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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 23:00

 

     Un assourdissant silence s'était emparé du caveau funéraire.  

     Tous étaient frappés.

     On surprit même Zahi Hawass en personne se taisant ... Le chapeau rivé, les mains dans les poches de son jeans bleu foncé, il pensait. Probablement à ce que, dans quelques instants, tonitruant, il révélerait à la presse.

 

     Seuls bientôt rompraient notre silence le cliquetis des chaînes et le grincement des poulies qui, une fois encore, seraient sollicitées pour soulever un pesant couvercle.

 

     A la surface, là-haut, à quelque vingt-deux mètres au-dessus de nous, dans le cimetière saïte aux confins sud-ouest de la nécropole d'Abousir, s'entendait l'excitation manifeste chez chacun des journalistes de la presse internationale invités à couvrir l'événement par le tout (trop ?) puissant patron du Conseil suprême des Antiquités égyptiennes.

 

     Mais à notre niveau, le temps semblait s'être figé : nous venions d'assister, souvenez-vous, à la fin du dégagement de tout ce qui, dans l'impressionnant sarcophage de calcaire blanc, recouvrait une nouvelle merveille : un deuxième cercueil - gigogne - , anthropomorphe et en  basalte vert foncé, destiné à protéger la momie d'Iufaa. Car contrairement à ce que nous croyions de prime abord, ce n'était pas elle qui nous était apparue dès le déblaiement des gravats, mais bien une merveille de l'art funéraire de Basse Epoque.

 

 

Iufaa - Sarcophage (Photo Kenneth Garrett - National Geogra


     Invités que nous sommes une fois encore ce samedi à poursuivre notre découverte du tombeau retrouvé intact de ce haut fonctionnaire palatial du temps des derniers souverains de la XXVIème dynastie - nous sommes ici au milieu du VIème siècle avant notre ère -, nous ne savons ce qu'il faut admirer le plus : sont-ce les colonnes de magnifiques hiéroglyphes colorés qui courent de haut en bas sur les parois  internes de la cavité anthropoïde du premier sarcophage rectangulaire de calcaire blanc, textes dont on n'aperçoit pas la fin ? Ou, dans ce même décor, les figures de quelques divinités du panthéon égyptien : Rê-Horakhty, Sekhmet, Bastet, Ouadjet et le peu connu Tutu, le Tithoès des Grecs, représenté en tant que dieu sphinx et qui n'apparut précisément qu'en ces temps-là ?

 

     Ou encore, merveille des merveilles, le deuxième sarcophage d'Iufaa, de 2, 20  mètres de long et 90 centimètres de large ? Le visage encadré par une perruque tripartite et le menton orné de la barbe recourbée caractéristique des défunts devenus un nouvel Osiris, il paraît opposer au monde des morts et des lamentations un sourire d'une sérénité confondante, si certain qu'il semble être d'accéder au Bel horizon, si apaisé d'avoir été reconnu Juste de voix par le Tribunal osirien.

 

     Ou enfin, - et c'est peut-être ce qu'en premier nous sauta aux yeux -, l'abondance, mais aussi l'excellence des hiéroglyphes de l'imposant couvercle recouvrant la cuve dans laquelle nous verrons sous peu la momie :  en effet, autour de la représentation d'un grand scarabée magnifiquement gravé en creux - figuration du verbe Kheper, qui signifiait tout à la fois,  "être", "devenir", "venir à l'existence" et évoquait de la sorte le principe de l'éternel retour, celui de la régénération dans l'Au-delà qu'espérait tout défunt -, répondaient à celles du pourtour des dizaines et des dizaines de colonnes de signes finement incisés dans la pierre sombre ; formules manifestement à nouveau religieuses que l'on pourrait définir de prophylactiques dans la mesure où, là aussi, les prières étaient prévues pour lui assurer un confortable avenir dans l'Au-delà.

 

     Caractéristique d'une conception funéraire de l'époque saïto-perse, cette profusion hiéroglyphique - cette surcharge regretteront assurément certains - avait ici pour conséquence de ne laisser vierges d'inscriptions que le visage, les deux pans de la perruque et une partie du cou modelés sur le couvercle : tout ce qui avait pu être décemment utilisé pour recevoir les formules protectrices l'avait été.

 

     Remarquable découverte, précieuse manne évidemment pour ceux des égyptologues qui plus spécifiquement plébiscitent l'épigraphie. Du travail de traduction en perspective, certes, mais surtout, et c'est là inestimable, une base de réflexions, de conclusions quant aux conceptions funéraires de cette époque bien particulière, charnière même, de l'histoire du pays.

   

 

     Le trouble manifeste qui nous anime aujourd'hui, vous et moi, devant tant de savoir-faire, tant de finesse, tant de délicatesse d'exécution chez des artistes d'il y a quelque deux mille cinq cents ans, nous a fait oublier la plus élémentaire des politesses sociales en semblable circonstance : Ladislav Bares et son équipe souhaiteraient en effet que nous nous reculions, que nous ne nous attardions par outre mesure au bord des cercueils de manière à permettre à tous ceux qui, comme nous, participent de ce privilège d'être présents dans la chambre sépulcrale, d'avoir un instant aussi visuellement accès à la beauté antique.

 

     Une deuxième raison, plus immédiatement pratique en réalité, motive la bien compréhensible requête de nos amphitryons tchèques : quand tous nous nous serons avidement rassasiés de tant d'élégance, ils désireraient retirer le couvercle du deuxième sarcophage pour enfin accéder à la momie d'Iufaa.

 

     Comme pour le premier, des moyens techniquement plus sophistiqués que ceux qu'indubitablement avait dû employer le personnel égyptien  du VIème siècle avant notre ère en vue de procéder à l'opération exactement inverse furent convoqués.

 

 

Iufaa

 

      (Document trouvé ici sur le Net) 

 

     La manoeuvre, aussi délicate que celle qui consista à  précédemment retirer la première dalle, se révéla toutefois moins problématique : aucune résistance ne fut opposée aux ouvriers par la présence d'une quelconque matière "soudant" ensemble couvercle et cuve proprement dite.

 

     Toutefois, une nouvelle surprise fut au rendez-vous : Iufaa n'ayant manifestement pas lésiné sur sa protection post mortem, dans cette deuxième enveloppe de pierre reposait, non pas son corps momifié que tous  nous attendions, mais une troisième bière : un cercueil à nouveau anthropoïde, mais en bois cette fois, de 1, 84 mètre de long et 48 centimètres de large, ou plutôt, apparemment, ce que l'humidité ambiante depuis plus de deux millénaires avait permis d'en conserver ...

   

     Un instant, un instant seulement, gênés peut-être, mais heureux d'avoir la chance de fouiller un tombeau inviolé, les archéologues avaient oublié que l'homme n'est pas toujours le seul responsable de déprédations irrémédiables : la Nature, aussi, se rappelle volontiers à leur souvenir. Et dans cette nécropole d'Abousir, plutôt deux fois qu'une ! La déception, alors, n'eut d'égale que l'espérance de tout retrouver parfaitement intact qui avait accompagné les différentes étapes de leur fouille. 

 

      Perceptiblement, la déconvenue, naturelle en la circonstance, se lisait sur le visage de l'équipe : dans quel état les éléments de la dernière (?) protection mortuaire d'Iufaa nous apparaîtraient-ils ?  Et sa momie, par la suite ?

 

     Nous n'osions à nouveau approcher pour nous pencher au-dessus de la cuve, pour embrasser d'un regard ce qu'elle nous réservait.

 

     Et pourtant ...

 

 

 

 

(Bares : 2005 ;  Verner : 2002, 192-205)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 23:00

 

MIOU ...   MIOU   ...   MIOU ...

 


    Rassurez-vous, amis lecteurs, après ces quelques premières interventions en guise d'introduction à notre découverte de la vitrine 3 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, les derniers mardis de septembre, ni le canard du bandeau ci-dessus qui vous salue à chacune de vos visites ni votre serviteur ne se sont transformés en chat pour vous accueillir avec quelques miaulements  ...

 


 

     Comme à tout ce qui constituait leur environnement, les Egyptiens ont  donné un nom générique pour désigner ces petits félins qui, au fil des siècles, après avoir été des prédateurs appréciés - notamment pour éliminer rats et souris qui goulûment s'invitaient dans les réserves et les greniers -, allaient devenir un de leurs compagnons privilégiés.

 

     Ce n'est qu'à la XIème dynastie qu'apparaissent timidement  dans l'art égyptien les premières représentations de chats dans un environnement humain, notamment sur un fragment de relief mural mis au jour dans un tombeau de Coptos, actuellement exposé au Petrie Museum de Londres où l'animal est tapi sous un siège, préfigurant ce qui, un demi-millénaire plus tard, plus précisément à partir du règne de Thoutmosis III (milieu du XVème siècle avant notre ère), deviendra un topos de l'art funéraire : un chat assis sous le fauteuil d'une dame, le chien étant quant à lui représenté sous celui de l'homme.

 

     Toutefois, dès la fin de l'Ancien Empire, le signe du chat existait déjà dans le corpus hiéroglyphique : en effet, il figure sur un autre bloc brisé qui, selon toute vraisemblance, proviendrait du temple funéraire de Pepy II, à Saqqarah, conservé au Metropolitan Museum of Art de New York, sous le numéro d'inventaire 15.3.1708. Répétée trois fois, la gravure de l'animal assis sur ses pattes postérieures, précédée du hiéroglyphe de la corbeille et suivie de celui du croisement de routes, se lit : Seigneur de la ville aux chats.  

 

      Quoi qu'il en soit, dès qu'il est évoqué, le petit félidé se présente sous un seul et unique vocable, manifestement en rapport phonétique avec son miaulement caractéristique : miou (miit, au féminin).

 


N 3910

 

 

      A l'instar du groupe de chats assis (N 3910) en bois d'acacia que nous pouvons déjà admirer dans cette vitrine ici devant nous, le terme égyptien désignant l'animal s'écrivait avec quatre signes hiéroglyphiques ; trois représentaient les sons, ci-dessous, de gauche à droite :

 

* mi, la cruche à lait portée dans un filet, correspondant à W 19 dans la liste de Gardiner ;

 

* i, le roseau fleuri (M 17) ;

 

* ou, la pelote de corde (V 1) 

 


 

W19M17V1

 

auxquels on ajoutait le dessin du chat (E 13 de la même liste), en guise de déterminatif  :


E13


 

 

 

 

     L'ensemble se lisait donc, comme vous l'avez évidemment compris d'emblée : miou.    


 

Miou

 

 

     Cette charmante onomatopée traversa les siècles pour se familiariser à nos oreilles sous la forme d'un agréable miaou que, parfois, balbutient les bambins en bas âge, désignant ainsi leur compagnon de jeu ; sans oublier l'emprunt plaisant que s'autorisèrent des compositeurs comme  Gioacchino R ossini dans son célèbre duo des chats (interprétation à ne pas bouder, ici, sur un plateau de la télévision espagnole par Monserrat Caballé et Concha Velasco) et Maurice Ravel dans L'Enfant et les sortilèges, dont le livret, s'en souvient-on ?, fut composé par Colette en personne.

 

     Aussi bizarre que cela puisse paraître si l'on compare avec nos habitudes contemporaines mais surtout avec ce que les Egyptiens prirent coutume d'instaurer vis-à-vis des chiens pour lesquels quatre-vingt cinq noms différents ont été recensés, il n'existe qu'une seule occurrence qui nous donne à connaître le nom propre personnel d'un chat : inscrite au-dessus de la tête de l'animal représenté aux côtés d'un couple recevant une offrande de lotus, elle se trouve dans la nécropole d'El-Khokha, au sud-est du site de Deir el-Bahari, dans la tombe d'un certain Puyemrê, (TT 39), second Prophète d'Amon sous les règnes d'Hatchepsout et de Thoutmosis III réunis ; Nedjem, le nom sous lequel le matou est désormais passé à la postérité, signifiant "doux," "agréable"...


 

     Ceci posé, la désignation pa miou, c'est-à-dire "le chat" en langue égyptienne, deviendra, à l'instar des noms de famille actuels parmi lesquels on peut rencontrer des Lechien ou Lechat ou Lelièvre, etc., un fréquent anthroponyme à partir du 8ème siècle avant notre ère. De sorte que des "Pamiou" de divers rangs sociaux, d'ailleurs souvent abréviés en "Pami" , "Pamy" ou "Pimay" sont fréquents à Thèbes comme à Memphis dès la fin de la Troisième Période intermédiaire et  jusqu'au terme de l'époque gréco-romaine.


 

     Aussi, dans ce même Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, peut-être aurez-vous, amis lecteurs, plus de chance que moi de débusquer, au fil de vos déambulations, le cercueil E 3863 ayant appartenu à un certain Pami, prophète d'Amon de Karnak, petit-fils d'un vizir s'appelant également Pami et provenant de la sépulture communément appelée des "prêtres de Montou", mise au jour par Auguste Mariette dans le temple de Deir el Bahari, en 1858 ; et, dans le lot des stèles retrouvées par ce même Mariette dans le Sérapéum de Memphis, la C 275 faisant allusion à un roi Pamy ; tous ces personnages ayant vécu à la XXIIème dynastie.

 

     Plus de chance que moi, car, bien que cités par feu l'égyptologue français Jean Yoyotte, les deux monuments ne figurent ni dans les notes qu'au cours de ces vingt dernières années j'ai prises de salle en salle ni dans la base de données du site internet du Louvre, en principe bien plus fiable que moi !

 

     Mais peut-être dans quelque réserve, sous nos pieds ?

      Et seuls, alors, conservateurs, égyptologues patentés et quelques privilégiés ont l'heur de les approcher ...

 

     Dommage ...

     Mais quand on garde à l'esprit que seules quelque 5500 pièces égyptiennes sont exposées sur les 50000 dont dispose le Louvre ...

 

     Sait-on jamais, un jour, à Lens ?  Ou à Abou Dabi ?  

 

 

 

(Bouvier-Close : 2003, 16-18 et 33-34 ; Malek : 2006 ; Mekhitarian : 1989, 11-12 ; Yoyotte : 1988, 155-77)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 23:00

 

     Lentement, désespérémment lentement, le reste des gravats qui encombraient la partie inférieure de la porte fut déblayé. L'instant décisif était arrivé. Les mains tremblantes, je pratiquai une petite ouverture dans le coin supérieur gauche. J'y introduisis une tige de fer qui ne rencontra que le vide. Puis je plaçai une bougie devant l'ouverture, pour m'assurer qu'il n'y avait pas d'émanations dangereuses, élargis le trou - et regardai.

 

     Anxieux, lord Carnarvon, lady Evelyn et Callender se tenaient près de moi. D'abord, je ne vis rien ; l'air chaud qui s'échappait de la chambre faisait clignoter la flamme de la bougie. Puis, à mesure que mes yeux s'accoutumaient à l'obscurité, des formes se dessinèrent lentement : d'étranges animaux, des statues, et, partout le scintillement de l'or. 

 

     Pendant quelques secondes  - qui durent sembler une éternité à mes compagnons - je restai muet de stupeur.  Et, lorsque lord Carnarvon demanda enfin : "Vous voyez quelque chose ?", je ne pus que répondre : "Oui, des merveilles !"

 

     Alors, j'élargis encore l'ouverture pour que nous puissions voir tous les deux.

 

Howard Carter

 

 

 

     Après avoir de nombreuses fois au cours de leur exploration du site d'Abousir vérifié la triste efficience des profanateurs de nécropoles, quelle ne fut pas l'heureux étonnement des archéologues tchèques s'intéressant au complexe funéraire d'Iufaa devant lequel, souvenez-vous amis lecteurs, je vous avais à nouveau fixé rendez-vous, de constater - là réside la surprise que je vous annonçais samedi dernier, vous vous en étiez très probablement doutés -,  que la chambre sépulcrale de cet administrateur palatial qu'ils atteignirent en 1998 se présentait apparemment sans trace de pillage.

 

     Même si l'égyptologue tchèque Miroslav Barta avance qu'il s'agit de la première chambre funéraire découverte intacte depuis celle de l'hypogée de Toutankhamon par Howard Carter, en 1923, il semblerait qu'il faille remonter moins loin dans le passé pour rencontrer une autre sépulture, d'époque saïte de surcroît,  donc fort semblable à celle-ci, également inviolée :  il s'agit de celle d'un certain Imentefnakht mise au jour en 1941 par Zaky Y. Saad, à Saqqarah, au sud de la pyramide d'Ouserkaf.

 

     Que ce soit l'une ou l'autre, peu importe me semble-t-il, et ne doit en cette matière être prise en bonne considération, archéologiquement parlant,  que l' "exceptionnalité" de l'événement. 

(J'en suis conscient, amis lecteurs, le terme n'existe pas, je l'ai forgé de toute pièce parce qu'il correspondait parfaitement à mon attente : pourquoi pas un Petit Richard après le Petit Robert ???)

 

     Nonobstant, ils n'entonnèrent pas démesurément le péan de la victoire dans la mesure où, certes épargnée par les pillards, la sépulture avait subi quelques dégradations manifestes inhérentes à l'humidité parce que creusée au niveau des eaux phréatiques. 


     Mais comment, in situ, les membres de l'équipe de fouilles tchèque arrivèrent-ils à cette conviction de  tombe non profanée ?

 

     Reprenons chronologiquement, voulez-vous, et avec force détails, les étapes de leurs travaux.

 

     Souvenez-vous, je vous avais expliqué que tout au fond du large puits principal du complexe funéraire, ils avaient rencontré, creusée à 22 mètres en dessous du niveau du sol désertique du cimetière saïte de la nécropole d'Abousir, orientée d'est en ouest, la chambre sépulcrale d'Iufaa, relativement petite puisqu'elle ne mesurait que 4, 90 mètres de long et 3, 30 de large et qui avait indubitablement été agencée pour évoquer la forme générale d'un sarcophage géant, aux extrémités relevées et au couvercle, le plafond de la pièce en réalité, voûté, bombé.

 

Iufaa - Chambre sépulcrale (Reconstitution 3D - Photo Nati

 

     Manifestement, elle avait été réalisée après l'inhumation du défunt dans la mesure où sa propre bière présentait les dimensions non négligeables de 3, 80 mètres de longueur et 2, 30 de largeur ; ce qui, si vous calculez comme moi, ne laissait de chaque côté de ses parois qu'un espace d'une cinquantaine de centimètres de large, sur lequel j'aurai un prochain samedi bien des choses à révéler. Impossible donc dans un environnement aussi restreint de se mouvoir aisément pour introduire un monument funéraire d'un tel volume. 

 

     Les murs de la chambre, en calcaire de qualité très inégale, étaient entièrement recouverts, la voûte mise à part, de textes hiéroglyphiques ressortissant au domaine religieux aux fins d'assurer au défunt un avenir post mortem le plus protecteur qui soit. Les égyptologues constatèrent très vite que, dans l'ensemble légèrement gravés, certains passages, notamment sur le mur ouest, n'avaient bizarrement pas été traités et étaient restés à l'état d'ébauche, c'est-à-dire préparés à la peinture rouge, - la couleur de l'esquisse chez les scribes égyptiens, alors que dans notre monde contemporain, elle serait plutôt celle de la correction d'un travail.

 

     Quant à la raison de cette différence, elle doit probablement être inhérente au fait qu'Iufaa décéda relativement jeune : en effet, les scientifiques qui ont analysé les ossements de sa momie estiment qu'il ne vécut qu'une petite trentaine d'années, voire tout au plus 35 ... De sorte que ceux qui avaient  entamé l'élaboration de sa maison d'éternité n'eurent manifestement pas le temps d'en terminer la "décoration" avant les funérailles.

 

 

     Dans cet espace exigu reposait un sarcophage rectangulaire constitué de deux imposants blocs de calcaire blanc. Tout de suite, c'est avec bonheur que Ladislav Bares qui dirigeait l'équipe de fouilles de l'Institut tchèque d'égyptologie nota que les parois externes de la cuve étaient couvertes de signes hiéroglyphiques et de scènes figurées, tout comme les murs de la petite chambre d'ailleurs, mais moins profondément incisés pour les textes et en quantité plus limitée pour les figurations : aux épigraphistes l'importante tâche d'à présent traduire tout ce corpus dont Iufaa, administrateur du palais d'Amasis, le pénultième souverain de cette XXVIème dynastie qui bientôt s'éteindrait sous les coups de butoir de la soldatesque perse de Cambyse II, avait cru bon de préventivement s'entourer.

 

     Pour l'heure, il ne restait plus qu'à ouvrir le sarcophage pour accéder à sa momie ...

 

     Est-il vraiment besoin d'insister ? Soulever cet énorme couvercle nécessita une énergie hors du commun : différents crics, mécaniques et hydrauliques, furent notamment requis.

Il ne pesait pas moins de 24 tonnes à lui seul ! 

 

     Toutefois, au préalable, il fallut briser le plâtre qui le scellait encore à la cuve proprement dite. Progressivement, des coins de bois furent encastrés les uns après les autres dans le minuscule espace que le descellement dégageait jusqu'à ce que, dans l'interstice devenu suffisamment large, il fut possible d'insérer des blocs de bois. Le procédé fut ainsi maintes fois renouvelé sur tout le pourtour, de manière que l'énorme dalle soit enfin surélevée d'environ un mètre. C'est alors seulement que dans l'espace libéré ainsi obtenu furent introduites quatre considérables poutres de bois de 7, 50 m de long et de 31 centimètres de section sur lesquelles, grâce à deux crics mécaniques, le lourd couvercle de calcaire blanc fut poussé jusqu'à une plate-forme de pierre et de sable aménagée à cet effet au-delà du mur nord de la tombe.

 

 

     Avez-vous été attentifs à mes propos, amis lecteurs ? Briser le plâtre qui scellait encore le couvercle à la cuve, ai-je ci-avant énoncé. Qu'est-ce que cela signifie exactement pour vous ?

 

- Un énorme travail de précision pour ne pas abîmer le monument.

 

- Certainement, Monsieur, je n'en disconviens pas. Mais encore ?

 

- ...

 

- Oui, Madame ... Vous me dites ?

Ne craignez pas de vous exprimer devant tous nos amis ici réunis. Parlez un peu plus fort, voulez-vous ?


- S'il fallut dessouder couvercle et cuve, cela signifie peut-être que le sarcophage n'a jamais été  profané par des pilleurs de tombes.

 

- Et pourquoi : peut-être, Madame ?

Vous avez parfaitement raison : le monument funéraire fut bien retrouvé intact par les archéologues !


      Vous souvenez-vous que, tout à l'heure, nous nous étions interrogés sur la raison pour laquelle, pratiquement dès le départ, ils avaient été persuadés d'entrer dans une tombe inviolée ?

Parmi les différentes propositions de réponses que bientôt nous rencontrerons, vous venez d'en donner une, Madame, et de taille.

 

     

     L'immense bloc de calcaire d'un mètre d'épaisseur dégagé, apparut l'intérieur de la cuve du sarcophage proprement dit : il suffit alors aux archéologues tchèques de se pencher au-dessus de cet espace anthropomorphe d'1, 40 mètre de haut pour enfin admirer la momie d'Iufaa.

 

     Que nenni !! Rappelez-vous la semaine dernière : avec les membres de l'équipe tchèque qui nous avaient exceptionnellement admis à leurs côtés, nous avions constaté, après avoir admiré les premiers centimètres de textes hiéroglyphiques peints de couleurs noire, rouge, bleue, brune, verte et jaune et remarquablement conservés décorant la partie supérieure de la paroi interne de l'imposante cavité   

 

 

Sarcophages d'Iufaa

 

que nécessité s'imposait de préalablement dégager les gravats de briques crues partiellement concassées qui encombraient l'intérieur avant de pouvoir saluer le corps momifié d'Iufaa.

 

     Il était patent que l'interrogation se lisait dans les yeux des fouilleurs : pourquoi de semblables déchets avaient-ils été là déposés ? Car d'évidence, leur présence n'était manifestement pas le produit du hasard. Ils eussent été retrouvés sur la voûte de la chambre funéraire que cela eût pu être explicable : un quelconque éboulement dans le puits. Mais ici, sous le lourd couvercle de 24 tonnes ?  Pour symboliser une inhumation à même le sol ?  Ou, plus pragmatiquement, dans l'unique volonté d'absorber l'importante humidité des lieux sachant que rien n'était plus espéré, dans les conceptions funéraires égyptiennes, que la protection maximale d'un défunt ?

 

     Quoi qu'il en soit de la réponse à apporter à ces interrogations,  les membres de l'équipe de Ladislav Bares n'eurent de cesse de dégager tous ces débris. ... pour en découvrir d'autres, en dessous : il s'agissait cette fois de tessons de poteries rouges.

 

     Là, l'intention était claire.

 

     Vous souvenez-vous, amis lecteurs, de cette intervention d'avril dernier dans laquelle j'avais évoqué les moyens, magico-religieux, auxquels recouraient les prêtres ritualistes pour  protéger les trépassés des éventuels ennemis de l'Egypte ? Dans le même ordre d'idée, à ces statuettes de prisonniers mains liées derrière le dos que je vous avais alors présentées, je me dois aujourd'hui d'ajouter le rite récurrent du "bris des vases rouges".

 

     Mais de quoi s'agit-il au juste ?

 

     D'après les recherches  menées par l'égyptologue français Georges Posener sur certains fragments exposés à Berlin et sur des céramiques mises au jour dans une forteresse datant de la XIIème dynastie, à Mirgissa, près de la deuxième cataracte du Nil (actuelle frontière égypto-soudanaise), il appert que certaines pièces de vaisselle comme des bols, des écuelles et des petits vases essentiellement de teinte rouge sur lesquels étaient notés les noms des peuples hostiles aux terres nilotiques pouvaient être ainsi  systématiquement brisés et inhumés avec un défunt.

 

     Deux points sont ici à épingler : d'abord la couleur rouge qui, dans la riche symbolique égyptienne, fait prioritairement allusion aux déserts frontaliers et, subséquemment, aux ennemis du pays toujours susceptibes d'entraver un parcours vers l'Au-delà.

 

      Ensuite, l'inscription : lors de nos rencontres, j'ai souvent attiré votre attention sur le fait que l'écriture égyptienne détenait une puissance créatrice telle que noter le nom d'un individu suffisait à le faire exister et, inversement, que le  biffer ou, comme c'est ici le cas, le briser, signifiait le faire disparaître ou, à tout le moins, annihiler ses pouvoirs maléfiques.  

 

     Ce fut donc assurément un geste à connotation prophylactique que celui qui constitua de disposer des tessons de céramique rouge dans le sarcophage d'Iufaa.

 

     Quand les membres de l'équipe de fouilleurs tchèques eurent enfin terminé ce  long travail de dégagement, ce fut une nouvelle surprise qui les - qui nous attendit : lentement, au fur et à mesure de l'opération, sous nos yeux à tous apparaissaient une nouvelle merveille ...  

 

     Plus personne ne disait mot ... Je pense même avoir entrevu l'un ou l'autre essuyer une larme furtive ...

 

     Encore tout ébaubi par ce que nous venions de découvrir ensemble, l'esprit un peu confus par tant de splendeur, j'entendis nettement, rompant un silence qui me sembla démesurément long, comme s'approchant doucement de nous depuis le dessus du puits central du complexe funéraire, les dernières paroles d'une chanson de Brel :  

 

     Mais il est tard, Monsieur, il faut que je rentre chez moi ...

 

     Gravissant tel un automate les marches de l'immense escalier aménagé dans le puits parallèle, j'eus encore la force de me répéter : ne pas oublier, ne pas oublier, ne pas ...


     En me réveillant le lendemain matin, sur l'autocollant apposé la veille contre le miroir de la salle de bains de mon hôtel au Caire, je reconnus mon écriture : "Ne pas oublier de  mentionner notre rendez-vous du samedi 9 octobre prochain" ...

 


 

(Bares : 2005 ; Carter : 1978, 65-6 ; Jambon : 2009, 1-26 ; Posener : 1940 et 1966 : 277-87 ;  Saad : 1942, 382-91 ; Verner : 2002, 192-205)

  

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 23:00

 

Ils prennent en songeant les nobles attitudes

Des grands sphinx allongés au fond des solitudes ...

 

 

 Charles BAUDELAIRE  

Les Chats

 

 (Les Fleurs du Mal)

 

 

     Plaisante parce qu'au final plus anecdotique que véritablement historique ou rébarbative parce que trop littéraire, trop pédagogique ?

 

     En réalité, je ne sais comment, amis lecteurs, vous allez apprécier mon intervention de ce mardi. Car avant de détailler ensemble lors d'une prochaine visite les figurines de chats que le Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre propose dans la vitrine 3 de l'actuelle salle 5, j'ai pensé intéressant aujourd'hui de vous donner à (re)découvrir la manière dont de grands auteurs antiques, grecs et romains, pas nécessairement réputés s'être fortement intéressés à la gent féline, percevaient l'amour que les Egyptiens vouèrent à leurs chats : certains pour s'en gausser, d'autres se voulant plus didactiques.

 

 

Hérodote

 

 

     A tout seigneur, tout honneur, leur précurseur à tous, je songe bien évidemment à Hérodote d'Halicarnasse, cet écrivain grec du Vème siècle avant notre ère, considéré universellement comme le Père de l'Histoire, qui nous explique que :

 

... lorsqu'un incendie éclate, ces bêtes se comportent de la façon la plus extraordinaire : tandis que les Egyptiens font la chaîne autour des flammes pour veiller sur leurs chats, sans se soucier d'éteindre l'incendie, ceux-ci se glissent entre les hommes ou bondissent par-dessus leurs têtes pour se jeter dans le feu. Pareils événements sont un grand deuil pour les Egyptiens. 

 

     Enfin, dans la maison où un chat vient à mourir de sa belle mort, tous les habitants se rasent les sourcils seulement ; s'il s'agit d'un chien, ils se rasent la tête et le corps tout entier.

 

     On emporte les chats morts dans des bâtiments consacrés, à Bubastis, où on les embaume avant de leur donner une sépulture.

 

 

(Hérodote, L'Enquête, Livre II, chapitres 66 - 67)


 

 

     Dans un deuxième temps, celui qui après Hérodote, et malgré les réserves que l'on peut poser à propos de la véracité de certains faits relatés par ces deux chroniqueurs, constitue la meilleure source grecque de renseignements sur l'histoire et surtout les moeurs des Egyptiens, historien grec du Ier siècle avant notre ère, Diodore de Sicile :

 

      On regardera sans doute comme un article difficile à croire et à comprendre ce qui concerne les animaux sacrés de l'Égypte. Car les Égyptiens respectent jusqu'à l'adoration plusieurs animaux, non seulement pendant leur vie mais encore après leur mort, comme les chats, les ichneumons, les chiens, les éperviers et certains oiseaux nommés dans leur langue ibis, les loups mêmes, les crocodiles et plusieurs autres. Après avoir donné un détail abrégé de cette superstition, nous tâcherons d'en expliquer les causes. Premièrement, on consacre un champ dont le revenu est destiné pour la nourriture et pour les autres soins qu'on prend de chaque espèce de ces animaux. Outre cela, les Égyptiens rendent leurs vœux à certains dieux pour leurs enfants échappés de quelques maladies et alors ils se font couper les cheveux et en donnent le poids en or et en argent aux gardiens des animaux sacrés.  (...)

 

     Pour les chats et les ichneumons, on pétrit du pain dans du lait et on le leur donne avec quelques morceaux de poisson du Nil, en les attirant par cette espèce de sifflement dont on se sert pour flatter les animaux. Il en est de même de tous les autres à qui l'on présente les viandes qui leur conviennent. Non seulement ces officiers ne se font pas une peine et une honte de ce ministère, mais ils s'en glorifient comme s'ils étaient employés aux plus saintes cérémonies de la religion. Ils ne paraissent jamais dans les villes ou à la campagne qu'avec des marques particulières qui les distinguent et qui indiquent même de quels animaux ils sont gardiens. D'aussi loin qu'on les aperçoit tout le monde se prosterne devant eux.

 

     Quand il est mort quelqu'un de ces animaux, ils l'enveloppent dans un linceul en pleurant et en se frappant la poitrine et ils le portent à ceux qui ont soin de les saler, ils les embaument ensuite avec de l'huile de cèdre et d'autres parfums les plus odoriférants et les plus propres à conserver longtemps les corps, et ils les déposent enfin dans des coffres sacrés.

 

     Si quelqu'un tue exprès un de ces animaux, il lui en coûte la vie, mais il y a une distinction pour les chats et pour les ichneumons. C'est qu'un homme qui en aurait tué un, soit exprès, soit par mégarde, est saisi par le peuple qui se jette sur lui, qui lui fait souffrir toute sorte de maux et le massacre ordinairement sans aucune forme de procès. Ainsi ceux qui rencontrent un de ces animaux sans vie se mettent à se lamenter de toute leur force, en protestant qu'ils l'ont trouvé mort.

    

     Cette superstition est tellement enracinée dans l'âme de ces peuples et leur vénération pour ces animaux est si forte, qu'au temps où le roi Ptolémée aspirait à se faire déclarer ami et allié du peuple romain et que les Égyptiens avaient toute sorte d'égards pour ceux qui venaient d'Italie, afin d'éloigner tout prétexte de mécontentement et de guerre de la part de la république qu'ils appréhendaient, un Romain qui avait tué un chat fut assommé par le peuple qui se jeta dans sa maison sans pouvoir être arrêté ni par l'intérêt de l'Etat, ni par les remontrances des officiers du roi, ni par les protestations que faisait le Romain même de n'avoir tué le chat que par mégarde. Je n'allègue point ce fait sur le rapport d'autrui et j'en ai été témoin moi‑même dans mon séjour en Égypte.


 

(Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, Tome I, Livre I, 2ème section, chapitre 31 : Des animaux sacrés de l'Égypte.) 

 

 

 

     Après ces deux "incontournables" qu'à vrai dire vous lirez un peu partout ici sur le Net mais que, décemment, je ne pouvais passer sous silence, écoutons à présent Polyen, un écrivain macédonien du IIème siècle de notre ère qui, à Rome, devint rétheur et avocat sous le règne de Marc-Aurèle : là, il écrivit un recueil de ruses de guerre qu'il dédia notamment à l'empereur philosophe, et dont voici un extrait :

 
     Cambyse assiégeait Péluse. Les Égyptiens lui résistaient vigoureusement, lui fermaient les entrées de l'Égypte, et lui opposaient des catapultes et d'autres machines, au moyen desquelles ils lançaient sur ses troupes des traits, des pierres et du feu. Cambyse prit de tous les animaux que les Égyptiens adoraient, comme chiens, brebis, chats, ibis, et les plaça au-devant de ses troupes. Les Égyptiens cessèrent de tirer, de peur de blesser quelqu'un de ces animaux sacrés, et Cambyse ayant pris Péluse, pénétra de cette sorte dans le centre de l'Égypte.

 

 

(Polyen, Stratagèmes, Livre VII, chapitre 9)

 

 

 

     Plus critique, Cicéron, l'homme politique et orateur romain du Ier siècle avant notre ère que l'on ne s'attend pas nécessairement à retrouver ici, stigmatise les moeurs égyptiennes :

 

     C'est ainsi que les Égyptiens, imbus de vaines et de ridicules superstitions, s'exposeraient plutôt aux supplices les plus rigoureux que de blesser un ibis, un aspic, un chat, un chien, un crocodile : jusque-là même que si quelque accident de cette espèce leur était arrivé par hasard, ils sont prêts à expier leur faute par quelle peine on voudra.

 

 

(Cicéron, Tusculanes, Livre V, chapitre 27)

 

 

 

     Quant à Plutarque, biographe et moraliste grec né au milieu du Ier sièle de notre ère et décédé au début du  IIème, avec lequel je terminerai cet éventail d'appréciations, évoquant le sistre, cet instrument de musique étroitement associé à la déesse Isis et au sommet duquel est généralement ciselé un chat à face humaine, il  rappelle que :

 

     Le chat représente la lune, à cause de la variété de son pelage, de son activité pendant la nuit et de sa fécondité. On dit en effet que cet animal fait d'abord un petit, puis deux, puis trois, puis quatre, puis cinq, et ainsi jusqu'à sept à la fois, de sorte qu'en tout il va jusqu'à vingt-huit, nombre égal à celui des jours de la lune. Ceci d'ailleurs ne peut bien être qu'une fable. Mais il paraît toutefois que dans les yeux du chat, les prunelles s'emplissent et se dilatent à la pleine lune, tandis qu'elles se contractent au décours de cet astre. Quant à la figure humaine donnée au chat, elle indique l'intelligence et la raison qui président aux phases de  la lune.

 

 

(Plutarque, Isis et Osiris, chapitre 63)  

 

 

 

     Indépendamment des rééditions modernes de ces ouvrages antiques que l'on trouve dans les bibliothèques,  celle de notre ville ou la nôtre, il existe, ici sur le Net, deux sites, d'origine belge, où ils sont consultables :

 

* un émanant de l'Université de Louvain-la-Neuve ;

 

* et celui, excellent, de Philippe Remacle.

 

     Grâce à eux, je vous souhaite d'éventuellement poursuivre la lecture d'auteurs anciens qu'ici je n'ai fait qu'esquisser ...

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en textes
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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 06:50

 

       C'est avec une impatience certaine que ce matin, je vous attendais, amis lecteurs, comme nous en étions convenus samedi dernier, ici, aux confins sud-ouest de la nécropole d'Abousir où, au printemps, nous avions déjà visité la tombe de l'époque saïto-perse d'une certain Oudjahorresnet, membre de cette classe de hauts fonctionnaires qui servirent à la fois Amasis et Psammétique III, ultimes souverains de la XXVIème dynastie et Cambyse II, conquérant achéménide à l'origine de la XXVIIème.

 

     Aujourd'hui, c'est à quelques mètres de cette sépulture que je vous propose de m'accompagner aux fins de nous pencher sur celle d'un autre membre de la même élite intellectuelle et sacerdotale memphite, un certain Iufaa, qui embrassa les fonctions d'administrateur du palais et de prêtre lecteur.


 

Iufaa - Mastaba

 

 

     Posons-le sans ambages : le pillage est, pour ainsi dire, le jumeau, que dis-je, le frère siamois démoniaque ou encore le Mister Hyde schizophrénique de la splendeur pharaonique, écrit Pascal Vernus dans son remarquable Dictionnaire amoureux de l'Egypte pharaonique.

 

     Peut-être plus qu'aucune autre civilisation antique du bassin méditerranéen, l'Egypte fut la proie de spoliateurs de tout poil que les tombes, on le comprend aisément, intéressaient au premier chef : en effet, si une des raisons évidentes de cet état de fait résida,  pour la majorité d'entre elles, dans l'éloignement recherché, l'autre, également non négligeable, prit sa source au sein même des conceptions religieuses qui voulaient que tout défunt plus ou moins aisé bénéficiât, l'accompagnant pour l'éternité, d'un mobilier et d'un matériel funéraires qui ne pouvaient - l'homme est malheureusement ainsi fait ! - qu'attirer la convoitise des plus cupides, renseignés qu'ils étaient, dans bon nombre de cas, par les gardiens de nécropoles, généreusement stipendiés pour l'occasion. Quand ce n'était pas celui-là même qui avait agencé la tombe et qui, d'évidence, connaissait toutes les particularités de sa conception, qui, appât du gain aidant, se muait en profanateur avisé ... 

 

     C'est donc avec cet a priori que les archéologues tchèques, sous la direction de Ladislav Bares, commencèrent, lors de la campagne de fouilles du printemps 1995, à dégager la superstructure de ce tombeau qui devait, trois années plus tard, les amener à soulever, 22 mètres en dessous, le lourd couvercle du sarcophage d'Iuffa.


     Première surprise, de taille : ce haut dignitaire de cour avait tenu à se faire construire un mur d'enceinte en briques crues à l'instar de celui que l'on pouvait admirer à quelques centaines de mètres de là, autour du complexe funéraire du pharaon Djeser, de l'Ancien Empire, plus de 2200 ans auparavant.


Iufaa - Mur briques crues

 


     En outre, des stèles de calcaire massif d'environ trois mètres de hauteur avaient été scellées dans chacun de ces quatre murs : plusieurs fragments de ces monuments ont en effet été retrouvés ça et là sur le sol.


     De campagnes en campagnes, de petits pas en petits pas, les égyptologues tchèques poursuivirent leurs investigations et arrivèrent au niveau d'un puits qu'au vu de ses dimensions, - 13 mètres sur 13, bien plus large que celui d'Oudjahorresnet tout proche - , ils jugèrent être le principal du complexe funéraire. Par quelques détails, ils comprirent sans trop y prêter attention - le fait était tellement banal, je l'ai souligné d'emblée -, qu'ils n'étaient nullement les premiers à pénétrer dans la tombe : il était en effet évident qu'arrivés approximativement à 1, 50 m du plafond voûté sous lequel reposait l'énorme sarcophage d'Iufaa, des pillards avaient manifestement pris la décision de rebrousser chemin soit rebutés ou épuisés par un travail de dégagement dont ils ne voyaient pas le terme, soit pris de panique d'être eux-mêmes ensevelis par un éboulement de  la couche d'argile meuble et fragile - (ce qu'il est actuellement convenu d'appeler d'un terme arabe : tafla ) - dans laquelle ils creusaient, soit dérangés par la présence d'un gardien de la nécropole, intègre celui-là, qui les aurait forcés à fuir ...


      Rebutés car, il était fréquent que, pour annihiler le zèle démultiplié des voleurs, les concepteurs prévoient le creusement de plusieurs puits annexes à la descenderie centrale, ne menant en réalité nulle part, mais en relation directe avec elle, et remplis de sable qui, au fur et à mesure que les pillards pensaient définitivement dégager le puits principal, se déversait et sans cesse le comblait à nouveau : c'est ce qu'avec l'humour qu'on lui connaît, le Professeur Vernus appelle "le tombeau des Danaïdes".


     Puis, un jour de 1998, trois ans après le début de leurs fouilles, les Tchèques arrivèrent enfin à la petite chambre sépulcrale proprement dite, aménagée à quelque 22 mètres sous le niveau du désert : réalisée en blocs de calcaire de qualités visiblement différentes, elle avait été conçue pour suggérer la forme d'un énorme sarcophage, comme le montre la représentation en 3 D ci-dessous. 

 

Iufaa - Reconstitution tombe en 3D (Photo NG)


          Au centre de ce cliché, vous apercevez le large puits principal au fond duquel, donc, reposait le sarcophage d'Iufaa. En outre, ce qu'il nous montre aussi d'intéressant, ce sont d'une part, le toit à deux pans en béton armé protégeant la chambre que les Tchèques ont élevé, renforçant le puits par la même occasion et, d'autre part, sur la droite, le puits Sud dans lequel ils ont aménagé un escalier en bois destiné aux touristes qui, comme nous bientôt, descendront au fond du caveau dans la mesure où tout y a été sécurisé à notre intention.   


     L'indéniable étroitesse de la chambre funéraire donne à penser qu'elle aurait été construite autour de l'énorme bière : en effet, seuls 50 centimètres séparent les parois de cette dernière des murs de la pièce elle-même.

    

     Sur ces murs intérieurs, mais aussi sur le pourtour interne du sarcophage de  calcaire, Iufaa avait pris soin de faire inscrire - protection supplémentaire dans le but avéré de favoriser son passage vers l'Au-delà et, consécutivement, d'assurer sa survie post mortem -,  des extraits de textes ancestraux comme les chapitres 26 à 32, ainsi que le 72 du Livre pour sortir au jour (ce que d'aucuns persistent erronément à appeler "Livre des Morts"), des adresses hymniques au soleil, des formules de ce que l'on nomme Textes des Pyramides et Textes des Sarcophages, des prières ...

 

Iufaa - Peintures (Photo M. Barta)

 

 

     Une seconde surprise, plus stupéfiante encore, en vérité tout à fait exceptionnelle, attendait les égyptologues tchèques à ce niveau de leurs investigations ...


 

     Et nous étonnera tout autant samedi prochain quand, à leur suite, nous pénétrerons plus avant, vous et moi amis lecteurs, dans la chambre funéraire d'Iufaa ...

 

 

(Bares : 2005 ; Verner : 2003, 192-205 ; Vernus : 2009, 757 sqq.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 23:00

 

     Vous espérant fidèles au rendez-vous, frais et "requinqués", comme on dit en Belgique, après de profitables vacances, je vous propose aujourd'hui, amis lecteurs, d'entrer dans le vif du sujet précédemment annoncé : la troisième vitrine de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre que les Conservateurs, à la différence notoire des deux précédentes que nous avons détaillées tout à loisir une année durant et qui nous ont permis de mieux connaître l'animal en tant que providence de l'homme, - selon le titre que donne l'égyptologue suisse Philippe Germond à un des chapitres de son magnifique Bestiaire -, ont choisi de dédier cette fois aux animaux familiers des Egyptiens de l'Antiquité.

 

 

 

Vitrine 3

 

 

     Dans notre monde contemporain, qui dit animal de compagnie sous-entend presque exclusivement les chiens et les chats, amis de millions d'hommes. Cette acception sied évidemment aux habitants des rives du Nil même si, comme nous le constaterons dans quelques semaines, il convient d'y ajouter les singes.

 

     Aujourd'hui, vous me permettrez d'uniquement considérer ces petits félins que sont les chats, non pas certes parce que sur le chemin de notre retour de vacances en France  nous avons eu l'opportunité de traverser, sous  une pluie battante, Saint-Sauveur-en-Puisaye, dans l'Yonne, la patrie de Colette ou que, amateur d'histoire et de littérature, je ne peux manquer d'ignorer que certains d'entre eux sont devenus les complices de grands personnages célèbres : de  Louis XV à Charles de Gaule en passant par Colbert, Clémenceau, Churchill ou Bill Clinton ; mais aussi de Montaigne à Jean Cocteau, sans oublier Malarmé, Malraux, Georges Sand, Hemingway - qui en eut une trentaine - et Paul Léautaud, quelque trois cents ...

 

     Evoquant les chats dans cette introduction, je ne puis passer sous silence l'oeuvre d'une artiste que j'apprécie énormément parce qu'elle vogue à la frontière du symbolisme et de ce surréalisme que l'on vit quasiment au quotidien en Belgique : il s'agit de Leonor Fini qui n'a cessé de les représenter sous diverses formes d'art.

 

Chats (Leonor Fini)

 

 

     Non, mon choix d'entamer par le chat l'étude des pièces exposées dans cette vitrine résulte tout simplement du fait que je n'ai  point encore eu l'opportunité de précédemment l'évoquer, à la différence du chien et du singe, sur lesquels, néanmoins, je me propose de revenir dans de prochains rendez-vous ...

 

 

     Alors qu'il semblerait qu'aucune représentation de chat ait été découverte dans les grottes ornées européennes datant de la Préhistoire, il appert qu'entre cette époque et la période romaine à laquelle il est introduit chez nous pour, bizarrement, devenir au Moyen Âge, à tout le moins aux yeux de l'Eglise qui le condamnera, un des suppôts de Satan (!!), le petit animal, apprécié, domestiqué, divinisé même fit partie intégrante des mammifères que les Egyptiens en un temps donné momifieront, auxquels ils éléveront des temples et pour lesquels ils aménageront des cimetières aux fins de les inhumer dans des cercueils en bois,  voire en bronze qui peu ou prou épouseront leur silhouette.

 

     Sans certitude aucune en vérité, sans source éthologique définitive quant à ses origines véritables, il est de nos jours communément admis que le chat africain - Felis chaus, selon la terminologie savante - figure parmi les ancêtres potentiels, tout comme d'ailleurs le Felis silvestris libyca.

 

     Pour compliquer les choses, aux chats que nous connaissons actuellement, certains scientifiques veulent voir une origine asiatique, indienne en fait, qui serait issue du chat orné (Felis silvestris ornata). Quoiqu'il en soit, africain ou asiatique, l'animal, d'évolution en mutation, de l'état sauvage à celui de domestiqué, a aujourd'hui donné naissance à plus de trois cents races distinctes.

 

     Ceci posé, je résumerai  en notant simplement, suivant en cela la classification que proposait  le Professeur  Georges Thines, de l'Université de Louvain, qu'à partir du chat sauvage Felis silvestris, trois sous-espèces ont évolué :

 

* Felis silvestris ornata (steppes d'Asie)

* Felis silvestris silvestris (chat sauvage d'Europe centrale)

* Felis silvestris libyca (chat sauvage d'Egypte - ancêtre de notre chat domestique)

 

     C'est donc de ce dernier qu'il va essentiellement être question dès mardi prochain 28 septembre ...

 

 

 

 

(Kesteloot : 1989, 8-9 ; Thines : 13-5)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 23:00

 

     Ainsi que nous en étions convenus vous et moi, samedi dernier, amis lecteurs, nous allons sous peu, grâce aux fouilles menées par l'Institut tchèque d'égyptologie aux confins sud-ouest du site de la nécropole d'Abousir, nous diriger vers le mastaba d'Iufaa, un haut fonctionnaire palatial de l'époque saïto-perse, au VIème siècle avant notre ère, qui fut tout à la fois directeur du palais et prêtre lecteur.

 

     Mais avant que de conserve nous pénétrions dans son domaine funéraire, je voudrais consacrer mon intervention de ce matin à historiquement préciser ce que les égyptologues entendent par époque saïto-perse.

 

     Comme j'ai  eu récemment l'opportunité de le rappeler, c'est au savant Karl Richard Lepsius (1810-1884) que nous devons la division de l'histoire égyptienne en trois grandes parties auxquelles il a donné les noms, traduits de l'allemand, de : Ancien Empire, Moyen Empire et Nouvel Empire. Si d'aventure il vous intéresse d'avoir des  dates "précises", il suffit de vous reporter au tableau chronologique que j'ai en son temps publié ici.

 

     Vous aurez remarqué que j'ai opté d'assortir le terme précise de guillemets : ce n'est évidemment pas anodin !  Si au fil de vos lectures vous est venue l'idée de comparer les chronologies présentées dans  l'un ou l'autre ouvrage consacré à l'Egypte, vous aurez très vite constaté que des différences, parfois notoires, sont à épingler pour ce qui concerne la date de début et/ou de fin d'une époque, d'une dynastie, d'un règne ... 

 

     Alors que dans leurs cénacles, les égyptologues ne sont jamais parvenus à se mettre d'accord sur ce sujet-là, voici qu'en juin dernier, le magazine Sciences et Avenir fait état de l'établissement, par une équipe de chercheurs internationaux, d'une nouvelle chronologie - définie cette fois comme absolue -, suite à l'étude de divers éléments végétaux mis au jour dans certaines tombes et analysés grâce à la méthode du carbone-14 .

 

     La proposition de dates "affinées" ne va certes pas profondément révolutionner l'histoire, mais il faudra peut-être en tenir compte pour quelques-unes d'entre elles, par exemple celle concernant le début de l'Ancien Empire. C'est ce qu'avec plus de détails que je ne souhaite en donner vous trouverez dans cet article.  

 

     Séparant les trois grandes subdivisions de Lepsius, il a été convenu d'intercaler des périodes appelées "intermédiaires" ; et pour compléter l'ensemble, d'attribuer les noms de Basse Epoque, d'Epoque ptolémaïque et enfin romaine au dernier millénaire de la civilisation égyptienne proprement dite.

 

     Et c'est précisément dans l'acception de Basse Epoque que nous nous trouvons avec l'époque saïto-perse qui constitue aujourd'hui  l'objet de mes propos.

 

     Depuis la relation qu'en avait rédigée le prêtre égyptien Manéthon de Sebennytos au IIIème siècle avant notre ère, les égyptologues ont pris l'habitude, avec parfois quelques nuances, d'adopter son compartimentage quelque peu arbitraire, mais bien confortable, de l'histoire pharaonique en trente dynasties. Dans cette vision commode, la Basse Epoque quant à elle, pour les quelque quatre cents années qui la constituent, recouvre les dernières d'entre elles, soit les dynasties XXV à XXX.


     Et dans cet espace théorique, la XXVIème, que l'on s'accorde généralement à faire débuter en 664 avant notre ère, avec le règne de Psammétique Ier,

 

 

Psammétique Ier

 

et la XXVIIème qui commence en 525, suite à la domination  de Cambyse sur l'Egypte et l'évincement du pharaon en titre, Psammétique III,

 

 

Cambyses II capturing Psamtik III (Sceau persan du VIème s

 

constituent précisément ce qu'il est maintenant convenu de nommer l'époque saïto-perse.

 

     Mais pour quelles raisons exactement ? 

 

     A la XXVème dynastie, celle qui inaugure la Basse Epoque, l'Egypte connaît une période assez problématique de son histoire dans la mesure où, régie par des souverains d'origine koushite - définis il n'y a guère encore d' "éthiopiens" par certains égyptologues -, elle a perdu son indépendance.


     C'est de la ville de Saïs située sur une des branches nilotiques du Delta occidental, lieu de culte de la déesse Neith, devenue chef-lieu du cinquième nome de Basse-Egypte, puis capitale dynastique dont il ne subsiste de nos jours pratiquement aucun vestige, que partiront, avec Psammétique Ier, la résistance aux fins de s'affranchir de la mainmise étrangère, partant, la restauration de l'unité nationale en imposant progressivement la gouvernance saïte sur d'autres villes du Delta, puis sur toute la Basse-Egypte et enfin sur la Haute-Egypte.

 

     S'il y a parmi vous, amis lecteurs, quelques bons connaisseurs de philosophie grecque, ils se souviendront très certainement de ce toponyme dans la mesure où Platon, dans un de ses dialogues intitulé le Timée, affirme (Oeuvres complètes, Pléiade, Gallimard 1950, Tome II, pp. 440-1) que ce sont précisément les prêtres de Saïs qui, lors de son séjour en Egypte, auraient confié les fameux secrets de l'Atlantide à Solon, ce Sage athénien qui, grâce au texte d'une Constitution qu'il rédigea, est définitevement considéré comme le concepteur de la Démocratie.

 

      Et si d'aucuns sont familiers des textes d'Hérodote, ils croiseront, au Livre II de L'Enquête, plusieurs évocations des monuments les plus prestigieux, tant civils que religieux, érigés dans cette ville qu'il avait visitée lors de son séjour en Egypte, vers le milieu du Vème siècle avant notre ère, à la fin de la première domination perse. Témoignage topographique capital que le sien, s'il en est, dans la mesure où, comme je l'ai indiqué ci-avant, tout est maintenant disparu de la magnificence antique.


     A la fin de la première domination perse, ai-je précisé. En effet, comme souvent en histoire, à une période faste succèdent des temps troublés :  Cambyse II,  de la dynastie des Achéménides, roi de Perse, dans le droit fil d'une politique d'expansion au Proche-Orient que son père, Cyrus le Grand, avait déjà initiée : conquête des royaumes mède en 550, lydien en 546 et néo-babylonien en 539, à l'aide d'une flotte de guerre qu'il venait de se faire construire de manière à  plus aisément contrer les défenses égyptiennes, après s'être confronté à elles à Péluse, dans le Delta oriental, rallie Memphis et s'empare manu militari du pharaon saïte Psammétique III, mais aussi de son fils et de quelques hauts dignitaires de la cour. La XXVIème dynastie laissait ainsi la place à celle qu'après Manéthon toujours les égyptologues ont pris coutume d'appeler perse.

 

 

     Les interventions que je vous ai proposées dans les mois précédents à propos des découvertes tchèques en Abousir vous ont assurément permis de comprendre que cette vaste nécropole fut essentiellement, à tout le moins dans la partie nord du site, celle de certains souverains des trois dernières dynasties de l'Ancien Empire dont la plupart des pyramides se résument actuellement à des monceaux de ruines ; ainsi que des hauts fonctionnaires qui, gravitant dans l'entourage royal, obtinrent l'insigne privilège d'aménager là leur propre mastaba, impressionnants pour certains d'entre eux  : c'était évidemment du temps où le pouvoir résidait à Memphis, capitale d'empire. 


     Quand Thèbes devint, bien après Memphis, elle aussi capitale pharaonique, les nécropoles de Saqqarah, Abousir et de toute cette région du nord du pays furent délaissées au profit de la montagne thébaine, avec ses célèbres vallées des Rois, des Reines et des Nobles celant en leur sein nombre d'hypogées presque toujours richement décorés.

 

     Il fallut donc attendre cette époque saïto-perse des XXVIème et XXVIIème dynasties que je viens d'évoquer pour que, les vicissitudes de l'Histoire aidant, le site d'Abousir recouvrât une nouvelle aura, grâce à un cimetière situé au sud des pyramides royales d'Ancien Empire et caractérisé par des tombes-puits, - ce que la littérature égyptologique anglophone nomme "Shaft Tombs".

 

     Le temps est venu à présent, après cette importante mise au point historico-chronologique, de diriger nos pas vers le mastaba d'Iufaa, à quelques mètres au sud de celui d'Oudjahorresnet que nous avions, rappelez-vous, visité au printemps dernier.

 

 

 

Site-d-Abousir.jpg

 

      Sur le dessin de Vladimir Bruna ci-dessus que j'ai photographié à la page 25 du catalogue de l'exposition Discovering the Land on the Nile [Objevovani zeme na Nilu] qui s'est tenue au Narodni Museum de Prague en 2008 pour commémorer le cinquantième anniversaire de la création de l'Institut tchèque d'égyptologie, l'emplacement du tombeau d'Oudjahorresnet porte le numéro 9 ; et celui d'Iufaa, le 10.

 

     J'espère que, munis de cette petite carte du site, vous n'aurez aucune peine, amis lecteurs, à venir me retrouver samedi prochain aux abords de ce nouveau complexe funéraire que nous explorerons ensemble ...

 

 

 

(Perdu : 2003, 3-12)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 23:00

 

      "Tout passe et tout lasse, les nations, les individus qui les composent, autant en emporte le vent. Il ne reste que la beauté, transmise par les artistes", écrivit jadis Ernest Hemingway dans Les Vertes collines d'Afrique, récit apologétique de captures du koudou kényan.

 

 

     De chasse africaine, aux confins des rives du Nil en vérité, mais aussi de beauté transmise par les artistes, il en fut beaucoup question ici même, souvenez-vous amis lecteurs, depuis le 23 février dernier, en cette salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, à chaque fois que je vous y donnai rendez-vous,  derrière ces fenêtres grillagées du rez-de-chaussée de la Cour Carrée, les trois qu'encadrent deux des platanes du quai François Mitterrand, proches de l'entrée du Pont des Arts,

 

Façade extérieure sud complète Cour Carrée

 

pour y admirer maints petits objets, maints bas-reliefs peints que trop souvent les touristes pressés qui parcourent ces lieux délaissent au profit de plus colossales, de plus "représentatives" pièces de ce qu'ils croient être le parangon du véritable art égyptien antique.

 

     - Certes, me rétorquerez-vous, habitués que nous sommes de vos visites de mardi en mardi, si depuis la rentrée 2009 (déjà ?!?!?!), nous avons pénétré dans cet espace, c'était dans la perspective que vous nous y fassiez découvrir les moyens que se donnèrent les Egyptiens pour obtenir leur nourriture.

 

     Vous avez parfaitement raison : les deux précédentes vitrines étaient dédiées à des animaux que,  dans son superbe Bestiaire, l'égyptologue suisse Philippe Germond nomme providence de l'homme.

 

     Ainsi, la première d'entre elles

 

Salle 5 - Vitrine 1

 

faisait-elle référence à l'élevage, que ce soit celui du porc, les 15 et 22 septembre de l'année dernière, celui du veau la semaine suivante ainsi que le 6 octobre, que notamment tenait sur ses frêles épaules un tout jeune moscophore, d'autres bovins également, le 20 du même mois, de singes aussi le 27 et enfin, de chevaux les 10 et 17 novembre.

 

     Et la deuxième, à sa suite,

 

Salle 5 - Vitrine 2

 

m'offrit-elle l'opportunité, au printemps dernier, de vous emmener plus spécifiquement sur les terrains de chasse et de pêche que constituaient les régions palustres du Delta et des rives du Nil : le 16 mars avec le fragment de calcaire peint rapporté par Frédéric Cailliaud ; le 27 avril avec le bas-relief AF 472 ; les 11 et 18 mai avec d'autres reliefs ; les 1er et 8 juin avec des ostraca figurés, sans oublier, le 15 du même mois, la description de quelques instruments nécessaires à ces activités cynégétiques.

 

     Nous avons ensuite, avant de tous nous égailler dans la nature de nos vacances estivales, terminé notre tour d'horizon par d'admirables petits objets de toilette dont la décoration, d'une manière ou d'une autre, évoquait la gent animale : étui à kohol, boîtes à onguents, cuillers à fards, etc.

 

     Et pour l'heure ?

     En toute logique, amis lecteurs, comme vous vous en doutez, je compte à présent me tourner vers la vitrine 3,

 

Vitrines 2 - 3 et 4-copie-1

 

- ou plus exactement, me retourner, puisqu'elle se trouve plus ou moins derrière nous -  : il s'agit d'un petit bloc-vitré mettant pour sa part à l'honneur les animaux familiers favoris des Egyptiens. Ainsi y rencontrerons-nous à la fois des statuettes de chats et de chiens bien sûr, mais aussi, plus bizarrement peut-être à nos yeux d'Européens, des figurines de singes.

 

     Voilà donc ce que je me propose de vous faire découvrir, dès mardi prochain 21 septembre si, d'aventure, vous tente la poursuite ici des pérégrinations égyptologiques en ma compagnie ...   

 

(Germond : 2001, 70)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 23:00

 

     Et maintenant ?, m'étais-je interrogé dans l'article de mardi dernier, faisant ainsi mien le titre d'une des très célèbres chansons du patrimoine discographique français.

 

     Vous vous doutez aisément, amis lecteurs, qu'aujourd'hui, pour annoncer les interventions des futurs samedis, je pourrais également reprendre la même formulation. Toutefois, pour ne point lasser par redondance inutile, j'ai préféré, d'entrée, avec un titre explicite, vous donner à comprendre ce qui me tient à coeur.

 

 

     Si Gérard de Nerval que nous avons accompagné ces dernières semaines depuis le 24 juillet dans son séjour cairote avait décidé, plutôt que choisir la Syrie comme étape suivante de son Voyage en Orient, d'emboîter le pas à cet officier prussien dont il avait un jour partagé la collation sur la plate-forme de la pyramide de Chéops, il serait peut-être arrivé - c'était à tout le moins la volonté de son commensal - à rejoindre la mission archéologique de Karl Richard Lepsius en Abousir.

 

     Ce Lepsius, j'aime à le souligner, auquel nous devons la division bien établie de l'Histoire pharaonique en Ancien, Moyen et Nouvel Empires ; ce Lepsius dont j'avais par ailleurs rapidement évoqué la présence, souvenez-vous, le 29 mai, en prémices à notre visite de  la tombe de Fetekti, re-découverte, à la fin du XXème siècle, par une équipe d'archéologues de l'Institut tchèque d'égyptologie (I.T.E.) sous la direction de Miroslav Verner.   

 

 

     Ils s'appelaient Oudjahorresnet, Kaaper, Qar ou Inty. Ils avaient vécu les uns à l'Ancien Empire, les autres à la Basse Epoque. Tous, ils avaient un point commun : hauts fonctionnaires ou notables de l'Egypte antique, ils bénéficièrent de la part du souverain de l'insigne privilège de compter leur tombeau sur un site préalablement réservé à certaines des pyramides royales des IVème, Vème et VIème dynasties : la nécropole d'Abousir.

 

     Tous aussi, comme Fetekti, nous furent révélés grâce aux fouilles menées par les égyptologues tchèques qui se sont là succédé les trois dernières décennies du siècle dernier :  je ne vous ferai point aujourd'hui l'affront de supposer que ces quelques semaines de vacances que mon blog m'a et vous a partiellement octroyées auraient déjà effacé de vos mémoires les visites que, de samedi en samedi depuis le 27 mars, nous avons entreprises dans les mastabas respectifs de ces hommes de cour.

 

     Nonobstant, vous me permettrez de rappeler, notamment à ceux qui, parmi vous, se seraient à partir d'aujourd'hui seulement joints à nous, quelques notions historiques et géographiques concernant cette nécropole particulière.

 

 

Abousir

   

     C'est à l'aube des années soixante que les archéologues tchécoslovaques ont officiellement  obtenu du gouvernement égyptien de l'époque cet espace de fouilles en guise de remerciements pour leur participation effective au sauvetage des temples de Nubie menacés d'irrémédiable engloutissement à la suite de la construction du deuxième barrage d'Assouan.

 

     Cette inestimable concession de 17, 5 hectares se situe à quelque 25 kilomètres au sud du Caire actuel, sur la rive gauche du Nil, entre le plateau désertique occidental et la riche parce que fertile vallée alluviale.

 

     Depuis 1991, la partie la plus méridionale de ce vaste chantier de fouilles, - ce qu'il est maintenant convenu de nommer le cimetière sud -, fait l'objet d'une attention plus que minutieuse, - d'un survey comme aiment à le dire les anglophiles.

 

     C'est donc vers ces différents mastabas que nos pas ont convergé depuis ce printemps ; c'est vers de nouveaux dans lesquels je me propose de vous inviter qu'ils se dirigeront aussi cet automne : ensemble, chaque fin de semaine, nous ferons la connaissance d'un haut fonctionnaire de l'Administration royale ou d'un membre du  clergé ...


     Et samedi prochain déjà, un certain Iufaa qui fut à la fois, au VIème siècle avant notre ère, à l'époque saïto-perse,  directeur du palais et prêtre lecteur.

   

     Ensuite, remontant le temps, nous rencontrerons un autre prêtre, Hetepi, dont la tombe datant de la IVème dynastie, soit il y a quelque 4600 ans, peut à bon droit être considérée comme la plus ancienne aujourd'hui mise au jour sur le site.

 

     Un troisième membre de l'incontournable classe sacerdotale égyptienne, Neferinpu, responsable de l'office des morts au XXIVème siècle (Ancien Empire), retiendra pareillement notre attention dans les prochaines semaines, voire même peut-être dans les prochains mois : sa chambre funéraire, -  fait suffisamment rarissime qu'il mérite d'être souligné -, n'a-t-elle pas aussi, à l'instar de celle d'Iufaa, été retrouvée intacte ?

 

     Bref, vous l'aurez deviné, nous avons encore bien des renseignements à apprendre des savants tchèques, bien des tombes dans lesquelles encore déambuler et nous éblouir en leur compagnie ...

 

     C'est ce qu'à la radio pragoise exprimait en substance voici peu le jeune archéologue et égyptologue belge Filip Coppens quand, oeuvrant à leurs côtés, il prédit que la concession d'Abousir peut encore assurer du travail aux fouilleurs pour les 100 ou 150 ans à venir.

 

     Que de pain sur la planche en perspective ! De ce pain qui venait en première position, - (souvenez-vous des traditionnelles formules d'offrandes destinées à assurer la survie post mortem de tout défunt  : nous en avions rencontré un bel exemplaire gravé sur la margelle d'un petit bassin que nous avions un jour traduit ensemble) -,  bientôt suivi par de la bière et mille autres bonnes choses ...

 

     De la bière ?

     "Bon sang, mais c'est bien sûr ! "

     Qui mieux que des Tchèques et des Belges réunis pour avancer, une bonne Pils, Stella ou Jupiler à la main, dans cette enivrante aventure archéologique ?

 

     "Alleye, alleye, une fois", comme il paraît que l'on dit à Bruxelles : je me propose tout de go d'en déguster une en vous fixant rendez-vous ici même au cimetière sud d'Abousir, devant ... d'autres bières, lithiques celles-là, dès samedi prochain, 18 septembre.

 

     A votre santé, amis lecteurs ...

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 23:00

 

     Alors qu'en douceur s'achèvent l'été et les vacances qui traditionnellement s'y associent, alors qu'à l'horizon d'une Belgique toujours à la recherche d'un gouvernement et dont l'éventuelle partition s'invite au-delà de la simple rumeur poignent rentrées scolaire et littéraire, notamment avec l'inévitable roman annuel, le dix-neuvième, de notre énigmatique Amélie Nothomb, rassurez-vous amis lecteurs, je n'escompte nullement vous interpréter du Bécaud, ou plutôt du Pierre Delanoë, mais plus sérieusement vous indiquer ce qu'EgyptoMusée entend bien vous proposer les mardis de cet automne.

 

     Pas de révolution de palais, en réalité ...

 

 

     Nombre d'entre vous l'auront assurément reconnu parmi les remarquables prises de vue que nous ont offertes les caméras de télévision en cet ultime après-midi d'une épreuve cycliste surmédiatisée qui, à cause de la suspicion de dopage qui l'entache maintenant depuis de trop nombreuses années, ne présente plus, à mes yeux à tout le moins, que l'intérêt de nous permettre d'admirer, vu du ciel, l'extraordinaire patrimoine naturel et architectural français. 

 

     Imposant, impressionnant, voire grandiloquent pour d'aucuns, mais éminemment majestueux, il vola, par sa séculaire prestance, la vedette à ceux qui, inlassablement, arpentaient de multiples fois les Champs-Elysées tout proches, fussent-ils rois de la petite reine.

 

     Certes, en des jours plus ensoleillés, l'étincellement du pyramidion qui surmonte l'obélisque de Ramsès II, sur cette place devenue de la Concorde, eût pu lui faire une pointe d'ombre : mais Pharaon avait manifestement dû invoquer son père Rê pour qu'il le laissât, sur le sol parisien, le seul représentant d'une monarchie absolue.   

 

     A l'instar des monuments que recèle l'enceinte d'Amon à Karnak, grâce à la volonté des souverains qui, de Philippe Auguste à Napoléon III, se sont succédé à la tête du royaume et de l'empire, il se construisit de siècle en siècle, s'agrandit, s'embellit et, de résidence royale, devint en 1793 temple de la Beauté, des Muses, des Arts ...

 

 

Louvre vu du ciel (Jean-Louis Schmidt)

 

     Le Palais du Louvre - car c'est bien évidemment de lui qu'il s'agit ici -, ce musée qui constitue l'essence même d'excellents blogs tels que ceux de Louvreboîte et de Louvre-passion, restera, vous ne pouvez en douter une seule seconde, le lieu de rendez-vous pour nos prochaines rencontres. Et plus particulièrement son Département des Antiquités égyptiennes que nous sommes loin, très loin d'avoir complètement visité. Et d'ailleurs, eu égard à la lenteur de nos déambulations, je doute que nous y parvenions vraiment ...

 

     Mais en définitive, peu me chaut : là où fatalement un jour, pour l'une ou l'autre raison, je m'arrêterai, vous aurez tout loisir, amis lecteurs, de reprendre et poursuivre personnellement vos pérégrinations de salle en salle, un autre Ouvreur de chemin, selon la belle formulation égyptienne, en tant que guide à vos côtés ...

 

     Ceci posé, il n'est point encore dans mes intentions de passer la main ; aussi, moderne Thésée, je vous invite, dès ce mardi 14 septembre, à nous retrouver dans la cinquième d'entre elles de manière à reprendre ce fil d'Ariane dont votre présence fidèle, vos commentaires et vos mails personnels m'autorisent, sinon m'invitent, semaine après semaine, à poursuivre le déroulement ...

 

     A mardi, donc.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans A propos de ce blog
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