier de porteuses d'offrandes mais aussi, le 31 janvier et les 4, 7 et 14 février, de différentes catégories de porteurs de produits alimentaires ; avec, le 28 du même mois, la théorie des animaux du désert qui lui sont présentés ; avec, les 17 et 20 mars, l'évocation des membres du clergé, dont les prêtres-lecteurs pour enfin, avant le congé pascal, terminer par le défilé des huiles sacrées, les 27 et 31 mars.


 

     Voici donc à présent venu le second temps de notre exploration quasiment aussi étendue que la vitrine elle-même : celui où, de conserve, nous découvrirons un Metchetchi quelque peu plus "actif", soit qu'il inspecte, surveille ou dispense ses ordres au personnel de ses domaines, soit qu'il s'adonne à un jeu de société tout en savourant l'une ou l'autre composition musicale.

 

     Bien évidemment, vous vous doutez qu'à l'instar de ce qui motiva ces derniers mois plusieurs autres interventions parallèles, je poursuivrai avec bonheur mes digressions didactiques aux fins de préciser quelques détails supplémentaires ressortissant à la vie égyptienne en rapport avec les sujets abordés sur les parois de sa demeure d'éternité ; espérant ainsi, sans toutefois prétendre à une quelconque exhaustivité, vous apporter un éventail de connaissances le plus largement ouvert sur cette société des rives du Nil antique.

 

     Dès lors, si ce programme à venir vous agrée, amis lecteurs, si de ma compagnie vous ne vous lassez point trop, je ne puis qu'à nouveau vous convier à me rejoindre chaque mardi et chaque samedi, ici, devant l'inépuisable vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre qui, tant encore, recèle sujets d'étonnement.

 

     Et déjà de vous fixer un premier rendez-vous prévu ce prochain 21 avril ...

 

     A tout bientôt ?   

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 23:00

 

     Que vous vous référiez à la stèle-tryptique de Ky et de son épouse que, j'espère, sur mes conseils vous êtes allés voir la semaine dernière en la galerie d'étude n° 1 de la salle 22 du premier étage du Département des Antiquités égyptiennes, ici au Louvre, ou à la troisième stèle fausse-porte que Nyânkhnefertoum, haut dignitaire palatial du temps de Metchetchi, fit graver à la VIème dynastie sur le mur ouest de la chapelle funéraire de son mastaba retrouvé près de la pyramide à degrés du roi Djoser, à Saqqarah, ce sont bien sept huiles distinctes, en plus de certains onguents, que les Égyptiens prévirent pour l'onction du corps d'un défunt : setchi-heb (huile assez grasse provenant d'un mammifère, mélangée à de faibles quantités de cire d'abeille et de résine), hekenou (huile également grasse probablement d'origine animale), sefetch (huile de cade), huile ny-khenem (à base de résine de conifère et de corps gras non encore  identifiés), huile touaout (?), hatet-âsh (cèdre de première qualité) et tchehenou (huile dite "libyenne" contenant également de la résine de conifère et considérée comme étant de qualité supérieure ; "deux fois bonne", comme le spécifiaient textuellement les Égyptiens). 

    

         Il n'est plus à démontrer que parfums, huiles, baumes, onguents, gommes et résines jouèrent un rôle cardinal dans le quotidien de l'Égypte antique. Source non négligeable de ce matériel aromatique, parmi les végétaux en général provenant de la Corne de l'Afrique et du Moyen Orient mais aussi, et ce ne fut pas négligeable, d'espèces présentes dans la Vallée du Nil, en ses confins orientaux et du Sinaï, sans oublier le territoire nubien, arbres - et arbustes en particulier - ou produisaient des exsudats ou étaient brûlés de manière que s'en dégageât une senteur fort appréciée, que ce soit pour parfumer l'habitat des particuliers ou au cours des rites journaliers effectués au sein même des temples pour encenser le dieu immanent en ses statues.

 

     Ils pouvaient aussi, suite à un procédé de distillation, être à l'origine d'huiles rituelles, le cèdre en étant un parfait exemple, entrant dans le processus de la momification.

 

     Deux textes rédigés en écriture hiératique sur papyri nous sont parvenus à propos du Rituel de l'Embaumement, auquel, le 27 novembre 2010, j'avais consacré notre rendez-vous : ce sont les papyri Boulaq 3, conservé au Musée du Caire et Louvre (E 5158) que vous pourrez, à la fin de notre entretien, découvrir dans la vitrine 1 de la salle 15, au pied du lit funéraire exposé sous "LA" momie.

 

 

Salle-15---Vitrine-1--Juin-2009-.JPG

 

 

     Que ce soit celui du Caire ou celui du Louvre, 

 

 

--Rituel-de-l-embaumement-de-Hor-----Papyrus-Louvre-E-5158-.jpg

 

 

les deux documents, nullement avares de précisions liturgiques, à défaut (malheureusement) de scientifiques, indiquent :

 

     Mettre N. (comprenez : le défunt) sur son ventre. Masser son dos pour l'assouplir avec la même huile précieuse qu'auparavant. Paroles à prononcer quand on a oint son dos : Pour toi vient l'huile afin d'oindre ton corps ; pour toi vient l'huile de cade que produit le genévrier.

 

     Cette huile - sefetch, je l'ai citée ci-avant -, était obtenue par calcination du bois de cèdre (Juniperus Oxycedrus) qui détient la particularité de contenir un goudron végétal.

 

     Si j'en crois Hérodote, elle intervenait entre autres dans le processus de momification des Égyptiens qui n'étaient pas à même de s'offrir de couteuses funérailles :

 

     ... ils chargent leurs seringues d'une huile extraite du cèdre et emplissent de ce liquide le ventre du mort, sans l'inciser et sans en retirer les viscères ; après avoir injecté le liquide par l'anus, en l'empêchant de ressortir, ils salent le corps pendant le nombre de jours voulu. Le dernier jour ils laissent sortir de l'abdomen l'huile qu'ils y avaient introduite ; ce liquide a tant de force qu'il dissout les intestins et les viscères et les entraîne avec lui.   

   

 

     D'autres papyri, faisant cette fois plus spécifiquement allusion à l'onction pratiquée au moment du seul Rituel de l'Ouverture de la bouche - que, lui aussi, souvenez-vous, j'eus l'opportunité de vous détailler les 14 et 21 décembre 2010 -, prouvent que les huiles canoniques étaient également convoquées : on y retrouve en effet mention de chacune d'entre elles.

 

     Et le prêtre cérémoniaire de psalmodier des litanies telles que : 

 

     Ô cette huile, ô cette huile, c'est toi qui es sur le front de N. 

Maintenant que tu es sur le front de N., il est parfumé grâce à toi, il est glorifié grâce à toi, et tu fais qu'il ait pleine disposition de son corps !     

 

 

      Nonobstant toutes ces indications fonctionnelles, force nous est d'admettre que, faute d'exactement traduire les noms des produits cités, subsiste toujours, scientifiquement parlant, une inconnue quant à la composition exacte de chacun d'eux.

 

     Pourtant, ce ne sont pas les tentatives d'analyses qui manquent !

Ainsi en est-il notamment au Museum d'Histoire naturelle de Lyon qui conserve dans des enveloppes spéciales, sous forme de poudre ou de fins  morceaux solidifiés, des résidus d'huiles essentielles provenant de la tombe d'une certaine Khnoumit, princesse de l'époque d'Amenhemhat II (XIIème dynastie), mise au jour dans la nécropole de Dachour par l'égyptologue français Jacques de Morgan à l'extrême fin du XIXème siècle.

 

     Si toutefois leur étude actuelle, par chromatographie liquide à haute performance avec détection ultra-violette ou encore par chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse - n'écarquillez point les yeux en scrutant les miens, amis lecteurs : je vous avoue tout de go ma totale impéritie à vous expliquer ce que cèlent ces termes pour le moins sibyllins - ; si donc l'analyse confirme les indications de leur nom lues par l'archéologue sur les couvercles et les panses des pots en calcite qui, dans la tombe, les contenaient, hormis le composant principal - et encore ! -, vous aurez remarqué dès mon introduction qu'il n'est toujours pas possible de préciser complètement leur origine biologique.

 

     Les chercheurs, toutefois, et par définition, continuent à chercher ...


 

      Onguents et parfums, cette thématique avait été évoquée, souvenez-vous quand, dans la prédédente salle 4, voici exactement trois ans, nous nous étions longuement arrêtés les 17, 24 et 31 mars devant le vitrine 9 pour y découvrir un des deux "Reliefs du Lirinon".

 

     Parce que la présente intervention s'inscrit dans le droit fil de cette ancienne trilogie, mais aussi dans celui d'autres rencontres évoquées ce matin, il me semble véritablement utile de suggérer à ceux d'entre vous que le sujet intéresserait plus particulièrempent de consacrer quelques instants des deux semaines de vacances de Printemps qui, en Belgique, débutent aujourd'hui, à leur relecture.

 

     Rassurez-vous : ceci n'est qu'une invitation afin que votre compréhension de ce vaste domaine soit la plus complète qu'il soit souhaitable. Promis : il n'y aura sur cette matière aucune interrogation à la rentrée, ni orale ni écrite !


 

 

(Asensi Amoros : 2003, 1-19 ; Goyon : 2003, 51-65 ; ID. : 2004, 47-8, 148-9 et 345 ; Hérodote : 1964, 175 (§ 87) ; Tchapla & alii/Mourer : 1999, 518 et 525-32)

 

 

 

     Bonnes vacances, bonnes fêtes de Pâques à tous ; et retrouvons-nous, voulez-vous, le mardi 17 avril prochain, pour autant qu'une "overdose" d'oeufs en chocolat - belge, évidemment - n'ait point trop engorgé votre foie délicat ... 

 

 

Bruxelles---Magasin-Chocolatier---Fontaine.jpg


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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 23:00

 

     Samedi dernier, j'avais abordé avec vous, amis lecteurs, la "pancarte" - également nommée "menu" par certains égyptologues - qu'à l'Ancien Empire notamment, tout défunt désirait voir figurer dans sa tombe espérant, grâce aux offrandes citées, vivre au mieux son éternité dans l'Au-delà. 

 

     Constatant qu'ici même, en salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, la vitrine 4 ² ne proposait qu'une partie de celle de Metchetchi, j'avais jugé opportun de me référer au texte gravé verticalement sur le panneau latéral gauche de la stèle-chapelle (E 14184) de Ky et de son épouse Zatchedabed

 

 

Stele-chapelle-E-14184---Panneau-gauche--SAS-.jpg

 

que je vous avais invités à monter découvrir dans la galerie d'étude n° 1 de la salle 22, pour évoquer l'apport des huiles rituelles dont, traditionnellement, il est fait mention de la troisième à la neuvième colonne (ou case) de la liste des offrandes. 

 

     Si donc sur celle de Metchetci, incomplète parce que partiellement endommagée, ne figure pas le début des inscriptions qui auraient pu nous renseigner, en revanche le fragment E 25526, de 44 cm de haut et 37, 5 de long, nous donne à voir quatre porteurs de vases pareillement vêtus d'un pagne court, dont les textes qui les précèdent permettront d'en partie éclairer mon propos de ce matin.    

 

  E-25526---Porteurs-de-vases-d-huile--SAS-.jpg

 

      (Merci à SAS, conceptrice du blog Louvreboîte, pour l'extrême gentillesse avec laquelle elle a réalisé les deux clichés ci-dessus à mon intention.)

 

     Encadrés par une frise verticale constituée de rectangles colorés ne subsistent que deux registres dont celui du dessus, partiellement détruit, nous a simplement conservé les personnages à partir de la poitrine, de sorte que nous pourrions ignorer le geste qu'ils accomplissent.

 

     Mais comme il appert, à la lecture des hiéroglyphes colorés relativement bien conservés devant eux, - et que vous remarquerez absolument identiques de gauche à droite, mais différents si vous les envisagez de haut en bas -, qu'est évoqué un même produit, vous ne pouvez qu'admettre que ces quatre serviteurs participaient d'un même rite, celui d'apporter des huiles destinées au propriétaire de la tombe.

 

     Deux seulement sont ici mentionnées, mais à deux reprises : hatet âsh, au registre supérieur : huile de cade de première qualité et hatet tchehenou, au registre inférieur : huile libyenne de qualité supérieure.

 

     Ces porteurs de vases faisaient vraisemblablement partie d'un groupe d'hommes présentant les sept huiles canoniques ; à moins que, par manque de place dans la pièce, le défunt n'ait souhaité que ce quatuor symbolisât seul l'ensemble de l'offrande.

 

 

     Sous le règne du même roi Ounas que servit Metchetchi, vécut un très haut-fonctionnaire palatial, Nyânkhnefertoum, dont le complexe funéraire a été mis au jour en 1997 par la mission polonaise de fouilles à Saqqarah que conduisait le Professeur Karol Myśliwiec.

 

     Pour son site OsirisNet, Thierry Benderitter eut, en compagnie de l'égyptologue polonais en personne, l'extraordinaire opportunité de visiter cet ensemble désormais fermé au public. Et d'y découvrir entre autres, sur le mur ouest de la chapelle n° 15, la présence de trois fausses-portes - ce qui n'est pas un cas unique dans la nécropole memphite -, dont la dernière,

 

 

Nyankhnefertoum---Partie-droite-mur-ouest--1-.jpg

 

sur la partie droite du mur par rapport à l'entrée, côté nord donc, vous intéressera au plus haut point.

 

     D'abord, par l'extraordinaire conservation de la presque totalité d'une polychromie intense dominée par différents bleus.

 

Nyankhnefertoum--2-.jpg

 

       Ensuite parce que les bordures encadrant le monument devant lequel a été judicieusement replacée la table d'offrandes déclinent toutes deux la thématique des huiles rituelles.

 

     A gauche, posés sur une table basse noire - ce qui, selon la codification en vigueur, signifie qu'elle était en bois -, quelques vases de forme et de nombre différents selon les registres mais semblables quant à leur aspect général puisque tous sont bleus et mouchetés de noir, exactement comme sur le fragment (E 25526) de Metchetchi.

 

     Tous aussi, pour une meilleure compréhension qui ne peut que nous être profitable, sont surmontés de l'appellation du produit qu'ils contenaient à l'origine :

 

Nyankhnefertoum (3)

 

  trois récipients avec de l'huile setchi-heb, que l'on a pris l'habitude de traduire par "parfum de fête" ;

 

 

 

 

 

 

 

  trois autres avec de l'huile hekenou, ce que les égyptologues rendent en français par "huile de louange" ou "huile de jubilation" ;

 

 

 

 

 

  deux cette fois avec de l'huile de cade (sefetch) ;

 

 

 

 

 

  puis, pour terminer, au dernier registre moins bien conservé, deux vases avec de l'huile ny-khenem.

 

 


     Sur le montant droit, ce sont quatre serviteurs qui se dirigent vers Nyânkhnefertoum, portant tous un vase contenant également, à tout le moins les trois premiers, des huiles essentielles autres que celles de la nomenclature de gauche :

 


nyankhnefertoum XCIV detail 01

 

 

 

 

huile touaout, pour le personnage conservé au registre supérieur ;

 

 

 

 

 

huiles hatet-âsh pour le deuxième

 

 

 

 

 


et tchehenou pour le troisième.

 

 

 

 

 

 

    Quant au dernier serviteur, c'est non pas une huile mais de l'onguent merehet qu'il présente à son maître.

 

 

 

 

 

     Mais à quoi ces huiles servaient-elles réellement ?

      Et de quoi étaient-elles véritablement composées ?

 

     Voilà ce que je me propose de vous expliquer, amis lecteurs, lors de notre dernier entretien du 31 mars prochain, avant de tous nous égailler dans la nature des vacances scolaires belges de Printemps.

 

     A samedi ?

 

        

 

(Capart : 1907, 48 ; Ziegler : 1990, 64 et 126)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 00:00

 

     Lire les glorifications du menu d'offrande pour Metchetchi ...

 

 

     Vous aurez assurément remarqué, amis lecteurs, ces mots censés être prononcés par les prêtres-lecteurs défilant sur deux fragments (E 25517 et E 25518), indiqués à la fois sur le bandeau horizontal de hiéroglyphes qui surmonte la scène et en colonnes verticales devant chacun de ces officiants que nous avons rencontrés mardi, lors de notre précédent entretien.

 

     Permettez-moi de profiter de l'opportunité que cette indication me donne pour, ce samedi matin, évoquer avec vous le dit "menu" que, souvent, les égyptologues définissent aussi sous l'appellation de "pancarte".

 


-Paris--096.jpg 


     Bien qu'estimant le second terme fort vague et finalement peu approprié, je trouve intéressant ce doublon sémantique car il définit à mon sens deux éléménts distincts : personnellement, j'aurais tendance à qualifier de "menu" la liste des seules denrées représentées souvent au-dessus (ou en dessous) de la table d'offrandes devant laquelle est assis le propriétaire de la tombe et de "pancarte" - faute de terme plus précis - celle qui établit l'inventaire de toutes les offrandes : alimentaires, évidemment, mais aussi les étoffes, le mobilier, les vases d'onguents, etc., sans oublier quelques injonctions adressées au propriétaire de la tombe.

 

     De sorte qu'en fonction de cette distinction, devant nous, ici dans la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, sur le morceau de mouna peint (E 25543) de 35 cm de haut et 46 de long exposé dans la seconde moitié de la vitrine 4 ², ce serait plutôt d'une "pancarte" d'inventaire qu'à mon sens il s'agirait.

 

 

Pancarte - Salle 5 - Vitrine 4 ²

   

     Très ancienne puisqu'on trouvait déjà parties de ces énumérations gravées sur des stèles d'époque thinite, dans le programme figuratif des mastabas memphites d'Ancien Empire, cette liste prenait généralement place entre les cérémonies rituelles marquées, notamment, par la présence d'un officiant versant l'eau de la libation consacrant les offrandes, ainsi que celle des prêtres-lecteurs récitant (ou lisant) les paroles de glorification - ce qui est ici le cas -, et la scène du repas funéraire proprement dite.

 

     Si donc nous avons croisé les premiers voici seulement quelques jours, pour sa part, la représentation peinte de Metchetchi éventuellement assis devant sa table de victuailles ne nous est pas parvenue parmi la quarantaine de pièces de notre grand meuble vitré.

 

     Qu'à cela ne tienne, vous l'avez déjà rencontrée. Souvenez-vous, lors du tout premier rendez-vous que, voici un an, le 15 mars 2011 très exactement, j'avais consacré à ce dignitaire aulique : vous pouviez en effet remarquer ce tableau gravé sur la stèle fausse-porte détenue par le Metropolitan Museum de New York.

 

     Et plus près, il suffira de simplement vous retourner un instant vers la vitrine 5 derrière nous puisqu'elle propose semblable scène provenant du mastaba D 20 d'un autre haut-fonctionnaire royal de la même époque, un certain Tepemânkh (E 25408).

 

     Pour l'heure, revenons à Metchetchi, voulez-vous ?  Sur cette "pancarte" dont j'ai estimé judicieux de ne photographier que la partie centrale, la mieux conservée, la plus lisible, ne subsistent aujourd'hui que 38 petites colonnes s'étirant sur deux registres superposés et notifiant chacune le nom d'un produit : une diversité de pains véritablement confondante (une quinzaine !), des gâteaux également de multiples sortes, quelques catégories de fruits, dont caroubes et jujubes, diverses céréales et trois types de vin ... ; le tout inscrit en hiéroglyphes colorés suivis du déterminatif d'un homme agenouillé, doigts de pieds pointant sur le sol qui, dans la majorité des cas, tend un vase à bout de bras. Et en dessous, une case dans laquelle est chiffrée la ration prévue pour chacune de ces denrées alimentaires.

 

     Sachant que, dès la Vème dynastie, fut fixée une liste canonique du rituel de l'offrande comprenant, répertoriés toujours dans le même ordre, répartis en quelque 90 items, rites à exécuter et produits de bouche qu'à sa meilleure convenance le trépassé pouvait déguster, - énumération que l'égyptologue allemand Winfried Barta a minutieusement étudiée -, l'on peut, sans trop conjecturer, établir que chez Metchetchi manquent les 26 premières colonnes, à gauche, sur la hauteur des deux registres, soit qu'elles n'aient pas été arrachées jadis par les pillards à la paroi du tombeau dont, je vous le rappelle, aucune équipe de fouilles n'a, jusqu'à présent, retrouvé traces sur le plateau de Guizeh, soit qu'elles aient été vendues et disséminées dans diverses collections particulières. 

 

     En d'autres termes, pour nous arriver complète, la "pancarte" de Metchetchi eût dû se composer d'une cinquantaine de colonnes supplémentaires : celles de la partie supérieure étant les premières de l'ensemble, celles du desous nommant essentiellement les types de viande et de volaille.  

 

 

     Soyez évidemment conscients, amis lecteurs, que ce gargantuesque festin des scènes du repas funéraire que vous ne manquerez pas de rencontrer dans vos visites de mastabas - in situ ou dans les musées - ne rendent nullement compte des repas réels pris par les Égyptiens de l'Antiquité, fussent-ils notables : ce ne sont, d'une part, qu'images à valeur performative de ce que souhaite bénéficier tout défunt au cours de sa seconde vie et, d'autre part, que manière d'exprimer un des aspects du système relationnel établi entre lui et les membres vivants de sa famille, voire ses amis, tous censés, à certaines périodes déterminées, lui déposer sur la table d'offrande au pied de la stèle fausse-porte de quoi subsister dans l'Au-delà.

 

 

     Qu'elle se lise de droite vers la gauche, ou dans le sens inverse ; qu'elle se présente en colonnes verticales - à l'instar de celle de Metchetchi -, ou en cases carrées comme chez Tepemânkh ; que peinte ou gravée, elle figure soit sur un des murs d'une chapelle funéraire, sur une des parois de cercueils tels ceux retrouvés dans la nécropole de Sedment en 1992 et 1993 ou sur un des panneaux d'une stèle tryptique comme celle de Ky et de son épouse Zatchedabed (E 14184), ici à l'étage supérieur, cette imposante nomenclature du rituel de l'offrande qui put connaître quelques variations d'une dynastie à une autre à la fin de l'Ancien Empire et à la Première Période intermédiaire présente néanmoins pour chacune de ces époques un catalogue type, constituant ainsi un critère de datation précis pour tout nouveau monument semblable éventuellement mis au jour.

 

     Loin de moi l'envie, au terme de notre présente discussion, de vous réciter l'intégralité des produits mentionnés et des actions à accomplir proposées pour chacune de ces listes canoniques : fastidieux et tautologique, l'exercice n'aurait aucun intérêt !

 

     En revanche, et uniquement à titre d'exemple, accordez-moi quelques instants encore pour rapidement synthétiser la "pancarte" gravée en relief dans le creux sur le panneau gauche de la stèle-chapelle de Ky et de son épouse que je viens ci-avant de rapidement citer.

 

     Les 17 premiers énoncés se réfèrent aux rites préparatoires : ceux de purification, (verser l'eau, lit-on d'emblée), d'encensement (à deux reprises : brûler l'encens), d'onction (avec les sept huiles rituelles que nous rencontrerons la semaine prochaine), de maquillage (un sachet de fard vert, un de fard noir), d'habillement de la momie (2 bandes d'étoffe), de préparation de la table des offrandes alimentaires ; puis viennent les deux mentions stipulant les dons de bouche en provenance du palais.

 

     Les colonnes 18 à 25 concernent le premier repas, le petit déjeuner : invitation est faite au défunt de s'installer à sa table (Assis !, lui est-il péremptoirement enjoint) sur laquelle plusieurs variétés de pains lui sont octroyées, accompagnés de deux vases de bières différentes.

(Pain et bière, je vous rappelle, constituent les premiers ingrédients nommés dans la traditionnelle formule d'offrandes.)

 

     Les propositions suivantes, de 26 à 87, fondent véritablement le principal de l'alimentation post mortem : elles comprennent l'énumération absolument époustouflante que j'épinglais tout à l'heure chez Metchetchi d'une quinzaine de pains différents précédant les pièces de viande et de volaille (épaule de boeuf, cuisse de boeuf, rognon, côte de boeuf, foie, rate, poitrineoie cendrée, oie rieuse, canard pilet, sarcelle d'hiver, pigeon). Viennent ensuite différents types de gâteaux (au moins quatre), de bières (quatre également) et d'autres boissons (non précisées), de vins (cinq sortes), de céréales, grillées ou non, (orge blanche, orge verte) et de fruits.

 

     Vous noterez toutefois que cette longue liste de vivres ne mentionne bizarrement qu'un seul légume - l'oignon -, alors que plusieurs sources font état de différentes catégories, notamment les tables d'offrandes figurées sur les parois des mastabas qui en regorgent et que, par parenthèse, l'on ne parvient pas toujours à bien déterminer ! 

 

     Et la "pancarte" de ce couple ayant vécu à la Xème dynastie de se terminer par quelques formulations assez générales, vagues à souhait (88 à 90) : toutes les bonnes choses ; toutes les friandises ; toutes les offrandes du Nouvel An ...

 

 

     Loisible à vous maintenant, amis lecteurs, de monter au premier étage ci-dessus, en salle 22, et d'ainsi la découvrir sur la paroi gauche de cette stèle-chapelle, dans la galerie d'étude n° 1, au tout début de la première vitrine de droite ...         

 

  Stele-chapelle-E-14184--SAS-.jpg

 

 

      (Grand merci à la conceptrice du blog Louvreboîte pour l'amabilité avec laquelle, en prenant du monument ce cliché parmi d'autres, elle a remarquablement et rapidement répondu à mon attente.)

 

 

 

(Abdel Fatah/Bickel : 2000, 1-36 ;  Barta : 1963, 8-9 et 47-9 ; Van de Walle : 1978, 37-44 ; Ziegler : 1990, 131-2 et 244-52)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 00:00

 

      Aux fins d'édifier une tribune permettant d'accueillir le public d'un spectacle "Sons et Lumières", des fouilles furent entreprises en 1970 et 1971 - interrompues puis reprises de 2001 à 2006 - par le Centre franco-égyptien d'étude des temples de Karnak (CFEETK), à l'est du Lac Sacré.

 

     Et exactement entre le bord du bassin et un rempart à bastions érigé au Nouvel Empire qui, un millier d'années durant, constitua la limite extrême du sanctuaire, les archéologues mirent au jour, sur quelque 140 mètres de longueur, adossé au mur d'enceinte de Thoutmosis III, un quartier de maisons édifiées en briques crues, livrant un matériel épigraphique et mobilier prouvant indubitablement que, dès la XXIème dynastie et jusqu'à la XXVème, elles avaient hébergé des membres de la classe sacerdotale thébaine.

 

      A raison d'un mois trois fois l'année, des prêtres avaient donc vécu là, dans l'enceinte même du domaine d'Amon, proches du plan d'eau dans lequel, rappelez-vous amis lecteurs, je vous l'ai expliqué lors de notre dernière rencontre, ils devaient se purifier deux fois le jour et deux fois la nuit, de manière à être hygiéniquement aptes à glorifier Amon, bien sûr, mais aussi, pour certains d'entre eux, Montou, Ptah ou Osiris.

 

     Extrêmement important en Egypte antique, le clergé auquel très succinctement j'ai fait allusion lors de cette précédente intervention comprenait, en plus des officiants répartis dans les autres temples du pays, des prêtres funéraires dont les services étaient ponctuellement requis lors des cérémonies funèbres.

 

     Ce matin, vous me permettrez de n'accorder mon attention qu'à ceux rencontrés chez Metchetchi ou, plutôt maintenant, en salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre et qui, au début de la seconde partie de la vitrine 4 ², défilent sur les fragments E 25517, (41 cm de hauteur pour 56 de long), E 25518 (22 cm de haut et 22,5 de long) et E 25541 (16 cm de haut et 15 de large) en dessous du registre des offrandes aux teintes - dont le bleu - magnifiquement bien conservées, surmontés qu'ils sont par un bandeau de superbes hiéroglyphes colorés.

 

 

46. Prêtres funéraires (2009)

 

 

     A cause de l'incomplétude de la scène due à l'arrachage anarchique pratiqué par les voleurs qui s'introduisirent dans le mastaba, il n'a tenu qu'à la présence du premier des hommes ici debout à gauche pour que nous soyons à même de déterminer celui auquel, parmi les rites en rapport avec l'offrande, s'adonnait le personnage agenouillé : les égyptologues en ont en effet dénombré dix-sept différents en tout, dont la moitié au moins nécessitant cette position courbée.

      

Verser l'eau de la libation (Louvre : Cliché H. Lewandowski)-.jpg

 

      Toutefois, et le geste du prêtre ritualiste - Ihy, un des fils de Metchetchi, comme l'indiquent les quelques hiéroglyphes peints entre eux deux - et surtout l'aiguière hes qu'il manipule m'autorisent à avancer que l'homme agenouillé tend les mains au-dessus d'un bassinet dans lequel son collègue verse, par-dessus sa tête, l'eau de la libation destinée à consacrer les offrandes tout en lui purifiant préalablement les mains.

 

 

 

 

 

 

    Ces hommes sont immédiatement suivis de deux autres, arborant perruque longue et barbiche rectangulaire.


  Prêtres lecteurs (E 25517 (H. Lewandowski)

 

 

     Ils se caractérisent en outre par le port d'une bande d'étoffe de lin blanc, sorte d'écharpe ceignant leur torse partant de l'épaule gauche et descendant jusqu'à l'aisselle droite, ainsi que d'un pagne court à devanteau triangulaire : il s'agit de prêtres-lecteurs - kheri-heb, en égyptien, c'est-à-dire "celui qui porte le rituel", comprenez : celui dont la tâche consiste à lire ou à déclamer le texte de la cérémonie ; récitateur, comme disait au début du XXème siècle l'égyptologue belge Jean Capart.

 

     En réalité, le terme complet était khery-hebet hery-tep qui définit, à tout le moins à partir du Nouvel Empire et jusqu'à la fin de la civilisation égyptienne, ceux des lettrés habiles en sciences sacrées, intellectuels de très haut niveau bénéficiant d'une position honorifique dans la hiérarchie des serviteurs de l'Etat pharaonique.

 

      Il faut toutefois savoir qu'à lui seul, hery-tep détenait une signification bien particulière : il désignait ce qu'il est convenu d'appeler - à défaut d'un terme moins négativement connoté - un magicien.

 

     Loin de connaître la marginalisation inhérente à notre époque, la magie constitua, chez les anciens Égyptiens, un fait de culture à part entière : partant du principe qu'il est toujours possible d'influer sur le cours naturel de la vie, elle permettait à tous, de l'agriculteur au souverain, sans oublier les divinités, de combattre les forces négatives, sempiternellement synonymes de ce chaos tant abhorré.

 

     Êtres purs par excellences, ils avaient accès aux secrets des dieux. Exceptionnels connaisseurs des textes liturgiques et parce qu'ils étaient capables de les appliquer en nombreuses circonstances, ces prêtres-lecteurs, ces "magiciens" furent énormément sollicités. A Basse Epoque, leur érudition dépassa même les frontières du pays puisque, si je m'en réfère à Hérodote, Darius, roi de Perse, avait pris soin de s'adjoindre un médecin égyptien parmi les plus réputés. Plus tard, Alexandre le Grand et l'empereur romain Marc Aurèle auront eux aussi à coeur de s'entourer de l'un ou l'autre semblable érudit.  

 

     Vous concevrez alors aisément que la distinction entre magie et croyances religieuses s'avère extrêmement ténue ; à l'instar de celle entre magie et médecine. Lettrés, prêtres de haut rang, magiciens, médecins, ces hommes l'étaient mêmement.

 

     C'est d'ailleurs un de ces prêtres-lecteurs que le roi récompense à la fin du premier des quatre récits subsistant parmi les neuf jadis copiés sur le célèbre Papyrus Westcar, défini dans la littérature égyptologique comme un recueil de contes des magiciens à la cour de Khéops.

 

 

     Sur le fragment (E 25517) ici devant nous, le premier des deux prêtres-lecteurs tient un grand papyrus dans la main droite et le second, un plus petit, roulé dans la gauche. Ce dernier avance paume droite vers le haut, geste typique - et codifié - de ceux qui s'expriment en public.

 

     En tant que prêtres des morts, ces hommes officiant lors de cérémonies funéraires étaient des ritualistes privés, nullement attachés à un temple quelconque, qui n'avaient donc pas à assumer le culte de la divinité qui y était honorée : ils n'appartenaient qu'au clergé des dieux de l'Au-delà, Anubis et Osiris. 

 

     Toutefois, parmi eux, et parce que détenteurs de la connaissance des écritures sacrées, parce que rompus à leur exégèse, seuls les prêtres-lecteurs pouvaient tout à la fois officier au sein même d'un sanctuaire et lors des funérailles de particuliers.

 

     Et si, lors du cérémonial de l'embaumement, ils étaient tenus de psalmodier les prières rituelles, formules liturgiques correspondant à certaines étapes comme celles de la seconde onction et du bandelettage de la tête ; si, parfois, devant la bête sacrifiée, ils récitaient des litanies, - souvenez-vous de ceux dont j'avais, mardi dernier, simplement relevé la présence, à Saqqarah, dans le tombeau de Mererouka en train de réciter les formules rituelles sur la bête sacrifiée, dans la cérémonie funèbre évoquée ici, ils lisent pour Metchetchi les glorifications du menu d'offrande : c'est à tout le moins ce qu'indiquent à la fois les hiéroglyphes peints disposés en colonne devant chacun d'eux ainsi que, au-dessus de leur tête, ceux du bandeau horizontal.


 

     Et la scène de se terminer par un cinquième personnage, sans indication de patronyme qui, à l'image de celui que nous avons déjà croisé le 17 décembre dernier, soulève légèrement le couvercle d'un encensoir de manière à, comme l'expliquent ceux des hiéroglyphes conservés de part et d'autre, encenser Metchetchi grâce aux vapeurs purifiantes qu'humeront inévitablement ses narines.

 

        

42.-Fragment-E-25517--2011-.jpg

 

 

 

     Venue l'heure de nous quitter, vous conviendrez sans peine qu'il n'est pour moi nul besoin de m'attarder sur les deux autres petits éclats que les Conservateurs en charge de cette vitrine ont disposés tout à côté dans la mesure où, sur E 25518 s'y termine la théorie des mêmes prêtres-lecteurs

 

 

Fragments E 25517, E 25518 et E 25541.jpg

 

 

et sur E 25541, fort endommagé, semble se profiler un porteur d'étoffes, probablement destinées à la momification à venir du défunt ; personnage qui, à mon sens, ne ressortit en rien au domaine clérical ...  

 

 

     Les sacerdotes que nous avons cotoyés ce matin, amis lecteurs, auxquels étaient dévolus les rites funèbres constituèrent donc dans l'Égypte ancienne une classe de prêtres spécialisés et, pour la plupart d'entre eux, totalement indépendants du personnel des temples. Serviteurs du ka, ils eurent à gérer non seulement l'ensemble des funérailles proprement dites mais aussi la protection des différentes étapes de la momification préalable, sans oublier le culte post mortem assurant notamment aux défunts qu'ils bénéficieront bien de manière pérenne des offrandes alimentaires et autres nécessaires à leur seconde vie.  

 

 

 

 

(Capart : 1907, 56 ; Hérodote : 1964, 174 ; Janot : 2010, 19 ; Koenig : 1994, 15-39 ; Laboury : 2001, 49-52 ; Pernigotti : 1992, 151-87 ;  Sauneron : 1988, 35-118 ; Traunecker : 1993, 83-93 ; Vandier : 1964, 106-13 ; Ziegler : 1990, 132-3

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 00:00

 

     Nous devons surtout nous garder, en nous abusant sur le terme de prêtres, de les considérer comme les dépositaires d'une vérité révélée qui ferait d'eux une secte à part, vivant en marge de la société et ne s'y risquant que pour entraîner les foules, par des sermons passionnés, à une vie morale plus riche ou plus active.

 

Serge  SAUNERON

  Les prêtres de l'Egypte ancienne

 

Paris, Edition Perséa

pp. 40-1 de mon édition de 1988

 


 

     Avant de poursuivre notre évocation des offrandes accordées à Metchetchi représentées sur les différentes parois de son mastaba et que concrétisent pour nous, ici, dans la vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, quelques-uns des quarante-trois fragments peints sur mouna, j'aimerais à présent, amis lecteurs, m'attarder sur un détail qui ne vous aura certes pas échappé, mentionné lors de notre rencontre de ce mardi : j'y avais en effet fait allusion à des prêtres-lecteurs que l'on voit dans certaines tombes - notamment à Saqqarah, celle de Mererouka, un des vizirs du roi Téti, à la VIème dynastie -, réciter les formules rituelles  sur la bête sacrifiée.

 

     Non pour cette raison précise, mais semblables officiants, parmi d'autres prêtres funéraires, furent aussi convoqués par Metchetchi, qui défilent ici devant nous.

 

 

41. Fragments E 25517 - E 25518 et E 25541 (Louvre)

 

 

     Toutefois, avant de leur consacrer plus spécifiquement notre prochain rendez-vous, il m'agréerait ce matin, en guise de préambule, d'évoquer pour vous de manière générale la caste sacerdotale de l'Égypte antique.

 

     Est-il vraiment besoin de souligner qu'à l'instar du terme "temple", fort éloigné de la fonction d'accueil des fidèles de nos églises actuelles, il ne s'agit nullement d'interpréter celui de "prêtre" à l'aune de notre vocabulaire contemporain ? De vous préciser que ces hommes présentent bien peu de traits communs avec ceux auxquels l'on attribue ce nom de nos jours ? D'ajouter qu'ils ne furent nullement les dépositaires d'une mission divine auprès des fidèles, comme l'indiquait l'égyptologue français Serge Sauneron qui leur a, naguère, consacré une remarquable étude qui fait toujours autorité ?  

 

     Parfois de sang royal, parfois arbitrairement choisis de génération en génération dans les mêmes familles de notables, parfois élevés à cette fonction par un souverain qui tenait ainsi à les honorer pour services rendus, parfois aussi ayant tout simplement acheté leur prébende, ces hommes n'étaient membres d'un clergé que quelques mois l'année s'ils évoluaient au sein d'un temple, et ponctuellement lors d'obsèques quand ils fonctionnaient en tant que prêtres funéraires. De sorte que, la plupart du temps, dans l'antique Kémet, cette classe connut obligatoirement une vie active parallèle ; quand ce n'étaient pas, inhérentes à son mode de recrutement, des valeurs morales et spirituelles bien éloignées de ce que l'on serait en droit d'espérer d'elle ...


     Et si pour la définir, je m'autorisais l'oxymore de "sacerdoce civil" ?

    

     Certes, ceux d'entre vous qui gardent en mémoire quelques pages de leur cours d'histoire d'antan et notamment celles consacrées à la vie déréglée des Borgia ou autres papes de la Renaissance s'adonnant, entre autres inconduites, au népotisme et à la vente des Indulgences, tous, peu ou prou, - et sans en être évidemment conscients - faisant le lit du futur protestantisme, ne s'étonneront guère de rencontrer au fil des textes égyptiens l'un quelconque prêtre que la quête du divin ne préoccupait pas vraiment ! 

 

     Serge Sauneron ose même le syntagme "de savoureuses crapules" pour en désigner certains, temporisant toutefois en ajoutant qu'il exista plus de fervents desservants de cultes, voire même de "saints" hommes, que de galeuses brebis ...

Ouf ! Nous voilà rassurés : les Égyptiens n'étaient pas si différents de nous, finalement !

 

     Quoique ...

     Hérodote ne nous explique-t-il pas que les prêtres se lavaient dans le Lac Sacré des temples, ablutions renouvelées deux fois la journée et deux fois la nuit ?

Qu'ils s'astreignaient à se raser entièrement le corps tous les deux jours, pour éviter la souillure d'éventuels poux ou autres vermines ?

Qu'ils se devaient également, mus par le même souci de propreté, d'être circoncis ?

Qu'ils respectaient, eux, l'abstinence sexuelle ?

 

     Certes ils pouvaient prendre femme - (sans le S du pluriel, si j'en crois Diodore de Sicile, alors qu'aucune restriction quant à la polygamie n'entravait les envies de tout autre habitant) - mais se gardaient bien de pousser l'huis de l'intimité de leur compagne avant ceux des temples : ne lit-on pas à ce propos, à Edfou, que pour y officier, l'impétrant avait obligation de pureté, partant, de s'imposer une continence de plusieurs jours ? 

 

     En réalité, pour utiliser une dénomination moins vague, il serait plus correct de les appeler "purifiés" plutôt que "prêtres". Mais alors il se pourrait que mes propos ne fussent pas compris ; de sorte que, sacrifiant au vocabulaire admis dans le landerneau égyptologique, je conserverai moi aussi le terme consacré tout en vous demandant de rester attentif aux restrictions que j'aurai ce matin posées ...

 

      

     Appartenant à une des strates sociales de prime importance dans l'Égypte ancienne, on était prêtre parmi un imposant contingent de coreligionnaires, plus ou moins hiérarchisés, honorant le dieu tutélaire du temple d'une localité bien précise.

 

     Que ce soit d'un sanctuaire majeur, comme celui d'Amon à Karnak, ou de second plan, toujours, ne l'oubliez pas, ils n'étaient que délégués, que substituts d'un souverain, seul vrai détenteur pour sa part de la fonction sacerdotale ... assortie de celles de nommer - et de destituer ! - selon son bon plaisir.

 

     Au sein même de l'organisation cléricale, à l'instar de celle de l'État, une hiérarchie fut de mise, à la tête de laquelle se trouvait le Premier Prophète, terme quelque peu inapproprié que nous devons aux Grecs, tout de suite suivi des Deuxième, Troisième et Quatrième Prophètes, qu'il serait bien plus exact de nommer premier, deuxième, ... serviteurs du dieu. Comme d'autres, dans le même temps, furent serviteurs de l'État.

 

     Par rapport à ce "haut-clergé" existait évidemment un "bas-clergé" : parmi ces sacerdotes subalternes égyptiens, les hemou netcher selon la terminologie exacte, j'épinglerai, sans réel souci d'exhaustivité, les stolistes qui, quotidiennement, avaient en charge la toilette puis l'habillement de la divinité présente dans le temple, immanente en sa statue ; les prêtres-ouab (= prêtres purs) que l'on rencontre parfois portant la barque divine durant les processions ; les horologues auxquels était dévolue, jours et nuits, la tâche de déterminer l'instant exact qui marquait le début des différentes parties du culte ; ainsi que les prêtres-lecteurs que je citai en introduisant ce matin mon propos et qu'il me plairait de vous présenter le 20 mars prochain puisque Metchetchi crut bon de s'en assurer magiquement les services en les faisant figurer sur une des parois murales de son mastaba.

 

      A mardi ?   

 

 

     

(Pernigotti : 1992, 151-87Sauneron : 1988, 35-118)

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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 00:00

 

Un enfant,
Ça vous décroche un rêve
Ça le porte à ses lèvres
Et ça part en chantant
Un enfant,
Avec un peu de chance
Ça entend le silence
Et ça pleure des diamants
Et ça rit à n’en savoir que faire
Et ça pleure en nous voyant pleurer
Ça s’endort de l’or sous les paupières
Et ça dort pour mieux nous faire rêver


Un enfant,
Ça écoute le merle
Qui dépose ses perles
Sur la portée du vent
Un enfant,
C’est le dernier poète
D’un monde qui s’entête
A vouloir devenir grand
Et ça demande si les nuages ont des ailes
Et ça s’inquiète d’une neige tombée
Et ça s’endort, de l’or sous les paupières
Et ça se doute qu’il n’y a plus de fées

 

 

Jacques BREL

L'Enfant

 

(Extrait)


 

Drame Sierre.jpg

 

 

Belges ? Hollandais ?

Suisses ? Luxembourgeois ? Français ? ...

 

Quelle importance ?

 

Ce sont des Enfants ... C'étaient des Enfants ...

 

 

NOS  ENFANTS ...

 

 

Ce vendredi : journée de deuil national ...

 

Et tous les autres vendredis, les autres samedis, les autres dimanches.

Et tous les autres lundis, mardis, mercredis et jeudis : journées de deuil familial ...

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 00:00

 

     Tiens ses deux cornes ! ...

     Retourne la tête de ce boeuf, dépêche-toi ! ...

     Fais que nous puissions égorger ...

 

Injonctions écrites dans certains mastabas de la VIème dynastie

 

Citées par Pierre MONTET

Les scènes de la vie privée dans les tombeaux égyptiens de l'Ancien Empire

 

Paris, Librairie Istra, 1925

p. 163

 

 

 

    Véritable topos iconographique qu'inévitablement ceux parmi vous qui se sont déjà rendus en terre pharaonique auront remarqué au détour d'une visite de la nécropole de Guizeh, le thème du sacrifice d'un boeuf que j'ai introduit lors de notre dernier rendez-vous devant la vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre faisant d'ailleurs partie de ce que la littérature égyptologique nomme "scène de boucherie", se retrouve sur un des fragments peints (E 25519), de 34 cm de haut pour 27 de long, provenant du mastaba de Metchetchi.

 

  Fragment E 25519 (2009)


 

      Au registre inférieur de ce nouvel éclat exposé seul approximativement au milieu du meuble vitré ici devant nous,

 

Vitrine-4----Gros-plan--SAS-.jpg

 

immédiatement sous la figuration du gavage d'une oie, ne subsiste malheureusement qu'une infime partie de l'ensemble : en effet, visible uniquement jusqu'à mi-corps, un homme maintient levée une des pattes antérieures de l'animal qu'il s'apprête à dépecer grâce à la probable utilisation - nous sommes à l'Ancien Empire - d'une lame de silex incurvée, nommée dès par les textes. 

 

     Bien qu'ici disparu dans la mutilation affectant la partie inférieure du registre, j'indique probable dans la mesure où ce type d'instrument - couteau à soie,  comprenez : dont la partie effilée de la lame se prolonge dans le manche - fut abondamment représenté sur les parois murales d'autres chapelles funéraires et tout aussi abondamment exhumé lors de fouilles archéologiques.

 

     Ainsi, cet exemplaire, exposé au Musée royal de Mariemont (Belgique) et dont je dois le cliché à l'extrême amabilité d'un membre du forum d'égyptologie que tous deux nous fréquentons. (Grand merci à toi, Corinne)

 

 

Couteau à soie - Mariemont (Photo : Corine Smeesters).jpg

 

    Parce que très présent dans le sous-sol, parce que de grande qualité, le silex (dès, en langage vernaculaire) fut largement utilisé dans le quotidien de divers corps de métiers, dont les bouchers, mais également dans des gestes ritualisés d'officiants-sacrificateurs, de souverains ou de divinités s'attaquant aux forces négatives susceptibles d'entraver la bonne marche du pays.

 

     Probablement aurez-vous noté, amis lecteurs, que ce couteau pointu à manche court et le terme silex en tant que matériau portèrent à l'époque exactement le même nom (dès = T 30 de la liste de Gardiner  T31  )  ;  tout comme d'ailleurs, et ce n'est pas un hasard, le même hiéroglyphe  ( T33, T 33), servit tout à la fois pour désigner le boucher et le fusil avec lequel il aiguisait ses instruments.

 

 

      En vous référant - comme souvent je le fais (grand merci Thierry !) -, au programme iconologique et épigraphique du mastaba de Ty remarquablement étudié sur le site OsirisNet, vous pourrez, sans trop conjecturer, comprendre les différentes étapes de l'opération d'abattage du boeuf que pratiquaient ces hommes dans leur atelier.

 

     La scène ci-dessous, dessinée jadis par l'égyptologue français François Daumas d'après l'original figuré au premier registre de la paroi est du second couloir - (que son étroitesse et le manque de lumière empêchent de photographier -), vous permettra non seulement de visionner l'évolution de leurs actions mais aussi, grâce aux séquences hiéroglyphiques des différentes colonnes, de déterminer l'activité précise de chacun, ainsi que de prendre conscience des dialogues ou injonctions qui parfois s'échangent.

 

(Pour la forme, permettez-moi de rappeler qu'au-dessus de chaque personnage, les hiéroglyphes le concernant se lisent de droite à gauche si son visage est tourné vers la droite et de gauche à droite s'il est tourné vers la gauche. Et d'ajouter ce moyen simple pour mémoriser cette "règle" : commencez à lire en vous dirigeant vers la tête des hommes ou des animaux.


 

Ty---Sacrifice-du-boeuf--2--Corridor-2--paroi-est.gif

   

 

      Dans un premier temps donc, il s'agissait d'enserrer ensemble les pattes postérieures au moyen d'un solide lien et de passer un noeud coulant autour de l'antérieure gauche de manière à la soulever quand, de toutes ses forces, un aide s'agrippait à la corde. Déséquilibré sur trois pattes dont deux totalement paralysées, subissant en outre des torsions manuelles au niveau de la queue et des cornes, le boeuf s'affaissait alors et était maintenu entravé, tête renversée sur le sol et gorge à la merci du couteau qui n'avait plus qu'à y pénétrer.

 

     Pendant ces préliminaires, un homme - le premier à l'extrême gauche du croquis ci-dessus - affûte son instrument de découpe avec la pierre attachée à sa ceinture. C'est ce qu'indiquent les hiéroglyphes le surmontant (n° 8) : Aiguiser le couteau par le boucher

 

     Dans un second temps, assuré que ses aides avaient tout mis en oeuvre pour que l'animal soit dans l'impossibilité de réagir d'une quelconque manière, le boucher enfonçait donc son couteau dans la gorge offerte d'où giclait le sang qu'un acolyte recueillait et emportait dans un récipient.

Non représenté ici, nous avons, rappelez-vous, précédemment rencontré ce porteur de vase chez Metchetchi.

 

     En n° 9, le texte nous explique : Dépeçage d'un jeune boeuf par les bouchers du domaine.

 

     Ensuite, insérant la lame entre les os, il sectionnait la patte restée libre d'entraves - l'antérieure droite, en l'occurrence -, maintenue à la verticale par un de ses compagnons. (Dépecer un jeune boeuf par le boucher, nous indique le n° 12.)

 

     Par probité intellectuelle, je me dois - malheureusement - d'introduire ici une notion qui en attristera plus d'un parmi vous : selon certains égyptologues qui ont analysé cette scène, l'ordre dans lequel je viens de vous présenter le début des opérations serait tout autre.

 

     ... il est probable que le khepech qu'on doit offrir au mort était parfois coupé sur l'animal vivant. Sans doute la viande était-elle considérée comme meilleure ..., écrit notamment l'égyptologue français Jacques Vandier dans son étude sur le sujet.

 

     "Cabochiens" avant la lettre, nos sacrificateurs égyptiens auraient donc coupé la patte antérieure droite avant d'occire la victime !

 

     A l'appui de cette terrible suspicion, le fait que le boeuf soit entravé. Car quel besoin d'ainsi le ligoter, argumente-t-il, si on lui avait préalablement tranché la gorge ?

 

     Sans toutefois qu'il soit ici question d'une symbolique liturgique, mythologique ou astrale telle que nous l'avons rencontrée à propos du sacrifice de l'oryx mis en rapport avec l'acte séthien d'attenter à l'intégrité de l'oeil d'Horus, tel que je l'ai expliqué dernièrement, cette ablation, premier acte du repas d'un défunt, parce qu'indubitablement codifiée, ressortissait à l'évidence au domaine du rite : aussi, dans certaines tombes voit-on des prêtres-lecteurs réciter les formules rituelles  sur la bête sacrifiée. Et dans d'autres, il semblerait que soit vérifiée la pureté de l'animal. 

 

      Venait aussi l'instant de retirer le coeur de la poitrine : Arracher le coeur par le boucher, lit-on au n° 10 et de le déposer dans un récipient. Et les mêmes exégètes d'affirmer qu'ici encore, ce geste pouvait être exécuté du vivant de la bête à immoler.


     Le sacrifice du bovidé, aussi ritualisé soit-il, participe pleinement de la volonté de matériellement permettre au propriétaire de la tombe de bénéficier de la pérennité de sa subsistance dans l'Au-delà. Raison pour laquelle deux serviteurs du ka quittent l'abattoir emportant chacun la patte antérieure prélevée sur les animaux mis à mort. Les textes définissent alors l'action générale elle-même (n° 17) : Apporter ..., et la spécificité de l'offrande :

 

-  n° 14 : ... la découpe - entendez les morceaux de choix - à l'ami unique, Ty ;

-  n° 15 : ... la nourriture du matin, par le prêtre funéraire du mois ;

-  n° 16 : ... la nourriture du soir, par le prêtre funéraire du mois.

 

     Il est aussi important de savoir que quand procession de ces serviteurs  il y avait, ceux présentant le khepech marchaient en tête : généralement, ils étaient membres de la famille du défunt.


      Cette patte précise constituait indubitablement l'offrande la plus estimée, la plus souhaitée par les Égyptiens pour leur repas funéraire : ainsi, dans la liste des vivres que décline le "menu" souvent peint ou gravé dans les mastabas, - la "pancarte", comme la nomment aussi certains linguistes -, ce morceau de choix, est mentionné avant tout autre.  

  

    Les premières opérations rituellement menées à bien, essentielles et éminemment symboliques quant à leur ordre d'éxécution, vous l'aurez compris, il revenait aux bouchers le soin de poursuivre la découpe du boeuf telle qu'ils l'entendaient, plus aucun geste prioritaire ne leur étant alors imposé : fendre la peau, séparer les chairs, extraire boyaux et viscères, lever les filets, trancher les pattes postérieures à hauteur de la jointure du tibia et du fémur, débiter cuisses, jarrets, côtes et côtelettes, enlever tête, foie, reins ...


     Retenait ainsi leur attention tout ce qui était consommable, partant, susceptible de figurer sur la table des victuailles offertes au défunt où attendaient déjà pains, fruits, légumes, volailles, jarres de bière ou de vin ; en un mot comme en mille, tout ce qui lui assurerait la pérennité de sa subsistance post mortem.

 

     Quant à certaines parties de l'animal qui ne lui étaient point proposées, elles revenaient directement aux sacrificateurs ritualistes et à leurs aides : c'était, par exemple, le cas de la peau-meseka que se partageaient officiants mais aussi divers artisans ...

 

 

      


(Jean : 1999, 34-6 ; Midant-Reynes : 1980, 40-3 ; Montet : 1910, 41-65 ; ID. 1925, 161 sqq. ; Vandier : 1969, 128-85)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 00:00

   

     Avant d'envisager avec vous, amis lecteurs, la représentation dans un futur proche de l'apport de produits spécifiques ne ressortissant plus au domaine de la nourriture, j'aimerais aujourd'hui, devant la vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre exposant une quarantaine de fragments peints provenant du mastaba de Metchetchi,  poursuivre l'évocation d'offrandes au défunt semblables à celles que nous avons rencontrées, le 28 février dernier, évoluant toujours vers la droite ; c'est-à-dire, souvenez-vous, faisant partie des registres du mur sud de la pièce. 

 

     Permettez-moi de simplement rappeler que cette convention quant à la direction empruntée par ces défilés de serviteurs du ka était tributaire du fait que, sur le mur du fond, à l'ouest donc, c'est-à-dire là où se situait l'empire des morts, étaient gravées les stèles fausses-portes au pied desquelles certains membres de la famille se devaient de déposer les offrandes alimentaires sur une pierre destinée à cet effet.

 

     Et dans le droit fil de ce rendez-vous que nous eûmes le 3 mars pour expliquer les différentes manières de sacrifier un oryx, j'escompte, dans un premier temps, évoquer ce nouvel éclat de 15 cm de hauteur et 23 de long, (E 25535), malheureusement fort endommagé, dont nous devons le cliché à l'excellence de SAS, (Merci Madame),

 

 

47.-Fragment-E-25535--SAS-.jpg

 

 

et qui, manifestement, devrait éveiller en vous quelques souvenirs, récents ou plus anciens.

 

     Si d'une main, cet homme agrippe deux ou trois canards, c'est surtout de ce qu'il tient de l'autre qu'il m'intéressera dès ce matin de vous entretenir : vous distinguerez en effet qu'il porte une patte de boeuf.

Comme celle, rappelez-vous, qu'un peu plus avant dans cette même vitrine, nous avions entraperçue chez un autre serviteur se dirigeant quant à lui vers la gauche, précédant son collègue portant un vase de sang. 

 

 

Fragments E 25530 et E 25536 (2009)

 

 

     Comme aussi, en la précédente salle 4, dans la chapelle funéraire du mastaba d'Akhethetep que nous avions visitée en octobre 2008.


 

Akhethetep.jpg


 

     Ce geste d'emporter le khepechpièce de choix, selon ce qu'affirment les textes, faisait partie intégrante d'une thématique iconographique récurrente au niveau des reliefs et des peintures funéraires : nous en avions vu un autre exemple en décembre 2008 dans la chapelle d'Ounsou, toujours en salle 4, au registre supérieur du fragment (N 1393) :

 

 

N-1393.jpg

 

 

il s'agit de ce que les égyptologues ont pris l'habitude de nommer scène de boucherie.

 

     Même si, à plusieurs reprises, les animaux vivant en hordes sauvages aux marges du désert firent l'objet de sacrifices - je pense à la gazelle, à l'antilope et surtout à l'oryx -, force est de reconnaître que, pour la plus grande majorité de ces figurations, ce fut celui du boeuf - animal apparemment le plus consommé par les classes aisées de la société -, que les artistes égyptiens nous donnèrent à voir.

 

     Semblables représentations, il faut le savoir, générèrent naguère cette antienne que tant je décrie : l'art égyptien ne serait qu'accumulation de poncifs. Que triste monotonie. Qu'insupportable tautologie !

 

     Faisons fi, une fois pour toutes, de ces exaspérants clichés dans le chef de certains critiques et abordons sans plus tarder le sujet précis pour lequel j'ai souhaité la petite introduction d'aujourd'hui.


     Mon propos, vous le constaterez, ne portera pas sur les différentes races de bovidés que connut l'Égypte dans la mesure où, en mai 2009 déjà, je vous en avais succinctement proposé une nomenclature - qu'il serait peut-être intéressant de vous remettre en mémoire. Aussi, me contenterai-je de simplement signaler que, le plus souvent, ce fut le boeuf ioua, engraissé en étables pour la circonstance, qui eut l'honneur de cet abattage frappé au coin du rituel ; le nega, boeuf des prairies, plus farouche, plus maigre aussi - ceci pouvant expliquer cela -, fut quant à lui bien plus rarement choisi. 

 

     Après de nombreuses années, les égyptologues ne se sont toujours pas accordés pour déterminer avec certitude si ces scènes de dépeçage rendent compte de ce qui se passait couramment dans les domaines d'un Ty, d'un Mererouka, d'un Metchetchi ou s'il s'agit d'un sacrifice ponctuel, c'est-à-dire effectué lors de l'enterrement du maître, voire à une quelconque date anniversaire commémorant son souvenir.

 

     Quoi qu'il en soit, leur récurrence au bas des parois des chapelles funéraires, l'abondance des détails qui les distinguent les unes des autres, tous ces signes prouvant l'importance qui leur était accordée appellent d'évidence quelques approfondissements bienvenus.

 

     Raison pour laquelle, amis lecteurs, il m'agréerait que nous nous revoyions ici le13 mars prochain.

 

     A mardi donc, pour autant qu'à nouveau l'évocation de sacrifices sanglants ne vous rebute pas trop ...     

 

 

 

(Vandier : 1969, 128-85 ; Ziegler : 1990, 134)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 00:00

 

     Je t'apporte l'oryx abattu à la Place d'exécution. L'ennemi de l'oeil est sous ton couteau, tu le vois massacré et tu te réjouis de son anéantissement.

 

 

Discours du roi à Horus

Inscription au temple d'Edfou

 

 

dans Philippe DERCHAIN

  Le sacrifice de l'oryx

 

Rites égyptiens I

Bruxelles, F.E.R.E., 1962

p. 44

 

 

 

 

     A maintes reprises dans mes interventions, j'ai déjà insisté, amis lecteurs, sur l'ambiguë dualité des rapports des Égyptiens avec les animaux : les adorant quand il s'agissait de voir en eux un compagnon, un dieu ou le gibier apprécié de leurs papilles gustatives, les abhorrant quand ils leur attribuaient des pouvoirs maléfiques. Ainsi en fut-il par exemple de l'oie du Nil et du canard, mais aussi de l'antilope et de l'oryx.


 

     Considéré comme le réceptacle des forces du mal, ce dernier, lourd de significations mythologiques, se devait d'être annihilé pour permettre au défunt de jouir pleinement de sa vie post mortem, si la scène était représentée dans une tombe, pour contrecarrer ce qui risquait de menacer l'ordre, partant, la bonne marche de la société, si elle était gravée sur les parois d'un temple. 

 

     Le notable harponnant le poisson et celui lançant son bâton de jet aperçus au sein des tableaux de chasse et de pêche dans les marais nilotiques, n'avaient, souvenez-vous, nulle autre raison d'être : il s'agissait pour eux aussi de tout tenter afin que soient mises hors d'état de nuire les puissances mauvaises susceptibles d'entraver le déroulement harmonieux de sa vie dans l'Au-delà.

 

     Nonobstant, il vous faut rester conscients que tout animal sacrifié parce que censé héberger des forces négatives qu'il demeure primordial de contrer, servait encore par la suite à la nourriture du dieu présidant à la destinée d'un temple. Et de ce fait, considérer que quelles que soient ses interprétations, au rituel du sacrifice de l'oryx sont indissolublement associées des raisons alimentaires. 

 

     Mais qu'avait-elle donc bien pu faire, cette si élégante gazelle blanche, vous interrogiez-vous au terme de notre dernier entretien, pour subir un sort aussi peu amène ?


 

Fragment E 25512 (1er personnage) (2011)

 

     Depuis le 14 février date à laquelle nous avons pour la toute première fois admiré l'élégance des traits d'un oryx sur un des fragments peints du mastaba de Metchetchi, ici, dans la vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, j'ai tenu à préciser pour vous, le mardi immédiatement après le congé de carnaval, les raisons de sa présence dans l'iconologie de l'offrande puis, samedi dernier, les différentes méthodes utilisées par les officiants ritualistes pour l'occire.

 

     Indépendamment d'une raison cynégétique évidente depuis les temps préhistoriques - piéger puis tuer pour se nourrir de l'animal que l'on avait pris soin de préalablement faire défiler devant le défunt -, maints temples d'époque gréco-romaine font état d'un sacrifice ritualisé à connotation franchement mythologique pour le punir d'un acte dont il était accusé. Ainsi, sur la façade est du temple d'Esna :


 

Esna---Sacrifice-oryx---Facade-Est.JPG

      En effet, tout comme le porc de la première vitrine de cette même salle que j'avais naguère également évoqué, il vint un temps à partir duquel il fut, malheureusement pour lui, identifié à Seth, le dieu fratricide, le meurtrier d'Osiris, celui qui un jour ravit l'oeil lunaire d'Horus !

 

     Contrairement à ce qu'avancent maints collègues, l'égyptologue belge d'origine verviétoise Philippe Derchain, s'appuyant essentiellement sur les textes pariétaux des temples d'Edfou et de Denderah, mais aussi de Philae, affirme que ce n'est que tardivement que certains mythes assimilèrent l'oryx à ce dieu hostile.

Mais sûrement pas à l'Ancien Empire, sûrement pas à l'époque de Metchetchi ...

 

     De sorte qu'à la différence du cochon noir, on ne peut décemment imputer à l'aristocratique animal l'origine des souffrances oculaires infligées à Horus. Partant, on ne peut lui attribuer la bien grande responsabilité d'avoir mis en péril l'ordre cosmique jadis institué par les dieux.

 

     Nonobstant, il est pourtant certain qu'on le sacrifia déjà rituellement à l'Ancien Empire : certains passages des Textes des Pyramides en attestent, notamment le 138 c et le 1826 b.

Mais alors, quelle en fut la raison ?

 

     J'ai tué l'oryx avec mon couteau, pour que son corps soit transformé en vêtement pour toi tandis qu'ils fabriquent la barque de Sokaris, peut-on lire dans le temple d'Edfou.

 

     Assertion intéressante qui nous éclaire sur deux points : dès les temps les plus anciens, ce sacrifice codifié  permettait de bénéficier de sa peau et de consacrer l'animal à Sokaris.

 

     Pour ce qui concerne l'utilisation de son cuir au niveau vestimentaire, je pense obvies les raisons et de ce fait n'avoir nul besoin de m'étendre davantage. En revanche, l'allusion à une liturgie inhérente à l'élaboration d'embarcations sacrées mérite que j'y consacre un court instant.

 

     Que la confection d'une barque henou pour Sokaris - dieu des morts à Memphis, à tout le moins avant qu'Osiris l'eût remplacé dans cette fonction -, nécessitât un cérémonial précis au cours duquel l'oryx était décapité aux fins de récupérer sa tête et d'en orner la proue de la barge divine ne fait plus aucun doute.

Usage qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler la tête d'un boeuf qui, à partir du Nouvel Empire toutefois, connut une destination identique pour l'esquif de la même divinité.

 

     Quoi qu'il en soit, même si ne s'explique guère la présence de ce trophée de chasse en guise d'étrave, le rite du sacrifice de l'oryx, les textes le prouvent, fut un de ceux auxquels les rois égyptiens s'adonnèrent en vue d'honorer un de leurs dieux.

 

     Plus tard, au Nouvel Empire, apparemment dès le règne d'Amenhotep III comme je vous l'indiquai déjà samedi dernier, puis, surtout à Basse Epoque, l'iconographie des temples tardifs voulut dénoncer l'acte séthien de destruction de l'oeil lunaire d'Horus : il fallait donc obligatoirement écarter tout ennemi de la lune.

 

     Raison pour laquelle, dans le seul but cette fois de protéger l'autre oeil d'une éventuelle agression, rencontrerez-vous souvent proche de la scène de l'abattage de l'oryx, une seconde, pratiquement semblable, qui décrit l'acte d'immoler ce que notre esprit cartésien considère comme une bien inoffensive tortue, en rapport elle, avec l'oeil solaire du même Horus.

 

     A nouveau, sur la façade est du temple d'Esna :

 

Esna---Sacrifice-tortue---Facade-est.JPG

     


    Pour les Égyptiens, ces gestes rituels fondamentalement apotropaïques permettaient de s'assurer  le parfait fonctionnement des deux astres !

 

     (Immense merci à Martine, conceptrice du blog djeserdjeserou et par ailleurs Présidente de l'Association Papyrus de Lille, de m'avoir permis avec grande aménité d'exporter les deux clichés ci-avant qu'elle a réalisés au temple d'Esna.)

 

 

     Concluons maintenant, voulez-vous, et faisons pour l'occasion preuve d'un nécessaire esprit de synthèse - chassez le naturel de l'Enseignant et il revient au galop ... d'un oryx !

 

     Dès l'époque préhistorique, prédynastique, l'animal, comme tant d'autres vivant aux confins désertiques de l'Égypte, fut piégé, capturé, maintenu un temps en captivité, domestiqué, engraissé au besoin puis finalement sacrifié, prisé qu'il était pour sa chair et son cuir.

 

     A l'Ancien Empire, à tout le moins dès la VIème dynastie puisque les premiers Textes des Pyramides en font état, son sacrifice devint l'objet d'un premier rituel : sa tête devait, pour une raison que l'on ignore encore, orner la proue de la barque du dieu Sokaris.

 

     Par la suite, au Nouvel Empire assurément, mais peut-être un peu avant, il fut assimilé au malveillant Seth et ainsi accusé d'avoir attenté à l'oeil d'Horus, mettant de ce fait l'équilibre du pays en danger. Dès lors, et jusqu'aux époques grecque et romaine, l'oryx fut sacrifié par le souverain non plus pour une raison liturgique mais dans le cadre d'un rite astral. C'est ce que nous démontrent à l'envi scènes et textes gravés dans des temples ptolémaïques comme ceux d'Edfou, de Denderah et de Philae ...  

 

 

(Derchain : 1962, passim)

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