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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 00:00

 

      La vénération par les Egyptiens de dieux sous l'aspect d'animaux ne me semble plus à démontrer : nous avons en effet croisé tout au long de ce blog Horus, Anubis, Sobek, Bastet et quantité d'autres divinités à tête ou à corps zoomorphe.

 

     Nous avons également rencontré, le 27 octobre 2009, dans la première vitrine ici, derrière nous, en salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, près de la fenêtre grillagée donnant sur le quai François Mitterrand longeant la Seine, quelques ostraca qui m'ont permis d'évoquer le dieu Thot, Scribe suprême, détenteur du savoir, partant, de l'écriture, représenté sous l'aspect d'un babouin.

 

     Nonobstant que les toutes premières figurations de singes apparurent en Egypte dès la fin du Néolithique sous forme de petites statuettes, vraisemblablement des ex-voto destinés dès lors à une manifestation cultuelle, ce n'est nullement cette connotation divine attribuée à certains simiens qu'aujourd'hui je voudrais épingler, mais plutôt leur côté familier : il est en effet dans mes intentions, à tout le moins dans ce premier article, après les chats et les chiens, d'envisager les pièces ici exposées devant nous sous le seul angle des attitudes adoptées qui les rapprochent considérablement des humains. 


 

 

AF 10848 - Profil

 

     Le singe est toujours une gazelle dans les yeux de sa mère

 

Proverbe tunisien contemporain

    

 

 

     Parfaitement avérés sur les rives du Nil dès la fin de la Préhistoire,  je viens de le souligner, ils provenaient soit de Nubie, du Soudan ou d'Abyssinie. 

 

     Cette origine extra-égyptienne induit, par parenthèse, d'évidentes relations, commerciales mais également militaires, entre les autochtones et ces pays voisins où l'on sait qu'ils vivaient à l'état de nature dans les forêts et, vraisemblablement, aux abords de points d'eau, au milieu d'une faune exotique - je pense notamment aux girafes - qui, après les conquêtes des souverains du Nouvel Empire, avec eux foulera le sol égyptien au titre de tribut offert à Pharaon par les princes de Kouch ou de Pount en guise de respectueuse soumission.   

 

     Les détails des représentations peintes ou gravées mises au jour dans certains monuments funéraires sont si précis qu'il nous est possible de distinctement déterminer l'existence de deux catégories différentes : les cynocéphales, babouins lourds d'aspect, au   nez allongé, à l'épais camail, aux pattes fines et à la queue courte et touffue  et les cercopithèques, de plus petite taille, à la silhouette légère et à longue queue traînante.

 

     Ce n'est pas tant sur cette différenciation entre les espèces que ce matin je voudrais attirer votre attention mais plutôt, comme je l'ai annoncé ci-avant, loin de toute arrière-pensée cultuelle, sur les poses, les attitudes, les gestes que les artistes avaient déjà croqués et, probablement aussi, dont ils avaient reconnu l'analogie avec les leurs ...  

 

      C'est ce que déjà indique la première statuette en faïence siliceuse, ici à l'extrême gauche de la vitrine (bizarrement sans numéro de référence), d'un singe accroupi, d'une dizaine de centimètres de hauteur, tenant devant lui une palme ;

 

 

Statuette de singe - Sans numéro

 

pièce qu'il faut évidemment rapprocher de la troisième de la série (N 4104), en faïence siliceuse également, nettement plus petite puisqu'elle ne mesure que 5, 65 cm de hauteur.

 

 

 

N 4104

 

 

      Le symbole du palmier, partant, de la palme, occupe une place de choix dans les conceptions religieuses égyptiennes - à la mesure, assurément, de son importance dans le parc végétal et l'économie du pays. En effet, il participe à la renaissance, à la vie éternelle des défunts : n'est-ce pas sur les nervures de ses feuilles que Thot babouin, Maître du temps, comptabilise les années ?

 

     Plus prosaïquement, l'association singe et palmier, s'exprime sur de nombreux ostraca figurés mis au jour à Deir el-Médineh où l'on voit l'agile mammifère grimper dans les branches de palmiers-doum ou dattiers pour aller s'y  régaler de leurs fruits ; j'y reviendrai prochainement. 


      Depuis la XIXème dynastie, et plus spécifiquement à l'époque ptolémaïque, la vignette du chapitre 147 du Livre pour sortir au jour (plus communément appelé Livre des Morts), propose un génie cynocéphale accueillant le trépassé une palme à la main.


     Quand on sait que l'arbre est aussi en rapport étroit avec la naissance de la lumière et à son cheminement : les colonnes palmiformes que vous retrouvez dans certains temples égyptiens en sont notamment une preuve lithique, on comprend aisément que ces statuettes de babouins tenant une feuille de palmier - comme d'ailleurs la dernière sur laquelle je m'attarderai à la fin de cette intervention, avec le singe appuyé contre la colonette au chapiteau en forme de palmes -, sont porteuses d'une connotation funéraire non négligeable, d'où leur présence dans le  mobilier des tombes : l'animal est non seulement censé permettre au mort de passer sans encombre de sa vie ici-bas à celle de l'Au-delà mais, également, lui assurer son retour à la lumière.

   

 

     Entre ces deux petits objets dans la vitrine devant nous, N 4100, en stéatite, haut d'une quinzaine de centimètres, datant du Nouvel Empire :

 

 

N 4100

 

 

cette touchante guenon maternant, tout en tenant de la main droite une fleur de lotus - symbole de régénération - sur l'épaule de son petit qui, personnellement, m'émeut tout autant que, dans la même vitrine, les chattes et les chiennes allaitant leur progéniture que nous avons précédemment rencontrées et bien évidemment, sur la même rangée, la cinquième pièce, cette mère embrassant son rejeton (AF 10848) en stéatite glaçurée, de 6 cm de haut dont je me suis fait un plaisir de déjà vous en proposer une vue de profil ce matin, au tout début de notre visite. 

 

 

AF 10848 - Face

 

 

     Au risque de me répéter, vous m'autoriserez j'espère, amis lecteurs, à continuer de m'extasier sur le talent de ces artistes anonymes égyptiens qui grâce à quelques petits centimètres cubes de matière parviennent à  encore autant nous attendrir ...


 

     Entre ces deux animaux venus du fond des âges pour manifester devant nous toute la beauté de l'amour maternel - thème récurrent dans l'art égyptien, nous l'avons vu -, une amulette, dont l'anneau est bien visible dans le dos, en faïence siliceuse de 1,5 cm de haut (AF 6953).

 

AF 6953 - Profil

 

 

     L'animal assis se sustente ... 

 

     Comme le font également les deux derniers singes exposés : 

 

 

E 317 A, adoptant lui aussi la même position, de 16, 8 cm de haut, réalisé en ivoire (ou en corne ?)

 

 

E 317 A 

 

 

 

 

et E 317 F, en ivoire, d'une hauteur de 8,9 cm, probablement un récipient à onguents.

 

 

E 317 F

 

 

     Et à propos précisément d'objets de toilette, cette pièce que j'ai gardée pour mettre un point final à  notre rendez-vous de ce matin : un petit étui à kohol en bois (E 7985), de 8,5 cm de hauteur, datant de la XVIIIème dynastie. 

 

 

E 7985

 

     Le cynocéphale est assis sur un socle rectangulaire de 4, 5 x 3, 5 cm, joue droite appuyée contre une colonnette au chapiteau palmiforme qu'il agrippe des deux mains.

 

 

     L'égyptologue tchèque Jaromir Malek soutient avec beaucoup d'à-propos que ce type de représentation est marquée au coin d'une évidente connotation érotique que la forme phallique du pilier et, surtout, l'animal qui le maintient ainsi érigé ne peuvent que corroborer. Et que dans le trousseau  d'une chambre de dame, il constituait un élément symbolisant l'espérance d'une maternité désirée ... 

 

     Car, il faut le savoir, l'animal, un babouin en l'occurrence, s'il fut souvent comme je l'ai mentionné dans l'article d'octobre 2009 auquel d'emblée j'ai ce matin fait allusion, fut assimilé au dieu Thot, il le fut aussi à un certain Baba (ou Bébon) qui, depuis les Textes des Pyramides et jusqu'à l'aube du Nouvel Empire, passa aux yeux des Egyptiens - qui n'ignorèrent évidemment pas la lascivité et l'hyperactivité sexuelle du cynocéphale - pour le dieu de la force virile et, partant, de la fertilité:  "Bébon était le taureau des babouins", proclame un passage de ces textes (Pyr. 516 c). (Par "taureau", entendez ici "chef de ...")

 

     Dans le Papyrus Jumilhac (Louvre E 17110), récemment évoqué dans un tout autre contexte, Bébon nous est présenté (en 16, 9) avec "le dessus de son oeil profondément creusé vers l'intérieur", ce qui, vous en conviendrez avec moi amis lecteurs, correspond exactement au visage d'un singe dont l'arcade sourcilière paraît former, rappelle l'égyptologue belge Philippe Derchain, une visière au-dessus de l'oeil, délimitant de la sorte une profonde cavité.

 

     C'est donc ce Bébon cynocéphale que les Egyptiens de l'Antiquité sollicitèrent pour obtenir un renouveau de leur vigueur sexuelle : son phallus ne figurait-il pas - érection oblige ! - le mat de la barque que tout défunt empruntait pour naviguer dans l'Au-delà ?

 

     Enfin, pour corroborer mes propos, je citerai deux textes du Moyen Empire qui indubitablement ne laissent aucun doute sur sa fécondité (Urk. V, 156, 6) : "On doit apporter au mort le phallus de Bébon qui procrée les enfants". Et le texte de se poursuivre, à la question de savoir "Où faut-il le planter ?", par ces  mots dénués d'ambiguïté : "Sur les cuisses, là où les jambes s'ouvrent."

 

     Et faisant allusion à une formule magique, ce conseil émanant des Textes des Sarcophages, tout aussi clairement exprimé : Quant à tout homme qui la connaîtra, il pourra s'accoupler sur cette terre la nuit et le jour, et le coeur des femmes viendra à lui, chaque fois qu'il en éprouvera le désir."

 

     Qui, après cela, révoquera d'un revers de main et d'un sourire narquois l'assertion de J. Malek ci-dessus qui voit dans ce petit étui à kohol (E 7985) disposé devant nous dans cette vitrine 3 un véritable symbole érotique ???

 

 

 

( Derchain : 1952, 13-34 ; Guilhou : 1999, 387-8Malek : 2006, 59 ; Vandier d'abbadie : 1972, 60)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 10:15

 

     Chers amis lecteurs,

 

 

 

     Je vous invite à visiter le site officiel (en anglais) de Zahi Hawass, le grand patron des Antiquités égyptiennes, pour y lire les dernières mises à jour concernant  le Musée du Caire et y découvrir quelques clichés des pièces qui ont disparu, ainsi que de celles qui ont été brisées et des restaurations en cours ...

 


 

 

Statuette en bois deToutankhamon porté par une déesse

 

     Bonne lecture ...

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte contemporaine
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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 00:00

 

     Samedi dernier, souvenez-vous amis lecteurs, après vous avoir quelque peu expliqué la raison pour laquelle la recension la plus complète que nous possédions de l'Enseignement de Pathhotep portait symboliquement le nom de Papyrus Prisse ; après vous avoir donné quelques indications sur cet égyptologue français en définitive peu connu du grand public que fut Emile Prisse d'Avennes ; après avoir également attiré votre attention sur, hasards du calendrier, une grande exposition à deux facettes qui lui est  indirectement dédiée et qui, pour les amateurs dont je suis, constituera certes un des événements majeurs du prochain printemps parisien, je voudrais lors de notre rendez-vous de ce matin, en ultime approche introductive avant de vous donner à lire des extraits de cet important ouvrage de philosophie égyptien dès la semaine prochaine, vous expliquer ce qu'est exactement ce fameux Papyrus Prisse.  

 

 

Papyrus Prisse (BnF - Paris)

 

 

     Au XXème siècle, certains égyptologues ont avancé que notre Avesnois l'aurait exhumé de la sépulture d'un des rois Antef de la XIème dynastie, voire même de l'intérieur du cercueil d'Antef V exposé dans la vitrine 2  de la salle 13 (Crypte d'Osiris) du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, sous le numéro d'inventaire E 3019 ; d'autres, qu'il l'aurait.acheté à Thèbes, à un habitant de Gournah en 1845. 

 

     Des recherches essentiellement menées par l'égyptologue français Michel Dewachter qui, avec la minutie qu'on lui connaît, a patiemment démêlé l'écheveau de cette affaire, il ressort qu'il est maintenant aisé de réfuter les assertions des premiers savants qui se sont penchés sur ce papyrus hiératique : il est impossible qu'Emile Prisse d'Avennes l'ait acquis en 1845 dans la mesure où, après 17 années passées sur les rives du Nil, comme nous l'avons vu la semaine dernière, il rentre à Paris en mai 1844 avec l'imposant rouleau déjà en sa possession.


     En fait, dans une lettre du 20 mars 1843 adressée d'Egypte à Jacques-Joseph Champollion-Figeac, le propre frère de Jean-François Champollion le Jeune décédé un an plus tôt, Prisse d'Avennes fait allusion, vraisemblablement pour la toute première fois  au document en question, stipulant l'avoir acheté au Kaire (sic). Or, en 1843, l'emplacement des tombes des rois Antef n'avait pas encore été déterminé avec exactitude : il ne peut donc l'avoir sorti de l'une d'elles !

 

      D'après certains papiers de correspondance, Michel Dewachter pense bien pouvoir affirmer, sans plus de précision, que l'achat du papyrus pourrait avoir été effectué au plus tôt en 1841, au plus tard en 1842.


 

      Dans une lettre du 25 février 1858 adressée à l'égyptologue français François Chabas (1817-1882), Prisse note que c'est un des fellahs qu'il avait rémunéré pour fouiller à Drah Aboul Neggah qui vint lui proposer à l'achat, arguant avec force difficultés et embarras qu'il appartenait à une veuve qui, dans le besoin, désirait s'en départir.

 

     L'Avesnois soupçonna, mais ne parvint jamais à le prouver, que l'indélicat l'avait soustrait au lot des objets trouvés lors des fouilles réalisées sous ses ordres, espérant ainsi en retirer un certain profit en le lui revendant. Ce document qui, selon les "règles" en vigueur à l'époque, aurait dû lui revenir de droit, Prisse fut certain de l'avoir de fait payé deux fois ! Après quelques tentatives de marchandage, il versa néanmoins 1000 piastres (250 anciens francs français, soit quelque 40 €.) pour l'acquérir.

 

 

     Quoi qu'il peut en être de toutes ces pérégrinations, c'est incontestablement dans les derniers mois de l'année de son retour en France que l'égyptologue en fit don à la Bibliothèque Royale. De sorte qu'avant le 31 décembre 1844, le papyrus fut, comme le souhaitait le généreux légateur, découpé en 12 sections de différentes longueurs correspondant aux divisions naturelles du texte que le conservateur adjoint au Musée Royal d'alors, un certain Dubois, colla sur un support de carton, - ce qui, par parenthèse, prouve qu'aucune inscription ne se trouvait en son verso ! 

 

      Actuellement, chacune de ces divisions est encadrée sous verre.

 

      La longueur totale de ce document parfaitement conservé atteint  7, 05 m ; sa largeur, quelque 15 cm.

 

      Les mensurations des feuillets brun clair varient fortement entre elles : cela peut aller de 12 ou 14 cm à 37, 38, 39, voire 41 cm, en passant par des pages moyennes fluctuant entre 20 et 30 cm. Au départ, elles avaient été collées bout  à bout par le fabricant antique en se chevauchant sur 1 cm environ et les raccords "écrasés" de telle façon qu'ils ne perturbent en rien le scribe qui y rédigea ses textes. 

 

     Textes, vous l'aurez remarqué, au pluriel. Le long document se divise en effet en trois parties bien distinctes : l'Enseignement de Ptahhotep bien sûr, qui termine le rouleau, précédé qu'il est à la fois par un espace à première vue non inscrit, d'un mètre soixante-trois de long, et par un premier texte, l'Enseignement pour Kagemni, le tout indiscutablement rédigé par une même main.

 

     A première vue, ai-je précisé car, à y regarder de très près, il subsiste quelques traces d'un  texte - qui aurait donc été le deuxième - visible entre les deux Sagesses. Pour quelle(s) raison(s) le scribe décida-t-il de l'effacer ? Et comment s'y prit-il pour ne point abîmer la surface du papyrus ?  Nul n'a toujours pu le déterminer ...

 

 

     L'Enseignement pour Kagemni, je l'ai mentionné à l'instant, entame le manuscrit mais seulement sur un espace de deux  feuilles : il s'agit en fait de la seule occurrence que nous ayons d'un ensemble de préceptes moraux qui, comme le titre qui lui fut attribué dans la littérature égyptologique l'indique clairement, est censé s'adresser à un vizir du nom de Kagemni ayant vécu à la fin de l'Ancien Empire, à  la VIème dynastie.

 

     J'insiste bien : censé s'adresser. Car en réalité, comme je vous l'ai expliqué lors de mon intervention de samedi dernier à propos des Maximes faussement attribuées à Ptahhotep, le véritable auteur n'est ici pas plus nommé que là, et le vizir Kagemni qui en serait le destinataire n'en est qu'une caution fictive - selon l'égyptologue français Pascal Vernus - dans la mesure où le texte le fait vivre à l'époque de Snéfrou, soit à la IVème dynastie !

 

 

     Quant à celui qui suit la partie anépigraphe de ce support antique, l'Enseignement de Ptahhotep donc, il est de coutume de le considérer comme un écrit se subdivisant en trois portions distinctes :  un titre et un préambule, celui-ci précisant les raisons - que nous savons maintenant  inventées de toutes pièces - pour lesquelles l'oeuvre aurait été rédigée ; le corps même des 37 maximes et, enfin, un long épilogue littéraire qui met en lumière le bien-fondé d'être à l'écoute de l'Autre : ici, en l'occurrence, les bienfaits dont peut profiter un fils en étant attentif aux préceptes éthiques qu'énonce son père à l'heure de se retirer de la vie professionnelle ...

 

 

      Puis-je vous confier, amis lecteurs, qu'au terme de ces quatre articles introductifs qui vont tout naturellement, comme je vous l'ai promis, maintenant déboucher sur la découverte du texte lui-même - à tout le moins, certaines maximes de sa traduction française -, je n'ai qu'une envie, une impatience ? Celle, au printemps prochain, d'aller passer une petite semaine à Paris - comme je le fais volontiers depuis plus de 20 ans -, aux fins d'admirer de visu, à l'exposition de la BnF ce Papyrus Prisse et les Sagesses égyptiennes rédigées en cursive hiératique dont il est porteur ...   

 

 

     Mais avant Paris, retrouvons-nous, si cela vous agrée, samedi prochain 19 février pour entamer leur lecture ...

 

    

 

 

(Dewachter : 1985, 59-66 ; ID. 1988 : 209-10 ; Jéquier : 1911, 5-10 ; Vernus : 2001, 55-6)

 

 

 

 

ADDENDA

 

     Un lecteur attentif qui m'a fait remarquer, hier après-midi, la présentation inversée du cliché du Papyrus Prisse que j'avais emprunté à la BnF pour chapeauter le présent article - présentation que j'ai évidemment tout de suite corrigée - a aussi eu l'extrême amabilité de me fournir deux liens vers le site de l'Université de Heidelberg permettant de lire, voire télécharger gracieusement, des ouvrages d'Emile Prisse d'Avennes, ainsi que celui de Gustave Jéquier qui propose les planches de cet important papyrus.

 

     Pour tous les amateurs, voici ces deux liens :

 

Ouvrages de Prisse d'Avennes

 

Ouvrage de Jéquier


 

auxquels j'ajouterai celui de l'étude de l'égyptologue tchèque Z. Zaba sur L'Enseignement de Ptahhotep

 

 

Bonnes lectures à tous...

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 00:00

 

     J'avais, souvenez-vous amis lecteurs, abordé au terme de notre rendez-vous du 25 janvier, le problème du massacre des chiens errant dans les rues du Caire, manifestement perpétré au nom de croyances religieuses contemporaines les considérant comme impurs.

 

     Mardi dernier, toujours au nom de la religion, antique cette fois, j'avais évoqué ici, devant la vitrine 3 consacrée aux animaux familiers que nous propose la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, la vénération dont ils furent l'objet en tant qu'hypostase, c'est-à-dire réceptacle d'une parcelle de divinités telles qu'Inpou (Anubis, pour les Grecs) et Oupouaout.

 

     Aujourd'hui, en vue d'apposer un point final à ces réflexions et avant de nous pencher sur les singes, autres  bêtes de compagnie des anciens habitants de la Vallée du Nil, je souhaiterais à nouveau attirer votre attention sur une pratique que, par ailleurs, nous avons déjà rencontrée concernant les chats et qui, pour les chiens, semble apparemment moins connue, alors que presque aussi répandue : il s'agit, vous l'aurez compris, de la momification réalisée sur grande échelle à Basse Epoque, c'est-à-dire à l'extrême fin de l'Histoire de la civilisation pharaonique proprement dite, en vue de fournir des ex-voto aux pèlerins qui invoquaient les dieux aux fins d'en obtenir l'un quelconque bénéfice.

 

     Comme la plupart des musées du monde présentant une collection de pièces égyptiennes, le Louvre propose, en salle 19, la dernière du parcours thématique avant de monter au premier étage pour découvrir  une Histoire déroulée suivant un ordre purement chronologique, une vitrine portant le numéro 8,       

 

 

Salle 19 - Vitrine 8 (A. Dequier)

 

 

dans laquelle ont été exposées différentes momies animales, dont celles de chiens.

 

     Permettez-moi de simplement ici rappeler que l'immense ferveur qui s'empara des populations des ultimes dynasties égyptiennes, puis de l'époque gréco-romaine, aboutit à concevoir, dans les enceintes de temples, des enclos d'envergure où les prêtres gardaient, élevaient, nourrissaient puis, en définitive, sacrifiaient un nombre considérable de jeunes animaux : chats, nous l'avons vu, mais aussi crocodiles, béliers, ibis, et bien d'autres encore ... ; et donc également des chiens. Et ce, pour assouvir les desiderata de dévots de plus en plus nombreux.

 

     Ceci posé, il appert que le personnel des temples affecté à l'entretien des canidés non seulement se révélait relativement peu imposant mais en outre, hiérarchiquement parlant, ressortissait à la strate la moins importante de la classe sacerdotale. Parfois même, ces éleveurs de chiens sacrés étaient de simples civils que le temple recrutait et rémunérait.

 

     L'honnêteté historique m'oblige aussi à préciser, au-delà de considérations qui, j'espère, n'auront rien de ségrégationnistes à vos yeux, que si, pour l'époque ptolémaïque, la documentation se révèle extrêmement prolixe à propos de ces élevages destinés aux sacrifices, elle reste en revanche bien muette concernant le Nouvel Empire. Ce qui signifie que, sans vouloir exonérer qui que ce soit de conceptions cultuelles ouvrant grand notre porte à bien des jugements négatifs, force m'est de constater que ces pratiques firent de toute évidence essentiellement florès aux derniers temps de la civilisation  des rives du Nil, c'est-à-dire à une époque où l'antique pensée religieuse déjà fortement amenuisée s'est diffractée sous la contamination de pratiques exogènes, métissage culturel inhérent aux différentes invasions des Perses, des Grecs, puis des Romains qui s'étaient succédé sur le sol égyptien ; et ceci, sans ajouter le délétère impact du christianisme, à tout le moins dans ses premiers moments d'existence ...


 

     A Assiout, je l'ai précédemment expliqué, en 1922, furent mises au jour dans le tombeau de Djefaihapi III non seulement une impressionnante quantité de stèles dédiées à Oupouaout mais, également, des momies de canidés.

 

     Celles-ci furent, vous l'imaginez sans peine, minutieusement analysées et nous apprirent, sans la moindre ombre d'ambiguïté - parce que les traces aux niveaux du larynx, des vertèbres et des premiers anneaux de la trachée accusaient d'elles-mêmes -, que toutes les victimes avaient été étranglées.

Au nom de la religion ! Au nom du mercantilisme qu'elle génère !

 

     A El-Deir, dans une nécropole d'époque gréco-romaine située à une trentaine de kilomètres au nord-est de l'oasis de Kharga, l'équipe "Alpha-Necropolis" exhuma, entre 1998 et 2005, quelque 500 momies de chiens là aussi sacrifiés en vue d'être vendus comme ex-voto dans un sanctuaire. Leurs radiographies démontrent qu'indiscutablement leur mort constitue le résultat qui d'une fracture du crâne, qui de la dislocation de la charnière crano-cervicale.

Au nom de la religion ! Au nom du mercantilisme qu'elle génère !

 

     Et même si ces sites paraissent moins nombreux que ceux dévolus aux petits félidés, ils constituèrent à Saqqarah, en Basse-Egypte ; au Spéos Artémidos d'Hatchepsout à Beni Hassan, en Moyenne-Egypte ; à Thèbes ouest, dans des tombes humaines abandonnées à Gournah notamment,  à Denderah, au sud-ouest du temple d'Hathor, à Abydos, à  Assiout, à Coptos, en Haute-Egypte, et  même dans le Delta, de véritables cimetières réservés aux canidés.

 

    

     Revenons un temps, voulez-vous, à Saqqarah. Nul n'ignore plus, après les  fouilles entreprises au Bubasteion par l'égyptologue français Alain Zivie, qu'une nécropole dédiée à la déesse Bastet fut là découverte. Peu, toutefois, savent qu'en 1897 déjà, Jacques de Morgan, un autre égyptologue français, releva des traces d'apparemment deux catacombes pour chiens.  

 

     En 2009, Paul Nicholson, directeur d'une mission sous l'égide de la Cardiff University-Egypt Exploration Society, reprenant les plans de J. de Morgan, retrouve l'emplacement de l'une d'entre elles sous le temple d'Anubis - d'où le nom d'Anubeion donné par les égyptologues - et en exhume des milliers de momies canines entreposées dans de nombreux petits tunnels adjacents à chaque côté d'un couloir central. La majorité d'entre elles avaient là aussi constitué des offrandes votives.

Au nom de la religion ! Au nom du mercantilisme qu'elle génère !

 

     Quelques chiens qui, en fait, auraient été élevés dans l'enceinte du temple, furent à un âge avancé inhumés dans des alcôves spéciales aménagées dans les murs des petits tunnels.

 

     Certaines de ces momies provenant de Saqqarah eurent l'honneur d'un cercueil ; participant actuellement à la richesse du Musée du Caire, ils en constituent les exemplaires les plus remarquables. D'autres furent déposées dans des vases en terre cuite rouge ; d'autres enfin n'eurent droit qu'à d'élémentaires cartonnages en guise d'ultime protection.

 

     A Antaeopolis, entre Akhmim et Assiout, en Haute-Egypte, ont même été découverts de petits sarcophages en calcaire : la raison de toutes ces différences d'inhumation n'a toujours pas trouvé, à l'heure actuelle, son explication plausible.

 

 

     Avec ces deux interventions de mardi dernier et d'aujourd'hui, vous aurez compris, amis lecteurs, que je voulais mettre en exergue le paradoxe égyptien concernant ces nombreux canidés considérés comme sacrés : ils étaient tout à la fois vénérés parce qu'ils recelaient une part de la divinité qu'ils symbolisaient mais, aussi, mutilés, sacrifiés et offerts en icône  à cette même déité.

 

     Cela me semble démontrer qu'en tant qu'hypostases divines, les momies avaient manifestement plus de valeur aux yeux des fidèles qui l'achetaient pour l'offrir à leur "idole" que le simple animal vivant.  Finalement, le chien ne devenait sacré qu'après sa mort ! A ce moment-là seulement commençait-il à faire l'objet de rites dont le premier consistait à le momifier de manière qu'il puisse devenir un nouvel Osiris, tout comme les êtres humains.

 

     Il n'en reste pas moins qu'évalués à l'aune de nos idéaux contemporains, tous ces zélateurs baignaient dans une incontestable hypocrisie qui voulait qu'ils fissent semblant d'ignorer les sacrifices d'animaux à si grande échelle que leur foi exigeait !!!

 

     Au nom de la religion ! Au nom du mercantilisme qu'elle génère ! 

 

     Ce sera toutefois sous la bannière d'une autre religion que ces pratiques, apparues à la XXVIème dynastie, cesseront à la fin du IVème siècle de notre ère grâce à l'empereur romain Théodose qui, imposant définitivement le christianisme à tout son Empire, fera fermer les temples égyptiens évidemment dès lors considérés comme païens.


      O tempora, ô mores !

 

 

 

(Charron : 1990, 209-13 ; ID. 2001, 7-22 ; Dunand/Lichtenberg : 2005, 75-87 ; Durisch : 1993, 205-21 ; Nicholson : 2010)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 00:00

 

     Nous nous étions quittés vous et moi, souvenez-vous amis lecteurs, samedi dernier, avec pour objectif futur d'entre autres expliquer la dénomination Papyrus Prisse accordée par les égyptologues au plus important document contenant l'intégralité de l'Enseignement de Ptahhotep que je me propose de vous donner à lire, en partie à tout le moins, les prochains samedis.

 

 

      Achille Constant Théodore Emile Prisse d'Avennes (1807-1879) n'a que 20 ans quand, se joignant à une pléiade d'experts, ingénieurs comme lui, mais aussi techniciens, militaires et conseillers étrangers, essentiellement français, il  arrive à Alexandrie aux fins de participer, sous la férule du vice-roi d'Egypte Méhémet Ali, au redressement de l'économie et au développement général dans le sens d'une modernisation que ce dernier entend imprimer à son pays.

 

     Même si à quelques mois près, cinq années auparavant Jean-François Champollion le Jeune découvrait le sens des hiéroglyphes, rien, au départ, ne destinait le jeune ingénieur d'Avesnes-sur-Helpe à s'intéresser  véritablement à l'égyptologie : car ce ne sont que des propositions de travaux d'hydrographie - création d'un canal qui aurait dû relier Alexandrie au Caire, construction de ponts suspendus sur le Nil - que, dans un premier temps, il soumit au Pacha. Aucun de ses projets, en ce compris celui qu'il envisagea par la suite pour le transport, jusqu'à la Place de la Concorde, à Paris, de l'obélisque de Ramsès II que le souverain égyptien offrait à la France pour exprimer sa reconnaissance eu égard aux travaux philologiques de Champollion, n'eut l'heur d'aboutir.

 

     En outre, le khamsin tourne ! En 1836, Méhémet Ali entreprenant une restructuration de l'administration, se départ de nombre de Français qu'il avait pourtant précédemment accueillis bras ouverts. C'est l'opportunité que saisit l'Avesnois pour "changer de vie" : à presque trente ans, Emile Prisse devient Edris Effendi ; l'élégant jeune ingénieur du Nord va se muer en explorateur, en archéologue, en égyptologue et, vêtu  en Oriental, il décide de visiter la terre des pharaons.   

 

 

 

Prisse d'Avennes

 

 

     Mais à la différence de la grande majorité de ces hommes du XIXème siècle pour lesquels le Voyage en Orient et, plus spécifiquement selon la formulation de l'époque, le Voyage d'Egypte, constituait une étape obligée d'un parcours de vie ; ou de ceux qui n'y verront qu'un moyen de s'enrichir en pillant puis revendant à l'étranger les richesses archéologiques des rives du Nil, Edris Effendi que les travaux de Champollion ont définitivement convaincu de rallier l'égyptologie naissante, sillonne le pays dans un esprit éminemment encyclopédique : certes, il s'intéresse aux vestiges antiques - comment d'ailleurs les ignorer ? -, mais en faisant également la part belle à l'ethnographie, à l'anthropologie, à la minéralogie aussi, sans oublier la civilisation arabe qu'il découvre et dont il admire les monuments.

 

     Ce seront alors notes manuscrites, relevés, plans, croquis, calques, estampages, aquarelles, photographies de l'Egypte antique et de la contemporaine, pris in situ qui, huit années durant, matérialiseront à profusion ses déambulations du Delta à la Nubie et alimenteront par la suite des publications qui marqueront du sceau du progrès la balbutiante science égyptologique. Sans oublier de mentionner - apport non négligeable à l'Histoire littéraire -, que ses notes et dessins inspireront notamment son ami Théophile Gautier pour la composition, en 1858, de son Roman de la momie.  

 

     Et ce seront également la "Chambre des Ancêtres", du temple de Karnak, sur les murs de laquelle l'on voit Thoutmosis III  rendant hommage à soixante et un des souverains qui l'ont précédé sur le trône d'Egypte (E 13481 bis) ; un bas-relief (E 13482 ter) d'Amenhotep IV faisant offrande à Aton ; une stèle dite "de Bakhtan" (C 284), ainsi qu'une cuillère à fard (E 8025 bis) qui quitteront les rives du Nil pour entrer dans les collections du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.  

 

 

     Enfin, dernier élément mais non le moindre de la "maigre" provende qu'il ramène d'Egypte, un rouleau de quelque 7 mètres de long désormais connu sous le nom de Papyrus Prisse dont, à son retour en France en 1844 après 17 ans d'absence, il fera don à la Bibliothèque Royale. Dans ce qui est aujourd'hui devenu la Bibliothèque nationale de France, sur le site désormais appelé Quadrilatère Richelieu (entrée principale : 58 rue de Richelieu), il figure dans les collections du Département des Manuscrits (division orientale), sous la référence Egyptien 183-194.

 

     C'est précisément en cet endroit prestigieux que, du 1er mars au 5 juin prochains, se tiendra Galerie Mansart, une exposition menée conjointement avec le Louvre : judicieusement intitulée EGYPTE DE PIERRE, EGYPTE  DE PAPIER, sur base des documents rapportés par l'archéologue avesnois, elle mettra à l'honneur, en parallèle, les richesses de l'art pharaonique et celles de l'art islamique.

 

     A Richelieu, EGYPTE DE PAPIER honorera la partie de son oeuvre léguée à la Bibliothèque Royale de l'époque et notamment des documents sortis pour la première fois du fonds iconographique, tandis qu'au Louvre, aux mêmes dates,  tout à côté de la salle 12 bis du Département des Antiquités égyptiennes où l'on peut désormais admirer la reconstitution de la Chambre des Ancêtres, EGYPTE DE PIERRE nous permettra de découvrir des archives inédites à propos du transport du monument. 

 

     Cette nouvelle exposition égyptologique parisienne, outre sa conception duelle, se caractérise donc par une judicieuse volonté d'enfin rendre à Emile Prisse d'Avennes une aura  bien méritée au sein du  monde savant du XIXème siècle ...

 

     Peut-être, amis lecteurs, nous y rencontrerons-nous un jour de ce printemps ... 

 


 

 

(Thibaudault : 2006, 15-22)  

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 14:30

 

Momie détruite - Musée du Caire (Janvier 2011)

 

 

      Émanant du site du journal espagnol El Pais, ce cliché de la profanation d'une momie du Musée du Caire ...

 

      Sans commentaire !

 

 

 

 

 

Chers amis lecteurs,


 

     Avec la gentillesse qui la caractérise, Tifet, en étroite correspondance avec des amis égyptiens m'autorise à vous communiquer un lien conduisant au blog de NAGUI, une de ses relations privilégiées.


 

     En plus des quelques références que je vous ai ici proposées mardi, dont je ne doute pas un seul instant que vous continuez à consulter si, comme moi, vous êtes interpellés par ce qui se passe en Egypte, vous trouverez sur le blog de Nagui, en deux longs articles et quelques commentaires pertinents, un compte rendu rédigé par un autochtone qu'atterrent particulièrement les événements de la rue  ...

 

     Merci à vous tous de poursuivre vos visites sur mon blog, plus encore en ces jours difficiles qui, je l'espère, ne peuvent que mener ce pays vers la démocratie ...


 

Richard   

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte contemporaine
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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 00:00

     MOMUS. Tout cela, dieux, pourrait encore se tolérer. Mais toi, hé ! la tête de chien, l'Égyptien, enveloppé de serviettes, qui es-tu, mon ami, et comment, avec ton aboiement, as-tu la prétention d'être dieu ? Que veut ce taureau de Memphis, celui qui est tout moucheté ? On l'adore, il rend des oracles, il a des prêtres. Je rougis de vous parler des ibis, des singes, des boucs, et de mille autres dieux encore plus ridicules, dont les Égyptiens ont inondé le ciel ; et je m'étonne, ô dieux, que vous puissiez endurer qu'on leur rende des honneurs égaux aux vôtres, s'ils ne sont pas plus grands. Toi, Jupiter, comment peux-tu souffrir les cornes de bélier qu'ils t'ont plantées au front ?


     JUPITER. C'est vraiment honteux, ce que tu nous dis là des Égyptiens. Cependant, Momus, presque tout cela compose des emblèmes dont on ne doit pas se moquer, quand on n'y est pas initié.


     MOMUS. Il est vrai, Jupiter, qu'il faut être initié à ces mystères, pour savoir que des dieux sont des dieux et des cynocéphales des cynocéphales.

 

 

Lucien de Samosate


  L'Assemblée des dieux 

§§ 10-11

 

 

      Depuis que, détaillant avec vous, amis lecteurs, les petits monuments présentés dans la vitrine 3 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre tout entière consacrée aux animaux familiers des riverains du Nil  ; depuis également qu'au hasard de l'une ou l'autre rencontre qu'ensemble nous fîmes au cours de nos déambulations dans les salles précédentes, j'ai saisi,  peu ou prou, l'opportunité de mettre l'accent sur cet aspect de zoolâtrie qui caractérisa à certaines époques la religion égyptienne.

 

     Aspect qui, à l'Antiquité déjà, fut sinon stigmatisé par les auteurs grecs et romains, à tout le moins moqué, voire même pour quelques-uns d'entre eux, présenté avec un dédain certain dont il faudrait très probablement rechercher l'origine dans la seule méconnaissance profonde des us et coutumes  échappant au sens commun des autres peuples méditerranéens.

 

     Souvenez-vous des considérations que, dans cet article du 21 septembre 2010, j'avais retenues concernant les chats. Les chiens, personnifiant un dieu, n'échappèrent pas plus à cet état d'esprit critique, à cette vindicte littéraire : faisant partie d'une des oeuvres  rédigées en grec au IIème siècle de notre ère par Lucien de Samosate, flamboyant satiriste originaire de la province de Commagène, dans la Syrie ancienne, le dialogue ci-dessus entre Jupiter et Momus frappé au coin d'un rejet significatif, vous l'aurez compris, me semble suffisant pour étayer mon propos. 

     

     En effet, leurs animaux étant  en grande majorité considérés comme une incarnation d'un principe divin, les Egyptiens les ont inextricablement associés à l'un ou l'autre dieu : c'est ce que ça et là sur ce blog j'ai déjà expliqué en évoquant notamment Sobek et Thouéris, le crocodile et l'hippopotame femelle, le taureau Apis et, tout dernièrement, devant cette même vitrine, Bastet, la chatte.

 

     Les canidés - entendez par là le chien mais aussi le chacal, voire le renard - ne dérogèrent donc à cette déification : adulés, recevant un culte à l'instar des statues divines, vénérés au point d'être eux aussi inhumés ou en des nécropoles dispersées dans le pays ou avec un particulier, leur maître, - j'y reviendrai la semaine prochaine -, ils furent en outre en étroite corrélation avec le culte des morts.

 

     Deux dieux, ici, jouèrent un important rôle : Anubis, incarné dans le chien sauvage, incontestablement le plus connu dans la mesure où  il introduisait les défunts dans l'Au-delà et protégeait leur tombeau sous l'aspect d'un animal étendu sur un coffre funéraire (souvenez-vous d'Iufaa) et Oupouaout, hybride du chacal et du chien sauvage, divinité qui, aux fins de repousser d'éventuelles forces hostiles, ouvrait les chemins pour mener les processions célébrant Osiris dans les fêtes de la ville sainte d'Abydos.

 

 

     Inpou, c'est-à-dire, selon l'égyptologue français Dimitri Meeks (1941), "celui qui est couché", fut le nom que les Egyptiens donnèrent à ce que, à la suite des Grecs, nous nommons aujourd'hui Anubis. Dans l'iconographie antique, il pouvait soit, comme ici avec cette statuette de bronze de Basse Epoque (E 4550) que vous aurez tout loisir, après notre rendez-vous de ce matin, d'aller admirer dans la grande vitrine centrale de la salle 18, être représenté de manière anthropomorphe : corps humain et tête de canidé ;

 

Anubis debout (E 4550) Salle 18, vitrine 1 (C. Décamps)

 

soit, comme un grand chien noir couché, les pattes vers l'avant en tant que gardien de la nécropole mais aussi, dans les tombes, des vases canopes du défunt. Sur une étagère de cette même vitrine 1, vous le reconnaîtrez dans la petite incrustation en verre (E 22921), datant elle aussi de Basse Epoque, et offerte au Musée par une famille de grands mécènes, L., I. et A. Curtis.

   

 

ANUBIS E 22921 (Salle 18, vitrine 1) (C. Décamps)

 

     Vous aurez évidemment immédiatement noté ce qui semble être une constante iconographique en semblables représentations : les artistes égyptiens donnèrent un corps et des membres élancés et minces à leurs représentations d'Oupouaout et d'Inpou. Ce n'est nullement le fruit d'un hasard : les canidés étant comme tant d'autres animaux des images de la divinité dans lesquelles elle vient s'incarner, il fallut qu'elle fût au maximum idéalisée !

 


     Parce qu'il mit au point les étapes de la momification d'Osiris démembré par Seth - rappelez-vous la légende qu'en décembre dernier, je vous avais brièvement relatée -, Anubis est considéré dans la mythologie égyptienne comme le patron des embaumeurs, comme celui dont la tâche essentielle consistait à veiller au bon respect des rites de momification de tous les défunts à qui il permettait ensuite de pénétrer dans l'Au-delà.

 

     C'est lui que vous retrouvez  ci-dessus dans le scène de psychostasie, c'est-à-dire de la pesée de l'âme, du Livre pour sortir au jour de Nesmin  qui constitue, depuis sa création, le bandeau chapeautant chacun des articles de ce blog.

 

 

     Deux dieux à tête de chien, ai-je ci-avant précisé :  Inpou (Anubis), que nous venons de considérer, mais aussi Oupouaout.

 

 

OUPOUAOUT (AF 287) (C. Décamps)

 

     Toujours dans l'immense double vitrine 1 de la salle 18 - véritable  dictionnaire en trois dimensions dédié aux dieux égyptiens ! -, une petite statuette de bronze toujours de Basse Epoque nous présente ce dieu révéré à Assiout, en Moyenne Egypte, dont le nom égyptien peut se traduire par "L'ouvreur de chemins", entendez celui qui, à la tête des cortèges cultuels et royaux, écarte tout élément extérieur qui pourrait nuire à leur parfait déroulement.

 

     Dieu révéré à Assiout, viens-je d'indiquer. C'est à ce point vrai qu'en 1922 l'égyptologue anglais G.A. Wainwright (1879-1964) mit au jour, dans la tombe du nomarque Djefaihapi III, outre des momies de canidés, un lot de quelque six cents stèles dont pas moins de 247 étaient nommément dédiées à Oupouaout. Si la majorité d'entre elles se retrouvent au Musée du Caire, l'une d'elle, de 27 cm de hauteur pour 14,7 de large, d'époque ramesside, repose actuellement ici, sous nos pieds, dans les réserves du Louvre (numéro d'inventaire AF 6949). 

 

     A la différence des Grecs qui dans l'un voulaient voir un chien et dans l'autre un loup - n'ont-ils pas donné le nom de Lycopolis (ville du loup) à Assiout ? -, les artistes égyptiens représentant ces deux dieux de manière totalement zoomorphes ne proposaient aucune distinction entre les animaux : seule l'attitude permettait de déterminer s'il s'agissait d'Inpou, canidé représenté couché, ou Oupouaout, le même mais debout sur ses pattes ; positions qui semblent logiques dans la mesure où le premier était considéré comme le gardien des cimetières, tandis que l'autre devait être prêt à s'élancer pour "ouvrir les chemins".

 

     Cette vénération, cette déférence, cette sacralisation des chiens par les Egyptiens se comprend aisément, vous en conviendrez amis lecteurs, quand il s'agit de les considérer à l'instar de divinités. Pourtant, et dans cette même optique, ils subirent à Basse Epoque, comme les chats que nous avons évoqués dernièrement, un sort tout aussi peu enviable.

 

     C'est ce paradoxe que, le 8 février prochain, je tenterai d'expliquer : et là, il me faudra bien quelque peu détromper Tifet, une très fidèle lectrice, qui pensait (ou espérait ?) qu'en Egypte, les canidés n'avaient pas connu la même destinée cultuelle que les petits félidés ...

 

     A mardi vous revoir ?

 

 

 

(Durisch : 1993, 205-21 ; Meeks : 1976, 87-92)

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 00:00

 

     Quand les Allemands emploient entre autres le terme "Lebenslehre" et les Anglais "Instruction", les égyptologues francophones sont convenus d'appeler "Sagesses", ou "Maximes" ou encore "Enseignement" des oeuvres littéraires ressortissant au domaine de la philosophie puisque rédigées aux fins d'inculquer une éthique de vie, sociale autant que familiale, en harmonie avec les "codes" d'un monde harmonieux et juste régi par la Maât, principe conducteur par excellence du cosmos et des hommes. 

 

     Parmi un spicilège de dix-sept exemples connus sur lesquels, dans cette rubrique consacrée à la littérature égyptienne, j'aurai vraisemblablement un jour l'opportunité d'attirer votre attention amis lecteurs, j'ai choisi de commencer par la plus ancienne sagesse qui soit de manière intégrale arrivée jusqu'à nous : celle dite de Ptahhotep.

 

     Vous me permettrez, après l'importante mise au point concernant son attribution faite lors de mon intervention de samedi dernier, de ne plus m'appesantir sur la formulation "dite de Ptahhotep" que j'ai employée ci-avant, préférant aujourd'hui, dans cette seconde introduction,  notamment présenter les différents documents actuellement en notre possession.

 

 

     Dans la langue classique du Moyen Empire, époque à laquelle dix des dix-sept recueils didactiques ont été libellés, c'est le terme sebayt qui fut employé pour les définir.

 

 

  Enseignement Ptahhotep - Sebayt

 

 

     Ce qui correspond à une filiation lexicographique évidente quand on sait que ce substantif dérivait du verbe seba qui signifiait "instruire", "enseigner" : il s'agissait bien de cela puisqu'un "enseignant", souvent d'âge mûr, pétri d'expérience, partant, auréolé d'une grande crédibilité, était censé s'adresser à un "enseigné", entendez un jeune homme entrant dans la vie professionnelle. C'est la raison pour laquelle, souvent, ces recueils de prescriptions mais aussi de prohibitions émanaient d'un père à l'intention de son fils, ayant tous deux la chance d'appartenir à la minorité intellectuelle de la population - j'ai déjà l'une ou l'autre fois mentionné que seulement 1, voire 1,5  % de la société égyptienne savait lire et écrire.

 

     C'est précisément le cas pour ce qui concerne l'Enseignement de Ptahhotep : de manière tout à fait  fictive , comme je l'indiquai la semaine dernière, au XXème siècle avant notre ère, son rédacteur - par ailleurs tant qu'à présent toujours inconnu - le plaça dans la bouche d'un vizir de la Vème dynastie, quatre siècles plus tôt, dont l'exemplarité de l'existence était vraisemblablement passée à la postérité ;  haut dignitaire de l'Etat qui, "sentant sa mort prochaine", fut autorisé par Pharaon à transmettre ses préceptes de vie, de comportement à son héritier direct en vue de lui permettre d'accéder lui aussi au vizirat. Fiction littéraire donc, puisqu'il est pratiquement certain que Ptahhotep n'a jamais écrit le moindre mot de cet ensemble ! 

 

 

     Ce pseudépigraphe qu'est l'Enseignement de Ptahhotep nous a été transmis par 8 documents : quatre papyri, une tablette en bois et trois ostraca.

 

     Les trois ostraca portent les numéros DM 1232, 1233 et 1234 (DM car ils ont été retrouvés à Deir el-Médineh). Ils datent de l'époque ramesside, donc du Nouvel Empire.

 

     La tablette de scribe, écrite en hiératique, détenue par le Musée du Caire sous le numéro d'inventaire JE 41790, est appelée "Tablette Carnarvon 1" (avec un second "R", et non "Carnavon" comme on le lit dans beaucoup d'ouvrages d'égyptologie et non des moindres !!!) simplement parce qu'elle fit partie d'un petit lot mis au jour dans une tombe de Dra Abou el Naga en 1908  lors de fouilles initiées par ce lord  mécène anglais qui permit à Howard Carter de poursuivre six années durant des fouilles dans la Vallée des Rois et d'enfin découvrir l'hypogée de Toutankhamon. Elle date du règne de Kamosis, souverain qui, à l'extrême fin de la XVIIème dynastie (Deuxième Période Intermédiaire), expulsa les Hyksos du nord du pays.

 

     Célèbre pour un autre important document qu'elle propose, elle ne nous intéresse ici que parce qu'en son verso, elle fournit le début de l'Enseignement.

 

     Des quatre versions sur papyrus, deux datent également du Nouvel Empire : l'une, communément nommée T, parce qu'elle se trouve au Musée égyptien de Turin  (CGT 54014) (*) est constituée de trois fragments libellés dans une cursive ramesside ; et l'autre, désignée L 2 est en réalité  un seul fragment de papyrus acheté à Thèbes et conservé au British Museum sous le numéro d'inventaire BM 10509.

 

     Quant aux deux autres, elles proviennent du Moyen Empire : ce sont, également au British Museum,  L 1, soit les 89 fragments d'origine inconnue dont 81 sont référencés BM 10371 et les 8 autres 10435,  tous présentant le texte en colonnes verticales ; et, la seule version complète à notre disposition, le Papyrus Prisse conservé à la Bibliothèque nationale de France, à Paris, sous les numéros 183 à 194, se lisant, quant à elle, horizontalement de droite à gauche.

 

 

  (*) Remarque personnelle : dans un article annonçant une nouvelle source de l'Enseignement de Ptahhotep retrouvée au Musée égyptien de Turin, publié en 1996 dans un Cahier de recherches de l'Institut de  papyrologie et d'égyptologie de Lille (CRIPEL 18), Pascal Vernus lui attribue, p. 120, la référence CGT 54024, alors que dans son important ouvrage concernant les Sagesses égyptiennes de l'Egypte pharaonique (Paris, Imprimerie nationale, 2001), p. 113, note 2, il indique CGT 54014.   

 

     Détail évidemment mais que peut-être l'un de vous, un jour, pourra élucider ...

 

     Avant de maintenant prendre congé de vous, amis lecteurs, permettez-moi, dans une simple optique didactique - "Chassez le naturel ..." - de résumer mes propos quant aux huit versions de l'Enseignement de Ptahhotep aujourd'hui connues en les classant simplement par ordre alphabétique de leur désignation :

 


 

- C = Tablette Carnarvon n° 1, Musée du Caire, Egypte (JE 41790)


 

- L  1  = Papyrus, British Museum, Londres (BM 10371 et 10435)

 

- L  2  = Papyrus, British Museum, Londres (BM 10509)

 

 

- O = Ostraca Dier el-Medineh (DM 1232, 1233 et 1234)


 

- P = Papyrus Prisse, Paris, BnF (n° 183 à 194)

 

 


- T = Papyrus, Musée égyptien, Turin (CGT 5014) - (ou 5024 ?)

 

 

     Un court et dernier instant - promis !, - je reviens à  la version P, la plus importante en réalité puisque, comme je l'ai mentionné, la seule complète et, selon l'égyptologue français François Chabasle plus ancien livre du monde. (A prouver ...)

 

     C'est cette référence que les égyptologues ont maintenant pris l'habitude d'appeler "Version majeure", alors que les autres sont considérées comme des recensions scolaires, des exercices d'apprentis scribes : il s'agit, je le rappelle, de celle inscrite en écriture cursive hiératique sur le Papyrus Prisse.

 

     Qu'entend-on exactement par cette dénomination pour le moins bizarre ?

     Que contient ce manuscrit ? 

     Comment se présente-t-il ?

     D'où provient-il ?

 

     A toutes ces questions, mais aussi à d'autres qui tout naturellement en découleront, je me propose de commencer à répondre le 5 février, dans une troisième et pénultième approche introductive ...

 

     A samedi ?

 

 

 

 

 

(Jéquier : 1911, 5-13Vernus : 1996 : 119-40 ; ID. 2001 : 55-134)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 00:00

 

       Vous vous rappelez certainement, amis lecteurs, qu'au terme de notre rencontre de mardi dernier devant la vitrine 3 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, je vous avais promis d'aujourd'hui nous pencher plus spécifiquement sur deux petits monuments en calcaire,

 

  E 11557

 

E 11557

 

 

et E 17373 

 

 

E 17373

 

 

qui semblaient perdus au milieu des nombreux chats que, précédemment, nous avions détaillés et des singes sur lesquels, dans quelques semaines, nous poserons également notre regard. 

 

     Datant du Moyen Empire, ces fragments initialement peints nous restituent, traitée en léger relief, la scène si naturellement émouvante d'une femelle allaitant ses petits que déjà nous avions pu admirer avec les jeunes félidés de l'autre côté du bloc vitré.

 

     La première pièce (E 11557) mesure 18,5 cm de long, tandis que la seconde (E 17373), seulement 9, 90 cm ; l'une aligne cinq chiots sous les mamelles abondantes, l'autre seulement deux.

 

     A ceux qui pourraient ne retenir que l'aspect quelque peu fruste de ces bas-reliefs de pierre, je ferai remarquer que ce n'est assurément pas la manière dont le travail fut ici réalisé qui importe vraiment mais, à mon sens, le message que l'artiste a voulu transmettre : derrière ces mères nourrissant leur progéniture, c'est le symbole d'une vie familiale simple, tranquille, heureuse, le symbole de l'immense beauté de la présence, de la protection et de l'inestimable amour d'une maman qu'il faut avant tout ici épingler ...

 

 

     Symboles bien aux antipodes d'une situation actuelle qui, apparemment sous couvert de croyances religieuses, se révèle plus qu'insupportable.

 

     Aux fins de répondre à une question qui me fut adressée le 1er octobre 2010 par une lectrice du Midi dans son commentaire à propos d'un précédent article, j'ai effectué quelques recherches et, notamment, interrogé Tifet, autre fidèle, qui connaît parfaitement le pays.

 

     Il est incontestable que pour bon nombre d'Egyptiens de notre époque, à tout le moins d'obédience musulmane, le chien est considéré comme un animal impur et, de ce fait, non autorisé à pénétrer dans les foyers. Mais reconnaissant néanmoins son utilité de gardien, s'ils en possèdent un, ils le laissent obligatoirement dehors, me confirme ma correspondante.

 

     En 2007, la Fondation Brigitte Bardot stigmatisait une pratique pénible qui sévissait au Caire : de très nombreux chiens errants étaient soit empoisonnés, soit abattus par balles et abandonnés à même le pavé. Méthodes pour le moins inacceptables, sans évoquer, en filigrane, les conditions de salubrité publique qu'elles impliquent.

 

     Ces pratiques que l'on aurait pu croire révolues, Tifet et son époux ne les ont  toutefois jamais rencontrées. Cela signifie-t-il que la lettre que vous venez de lire, adressée par Madame Bardot au Président Moubarak, aurait  eu des retombées positives ?

 

     J'ouvre ici officiellement le débat pour tous ceux qui, ayant aussi sillonné l'Egypte, voudraient exprimer une opinion à ce sujet ...

 

 

     Mais au nom d'autres croyances religieuses, antiques cette fois, quels sorts les Egyptiens de l'époque pharaonique réservèrent-ils à leurs chiens ? C'est, si vous désirez poursuivre cette réflexion en ma compagnie, ce que je développerai  au cours de notre rendez-vous de début de semaine prochaine.

 

     A mardi, donc, 1er février ...

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 00:00

 

     Comme je vous l'annonçais dans mon billet de rentrée samedi dernier amis lecteurs, c'est sur ce que d'aucuns nomment les Maximes, d'autres les Sagesses, d'autres encore l'Enseignement de Ptahhotep que désormais chaque fin de semaine j'aimerais un temps attirer votre attention.

 

 

Enseignement de Ptah hotep

 

     Mon but avéré, souvenez-vous, réside dans le fait qu'il m'agréerait de vous convaincre qu'avec ce texte égyptien antique, nous sommes en présence d'un des premiers corpus philosophiques de l'Humanité ; quelques siècles avant la toute puissante Raison grecque, quelques siècles avant ce que l'Université persiste à nommer le Miracle grec en la matière.

 

     Pour évoquer cette oeuvre cardinale de l'éthique égyptienne, j'appellerai à la barre trois savants qui, parmi quelques autres grands philologues, l'ont analysée.

 

     Le pionnier, Zbynek ZABA. Les plus attentifs d'entre vous se souviendront - il m'est décidément difficile de quitter l'égyptologie tchèque ! - qu'il fut l'objet d'un des articles qu'en mars 2010 j'avais consacrés aux grands précurseurs de cette science en bords de Vltava.

 

     Bien que parfois considérée comme quelque peu dépassée, son étude Les Maximes de Ptahhotep, rédigée originellement en français et publiée à Prague en 1956 par l'Académie tchécoslovaque des Sciences, peut à bon titre toujours être considérée comme l'ouvrage de référence.

 

     Ensuite, Pascal VERNUS. Ce remarquable égyptologue français dont j'ai déjà sur ce blog maintes et maintes fois épinglé l'excellence de son incontournable Dictionnaire amoureux de l'Egypte pharaonique (Plon, 2009), a en effet proposé en 2001, aux éditions de l'Imprimerie nationale, à Paris, un travail également indispensable, Sagesses de l'Egypte pharaonique, dans lequel précisément, aux pages 63 à 134, il présente, traduit et annote l'Enseignement de Ptahhotep.  

 

     Enfin, je me servirai aussi d'une analyse extrêmement novatrice, Die Lehre Ptahhoteps und die Tugenden der ägyptischen Welt (L'Enseignement de Ptahhotep et les morales du monde égyptien) publiée en 2003 par l'égyptologue allemand Friedrich JUNGE dans la  prestigieuse collection suisse Orbis Biblicus et Orientalis (OBO 193, Universitätsverlag Freiburg Schweiz - Vandenhoeck & Ruprecht, Göttingen), partiellement consultable ici et recensée aux pages 157-61 de la dernière livraison de la Chronique d'Egypte (CdE LXXXV [2010], Fasc. 169-170) par l'égyptologue belge Christian Cannuyer.

   

 

      Mais pour l'heure, c'est par rapport au titre, délibérément provocateur, au demeurant parfaitement correct, que je voudrais me positionner aux fins de m'inscrire en faux contre ce que tout un chacun peut, ici sur le Net,  lire sous la plume de bloggueurs peu scrupuleux de vérifier leurs sources préférant colporter d'articles en articles les erreurs de leurs prédécesseurs.

 

     Non, l'Enseignement de Ptahhotep ne date pas de l'Ancien Empire : certains partis pris orthographiques, certaines tournures de langue, certaines indications concernant des faits culturels précis  autorisent à penser que l'oeuvre fut rédigée dans le courant de la XIIème dynastie, soit au Moyen Empire, au XXème siècle avant notre ère.

 

     De sorte qu'il faut donc considérer comme étant une fiction littéraire, selon les termes de Ch. Cannuyer, le fait qu'elle soit attribuée à un vizir Ptahhotep de la fin de la Vème dynastie.

 

     Permettez-moi d'apporter quelques précisions argumentant mon propos.

 

     Il est incontestable qu'existe bien à Saqqarah, tous les touristes vous le confirmeront, à l'ouest de la pyramide à degrés du pharaon Djeser (IIIème dynastie), un mastaba (D 64) annoncé comme étant celui de Ptahhotep.

 

     Mais là aussi, il y a erreur de formulation : il s'agit en réalité d'un complexe funéraire découvert au milieu du XIXème siècle par l'égyptologue français Auguste Mariette dans lequel furent ensevelis non pas seulement Ptahhotep mais également son père, Akhethetep, vizir lui aussi  ; ce que, pour des raisons que j'ignore, ne précise nullement le panneau indicateur de l'entrée du lieu.

 

     Précédant cette tombe commune, un autre mastaba (D 62) appartint à un premier Ptahhotep, père d'Akhethetep et donc grand-père de Ptahhotep.

 

     Pour plus de facilités, les égyptologues sont convenus d'appeler le premier Ptahhotep I et son petit-fils Ptahhotep II, alors qu'en fait plusieurs autres hauts dignitaires auliques avant eux portèrent le même patronyme, sans que l'on sache actuellement s'ils avaient un quelconque lien de parenté.

 

     Et j'ajouterai, pour davantage brouiller les cartes, que sont mentionnés dans le mastaba commun  (D 64)  deux fils de Ptahhotep II, respectivement appelés Ptahhotep et Akhethetep ; ce dernier étant peut-être le plus connu puisqu'en 2008, souvenez-vous amis lecteurs, nous avons de conserve admiré sa chapelle funéraire dans la salle 4 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, les 30 septembre, 7 et 14 octobre.  

 

     (Je m'en voudrais, à cet instant de la discussion, de ne pas vous inviter à virtuellement visiter le célèbre mastaba D 64 d'Akhethetep et de son fils Ptahhotep tel qu'il est proposé sur l'excellent site OsirisNet de Thierry Benderitter.)

 


     Ptahhotep II, celui qui fut donc inhumé conjointement avec son père et qui, je le rappelle, selon un grand nombre d'internautes peu soucieux de la vérité historique, serait l'auteur des trente-six maximes de l' Enseignement, fut entre autres Inspecteur des prêtres-purs de la pyramide de Niouserrê, des prêtres de celle de Menkaouhor et des prêtres de celle de Djedkarê-Isési, pénultième souverain d'une dynastie qui devait s'achever avec le pharaon Ounas dans la pyramide duquel furent mis au jour, rappelez-vous, les tout premiers textes funéraires égyptiens (Textes des Pyramides).

 

     Entre autres, indiquai-je, dans la mesure où ce vizir porta d'autres titres, dont un auquel il sembla fort tenir : Prêtre de Maât. Ce qui autorise à envisager qu'il embrassa également les fonctions de ce que je pourrais, sans trop d'anachronisme, comparer à celles d'un ministre de la Justice ; cette Maât qui, nous le verrons démontré dans les Maximes fut, en Egypte, le principe conducteur et du cosmos et de la société.

 

     Ce sont ces diverses fonctions qui furent très probablement à l'origine de la confusion qui consista à attribuer à Ptahhotep II la paternité de l'Enseignement dont il est ici question : si, chronologiquement parlant, il ne put en être l'auteur véritable - puisque nous venons de voir qu'il vécut bien avant la première version que nous possédons de ce corpus littéraire -, il en fut certainement l'inspirateur : il est plus que vraisemblable que le concepteur - dont nous ignorons tout ! - de ces préceptes moraux  datant du 20ème siècle avant notre ère (Moyen Empire) emprunta le nom et calqua le personnage de son oeuvre sur celui de ce haut dignitaire du 24ème siècle (Ancien Empire) dont la vie marqua indicutablement les esprits des générations qui suivirent ...

 

 

     De sorte que puisqu'il est démontré que l'Enseignement de Ptahhotep n'est absolument pas attribuable à Ptahhotep, on peut alors le définir comme un ouvrage apocryphe : en linguistique pointue, on le qualifierait de pseudépigraphe.

 

     Ceci posé, en connaîtra-t-on un jour le véritable rédacteur ? Ce me  semble peu probable.

Quoique :  il est toujours tentant d'espérer la découverte d'un nouveau document qui ...

 

     Précisément, à propos de documents :  de quels types d'archives les égyptologues disposent-ils actuellement pour étudier ces miscellanées  ?

 

     C'est, si vous voulez bien me suivre dans cette nouvelle aventure, ce que je me propose de vous expliquer, amis lecteurs, le 29 janvier prochain.

 

    A samedi ?

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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