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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 23:00

 

     Quand, un jour prochain, nous déambulerons vous et moi de la salle 8 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre en direction de la salle 10 consacrée aux loisirs, en ce compris la musique et les jeux, nous ne manquerons pas de remarquer, sur notre gauche, un espace relativement exigu dans lequel les visiteurs n'ont d'autres choix que celui de se bousculer ou de fuir ailleurs, mais que malgré tout  les Conservateurs du lieu ont nommé salle 9.


     Pour quelles raisons, diantre, m'objecterez-vous, alors que nous en sommes toujours à deviser de mardi en mardi devant la deuxième des vitrines de la salle 5, croyez-vous bon aujourd'hui de déjà évoquer la neuvième ?

 

     Simplement, amis lecteurs, parce qu'un même thème s'y retrouve ; ou plutôt, parce que l'on peut y admirer des objets semblables, destinés à illustrer deux notions bien distinctes :  les sept vitrines qui se font face salle 9 n'ont en effet d'autres objectifs que mettre en exergue les bijoux, les vêtements et les soins de beauté qui tant intéressaient les belles fortunées de l'Egypte antique : pinces à épiler, miroirs et peignes le disputent là aux étuis à kohol, à onguents, et autres cuillers ornées ; ce que, après l'excellent catalogue qu'en a publié jadis l'égyptologue française madame Jeanne Vandier d'Abbadie (1899-1977), il est convenu d'appeler, dans la littérature égyptologique scientifique,  les objets de toilette.

 

     En revanche, les quelques exemplaires que nous allons découvrir à partir d'aujourd'hui ressortissent uniquement à la thématique de la chasse et de la pêche  grâce à la décoration que chacun d'eux présente.

 

      J'ai choisi d'entamer cette dernière partie de notre "étude" de la vitrine 2 par l'étui à kohol référencé N 1764.

 

N 1764.jpg

N-1764--autre-cote-.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Ce type d'objet vint, à partir du Nouvel Empire, généralement remplacer les vases à destination identique que l'on rencontrait au Moyen Empire. Celui-ci , en os, relativement abîmé, a été décoré en deux registres sur les 11, 3 cm de sa hauteur : au niveau supérieur, l'artiste a représenté des chèvres en train de gambader, tandis qu'en dessous - (les deux parties sont simplement séparées par deux incisions parallèles ) -, des oiseaux voletant au-dessus d'un fourré de papyrus ; soit deux environnements totalement opposés mais tellement représentatifs du paysage égyptien : le désert et les marais nilotiques.

 

     Sur le cliché de droite, vous remarquerez à l'extrémité supérieure du cylindre, les deux trous qui, à l'Antiquité, recevaient les boutons destinés à maintenir fermé cet étui d'à peine 2, 7 cm, de diamètre ; mais  le couvercle d'origine n'a pas été retrouvé

 

 

     Il n'est, ce me semble, nullement besoin d'insister sur le fait que le kohol, parfois aussi orthographié khôl, cette poudre noire réalisée à base d'une substance minérale contenant du plomb, la galène (sulfure de plomb = SPb), mélangée avec des graisses carbonisées, était utilisé par les Egyptiens, hommes et femmes d'une certaine classe sociale, aux fins de se protéger les yeux du soleil, mais aussi en guise de fard pour bénéficier d'une beauté éternelle.

 

     Ainsi, sur la stèle de Nefertiabet (E 15 591), une proche parente du roi Chéops (Ancien Empire - IIIème dynastie), que par ailleurs je vous conseille tout à l'heure, après notre entretien, d'aller admirer dans la cinquième vitrine de la salle 22.

 

     Je vous entends déjà énoncer discrètement entre vous ce reproche que, trop souvent, je vous invite à vous rendre au premier étage ; elle est tellement riche, cette section égyptienne ; et  vous conviendrez que tout ne peut évidemment se trouver au même endroit !

 

     Mais, bon prince, je vous en ai apporté une photographie.

 

 

Stèle Nefertiabet.jpg

 

 

     Vous remarquerez tout de suite, au centre du monument, au-dessus de la table du repas funéraire, deux cases rectangulaires : dans la première d'entre elles, sous l'encadrement, sont énumérés en colonnes, à l'extrême gauche, de l'encens, puis de l'huile ; à l'extrême droite, des figues, puis des fruits de l'arbre appelé iched et, au centre :

 

Fard-a-paupieres-vert-et-fard-noir---Stele-de-Nefertiabe.jpg

 

 

à gauche, le fard vert, à base de malachite (ouadj, en égyptien) et à droite, le fard noir, le kohol, mésed, à base de galène ; les deux lexèmes étant évidemment déterminés par l'idéogramme de l'oeil.

 

     Il faut savoir que ces produits entraient également dans la posologie de différents remèdes pour, notamment, chasser le sang des yeux.


 

     Bien que le monde égyptologique ne soit pas encore - et ne sera probablement jamais - véritablement renseigné sur le lieu exact de leur découverte, il semblerait que deux des papyri médicaux les plus importants que nous ayons actuellement à notre disposition - le Papyrus Smith et le Papyrus Ebers -, pourraient avoir été retrouvés dans les magasins du Ramesseum, le célèbre temple funéraire de Ramsès II, maintenant en ruines sur la rive ouest de Thèbes.

 

     Quoiqu'il en soit, il appert qu'aux alentours de 1862, ces deux documents provenant évidemment d'une fouille clandestine furent acquis à Louxor par un amateur d'antiquités américain, Edwin Smith (1822-1906). Il garda par devers lui le premier d'entre eux, un traité chirurgical que vous pouvez feuilleter ici, et auquel il attribua son nom ; et vendit à l'égyptologue allemand Georg Ebers (1837-1898), le second, en réalité le plus grand - 110 pages et 877 paragraphes ! -, qui, également rédigé en hiératique, brasse l'ensemble des pathologies rencontrées et des prescriptions afférentes conseillées par les médecins égyptiens durant les deux premiers millénaires de l'histoire du pays : il date en effet d'approximativement 1550 avant notre ère, soit de la XVIIIème dynastie, Nouvel Empire, sous le règne d'Amenhotep Ier.

 

     Cet important recueil de la pharmacopée des rives du Nil qui, il est bon de le souligner au passage, inspira grandement la médecine grecque dans laquelle la nôtre puise ses traditions, est actuellement conservé à l'université de Leipzig, et est toutefois consultable en ligne.

 

     Dans l'esprit des égyptologues, ce manuscrit traduit et magistralement publié par Ebers en 1875, demeure le véritable compendium de la pensée médicale d'une époque. 


 

     Ce qui constituait les problèmes des malades égyptiens s'y trouve répertorié : du simple traitement de la toux, des douleurs dentaires, des brûlures, des morsures ou des abcès jusqu'aux troubles gynécologiques et aux diverses tumeurs cancéreuses, tout est consigné dans cette somme inestimable ; en ce comprises, les prescriptions ophtalmologiques qui représentent une part non négligeable du corpus - §§ 336 à 431.

 

     C'est à cela, vous vous en doutez, que je voulais en venir. Les affections oculaires, pour lesquelles donc, le Papyrus Ebers propose une petite centaine de remèdes, furent en effet extrêmement fréquentes dans ce pays constamment baigné par les puissants rayons de Rê. Et dans un grand nombre des médications énoncées, il était prévu de, notamment, (§ 342)  farder les yeux avec de la galène (kohol qui) ... sera broyé finement, préparé en une masse homogène, et appliqué sur le dos des yeux (= les paupières). 

 

     Au § 348, l'on peut lire la prescription d'un remède pour chasser le sang qui est dans les yeux : de l'ocre rouge : 1; de la malachite : 4 ; de la galène : 1 ; du bois pourri : 1 ; de l'eau : 1. Ce sera broyé finement et placé dans les yeux.

 

     Au § 355, les mêmes ingrédients, mais dans des proportions différentes, sont requis pour soigner un orgelet. 

 

     Parfois, le remède proposé peut sembler quelque peu plus délicat à réaliser et,  pour nous Occidentaux cartésiens, relever de pratiques magico-religieuses.

Ainsi, au § 368 :

 

     Autre remède pour chasser les substances malignes qui causent le bidy (?) qui est dans les yeux : galène véritable. Sera mise dans de l'eau, dans un vase hénou, quatre jours de suite. L'opération sera renouvelée en plaçant ceci dans de la graisse d'oie quatre jours de suite. La préparation sera lavée avec du lait d'une femme ayant mis au monde un enfant mâle. Faire qu'elle se dessèche neuf jours de suite. Elle sera broyée, et une boulette d'oliban frais sera placée sur elle (= y sera ajoutée). Farder les yeux avec cela.  

 

     Je pourrais, vous vous en doutez aisément, amis lecteurs, multiplier ces exemples, mais je préfère terminer mon intervention d'aujourd'hui en récusant une antienne ressassée depuis des lustres qui voudrait, selon la toxicologie moderne, que le plomb entrant dans la composition du kohol égyptien menaçait la santé de ceux qui s'en fardaient les yeux.

 

     En effet, dans son édition du 9 janvier 2010, le journal français Le Monde a publié un article signé Hervé Morin intitulé Les vertus cachées du khôl égyptien dans lequel Philippe Walter, du Centre de recherche et de restauration des musées de France-CNRS, et ses collègues, associés aux membres de l'équipe de l'électro-chimiste moléculaire Christian Amatore, de l'Université Pierre-et-Marie-Curie, font état de l'analyse de plusieurs exemplaires de résidus de kohol retrouvés solidifiés au fond de vases et d'étuis appartenant au  Musée du Louvre : au terme de manipulations scientifiques qu'il me serait trop difficile d'exposer ici, ils sont arrivés à la conclusion que ce produit, parcimonieusement utilisé, offrait d'indéniables vertus prophylactiques et qu'il assurait bien une protection contre les infections oculaires.

 

     Ainsi scientifiquement prouvé son côté immunitaire, le kohol remplissait parfaitement deux rôles : celui de protéger les yeux des Egyptiens qui l'utilisaient mais aussi celui de tenter de les guérir des infections ophtalmologiques dont ils faisaient fréquemment les frais quand, mélangé à d'autres produits d'origine végétale ou animale, voire humaine, il était appliqué en une sorte de pommade ou de collyre.

 

     De sorte que voilà non seulement corroborées les prescriptions du Papyrus Ebers mais, et ce n'est pas le moindre des avantages, comprise la raison pour laquelle, des vases ou des étuis comme celui que nous avons rencontré il y a quelques instants dans cette vitrine, furent exhumés en grand nombre dans le mobilier accompagnant les défunts dans l'Au-delà ; et, consécutivement, se retrouvent ainsi exposés dans les collections égyptologiques du monde entier.

 

 

 

(Bardinet : 1995, 15-6 ; Id. 178 ; Id. 306-8 ; Vandier d'Abbadie : 1972, 61-2 ; Ziegler : 1990, 187-9 ;

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 23:00

     C'est devant ce vaste complexe funéraire dans lequel se sont succédé trois générations de membres d'une même famille, situé dans le cimetière sud de la nécropole d'Abousir, que je vous avais fixé rendez-vous samedi dernier, amis lecteurs, de manière à aujourd'hui faire plus ample connaissance avec un certain Qar et ses descendants.  


 

Photogramme du complexe funéraire de Qar et de ses-fils.jpg

 

 

     Si - et je pense qu'il est bon de le rappeler -, cette partie précise de la concession d'Abousir reçue dans les années soixante en guise de reconnaissance du gouvernement égyptien pour l'effective participation des égyptologues tchécoslovaques de l'époque au sauvetage des temples de Nubie menacés de disparition suite à la construction du second barrage d'Assouan, conserve les mastabas de hauts fonctionnaires de l'Etat depuis la fin de la IIIème dynastie de l'Ancien Empire, soit approximativement 2640 avant notre ère, jusqu'à la VIème, c'est précisément de celle-ci, ± 2250 - 2150  A.J.-C., qu'il faut dater l'érection de cette imposante sépulture qui nous occupera les prochaines semaines.

 

 

     Parce qu'en Egypte antique, c'est de son vivant que tout individu d'un certain niveau pense à l'organisation de son équipement funéraire, il ne fait actuellement plus de doute pour toute personne qui, peu ou prou, s'intéresse à l'histoire sociale de ce pays, que l'emplacement d'une tombe dans un cimetière de l'Ancien Empire, la superficie totale qu'elle occupe, son matériau, ses dispositions architecturales et sa décoration interne, sans évidemment oublier l'indispensable viatique qui accompagne le défunt pour son éternité, constituent des marqueurs du plus haut intérêt pour connaître son statut social, son rang hiérarchique dans l'appareil de l'Etat. Le fait est connu ; a été abondamment démontré ; est devenu un topique. 

 

     Et l'immense complexe de Qar ne déroge évidemment pas à cette règle :  son étendue,  les quelques modifications internes qui y furent ensuite apportées, mais aussi l'emploi de la pierre calcaire plutôt que la brique crue dénotent dès l'abord la présence d'une famille de hauts fonctionnaires palatins.

 

     Les fouilles que les égyptologues tchèques y effectuèrent sous l'égide de Miroslav Barta à partir de l'automne 1995 jusqu'en 2002, confirmèrent, si besoin en était encore, leur impression de départ.

 

     Mais qui donc était Qar ?

 

     Un personnage parfaitement inconnu jusqu'alors !

     En effet, et vous me permettrez d'établir une petite comparaison avec Kaaper que nous avons découvert vous et moi tout récemment, ne nous méprenons pas non plus ici sur l'homonymie de son nom : il existait déjà, dans la littérature égyptologique, un Qar, ayant également vécu à la VIème dynastie, parfaitement identifié puisqu'il était notamment inspecteur des prêtres purs chargés du culte funéraire de Chéphren et de Mykérinos à l'époque de Pépy Ier, et dont le mastaba, G  (pour "Gizeh") 7101, richement décoré, a été mis au jour, comme celui de son fils Idu (G 7102), proche de la pyramide de Khéops, par George Andrew Reisner, alors directeur du Museum of Fine Arts de Boston, lors d'une campagne de fouilles qui s'est déroulée en décembre 1924 et janvier 1925.

 

     Le Qar révélé par les fouilles tchèques fut quant à lui gratifié du poste le plus éminent dans la société étatique égyptienne - après Pharaon bien sûr -, celui de vizir : chef de l'Exécutif, il fut en quelque sorte, un des Premiers ministres de Téti, souverain fondateur de la VIème dynastie.

 

     De ses fils et petis-fils, il resta le seul à porter ce titre-là dans la mesure où, Qar Junior, son fils aîné, servit les rois Pépy Ier et II en tant que prêtre de la déesse Maat du complexe pyramidal "Durable est la vie de Pépy II", après avoir été "Khenti-she" (1) du domaine funéraire "Eternelle est la beauté de Pépy I er".

 

     (Vous remarquerez, petite parenthèse qu'il me plaît ici d'ouvrir, que les pyramides royales de cette époque recevaient un nom propre comme le plus commun des mortels !)


     Avant de devenir Vizir, Qar, le patriarche, avait été "Véritable Juge de Nekhen du roi" (2) : ce titre-là, ses trois fils Qar Junior, Senedjemib I et Inty, le porteront également. Parmi d'autres ...

      

     Les petits-fils de Qar vécurent quant à eux sous le seul règne de Pépy II, dernier grand souverain véritable de cette VIème dynastie qui marque pratiquement la fin de l'Ancien Empire.

 

     Il faut en effet savoir, nouvelle petite parenthèse, purement historique celle-ci,  que le règne de Pépy II, apparemment beaucoup trop long pour ses sujets - la tradition le gratifie de 94 années !!! -, concrétise une situation déjà en germe à la dynastie précédente : certaines grandes institutions, dont les temples régionaux ne figurent pas parmi les moindres, accroissent de plus en plus leur pouvoir au détriment, bien sûr, de celui du souverain ; le statut d'immunité dont elles bénéficiaient au niveau des impôts par exemple les renforçant inévitablement.

 

     Dans plusieurs provinces du pays, ce qu'il est convenu en égyptologie d'appeler des nomes, des familles de dirigeants, les nomarques, affirment de plus en plus leur prééminence, allant jusqu'à usurper des titres qu'auparavant seul le roi et son administration avaient le pouvoir d'attribuer : je pense notamment à celui de vizir.

 

     En outre, et dans le même état d'esprit, de hauts fonctionnaires auliques imposent de plus en plus le concept bien connu dans la France d'Ancien Régime - qui n'a donc rien inventé en la matière -, de la transmission héréditaire d'un office, d'une fonction : celle de Juge de Nekhen dans la famille de Qar me paraît à ce sujet parfaitement corroborer mon propos. 

 

     L'Ancien Empire s'achève dans la confusion : l'Administration centrale n'étant plus que l'ombre d'elle même,  la Première Période intermédiaire peut commencer ... qui accentuera encore l'effondrement de l'Etat égyptien.

 

     C'est dans ce type de société, c'est dans ce climat particulier de fin d'une époque qu'évoluera la famille  privilégiée de Qar tout au long de la VIème dynastie.

 

     Et c'est leur dernière demeure à tous que je vous convie, amis lecteurs, de visiter avec moi en la compagnie de Miroslav Barta bien sûr dès samedi prochain ...

 

 

__________________

 

(1) Alors que les Khenti-she dépendant du palais royal n'étaient que des serviteurs attachés à la personne du roi, ceux qui, comme Qar Junior, oeuvraient pour le domaine funéraire du souverain, faisaient partie d'une catégorie sociale remplissant les fonctions de cultivateurs, d'administrateurs et de chargés du culte.

 

(2) Nekhen était une ville de Haute Egypte, la Hiérakonpolis des Grecs (= ville des faucons).

 

 


 

(Barta/Bruna/Krivanek : 2003, 22 ; Barta : 2004 : 49 ; Baud : 1996, 14 ; Dessoudeix : 2008, 690 ; Grimal : 1988, 97-107 ; Vernus/Yoyotte : 1988, 141)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 23:00

     Vous les aurez très certainement aperçus lors de nos différentes interventions devant cette vitrine 2 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

 

Gros plan vitrine 2

 

 

      Ils ont traversé la majorité des articles que j'ai rédigés à votre intention chaque mardi depuis le 30 mars, notamment dans la rubrique "Décodage de l'image".

    

     Vous ne leur aurez peut-être pas accordé toute l'attention qu'ils méritaient dans la mesure où, d'autorité, je vous proposais d'emblée des reliefs ou des ostraca figurés que j'avais estimé plus utiles à détailler.

 

     Et pourtant, sans eux, chasse et pêche qui tant importaient pour l'homme égyptien de l'Antiquité n'eussent pas été possibles : je veux évidemment parler des différents instruments et ustensiles exposés ici et là devant nous et qui lui permirent de capturer les animaux convoités.

 

 

     Aussi, avant d'à nouveau envisager d'autres pièces sculptées ou gravées de scènes cynégétiques, j'ai pensé aujourd'hui, amis lecteurs, de simplement les répertorier sans plus m'appesantir sur des explications que je vous ai déjà abondamment fournies ...

 

     Vous me permettrez de commencer par la gauche, simplement parce que, la semaine dernière, souvenez-vous, à propos de la plus ancienne pièce égyptienne actuellement connue associant un chien à l'évocation d'une chasse - une coupe exposée au Musée des Beaux-Arts Pouchkine de Moscou  - j'avais précisé que l'on voyait un personnage muni d'un arc et de flèches, et qui maintenait quatre lévriers en laisse.

 

     C'est donc par les différentes flèches arimées sur le mur du fond de la vitrine que je vous propose d'entamer notre visite de ce mardi. 

 


 

N-1450---51---E-592---10-fleches.jpg

 

     Ce premier "éventail" en comprend 10 façonnées à partir de roseau, référencées  N 1450 3, 5, 11 et 13 ; N 1451  2, 3, 5 et 6 ; N 1452 et E 592 3.

 

     En bois, certaines pointes épousent la forme d'une massue quand d'autres sont munies de un, deux, voire trois fragments de silex. A l'autre extrémité, une fente permettait un empennage d'époque qui, depuis, a disparu.

 

     Semblables armes furent retrouvées en abondance dans les tombes du début du Moyen Empire (soit vers 1900 avant notre ère).

 

     Tout au-dessus à droite, une onzième, esseulée : E 105 4.

 

E 105.jpg

    

     Elle est également constituée d'une tige de roseau (57, 20 cm) au bout de laquelle a été rapportée une pointe en bois.

 

     Et entre cet ensemble de flèches, un arc simple (N 1435 (2) ) en bois de jujubier de 176 centimètres de long.

 

Arc-egyptien.jpg

 

     Il semblerait, d'après la base de données du Musée du Louvre accessible sur le Net, que l'oeuvre ne soit plus actuellement visible dans la vitrine ... 

 

 

     Toujours sur le mur du fond, à la droite du bas-relief ramené par Frédéric Cailliaud : un bâton de jet (AF 6 595) - que, parfois, d'aucuns appellent aussi boomerang. Il est en bois, mesure 46, 7 cm de long et 4, 8 de large et date du Nouvel Empire.

 

AF-6-595.jpg

 

 

     Vous aurez évidemment compris que les deux types d'armes que nous venons de considérer ressortissent au domaine de la chasse.

 

     Pour ce qui concerne la pêche, c'est plutôt vers notre droite qu'il faudra nous diriger, et nous arrêter devant les deux pointes de harpon en bronze AF 6 559 

 

AF 6559.jpg

 

     et E 11 362

E 11362.jpg

 

        Nonobstant le fait que j'aie annoncé tout de go que je ne m'épancherai pas en détails abondants, je vous dois toutefois une petite précision : l'éminent égyptologue français Jacques Vandier (1904-1973) a bien insisté, dans le quatrième tome de son Manuel d'archéologie égyptienne, que le harpon n'était pas une arme de jet, tel le javelot par exemple, mais  une arme de choc : plusieurs figurations pariétales tendent en effet à prouver qu'il fut plutôt utilisé comme un épieu, à un ou plusieurs crochets, avec lequel on frappait sa victime, que ce soient des poissons - comme je l'ai précédemment expliqué dans un article de la rubrique Décodage de l'image consacré à la pêche dans les marais nilotiques -, ou que ce soit l'hippopotame que l'on chassait dans le même environnement palustre : autre scène tout aussi symbolique que l'on rencontre de manière récurrente dans les tombes égyptiennes ...

 

 

      Dans le même alignement que les crochets de harpon sur le panneau à l'arrière de la vitrine, cet hameçon (E 5 454), également en bronze.

 

E-5-454.jpg

 

 

     Enfin, et pour clôturer - ou presque - cette courte et rapide  nomenclature, j'attirerai votre attention sur le filet de pêche E 286, sans mention de date ni d'origine, déposé dans le coin inférieur droit : en lin et parsemé de  chapelets de poids en terre cuite, il ne mesure que 65 centimètres de long.

 

E 286.jpg

 

 

     Quand d'aventure, en rédigeant mes articles, j'estime avoir employé trop souvent le même terme, si aucun synonyme ne me vient de prime abord à l'esprit, j'aime me plonger dans l'une ou l'autre des quelque deux mille quatre cents pages du Robert historique de la langue française ou, plus simplement, de me tourner vers un autre membre de cette famille, le Petit Robert : ce sont toujours de nouvelles découvertes qui viennent accroître mes connaissances et surtout me prouver, à l'instar de Socrate auquel la tradition attribue ce trait, que "je sais que je ne sais rien ..."

 

     Pour l'heure, je viens de lire non seulement les différentes acceptions du terme filet lui-même mais, et c'est là que je suis resté pantois, les multiples synonymes qui sont siens.

 

     Que de richesses notre langue recèle !

 

     Rassurez-vous, je ne suis pas un fanatique de la liste, comme Umberto Eco invité à l'automne dernier à précisément donner en ces murs, salle 33 de l'aile Denon, une conférence concomitante à l'exposition "Mille e tre" sur ce sujet particulier, et dont mon collègue dans la blogosphère, Louvre-passion, a fort à propos rendu compte dans un de ses billets

 

     Simplement, j'aimerais que nous nous posions la question : comment définir cet ustensile de pêche devant lequel nous nous trouvons ?

 

     Un ableret, un ablier, une araignée, un carrelet, pour autant qu'il soit carré ou à mailles carrées ?

 

     Une balance, une caudrette, un langoustier, une pêchette, une puche (non, je n'ai pas de défaut de prononciation !), un truble, pour autant qu'il servît à capturer des crustacés ?

 

     Un bolier, un chalut, pour autant qu'il fût  tiré par une embarcation ?

 

     Certainement pas une drège ni un thonaire ni un trémail : notre spécimen est bien trop petit.

 

     Pourquoi pas un épervier ? Cela nous permettrait de nous envoler vers d'autres cieux lexicologiques.

 

     Une folle ? Non, les mailles ici ne sont pas assez grandes.

 

     Alors une gabare, un guideau, un havenet, un haveneau, un picot, une seine, un vannet, un verveux  ?

 

 

     Vous conviendrez, amis lecteurs, que vous n'avez que l'embarras du choix si tant est qu'il vous faille compléter le cartel peu disert qui accompagne le filet de la vitrine 2 ...

 

 

 

(Vandier : 1964, 726-33)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 23:00

     Il m'agréerait de croire, amis lecteurs, que plus aucun d'entre vous n'ignore à présent l'incontestable avancée que les Tchèques ont imprimée à l'égyptologie consécutivement à l'exploration du site d'Abousir en promouvant notamment des moyens techniques les plus contemporains - je pense ainsi à la photographie par satellite mais aussi à la prospection géophysique, toutes deux devant déboucher sur la production de "photogrammes", c'est-à-dire une documentation photographique des caractéristiques archéologiques individuelles, sans oublier la modélisation en 3D des différentes sépultures antiques que la nécropole recèle -, aux fins, bien évidemment, d'être  géographiquement plus précis quand il s'agit d'entamer une excavation qui permettra, in fine, d'accroître les connaissances que nous avions des pratiques sociales et funéraires aux différents moments de l'histoire pendant lesquels ce site fut l'objet d'inhumations, à savoir essentiellement : la fin de l'Ancien Empire (IVème, Vème et VIème dynasties) et la Basse Epoque (XXVIème et XXVIIème dynasties).

 

     Est-il vraiment nécessaire d'à nouveau rappeler deux ou trois points sur lesquels j'insiste depuis le début de cette série d'interventions accordées à l' Institut tchécoslovaque d'égyptologie (I.T.E.) ?

 

     A savoir que les Tchèques, à l'aube des années soixante, ont officiellement reçu du gouvernement égyptien de l'époque, cet extraordinaire espace de fouilles que constitue la nécropole, en guise de remerciements pour leur participation effective au sauvetage des temples de Nubie menacés d'irrémédiable engloutissement à la suite de la construction du deuxième barrage d'Assouan.

 

     A savoir également que cette concession se situe à quelque 25 kilomètres au sud du Caire actuel, sur la rive gauche du Nil, entre le plateau désertique occidental et bien évidemment, comme d'ailleurs visible sur le document ci-dessous, la riche parce que fertile vallée alluviale.

 

     A savoir enfin que sur cette aire de 17, 5 hectares, la partie la plus méridionale, - ce qu'il est maintenant convenu de nommer le cimetière sud -, fait depuis 1991, c'est-à-dire, depuis le début de la dernière décennie de feu le vingtième siècle, l'objet d'une attention toute particulière, - d'un survey comme aiment à le dire les anglophiles - ; et notamment, nous l'avons tout récemment constaté, les sépultures de très importants hauts fonctionnaires de l'Etat : je ne citerai, pour mémoire, que le prêtre funéraire Fetekti, déjà rencontré lors de nos pérégrinations des samedis 29 mai et 5 juin derniers, et  Kaaper, commandant de l'armée, dont nous n'avons, souvenez-vous, visité que le niveau supérieur de la tombe le 22 mai, de manière à n'encourir aucun risque à descendre jusqu'au tréfonds de la chambre sépulcrale.

 

     C'est dans ce même esprit d'enquête et de découverte que, tout de go, nous dirigerons nos pas ce matin vers le sud-ouest, pratiquement à mi-distance entre les deux mastabas sus-cités et que nous nous arrêterons, quelques samedis successifs, devant le complexe funéraire d'un certain Qar et de ses fils.

 

 

Abousir-Sud---Tombes-de-Qar--Fetekti-et-Kaaper.jpg

 

     (Pour l'anecdote, c'est après avoir mentionné, il y a quelques instants, le procédé de la photographie satellite que m'est venue l'idée, plutôt que vous proposer un cliché monochrome dont pourtant je disposais dans ma documentation, d'utiliser moi aussi la technologie un peu sophistiquée, - pour ce qui me concerne, à tout le moins ! -, afin de tenter de réaliser une capture d'écran à partir de Google Earth ; résultat qu'ensuite j'ai annoté.)


 

     Cette fois encore, c'est Miroslav Barta qui nous guidera avec ses différents articles scientifiques bien sûr, mais aussi, comme précédemment, un des volumes, le treizième cette fois, de la collection "Abusir" qu'avec une dizaine de collègues il a rédigé et publié en 2009 aux éditions de l'Institut tchèque d'égyptologie.

 

 

Abusir-XIII--Couverture-ouvrage-Barta---copie-1.jpg

 

 

     Ouvrage extrêmement intéressant dans la mesure où indépendamment même des révélations archéologiques qu'il recèle sur ce tombeau multiple fouillé entre 1995 et 2002, il fait le point sur les données géologiques et géophysiques caractérisant le cimetière d'Abousir Sud, résultats scientifiques du survey qui a été mené dans ces années-là, mais aussi se penche sur le biotope du lieu. Sans oublier qu'au travers de la richesse de la décoration de la tombe et de l'équipement funéraire des défunts, il nous permet de mieux appréhender encore la vie des élites administratives memphites à la fin de l'Ancien Empire et les conceptions qui étaient leurs à propos de l'au-delà.

 


      J'ai ci-avant rappelé les travaux de sauvetage des temples de Nubie par les égyptologues tchèques dès 1962. De cette époque datent les rapports étroits entre eux et les géodésistes ; et de cette "vieille" collaboration est née une méthode nouvelle de photographie de la surface du sol que l'on appelle couramment "photogrammétrie".

 

     C'est précisément le photogramme du complexe funéraire de Qar dans lequel ont été inhumés trois générations de membres de sa famille que je vous propose aujourd'hui, en guise de mise en appétit à nos prochaines visites sur le site : 

 

 

Photogramme du complexe funéraire de Qar et de ses-fils.jpg

 

 

au nord, la tombe de Qar et de ses trois fils ; en dessous, plus spécifiquement, celle de Inti, son puîné, et de ses propres descendants.

 

     C'est donc à cet endroit précis du cimetière sud que je vous propose de nous retrouver la semaine prochaine, amis lecteurs, de manière à, dans un premier temps, évoquer ensemble la personnalité de Qar et , dans un second, de quelque peu définir l'époque à laquelle cette famille a vécu ...

 

     A samedi ?

 

 

(Barta/Bruna/Krivanek : 2003, passim)

 


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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 23:00

 

 

     C'est, souvenez-vous amis lecteurs, au terme de l'analyse du premier des deux ostraca exposés dans la vitrine 2 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre que nous nous sommes séparés la semaine dernière, tout en nous promettant de nous retrouver aujourd'hui matin pour nous pencher sur le second d'entre eux, sachant que les autres initialement placés à leurs côtés ont maintenant rejoint le pupitre-vitrine de la salle 28, au premier étage.

 

 

E 14 341

 

 

      A l'instar de celui que nous avons découvert mardi, cet éclat de calcaire (E 14 341) de 5, 50 cm de hauteur et de 8, 20 cm de long, datant de la XIXème ou de la XXème dynastie, soit entre les 13ème et 11ème siècles avant notre ère, provient lui aussi du village des artisans de Deir el-Médineh : il représente, peinte en noir, une scène de chasse dans laquelle un bouquetin aux cornes imposantes est saisi au col par un chien.

 

 

      Compagnons omni-présents tout à la fois du guerrier, des militaires, mais aussi du chasseur, les chiens furent  dès la fin de la préhistoire domestiqués dans le but de participer à des exploits cynégétiques dans lesquels leur habileté à pister, leur célérité à poursuivre et rabattre le gibier ne manquèrent pas d'être appréciées, à l'époque néolithique déjà, par les populations nilotiques dont, souvenez-vous, chasse et pêche constituaient, comme le prouve à l'envi le thème de cette vitrine, les activités cardinales en matière de recherche de nourriture.

    Sur la présence du chien en tant qu'animal de compagnie, vous me permettrez aujourd'hui de ne pas m'étendre, préférant l'envisager quand, dans un proche avenir, nous nous tournerons vers la vitrine 3, ici derrière nous, qui précisément est consacrée à ces bêtes que l'homme apprivoisa pour garder près de lui.

    De sorte qu'en étroit rapport avec notre ostracon, je me cantonnerai ce matin, après en avoir déterminé les origines, à simplement évoquer le chien en tant qu'animal utilitaire, auxiliaire du chasseur.


    Archéologiquement parlant, les égyptologues semblent s'accorder sur le fait que ce serait déjà au Nagada I, (± 4250 avant notre ère), - du nom d'un des très rares ensembles urbains d'époque pré-dynastique mis au jour
en Haute-Egypte -, que le chien serait associé à une scène de chasse :  en effet, c'est de cette époque, dite aussi "amratienne" - du nom, cette fois, d'un site de Moyenne-Egypte actuellement appelé el-Amrah - , que date une coupe exposée au Musée des Beaux-Arts Pouchkine de Moscou sur laquelle l'on distingue un personnage muni d'un arc et de flèches, maintenant en laisse quatre lévriers à oreilles levées et queue enroulée.

    Il faut en effet savoir qu'aux niveaux ostéologique et biologique, les zoologistes pensent que tous les chiens africains dériveraient d'un type de canidé (Canis lupaster - "Ounesh", en égyptien), très proche à la fois du chacal et du loup.

    Tant dans leurs représentations sur les murs des chapelles des mastabas de l'Ancien Empire que dans la dénomination qu'ils leur attribuaient, les Anciens confondirent fréquemment les trois animaux, en réalité fort proches les uns des autres.

    Partant de la constatation qu'il n'existe aucune sous-espèce de loup en Afrique, Louis Chaix, du Département d'Archéozoologie du Museum d'Histoire naturelle de Genève, suggère que les chiens y seraient déjà arrivés en partie domestiqués, probablement en provenance du Proche-Orient ou la Péninsule arabique où vivaient des loups le plus souvent de petite taille ; et ce, dès l'époque néolithique, il y a 9 ou 8000 ans : des ossements datables de ces temps lointains ont en effet été découverts dans le désert égyptien occidental, mais aussi sur des sites nubiens, comme à el-Kadada, d'approximativement 7000 ans.

 

     Ce furent donc ces chiens lévriers qui, dès l'aube de la civilisation égyptienne, furent les accompagnants, si pas les principaux "héros" des activités cynégétiques.

 

     Selon les données fournies par la Fédération cynologique internationale basée à Thuin, en Belgique, deux typologies essentielles de canidés sont décelables dans les peintures, les reliefs ou tout autre forme d'art égyptien : soit la race appelée "Lévrier des Pharaons", caractérisée par un poil court roux/fauve plus ou moins soutenu, des oreilles lévées et une queue très souvent enroulée, ce qui sous-tend déjà un signe de domestication ; soit celle dénommée "Sloughi", également caractérisée par un type levretté, un poil court, mais dont les oreilles sont tombantes.

 

     Et quand on exploite "statistiquement" la documentation égyptienne, l'on se rend très vite compte que c'est le Lévrier des Pharaons que l'on retrouve presque exclusivement représenté dans les chapelles funéraires des mastabas de l'Ancien Empire ; que les deux types cohabitent au Moyen Empire et qu'en revanche, c'est la race sloughi qui majoritairement domine au Nouvel Empire. Ce qui, une fois encore, peut faciliter la détermination de l'origine chronologique d'un fragment inconnu sur lequel figurerait un chien.

    Je citais ci-avant les mastabas de l'Ancien Empire : peut-être certains d'entre vous, amis lecteurs, auront-ils "croisé" ces lévriers lors d'une visite à Meïdoum, chez Nefermaât ou Metchen (IVème dynastie) ; ou à Saqqarah, dans ceux de Mererouka (VIème dynastie) ou de
Ptahhotep (Vème dynastie) comme reproduit ci-dessous (merci à Thierry, d'OsirisNet)


 

Lévriers - Mastaba de Ptahhotep.jpg

    Vraisemblablement en conséquence directe d'apports relationnels avec les pays asiatiques frontaliers, le Moyen Empire voit s'installer la race des lévriers à oreilles tombantes qui, à part égale comme je viens de le signaler, participent avec ceux à oreilles dressées à des scènes de chasse, mais aussi accompagnent des militaires dans un exploit guerrier ou, plus quotidiennement, des policiers-chasseurs patrouillant sur les pistes et dans les carrières du désert, notamment au Ouadi Hammamat.

    De cette même époque date un titre qui n'apparaît que dans des documents administratifs et quelques inscriptions rupestres se situant entre les XIème et XIIIème dynasties : celui de maître-chiens qui, en égyptien classique, s'écrit avec le déterminatif du lévrier, facilement identifiable grâce à ses hautes pattes, son corps élancé, son museau pointu, ses oreilles droites et sa queue enroulée  Levrier.png

 

     Ce signifiant iconique qui dans l'écriture égyptienne termine tous les termes ayant rapport avec le chien ("tchesem") se retrouve donc dans l'appellation de simple maître-chiens, mais aussi dans celle de son chef  hiérarchique et que les égyptologues traduisent volontiers par "brigadier". Ce titre supérieur est quant à lui attesté soit sur l'une ou l'autre stèle d'Abydos, mais surtout sur une statue en granite d'un certain Montouhotep, brigadier de maîtres-chiens à la XIIème dynastie, conservée au Museo archeologico de Venise, sous le numéro d'inventaire 63.

 

     Tous ces documents, qu'ils soient administratifs, consignés sur des stèles ou sur cette ronde-bosse de Venise nous apprennent que la fonction s'apparentait, à tout le moins sur le terrain, à celle des policiers-chasseurs que j'évoquais tout à l'heure.

 

     Il faut également savoir, et c'est loin d'être négligeable, que ces hommes et leurs lévriers pouvaient seconder le corps des militaires qui, en Nubie, au niveau des forteresses cantonnées au sud de la première cataracte, visaient à maintenir l'ordre aux marges du pays ; sans oublier une mission logistique : chasser un gibier qui approvisionnerait en nourriture immédiate les soldats eux-mêmes.

 

     Au Nouvel Empire, on ne rencontre plus, dans les scènes cynégétiques des hypogées, tels ceux d'Ouser (TT 21 - Règne de Thoutmosis Ier) ou de Rekhmirê (TT 100 - Règne de Thoutmosis III - Amenhotep II), que le sloughi, le lévrier à oreilles rabattues.

    Enfin, vous étonnerai-je si je termine en ajoutant qu'à Deir le-Médineh, ces chiens de chasse sont très fréquemment représentés sur les ostraca figurés qui furent jadis exhumés par Bernard Bruyère ?

    Tels bien évidemment celui qui nous occupait aujourd'hui, mais aussi l'éclat de calcaire E 14366 qui, voici quelques années seulement comme je vous l'indiquais mardi dernier, fit partie de ceux transférés en salle 28 du premier étage de ce Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

    Pour ceux d'entre vous qui, après le conseil prodigué lors de ma  précédente intervention, n'auraient pas eu le courage de monter les voir dans le meuble vitré disposé devant une des fenêtres surplombant la Cour Carrée, je consens, par pure gentillesse, à présenter ici une photographie de cette scène nous donnant à  admirer trois de ces lévriers s'attaquant sauvagement à une hyène en fuite, horrifiée, furieuse, le poil démesurément hérissé ...

 

 

E 14 366 (salle 28)

 

 

 

 

(Andreu : 2001, 3-6 ; EAD. : 2002, 183 ; Brixhe : 1992, passim ; Chaix : 1989 : 36-9)

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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 23:00

 

 

      Quand nous avons ensemble, samedi dernier, pénétré dans la tombe de Fetekti avec l'égyptologue tchèque Miroslav Barta comme guide, je vous avais expliqué, amis lecteurs, que l'endroit avait fort heureusement déjà fait l'objet d'une étude réalisée au XIXème siècle par Karl Richard Lepsius, notamment à propos des murs de la cour intérieure qu'il avait excavée et des peintures ressortissant au domaine de ce qu'il est habituellement convenu d'appeler "scènes de la vie quotidienne" qu'il y avait découvertes et relevées.

 

     Parmi elles, une célèbre représentation d'un marché de plein air auquel, comme promis en nous quittant, je voudrais aujourd'hui consacrer mon intervention.

 

 

Fetekti--2--Scene-de-marche--Lepsius-.jpg

 

 

 

       Célèbre dans la mesure où la présence de semblable manifestation populaire dans un contexte funéraire se révèle en définitive particulièrement peu fréquente et, à tout le moins à l'Ancien Empire, se résume à deux  tombes exhumées à Abousir : celle de Ptahshepses, que j'avais évoquée dans un article du 27 mars dernier et dans laquelle on peut voir, selon la légende hiéroglyphique, un homme troquant vraisemblablement un pain contre des oignons ; et dans celle de Fetekti que nous allons détailler ce matin. Mais aussi à quelques-unes situées à Saqqarah : celles de Kagemni, dans laquelle des marchands proposent onguents et parfums quand d'autres personnages échangent différents types de vases ; de Tepemankh : un fragment représentant l'étal d'un poissonnier est d'ailleurs exposé au Département des Antiquités égyptiennes des Musées royaux d'Art et d'Histoire, Parc du Cinquantenaire, à Bruxelles - ; d'Ankhmahor, par ailleurs connu pour une scène de circoncision ; de deux frères, Niankhkhnoum et Khnoumhotep et, bien sûr, dans le mastaba de Ti que je vous ai si souvent conseillé de virtuellement visiter grâce à l'excellent site d'OsirisNet.


 

     Vous aurez évidemment remarqué les deux verbes que j'ai employés pour définir ces relations commerciales : troquer et échanger. Il faut en effet  savoir qu'à cette époque lointaine, c'est par ce moyen que dans toute société s'obtenaient les marchandises convoitées : l'un pouvait exhiber une paire de sandales qu'il avait confectionnées contre quelques légumes cultivés dans le jardin d'un autre ; ou une villageoise marchandait quelque ustensile de cuisine fabriqué par son époux contre un bijou, ou un vêtement ...

 

     En parallèle à ces scènes peintes, la lecture d'une abondante documentation papyrologique confirme parfaitement que les produits d'utilité courante ou autres que l'on désirait se procurer pouvaient être obtenus grâce à l'un quelconque objet que l'on possédait en plusieurs exemplaires, voire même, dans certains cas, dont on acceptait de se priver. Et vraisemblablement, comme  à l'occasion de nos actuelles brocantes dominicales, il était avéré que le superflu de l'un constituait souvent le nécessaire d'un autre. 

 

     Un point me semble en outre intéressant à épingler : que ce soit dans certains textes de transactions ou sur les représentations pariétales d'un tombeau et même au niveau des légendes hiéroglyphiques qui les accompagnent, rien, pratiquement jamais, ne nous renseigne sur le qui est qui ?, sur le qui fait quoi ? ; rien ne vient en fait différencier un vendeur d'un acheteur. Ce qui signifie bien qu'en de semblables marchés de campagne ou citadins se pratiquaient des activités commerciales sur base du simple troc.

 

     Le souci de vérité historique m'oblige à toutefois ajouter que même s'il fallut attendre les rapports marchands plus larges, notamment à Basse Epoque avec les Perses et les Grecs, pour voir apparaître une véritable monnaie frappée à l'effigie d'un souverain ou d'un tout autre symbole, les Egyptiens utilisèrent, et ce dès l'Ancien Empire, des mesures de denrées quotidiennes - les céréales ou l'huile, par exemple,-, en guise de système d'évaluation.

 

     Et même, vous vous en doutez probablement beaucoup moins, des unités pondérales : en effet, un petit anneau d'argent appelé shâti dans les textes, d'environ 7,5 grammes servit ainsi d'unité monétaire pendant au moins deux millénaires ; secondé qu'il fut également par le deben, un "poids" d'approximativement 90 grammes, et qui correspondait donc à 12 shâtis.

 

     Un jour, j'aurai probablement l'opportunité de plus spécifiquement m'étendre sur ces notions de "monnaie" égyptienne  ... Mais pour l'heure, revenons sur le marché grouillant de monde - probablement en bordure du Nil -,  que nous donne à voir la tombe de Fetekti.

 

     Ou plutôt, que donnait à voir. Car ce fut là une des déconvenues des égyptologues tchèques qui redécouvrirent le mastaba en 1991, après un siècle et demi d'oubli complet : bon nombre des peintures reproduites dans les Denkmäler de Lepsius n'existaient plus ! Les pluies torrentielles qui chaque année s'engouffraient dans ce vallon avaient irrémédiablement détruit l'oeuvre des "scribes des contours égyptiens".

 

     Il faudra donc nous contenter de la planche 96 ci-dessus reprise du tome II de la somme de Karl  Richard Lepsius pour ensemble déambuler sur un marché égyptien antique.

 

     Les différentes activités marchandes figurées ici se déroulent sur trois registres horizontaux se subdivisant  chacun en deux évocations distinctes : bien que celles du niveau supérieur soient déjà en partie effacées à l'époque de Lepsius,

 

Fetekti---Scene-de-marche---Registre-superieur--Lepsius-.jpg

 

 

vous distinguez, à gauche, un homme debout qui vraisemblablement tend une pièce de tissu à un autre assis.

 

     Je souligne "vraisemblablement" dans la mesure où les égyptologues ne sont pas tous d'accord avec cette vision des choses ; pour ma part, j'ai opté pour celle de Miroslav Barta, qui me paraît être, dans son analyse de l'ensemble des panneaux décoratifs, celui qui est le plus proche des textes qui les accompagnent, ... quand bien évidemment ils ont été préservés.

 

     Selon lui, seuls deux exemples proposant semblable transaction d'un produit textile, seraient actuellement connus. S'interrogeant sur la raison pour laquelle l'un d'eux se trouve précisément dans ce mastaba-ci, il poursuit en rappelant que Fetekti dirigeait un atelier de  fabrication textile  au service de la Cour et que cette pièce de tissu pourrait constituer une récompense qui lui aurait été accordée.    

 

     Pour la petite histoire, j'ai en revanche lu dans un ouvrage qu'ici l'homme debout tendrait plutôt une planche à l'autre ! Mais comme aucune légende hiéroglyphique permettant de préciser l'événement n'a été conservée au-dessus du tableau, le débat reste pour vous ouvert, amis lecteurs, quant à votre propre interprétation ...

 

      Ceci posé, si M. Barta est dans le vrai, cela incline à penser, dans un premier temps, qu'il ne s'agirait alors nullement d'une scène de marché ; ensuite, que nous aurions là avec le personnage assis un "portrait" du défunt lui-même.

 


     Au registre médian, nettement moins endommagé,

 

Fetekti---Scene-de-marche---Registre-median--Lepsius-.jpg

 

la scène de droite relate un échange entre deux hommes mêmement vêtus d'un pagne : celui de gauche, debout, tenant des sandales dans une main, propose toutefois de l'autre un collier de perles à celui assis devant son panier de gâteaux : ayant déjà agrippé le bijou qui semblerait l'intéresser, il présente une de ses pâtisseries.  

 

      Les textes hiéroglyphiques apparents qui encadrent  le début de l'échange fournissent à la fois l'une ou l'autre précision - ainsi apprenons-nous que l'homme debout se prénomme Iounek -, mais surtout restituent les propos de chacun : Vois, mon gâteau est suave, dit l'un ; Vois, mes sandales sont solides, rétorque l'autre.

 

     La scène de gauche, quant à elle, nous donne à comprendre deux transactions qui se déroulent en même temps :  tout en éviscérant un des poissons de son panier, l'homme assis discute avec une jeune femme à robe longue et cheveux courts portant un caisson sur l'épaule. Trop de hiéroglyphes ont disparu sur la droite pour que nous puissions encore reconstituer les dialogues : la dame offre-t-elle le contenu de son fardeau ? Sont-ils en train de négocier le prix des poissons alors qu'elle n'a rien à proposer en échange ? 

Ici aussi, les avis divergent chez les commentateurs ...

 

     Tout proche, une autre dame, à cheveux longs cette fois, essaie, selon les inscriptions, de troquer deux bols nemset, contre un vase mesekhet. Faut-il comprendre, par l'attitude de l'homme assis qui maintient son récipient sur le sol alors que la chalande lui tend les siens, que la proposition ne lui paraît pas recevable, partant, que l'échange sera difficile ?

 

         

    Au registre inférieur, incontestablement la partie la moins déteriorée de l'ensemble de ces peintures murales,

 

Fetekti---Scene-de-marche---Registre-inferieur--Lepsius-.jpg

 

 

nous voyons, à droite, un producteur installé avec son imposant panier d'osier apparemment rempli de légumes dont on peut distinguer, du côté des deux hommes qui s'approchent, la partie supérieure de jeunes oignons : le premier des acheteurs potentiels, celui qui porte un sac en bandoulière, se présente avec un collier à  échanger, tandis que le second tient en mains deux types distincts d'éventails (ou de chasse-mouches).

 

     Vois cette parure, vois ce beau bijou, vois ces éventails, précisent les textes.

     Laisse-moi voir, répond le paysan en s'emparant du collier, et donne-moi ton prix.

 

 

     A gauche de cette scène, deux autres, comme au registre médian, se déroulent en parallèle : la première, plus difficile à analyser parce qu'abîmée au niveau d'une grande partie de la légende hiéroglyphique, nous montre deux hommes dont un seul tient quelque chose dans chacune de ses mains : peut-être des hameçons dans la droite et un papyrus qu'il brandit dans la gauche? 

 

     Tout à côté, une jeune dame en robe longue, cheveux courts et caisson sur l'épaule - serait-ce la même personne qu'au registre médian ? -,  dont le nom, Minmeret, est cette fois inscrit juste devant les jambes, discute avec un autre poissonnier assis près de son éventaire. Il semblerait, d'après la portion de texte traduisible, qu'elle juge le prix demandé excessif et en appellerait à un certain Ibi, superviseur du marché, afin qu'il tranche leur différend.

 

     Quoiqu'il en soit exactement des analyses que l'on peut - ou ne peut exactement -  déterminer, il n'en demeure pas moins que ces quelques "prises de vues" d'un marché égyptien antique réalisées par un ou plusieurs artistes de l'Ancien Empire, et que Lepsius a eu la bonne idée d'enregistrer dans ses dessins,  restituent parfaitement une ambiance, une réalité sociale qu'en Egypte comme ailleurs nous pouvons encore en partie retrouver à notre époque ...

 

     J'ai même eu, un instant, l'impression d'entendre une voix chaude qui me fredonnait :

 

     J'ai hâte au point du jour de trouver sur mes pas ce monde émerveillé qui rit et qui s'interpelle le matin au marché :

     Voici pour cent francs du thym de la garrigue, un peu de safran et un kilo de figues.
     Voulez-vous, pas vrai, un beau plateau de pêches ou bien d'abricots ?
     Voici l'estragon et la belle échalote, le joli poisson de la Marie-Charlotte.
     Voulez-vous, pas vrai, un bouquet de lavande ou bien quelques oeillets ? ...

 

 

 

Pas vous ??


 

 

(Allam : 2008, 133-4 ; Barta : 2005 ³; Menu : 2008, 129 ; Montet : 1925, 319-26 ; Peters-Destéract : 2005, 109)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 17:01

 

 

     Le 24 octobre dernier, dans le cadre de l'évocation du (trop court) séjour estival que nous fîmes, mon épouse et moi, dans ce merveilleux musée à ciel ouvert que constitue la ville de Prague, j'avais publié un article à propos de l'horloge astronomique.

 




 

      Tout récement, Pierre Lagarde, astronome amateur canadien a commenté un point bien particulier des explications qu'alors je vous avais fournies : à savoir la petite étoile dorée située au bas du cliché ci-dessus.

 

     Ma réponse de non spécialiste en la matière ne me convenant pas vraiment, j'en appelle à l'aide ceux qui, parmi vous, amis lecteurs, auraient en astronomie des connaissances bien plus pointues que les miennes.

(Quel bel euphémisme ! Je n'en ai aucune ...)

 

     Merci à ceux d'entre vous qui aimeraient engager ici débat avec Pierre Lagarde.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 23:00

 

 

     Voici quinze jours déjà que nous nous sommes quittés, vous et moi amis lecteurs, après l'évocation des différents reliefs que le Conservateur de cette salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre avait cru bon d'exposer dans la vitrine 2 consacrée à la chasse et à la pêche, qui nous occupe maintenant chaque mardi depuis le 23 février.

 

     Parce que tous les précédents monuments rencontrés étaient en calcaire, il me semblait opportun de poursuivre ce matin et mardi prochain en nous attardant quelque peu sur d'autres de ce même matériau, à savoir : des ostraca figurés.

 

       Dans la découverte qu'ensemble nous avions faite du premier présentoir  vitré de cette même salle, plusieurs mardis successifs à partir du 8 septembre 2009, j'avais déjà  pour vous ici expliqué ce qu'était un ostracon en Egypte antique, sans oublier de mentionner l'origine grecque de ce terme repris par les égyptologues pour définir ces éclats de calcaire : vous me permettrez donc de ne plus y revenir.


 

     La première pièce sur laquelle je voudrais attirer votre attention, (E 14 307), provient du village des artisans de Deir el-Médineh,  dont j'ai très souvent eu l'occasion de vous entretenir, notamment le 25 avril 2009, ainsi que les 2 et 9 mai qui ont suivi ; mais aussi, tout dernièrement, en dressant un portrait de l'égyptologue tchécoslovaque, Jaroslav Cerny. 

 

 

 

E-14-307.jpg

 

     
     D'une hauteur de 10, 8 cm pour une longueur de 11, 5 cm et une épaisseur de 2, 7 cm, cet éclat de calcaire
y fut mis au jour en 1929 par Bernard Bruyère ; et ce, dans une couche ramesside des ruines des chapelles votives situées au nord du site. Il fut dévolu au Musée du Louvre lors du partage des fouilles qui eut lieu cinq ans plus tard.

    Nonobstant les restrictions alimentaires que j'avais déjà énoncées le 3 juin 2008 à propos de certains tabous frappant certains poissons à cetains moments de l'année et pour certaines catégories sociales égyptiennes uniquement, tous étaient pratiquement comestibles, qu'ils fussent du Nil, des canaux, des marais ou des lacs ;  et, dès lors, constituaient un apport nutritionnel inestimable pour la population : c'est la raison pour laquelle nous les avons retrouvés à maintes reprises dans cette vitrine exécutés avec une minutie de traits distinctifs absolument confondante.


     A Deir el-Médineh précisément, en quantité distribués à la communauté des artisans qui les consommaient de diverses manières, ils constituèrent tout naturellement le sujet de nombreuses figurations sur leurs ostraca.

    Les sept poissons différents ici dessinés sont  parfaitement identifiables par les connaisseurs, même si  certains égyptologues, comme Madame Christiane Desroches Noblecourt, épinglent les traits quelque peu hâtifs, voire maladroits de quelques-uns d'entre eux. 

 

     Sont donc aisément reconnaissables, de haut en bas, et de droite à gauche un lépidote (Barbus bynni) blanc argenté, ainsi qu'un labès (Labéo niloticus forskal), de couleur verdâtre rehaussée de rose au niveau des nageoires ;  une tilapia nilotica rose et bleue suivie d'un grisâtre mormyre du Nil, à longue nageoire dorsale caractéristique, poisson sacré d'Oxyrhinque, donc souvent momifié, qui,  souvenez-vous, selon les récits mytholologiques, avala le sexe d'Osiris après le dépeçage de son corps par son frère Seth.

 

     Remarquez que l'artiste a ici rendu la finesse des écailles par un quadrillage serré de lignes diagonales entrecroisées. 

 

      En dessous, un mulet au corps allongé et à la tête effilée - à propos duquel nous avons récemment appris à mieux connaître le mets paraît-il délicat, la boutargue, dont il est à l'origine, précède un grand latès, perche du Nil censée incarner la déesse Neith. 

 

     Enfin,  reconnaissable à sa nageoire dorsale graisseuse et, surtout, à ce que les ichtyologistes appellent un bouclier céphalique,  un synodontis schall termine ce petit inventaire.

 

 

     Avant de vous convier à me rejoindre mardi prochain, devant cette même vitrine, aux fins d'y  découvrir le second éclat de calcaire qui y est présenté, je voudrais simplement  indiquer que ces deux pièces sont les seules qui subsistent sur les quatre qui pourtant y furent originellement déposées.

 

 

     Lors d'une intervention datant du 20 octobre de l'année dernière à propos des ostraca du premier présentoir vitré de cette salle, j'avais déjà attiré votre attention, amis lecteurs, sur le fait que certains d'entre eux pourtant exposés là depuis la restructuration du département avait apparemment "disparu".

 

     Vous vous doutez bien, je présume, que ne sévit pas en ces lieux  le clône d'un quelconque Belphégor qui  systématiquement convoiterait ces petits monuments ...

 

     En réalité, la dernière fois que j'ai sillonné les salles égyptiennes, en juin 2009 exactement, j'ai  "retrouvé mes pierres" à l'étage supérieur, en salle 28, dans une ancienne et très belle table-vitrine disposée devant une des fenêtres donnant sur la Cour Carrée du Louvre.

 

Salle-28---Table-vitrine-1.JPG


 

     De sorte que si tout à coup l'envie vous prend de monter admirer ceux ici "manquants", ainsi que de nombreux autres tout aussi représentatifs de l'adresse des artistes de Deir el-Médineh, vous savez ce qu'il vous reste maintenant à faire ...

 

 

 


(
Andreu : 2002, 100 ; Desroches Noblecourt/Vercoutter : 1981, 256)

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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 23:00

 

 

 

     C'est au bord du puits funéraire du mastaba de Kaaper dans lequel, malheureusement, nous n'avons pas pu descendre pour des raisons de sécurité évidentes que, vous et moi amis lecteurs, nous nous sommes quittés  samedi dernier, sans toutefois oublier de nous donner rendez-vous ce matin en vue de poursuivre nos allées et venues archéologico-touristiques dans cette partie du cimetière de l'Ancien Empire situé à l'extrémité de la nécropole d'Abousir.

 

Abousir sud - Plan

 

 

     La tombe qui, aujourd'hui, retiendra notre attention, - emplacement n° 2 sur le plan ci-dessus -, fut, comme la précédente, l'objet des soins de l'équipe des égyptologues tchèques sous la direction du Professeur Verner dès 1991. C'est à Miroslav Barta qu'à nouveau nous devons, notamment dans la publication consacrée au cimetière sud que j'ai précédemment mentionnée, les résultats complets de cette nouvelle fouille. 

 

      Nouvelle fouille, certes, mais absolument pas nouvelle découverte !

 

     Située quelque peu plus au nord de l'ensemble des autres tombes, sur la pente d'un vallon descendant vers le Nil, celle de Fetekti (ou Fetekta, selon certains égyptologues étrangers), vraisemblablement prêtre à Abousir à la fin de la Vème dynastie, fut en effet mise au jour, au milieu du XIXème siècle déjà, par l'égyptologue allemand Karl Richard Lepsius (1810-1884), lors d'une expédition pour le compte de Frédéric IV de Prusse ; à tout le moins, l'entrée et sa cour intérieure à colonnes.

    

     Après ce début de fouilles menées par l'équipe de Lepsius, l'emplacement même de la tombe fut  complètement oublié pendant un siècle et demi jusqu'à ce que, en 1991 donc, les archéologues tchèques en redécouvrent le chemin et s'y intéressent à nouveau.

 

     Cette nouvelle investigation permit de constater que le mastaba réalisé en briques de boue avait été agencé exactement de la même manière que d'autres dans les environs immédiats, à savoir : l'espace intérieur à ciel ouvert que j'évoquais à l'instant, jadis magnifiquement décoré, et la traditionnelle chapelle - ici en fait, un étroit corridor - destinée au culte funéraire que la famille et les amis du défunt lui rendaient périodiquement, dans laquelle ils mirent au jour des peintures pariétales inédites qui venaient donc accroître le corpus déjà connu grâce à Lepsius.

 

     Les Tchèques relevèrent également l'existence, sur le mur ouest de la chapelle, de deux fausses-portes permettant le passage entre le monde des morts et celui des vivants .

(Si vous ne l'avez déjà fait la semaine dernière, je vous invite à peut-être relire l'article de la rubrique "Décodage de l'image égyptienne" du 21 octobre 2008 que j'avais précisément consacré à la stèle fausse-porte.)

 

    En outre, à l'ouest de la chapelle, ils exhumèrent l'entrée de deux puits au bas desquels, à environ 10 mètres de profondeur, ils aboutirent dans deux chambres sépulcrales : incontestablement, le mastaba de Fetekti constituait un tombeau commun. Et ce que donc laissait supposer la présence des deux fausses-portes fut confirmé par celle des deux chambres funéraires.

 

     L'étude des panneaux permit de déterminer que la stèle-porte située au sud était prévue pour le culte de Fetekti, officiellement propriétaire des lieux, tandis que celle au nord appartenait à un mystérieux Meti dont il n'a pas encore été possible de définir la personnalité ni la relation qui existait entre les deux hommes.

 

     En revanche, non seulement des inscriptions dans sa tombe, mais aussi notamment des archives le concernant retrouvées dans le temple de Neferirkarê-Kakaï, - (qu'ici j'avais déjà mentionnées) -, nous fournissent quelques détails sur la  carrière professionnelle de Fetekti : prêtre, serviteur du dieu, il appert qu'il aurait eu pour tâche de prendre soin d'une partie de l'inventaire de ce temple funéraire à la mort du souverain ; ce qui, dans la hiérarchie des fonctionnaires palatiaux, représente un rang relativement élevé.

 

      A cela, il me faut ajouter, pour être complet, que certains titres laissent supposer qu'il avait également pour fonction de diriger les ateliers des tisserands royaux, c'est-à-dire ceux qui confectionnaient des vêtements de haute qualité pour le souverain et les siens. Si j'osais une comparaison quelque peu anachronique, j'indiquerais que Fetekti était en quelque sorte à son époque, le  Edouard Vermeulen, Fournisseur breveté de la Cour de Belgique ...

 

 

     Une analyse anthropologique des restes humains retrouvés dans la chambre principale a toutefois déterminé qu'il serait décédé entre 30 et 40 ans. Dispersé tout autour de ce que fut le corps du défunt : son viatique pour l'au-delà se résumant à quelques tessons de poterie, vraisemblablement des ustensiles de vaisselle.

Il semblerait donc que cette tombe fut comme tant d'autres la proie des pillards.

    

     Mais aussi, malheureusement, celle du temps ou, plus spécifiquement, des conditions climatiques  : très vite en effet, les fouilleurs se rendirent compte que là où se trouvait le tombeau, à cause des eaux accumulées lors des pluies torrentielles que subissait annuellement le plateau désertique, un ruissellement vers le bas de la Vallée du Nil avait considérablement entamé le monument et, en premier lieu, la décoration de la cour d'entrée et de ses piliers.

 

     Constatant l'irrémédiable disparition de certaines des peintures que Lepsius avait tant admirées, et reproduites, les égyptologues n'avaient plus d'autre choix que celui de se reporter aux documents du XIXème siècle.

 

     En effet, dans une magistrale étude en douze volumes sur l'ensemble des nécropoles de la région memphite, publiés entre 1849 et 1859, et de nos jours librement téléchargeables sur le Net,  les Denkmäler aus Aegypten und Aethiopien,


Lepsius---Volumes-des-Denkmaler-copie-1.jpg

 

 

le savant allemand, à propos de la sépulture de Fetekti, avait relevé l'ensemble des peintures de cette cour,  ressortissant au domaine de ce qu'il est habituellement convenu d'appeler "scènes de la vie quotidienne" : notamment l'assemblage et le transport du matériel dont se devait de disposer tout défunt ; la travail de la vigne et la manière dont le vin était produit ; un atelier de menuiserie ; la traditionnelle et si symbolique chasse au gibier sauvage dans le désert, etc. 

 

     Et parmi elles, j'épinglerai plus particulièrement, parce que relativement peu fréquente dans un contexte funéraire, anciennement sur plusieurs registres des faces sud et ouest d'un pilier de la cour ouverte, une très intéressante figuration d'un marché populaire de plein air où visiblement se côtoyaient artisans, paysans et pêcheurs : c'est elle que j'escompte vous présenter samedi prochain, amis lecteurs, si d'aventure persiste en vous  l'envie de visiter plus avant le tombeau de Fetekti en ma compagnie ...

 

 

 

(Barta : 2005 ³ )

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 23:00

 

 

     Comme annoncé mardi dernier, après avoir très succinctement évoqué un des fragments de calcaire (E 17459) exposés dans la vitrine 2 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, j'aimerais aujourd'hui, amis lecteurs, rappeler quelques notions concernant la technique égyptienne du relief dans le creux tout en la replaçant dans un contexte historique.  

 

 

E-17-459.jpg

 

    

     Certes, ici et là, au travers de plusieurs articles personnels, mais aussi en commentaire à un  billet  rédigé par mon ami Jean-Claude Vincent, en mars dernier, j'ai déjà eu l'occasion de faire quelques brèves allusions à ce procédé de gravure ; certes, j'y avais même consacré une partie d'une vieille intervention plus générale datant d'avril 2008. Mais aux fins de rassembler toutes ces indications éparses, j'ai cru bon, au sein de la rubrique "Décodage de l'image", de vous proposer une synthèse quelque peu plus étoffée sur ce sujet ressortissant au domaine de la gravure.


 

     D'emblée, vous me permettrez de rectifier un propos chronologique erroné que l'on trouve un peu partout sur le Net, puisqu'il est bien connu que beaucoup reprennent  ce qu'ils y ont lu sans nullement vérifier leurs sources : cette technique qui consiste à créer du relief en creusant une surface en profondeur, ne constitue en rien une création de l'époque amarnienne, c'est-à-dire de cette partie de la XVIIIème dynastie, au Nouvel Empire, caractérisée par une volonté d'entre autres modifier certains aspects de l'art égtyptien, inhérente à Amenhotep IV/Akhénaton. Tout au plus, et pour des raisons que je mentionnerai par la suite, puis-je indiquer que le relief dans le creux connut à ce moment-là une extension relativement importante qui d'ailleurs se poursuivit sous les Ramsès aux XIXème et XXème dynasties.

 

     En réalité, et l'égyptologue français Pierre Lacau (1873-1963) l'a parfaitement démontré, les deux méthodes  - bas-relief et relief en creux -, caractéristiques du décor que l’on peut tout aussi bien admirer sur une petite pièce, comme celle exposée ici devant nous dans cette vitrine, que sur l’immense surface du mur d'un temple ou d'une chapelle royale, ont coexisté depuis au moins la fin de l’Ancien Empire jusqu’aux ultimes soubresauts de l’histoire du pays ; et ce, à toutes ses périodes artistiques.

 

     Elles ne furent toutefois jamais le fait du choix arbitraire d'un artiste ; elles ne furent jamais employées au hasard : en règle générale, la gravure en relief servit au décor intérieur des bâtiments, tandis que celle en creux au décor extérieur.

 

     J'allais presque oublier : quelques précisions techniques, s'apparentant à un semblant de définition, seraient assurément, ici et maintenant, bienvenues.

 

     S'opposant en quelque sorte à la gravure en bas-relief pour laquelle l'artiste a pris soin d'évider son bloc de pierre initial de manière qu'en ressorte nettement la figuration qu'il désire mettre en évidence grâce à cette légère saillie, celle du relief dans le creux consiste à retirer du champ, sur à peine quelques petits centimètres d'épaisseur, les formes qui figureront la scène.

 

     Un procédé relevant du même esprit, se prêtant d'ailleurs à intimes combinaisons avec le précédent, consiste à graver un sillon tout autour de la forme que l'on désire, et qui se situe alors sur le même plan que le bloc de pierre proprement dit ; ce qui donne, comme sur le fragment ci-dessus, un dessin qui n'est finalement  qu'une silhouette cernée par des traits creux plus ou moins larges.


     Une raison, toute simple à l’évidence, dès l'Ancien Empire, motiva l’artiste quant à la méthode à  utiliser ; une raison inhérente à l’environnement auquel l’oeuvre était destinée : une gravure en creux, exposée en plein air, donc aux rayons du soleil égyptien, à l’intense éclat du jour favorisant les jeux d’ombre et de lumière, apparaissait avec bien plus de netteté qu’un relief de faible épaisseur. D’autant plus que l'incision pouvait entamer la pierre jusqu’à 2, 5 cm de profondeur.


     Tout au contraire, un bas-relief, à l'intérieur d'un bâtiment dans lequel la clarté est pratiquement inexistante, à  tout le moins considérablement réduite, se détachait de manière plus évidente que le creux.


     Ces assertions, ressortissant en fait au simple domaine de la physique, ont tout naturellement amené les artistes à élever le procédé en convention. C’est ainsi que la présence d'un relief en creux dans un temple, par exemple, signifie que la scène doit être considérée comme se déroulant au dehors. Inversement, l’emploi de la technique du bas-relief impose que l’on comprenne que les événements figurés se passent à l’intérieur. Et il n’est absolument pas rare que pour un même monument, on retrouve mêlés les deux types de gravure : ce qui lui confère une lecture d’autant plus pointue.

 

     En outre, quand d'aventure un fragment sans origine connue est exposé dans un musée, ou "miraculeusement" se retrouve sur le marché de l'art, l'on peut, grâce à ces conventions que je viens d'évoquer, déterminer avec plus ou moins de certitude, et selon le type de scène, si l'oeuvre provient de l'extérieur ou de l'intérieur d'un monument ; ce qui permet assurément de faire avancer les recherches quant à sa provenance.


     J'ai tout à l'heure épinglé le fait que déjà utilisé à l’Ancien Empire, le relief dans le creux connut un développement particulièrement notoire au Nouvel Empire, et plus précisément à l’époque d'Akhénaton. Il faut en effet savoir que ce pharaon, en l'an 4 de son règne, mit au point une nouvelle technique de construction des édifices qu'il dédia à l'Aton,  le disque solaire qu'il avait grandement contribué à élever au rang de divinité : l'emploi de blocs de grès de taille réduite (52, 5 cm de long en moyenne, c'est-à-dire l'équivalent d'une coudée égyptienne, pour 26, 25 cm de large - une demi-coudée, donc -, et 22, 50 cm de hauteur) que les égyptologues sont maintenant convenus d'appeler d'un terme d'origine arabe "talatat", et dont la particularité, outre leur maniabilité - quelque 55 kilogrammes en moyenne -,  réside dans le fait que les scènes peintes qui y figurent ont préalablement été gravées en creux.

 

 

Talatat.jpg

 

 

     Sur cette représentation en abyme - photo que j'ai réalisée à partir de la page 39 de l'ouvrage de Robert Vergnieux référencé  dans la bibliographie ci-dessous,  -, vous reconnaîtrez, en creux sur une talatat, la construction d'un mur avec ces blocs très facilement transportables par tout un chacun.

 

 

      L'ingénieur et égyptologue français qui a entrepris et poursuit d'ailleurs toujours actuellement l'étude la plus approfondie qui soit à propos des talatats - ne vient-il pas de mettre en place, tout dernièrement,  le projet "ATON-3D" aux fins d'étudier, par la reconstitution informatique en trois dimensions des monuments construits sur décisions royales, la politique architecturale du souverain ? -, explique le choix délibéré et systématique du relief dans le creux en mettant l'accent sur deux raisons qui, en définitive, procèdent d'une même unité idéologique : dans la mesure où c'est le disque solaire qui est considéré  comme le dieu unique par Akhénaton, ce dernier résolut de ne plus envisager de toitures dans les nouveaux temples qu'il lui consacrait de manière que la divinité puisse s'y manifester directement en les illuminant de sa généreuse présence quotidienne. 

 

     Cette décision architecturale prise par Pharaon, associée à la volonté d'imposer aux artistes la technique du relief dans le creux, permit aux scènes figurant sur les murs ainsi décorés d'être considérées comme se déroulant à l'extérieur et, en outre, d'être nettement plus "lisibles" grâce aux effets ombrés qui se jouaient sur les pierres en raison de la lumière du soleil.

 

 

     Sans nulle prétention à l'exhaustivité, mais tout en me basant sur la seule chronologie, j'ajouterai qu'après le court épisode amarnien, le bas-relief "traditionnel" reprit, avec Horemheb et Sethi Ier, ses lettres de noblesse. Ce ne fut qu'au temps des Ramsès, avec, à tout seigneur tout honneur, le deuxième du nom, le grand Ramsès II, que la technique du relief dans le creux revint en force.

 

     D'aucuns, c'était notamment le cas de feu l'égyptologue français Jean Yoyotte, voulurent à nouveau y voir une raison essentiellement idéologique : Pharaon ne portait-il pas un nom très clairement en faveur du soleil, presque programmatique : Ra mes sou, c'est-à-dire Ra, l'a mis au monde ? Et, dès lors, après avoir stylistiquement tant emprunté à Akhénaton, pourrait-on aussi admettre que Ramsès II présentait quelques dispositions à accréditer les idées atoniennes de son illustre prédécesseur.

 

     Le parfois très controversé égyptologue belge Claude Vandersleyen (1927), à propos des vastes pans de murs des monuments de ce souverain  traités en relief dans le creux, notamment pour relater la célèbre bataille contre les Hittites, à Qadesh, estime qu'avoir plébiscité cette technique notamment pour détacher, dans ces scènes épiques, la figuration prestigieuse de Pharaon, permettait plus de liberté dans l'épaisseur du relief, la variabilité du creux exprimant avec plus de nuances la rondeur des corps et la profondeur de l'espace.

 

     L'époque ramesside terminée, si la Troisième Période intermédiaire qui suivit préféra la seule technique du bas-relief, nombre de monuments d'époques ptolémaïque, puis romaine utiliseront les deux types de gravure : c'est probablement ce que certains d'entre vous, amis lecteurs, auront pu constater en déambulant dans les temples d'Edfou, de Kom Ombo, d'Esna ou de Philae, entre autres ... 

 

 

 

(Laboury : 2010, 144-50 ; ID. 390, note 168 ; Lacau : 1967, 39-40 ; Vandersleyen : 1979, 16-38 ; Vergnieux : 1997, 35-79)

 

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