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27 juin 2011 1 27 /06 /juin /2011 23:00

 

     Charme profond, magique, dont nous grise

Dans le présent le passé restauré !

 

 

Charles Baudelaire

Un fantôme

 

Les Fleurs du Mal, 41, II,

Le Parfum


  Oeuvres complètes, Paris, Seuil

p. 64 de mon édition de 1968

 

 

 

     Une ultime fois, nous nous retrouvons vous et moi, amis lecteurs, ici en salle 12 bis du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre pour ensemble admirer - le verbe n'est point superlatif ! - d'importants documents du XIXème siècle consacrés à l'histoire du prélèvement par Emile Prisse d'Avennes, en 1843, de la "Chambre des Ancêtres" de Thoutmosis III, initialement sise dans le coin sud-est de la Salle des Fêtes de l'Akh Menou, à l'extrémité de l'axe ouest-est du temple d'Amon-Rê, à Karnak. 


 

Chambre des Ancêtres - Dessin de Prisse

 

     (Dessin  d'Emile Prisse d'Avennes datant de 1843 (BnF, Estampes, Ya 1-148-4), rendant compte de l'état du monument avant son enlèvement, lithographié par Alfred Guesdon et publié par le Moniteur des Arts, 1845, T. II, p. 113, que j'ai pris la liberté de photographier à partir de sa reproduction à la page 54 du Catalogue de l'exposition Visions d'Egypte, à la BnF.) 

 

 

     Dans leur plus grande majorité, ces trésors de papier ont été prêtés par le Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale de France, sise dans le "Quadrilatère Richelieu" (2ème arrondissement) - à n'évidemment pas confondre avec celle, voulue par François Mitterrand, quatre livres symboliquement ouverts sur le monde de la culture, en face de Bercy, dans le 13ème arrondissement de Paris.

 

     A l'intention de ceux qui, parmi notamment mes lecteurs belges, ne seraient pas vraiment familiarisés avec cet important lieu de mémoire parisien, vous me permettrez d'ouvrir ici une petite parenthèse.

     Désigné en toutes lettres sous le vocable de Département des Monnaies, Médailles et Antiques de la Bibliothèque Nationale de France, l'endroit abrite en fait la collection d'objets rares, donc précieux, tels manuscrits, pièces d'orfèvrerie, pierres gravées, monnaies antiques que, sous Philippe Auguste déjà (1165-1223), les rois de France se sont constituée au fil des siècles. De sorte que,  toute proportion gardée, ce "Cabinet du Roi" peut à bon droit se prévaloir du titre de plus ancien musée de France.

     Au XVIIIème siècle, le comte de Caylus, né, excusez du peu, Anne-Claude-Philippe de Pestels de Lévis de Tubières-Grimoard (cela ne s'invente pas !), au demeurant un des grands précurseurs de l'archéologie française, grand collectionneur aussi, rédigea un catalogue de l'ancien fonds : sept volumes furent ainsi édités entre 1752 et 1767. Publication qui, avec le temps, donna naissance à un inventaire complété, augmenté et mis à jour.


     Déménageant du 58 de la rue de Richelieu, la majorité des pièces égyptiennes qui s'y trouvaient réunies prirent, dans le premier quart du XXème siècle, le chemin  vers les quais de Seine, vers le Louvre tout proche ; et parmi elles, la "Chambre des Ancêtres".

     Enfin, pour information, il me reste à rapidement signaler à ce sujet que ce qu'il est maintenant convenu d'appeler à Paris "Quadrilatère Richelieu", en fait le berceau historique de la Bibliothèque nationale de France (BnF), est entré dans une phase de transformations, de rénovations suite aux nombreux espaces laissés libres depuis le départ, en 1998, des collections d'imprimés, de périodiques, de documents visuels et informatiques sur le site François-Mitterrand, dans le 13ème arrondissement.

     Cela permet un redéploiement de ce qui est resté à "Richelieu" : les manuscrits, les estampes, la photographie, les cartes et les plans, les monnaies, les médailles, les objets antiques, ainsi que les départements de la Musique et des Arts du spectacle ; et d'accueillir  aussi les bibliothèques de l'Institut national d'Histoire de l'Art et de l'Ecole nationale des Chartes.

 

      Pour l'heure, il est temps maintenant de revenir au Louvre et à nos manuscrits. Sur le mur à droite de l'entrée, face à celles que, souvenez-vous, nous avons déjà examinées samedi dernier, de nouvelles vitrines titillent ma curiosité, notamment la première d'entre elles, avec d'inestimables souvenirs historiques qui, pour la première fois, ont été exhumés des collections.

 

     Les Archives Modernes (AM) de la BnF conservent en effet dix-neuf lettres ayant la "Chambre des Ancêtres" pour centre d'intérêt. Il s'agit d'une correspondance reçue à l'époque par l'Administration de ce qui était encore appelé Bibliothèque royale : dans ce lot apparaissent des lettres de Prisse d'Avennes et des différents ministères concernant le déroulement de toutes les opérations  - démontage, transport, travaux de présentation et restauration - qui concernent le monument.

 

     Un véritable trésor que ces archives inédites ! Non seulement parce qu'elles permettent de préciser - et donc de reconsidérer - des fait importants de toute cette épopée mais aussi, et ce n'est peut-être pas le moindre de leur intérêt -, parce qu'elles autorisent de relire avec un esprit un peu plus critique la relation - partisane - qu'en fit le propre fils de Prisse, Emile-Maxime. 

 

     Sept de ces lettres capitales s'offrent ainsi à mes yeux embués par l'émotion :

 

-Paris--218---Lettres.jpg

 

j'ai l'impression d'avancer dans un rêve qui me permettrait de remonter le temps, de me trouver au XIXème siècle, dans un des bureaux ministériels parisiens ...


     Je dois m'efforcer un court instant à conserver ma sérénité avant d'enfin pouvoir lire une :

 

* Lettre du 15 juin 1844 émanant du ministre de l'Instruction publique, en réponse à Emile Prisse d'Avennes, à propos de la nécessité de réparer, à Toulon, certaines des caisses endommagées lors du trajet méditerranéen depuis Alexandrie et cela, avant leur départ pour Brest et Le Havre.

 

* Lettre du 6 septembre 1844 du même ministre mais, cette fois, au directeur de la Bibliothèque royale et au ministre de la Marine, aux fins de leur notifier l'arrivée, au Havre, de la corvette de charge l'Adour transportant les 27 précieuses caisses.

 

* Lettre du 21 novembre 1844 dans laquelle le ministre annonce l'acheminement, par erreur, de la cargaison au Musée du Louvre alors qu'incontestablemente Prisse la destinait à la Bibliothèque royale.

 

* Lettre du 7 avril 1845  par laquelle le ministre souhaite que soient achevés le plus rapidement possible les travaux d'aménagement du local destiné à recevoir la chapelle thoutmoside.

 

* Lettre du 15 octobre 1845 adressée par Prisse à M. Naudet, directeur de la Bibliothèque royale : certains blocs nécessitant des mesures d'interventions, de restaurations, le remontage de la chapelle se révèle plus problématique que prévu. De sorte que l'Avesnois propose de réaliser un bas-relief en stuc pour remplacer l'un d'eux trouvé en miettes ; et de dessiner par un trait d'encre toutes les parties manquantes ailleurs. 

 

     Procès-verbal consignant ces propositions fort discutées est rédigé :

 

-Paris--211.jpg

 

 

* Rapport du chimiste Dumas au sujet de la restauration à opérer sur le monument lui-même.

 

* Lettre du 25 octobre 1845 par laquelle le ministre Salvandy annonce sa venue à la Bibliothèque royale en vue de prendre connaissance de la présentation de la "Chambre des Ancêtres".

 

     Tout un périple ainsi renaît devant moi ; et il suffit de quelque peu tourner la tête pour retrouver, là au fond à droite, la matérialité de tout ce qui est ici évoqué par cette précieuse correspondance : la "Chambre des Ancêtres" de Thoutmosis III.

 

     Rêve ou réalité ?

 

Chambre des Ancêtres

 

 

     Une toute dernière table vitrée, avant de quitter les lieux,

 

 

-Paris--222.jpg

 

propose, autour des 4 gravures d'Alfred Guesdon tirées des dessins de Prisse publiés dans L'Illustration et conservées dans les propres archives de Théodule Devéria, à gauche : précisément le dit Journal universel (L'Illustration), ouvert aux pages 245 et 246, du 26 juin 1846, 

 

-Paris--220.jpg

 

où je me régale à parcourir, iconographie à l'appui, un article signé De Paucelier : Chambre des rois. Tableau généalogique des prédéceseurs de Thoutmès III, conservé à la Bibliothèque royale

 

     Et  à droite, datant de 1845, le deuxième tome de la Revue archéologique,

 

-Paris--221.jpg

 

dans laquelle un texte de Prisse d'Avennes en personne, Notice sur la salle des Ancêtres de Thoutmès III déposée à la Bibliothèque royale, nous prouve, si besoin en était encore, que l'archéologue du Nord est véritablement devenu au fil des années un savant de qualité : en effet, il établit des relations entre les noms des souverains de la liste de Karnak et d'autres sources, comme par exemple, un autel conservé au Musée de Leyde, aux Pays-Bas, une inscription rupestre à El Quseir, au bord de la mer Rouge et une stèle de la collection Harris, actuellement conservée au British Museum. 

 

 

     Aussi petite soit-elle, cette salle 12 bis réaménagée pour une bien remarquable exposition qui dura trois mois, dans laquelle j'ai  avec délectation passé tout un avant-midi, m'aura apporté moult détails nouveaux sur Emile Prisse d'Avennes, égyptologue, et sur le monument qu'il offrit à Paris, non seulement par le biais de panneaux muraux didactiques mais, surtout, par la lecture de documents inédits de première main exhumés des archives de la Bibliothèque nationale - plus précisément du Fonds PA, comme on aime à l'appeler là-bas.

 

     Que vouloir de plus, ou de mieux, pour accroître nos connaissances égyptologiques sur semblable vestige, et sur l'homme, exceptionnellement prolixe, qu'il fut ?  Et qui nous permet maintenant à tous, grâce à la prodigieuse manne de renseignements et de documents iconographiques qu'il a ramenée, de rencontrer des monuments à jamais disparus depuis !

 

     J'ai modeste espoir, amis lecteurs, que la visite virtuelle en quatre épisodes qu'à cette première exposition j'ai consacrée, à défaut de vous avoir peut-être enthousiasmés comme je le fus alors, aura au moins quelque peu contribué à peaufiner vos connaissances personnelles sur ce considérable vestige et son inventeur.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 23:00

 

     Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des autres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

 

Marcel PROUST

 

A la recherche du temps perdu,

Tome I. Du côté de chez Swann

 

Paris, Gallimard, Le Livre de Poche n° 1426-27,

p. 57 de mon édition de 1964

 

 

 

      Une des deux pièces maîtresses permanentes en la salle 12 bis du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre est, vous ne pouvez plus l'ignorer maintenant, amis lecteurs, la Chambre des Ancêtres que Thoutmosis III, - important souverain de la XVIIIème dynastie qui, un temps, fut politiquement contraint, comme je l'avais expliqué en décembre 2009, de "partager" le pouvoir avec sa tante et marâtre la reine Hatchepsout -, fit ériger dans l'angle sud-est de la "Salle des Fêtes" de l'Akh Menou, à l'extrémité du temple d'Amon-Rê, à Karnak.

 

 

Karnak l'akh menou

 

(Merci à François de m'avoir offfert ce cliché.)

 

     Sauvée de la destruction du temps et des chaufourniers par l'archéologue et égyptologue français Emile Prisse d'Avennes en 1843, elle fut envoyée à Paris, à la Bibliothèque royale l'année suivante, avant d'être finalement hébergée par le Louvre dans le premier quart du siècle dernier.

 

     Quant à l'autre monument majeur de cette petite salle 12 bis, je l'ai, rappelez-vous, signalé au passage : il s'agit du "Zodiaque" de Dendérah découvert par un officier de l'armée de Bonaparte lors de la Campagne d'Egypte, le général Desaix (prononcez "Deuzé") et ramené à Paris en janvier 1822 par un certain M. Lelorrain.

 

     De ce planisphère circulaire gravé en relief jadis situé au plafond d'une chapelle osirienne elle même élevée sur le toit du temple d'Hathor, à Denderah, au risque d'en décevoir certains parmi vous, je n'en toucherai mot dans le cadre de mes actuelles interventions puisqu'il n'a strictement aucun lien direct avec le thème de l'exposition organisée ici ce printemps 2011, et uniquement dédiée à Prisse d'Avennes.

 

     Toutefois, bon prince - ou bon "Passeur de mémoire", c'est selon -, je conseillerai ces quelques notes, sur le site internet du Musée du Louvre où ceux qui regretteront de ne pas me lire à ce sujet pourront glaner les premiers rudiments d'explications. 

 

    Revenons à présent, voulez-vous, à l'exposition proprement dite.  

Après notre découverte, mardi dernier, de la partie Égypte de pierre uniquement centrée sur la "Chambre des Ancêtres", je vous propose ce matin de poursuivre notre visite par l'évocation de la seconde partie, que les concepteurs ont judicieusement intitulée Égypte de papier : bien évidemment, elle concerne toujours  le monument, indubitable fil conducteur, mais elle est cette fois abordée sous l'angle de l'archivistique, c'est-à-dire par rapport aux nombreux textes de toute facture qu'elle a, en son temps, suscités.

 

     Nettement plus "sévère", plus didactique puisqu'il faut lire et lire encore, cette partie du projet mettant en lumière des écrits datant du XIXème siècle, donnant à voir des manuscrits rédigés par certains des plus grands égyptologues de l'époque, "notre" Avesnois en tête bien sûr, fut loin de déplaire à l'amateur d'ouvrages anciens que je suis.

 

     Oserais-je même une précision ; un aveu, pour l'écrire d'un mot ? Connaissant déjà pour les avoir ici maintes et maintes fois détaillées lors de mes précédents séjours depuis qu'elles ont été restaurées et les avoir quelque peu rencontrées au détour de mes études d'égyptologie et de mes lectures, ce sont moins les trois parois de cette chapelle que les manuscrits et autres ouvrages anciens de ces savants pionniers qui ont le plus retenu mon attention, que ce soit à la BnF - que j'évoquerai après les vacances scolaires -, ou, au Louvre, dans l'étroite salle 12 bis.

 

     Un regret. Car j'en éprouve toujours un lors de ce type de manifestation, identique à chaque fois : ne pas avoir la permission d'enfiler des gants blancs pour manipuler, ouvrir, feuilleter et m'enfouir tout entier dans ce trésor de papier aux dimensions souvent peu communes.

 

     Et ce regret se révèle en outre consubstantiel à un second,  convoquant également un de mes sens : ne pas être à même, à cause de la vitre qui  nous sépare, de les renifler, de les humer, d'inhaler l'odeur quasiment enivrante du papier vieux, de m'en saouler, comme quand je pénètre avec délectation dans la caverne aux richesses de certains bouquinistes de la galerie Bortier, rue de la Madeleine à Bruxelles, près de la gare centrale.

 

     Ma propre madeleine proustienne, en quelque sorte ...

 

     Toutefois, que mes lectrices se rassurent : je n'escompte pas changer d'eau de toilette pour me griser de la fragrance "Paper Passion", promise aux senteurs de livres anciens que l'infatigable Karl Lagerfeld désire, paraît-il,  prochainement commercialiser.

 

     D'effluves, point, ce matin, mais de précieux et très éloquents documents protégés dans les quelques vitrines de l'exposition que je voudrais maintenant, - je n'ai que trop tergiversé ! -, vous donner à voir.

 

     Quelles sont donc ces merveilles provenant essentiellement du Département des Manuscrits de la Bnf que, par la force des choses, je n'ai pu découvrir qu'aux pages choisies par les concepteurs de l'exposition ?


 

     Une première alcôve vitrée, dans le mur face à l'entrée, me met déjà en appétit :


-Paris--203.jpg

 

j'y relève deux manuscrits préparatoires d'Émile Prisse d'Avennes en personne sur "L'Enlèvement de la Chambre des Ancêtres" ;

 

 

-Paris--205.jpg

 

un autre, de 23 feuillets, qu'il a consacré à l' Etude du  Canon royal de Turin, papyrus qui propose également une liste de souverains égyptiens ; un dernier dans lequel il se penche et s'épanche sur les noms de rois et de dynasties.

 

 

     Deux autres ouvrages d'égyptologues français sont ici également mis à l'honneur : celui de Nestor L'Hôte traitant des cartouches royaux

 

-Paris--206.jpg

 

 

et celui d'Auguste Mariette à propos de la "Salle des Ancêtres" : mémoire resté inédit constitué de 40 feuillets de réflexion générale avec commentaires et bibliographie.

 

     Exposée aussi dans cette vitrine, une lettre prêtée par la British Library de Londres, rédigée par le père de l'égyptologie britannique, Sir John Gardner Wilkinson, dans laquelle il explique à son correspondant qu'il tente d'établir une chronologie relative des noms royaux en se référant à la liste de Karnak.

 

     Enfin, provenant de la Bibliothèque centrale des Musées nationaux à Paris, un dernier bijou : le deuxième tome du Königsbuch des Alten Ägypter, publié à Berlin en 1858 par le fondateur de l'égyptologie allemande Karl Richard Lepsius dans lequel il dresse la liste généalogique des monarques de la XIIème dynastie à partir de trois sources essentielles : la Canon royal de Turin, la Table d'Abydos et, bien évidemment, la "Chambre des Ancêtres" de Thoutmosis III.


 

     Tout à côté, sur la droite, à l'extrêmité de la même paroi, dans une vitrine encastrée qui, habituellement, contient un fragment de chapiteau de colonne avec le visage de la déesse Hathor (D 32), trois documents d'importance pour l'histoire du monument qui nous occupe : à gauche, le volume XVI de la "Correspondance politique, Egypte", conservé au Ministère des Affaires étrangères,

 

-Paris--215.jpg

ouvert à la lettre datée du 18 mai 1844 adressée au ministre de l'Instruction publique par le marquis de La Valette, Consul général de France en Egypte ; document qui rend officiel l'acheminement vers la France des 27 caisses contenant les blocs de la "Chapelle des Ancêtres". 

 

     Dans la partie droite de cette même vitrine, Notices des Monuments exposés dans le Cabinet des Médailles et dans la Bibliothèque royale,

 

(Paris) 217

 

ouvrage que Théophile Marion du Mersan (1780-1849), Conservateur adjoint au Cabinet des Médailles et Antiques de la Bibliothèque royale, publia en 1832.

 

     Et entre les deux,

 

(Paris) 216

 

deux feuillets correspondant au brouillon raturé d'un rapport manuscrit que rédigea en 1917 Ernest Babelon, alors Directeur du même Cabinet des Médailles, aux fins d'annoncer le transfert du célèbre monument au Musée du Louvre.


 

     Contre le mur opposé, en cette petite salle 12 bis du Département des Antiquités égyptiennes dans laquelle aujourd'hui encore nous sommes allés, les unes après les autres, de découvertes en découvertes les plus captivantes, les plus émouvantes aussi parfois, d'autres tables-vitrines présentent elles aussi de très intéressants documents à propos de l'histoire de la "Chambre des Ancêtres".

 

     C'est la raison pour laquelle, une dernière fois, je vous convie à m'y accompagner le 28 juin prochain, de manière à, non seulement poser le point final à cette visite de l'exposition présentée par le Musée du Louvre mais, surtout, sur un plan purement événementiel, à suivre le cheminement du monument en France, au XIXème siècle, à travers quelques exemples d'une correspondance détaillée, ainsi que l'un ou l'autre article dans la presse de l'époque. 

 

     A mardi, j'espère, pour ensemble partager l'enthousisame de rencontrer tant de trésors réunis à notre intention ...

 

 

*****

 

 

     J'ai le regret de devoir ici ajouter quelques lignes pour annoncer - ce que, je présume, tout le monde sait maintenant depuis plusieurs heures - le décès, ce jeudi 23 juin, de Madame Christiane Desroches Noblecourt.

 

     L'immense apport qui fut le sien à l'égyptologie n'est plus à  souligner : je pense que même ceux qui n'ont pas la passion qui nous anime, vous et moi, ont d'une manière ou d'une autre entendu parler d'elle.

 

     Et parce que, parmi tous ceux que j'ai lus, j'estime personnellement que c'est le plus bel hommage qui lui ait été "égyptologiquement" rendu, je vous propose de lire l'épitaphe qu'a écrite Eric Desrentes sur son blog.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 23:00

 

J'étais seul, l'autre soir, au Théâtre-Français,
Ou presque seul ; l'auteur n'avait pas grand succès.
Ce n'était que Molière...

 

 

Alfred  de  Musset

Une soirée perdue

 

dans Poésies nouvelles 

Paris, Bibliothèque-Charpentier,

p. 194 de mon édition de 1891

 

 

     Après avoir, samedi dernier, esquissé un portrait professionnel d'Emile Prisse d'Avennes, je vous convie ce matin, amis lecteurs, à m'accompagner à l'intérieur de cette petite salle 12 bis du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre où, en l'honneur du savant français, a été mise sur pied une fort intéressante exposition intitulée "Égypte de pierre, Égypte de papier".

 

     A l'instar d'Alfred de Musset, pendant ma longue visite, mes prises de notes et mes prises de vues, je fus complètement seul, ou presque seul : un temps, un visiteur passa subrepticement la tête. J'aime à croire que ce ne fut pas ma présence qui lui fit très vite se retirer.

Après tout, ce n'était que Prisse d'Avennes !, a-t-il dû penser ...

 

     Un petit incident me fit même plus que sourire : désirant mieux observer un document exposé dans une vitrine sur socle de bois, j'avançai trop vigoureusement le pied qui vint fortement buter contre le meuble. Déjà, ce bruit sourd dans un endroit aussi confiné eût dû interpeller les deux agents de surveillance que j'avais croisés dans l'immense galerie Henri IV toute proche.

 

     Pis : le contact déclencha une alarme qui, elle, ne pouvait laisser indifférent, surtout à une heure où, nous trois mis à part, tout était désert ... Mais peut-être crurent-ils que ce n'était que le fantôme du dieu moabite, Belphégor en personne, qui rejoignait sa statue comme, à l'époque romaine, les pénates leur foyer ...  

 

     Que croyez-vous qu'il arriva ? Eh bien, je continuai à rester parfaitement seul, ce matin-là, en cette salle-là, pour m'attarder tout à mon aise la reconstitution qui y avait été faite de la "Chambre des Ancêtres" de Thoutmosis III quand elle avait, dans le premier quart du siècle dernier, quitté le Cabinet des  Médailles de la Bibliothèque nationale à laquelle l'archéologue français l'avait léguée.


 

Chambre-des-Ancetres.JPG

 

 

      Egypte de pierre , donc, pour commencer notre visite, avec la dite table-vitrine "musicale" proposant, dessiné à partir des relevés de fouilles et annoté par Emile Prisse d'Avennes, en 1859 ou 1860,  un plan l'Akh Menou,  temple de régénération de Thoutmosis III

 

(Paris) 185

 

(Ce document est actuellement conservé au Département des Manuscrits de la BnF.)

 

     Sur le cliché que j'ai pris de ce plan, j'ai personnellement ajouté une flèche rouge de manière que la "Chambre des Ancêtres" devant laquelle nous nous trouvons ce matin vous soit plus facilement repérable, à l'extrémité sus-est de ce que les égyptologues appellent volontiers la "Salle des Fêtes".


     Petit bémol à mon enthousiasme : j'ai estimé didactiquement regrettable que les concepteurs de l'exposition n'adjoignent pas à ce plan une vue d'ensemble du domaine d'Amon-Rê de manière à permettre de visualiser les constructions de Thoutmosis III dans le contexte général du temple de Karnak.

 

     Aussi, me suis-je aujourd'hui autorisé, uniquement pour vous amis lecteurs dont beaucoup, probablement, ont déjà visité les lieux, de rappeler où se situait ce complexe ajouté par ce pharaon au début de son règne autonome, immédiatement après la Cour dite du Moyen Empire, à l'extrémité de l'axe ouest-est du temple divin.

 

     Et c'est ici par un A que, sur la photo ci-dessous, prise d'après l'ouvrage de Golvin/Goyon référencé en fin d'article, j'ai indiqué la situation de la "Chambre des Ancêtres".

 

Plan Karnak

 

 

      De quoi s'agit-il exactement ?

  Texte-Thoutmosis-III---Akh-Menou.jpg

Richard  LEJEUNE

 

 

     ... Il a fait, en tant que son monument pour son père Amon-Rê, l'aimé, l'acte d'élever pour lui l'Akh-Menou, comme quelque chose de nouveau, en pierre de grès.

 

 

     A plusieurs endroits du temple de Karnak, souvenez-vous du "Mur des Annales" qu'en décembre 2009 et janvier 2010 nous avions abondamment évoqué ensemble, Thoutmosis III fit graver des épisodes de sa vie, essentiellement militaires. Sur un des murs extérieurs de l'Akh Menou, l'on peut ainsi lire ses intentions pour glorifier Amon, dieu tutélaire de Thèbes, de lui avoir permis de remporter la (non-) bataille de Megiddo : lui ériger, à l'est de la cour du Moyen Empire, sur un espace quasiment vierge de toute construction antérieure, un temple de quelque 79 x 39 mètres, qu'il appellerait Menkheperrê est brillant de monuments - (Menkheperrê, entendez Thoutmosis III) -, se composant de plusieurs chambres, de magasins et d'une imposante salle à piliers et colonnes, communément appelée donc, "Salle des Fêtes".

Nous sommes en l'an 24 du règne.

 

     C'est dans l'angle sud-est de cette salle hypostyle que se trouvait une petite chapelle indépendante, quasiment de plan carré (2, 47 x 2, 65 m), s'ouvrant sur l'Akh Menou et dont les trois murs internes alignaient, en élégants bas-reliefs, une théorie de statues de souverains antérieurs à Thoutmosis III - 61 en tout -, figurés assis sur un simple siège cubique sans dossier ni accoudoirs et répartis sur quatre registres. Les noms respectifs de ces monarques se lisent dans des cartouches qu'accompagnent trois petites colonnes de hiéroglyphes .

 

     Sur la paroi de gauche,

 

Chambre des Ancêtres - Mur de gauche

 

 

le roi en taille héroïque présente par deux fois à ces illustres prédécesseurs les offrandes alimentaires traditionnelles disposées sur une table.

 

     Vous remarquerez que les parties de blocs manquants ou fortement dégradés ont été complétées par des dessins à l'encre  : il faut savoir que, par souci d'exactitude, de recherche d'authenticité pour une éventuelle reproduction - but inlassablement poursuivi dans toute son oeuvre -, Prisse d'Avennes avait pris soin, avant de démonter le monument, de relever l'ensemble des figures et des décors par estampage.


     Sur la paroi du fond, vous comprendrez qu'un axe central organise tout l'espace de manière que les personnages assis à gauche soient tournés vers la gauche, c'est-à-dire vers Pharaon offrant et, inversement, ceux à la droite de cette ligne médiane imaginaire regardent vers la droite, pour exactement la même raison.   

 

 

Chambre des Ancêtres - Mur du fond (2009)

 

 

     Mais quoi qu'il en soit de la direction, ces souverains - et c'est important à noter- ne sont en rien classés chronologiquement ! 

 

     Sur la paroi de droite, à nouveau Thoutmès III fait offrande à certains de ceux qui se sont succédé avant son propre règne.

 

Chambre-des-Ancetres---Mur-de-droite.jpg

 

 

     Comme le propose une autre vitrine, de tous ces cartouches royaux, pour en faciliter l'étude, l'égyptologue français Théodule Devéria (1831-1871), Conservateur-adjoint du Louvre, réalisa lui aussi en son temps des estampages, 

 

 

-Paris--196.jpg

 

 

c'est-à-dire des moulages sur papier vergé

 

-Paris--198.jpg

 

 

et put ainsi dessiner en plan l'ensemble des trois parois aux fins de consigner le tout dans un manuscrit.

 

 

-Paris--187.jpg

 

     Si certains des cartouches des rois ici convoqués ont été passablement abîmés et ne sont donc plus lisibles, un grand nombre restent néanmoins identifiables : de sorte que subsiste une importante liste de souverains des IVème, Vème et VIème dynasties - soit huit ayant gouverné aux temps les plus anciens de l'histoire égyptienne -, et des XIème, XIIème, XIIIème et XVIIème dynasties thébaines ; ces deux dernières, avec respectivement dix et neuf rois, constituant le corpus le plus développé.

 

     Il fut longtemps de tradition de considérer ce monument comme une table généalogique de ceux qui, avant Thoutmosis III, avaient régné à Thèbes ou avaient marqué de leur sceau de nouveaux apports architecturaux dans le temple de Karnak.

 

     Des études historiques plus poussées, notamment menées par Madame Elisabeth Delange, Conservateur en chef au Département des Antiquités égyptiennes ici au Louvre, permettent aujourd'hui de concevoir que les 61 pharaons figurés - loin d'être tous célèbres ! - ne constituent évidemment pas un document exhaustif et encore moins que leur présence n'est nullement le fruit d'un hasard : tout au contraire,  ils procèdent d'un choix délibéré du troisième thoutmoside.  

 

    Ainsi, qu'il ait voulu voir apparaître les souverains de la XIème dynastie, la famille des Antef et des Montouhotep, incontestablement fondateurs de la royauté thébaine, n'est pas innocent. Qu'y soient associés des rois de l'Ancien Empire ayant dressé des stèles triomphales dans le Sinaï là où, précisément,  il a mené une expédition personnelle en l'an 16 de son règne, relève assurément de la volonté idéologique de politiquement légitimer ses intrusions proche-orientales. 

 

     Bref, et sans vouloir ici reprendre tous les arguments avancés par Madame Delange - ce qui serait fastidieux pour le propos de notre rendez-vous de ce matin -, en un mot comme en cent, ses réflexions extrêmement pertinentes permettent de considérer la "Chambre des Ancêtres" de Thoutmosis III sur nouveaux frais, de la concevoir sous l'angle, notamment, d'un concept d'unification du pays, d'assise d'autorité et de pouvoir unanimement reconnu au-delà des frontières ... 

 

     Ce qui, vous en conviendrez amis lecteurs, nous entraîne bien loin d'une nomenclature ânonnée ad libitum comme celle des rois de France, qu'en  notre jeunesse, le professeur d'histoire nous obligeait d'entièrement mémoriser !   

 

 

      A ceux qui désireraient approfondir les notions développées par Madame Delange, je puis suggérer la lecture de la communication qu'elle a présentée au IXème Congrès international des égyptologues, à Grenoble en septembre 2004, publiée sous le titre Nouvelles clés de lecture de la Chambre des Ancêtres, aux pages 405 à 415 du premier des deux tomes du volume 150 de Orientalia Lovaniensia Analecta.

2032 pages malheureusement vendues 286 € par les éditions Peeters de Louvain (Belgique) et heureusement consultables en bibliothèques universitaires.

 

   

     Une ultime question reste à résoudre avant de nous quitter aujourd'hui  : comment et pour quelles raisons ce monument se retrouve-t-il à Paris ?


 

     ... des voyageurs m'ayant appris qu'on exploitait de nouveau les ruines de Karnac, je me suis empressé de remonter le Nil pour sauver de la débâcle la petite salle des ancêtres de Thoutmès III, peut-on lire sous la plume de Prisse d'Avennes dans un document conservé à la BnF, sous la référence NAF 20422, f. 368.

 

     Il faut savoir que l'égyptologue avait déjà déploré, en 1840, la destruction à Karnak de trois petits temples situés aux alentours de celui de Mout (...) pour fournir des matériaux à la construction d'une salpêtrière. Il assista même, impuissant, au dynamitage d'un pylône !

 

     Avant son démontage, de cette chapelle des souverains qui avaient précédé Thoutmosis III, Emile Prisse d'Avennes réalisa, au printemps 1843, le dessin ci-dessous, que j'ai photographié p. 54 du catalogue de l'exposition et qui se trouve actuellement dans les estampes de la BnF, sous la référence Ya 1-148-4.

 

 

Chambre des Ancêtres - Dessin de Prisse

 

     Avec l'accord des autorités françaises, l'archéologue démonte donc le monument qui, cette lithographie le prouve, menaçait de s'écrouler sous le poids des dalles du plafond.   

 

     Les destructions du temps auxquelles celles, récurrentes, des carriers venaient s'ajouter, avaient emporté l'adhésion :  au printemps 1844, 27 caisses contenant les blocs gravés quittent Alexandrie pour Toulon à bord du Cerbère, un bateau à vapeur, puis remontent vers Brest sur l'Adour, une corvette de la marine française et arrivent au Havre d'où elles seront finalement envoyées à Paris.

 

     Ironie du sort, erreur administrative : alors que la volonté de Prisse les destinait à la Bibliothèque royale, les reliefs aboutirent au Louvre ... où, en définitive, ils se trouvent à présent  en la salle 12 bis du Département des Antiquités égyptiennes, sous le numéro d'inventaire E 13481 bis.

 

 

Chambre-des-Ancetres--Salle-12-bis-.JPG

 

 

 

     Au moment de se quitter, permettez-moi, à ceux qui voudraient en savoir davantage, de conseiller ces deux liens :

 

* Une  Histoire de la "Chambre des Ancêtres" proprement dite, sous la plume - laudative  et à envisager avec beaucoup de circonspection - d'Émile-Maxime Prisse d'Avennes, fils de l'égyptologue.

 

* Un relevé, en allemand, des textes et cartouches visibles sur les trois parois, publié par Kurt Sethe dans ses "Urkunden IV".

 

* Et, grâce à François, un relevé des parois plus lisible que ma photo de celui de T. Devéria, dans le corps de l'article ci-dessus.

 


 

 

 

 

(Barguet : 2008, 157-82 ; Delange : 2011, 52-61 ; Golvin/Goyon : 1987, 14 ; Maruéjol : 2007, 204-10)

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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 23:00

 

     Le lendemain, avant l'aurore, nous nous acheminâmes vers les Pyramides d'où nous voulions saluer le premier soleil de 1828 : il y avait 5228 ans qu'il s'était levé pour la première fois sur ces monuments.

 

Emile Prisse d'Avennes

 

Manuscrit NAF 20418

f.150 v -151

Paris, BnF

 

 

 

 

     Nous nous sommes quittés mardi dernier, souvenez-vous amis lecteurs, devant ce buste d'Emile Prisse d'Avennes exposé à la droite de l'entrée de la salle 12 bis du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

 

(Paris) 148

 

    

     Pour la petite histoire, et parce que l'on lit tout et n'importe quoi sur le Net à propos de ce marbre, j'aimerais très brièvement évoquer son parcours parisien.

 

     Ce portrait fut commandé à Léo Roussel en 1889 par le Musée du Louvre, pour son département égyptien qui l'acquit en 1900.

 

     Traversant les jardins du Palais royal, il partit un temps se reposer au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale (BnF).

 

      En 1981, il est rapatrié au département des sculptures du Musée du Louvre.

 

    Nouvelle sortie en 1986 : il franchit la Seine pour être affecté au Musée d'Orsay.

 

     Et depuis 1999, il a (définitivement ?) réintégré le Louvre.

 

 

     Avant que, de conserve, nous commencions mardi prochain à visiter l'exposition dédiée à cet égyptologue français, je voudrais aujourd'hui, amendant un article que je lui avais consacré quand il s'était agi, en février dernier, d'introduire l'Enseignement de Ptahhotep, esquisser un semblant de biographie professionnelle.

 

 

     Achille Constant Théodore Emile Prisse d'Avennes (né à Avesnes-sur-Helpe, région Nord-Pas de Calais, en1807) n'a que 20 ans quand, après avoir combattu en Grèce dans les rangs philhellènes,  puis vécu aux Indes pour honorer le poste de secrétaire du gouverneur général, il arrive  à Alexandrie où il se joint à une théorie d'experts, ingénieurs comme lui, mais aussi techniciens, militaires et conseillers étrangers, essentiellement français, aux fins de participer, sous la férule du vice-roi d'Egypte Méhémet Ali, au redressement de l'économie et au développement général dans le sens d'une modernisation que ce dernier entend imprimer à son pays.

 

     Même si  cinq années auparavant, Jean-François Champollion découvrait le sens des hiéroglyphes, rien, au départ, ne destinait ce jeune ingénieur civil à s'intéresser  véritablement à l'égyptologie : car ce ne sont que des propositions de travaux d'hydrographie - création d'un canal qui aurait dû relier Alexandrie au Caire, construction de ponts suspendus sur le Nil - que, dans un premier temps, il soumit au Pacha. Aucun de ses projets, en ce compris celui qu'il envisagea par la suite pour le transport, jusqu'à la Place de la Concorde, à Paris, de l'obélisque de Ramsès II que le souverain égyptien offrait à la France pour exprimer sa reconnaissance eu égard aux travaux philologiques de Champollion, n'eut l'heur d'aboutir.

 

     Aussi, quand Méhémet Ali, entreprenant une restructuration de son administration, se départ de nombre de Français qu'il avait pourtant généreusement accueillis, l'Avesnois saisit l'opportunité de "changer de vie" : à presque trente ans, Emile Prisse devient Edris Effendi ; l'élégant jeune hydrographe du Nord va se muer en explorateur, en archéologue, en égyptologue et, vêtu  tel un Oriental, parlant l'arabe, il décide de partir à la découverte à la fois de l'Egypte antique et de la moderne.   

 

 

 

Prisse d'Avennes

 

 

     De janvier 1836 à mai 1844, Edris Effendi que les travaux de Champollion ont définitivement convaincu de rallier l'égyptologie naissante, sillonne le pays dans un esprit éminemment encyclopédique : certes, au premier chef, il s'intéresse aux vestiges pharaoniques mais fait également la part belle à l'ethnographie, à l'anthropologie, à la minéralogie aussi, à la botanique, aux conditions de travail des autochtones arabes qu'il découvre et dont il admire la civilisation et surtout son art.

 

     Ce seront alors notes manuscrites, relevés, plans, croquis, calques, estampages, aquarelles, photographies de l'Egypte antique et de la contemporaine, pris in situ qui, huit années durant, matérialiseront à profusion ses déambulations du Delta à la Nubie et alimenteront par la suite des publications qui marqueront du sceau du progrès la balbutiante science égyptologique. Sans oublier de mentionner - apport non négligeable à l'Histoire littéraire -, que ses notes et dessins inspireront notamment son ami Théophile Gautier pour la composition, en 1858, de son Roman de la momie.  

 

     Et ce seront également la "Chambre des Ancêtres", du temple d'Amon-Rê à Karnak (E 13481 bis) ;  

 

Chambre des Ancêtres (Salle 12 bis)

 

 

un fragment de linteau (E 13482 ter - Salle 25, vitrine 5) avec Amenhotep IV faisant offrande à Aton ; la stèle dite "de Bakhtan" ( C 284 - Salle 12, deuxième partie),  

 

Stele-de-Bakhtan--C-284-.JPG

 

 

ainsi qu'une superbe cuillère à fard (E 8025 bis - Salle 9, vitrine 3)

 

 

Cuillere-a-fards--E-8025-bis-.jpg

 

 

qui quitteront les rives du Nil pour, in fine, entrer dans les collections du Louvre.  

 

     N'oublions évidemment pas - je l'évoque régulièrement tous les samedis - dernier élément mais non le moindre de la provende qu'il rapporta de son premier voyage : un rouleau de quelque 7 mètres de long désormais connu sous le nom de Papyrus Prisse - (et dont voici le premier feuillet de l'Enseignement de Ptahhotep que, notamment, il contient) -,

 

 

Egyptien-186--Ptahhotep-1-73-.jpg

 

qu'à son retour après 17 ans d'absence, il offrit à la Bibliothèque Royale. Dans ce qui est aujourd'hui devenu la Bibliothèque nationale de France, sur le site désormais appelé Quadrilatère Richelieu (entrée principale : 58 rue de Richelieu), il figure dans les collections du Département des Manuscrits (division orientale), sous la référence Egyptien 183-194.

 

     C'est là que nous l'y rencontrerons après les vacances, à la fin du mois d'août ...


 

     Pour Prisse d'Avennes, le retour au pays natal s'éternisa 14 ans durant. Quatorze années pendant lesquelles il n'eut de cesse de préparer et mettre au point l'édition de certaines de ses nombreuses notes manuscrites. Sans oublier la création d'un fac-similé de "son" papyrus. 

 

     Il s'occupa bien évidemment de reconstituer la "Chambre des Ancêtres" qu'il avait également offerte à l'époque à la Bibliothèque royale ; monument désormais au Louvre et que je me propose de vous faire découvrir lors de nos prochains derniers rendez-vous ...

 

     Enfin, en juin 1858, obtenant des subsides du ministère de l'Instruction publique pour mener à bien de nouvelles recherches archéologiques et d'autres du ministère du Commerce en vue d'étudier de possibles débouchés pour l'industrie française, il retourne en Egypte, deux seules années cette fois, muni d'une triple mission : scientifique, artistique et, forcément, commerciale.

 

     Un jeune photographe parisien, Edouard Jarrot (1835-1873) et un tout aussi jeune peintre flamand, lointain parent de Prisse, Willem de Famars Testas (1834-1896), l'accompagnent. Leur activité tant en Egypte qu'en Nubie fut considérable : j'en veux pour preuve l'immense production de dessins, de calques, d'estampages et de photographies que les trois hommes ramenèrent et dont l'exposition de la BnF se voulut un excellent et très intéressant reflet.

 

     Riche de ce précieux fonds qu'après le décès de son mari en janvier 1879 madame Prisse d'Avennes lui légua, la BnF put ce printemps s'enorgueillir d'avoir mis sur pied, conjointement avec le Musée du Louvre, une remarquable exposition qui, malheureusement, ne sembla pas vraiment attirer les foules parce que,  probablement, pas suffisamment "spectaculaire", mais eut au moins le mérite de nous permettre de mieux appréhender cet homme incroyablement prolixe que fut Emile Prisse d'Avennes.


 

     A mardi donc, 21 juin, pour ensemble, amis lecteurs, nous retrouver ici même, salle 12 bis du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

      

 

 

  

(Prévost : 2011, 8-15 ; Thibaudault : 2006, 15-22)

 

 

 

Ajoutons que cette note ne doit rien de biographique

qu'à notre désir d'éclairer le lecteur.

 

Jacques LACAN

Ecrits  I

 

Paris, Seuil, Collection "Points Essais" n° 5

p. 71 de mon édition de 1999

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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 23:00

 

     Mme Bonacieux et le duc entrèrent au Louvre sans difficulté ; Mme Bonacieux était connue pour appartenir à la reine ; le duc portait l'uniforme des mousquetaires ... 


 

Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires

 

Genève, Famot,

p. 147 de mon édition de 1986

 

 

 

     La première partie du titre de mon intervention de ce matin,  vous l'aurez compris, amis lecteurs, laisse supposer que je vais sous peu retrouver, à tout le moins au terme de notre rendez-vous, ce Paris perdu que j'évoquai la semaine dernière.

 

     En revanche, et parce que nous célébrions hier en Belgique un anniversaire particulier : un an sans gouvernement officiel, j'en suis venu à me demander si longtemps encore je vais chercher un pays, le mien, avant d'y connaître, politiquement structuré, un vrai gouvernement issu des élections du 13 juin 2010 qui, enfin, aura prérogatives pour envisager de nouvelles dispositions dans des domaines moins conventionnels que celui des "affaires courantes" ...

 

 

     A défaut, je pourrai, j'espère, toujours me réfugier en cette ville dans laquelle j'ai abondamment erré, souvenez-vous, en quête de "Mon Paris" et grandement angoissé mardi et samedi derniers de ne rencontrer que dissimulations, replis et camouflages de toutes sortes lors de mon récent séjour.


 

     Comme je l'avais prévu, le deuxième jour, dès l'ouverture au public, je décidai de pénétrer,  à l'instar de huit millions et demi de  visiteurs chaque année, dans l'Antre de la Culture,


 

-Paris--042.jpg

 

non par une de ses entrées côté Seine

 

-Paris--284.jpg

 

 

qui, non seulement, m'eût remémoré bien des craintes de la veille mais aussi contraint à me retrouver dans la Cour Napoléon, où malgré l'heure matinale

 

-Paris--276.jpg

 

beaucoup déjà se pressaient pour s'agglutiner à un bien bizarre serpent d'humains que l'envie et le bonheur d'être des privilégiés rendaient stoïques alors que leur attente risquait de s'éterniser.

 

     En réalité, comme à mon habitude depuis bon nombre d'années, je préférai l'accès nettement moins fréquenté - parce que vraisemblablement moins connu des étrangers -, du 99 de la rue de Rivoli et, par la pyramide inversée,


 

Pyramide-inversee.JPG

 

 

rallier le hall Napoléon qui, doucement, s'éveille.

 

 

-Paris--591.jpg

    

 

     D'aucuns me suggéreront peut-être que, pour échapper à la foule, d'autres moyens eussent été possibles :

 

 

-Paris--545.jpg

 

 

ou peut-être :

 

Pyramide---Reparation.JPG

 

 

     Je leur accorde ! Mais point encore n'ai osé ...

 

  

     Sous la pyramide, comme convenu, je fus abordé par SAS, mon contact parisien.

Notre échange ne dura guère, nos missions respectives emplissant notre temps. Il ne fallait pas non plus éveiller le moindre soupçon : je voulais rester anonyme de manière à tranquillement poursuivre mes recherches. Discrètement, il me fournit LE document attendu qui, modestie mise à part, me remplit d'une certaine satisfaction.

  Le-Flash--Mai-2011-.jpg

 

 

     Comme à mon habitude également, c'est, par l'escalator Sully,  vers le Département des Antiquités égyptiennes que je me dirigeai en priorité, longeant pour y accéder les fondations mises au jour de l'arsenal de Philippe Auguste qui allait devenir le médiéval palais des rois de France, sur lesquelles étaient projetées de minuscules silhouettes se mouvant en surface, oeuvre de l'artiste israélienne Michal Rovner.

 

 

-Paris--163.jpg

 

 

     Bien évidemment, Lui, m'attendait patiemment, comme à chaque fois, sans un mot ...

 

 

Crypte.jpg

 

     (Merci, SAS. Pour ce cliché ; pour tout.)


 

     Après avoir rapidement traversé les douze premières salles de la section égyptienne sous l'oeil bienveillant de certains de ses congénères,

 

-Paris--176.jpg

 

j'arrivai enfin au sortir de l'immense Galerie Henri IV.

 

 

Salle-12.JPG

 

 

Et, plutôt que descendre vers la Crypte d'Osiris,

 

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je bifurquai sur ma droite, vers la salle 12 bis, accueilli par Emile Prisse d'Avennes en personne.

 

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     Dans ce fort petit espace, sur ma gauche : la "Chambre des Ancêtres de Thoutmosis III",

 

Salle-12-bis--partie-gauche---Photo-Louvre---E.-Revault.jpg

 


quelques monuments de pierre et, au plafond, à droite de l'entrée, le célèbre "Zodiaque" de Denderah.


 

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    Dans ce lieu exigu réaménagé pour l'exposition "Égypte de pierre, Égypte de papier", seules la "Chambre des Ancêtres" et les vitrines aditionnelles nous intéresseront sous peu.

 

     C'est la raison pour laquelle je vous fixe un nouveau rendez-vous, ici même amis lecteurs, ce tout prochain samedi : en quelque sorte mon  Appel du 18 juin ...

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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 23:00

 

Paris change ! mais rien dans ma mélancolie

N'a bougé ! palais neufs, échafaudages, blocs,

Vieux faubourgs, tout pour moi devient allégorie,

Et mes chers souvenirs sont plus lourds que des rocs.

 

 


 

Charles  BAUDELAIRE,

Le Cygne

Extrait de Les Fleurs du Mal, (LCCCIX)

 

Paris, Seuil, Collection "L'Intégrale",

p. 97 de mon édition de 1968.

 

 

 

 

      Avais-je perdu Paris ?, me suis-je interrogé ce mardi, souvenez-vous amis lecteurs, en déambulant dans les rues de la capitale qui, jadis, m'ouvrait si largement les bras.

 

 

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     Inquiet, je ne pus m'empêcher de consulter un savant, du Nord, qui me confirma que la  ville existait toujours bel et bien. Belle et bien.


 

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     De sorte qu'il me fut maintes et maintes fois reproché - et de manières souvent fort peu amènes - d'avoir osé proclamer la disparition de Paris.


 

     J'avais assurément perdu la tête, affirma l'un, sans le moindre sourire - (il n'était, de toute évidence, point rémois).

 

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     J'étais bon à colloquer, lança un autre.


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     Si certains me grimaçaient leur animadversion,

 

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voire même n'hésitaient pas à me cracher leur mépris au visage,

 

 

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d'autres, moins iréniques, voulurent attenter à mes jours en me lapidant,

 

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ou me piétinant ...


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     Il y en eut même qui me mirent en joue !

 

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     Plus réservés, beaucoup  me battirent simplement froid, rubiconds qu'ils étaient d'un dépit mal retenu ...

 

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      La vindicte à mon encontre, vous en conviendrez aisément, se révéla plus que palpable !

 

 

     Et pourtant, les preuves de ma bonne foi, de chaque côté de la Seine, étaient patentes : non seulement d'illustres bâtiments disparaissaient derrière des écrans improvisés

 

 

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dont l'excellence de la toreutique, pour certains d'entre eux, n'était plus à démontrer,

 


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mais d'autres désiraient manifestement s'offrir une nouvelle raison d'être : un Roland Garros par-ci,


 

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 un long champ de courses hippiques par-là,


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voire même un pont vers le troisième millénaire de la communication  ...

 

 

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     Turbide, je cherchai vers qui me tourner ...

     Naïf, je me dis que la police, elle, pourrait assurément me renseigner, voire même devenir mon cicérone ...

 

 

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Mais là aussi, je fus décontenancé : même ses services se voilaient la face sur grande échelle !

 

 

     Probablement rabelaisien, n'auriez-vous pas un tantinet forcé sur la dive bouteille ?, fut-il insinué.

 

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     Abstème, je ne bois que de l'eau ... - ou presque -, 


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j'en fus marri ; et vert de rage !

 

 

     Pour m'amener à résipiscence, on insista : Une bonne tasse de café ne vous serait-elle pas profitable ? 

 

 

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     Me furent également conseillées, une douche froide


 

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pour me remettre quelques idées en place ...

 

et  une partie de bowling, pour me délasser : mais tant les quilles

 

 

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que les boules

 

 

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me parurent impossibles à manipuler ...

 

 

     Désemparé, incompris de tous, il ne me restait plus, après avoir cherché à me sustenter,

 

 

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qu'à rentrer à l'hôtel pour y passer une nuit salvatrice

 

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avant de décider le lendemain matin de forcer coûte que coûte les huis de ces temples de la culture pour lesquels, en définitive, j'avais entrepris le voyage et qui ne se privaient pas de proclamer toujours plus évidente la beauté de Paris ...

 

 

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     Parce qu'assurément, Paris le valait bien !

 

 

     Et parce qu'aussi un diamant est éternel ...

 

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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 23:00

 

     La suite logique de nos déambulations au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre eût voulu que nous nous retrouvions ce matin en salle 5 - et plus spécifiquement devant la seconde vitrine à porter le numéro 4 - pour y admirer les fragments peints soustraits jadis aux parois de chambres du mastaba de Metchetchi dont nous avons, ces dernières semaines, étudié avec force détails le linteau de la porte d'entrée. 

 

     Cela posé, fidèles amis lecteurs, vous ne vous étonnerez pas, à tout le moins je le présume, que mon intention soit, dès aujourd'hui et jusqu'aux prochaines vacances d'été, de fondamentalement bouleverser cette ligne de conduite impulsée à votre blog favori pour vous convier à m'accompagner, ces quelques  prochains mardis et samedis de juin, à Paris, aux fins, notamment, de visiter la double exposition qu'à la fois le Louvre et la BnF ont en ce printemps 2011 consacrée à Emile Prisse d'Avennes ...

 

     Aujourd'hui, en guise de première approche, un pari : vous donner à voir "Mon Paris". 

 

 

 

Notre âme est un trois-mâts cherchant son Icarie ;
    Une voix retentit sur le pont : " Ouvre œil ! "
    Une voix de la hune, ardente et folle, crie :
    " Amour... Gloire... Bonheur ! " Enfer ! C'est un écueil !


 

Charles  BAUDELAIRE,

Le Voyage

Extrait de Les Fleurs du Mal, (CXXVI)

 

Paris, Seuil, Collection "L'Intégrale",

p. 123 de mon édition de 1968.

 


 

 

 

      Paris.

    Après quelque deux heures et dix minutes de trajet,

 

 

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me voici enfin revenu !

 

     Un amour démesuré, passionnel, nous lie depuis tant et tant d'années. Je l'aime ; elle m'aime ;

 

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parce que c'est elle ; parce que c'est moi ...

 

 

     Paris. 

     Bouillonnante, brillante, bigarrée, "Ma Ville", après deux longues années d'une intolérable absence, ne peut, c'est certain, que m'ouvrir grand les bras.

 

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     Un malaise, imperceptible, lancinant, indicible, m'étreint toutefois dès les premiers pas : "Ma Ville", que des touristes néanmoins arpentent, me semble désertée ;

 

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absente presque ; délaissée assurément ; ailleurs, en fait !  

 

 

     J'avais été quasiment seul, l'autre matin,


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sur le quai de la gare des Guillemins, dôme ferroviaire vitré que les crayons et l'imagination hardie de Santiago Calatrava avaient récemment offert aux Liégeois.

 

     Et cette solitude eût déjà dû éveiller mes soupçons, constituer un indice ...

 

     Celés derrière de hauts boucliers de bois modernement armoriés, infranchissables protections pour le commun des touristes,

 

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les monuments parisiens les plus fréquentés ne sont plus que l'expression d'un passé révolu, d'une activité jadis débordante qui, indubitablement, en ce mai printanier, s'étiole, se raréfie, s'éteint ...

 

     Je m'inquiétai de cette situation, posai des questions : certains me firent grise mine.

 

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Des non-êtres, hâves à souhait, ça et là, me scrutèrent,

 

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me narguèrent même, sous les néons indécents et clinquants d'enseignes racoleuses.

 

     Quel léviathan s'était ainsi emparé de Lutèce ?


 

     Sa propre cathédrale, par exemple, lumière gothique dominant son île, tente elle-même de se dissimuler.

 

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     Subrepticement pourtant, à la droite du parvis de l'imposant emblème catholique médiéval, Charles le Grand - Carolus Magnus pour les intimes -, 


 

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une ancienne connaissance - n'est-il pas né lui aussi en province de Liège, à quelques encablures de la gare renouvelée ? -, accompagné de deux ou trois leudes, du bout de sa lance m'en indique l'auguste direction.

 

 

     Nonobstant, un vrai sentiment de panique s'était ce jour-là incontestablement emparé de beaucoup : certains s'empressaient de retenir la Dame sur un morceau de tissu ;

 

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d'autres, de la cadenasser pour l'empêcher de disparaître à jamais ...

 


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     On m'invita, moi l'agnostique, à prier !

 

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     J'en vis qui perdirent connaissance,

 

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que des amis se jurèrent de réanimer ...

 

 

     Paris me sembla n'être plus que le reflet d'un éclatant avant.

 

-Paris--452.jpg

 

 

     Que se passait-il  ?  Avais-je perdu "Mon Paris" ?

 

 

     Cette ville qui n'eut de cesse de m'entraîner toujours plus haut vers la culture ;


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cette ville fenêtre-sur-le-monde

 


-Paris--152.jpg

 

 

où se sont entrecroisés tant d'idées, de concepts, de théories philosophiques, de systèmes politiques ;


-Paris--440.jpg

 

 

cette ville qui a brassé tant d'ethnies,


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de connaissances, partant, d'espoirs en un avenir multi-culturel des plus profitables, se peut-il qu'elle ait soudain décidé d'avancer masquée ?


 

     Avais-je perdu "Mon Paris" ?

 

     Il fallait que j'en aie le coeur net ; il fallait que je voie d'autres quartiers ...

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 23:00

 

     Avec cette huitième maxime qu'a dû moult fois recopier le scribe Ounenefer photographié la semaine dernière à votre intention dans la vitrine 2 de la salle 6 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, 

 

 

Scribe-Ounenefer-A-82--27-05-2011-.jpg

 

 

nous retrouvons deux notions égyptiennes essentielles sur lesquelles, souvenez-vous, amis lecteurs, je vous avais donné quelques mots d'explication : la maât et le ka.


     Vous me permettrez donc ce matin de n'y point revenir et de tout de suite vous proposer de découvrir ce nouvel apophtegme  ...

 


 

 

Si tu te trouves être un homme de confiance

Qu'un dirigeant dépêche à un dirigeant,

Sois extrêmement précis quand il te dépêche.

Effectue pour lui la mission comme il dit.

Garde-toi de médire par une parole

Susceptible de rendre un dirigeant envieux à l'égard d'un (autre) dirigeant.

Tiens-t'en à la maât, ne la transgresse pas.

Ce n'est pas en fonction d'un épanchement qu'on fait rapport.

Ne dénonce aucune personne que ce soit, grande ou petite,

C'est l'abomination du ka.

 

 

 

 

(Vernus : 2001, 81)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 23:00

 

     Lors d'un de nos précédents rendez-vous devant le linteau de l'entrée du mastaba de Metchetchi exposé ici dans la première vitrine 4 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, j'avais,  vous vous en souvenez certainement, amis lecteurs, longuement évoqué la notion de perspective dans l'art de la statuaire colossale des souverains égyptiens à partir du règne d'Hatchepsout, au Nouvel Empire.

 

     Mardi dernier, juste avant de me rendre à Paris où je passe aujourd'hui ma dernière journée de visites d'expositions, nous avions ensemble quelque peu détaillé l'extrémité gauche de cet imposant fragment de calcaire

 

Extremite-gauche-du-linteau-E-25681.JPG

 

pour nous attacher à la figuration du père, en taille dite héroïque et du fils, conventionnellement plus petit.

 

     C'est précisément à cette présentation de Ptahhotep en réduction que je voudrais  ce matin accorder une  ultime fois mon attention en guise de point final à l'étude de ce monument. 

 

 

     Vous aurez probablement remarqué qu'il m'arrive parfois d'émailler mes considérations égyptologiques de l'un ou l'autre extrait d'ouvrages de philosophie que je lis en parallèle, pour me délasser ... Et notamment, ces dernières semaines, ceux du philosophe français Maurice Merleau-Ponty (1908-1961).

 

       Son oeuvre maîtresse, Phénoménologie de la perception (Editions Gallimard, Collection "Tel" n° 4) retient pour l'instant plus particulièrement mon attention. A la lumière de cette lecture, et plus spécifiquement des passages dans lesquels il évoque les notions de profondeur et de perspective, j'ai franche envie de reconsidérer la théorie habituellement prônée par les égyptologues à propos de la taille des personnages sur une représentation funéraire telle que celle que nous avons ici devant nous. 

 

     Permettez-moi, d'emblée, de préciser que ce que je vais  maintenant développer n'engage que ma propre réflexion ; et d'ajouter qu'il serait par ailleurs extrêmement intéressant qu'elle soit lue et évidemment commentée, voire éventuellement combattue par vous, fidèles amis lecteurs ou - on peut toujours rêver - par des  historiens de l'art qui, d'aventure, rencontreraient mon blog, pour autant que tous, vous m'opposiez des arguments solidement étayés ... 

 

     Mon hypothèse est simple : et si l'artiste avait volontairement représenté le fils du défunt de manière réduite pour faire état de la perspective ? Ce qui signifierait que l'idée de convention symbolique généralement chère aux égyptologues pourrait ne pas être exacte.

 

     Me mit la puce à l'oreille, cette remarque du grand savant belge Jean Capart à propos d'une représentation semblable dans la tombe de Nefer-Seshem-Rê, à Saqqarah :

 

     "Le fils est debout, remplissant l'espace laissé libre entre la ligne du sol et la pointe antérieure du pagne de son père, ce qui pourrait servir à montrer que les proportions des personnages dans les reliefs égyptiens sont déterminées surtout par l'espace laissé libre et non par l'intention de donner au défunt une taille héroïque, comme on le prétend parfois." (C'est moi qui souligne.)

 

     Pour une raison totalement différente de la mienne, je vais y venir, Jean Capart n'accréditait donc déjà pas trop, au début du siècle dernier, la notion de codification, de convention  pour expliquer la différence de hauteur des figurations humaines.

 

    J'avance, pour ma part, que si le lapicide antique avait désiré représenter Ptahhotep tel qu'il était dans la réalité, c'est-à-dire aux côtés de son père, à peut-être seulement deux ou trois mètres de distance, convoquant un principe élémentaire de perspective, il l'aurait obligatoirement figuré rapetissé, suivant en cela une réflexion développée par Merleau-Ponty (p. 295 de mon édition 2001 de l'ouvrage que j'ai mentionné en introduction) : la profondeur est tacitement assimilée à la largeur considérée de profil.

 

     En m'autorisant de la distinction qu'établit le philosophe français, p. 301, entre perspective perçue et perspective géométrique,  je pourrais ici estimer que l'artiste graveur a usé d'une perspective perçue par son regard sans toutefois la rendre véritablement géométrique.

 

     En d'autres termes, le fait d'avoir figuré le fils plus petit que le père ne relèverait alors nullement de cette convention établie dès les premiers balbutiements de l'art égyptien qui voulait que le défunt soit de taille supérieure par rapport à toutes les autres personnes qui l'entourent mais bien plutôt d'un choix délibéré de l'artiste de traduire de la sorte ce qu'il constate quand il regarde les deux hommes côte à côte ; donc, ce que donne en réalité la vraie profondeur.

 

     Prenant d'abord l'exemple d'une route qui, devant lui, fuit vers l'horizon, et d'un homme présent dans ce paysage, Merleau-Ponty écrit, p. 302 :

 

... un homme à deux cents pas n'est-il pas plus petit qu'un homme à cinq pas ? Il le devient si je l'isole du contexte perçu et que je mesure la grandeur apparente. Autrement dit, il n'est ni plus petit, ni d'ailleurs égal en grandeur : il est en deça de l'égal et de l'inégal, il est le même homme vu de plus loin.

 

     C'est donc ce passage précis qui m'a donné à penser qu'ici, mutatis mutandis, le graveur antique aurait peut-être bien considéré les deux hommes comme les bords de la route dans l'exemple de Merleau-Ponty : parallèles en profondeur, même si nous constatons que par volonté de décomposition de plan, il les a placés l'un devant l'autre, et de taille différente.

 

     Ce mien réquisit peut paraître osé, je vous l'accorde ... Tout droit sorti de mon cerveau bouillonnant, je le soumets à votre réflexion. 

 

     Dès demain, à mon retour de Paris, j'espère vraiment que nous pourrons en débattre ...

 

 

 

 

(Capart : 1907, 24

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 23:00

 

     Pour autant que je respecte l'emploi du temps que je me suis préalablement fixé, quand vous allez lire sur mon blog ce matin le nouvel aphorisme de l'Enseignement de Ptahhotep, je serai personnellement en train de le découvrir sur le papyrus hiératique original présenté sous verre dans la Galerie Mansart de la Bibliothèque nationale de France où se tient pour quelques jours encore l'exposition consacrée à Emile Prisse d'Avennes : vous comprendrez donc aisément, amis lecteurs, la raison pour laquelle je ne serai pas à même d'immédiatement répondre à vos éventuels commentaires.

 

 

 

     Après la maât, dernièrement, c'est une nouvelle notion qu'ici nous allons aborder, ressortissant cette fois au domaine complexe de l'anthropologie égyptienne : il s'agit du Ka, une des composantes, avec le corps, l'ombre, le coeur, le nom, le Ba et l'Akh, de la personnalité d'un individu ;  éléments à propos desquels, un jour, aurais-je très probablement l'occasion de vous entretenir.

 

     Traditionnellement représenté comme un humain les bras levés ou par le simple signe hiéroglyphique des deux bras tendus vers le haut, comme sur la statue ci-dessous exposée au Musée du Caire,

 

 

Statue-du-Ka-de--Horawibra--Musee-du-Caire-.jpg

 

 

le Ka fut longtemps considéré par les égyptologues comme un double concentrant en lui les réserves d'énergie vitale de tout être humain. Bien qu'ils préfèrent généralement ne pas traduire cette notion d'un seul mot français tant son acception est complexe et qu'ils emploient dès lors directement le terme égyptien, on peut néanmoins le rendre, pour ici en faciliter la bonne compréhension, par "vitalité".

 

     Plutôt que "double", nous suivrons la définition que l'égyptologue français Claude Traunecker a, me semble-t-il, définitivement fait accepter, à savoir : force vitale comprise non pas comme une puissance globale et théorique, mais comme LA vie de chacun ; force créatrice qui, nichée dans l'homme, construit et entretient son corps.


     Désignant en définitive la personnalité d'un individu, le Ka est donc en quelque sorte un reflet de sa vitalité et de sa santé morale.

 

    

 

 

Si tu es un homme de ceux qui s'assoient

À une place de la table d'un plus puissant que toi,

Accepte ce qu'il donnera quand ce sera présenté à ton nez.

Tu ne devras porter le regard que vers ce qui se trouve devant toi.

Ne le transperce pas de multiples regards.

L'importuner est l'abomination du ka.

Ne lui parle pas avant qu'il ne t'ait appelé.

On ne peut se rendre compte de ce qui est ressenti désagréablement.

À toi de parler aussitôt qu'il t'aura interrogé.

Ce que tu diras sera bien ressenti.

Quant au grand, quand il s'occupe de nourriture,

Sa décision est conforme à l'ordre de son ka.

Il fera don à qui est son favorisé.

C'est une décision prise la nuit qui se trouve réalisée.

C'est le ka qui fait tendre ses deux bras.

Le grand donne, (mais) l'homme du commun ne peut y prétendre.

Manger la nourriture dépend de la décision de la divinité.

Il n'y a qu'un ignorant qui s'en plaindra.

 

 

 

(Traunecker : 1993, 26-7 ; Vernus : 2001, 80)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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