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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 23:00

           Le terme imakhou définit précisément le statut d'un propriétaire de tombe qui est approuvé par la reconnaissance publique et assuré d'une place permanente dans la mémoire sociale.

 

Jan  ASSMANN

Maât, l'Égypte pharaonique et l'idée de justice sociale

 

Paris, Conférences, essais et leçons du Collège de France, Julliard

p. 65 de mon édition de 1989

 

 

 

       Après vous avoir expliqué, mardi dernier, à quoi correspondait la catégorie sociale des khentyou-she, je me propose aujourd'hui, amis lecteurs, toujours devant le linteau E 25681 exposé dans la première des deux vitrines 4 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre où nous  revenons régulièrement depuis le 15 mars, d'évoquer la notion d'imakhou.

 

     Souvenez-vous, en étudiant, les inscriptions gravées sur certains de ses monuments, nous avions relevé, le 22 mars dernier, deux annotations intéressantes nous permettant de mieux appréhender le personnage de Metchetchi : son rôle de Directeur du bureau des Khentyou-she du palais, d'une part et cette épithète d'imakhou sur laquelle, aujourd'hui, je voudrais plus spécifiquement vous entretenir. 

 

 

Metchetchi imakhou

 

 

     Premier point essentiel à bien comprendre : nous ne sommes pas là en présence d'une fonction comme celle de gestion qu'il assumait à la résidence royale par rapport aux khentyou-she qui y étaient employés, mais d'un lien qui l'unissait à Ounas, ultime souverain de la Vème dynastie, puisque nous avons précédemment appris qu'il se proclamait : "imakhou auprès d'Ounas, son maître", expression relativement malaisée à traduire, que les égyptologues rendent volontiers par "bienheureux", "vénérable", "honoré" et qui, dans les faits, définit une relation privilégiée entre une personne et un supérieur, qu'il fût un parent ou le roi, voire même une divinité.

 

     Ainsi, peut-on lire sur notamment trois monuments de calcaire provenant de l'Ancien Empire dont deux sont exposés ici, au Louvre, dans la salle 22 du premier étage, la statue de Kanefer et d'Iynefret (A 120 - vitrine 8), datant de la IVème dynastie et celle de Sekhemka assis avec son épouse et leur fils (A 102 - vitrine 13) : que le premier était imakhou auprès de son maître et le deuxième, auprès du grand dieu, c'est-à-dire, si je suis la thèse de l'égyptologue américain James P. Allen, Osiris, en tant que Seigneur de la Nécropole). Le dernier, le socle (E 12632) d'une statue de Neferhetepes, fille du roi Didoufri, devant à mon avis se trouver dans les réserves puisque non répertorié dans mes notes ni dans la base de données du site internet du Musée, indique qu'elle l'était  auprès de son père.     

 

 

     Qu'est-ce en fait que posséder cet état d'imakh ?

      

     Il s'agit d'un lien personnel que l'on pourrait définir comme étant de clientèle que, plus tard, les Romains désigneront par le vocable do ut des ("Je te donne pour que tu me donnes") : la personne honorée de la qualité d'imakh royal, par exemple, reçoit de son protecteur privilèges et avantages non négligeables dans l'optique des conceptions funéraires visant à lui assurer un Au-delà le meilleur possible.

 

     J'entends l'un de vous me poser la question de savoir qui pouvait bénéficier de ce statut particulier. Sans hésitation aucune, je répondrai : certes, à la fin de leur vie, tous les fonctionnaires d'un rang élevé, mais aussi, et là, probablement d'office, les membres très proches du souverain, tels ses enfants et petits-enfants ; ensuite, amis et courtisans, bien sûr ; bref, tous ceux que le roi voulait privilégier, ou honorer d'avoir mené une vie irréprochable, ou rétribuer pour services rendus ...

 

     Indiscutablement, certains paragraphes des Textes des Pyramides, notamment 811 C, 1203 E, 1371 C, 1703 B et 1741 B, associent les notions d'imakh et d'imakhou à l'idée de faveurs reçues.

 

     Les mastabas des grands se groupaient à l'entour de la tombe royale, réunissant ainsi, pour l'éternité, le roi avec ses ministres, ses sujets de marque, ses familiers, précise en 1907 déjà  le père de l'égyptologie belge Jean Capart.

 

      En effet, à cette époque, Pharaon procurait à ces personnes favorisées une sépulture dans l'enceinte de son domaine funéraire - raison pour laquelle, notamment, on dénombre à Saqqarah autant de mastabas datés de l'Ancien Empire alignés près de la pyramide d'un souverain -, sur les murs desquels on peut souvent lire une formule précisant qu'il leur a fait l'offrande d'un tombeau en tant qu'imakhou auprès du grand dieu, seigneur de la nécropole.

 

     Dans le même esprit, il pourvoyait également à l'acquisition d'un sarcophage, d'une fausse-porte, d'une table d'offrandes, voire parfois de statues censées abriter l'âme du défunt et que l'on plaçait dans le serdab, cette petite pièce dissimulée derrière la chapelle funéraire : mobilier type que, dans la majorité des cas, le fonctionnaire eût été bien en peine de s'octroyer.


      (Pour une étude approfondie de tous ces éléments indispensables à une tombe, je ne puis, amis lecteurs, que vous conseiller de vous reporter à une série d'interventions qu'ici même j'avais eu l'opportunité de vous présenter à l'automne 2008 à propos notamment de la stèle fausse-porte et de la table d'offrandes, en rapport avec la chapelle d'Akhethetep que nous avions visitée salle 4.)

 

     Ces avantages étaient également accompagnés d'offrandes alimentaires pour l'éternité prélevées sur le domaine royal.  Préalablement, cet homme lige dont Pharaon avait reconnu les mérites avait été récompensé ici-bas par réception de rations journalières de nourriture émanant du palais ou attribution d'une rente en nature perçue sur les magasins royaux, quand ce n'était pas une donation d'un terrain évidemment exempt d'impôt permettant à l'impétrant de faire cultiver de quoi subsister ...

 

     En un mot comme en cent, l'imakhou honoré par le roi était nourri sur terre comme dans l'Au-delà. A quelques détails près et sous d'autres cieux, cette notion de rapport entre personnes se retrouve mutatis mutandis dans notre Moyen Age occidental avec les rapports vassaliques entre suzerains et féaux.

 

     En Egypte antique, en plus d'être assuré d'un culte funéraire dans la nécropole royale après son décès, le bénéficiaire de la dignité d'imakhou l'était également d'une survie dans l'univers céleste au milieu des rois et des dieux. 

 

     Raison pour laquelle je me dois de préciser que les souverains eux-mêmes pouvaient s'auto-proclamer imakhou - ce fut le cas d'Ounas dont nous avons appris, grâce à l'imposant fragment de calcaire (E 25681) ici devant nous, qu'il avait accordé ce mérite suprême à Metchetchi - de manière à eux aussi disposer d'une survie la plus agréable qui soit dans l'empyrée non seulement en  compagnie des monarques qui les avaient précédés mais, surtout, des divinités du panthéon égyptien. 

 

 

 

     A présent que nous avons un peu mieux cerné la personnalité de Metchetchi, ce haut fonctionnaire aulique de la fin de l'Ancien Empire, et avant de nous pencher un long temps sur les fragments peints retrouvés dans une des chambres funéraires de sa sépulture ici exposés dans le long meuble mural, je vous propose de nous retrouver, amis lecteurs, le mardi 26 avril, après le congé de Printemps belge, pour  continuer à nous intéresser au monument de la première vitrine 4 ...

 

(Mais avant ces vacances que je souhaite à tous les plus agréables qu'il soit possible, - et pendant lesquelles je vous réserve une petite surprise - n'oubliez pas, ce samedi 9 avril, notre prochain rendez-vous littéraire avec les aphorismes attribués à Ptahhotep  ...)

 

 


 

(Allen : 2006, 9-17 ; Assmann : 1989, 65 ; Capart : 1907, 14 ; Grimal : 1988, 111 ; Jansen-Winkeln : 1996, 29-36 ; Moret : 1926, 227-35 ; Sainte Fare Garnot : 1957, 600-6 ; ID. 1943, 350 ; Weill : 1946, 252 ; Ziegler : 1997 (1), 62-138)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 23:00

 

      Faisant, comme je vous l'ai précisé la semaine dernière amis lecteurs, partie d'un ensemble de trois maximes se concentrant sur une même idée, celle que je vous donne à lire aujourd'hui, la deuxième  de ce groupe donc, fut certainement rédigée sur le Papyrus Prisse avec un matériel de scribe semblable à celui exposé dans la vitrine 1 de la salle 6 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre ...

 

 

Palette au nom du roi Séthi Ier N 2274 (Photo C. Décamps)  

 

 

 

Si tu as affaire à un polémiste au moment où il sévit,

Ton égal, qui soit de ton rang,

C'est en gardant le silence aussi longtemps qu'il parle mal

Que tu feras prévaloir ta compétence sur lui.

Importante sera la désapprobation marquée par l'auditoire,

Alors que ton renom s'en trouvera bien, étant quelqu'un que les magistrats ont appris à connaître.

 
 

 

 

(Vernus : 2001, 76-7)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 23:00

 

     Mardi dernier, souvenez-vous amis lecteurs, je vous ai entraînés dans un certain nombre de considérations philologiques et calligraphiques à propos de deux titres attribués à Metchetchi, ce haut fonctionnaire à la cour du pharaon Ounas de la Vème dynastie (Ancien Empire) en vous promettant - et ce sera le but de notre rendez-vous d'aujourd'hui - d'aborder d'une point de vue historique et social la fonction de khenty-she.

 

 

Metchetchi - Directeur du bureau des Khentiou-she du palais

 

     Il faut savoir qu'à l'Ancien Empire, à la Vème dynastie - mais assurément déjà sous Snéfrou, à la précédente, si j'en crois les assertions avancées par l'égyptologue française Madame Paule Posener-Kriéger dans sa remarquable étude des archives du temple funéraire de Neferirkarê-Kakaï à laquelle j'avais il y a pratiquement un an consacré quelques lignes -, on donnait le nom de khentyou-she à deux catégories distinctes de personnages : les uns étaient attachés au complexe funéraire royal et, comme nous l'avions vu avec Qar Junior rencontré l'année dernière dans la nécropole d'Abousir fouillée par les missions égyptologiques tchèques, ils assumaient les tâches les plus diverses pour assurer le meilleur fonctionnement à ce domaine : cultivateurs, administrateurs du temple, prêtres, etc.

 

     Les autres, serviteurs palatins, avaient en charge la protection du roi, sa toilette, sa garde-robe, ses loisirs musicaux, l'approvisionnement de ses repas et, surtout, un certain nombre de tâches administratives, comme par exemple celles de gardien du sceau du palais, de chef des documents relatifs au domaine royal, etc.

 

     Cela posé, bien qu'assumant des fonctions au départ distinctes, les khentyou-she du palais, membres de l'Administration centrale, bénéficiant assurément d'un statut privilégié par rapport à leurs homologues du domaine funéraire royal, pouvaient aussi parfois être requis pour s'occuper de la gestion cultuelle du temple ; ce qui, par parenthèse, n'était pratiquement pas possible dans l'autre sens.  

 

     Tous vivaient dans ce qu'il est convenu d'appeler une "ville de pyramide", c'est-à-dire des installations dont la superficie pouvait varier entre 150 et 400 mètres de côtés  - celle de Mykérinos, à Guizeh, mesurait 150 x 180 mètres -, qui soit, se situaient autour du temple-bas (ou temple de la vallée), au titre de centre cultuel, soit dans le périmètre du palais royal - la Résidence, comme le notent les textes -, selon les besoins administratifs et privés du souverain.

 

     Les premières "villes" connues de ce type furent celles de Snefrou, à Meidoum et à Saqqarah : elles abritaient à la fois de très hauts fonctionnaires auliques issus de sa propre famille - princes et enfants royaux promus prêtres, prophètes ou administrateurs du complexe funéraire - mais aussi des "employés", les khentyou-she du linteau (E 25681) de la première des deux vitrines 4 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, devant lequel, ce matin encore, nous nous retrouvons, et qui pouvaient tout aussi bien être cultivateurs qu'artisans ou policiers du désert destinés à garder l'agglomération. 

 

     Mererouka, gendre et vizir du roi Téti au début de la VIème dynastie, dont j'ai eu souvent sur ce blog l'opportunité de citer le nom, portait également parmi ses quelque 80 titres réels et honorifiques, celui de khenty-she de la ville de la pyramide de son souverain.

 

     Selon Madame Posener-Kriéger, qu'ils gèrent les biens du palais ou ceux d'une pyramide, beaucoup d'entre eux furent khentyou-she de manière héréditaire, voire même désignés comme tels dès leur naissance : en effet, un grand nombre porte un patronyme dans lequel figure celui du souverain et ce, parce qu'ils étaient nés sur  un de ses domaines qu'un jour ils géreraient éventuellement ...

 

     La fonction, vous l'aurez compris amis lecteurs, fut d'importance  pour certains  dignitaires de l'Ancien Empire. C'est à ce point vrai qu'est exposé au Museum of Fine Arts de Boston, sous le numéro d'inventaire 68.115, un sceau-cylindre ayant appartenu à un khenty-she de la pyramide de Djedkarê-Isési, pénultième souverain de la Vème dynastie : il est tout simplement en or !

 

     C'est donc - et je reviens à lui - l'ensemble de ces serviteurs attachés à la personne d'Ounas que, selon ce que "disent" différents monuments, Metchetchi dirigeait.

 

 

     A présent que nous avons un peu mieux compris en quoi consistait  la vie professionnelle de ce haut fonctionnaire de l'Etat, je vous propose de nous retrouver mardi 5 avril prochain pour ensemble découvrir ce qu'à l'Ancien Empire, l'on entendait précisément par la notion d'imakhou ..., épithète, souvenez-vous, qui figure également gravée sur les monuments de Metchetchi. 

 

 

A mardi ...

 

 

(Baud : 1996, 13-49 ; Posener-Kriéger : 1976,  576-81 ; Stadelman : 1980, 65-77)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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26 mars 2011 6 26 /03 /mars /2011 00:00

 

     La deuxième maxime que je vous propose de découvrir aujourd'hui à la suite de celle qui, selon certains égyptologues, nous l'avons constaté samedi dernier, servait aussi en quelque sorte de prologue à l'ensemble de l'Enseignement copié un jour du Moyen Empire par un scribe officiant vraisemblablement comme le plus représenté d'entre eux,

 

Scribe accroupi - Salle 22, vitrine 10 (Photo C. Décamps)

 

 

exposé dans la vitrine 10 de la salle 22 au premier étage du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, fait partie d'un groupe de trois apophtegmes qui se succèdent immédiatement.

 

     Il appert que cette unité eut pour fonction de définir l'attitude à opposer à un querelleur, un polémiste, selon la traduction qu'en donna Pascal Vernus dans la première mouture de son ouvrage repris en référence ci-dessous, un  rhéteur, comme désormais il le définit dans l'édition 2010 du même opus (*), mettant ainsi l'accent sur la notion grecque de rhétorique, apparemment déjà en usage en terre pharaonique mais qu'une nouvelle génération d'égyptologues philologues commence peu à peu à sortir de l'ombre pour nous en faire prendre conscience.

 

     Cela posé, pour quelle raison trois injonctions visant à déterminer la conduite à adopter en semblable situation ?

 

     Simplement parce que le rédacteur a tenu à différencier trois cas d'espèce : votre contradicteur vous est supérieur - maxime 2 de ce matin - ; semble être votre égal - maxime 3, samedi prochain - et, maxime 4, le 2 avril, vous est inférieur.  

 

     Sans plus tergiverser, prenons maintenant connaissance du premier d'entre eux.

 

 

 

Si tu as affaire à un polémiste au moment où il sévit,

Qui a bonne maîtrise de ses facultés et qui soit meilleur que toi,

Plie les bras, courbe ton dos.

Ne te mobilise pas contre lui, il ne parviendra pas à se mettre à ton niveau.

Tu réduiras celui qui parle mal

En ne t'opposant pas à lui au moment où il sévit,

Si bien qu'on le qualifiera de "c'est un ignorant"

Lorsque ta maîtrise intérieure neutralisera ses ressources.

 

 

 

(Vernus : 2001, 76 ; ID. 2010 : 172)

 

 

 

(*)  Cordial merci à Raymond Monfort pour avoir attiré mon attention sur les "Passages revisités" de l'ouvrage du Professeur Vernus, publiés dans la version 2010.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 00:00

     Devant la première des deux vitrines portant ici, dans la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, le numéro 4, je vous avais volontairement, mardi dernier, souvenez-vous amis lecteurs, quelque peu laissé sur votre faim quant à savoir qui  était ce Metchetchi, dont le présent fragment de linteau nous signifiait qu'il avait dû évoluer parmi les hauts dignitaires à la cour du roi Ounas, ultime souverain de la Vème dynastie, à l'Ancien Empire.

 

 

     La promesse que je vous avais néanmoins faite d'être un peu plus disert par la suite autorise notre rendez-vous de ce matin pendant lequel j'escompte attirer votre attention sur deux précisions d'importance que nous révèle ce bloc de calcaire, ainsi que la stèle fausse-porte du Metropolitan Museum of Fine Arts de New York. Ces deux monuments ayant constitué partie intégrante de son mastaba nous permettront de découvrir sur un plan philologique deux titres qui furent siens, celui de Directeur du bureau des Khentiou-she du palais, d'une part - les 10 premiers signes hiéroglyphiques sur le cliché ci-dessous - et l'épithète d'imakhou, d'autre part - les cinq derniers signes.

 

Metchetchi - 2 titres

 

 

 

     Après vous avoir une nouvelle fois précisé que tous ici se lisent de droite vers la gauche, je vous propose de les aborder dans l'ordre de leur apparition sur le monument et donc par la fonction qui fut celle de Metchetchi : Directeur du bureau des khentyou-she du palais ; en vocalisation (probable) des hiéroglyphes : Imy-ra set khentyou-she per-aâ.

 

Metchetchi - Directeur du bureau des Khentiou-she du palais

 

 

     D'un point de vue linguistique, examinant ces quelques hiéroglyphes, vous me permettrez quelques petites précisions pour vous en faciliter la compréhension, mais sans évidemment aborder trop de détails sémantiques ou grammaticaux qui pourraient ici paraître un peu rébarbatifs à ceux qui, parmi vous, n'ont pas les élémentaires notions de base de l'écriture et de la langue égyptiennes. Quant à ceux qui, d'aventure, en posséderaient les clés, mes explications auront le goût inutile d'une glose banale et parfaitement indigne des philologues qu'ils sont. A ceux-là, je conseillerai en toute équanimité de patienter et d'attendre notre rendez-vous de mardi prochain aux fins de découvrir ce que recouvraient socialement ces titres régaliens. 

 

 

      Avant de plus tard nous interroger sur l'emplacement bien précis et "inhabituel" de deux signes, commençons voulez-vous, par analyser la translittération de ce titre d'  Imy-ra set khentyou-she per-aâ et d'en proposer une traduction.

 

imy-ra, abrégé ici en mr est figuré par les  hiéroglyphes G 17 (le hibou, la chouette = le 3ème élément de l'inscription ci-dessus), signe phonétique indiquant le son m et D 21 (la bouche = le 4ème, juste en dessous), phonogramme indiquant le son r ; l'ensemble signifiant littéralement : celui qui est dans la bouche (de ses subordonnés) ; ce que l'on peut traduire par "directeur".

 

 

set est représenté par le hiéroglyphe Q 1 (le siège - 5ème signe de l'inscription) qui quand il est, comme ici, suivi  de X 1 (galette de pain - 6ème signe, à la gauche du précédent) en tant que signe-son t signifie lieuplace ; ce qu'il est convenu d'ici traduire par "bureau". 

 

 

* khentyou-she

 

     L'ensemble se compose des hiéroglyphes W 18 (quatre jarres emprises dans un bâti qui les maintient droites les unes à côté des autres - 7ème signe de l'inscription) qui se lit khenty  et se traduit par celui qui est devantcelui qui préside à ;  X 1 (galette de pain - 8ème signe ; N 37 (étendue d'eau - 9ème signe) qui se prononce she et prend ici le sens de propriété foncière ; et de N 25 (trois vallonnements dans le désert - 10ème et dernier signe) qui fait fonction de déterminatif géographique.

 

     (L'amateur que je suis s'adresse maintenant à un philologue patenté qui ,éventuellement, découvrirait cet article : dans tous les ouvrages spécialisés, alors que j'y lis le terme khentyou, j'en suis encore à me demander, au niveau de la transcription hiéroglyphique, où se trouve incisé ce "ou", forme du pluriel, dans l'inscription de Metchetchi ?)

 

 

 

* per-aâ


     Le terme est formé à partir des hiéroglyphes O 1 (plan d'édifice - 1er signe de l'inscription ci-dessus) qui se lit per et se traduit par maison et O 29 (poteau en bois posé horizontalement - 2ème signe) qui se lit et qui signifie grand ; ce que nous traduisons dans ce cas d'espèce par la grande maisonla résidence (royale), en tant qu'institution cardinale de l'Etat pharaonique).

 

     Permettez-moi ici d'ouvrir une petite parenthèse : ce per-aâ nous a été transmis à travers les textes bibliques pour également désigner, par synecdoque, le pharaon lui-même, tout comme de nos jours en France on lit volontiers dans la presse que l'Elysée - ou Matignon - a décidé que ... (signifiant que c'est le Président - ou le premier Ministre -  qui a pris telle ou telle décision ...) et en Belgique, que le Palais annonce le mariage de ... (alors qu'il faut évidemment comprendre que c'est le Roi qui fait cette déclaration  ...)


 

     Venons-en maintenant à l'emplacement spécifique de ces deux signes à propos duquel j'ai précisé tout à l'heure que je désirais attirer votre attention. Vous aurez évidemment remarqué que l'expression "du palais" qui termine la traduction que j'ai donnée du titre porté par Metchetchi ne se trouve pas placée, comme en français, en fin de l'inscription gravée mais, tout au contraire, la commence.

 

     Nous sommes en présence d'un cas assez fréquent dans l'écriture hiéroglyphique que les philologues nomment : antéposition honorifique. Ce qu'ils désignent par ces termes constitue en fait le produit d'une notation graphique empreinte de respect qui voulait que le scribe (ou ici le lapicide) plaçât le nom du roi ou d'une divinité en tête d'expression ou de phrase, tout en sachant qu'il se lisait à la place normale qui eût dû graphiquement être la sienne. 

 

 

      Venons-en maintenant aux cinq derniers hiéroglyphes de l'inscription faisant allusion à la notion d'imakhou ; épithète qui, comme à bien d'autres personnes de l'entourage des souverains de l'Ancien Empire, fut attribuée à Metchetchi.  

 

     Les égyptologues la traduisent souvent par bienheureux ou vénérable : cela signifie que son détenteur bénéficiait de certaines faveurs accordées par la Cour  : ... bienheureux auprès du roi, bienheureux auprès d'Ounas, précise notre linteau.

 

 

 

Metchetchi imakhou

 

 

     Imakhou : Le terme peut soit s'écrire entièrement, soit se résumer au seul signe imakh (F 39 de la liste de Gardiner - 3ème signe dans l'inscription ci-dessus), censé représenter l'épine dorsale d'un mammifère de laquelle sourd la moelle épinière. 

 

     Quand il s'écrit in extenso comme ici, il se compose des hiéroglyphes M 17 (roseau fleuri, ayant la valeur phonétique de notre i - 1er signe de droite) et U 2 (faucille - 2ème signe, à la gauche du 1er) qui se prononce ma. L'ensemble donnant donc ima.


     Ces deux signes sont suivis du F 39 que j'ai cité ci-avant ; puis de deux autres terminant le mot : à droite, le 4ème signe, Aa 1 (considéré comme la représentation d'un placenta humain et qui a la valeur du son k) et à sa gauche, le dernier, G 43, figurant une petite caille qui se lit ou ; l'ensemble se prononçant donc kou.

Ce qui donne, pour l'épithète entière : imakhou.

 

 

     A présent que nous comprenons un peu mieux - à tout le moins j'espère avoir été  clair - la manière dont, dans l'écriture hiéroglyphique, apparaissaient les deux titres de Metchetchi, nous pouvons prendre rendez-vous mardi prochain 29 mars, pour découvrir ce que le premier signifie socialement et le 5 avril suivant, à la veille du congé de Printemps belge, le sens du second ...

 

 

A mardi ?

 

 

 

( Grandet/Mathieu : 1990, 148 et 380 ; ID. 1993, 411, 417, 429 et 430 ; Lefebvre : 1960, 383-426   

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 00:00


     Voilà donc quelque quarante siècles qu'un Egyptien, peut-être un savant, peut-être un philosophe, assurément un véritable lettré décida de laisser à la postérité un ensemble d'aphorismes, de préceptes moraux qu'il crut bon de placer dans la bouche de Ptahhotep, un vizir ayant vécu quatre cents ans avant lui, à l'Ancien Empire ; haut dignitaire de l'Etat, à l'époque déjà considéré comme un sage, ce qui permit à  notre auteur du Moyen Empire, en  excipant de cette prestigieuse figure du passé, d'offrir à son texte une crédibilité hors du commun.    

 

     Dans le prologue que je vous avais donné à lire le 19 février dernier, il présentait sa "caution littéraire" comme un vieillard que les maux inhérents à l'âge autorisaient à réfléchir sur l'avenir de la fonction qu'il avait assumée à la cour du roi Djedkarê-Isesi, à la Vème dynastie. Raison pour laquelle - nous sommes toujours dans un récit fictif - Ptahhotep était censé demander au souverain l'autorisation de passer la main, d'obtenir un "bâton de vieillesse" en la personne de son propre fils qui, ainsi, reprendrait le flambeau après avoir écouté et assimilé les normes éthiques, prescriptions autant que prohibitions, que son père lui inculquerait. 

 

     Pour le bon déroulement de l'histoire, le monarque ne put évidemment qu'entériner cette requête. Rappelez-vous ses paroles dans l'introduction :


      Enseigne-le donc sur ce qui a été dit auparavant !

     (...) Et l'obéissance le pénétrera, toute exactitude de pensée lui ayant été exprimée.

   

 

      Fort de ce royal consentement, Ptahhotep pouvait, selon notre auteur - actuellement toujours anonyme - entamer son Enseignement.


     Aujourd'hui donc, amis lecteurs, après la pause du congé de carnaval belge, je vous propose de découvrir la première des maximes. 

 

     Bien que dans le Papyrus Prisse, elle ne se présente pas vraiment à l'image de celles qui suivront, l'usage égyptologique veut qu'elle soit considérée comme faisant partie intégrante du corps même de l'Enseignement qui, dès lors, en compterait 37. Pour certains savants en revanche, dont Pascal Vernus, ce texte relève plutôt d'une mise en garde introductive, un petit préambule faisant suite au prologue ; ce qui, dans ce cas, signifierait que ces préceptes ne seraient "que" 36.

 

     Convenez avec moi que cette comptabilité ne constitue qu'arguties de spécialistes, sur la démonstration desquelles j'ai pris le parti de ne point m'attarder  ...



     Ceci posé, première maxime ou préambule, son rédacteur l'écrivit sur sa feuille de papyrus avec un calame et une palette probablement semblables à cet ensemble (N 3022), exposé dans la vitrine 1 de la salle 6 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre. 

 

 

Palette de scribe N 3022 (Photo C. Décamps)

 

     C'est ce texte que je vous invite dès à présent à la lire, à méditer et à éventuellement commenter à votre meilleure convenance ...

 


 

Début des formulations de belles paroles

Qu'a énoncées le prince, gouverneur,

Le père divin, aimé du dieu,

Le fils aîné de son corps,

Le directeur de la ville, vizir Ptahhotep,

En apprenant aux ignorants la connaissance

Selon les règles du bien parler,

En tant que chose avantageuse à celui qui écoutera,

Et carence pour celui qui passera outre.

Alors, il dit à son fils :

 

 

Ne sois pas suffisant à cause de ton savoir
Discute donc avec l’ignorant comme avec le savant, le possesseur de savoir.

On n'atteint pas les limites de la compétence.

Il n'y a pas d'expert qui soit pourvu d'une capacité-de-transfigurer qui soit à lui.

Une belle parole est plus celée que le feldspath vert.

On la trouve chez des servantes affairées aux meules.

 

 

(Vernus : 2001, 74-5 ; ID. 2010, 172)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 08:30

 

    A ceux parmi vous, amis lecteurs, que le sujet intéresse plus particulièrement, permettez-moi de simplement communiquer de nouveaux liens qui permettront de connaître l'évolution de la situation en Egypte concernant Zahi Hawass, article qui, en quelque sorte, fait écho à l'opinion de l'égyptologue français J.-P. Corteggiani que je vous avais proposée le 24 février dernier ; ces deux billets provenant du site du journal Le Monde.

 

     Les nouvelles nominations au Ministère de la Culture et plus spécifiquement ce qui concerne les Antiquités égyptiennes - l'après Z. Hawass, donc - sont ici évoquées.

 

     Et, bilan important, sur ce même dernier site, vous découvrirez la liste - 54 pages en anglais avec photographies - des pièces qui ont été dérobées au Musée du Caire, dont ce superbe chaouabti de Youya,  père de la célèbre reine Tiy.

 

 

Yuya Shabti


 

     Affaire à suivre ...

 

     Bonne lecture à tous. 

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte contemporaine
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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 00:00

 

     Avant cette visite inattendue de la cathédrale de Liège à laquelle je vous ai conviés pour y découvrir une superbe statue du Génie du Mal due, en ce milieu du XIXème siècle qui voit s'épanouir le romantisme belge, au ciseau de Guillaume Geefs, nous avions momentanément quitté, amis lecteurs, à la veille du congé officiel de carnaval de l'Enseignement belge, la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre après avoir terminé l'évocation de tous les petits monuments consacrés aux animaux familiers exposés dans le bloc vitré n° 3 avec, obligatoirement pour objectif futur de porter nos regards sur la vitrine 4.

 

 

Vitrines 4

 

      (Grand merci à la conceptrice du blog Louvreboîte d'avoir en son temps réalisé pour moi ce cliché.)

 

 

     Le problème, car problème existe, réside dans le fait qu'il y ait deux vitrines 4 !

 

     En effet, sur le mur nord vers lequel nous dirigerons nos pas chaque mardi dans les semaines à venir et qui par la suite, nous mènera droit à l'entrée de la salle suivante ont été accrochés deux encadrements distincts auxquels, bizarrement, le Conservateur a attribué ce même numéro. Le premier contient un seul monument, le second, pour sa part, de quelque 7 mètres de longueur, donne à voir une quarantaine de fragments peints de diverses dimensions ; nous aurons tout loisir d'y revenir ultérieurement.    

 

     Car pour l'heure, nous allons, si vous voulez bien m'accompagner, nous avancer vers la première de ces deux vitrines 4 aux fins d'y admirer un très beau bloc de calcaire finement gravé en relief dans le creux qui fit partie du mastaba d'un haut  fonctionnaire de la fin de l'Ancien Empire : un certain Metchetchi (ou Metjetji, selon les graphies étrangères).

 


Salle 5 - Vitrine 4 - Linteau E 25681

 

 

     C'est au bas de la colonne verticale qui ponctue les inscriptions notées en cinq lignes horizontales sur la droite, en lesquelles il faut voir une classique formule d'offrandes, que ce patronyme est élégamment incisé.


 

Metchetchi (Hiéroglyphes)


 

     Il se compose de quatre signes hiéroglyphiques qui s'interprètent tout logiquement de droite à gauche : - logiquement parce que, souvenez-vous, un moyen de déterminer le sens de lecture d'un texte consiste à se diriger vers la tête d'un personnage ou d'un animal.

 

     Le premier d'entre eux, celui du hibou (G 11 dans la liste de Gardiner) se lit "m" ; celui de la "pincette", c'est-à-dire une corde servant à entraver un animal (V 13 dans la même liste) se dit "tch" (ou "tj") : il est ici deux fois répété ; enfin, à la gauche, celui du roseau fleuri (M 17 chez Gardiner) se prononce "i" ; l'ensemble donnant donc Metchetchi.

     

 

     Actuellement, la raison de l'apparition, dès 1947, sur le marché parallèle, donc illicite, des antiquités égyptiennes de pièces provenant de son tombeau constitue encore un immense point d'interrogation. Chronologiquement ce fut le Museum of Fine Arts de Boston qui, le premier, acquit une des 5 statues en   bois connues de ce dignitaire memphite (numéro d'inventaire 47.155) ; immédiatement suivi par le Brooklyn Museum of Art de New York avec trois autres, réalisées dans le même matériau : 51.1, 50.77 et 53.222. En 1952, la dernière d'entre elles, ainsi que les jambages gauche et droit de l'entrée du mastaba entrèrent au Nelson-Atkins Museum of Art de Kansas City.

 

     En 1953, le "Reuben Wells Leonard Fund" offre des reliefs de la façade au Royal Ontario Museum de Toronto.

 

     Les années soixante également eurent leur part du butin écoulé par les pillards : 1964 pour la stèle fausse-porte cédée au Metropolitan Museum of Art de New York (inv. 64.100) par M. & Mme J. J. Klejman, ainsi que pour les 43 fragments peints  achetés par  le Louvre, dont nous découvrirons prochainement une trentaine, ici même, dans la seconde vitrine 4 ; 1965 pour le fragment de linteau  (E 25681) qui, pour quelques semaines maintenant, retiendra notre attention à partir de ce matin et, enfin, 1968 pour un bloc de la partie droite de la façade du monument par le Musée de Berlin.

 

     Tout aussi inconnue demeure la situation exacte de l'endroit où les voleurs se sont si généreusement "approvisionnés".

 

     Ce nonobstant, grâce aux derniers signes hiéroglyphiques que l'on aperçoit terminant la cinquième ligne et, surtout à la fin du cartouche royal, les égyptologues suggèrent que ceux qui pillèrent le monument le trouvèrent plus que très probablement proche du complexe pyramidal du pharaon Ounas, dernier souverain de la Vème dynastie, celui-là même que l'Histoire retient comme étant le premier à faire inscrire des compositions funéraires sur les parois de sa chambre sépulcrale et que l'on a pris l'habitude d'appeler Textes des Pyramides, alors qu'avant lui, je le rappelle, toutes les autres étaient anépigraphes.    

 

Linteau E 25681 - Allusion à ''Ounas, son maître''

 

 

 

      En effet, le dernier signe hiéroglyphique du cartouche ne laisse aucun doute sur son attribution à Ounas, et ceux qui suivent, signifiant "son maître", pas plus sur le rapport entre les deux hommes : Metchechi fut donc bien un des hauts fonctionnaires de ce souverain.

 

      Mais que sait-on vraiment de lui ?

 

     Sur certains jambages de la porte d'entrée de son mastaba actuellement exposés au Nelson-Atkins Museum of Art de Kansas City, il a fait graver : 

 

     " ... moi, j'étais un aimé de [mon] père, un loué de [ma] mère ; moi, j'étais un possesseur de la condition d'imakhou auprès des hommes ; moi, j'étais un aimé de la foule. Quant à tous ceux qui me voyaient partout : c'est un imakhou et un bien-aimé qui vient, - ainsi disaient-ils à mon égard en tout lieu." 

 

Ou encore ceci :

 

     "... quant à tous ceux qui m'ont bâti cette tombe, je les ai payés après qu'ils ont accompli le travail en elle, avec le cuivre qui était en dotation à mon domaine personnel. Je leur ai donné des vêtements, en procurant leur nourriture avec le pain-bière de mon domaine personnel, et ils ont remercié le dieu pour moi à ce sujet." 

 

     Sur le socle d'une de ses statues, on découvre qu'il se dit être honoré par le roi, justifié devant le Tribunal d'Osiris, ainsi que devant Anubis sur sa colline ...

 

 

     Nous sommes tous évidemment conscients que ces inscriptions prétendument auto-biographiques ne constituent que des formules stéréotypées exonérant Metchetchi de toute mauvaise action comme le sont les termes de ce qu'il est convenu de désigner sous le vocable de "Confession négative" du chapitre 125 du Livre pour sortir au jour que jadis, souvenez-vous, je vous avais fait découvrir.

 

      En revanche, sur sa famille, en collationnant les indications proposées sur les différents reliefs disséminés dans les quelques musées d'Europe et des Etats-Unis, on apprend que de son épouse Inti il eut une fille, Iretsobek, ainsi que plusieurs fils : Ptahhotep, l'aîné, comme précisé sur le linteau du Louvre, - personnage qui n'a strictement rien à voir avec celui auquel il est convenu d'attribuer l'Enseignement que nous découvrons ensemble chaque samedi depuis le 19 février -, Khouensobek, que le jambage droit exposé au Nelson-Atkins Museum of Art de Kansas City indique comme étant également l'aîné (!?!), Sabouptah et Ihy. 

 

     Si j'excepte les noms théophores qu'il a donnés à sa progéniture : allusions patentes, remarquez-le, aux dieux Sobek, Ptah et Horus (- en effet, Ihy est un des noms attribués à Horus enfant quand, selon le mythe notamment rapporté par Hérodote, il était caché dans les marais de Chemmis par sa mère Isis dans le seul but de le soustraire à la vindicte de Seth -), vous en conviendrez qu'il n'y a pas de quoi comprendre vraiment la raison pour laquelle Ounas lui accorda l'insigne privilège d'être inhumé dans l'enceinte de son propre complexe funéraire.

 

     Sauf que ...

 

     Ce matin toutefois, vous me permettrez de ne point m'avancer plus avant ; et, ce que ce linteau ne nous a pas encore révélé, d'en soulever quelque peu le voile le 22 mars prochain,  ici même, devant cette première vitrine 4, en la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

     A mardi ?

 

 

 

 

(Kaploni : 1976, passim ; Porter-Moss : 1979, 646-8 ; Posener-Kriéger : 1976,  576-81 ;  Roccati : 1982, 145-7 ; Stadelman : 1980, 65-77 ;  Ziegler : 1999, 315-22)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 00:00

 

     Cette pause égyptologique que mon blog nous offre opportunément à vous et moi à l'occasion de la semaine du congé de Carnaval belge ne pouvait, vous vous en doutez, constituer à mes yeux un abandon complet. Aussi, avant de vous quitter en vue de ces quelques jours festifs, avais-je programmé pour ce jeudi 10 mars un petit rendez-vous exceptionnel aux fins de vous emmener à Liège, et plus précisément en sa cathédrale 

 


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dans laquelle, contrastant indubitablement avec la relative sévérité des lignes environnantes, trône une  flamboyante chaire de vérité de quelque dix-sept mètres de haut, conçue dans le parfait esprit néo-gothique du milieu du XIXème siècle, faisant s'élever et tournoyer arcades, arcs-boutants, contreforts et pinacles tous plus ouvragés les uns que les autres.  

 

 

     Rassurez-vous, amis lecteurs, je n'ai pas tout à coup cessé d'amender le champ de mes conceptions agnostiques pour me convertir à quoi ou à qui que ce soit, sinon peut-être, au seul chant du Beau à l'état pur, comme déjà en septembre 2009, avec cette Marie due à l'excellence du ciseau de Michel-Ange, si peu connue du grand public et qui émeut toujours autant de sa présence les touristes visitant l'église Notre-Dame de Bruges.

 

     Après celle de Marie, c'est en fait de la beauté du diable qu'aujourd'hui, au sein de cette rubrique intitulée "RichArt",  j'aimerais vous entretenir.

 

 

 

J'ai trouvé la définition du Beau, — de mon Beau.

Cest quelque chose d'ardent et de triste  (...) 

Je ne prétends pas que la Joie ne puisse pas s'associer avec la Beauté, mais je dis que la Joie [en] est un des ornements les plus vulgaires ; — tandis que la Mélancolie en est pour ainsi dire l'illustre compagne, à ce point que je ne conçois guère (mon cerveau serait- il un miroir ensorcelé?) un type de Beauté où il n'y ait pas du Malheur. — Appuyé sur, — dautres diraient : obsédé par — ces idées, on conçoit qu'il me serait difficile de ne pas conclure que le plus parfait type de Beauté virile est Satan ...

 

 

Charles  BAUDELAIRE

Journaux intimes, Fusées, X.


 

 

     Ce remarquable ouvrage d'ébénisterie tout en chêne qu'est la chaire de vérité de la cathédrale saint Paul de Liège, symbolisant, selon le cartel qui l'accompagne, le triomphe de la Religion en thèmes et figures émanant des deux testaments, propose la vision, depuis la nef centrale comme le révèle mon cliché ci-dessus, d'imposantes statues de marbre blanc de différents saints  : deux patrons de la ville et deux apôtres, dont Paul, qui donna son nom à la collégiale elle-même, devenue officiellement cathédrale en 1803, après la destruction, par les révolutionnaires liégeois dès 1794, de celle qui occupait l'actuelle place Saint Lambert.

 

     Mais ce n'est point vers ces personnages-là que nous dirigerons nos pas ce matin, mais plutôt vers celui, qui, tout à l'opposé, apparaît quand d'aventure on prend la peine de contourner le monument  jusqu'au double escalier et d'ainsi aller le débusquer sur son rocher, baigné de la franche lumière du soleil d'une journée de mars pénétrant par une des deux fenêtres ogivales qui lui font face. 

 

     Quand, voici bien des années, encore jeune étudiant, sur les instances de notre professeur d'Histoire de l'Art qui s'était bien gardé de nous en préciser l'emplacement exact et nous avait simplement cité le nom de son créateur,

 

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il me fallut le découvrir, je pense que vous aurez compris que, planté au milieu du vaisseau central, je ne le vis pas d'un premier regard circulaire. Je me dirigeai jusqu'au choeur, cherchai vainement dans ses chapelles latérales avant d'avoir la présence d'esprit de circuler dans le collatéral de droite, derrière la chaire de vérité entièrement sculptée par ce même grand artiste.

 

     Né dans la région d'Anvers, Guillaume Geefs (1805-1883) eut la chance d'être remarqué par Léopold Ier, duc de Saxe-Cobourg-Gotha devenu roi de la toute jeune Belgique qui en fit son statuaire attitré. Si nombre de ses oeuvres se retrouvent dans notre pays - je pense, par exemple, au monument élevé à la gloire des Révolutionnaires de 1830 qui furent à l'origine de notre indépendance, sur la petite place des Martyrs, à Bruxelles ; à diverses statues du souverain lui-même dont celle couronnant la Colonne du Congrès, à Bruxelles également ; sans oublier, on le sait peut-être un peu moins, le tombeau de la célèbre cantatrice d'origine espagnole Maria Malibran, au cimetière de Laeken -, deux d'entre elles sont bien connues des Liégeois puisque l'une, en bronze, datant de 1842,  située devant l'Opéra royal de Wallonie place de la République française honore notre grand compositeur André Modeste Grétry dont elle contient le coeur et l'autre, de 1848, que je vous propose de découvrir dans un court instant. 


 

     Il faut savoir qu'au point de départ, c'est à son propre frère, Joseph Geefs (1808-1885), lui aussi artiste de grand renom, que fut passé commande d'une statue personnifiant Lucifer, le Génie du Mal.


     Cette oeuvre mettant en scène un adonis dans la plus pure tradition de l'époque romantique attirée par la beauté de l'ange déchu choqua dès son installation dans la cathédrale en 1843, un peu comme au XVIème siècle, un saint Sébastien nu, oeuvre aujourd'hui perdue du peintre Fra Bartolomeo qui, raconte Vasari à la page 97 du volume 4 de ses Vies des plus illustres peintres, sculpteurs et architectes italiens, obligea les frères à le retirer de l'église après avoir reçu la confession de certaines pénitentes avouant que le talent de l'artiste qui avait donné vie à la beauté lascive du modèle les portait au péché.

 

 

     A Liège, la juvénilité du corps de cet éphèbe, trop beau, trop nu aussi peut-être dans cet écrin ailé, surtout de dos, contemplant, songeur, un serpent à ses pieds, déplut au Conseil de fabrique. De sorte que la statue fut elle aussi soustraite aux regards concupiscents des paroissiennes et fut quelque cinq années plus tard remplacée par  une autre, demandée cette fois à Guillaume.

 

     Actuellement, le marbre de Joseph se trouve exposé dans la salle des sculptures des Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles alors que celui de son frère a bel et bien été conservé dans la cathédrale de Liège.

 

     L'étonnant, dans toutes ces péripéties, c'est que l'oeuvre de Guillaume Geefs, acceptée sans problème et désormais placée au pied de l'escalier à double volée de la chaire de vérité

 

 

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figure un jeune homme à mes yeux d'une beauté encore plus séduisante que celui qui avait été précédemment refusé.


     Il a gardé les ailes de chauve-souris qui l'encadrent admirablement mettant  notamment en valeur un torse au rendu plus vrai que nature.

 

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     Il est resté un éphèbe, mais un éphèbe particulièrement musclé dont la nudité est simplement un peu plus couverte de draperie...

 

     Les ondulations d'une chevelure que le vent a quelque peu ébouriffée accroissent d'autant le superbe visage tourmenté, crispé, à l'instar de ceux des héros romantiques imprégnés de douleur et de tristesse qui, me semble-t-il, n'aurait en rien dû plaire aux esprits étriqués du temps : car, avec un peu d'imagination, l'on pourrait par exemple trouver une certaine ressemblance avec les boucles que présentent les portraits statufiés d'Antinoüs, le jeune amant de l'empereur romain Hadrien, voire même ceux d'un saint Sébastien, donnant ainsi à l'oeuvre une vague connotation homo-érotique que le clergé ne pouvait que réprouver et combattre ... 


 

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     Et pourtant ...

 

     A la différence de celui de son frère, le Génie du Mal de Guillaume correspondit plus à la symbolique satanique que désiraient les commanditaires grâce, notamment, aux deux petites excroissances cornues émergeant discrètement des cheveux  mi-longs ; grâce aussi au geste de protection que ce beau Lucifer s'autorise en plaçant la main droite au-dessus de sa tête en vue d'échapper à un probable châtiment divin ; grâce également à la présence d'une chaîne qui, de la taille à la cheville droite, l'arrime définitivement au rocher sur lequel il est installé ;

 

 

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grâce enfin à des détails comme les ongles crochus de ses orteils, le fruit défendu et le sceptre brisé à ses pieds ...

 

 

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     Si ce sont vraisemblablement ces ajouts particuliers qui ont mieux convenu aux membres de la congrégation religieuse d'alors et lui ont fait préférer cette statue-ci plutôt que l'autre, il n'en demeure pas moins que je reconnais à ce nouvel ange déchu  - pas vraiment diabolique, d'ailleurs - réalisé par Guillaume Geefs, bien plus de grâce, de virilité musculairement suggérée, bien plus de volupté, de sensualité mâle  affirmée que l'adolescent un peu fluet, presque efféminé, qu'avait sculpté dans le marbre son frère Joseph.

 

 

     Mais au-delà de la beauté fulgurante de ces deux oeuvres, indéniable, mon avis quant à la comparaison entre elles n'est et ne doit rester que le reflet d'une sensibilité éminemment personnelle ...

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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 00:00

 

     Un article qu'illustrent de superbes clichés pris tout récemment par Tifet, une fidèle lectrice, dans le temple d'Hathor, au nord du village des ouvriers de Deir el-Médineh, site à propos duquel j'avais déjà eu l'opportunité de vous entretenir, amis lecteurs, le 25 avril 2009, ainsi que les 2 et 9 mai suivants, en vous proposant la lecture d'extraits de rapports des fouilles que, pendant une trentaine d'années - de 1922 à 1951 -, y avait menées l'égyptologue français Bernard Bruyère (1879-1971), m'a donné envie d'exceptionnellement intercaler aujourd'hui, juste avant le congé de Carnaval belge, un ultime billet aux singes consacré et plus particulièrement à un comportement rituel que les anciens Egyptiens leur attribuaient.

 


 

Babouins

 

    

     (Immense merci à Tifet d'avoir accepté de m'envoyer son cliché, sans hésitation aucune, avec l'amabilité qui déjà caractérise et ses commentaires sur mon blog et sa façon de tenir le sien, pour illustrer la présente intervention et d'ainsi me permettre de le commenter à sa place.

     C'est avec énormément de reconnaissance que je vous dédie cet article, chère Tifet, voire même, si cela vous intéresse, que je vous l'offre pour le proposer à vos lecteurs sur votre blog à la suite de ladite photographie.)

 

 

     Sis au nord du village des ouvriers, le petit temple ptolémaïque édifié en partie par Ptolémée IV Philopator au 3ème siècle avant notre ère sur les ruines d'un précédent sanctuaire, de quelque 15 mètres de longueur pour seulement 9 de largeur, présente la particularité d'abriter trois chapelles juxtaposées honorant des divinités distinctes.

 

     Permettez-moi, amis lecteurs, de ne point ce matin me consacrer à une description du monument en lui-même, préférant axer cette mienne intervention sur le tableau que nous avons ci-dessus sous les yeux. Nonobstant, je m'en voudrais de vous laisser dans l'ignorance le concernant. Aussi, en plus du blog de Tifet qui prévoit d'en publier bientôt d'autres photos, je vous convie à visiter le site de Paul François qui lui a notamment réservé une page complète assortie d'un plan dynamique.

 

     C'est sur le mur est de la chapelle centrale, celle dédiée à Hathor / Maât, que fut gravée et peinte cette scène particulière en dessous d'une ligne de hiéroglyphes incisés sous une frise décorative bornant la paroi sur toute son étendue, à la limite d'un plafond qui, à l'origine, dut être constellé de bien plus d'étoiles dorées que celles subsistant en son angle de droite.

 

     Ceux parmi vous, amis lecteurs, qui me font l'honneur et le plaisir de suivre un tant soit peu mes articles, et plus spécifiquement peut-être ceux proposés dans la catégorie "Décodage de l'image égyptienne", auront évidemment compris que l'emplacement réservé à ces motifs iconographiques ne constitue en rien le fruit d'un hasard, pas plus que cette décoration ne relève d'une fantaisie esthétique due à un artiste particulièrement inspiré.

 

     Ainsi, la rangée de ces formes oblongues supportant un disque solaire - que les égyptologues désignent par l'appellation de frise de khakérou - est-elle censée représenter une série de bottes de végétaux qui, dans la construction des chapelles primitives, étaient nouées à un lattage de bois et ainsi servaient de murs. A la IIIème dynastie, Djoser fit immortaliser ce motif végétal dans la pierre du linteau surmontant l'entrée de la Maison du Sud de son complexe funéraire à Saqqarah.

 

     Dans certains des hypogées royaux du Nouvel Empire que vous avez certainement visités lors d'un séjour en terre égyptienne, vous aurez assurément rencontré cette frise devenue conventionnelle dans l'architecture, qu'elle soit d'ailleurs funéraire ou non.

 

     Sur cette paroi de la chapelle centrale du petit sanctuaire ptolémaïque de Deir el-Médineh, vous remarquerez que sous ces khakérou défilent rectangles et carrés colorés délimitant en parallèle avec une autre ligne tout aussi épaisse symbolisant le hiéroglyphe du ciel, un espace gravé de signes dans et autour de cartouches nommant le fils de Rê, Ptolmis (Ptolémée), vivant éternellement en tant que roi de Haute et Basse-Egypte, créé par Ptah, aimé de Ptah, aimé d'Hathor et d'autres précisions semblables.


 

     C'est donc dans le registre juste sous ces textes que se trouve la représentation qui nous occupe aujourd'hui.

 

     Première remarque d'importance qui à mon sens se déduit aisément du cliché de Tifet et qui me fut confirmée en compulsant les rapports de fouilles de Bernard Bruyère disponibles sur le site de l'IFAO (Institut français d'archéologie orientale) :


 

BRUYERE - Deir el Medineh - Cahier 4, p. 3 (1947-8)

 

à la page 3 du Cahier 4 précisément consacrée au mur est de la chapelle, le naos central, comme l'indique le fouilleur français, la composition d'origine décidée par l'artiste égyptien se présente sous le signe de la symétrie.

 

 

BRUYERE Gros plan relevé Paroi est du naos central - Cahie

 

      En effet, on distingue nettement dans son relevé, de part et d'autre du scarabée ailé qu'il a esquissé, de petites colonnes correspondant à ces hiéroglyphes que vous trouvez devant les cynocéphales et la personne agenouillée sur la photographie d'une partie de la scène prise par Tifet.

 

     A droite donc, une théorie de quatre babouins debout, mains levées, c'est-à-dire en position d'adoration, derrière un personnage féminin représentant, selon les trois hiéroglyphes légèrement gravés au-dessus de ses mains, le Principe féminin de l'éternité, un genou posé sur le sol, les paumes  également tournées vers le scarabée ; même disposition à gauche sauf que, si je lis bien B. Bruyère, le premier personnage est cette fois le pendant masculin du Principe d'éternité.

 

     Extrêmement précieuses, bien qu'en son temps il ait omis de retranscrire certains signes, ses notes manuscrites vont nous aider dans la visualisation des inscriptions séparant chacun des babouins : il est fait allusion à l'ogdoade devant le premier d'entre eux, c'est-à-dire au groupe des huit divinités d'Hermopolis sorties de l'Océan primordial ; devant le deuxième, il est précisé qu'il est en train d'adorer Rê ; avant le troisième est mentionné le Bel Occident, à savoir, comme déjà je l'ai expliqué samedi dernier, l'Amenti, la demeure des morts, là où les Justifiés sont inhumés ; enfin, devant le dernier des quatre est citée la butte de Djêmé, c'est-à-dire le monde souterrain enfoui sous un temple à Médinet-Habou, là où reposent désormais les huit dieux primordiaux. 

 

 

      Qu'il soit figuré à droite ou à gauche, tout ce petit monde adresse ses hommages appuyés au scarabée ailé surdimensionné du centre du registre, qui a pratiquement conservé ses magnifiques couleurs d'origine.

 

     L'animal, dans le bestiaire égyptien, symbolisait Khépri,  le dieu solaire protecteur de la renaissance des défunts, suite à  l'analogie que l'on avait remarquée entre l'astre émergeant de l'horizon chaque matin et le coléoptère coprophage qui présentait la particularité de constituer une boule de fumier qu'il faisait avancer, dans laquelle il avait inséré ses oeufs et qu'il enfouissait dans le sol ; dès que formé, le petit en sortait, semblable au soleil levant.

     Et d'ailleurs, dans la langue égyptienne, le hiéroglyphe du scarabée, que nous prononçons "khéper", signifiait "advenir, venir à l'existence".

 

     Je rappelle au passage que si Khépri figurait aux yeux des Egyptiens le soleil renaissant journellement, Rê le représentait à son zénith et Atoum, à son couchant.

 

     Il peut donc vous paraître tout à fait plausible, amis lecteurs, dans l'esprit même de la mythologie égyptienne, que des personnes rendent ainsi hommage à l'astre solaire sous cette forme métaphorique précise. En revanche, comment expliquer la présence de simiens dans identiquement la même attitude ?

 

     Fins observateurs de la nature - tant de la flore que de la faune -, les anciens habitants de la Vallée du Nil s'étaient rendu compte que clameurs et gesticulations caractérisaient le comportement des babouins au lever du jour. Ils en avaient donc tout naturellement déduit que ces premières "prières" à l'aurore, ces premières manifestations de joie au soleil, permettaient à ce dernier de sortir plus aisément des ténèbres. Raison pour laquelle, supposés adorateurs de Rê sous sa forme de Khépri, symbole de renaissance, ils furent souvent représentés gravés et/ou peints sur les murs des tombes pour favoriser la régénération du défunt ou, en ronde-bosse, comme ce groupe provenant du socle de l'obélisque jumeau de celui de la place de la Concorde, resté in situ à Louxor.

 

 

Babouins Louvre D 21

 

 

     Pour la petite histoire de l'hypocrisie des bien-pensants - avant "Charlie-Hebdo", déjà ! -, ce monument fit scandale dès son arrivée à Paris à cause de la position franchement frontale du sexe de ces cynocéphales adorant ... et, dès lors, fut enfermé, relégué, confiné à l'intérieur du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, salle 11. (D 31).


     La morale était sauve !

 

 

     Allusion est également faite à ces croyances dans les hymnes solaires où ils nous sont présentés levant les mains vers l'astre bienfaiteur, chantant, dansant ... ; bref, lui rendant un vibrant et peu silencieux hommage avant de l'accompagner pour franchir la porte s'ouvrant sur le monde diurne ...  

 

     Ou comme sur ce pyramidion de calcaire (D 18) sorti des réserves pour l'exposition Les Portes de Ciel, au Louvre en 2009, ayant appartenu à un certain Iher, de la XXVIème dynastie : si sur une des faces, nous voyons quatre babouins dressés adorant le disque solaire, sur celle qui lui est opposée, Iher et son épouse dans une attitude semblable, sur une troisième, les trois formes du dieu - Rê, Atoum et Khépri - assis dans une barque, la dernière nous donne à lire une prière hymnique que le défunt, s'identifiant au dieu créateur, lui adresse aux fins de prétendre prendre part au cycle cosmique pour l'éternité de sa vie post mortem.

 

 

Pyramidion de Iher - Louvre D 18 (Photo G. Poncet)

 

"Puisse ma voix être justifiée contre mes adversaires car je suis Atoum qui a fait le ciel pour Rê-Horakhty et la terre pour Geb, qui a créé ce qui existe et ce qui est sorti de terre, qui a fait advenir la lumière ; car (je suis) celui qui a mis au monde les dieux, le dieu grand advenu de lui-même."

 

  

 

(Posener/Sauneron/Yoyotte : 1959, 20 et 269)

 

 

 

     Au terme de cette ultime intervention devant la vitrine 3  tout entière dédiée aux animaux familiers des Egyptiens de l'Antiquité, je vous souhaite, amis lecteurs, un excellent congé de Carnaval qui, pour les écoles belges, commence demain, vendredi, en fin d'après-midi.

 

     C'est la raison pour laquelle vous voudrez bien noter nos prochains rendez-vous : ici même, en salle 5, le mardi 15 mars en vue d'entamer la description d'un ensemble mural vitré qui nous permettra de passionnantes nouvelles découvertes ; et le samedi 19 mars pour lever le voile sur la première des Maximes attribuées à Ptahhotep. 

 

Bon congé à tous ...


Et prenez garde à l'ingestion trop abondante de bières carnavalesques (belges) et de confetti (italiens ou niçois) !

 

Richard

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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