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6 mai 2011 5 06 /05 /mai /2011 23:00

 

      Le sable serait-il toujours plus jaune ailleurs ??? Assurément, non.

 

Tête de Toutânkhamon - MRAH, Bruxelles

 

     Cela posé, les hasards des programmations culturelles font qu'à l'heure où j'envisage de délaisser un temps ma terre natale pour me rendre dans la capitale française, à l'heure où je quitte la Senne  pour la Seine aux fins, entre autres expositions, de visiter la double qui, à la fois au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre et à la Bibliothèque nationale de France, à Richelieu, fait la part belle à Emile Prisse d'Avennes, s'ouvre à Bruxelles, au Palais 2 du Heysel (Brussels Expo), une manifestation considérable : Toutânkhamon, son Tombeau et ses Trésors - qui doit durer jusqu'à l'automne prochain - mettant en scène les chambres qui, dans le célèbre hypogée, continrent chacune partie du viatique pour l'éternité inhumé avec le jeune souverain.


      Copies, certes, que ces objets présentés en Belgique, mais reconstitution de la tombe et de son mobilier qui, à mon sens, ne devrait pas être dénuée d'intérêt.

 

     Cela aura peut-être même le mérite, du moins je l'espère, de faire comprendre qu'un tombeau égyptien ne constitue en rien ce que les films américains nous montrent parfois, à savoir un étalement d'objets parfaitement alignés de manière que la caméra puisse tous les détailler et soigneusement dépoussiérés par la technicienne de surface expressément engagée par Cécil Blount DeMille, mais bien plutôt un capharnaüm dans lequel le désordre, l'entassement et la quantité démesurée de monuments de toutes tailles le disputent à l'intérêt des peintures murales de la seule chambre sépulcrale. 

 

     Je n'ai pas encore eu l'heur de parcourir l'exposition bruxelloise, partant, de juger de son intérêt. De sorte que, plutôt que l'évoquer à partir de supputations, je préfère aujourd'hui, amis lecteurs, alors que vous vous attendiez tout logiquement à découvrir une nouvelle maxime de l'Enseignement de Ptahhotep, vous proposer de consulter le lien ci-après :

 

http://www.sherpa.be/upload/toutankhamon/fr/index.html

 

 

     Bienvenue à tous, et particulièrement à vous, amis étrangers qui ne connaissez pas la Belgique.

Bienvenue au Palais du Heysel à Bruxelles mais aussi au Musée du Cinquantenaire (Musées Royaux d'Art et d'Histoire)

 

 

Cinquantenaire - Bruxelles.jpg

 

qui offre pour l'occasion un redéploiement des collections de son Département des Antiquités égyptiennes puisque de nouvelles pièces ont été provisoirement exhumées des réserves, comme la tête d'Amon sous les traits de Toutânkhamon (E 5698) qui ouvre mon invitation de ce matin.

 

http://www.artaujourdhui.info/a05987-toutankhamon-aussi-au-musee-du-cinquantenaire.html

 

 

     En ces deux lieux de culture pharaonique, je vous souhaite une excellente visite : vous aurez tout loisir d'y dévider à votre aise un fil d'Ariane qui vous permettra de rencontrer le seul enfant mâle qu'eut Amenhotep IV/Akhenaton après ses six filles.


 

     Et si, d'aventure, Chronos et l'importance de votre pelote vous l'autorisent, n'hésitez pas à en poursuivre le déroulement pour, le lendemain, partir à la découverte d'une autre ville fascinante : des rives du Nil antique où vous aurez déambulé la veille, vous passerez l'instant de quelques kilomètres en voiture, à celles des canaux médiévaux de Bruges au bord desquels, certains s'en souviennent peut-être, lors de deux rendez-vous extrêmement différents, je vous avais emmenés les 12 et 19 septembre 2009  ...

 

     Bienvenue chez moi ... 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en Belgique
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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 23:00

 

     Après avoir successivement évoqué, devant le fragment de linteau (E 25681) provenant du mastaba de Metchetchi exposé dans la première des deux vitrines 4 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, le 15 mars les différents monuments lui appartenant et disséminés dans quelques-unes des institutions muséales du monde ;  le 22, d'un point de vue sémantique, les titres qui étaient siens dans l'Égypte de l'Ancien Empire ; les 29  mars et 5 avril, ces mêmes appellations mais sous un éclairage historique et social ; enfin, mardi dernier, la notion de déterminatif d'un patronyme, je voudrais ce matin poursuivre l'étude détaillée que nous avons consacrée à ce monument de calcaire, tellement riche de développements,  par une caractéristique capitale qui différencie fondamentalement l'art égyptien de l'art grec : il s'agit de l'aspectivité.   

 

 Metchetchi et son fils Ptahhotep (Linteau E 25681)

 

 

     Nous devons ce concept auquel j'ai précédemment déjà quelque peu fait allusion à feu l'égyptologue allemande Emma Brunner-Traut : c'est sous le terme aspektive qu'elle désigna ce que d'autres après elle appelèrent en français "multiplicité des points de vue", c'est-à-dire une  représentation simultanée de tous les aspects qui peuvent nous informer sur un sujet donné.

 

     Et de tout naturellement opposer dans ce sens l'art égyptien à celui de la Grèce antique qui, aux Vème et IVème siècles avant notre ère, s'essaya, notamment dans le domaine de la sculpture, à la perspective, c'est-à-dire à la représentation de ce que l'on  voit à partir de l'endroit d'où l'on regarde ; et qui fait fi de détails par exemple placés derrière, qu'il nous serait évidemment impossible d'apercevoir et qui, peut-être, nous permettraient de mieux appréhender la scène.

 

      D'emblée, il m'agréerait de souligner que cette notion d'aspectivité que l'on reconnaît à l'art  de l'Egypte ancienne fit partie de bien des aspects de la civilisation. Ainsi celui de la langue, par exemple, où la perspective temporelle est absente dans la mesure où de nombreuses phrases sont dépourvues de verbe, ou de précision quant à la conjugaison ; dans la mesure aussi où sont inexistantes les conjonctions que nous utilisons en français pour relier entre elles une proposition subordonnée et une principale.

 

     Nous pouvons également la rencontrer au niveau des idées religieuses : le polythéisme ne se présente-t-il pas en effet comme une multiplicité de moyens pour tenter de cerner le divin ?

Enfin, dans l'approche d'un phénomène, nous constatons qu'un même terme peut désigner des choses fort différentes.

 

     Il serait en réalité ici trop fastidieux et quelque peu hors propos de poursuivre le développement de  mes remarques, aussi me permettrez-vous d'uniquement envisager le concept d'aspectivité dans l'art égyptien avec, en l'occurrence, ce linteau qui, à nouveau, constituera le point nodal de mon intervention d'aujourd'hui. 

 

 

     Comme tous ses coreligionnaires en semblable situation, l'artiste  qui a réalisé ce monument a tenu à exprimer la totalité des caractères essentiels de sa composition en montrant des éléments normalement cachés à nos yeux ou plutôt à ceux des proches membres de la famille de Metchetchi qui étaient à l'Antiquité susceptibles de se présenter devant la porte de son mastaba  pour venir, avec les prêtres  ritualistes, perpétuer son culte funéraire ...

 

 

     Que voyons-nous exactement ? Le visage de Metchetchi figuré de profil, ce qui eût dû entraîner la représentation de l'ensemble du corps également de profil, c'est-à-dire, dans ce cas précis, vu de droite : or,  vous remarquerez que l'oeil mais également les épaules se présentent de face !

Toutefois, l'abdomen est lui aussi de profil.

Oui, mais le nombril de face !

 

     Quant à son pagne, que les égyptologues nomment "à devanteau triangulaire", il combine une vision émanant à la fois du côté arrière droit et de face.

 

     Que de distorsions !, penserez-vous avec le grand égyptologue belge Jean Capart qui, à propos d'une gravure semblable dans le mastaba de Nefer-Seshem-Rê, à Saqqarah, n'hésita pas à écrire que la figure entière devient une véritable monstruosité.

 

     Le terme est un peu fort, certes ; mais bon, acceptons-le comme inhérent à un temps et demandons-nous aujourd'hui si les artistes des rives du Nil furent à ce point incapables de représenter un corps humain ? 

 

     Quand on connaît quelque peu les règles qui caractérisent et codifient l'image égyptienne, quand on en comprend les motivations, il n'est évidemment plus possible d'entériner semblable opinion.

 

     En outre, à partir du moment où il n'y a pas fondamentalement distorsions tératologiques, admettez que la vision que nous avons - au premier coup d'oeil - de ce haut fonctionnaire de cour, n'est pas vraiment choquante, n'est pas vraiment monstrueuse : les bizarreries n'apparaissent en réalité que si nous scrutons l'oeuvre en détail,  que si nous prenons la peine de nous y attarder - ce qui, par définition, n'est jamais le cas d'un premier coup d'oeil ! 

 

     Nonobstant, cette particularité de la peinture et de la gravure chez les Égyptiens perturba grandement les historiens de l'art du XIXème siècle et à leur suite ceux des premières décennies du XXème autorisant par exemple, en 1904, Edmond Pottier (1855-1934), qui fut une quinzaine d'années durant Conservateur au Département des Antiquités orientales et de la Céramique antique, ici au Louvre, à avancer, dans une étude consacrée à Douris, peintre de vases à figures rouges du Vème siècle avant notre ère, que ce sera après de longs efforts que les Grecs  briseront les conventions tyranniques auxquelles s'étaient pliés les artistes en Égypte, en Chaldée, en Assyrie. Poursuivant, il estime qu'ils ont renoncé à désarticuler l'être humain, sous prétexte de le montrer sous des aspects anatomiquement vrais. Et, un peu plus loin, il ajoute que ce fut la victoire de l'art grec sur la science. On s'habitua à des trois quarts, à des perspectives, à des parties supprimées ou à demi cachées.

 

     Et de conclure que l'orientation de l'art en fut changée complètement.  

 

     Qui oserait arguer du contraire ? Seuls, assurément, les termes tyranniques et désarticuler seraient à tempérer eu égard à la meilleure analyse que les égyptologues ont maintenant établie de ces représentations et des codes qui les sous-tendent ; mais également de l'ensemble de la civilisation comme je l'ai souligné au départ.

 

 

     Un dernier point, avant de nous quitter : ce que j'ai tout à l'heure avancé à propos de la figuration de Metchetchi sous l'angle de l'aspectivité est évidemment d'application, vous vous en doutez amis lecteurs, à celle de son fils qui  paraît se trouver devant lui.

 

     "Paraît", car d'autres codes bien sûr régissent cette scène ...

 

      Je me propose de les envisager avec vous dans un futur rapproché. Mais avant cela, mardi prochain, le 10 mai, j'aimerais ouvrir une petite parenthèse à propos précisément du concept de perspective dans l'art occidental ...

 

 

 

 

(Brunner-Traut : 1973, I, colonnes 474-88 ; Capart : 1907, 25-6Farout : 2009, 3-22 ; Malaise : 1992, 78-168)

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29 avril 2011 5 29 /04 /avril /2011 23:00

 

      Avant le congé de Printemps belge pendant lequel, les 16, 19 et 23 avril, je vous ai conviés à suivre le philosophe français Michel Onfray lors d'un séjour qu'il fit à la fin du siècle dernier sur les bords du Nil, nous avions vous et moi amis lecteurs, découvert un groupe de trois maximes de l'Enseignement de Ptahhotep qui, les seules de ce type dans cette oeuvre sapientiale, présentaient la particularité de former un ensemble continu dans lequel intervenait un polémiste, un rhéteur comme le nomme dans son ouvrage de 2010 l'égyptologue français Pascal Vernus, présenté comme ayant des niveaux de compétence différents.

 

 

     Quand, le 5 février dernier, dans l'un des quatre articles destinés à introduire mes interventions du samedi consacrées à ce corpus d'apophtegmes, je vous signalai - hasards du calendrier - qu'allaient se tenir de mars à juin deux manifestations mettant Emile Prisse d'Avennes à l'honneur, l'une au Louvre, l'autre à la Bibliothèque nationale de France, j'étais loin de m'imaginer que j'aurais l'opportunité de recevoir le catalogue édité par la BnF avant de me rendre à Paris.

 

     Très intéressant cadeau que ce petit ouvrage de 160 pages - j'aurai très probablement l'occasion de l'évoquer ici après avoir visité les expositions -, dans la mesure où Bernard Mathieu, égyptologue et philologue français, propose, fruit de son enseignement à l'Université Paul-Valéry de Montpellier, la toute dernière traduction qu'il a faite des Maximes

 

 

     En juillet 2008, à propos d'un extrait de poésie amoureuse, j'avais mentionné en fin d'article les difficultés ressortissant immanquablement à la traduction d'une oeuvre antique. Et, pour corroborer mes allégations, je vous avais proposé trois versions différentes d'un même texte.

 

     J'ai pensé qu'aujourd'hui, avant de reprendre la suite de notre découverte de l'Enseignement de Ptahhotep, il serait intéressant de réitérer l'expérience aux fins de vous inviter à  vous exprimer sur l'une ou l'autre des deux plus récentes approches publiées.

 

     Pratiquement, vous retrouverez en premier lieu, pour chacune des trois maximes qui nous occupent, la version que vous connaissez maintenant et qui est celle que le Professeur Vernus publia en 2001 et, juste en dessous de chacune d'elles, surlignée en jaune, celle que Bernard Mathieu nous offre dans le catalogue de la double exposition parisienne auquel j'ai ci-avant fait allusion. 

 

     Je pense n'avoir pas trop de ces quelques calames de la palette de scribe (E 2241) exposée dans la vitrine 2 de la salle 6 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre pour vous les recopier toutes les six ...


 

Palette au nom de Toutankhamon N 2241 (Photo C. Décamps)

 

 

Maxime 2

 

Si tu as affaire à un polémiste au moment où il sévit,

Qui a bonne maîtrise de ses facultés et qui soit meilleur que toi,

Plie les bras, courbe ton dos.

Ne te mobilise pas contre lui, il ne parviendra pas à se mettre à ton niveau.

Tu réduiras celui qui parle mal

En ne t'opposant pas à lui au moment où il sévit,

Si bien qu'on le qualifiera de "c'est un ignorant"

Lorsque ta maîtrise intérieure neutralisera ses ressources.

 

 

Si tu rencontres un orateur à l'oeuvre,

qui a plus de maîtrise et de qualité que toi,

incline-toi, courbe l'échine,

ne le défie pas : il lui sera impossible de se confronter à toi.

Tu rabaisseras celui qui parle à tort

en ne l'affrontant pas quand il est à l'oeuvre ; 

il passera pour un complet ignorant

quand ta retenue aura été confrontée à sa faconde.

 

 

 

Maxime 3

 

Si tu as affaire à un polémiste au moment où il sévit,

Ton égal, qui soit de ton rang,

C'est en gardant le silence aussi longtemps qu'il parle mal

Que tu feras prévaloir ta compétence sur lui.

Importante sera la désapprobation marquée par l'auditoire,

Alors que ton renom s'en trouvera bien, étant quelqu'un que les magistrats ont appris à connaître.

 

 

Si tu rencontres un orateur à l'oeuvre,

qui est ton égal, à ta main,

tu dois faire prévaloir ta qualité sur la sienne par le silence,

quand il se livre à de mauvais propos.

Grand sera le désaveu de la part de l'auditoire,

et ton renom irréprochable à la connaissance des grands. 

 

 

 

 

Maxime 4


Si tu as affaire à un polémiste au moment où il sévit,

qui se trouve être un médiocre, et non ton égal,

Ne nourris pas d'intention agressive à son encontre dans la mesure où il est faible.

Abandonne-le à son sort afin qu'il se punisse lui-même.

Ne l'interpelle pas pour soulager ton coeur.

Ne fais pas le jeu de celui qui est face à toi.

Celui que ruine la médiocrité d'esprit est quelqu'un d'incommode.

On fera ce qui est conforme à ta volonté.

A toi de lui porter un coup par la punition que lui infligeront les magistrats.

 

 

Si tu rencontres un orateur à l'oeuvre,

d'un talent inférieur, et non ton égal,

ne te montre pas arrogant envers lui sous le prétexte de sa faiblesse,

abandonne-le et il se punira lui-même.

Ne lui réponds pas pour soulager ta conscience,

ne comble pas les voeux de celui qui te fait face,

- il est déplacé de démolir l'inférieur -

et l'on agira selon tes voeux.

Tu le frapperas par la punition que lui infligeront les grands.

 

 

 

(Mathieu : 2011, 68-9 ; Vernus : 2001, 76-7 ; ID. 2010 : 172)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 23:00

 

     Le dernier mardi avant le congé de Printemps qui nous a, les 16, 19 et 23 avril, permis d'accompagner Michel Onfray lors d'un séjour en Égypte, nous avions, d'une manière générale, souvenez-vous amis lecteurs, fait connaissance avec un haut fonctionnaire de la fin de l'Ancien Empire, un certain Metchetchi, dont le mastaba avait vraisemblablement été aménagé proche de la pyramide du pharaon Ounas, dont il était un des hauts fonctionnaires.

 

     (Je rappelle au passage un point déjà souvent précisé : c'est par pur privilège régalien que ces serviteurs zélés purent disposer à Memphis d'une tombe dans le périmètre de celle de leur royal mentor.) 

 

     Aujourd'hui, je vous propose de nous pencher plus en détail sur le fragment de linteau (E 25681) exposé dans la première vitrine d'un ensemble de deux auxquelles le Conservateur de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre a bizarrement décidé d'attribuer le même numéro 4.

 

 

Salle 5 - Vitrine 4 - Linteau E 25681

 

 

      

      L'emploi du terme sémiotique ressortissant au domaine de réflexion du philosophe américain Charles Sanders Peirce et du linguiste helvète Ferdinand de Saussure dans le titre de ma présente intervention n'est, vous me le concéderez bientôt, nullement fortuit. Il pourrait éventuellement paraître antinomique quand il s'agit d'évoquer un monument  ; mais le fait que celui-ci soit égyptien, qu'il comporte des notations hiéroglyphiques incisées qu'accompagne une iconographie également gravée, assoira sans conteste mon propos.

 

 

     Ce bloc de calcaire de 54,7 cm de longueur pour une hauteur de 43 cm et une épaisseur de 5,2 cm, présente, je l'ai dernièrement souligné, la particularité d'être incomplet dans la mesure où il a été privé de toute sa portion droite qui initialement comportait cinq lignes horizontales d'un texte soigneusement  inscrit en creux qui, outre qu'il proposait la traditionnelle formule d'offrandes semblable à celle que nous avions notamment rencontrée sur ce petit bassin de calcaire (E 653) que, parmi d'autres ustensiles de vaisselle funéraire, je vous avais présenté le 18 novembre 2008, nous donnait à lire certains titres du défunt se terminant d'ailleurs, dans la colonne verticale précédant les personnages de gauche, par son patronyme.

 

     A l'instar des statues de l'Ancien Empire, pour que ce linteau chapeautant la porte d'entrée du mastaba puisse pleinement jouer son rôle dans le domaine funéraire, il devait être personnalisé par une inscription : de sorte que le nom du défunt se terminait par un déterminatif, à savoir le signe hiéroglyphique d'un personnage, souvent assis, Metchetchi + déterminatifcomme c'est le cas sur certains des autres monuments de Metchetchi : je pense notamment à sa stèle fausse porte exposée au Metropolitan Museum of Fine Arts de New York.

 

 

     Ici sur ce très beau fragment de calcaire devant nous, le nom propre qui met fin à la colonne est totalement dépourvu du déterminatif en question :

 

Metchetchi (Hiéroglyphes)

 

 

     (Pour l'explication de  ces signes, permettez-moi de vous suggérer la relecture de mon article introductif du 15 mars dernier.)

 

     En réalité, il s'agit une fois encore d'une parfaite application de ces jeux scripturaux dont souvent furent friands les artistes égyptiens : la figuration de Metchetchi en taille héroïque dans le registre de gauche du linteau fait office de grand déterminatif. De sorte qu'elle doit être comprise tout à la fois comme une image qui le représente et comme un signe d'écriture visant à compléter son identification qui précède.

 

     C'est exactement le même principe qui fut appliqué à l'un des personnages d'un célèbre groupe statuaire  du Musée du Caire.

 

 

Rahotep-et-Nofret.jpg

 

 

      Si vous regardez attentivement l'inscription hiéroglyphique peinte à l'arrière-plan, sur le haut du siège, alors que pour la dame le déterminatif attendu d'une personne féminine assise termine, de part et d'autre de son visage, les quatre hiéroglyphes qui précèdent et donnent son nom Neferet, pour l'homme sur le siège à sa droite, les cinq hiéroglyphes définissant son identité, Rahotep, clôturant  à chaque fois la colonne de gauche en sont dépourvus : en réalité, l'imposante stature du personnage tout entier représente en ronde-bosse le petit signe déterminant qui eût dû être peint au-dessus de ses épaules. 

 

     Par parenthèse, ce qui à mes yeux demeure un mystère, c'est la raison pour laquelle l'artiste a procédé d'une manière différente pour l'épouse et pour son mari ...

 

 

     Il m'agréait donc ce matin d'attirer votre attention, amis lecteurs, en m'appuyant sur ces deux exemples parmi tant d'autres, le linteau de Metchetchi bien sûr et, en parallèle, le groupe statuaire du Caire,  sur le fait que l'iconographie égyptienne eut indiscutablement valeur de syntaxe, l'image signifiant bien plus qu'elle ne décrivait.

 

     En d'autres termes, dans cette civilisation où une minorité seulement accéda au savoir, dessin et écriture furent parfaitement complémentaires et, in fine, indissociables.

 

     L'essentiel, pour l'ensemble de la population antique, n'était-il pas que l'image rencontrée au détour d'un monument leur parlât, fonctionnât tel un langage, tel un texte que les hommes n'avaient pas eu l'heur d'apprendre tous à lire ? 

 

 

 

(Fischer : 1986, 24-8Malaise 1992, 78-168)

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 23:00

 

     Il n'y a guère, souvenez-vous amis lecteurs, je m'étais arrogé le droit de reprocher à Michel Onfray d'entamer sa "Contre-Histoire de la Philosophie" en 2006, par les penseurs grecs, fussent-ils en dehors des sentiers rebattus des cours universitaires traditionnels et, partant, de ne quasiment pas évoquer les sagesses égyptiennes en tant que prémices à la philosophie antique.

 

     Si, d'une certaine manière, je persiste et signe, il m'agréerait néanmoins de vous donner à lire ce matin, avant qu'ensemble, mardi prochain, nous reprenions le chemin du Louvre et, samedi, celui des Maximes de Ptahhotep, un dernier extrait de l'ouvrage que je vous ai proposé prendant ce congé de Printemps belge, A côté du désir d'éternité. Fragments d'Égypte.

 

     Je n'écrirai jamais assez combien ce titre me plaît !!

 

    Dans sa (trop) courte relation d'un séjour qu'il fit sur les rives du Nil, publiée aux éditions Mollat en 1998, puis en Livre de poche en 2006 et qui, à l'époque, m'avait complètement échappé,  le philosophe argentanais fournit quelques précisions qui abondent dans le sens qu'ici j'ai toujours défendu à propos des liens qui peuvent exister entre les différentes pensées des anciennes civilisations méditerranéennes.

 

     Ce nonobstant, j'avoue que j'attends toujours de sa plume, en parallèle avec les études des égyptologues philologues, qu'il nous offre l'ouvrage représentant le véritable compendium de sa réflexion philosophique à propos des sagesses égyptiennes et qui, dès lors, mettrait à mal le sempiternel a priori qui veut que tout commence en Grèce ... 

 

     En attendant, rendons à Michel Onfray ce qui appartient à Michel Onfray ...


 

 

     ... A l'évidence, l'européanocentrisme dans lequel l'université élève ses sujets compte pour rien ce que pourraient être les sources et les racines de la Grèce qu'on préfère présenter comme procédant d'elle-même. Rien dans les mains, rien dans les poches, miracle grec, comme on disait, et Athènes vint. L'idée que les Grecs ont pu puiser à plus ou moins grandes brassées dans les civilisations qui les ont précédés passe pour hérétique dans les milieux universitaires européens. Rien d'égyptien ou de sumérien chez les Présocratiques ou Platon, car il faudrait, horreur pour l'inconscient collectif national, consentir aux racines africaines ou orientales de l'Europe.  (...) 

 

     Dans le repos de ma chambre, je reprenais de vieilles lectures faites à l'époque où je découvrais les philosophes de l'antiquité gréco-romaine. Avec les livres de sagesse des pharaons, je trouvais chez Ptahhotep, Kajemni, Merikaré, Iouper, Neferty ou Aménémopé une ethique qui contient intégralement les préceptes de ce qui deviendra la morale gréco-romaine puis chrétienne : l'éloge de l'équité, du juste, de la prudence, la célébration de l'humilité, de l'honnêteté, les mérites vantés de l'amabilité, de la discrétion, de la modération, la méfiance à l'endroit du sentiment et tout le système moral permettant de justifier une place pour chacun suivant l'ordre et l'idéologie en vigueur : les serviteurs au service, les maîtres au commandement.

 

     Travailler, fonder une famille et l'aimer, défendre son pays, ne pas se rebeller, consentir au réel, se soumettre à l'ordre terrestre, incarnation de l'ordre céleste, voulu par les dieux : l'art de vivre égyptien propose dès les premiers temps de l'humanité culturelle les éternelles formules de la sagesse des nations.  Il n'est pas étonnant que l'on retrouve ces principes éthiques  dans les premières heures de la pensée grecque. De la même manière, le Livre des morts avance avec une géographie infernale, une théorie de la vie après la mort, une ontologie du trépas, une métaphysique destinée à conjurer le néant, qui s'appuient sur la puissance d'un désir d'éternité recyclé dans le platonisme - qu'on songe au Phédon - et dans le christianisme. Que l'Égypte ait influencé l'Occident via la Grèce, cela semble très probable. Pour autant, (...) ce que j'entendais le jour dans la bouche des thuriféraires débitant leur savoir à destination du contingent de touristes me laissait croire qu'il y a un travail à faire sur cette question et qu'il est loin d'avoir été fait.

 

     Dehors, vue de mon balcon, dans les limbes de la nuit, Louxor scintillait comme une ville qui conserve son secret avec moins de jalousie et d'arrogance que de désinvolture et d'insouciance.


 

Nuit sur Louxor -2- (François)

 

 

      Assis sur le fauteuil, regardant les lumières vacillantes, écoutant les bruits qui se raréfiaient avec l'avancée des heures nocturnes, un cigare à la main - que je n'allumais pas, trop privé d'humidité - je pensais à l'Europe lointaine, là-bas, aux passages de Flaubert et de Rimbaud, de Nerval et de Gautier, puis à tous les voyageurs venus de France ou d'Italie qui, entre le siècle de Montaigne et celui de Montesquieu, furent plus de deux cent cinquante à écrire et raconter dans le détail leur voyage en Égypte.

 

     Plus cosmopolites alors qu'aujourd'hui, plus voyageurs, plus désireux de savoirs et d'influences étrangères, plus curieux d'étrangetés, les hommes d'hier et d'avant-hier, voire ceux d'un avant-hier plus ancien encore, n'ont pas hésité à franchir les océans, parcourir les terres, traverser de nombreux pays, aller et venir, partir et rentrer, parler, écouter, écrire, rapporter des connaissances et faire circuler les leurs, le plus loin possible et dans un infernal maelström de mots. Les moyens de transport, plus lents, laissaient le temps à l'imprégnation, à l'infusion, à la diffusion lente, mais sûre. Je songeai, en regardant la nuit changer de couleur, que dans le sang de la pensée occidentale coule sans conteste un sang africain.

 

     J'aime en Afrique le temps expérimenté comme une pure durée voluptueuse, comme une totale occasion de jubiler de son écoulement. Temps à dépenser, à brûler comme on consume une existence, en pure perte, ou pour le seul bénéfice d'un exercice hédoniste. La chaleur, la lumière, le soleil me sont des auxiliaires précieux pour pratiquer ce temps en direct. Le corps s'aligne sur les rythmes de la journée : zénith et nadir, aurore et crépuscule, jour et nuit, matinée et soirée, la chair se plie aux cadences naturelles, aux crues et aux décrues du Nil. L'Afrique vit toujours confusément dans l'ombre et le souvenir de l'animisme, du polythéisme et du panthéisme. Le climat commande et dispose de tout autour de lui, il exerce un empire total et décide de manière intégrale.

 

     Aux heures plus fraîches du petit matin, je sortais dans la rue. Etrangement, le peu de sommeil que j'avais eu n'entraînait aucune fatigue, comme si la chaleur cuisait, asséchait, brûlait mon âme sans que paraisse le moindre fléchissement de l'énergie. Le jour avec des images, la nuit avec des lectures et des songes, il me semblait que la vie s'écoulait selon un ordre voulu par la nature, aucunement choisi par moi. Et tout cela me convenait, comme si le moi, le je, l'individualité occidentale, l'égotisme cédaient le pas, dilués dans le temps fluide qui sévit là-bas, contemporain des divinités humaines aux têtes animales. 

 

 

 

 

Michel Onfray, A côté du désir d'éternité. Fragments d'Égypte, Livre de Poche, Collection Biblio Essais n° 4399, Paris, Librairie Générale Française, 2006, pp. 35 et 40-5.

 

 

(Immense merci à un ami niçois de m'avoir sans hésitation aucune offert, pour illustrer le dernier billet de cette courte série, la superbe prise de vue de Louxor qu'il y a réalisée le mois dernier.)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en textes
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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 23:00

 

     Dans ma volonté de pré-programmer en mon absence trois rendez-vous pendant la pause de ce blog que m'autorise le congé de Printemps dans l'Enseignement belge, je vous ai samedi dernier donné à lire, souvenez-vous amis lecteurs, un premier extrait du séjour que fit le philosophe français Michel Onfray en terre égyptienne et dont il a consigné une partie de ses impressions dans un petit ouvrage intitulé A côté du désir d'éternité. Fragments d'Égypte.

 

     Nous le retrouvons ce matin en compagnie de quelques célébrités ...

 


 

 

     Je n'ai pas désiré l'Egypte pour ce qu'elle m'a tout de même enseigné de manière oblique : l'existence du corps de Rimbaud. Mais ce fut dans le temple de Louxor que cette sapience étrange me fut donnée, éclairée par un matérialisme expérimenté d'une façon presque mystique. La lumière tombait, le soleil déclinait, et l'ombre masquait déjà un certain nombre de noms écrits dans la pierre, au siècle dernier, par des anonymes dont certains avaient accompagné Bonaparte dans sa campagne de conquête. J'avisai un singulier Champoléon, équivalent sur le terrain linguistique de ce que sont ces figures trouvées en abondance dans l'art égyptien et qui associent le corps d'un homme et la tête d'un animal. Cette étrange trace composée d'un mélange de Champollion et de Napoléon exprime de manière ironique la généalogie de la passion française pour l'égyptologie.

 

    Rimbaud, ce me fut un éclair de lumière lancé en plein visage, une lame qui coupe l'oeil horizontalement, dans le sens où apparaissent les sept lettres qui font ce patronyme, de gauche à droite.

 

 

Signature d'Arthur Rimbaud - Temple de Louxor

 

 

     Jamais avant cet instant de feu il ne m'était venu à l'esprit que Rimbaud ait pu avoir un corps, des mains, des doigts, ni le désir d'inscrire les lettres de son patronyme dans le pilier d'un temple antique. Arthur Rimbaud avec une silhouette, une stature, une chair, transportant avec lui une mélancolie infusée dans une épaisseur matérielle, voilà qui me sautait à l'esprit, comme un animal décidé d'en finir avec mon front, alors que jamais je n'avais songé nettement à cette dimension de son existence.

 

     Habituellement, je retrouve la lecture de Rimbaud dans les moments où ma solitude est la plus grande : les nuits d'insomnie, les heures fades dans des hôtels perdus, loin de tout, aux heures les moins solaires de l'année où s'annonce tout de même une saison qui me fait envisager une résurrection, après l'hiver, ou quand tous les livres me tombent des mains. J'ai lu Alain Borer, bien sûr, plusieurs fois, pour suivre le poète au Harar ou à Aden, au Yémen, en Abyssinie, en Ethiopie, sinon à Java ou à Chypre. J'ai imaginé le voyageur, le nomade, l'errant, l'insatisfait, l'homme brûlé par le désir d'Orient ou d'un ailleurs où le feu soit violent, brutal, intraitable. J'ai songé à lui chaque fois qu'un voyage en avion me faisait survoler la mer Rouge, atterrir en escale à Djibouti ou longer les côtes du Soudan. Mais là, devant ce graffiti de Louxor, ces lettres écrites avec une régularité élégante, et la précision d'un tailleur de pierre, je voyais le corps de Rimbaud en train de graver son nom.


 

Graffito-Rimbaud.jpg

 

 

     Rimbaud, assis sur le sable - car à l'époque, le temple est recouvert jusqu'à ces 2,80 mètres où l'on peut maintenant lire les lignes -, ou debout, mais appliqué, légèrement courbé, attentif à la tâche, scrupuleux, consciencieux, décidé de tracer cet alphabet génial dans le plus pur style sobre. Ascétisme du trait, vertu du tracé, profondeur régulière et calligraphie sacrée. Non loin de Champoléon, Thedenat et autres Découtan, RIMBAUD, en capitales, défie le mythe, dépasse l'histoire fabuleuse et le délire planétaire associé à la figure du personnage, pour triompher en signe tangible, en trace véritable, en preuve possible de l'existence d'un homme qui, à l'époque, a décidé d'en finir avec l'écriture poétique.

 

     Bien évidemment des censeurs et des pisse-froid ne veulent pas croire à la vérité de cette histoire. Etiemble, par exemple, pour la simple raison que laisser traîner son nom dans la pierre semble plus désir d'imbécile que démarche de génie. Pourtant, Nerval et Chateaubriand y sacrifièrent comme d'autres, moins célèbres, anonymes, qui ont inscrit dans les monuments ce moment dans l'histoire de l'humanité : hier le passage des écrivains romantiques dans une Égypte où l'on pratique le pèlerinage, aujourd'hui les graffitis qui confirment historiquement le basculement sans concession du pays dans le délire grégaire de la lèpre touristique généralisée. Rimbaud, donc, en chair et en os, incarné, prolongé dans le trajet qui conduit du graffiti au corps, comme inversement, il y a un siècle, le corps conduisit à l'inscription.

 

     Pour les tenants d'un Rimbaud sans désir d'écriture lapidaire, un dossier a été ouvert qui propose toutes les preuves tendant à montrer l'impossibilité de sa présence à Louxor. Partant, l'impossibilité que le graffiti soit de la main d'Arthur, fils de Marie-Catherine-Vitalie Cuif. Toutefois les pièces qui vont dans le sens inverse sont plus nombreuses. La hauteur du graffiti correspond à une hauteur de sable qui elle-même renseigne sur l'époque : il y a correspondance. La proximité du nom génial avec celui d'autres personnages contemporains ayant pu être identifiés ajoute à la précision : il y a coïncidence.

 

     De même, dans les années où l'on désensable le temple - il y a un demi-siècle -, le nom de Rimbaud signifie peu de chose. Afin que celui-ci ait pu être écrit par un autre à cette époque, il aurait fallu un plaisantin visionnaire, armé d'une échelle, d'un escabeau, d'un échafaudage et d'une infinie patience - elle-même doublée par l'improbable bienveillance d'autorités consentant à pareil exercice ...

Le posthume, le canular, l'apocryphe et le faux paraissent incertains. (...)

  

     Du moins, il aura hanté cette géographie, promené son ombre sous le ciel de Louxor, traîné son âme dans le feu du lieu, abandonné sa rêverie aux eaux du Nil. Avant de repartir, en direction de déserts plus amples, plus sévères, plus rudes - ceux qui lui feront honorer son rendz-vous avec la douleur, la maladie, et la mort annoncée. Dans la lettre d'avant Louxor, Rimbaud avait écrit : " Je ne puis plus rester ici, parce que je suis habitué à la vie libre ."

 

 


 

Michel Onfray, A côté du désir d'éternité. Fragments d'Égypte, Livre de Poche, Collection Biblio Essais n° 4399, Paris, Librairie Générale Française, 2006, pp. 27-34.

 


A suivre, samedi 23 avril ...

 


 

 

(Un merci particulier à un ami niçois qui, faute de l'avoir personnellement photographié, m'a fourni le lien vers le  gros plan du graffito de Rimbaud ci-dessus.)

 

(D'après mes sources et sauf erreur de ma part, M. Onfray aurait ici fait une confusion, sans véritablement grande importance, sauf pour les spécialistes de l'histoire des graffiti, s'il en existe : les signatures de Champoleon, Découtan et Thédenat ne figurent nullement à Louxor, proche de la "signature" d'Arthur Rimbaud mais se trouvent à Karnak, pour le premier et au Ramesseum, pour les deux autres.)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en textes
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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 23:00

 

     Comme annoncé ce mardi, avant de peut-être dévorer notamment ses ouvrages à la "Contre-histoire de la philosophie" consacrés, je vous propose aujourd'hui, aux fins de combler un incommensurable vide dû à mon "absence" du Net en ce congé de Printemps belge, un premier extrait de la (bien trop) courte relation d'un voyage qu'à l'instar de Pierre Loti, Gérard de Nerval et tant d'autres aux siècles passés, le philopsophe français Michel ONFRAY fit en Égypte.

 

     Puisse cette approche vous permettre un jour de désirer découvrir ce petit opus mais aussi l'ensemble de son oeuvre philosophique ... 

 


 

 

     A cinq heures le matin, dans les rues de Louxor, les rats se le disputent aux mouches. La chaleur n'est pas encore là, ni les klaxons, ni le cliquetis du harnachement des chevaux, ni leur petit trot sur le bitume fondu. Rien d'autre, dans cette nuit juste achevée, ourlée de rose dans les derniers moments de l'aurore, qu'une immense promesse de brûlure sous un soleil qui se révélera impérieux. Sur la corniche où je consume du temps, en attendant l'heure de trouver un hôtel, je regarde de Nil sans trop y croire. Mythique et fabuleux, ancestral et magique, il coule, là, sous mes yeux, au premier plan d'un paysage dans le fond duquel rougeoie doucement la montagne thébaine.

 

     Au loin, quelques palmiers aux fûts cannelés et aux ombrelles épanouies devraient suffire à me convaincre que j'ai retrouvé l'Afrique dont mon désir est vif depuis la première fois. Les felouques bougent à peine sur l'eau, leur ventre plat et large comme le bassin de femmes superbes amortit les quelques vaguelettes qui s'écrasent sur le bois. Dans cette musique, le clapotis se partage les sons avec le bruit du vent dans les gréements. L'eau du Nil brille et scintille sous les reflets de la lumière annoncée, mais elle demeure noire et profonde, ombrée par la mémoire et les souvenirs les plus anciens, Nil de Vivant Denon et de Bonaparte, de Rimbaud et de Flaubert, Nil des convois mystérieux aux dieux humains à têtes animales, Nil des eaux nubiennes et des profondeurs de la matrice africaine.

 

     Le regard perdu dans ce liquide sans fond, je songe aux heures magiques au cours desquelles des barques et des prêtres, des puissants et des mages ont célébré, vénéré, adoré et prié le limon, puis les épousailles du soleil et de la terre, de l'eau et de l'air. Les quatre éléments s'agencent en de grandioses bacchanales dans lesquelles, pêle-mêle, se mélangent crocodiles et hippopotames, nénuphars et papyrus, pharaons et fellahs, poissons verts et ibis immaculés. En attendant, aux heures calmes et douces du petit matin, le Nil charrie de quoi nourrir éternellement la pensée d'Héraclite, le philosophe emblématique des fleuves et de leur magie métaphysique.  (...)  

 

     La matinée entamée, la brume apparaît. Les roses, les saumons, les rouges pâles et les pastels du petit matin laissent place à des teintes plombées induites par la chaleur et l'air qui danse à plus de cinquante degrés dans l'atmosphère. Quarante-trois à l'ombre. L'opalescence, la transparence se chargent d'un grisé qui nimbe chaque contour : les arbres, la montagne, et tout ce qui se trouve de l'autre côté du Nil, y compris des montgolfières immobiles dans l'azur. Les palmiers s'alourdissent dans la lumière. Le sable des contreforts du désert, au loin, à l'oeil, devient métallique, brûlant. La ville semble bruire, comme cuite en un four où tout ce qui la constitue aurait été jeté.

 

     Au bord de l'eau, un Égyptien fait frire des beignets de courgettes.  (...) Ainsi en descendant du bac qui permet de traverser le Nil d'est en ouest, on peut acheter des beignets, si d'aventure on n'a pas préféré le foul, un genre de fève dont on mange l'intérieur après en avoir craché la peau à même le sol, voire les pâtisseries coulantes de sucre, collantes de sirop ou parfumées de césame. Sur la navette crasseuse et déglinguée qui assure la liaison entre les deux rives, des enfants attablés devant d'immenses plats de gâteaux à trancher, ou de grandes bassines dans lesquelles on peut prélever une poignée de ces féculents jaunes, gagnent leur vie en vendant ces victuailles à picorer.

 

     Dans Louxor éveillée, les rideaux des magasins avaient été levés. De minables statues d'albâtre, des pacotilles ridicules, de la bimbeloterie touristique, force sphinx, pyramides, chats assis sur leurs postérieurs, temples en modèles réduits, visages de pharaons, masques de Toutânkhamon et autres horreurs de bijouterie clinquante trônaient dans des vitrines poussiéreuses. Ailleurs, des vêtements dont la matière, la coupe et les couleurs rappellent les années 70 en France. Et puis des vendeurs d'eau, de sodas divers, des coiffeurs qui travaillent jusqu'à minuit passé, alors que leurs pendules marquent des heures extravagantes, des épiciers chez qui l'on achète des cigarettes égyptiennes et occidentales, des conserves, des babioles, des cartes postales et tout ce qui singe la société de consommation. Je pris le chemin de mon hôtel jubilant de l'épaisse chaleur et de l'étouffante température - enfin sûr d'être en Égypte.

 

     Les hiéroglyphes achevèrent de me convaincre.

 

 

VIeme-pylone---Face-est-du-mole-nord--d-.jpg

 

 

      J'ai aimé, partout, ces cartouches qui contiennent les noms royaux, mais aussi ces bandes à géométrie variable, aux lectures aléatoires orientées suivant le regard des animaux omniprésents dans la pierre.  Droite et gauche, haut et bas, puis agencements. Des couronnes, des oiseaux, des serpents, des mains, des lions, et puis des noeuds, des bateaux, des poussins, des croix, des oies, des outils, des lotus, des hiboux, mais aussi des vautours, des vipères cornues, des feuilles de roseau, des paniers, et enfin des pieds, des torsades, des yeux, des abeilles, des poissons. Tout ce qui fait l'Egypte dans sa faune, sa flore, sa métaphysique, ses repères, sa réputation et sa singularité dans le monde.

 

 

 

Michel Onfray, A côté du désir d'éternité. Fragments d'Égypte, Livre de Poche, Collection Biblio Essais n° 4399, Paris, Librairie Générale Française, 2006, pp. 9-11 et 23-6.

 

 

 

A suivre, mardi 19 avril ...

 

 

(Un merci tout particulier à Dimitri Laboury, Professeur à l'Université de Liège, pour  le cliché  illustrant cet article qu'en son temps - et pour un tout autre emploi - il  m'avait amicalement fourni.)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en textes
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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 23:00

 

     Les vacances de Pâques comme on les appelait aux temps lointains de mes études, le congé de Printemps comme on le définit de nos jours de manière, je présume, que l'événement ne soit plus si visiblement religieusement connoté, ont donc commencé samedi pour s'étirer jusqu'au 25 avril prochain, la rentrée étant prévue cette année le mardi 26.

 

     Il n'est toutefois pas dans mes intentions de laisser mon blog,

 

 

EgyptoMusée

 

votre blog, amis lecteurs, en vacance d'articles.  Si toutefois, pendant cette période, nous quitterons les chemins que nous empruntons chaque mardi et chaque fin de semaine,  comme souvent en semblables circonstances, je compte vous faire partager en mon "absence" le fruit de l'une ou l'autre de mes lectures, ayant bien évidemment toujours, peu ou prou, un lien avec l'Egypte.

 

 

     Je pense avoir déjà ici laissé sous-entendre, sinon franchement exposé, mon amour de la philosophie et d'incontournables "sages" ou, à tout le moins, de certains philosophes professant idées, réflexions, préceptes éthiques et esthétiques qui, avec bonheur, ont jalonné l'Histoire de la pensée universelle et, à moindre mesure, quelques pans de ma propre existence.

 

     Parmi eux, j'ai cette fois choisi un auteur contemporain, par ailleurs à l'origine de la création de l'Université populaire de Caen : Michel  ONFRAY auquel, souvenez-vous, j'ai eu récemment l'opportunité de faire allusion.

 

     Rassurez-vous, ce ne sont pas de ses conceptions hédonistes qu'il  sera ici question - bien qu'elles sourdent de toute son oeuvre -, mais d'un séjour qu'il a passé en Egypte et dont il nous offre une intéressante relation dans un (bien trop) petit ouvrage, quelque 80 pages seulement, paru en 1998 chez Mollat, puis en 2006 dans le Livre de Poche, collection Biblio essais (n° 4399), auquel il a donné un très beau  titre et, de surcroît, très évocateur : A côté du désir d'éternité. Fragments d'Egypte.

 

     Si, d'aventure, vous ne l'avez pas encore lu et si  vous n'avez pas décidé de vous aussi prendre quelques jours de congé loin de la blogosphère, je vous propose la découverte d'un premier extrait dès ce samedi 16 avril.

 

     A tout bientôt peut-être ...


     Et, le cas échéant, excellentes vacances à tous.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans A propos de ce blog
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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 23:00

 

     J'avais, souvenez-vous amis lecteurs, précédemment attiré votre attention sur le fait qu'existait dans l'Enseignement de Ptahhotep  un groupe de trois maximes qui, se suivant, avaient la particularité de proposer une situation identique mais à différemment envisager selon la compétence à argumenter, à polémiquer de l'interlocuteur en présence.

 

     Avant de vous donner la possibilité de prendre connaissance de la troisième recommandation que Ptahhotep, dans ce cas d'espèce, adresse à son fils, j'ai pensé qu'il était peut-être bon de reprendre  préalablement la lecture des deux précédentes que nous avions respectivement découvertes les  5 et 12 mars derniers.

 

     Je vous convie donc ce matin, par-dessus l'épaule du scribe Nebmeroutef comme semble le faire Thot à l'aspect de babouin, exposé dans la vitrine 10 de la salle 24 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, à découvrir le troisième conseil à la lumière des deux qui l'ont précédé.

 


 

 

Scribe Nebmeroutef et Thot cynocéphale (Salle 24)

 

   

Relisons les deux premières maximes de cette "trilogie"

 

Si tu as affaire à un polémiste au moment où il sévit,

Qui a bonne maîtrise de ses facultés et qui soit meilleur que toi,

Plie les bras, courbe ton dos.

Ne te mobilise pas contre lui, il ne parviendra pas à se mettre à ton niveau.

Tu réduiras celui qui parle mal

En ne t'opposant pas à lui au moment où il sévit,

Si bien qu'on le qualifiera de "c'est un ignorant"

Lorsque ta maîtrise intérieure neutralisera ses ressources.

 

    

Si tu as affaire à un polémiste au moment où il sévit,

Ton égal, qui soit de ton rang,

C'est en gardant le silence aussi longtemps qu'il parle mal

Que tu feras prévaloir ta compétence sur lui.

Importante sera la désapprobation marquée par l'auditoire,

Alors que ton renom s'en trouvera bien, étant quelqu'un que les magistrats ont appris à connaître.

 

 

 

Découvrons à présent la troisième de cet ensemble


Si tu as affaire à un polémiste au moment où il sévit,

qui se trouve être un médiocre, et non ton égal,

Ne nourris pas d'intention agressive à son encontre dans la mesure où il est faible.

Abandonne-le à son sort afin qu'il se punisse lui-même.

Ne l'interpelle pas pour soulager ton coeur.

Ne fais pas le jeu de celui qui est face à toi.

Celui que ruine la médiocrité d'esprit est quelqu'un d'incommode.

On fera ce qui est conforme à ta volonté.

A toi de lui porter un coup par la punition que lui infligeront les magistrats.

 

 

 

(Vernus : 2001, 76-7)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 23:00

           Le terme imakhou définit précisément le statut d'un propriétaire de tombe qui est approuvé par la reconnaissance publique et assuré d'une place permanente dans la mémoire sociale.

 

Jan  ASSMANN

Maât, l'Égypte pharaonique et l'idée de justice sociale

 

Paris, Conférences, essais et leçons du Collège de France, Julliard

p. 65 de mon édition de 1989

 

 

 

       Après vous avoir expliqué, mardi dernier, à quoi correspondait la catégorie sociale des khentyou-she, je me propose aujourd'hui, amis lecteurs, toujours devant le linteau E 25681 exposé dans la première des deux vitrines 4 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre où nous  revenons régulièrement depuis le 15 mars, d'évoquer la notion d'imakhou.

 

     Souvenez-vous, en étudiant, les inscriptions gravées sur certains de ses monuments, nous avions relevé, le 22 mars dernier, deux annotations intéressantes nous permettant de mieux appréhender le personnage de Metchetchi : son rôle de Directeur du bureau des Khentyou-she du palais, d'une part et cette épithète d'imakhou sur laquelle, aujourd'hui, je voudrais plus spécifiquement vous entretenir. 

 

 

Metchetchi imakhou

 

 

     Premier point essentiel à bien comprendre : nous ne sommes pas là en présence d'une fonction comme celle de gestion qu'il assumait à la résidence royale par rapport aux khentyou-she qui y étaient employés, mais d'un lien qui l'unissait à Ounas, ultime souverain de la Vème dynastie, puisque nous avons précédemment appris qu'il se proclamait : "imakhou auprès d'Ounas, son maître", expression relativement malaisée à traduire, que les égyptologues rendent volontiers par "bienheureux", "vénérable", "honoré" et qui, dans les faits, définit une relation privilégiée entre une personne et un supérieur, qu'il fût un parent ou le roi, voire même une divinité.

 

     Ainsi, peut-on lire sur notamment trois monuments de calcaire provenant de l'Ancien Empire dont deux sont exposés ici, au Louvre, dans la salle 22 du premier étage, la statue de Kanefer et d'Iynefret (A 120 - vitrine 8), datant de la IVème dynastie et celle de Sekhemka assis avec son épouse et leur fils (A 102 - vitrine 13) : que le premier était imakhou auprès de son maître et le deuxième, auprès du grand dieu, c'est-à-dire, si je suis la thèse de l'égyptologue américain James P. Allen, Osiris, en tant que Seigneur de la Nécropole). Le dernier, le socle (E 12632) d'une statue de Neferhetepes, fille du roi Didoufri, devant à mon avis se trouver dans les réserves puisque non répertorié dans mes notes ni dans la base de données du site internet du Musée, indique qu'elle l'était  auprès de son père.     

 

 

     Qu'est-ce en fait que posséder cet état d'imakh ?

      

     Il s'agit d'un lien personnel que l'on pourrait définir comme étant de clientèle que, plus tard, les Romains désigneront par le vocable do ut des ("Je te donne pour que tu me donnes") : la personne honorée de la qualité d'imakh royal, par exemple, reçoit de son protecteur privilèges et avantages non négligeables dans l'optique des conceptions funéraires visant à lui assurer un Au-delà le meilleur possible.

 

     J'entends l'un de vous me poser la question de savoir qui pouvait bénéficier de ce statut particulier. Sans hésitation aucune, je répondrai : certes, à la fin de leur vie, tous les fonctionnaires d'un rang élevé, mais aussi, et là, probablement d'office, les membres très proches du souverain, tels ses enfants et petits-enfants ; ensuite, amis et courtisans, bien sûr ; bref, tous ceux que le roi voulait privilégier, ou honorer d'avoir mené une vie irréprochable, ou rétribuer pour services rendus ...

 

     Indiscutablement, certains paragraphes des Textes des Pyramides, notamment 811 C, 1203 E, 1371 C, 1703 B et 1741 B, associent les notions d'imakh et d'imakhou à l'idée de faveurs reçues.

 

     Les mastabas des grands se groupaient à l'entour de la tombe royale, réunissant ainsi, pour l'éternité, le roi avec ses ministres, ses sujets de marque, ses familiers, précise en 1907 déjà  le père de l'égyptologie belge Jean Capart.

 

      En effet, à cette époque, Pharaon procurait à ces personnes favorisées une sépulture dans l'enceinte de son domaine funéraire - raison pour laquelle, notamment, on dénombre à Saqqarah autant de mastabas datés de l'Ancien Empire alignés près de la pyramide d'un souverain -, sur les murs desquels on peut souvent lire une formule précisant qu'il leur a fait l'offrande d'un tombeau en tant qu'imakhou auprès du grand dieu, seigneur de la nécropole.

 

     Dans le même esprit, il pourvoyait également à l'acquisition d'un sarcophage, d'une fausse-porte, d'une table d'offrandes, voire parfois de statues censées abriter l'âme du défunt et que l'on plaçait dans le serdab, cette petite pièce dissimulée derrière la chapelle funéraire : mobilier type que, dans la majorité des cas, le fonctionnaire eût été bien en peine de s'octroyer.


      (Pour une étude approfondie de tous ces éléments indispensables à une tombe, je ne puis, amis lecteurs, que vous conseiller de vous reporter à une série d'interventions qu'ici même j'avais eu l'opportunité de vous présenter à l'automne 2008 à propos notamment de la stèle fausse-porte et de la table d'offrandes, en rapport avec la chapelle d'Akhethetep que nous avions visitée salle 4.)

 

     Ces avantages étaient également accompagnés d'offrandes alimentaires pour l'éternité prélevées sur le domaine royal.  Préalablement, cet homme lige dont Pharaon avait reconnu les mérites avait été récompensé ici-bas par réception de rations journalières de nourriture émanant du palais ou attribution d'une rente en nature perçue sur les magasins royaux, quand ce n'était pas une donation d'un terrain évidemment exempt d'impôt permettant à l'impétrant de faire cultiver de quoi subsister ...

 

     En un mot comme en cent, l'imakhou honoré par le roi était nourri sur terre comme dans l'Au-delà. A quelques détails près et sous d'autres cieux, cette notion de rapport entre personnes se retrouve mutatis mutandis dans notre Moyen Age occidental avec les rapports vassaliques entre suzerains et féaux.

 

     En Egypte antique, en plus d'être assuré d'un culte funéraire dans la nécropole royale après son décès, le bénéficiaire de la dignité d'imakhou l'était également d'une survie dans l'univers céleste au milieu des rois et des dieux. 

 

     Raison pour laquelle je me dois de préciser que les souverains eux-mêmes pouvaient s'auto-proclamer imakhou - ce fut le cas d'Ounas dont nous avons appris, grâce à l'imposant fragment de calcaire (E 25681) ici devant nous, qu'il avait accordé ce mérite suprême à Metchetchi - de manière à eux aussi disposer d'une survie la plus agréable qui soit dans l'empyrée non seulement en  compagnie des monarques qui les avaient précédés mais, surtout, des divinités du panthéon égyptien. 

 

 

 

     A présent que nous avons un peu mieux cerné la personnalité de Metchetchi, ce haut fonctionnaire aulique de la fin de l'Ancien Empire, et avant de nous pencher un long temps sur les fragments peints retrouvés dans une des chambres funéraires de sa sépulture ici exposés dans le long meuble mural, je vous propose de nous retrouver, amis lecteurs, le mardi 26 avril, après le congé de Printemps belge, pour  continuer à nous intéresser au monument de la première vitrine 4 ...

 

(Mais avant ces vacances que je souhaite à tous les plus agréables qu'il soit possible, - et pendant lesquelles je vous réserve une petite surprise - n'oubliez pas, ce samedi 9 avril, notre prochain rendez-vous littéraire avec les aphorismes attribués à Ptahhotep  ...)

 

 


 

(Allen : 2006, 9-17 ; Assmann : 1989, 65 ; Capart : 1907, 14 ; Grimal : 1988, 111 ; Jansen-Winkeln : 1996, 29-36 ; Moret : 1926, 227-35 ; Sainte Fare Garnot : 1957, 600-6 ; ID. 1943, 350 ; Weill : 1946, 252 ; Ziegler : 1997 (1), 62-138)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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