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7 juillet 2010 3 07 /07 /juillet /2010 23:00

 

   D'aucuns, pragmatiques, penseront que le moment est mal choisi  dans la mesure où tous, ou presque, allons quelque peu délaisser nos blogs respectifs aux fins de nous octroyer l'une ou l'autre semaine de vacances que la banalité du langage qualifie souvent de "bien méritées".

 

     Vous accorderez au retraité de l'Enseignement de l'Histoire que je suis, même s'il sacrifie cette fois encore à ce rite estival, de prendre soin, comme le Petit Poucet de légende, de semer quelques cailloux d'importance : sur les uns, je reviendrai sous peu ; sur un autre, je m'efforcerai ce matin de simplement vous en annoncer le premier jet.

 

     Il s'appelle : ÉGYPTO-ARCHÉOLOGIE.

 

 

Abousir 3

 

     "Qu'est-cela ?", vous interrogerez-vous d'un oeil distrait, tout en bouclant probablement vos valises ...


      "Existait déjà, depuis mars 2008, EgyptoMusée, notre blog favori ! , (ne craignons pas les formules stéréotypées), dans cette pléthore de rendez-vous culturels.

Et maintenant, Egypto-Archéologie ??? "

 


     En un mot comme en cent, amis lecteurs, la maison s'agrandit !

     Et je vous en ouvre toute grande la porte (celle-ci, n'est point "fausse" !!! - les plus fidèles comprendront ...)

 

     J'ai en effet décidé, avant de momentanément bientôt vous quitter, de vous inviter à me rejoindre dans une toute nouvelle communauté que j'ai créée voici deux jours ...


      Et dans laquelle, - il fallait bien que quelqu'un essuie les plâtres - , en fonction du nom que je lui ai attribué, et des perspectives que j'aimerais qu'elle prenne grâce à vous, j'ai déjà publié quelques articles : en fait une petite quinzaine se rapportant aux fouilles archéologiques, dont vous n'ignorez plus la teneur maintenant, de l'Institut tchèque d'égyptologie à Abousir.

 

 

     Point n'est besoin, hic et nunc, d'en écrire plus.

 

     Pour plus de renseignements : colonne de droite de ce blog, rubrique "Communautés", celle que je vais, avec vous, apprendre à gérer : "Egypto-archéologie" ...


 

     "Mais, insisteront certains, pourquoi précisément lancer ce nouveau projet avant les vacances ?"

 

     Tout simplement parce que je ne suis pas encore vraiment persuadé d'être un bon gestionnaire, et qu'il faudra peut-être que je sois d'une manière ou d'une autre épaulé pour que, dès la rentrée de septembre, cette communauté fonctionne comme il m'agréerait ...

 

     A bientôt vous et moi pour cette nouvelle aventure ???

 

     Richard

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Publié par Richard LEJEUNE - dans A propos de ce blog
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5 juillet 2010 1 05 /07 /juillet /2010 23:00

   Après vous avoir invités à découvrir, il y a quinze jours, un délicat étui à kohol en os puis, la semaine dernière, une superbe boîte à onguents en bois de caroubier, j'aimerais aujourd'hui, amis lecteurs, poursuivre l'évocation de ces petits monuments qui n'ont pas toujours l'heur d'attirer les regards de touristes manifestement pressés.

 

     Le point commun entre tous les objets de toilette exposés dans cette vitrine 2 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre réside, vous vous en souvenez, dans le détail de leur décoration : ils sont en effet gravés ou incisés de représentations d'animaux qui, souvent, en pourchassent d'autres.

 

 

     La seconde boîte à onguents (N 1 741) que nous avons ici devant nous provient elle aussi de la collection Drovetti.

 

 

N 1 741

 

     Même partiellement abîmé,  - il semblerait que le bois du couvercle et de l'arrière-train de l'animal ait été rongé, voire calciné -, ce spécimen de 13, 5 cm de long et de 4, 5 de large reste magnifique : datant du Nouvel Empire, il représente une élégante gazelle que l'on a vraisemblablement capturée ; ses pattes, repliées sous le ventre, sont en effet ligotées. 

 

     C'est le corps même de la bête que l'artiste a évidé pour constituer le récipient peut-être destiné à contenir les produits cosmétiques d'une belle Egyptienne, alors que le couvercle, se mouvant grâce à un pivot, figure le flanc droit de la fine gazelle.

 

     Détail d'importance : l'oeil, en fait les deux yeux, et les cornes ont conservé la peinture noire d'origine. 

 

 

     Dans la même catégorie d'objets, trois couvercles attireront à présent plus particulièrement nos regards. Et en premier lieu, celui en bois de caroubier toujours, référencé N 1711 A.

 

N 1 711 A.jpg

 

     Mesurant 12, 5 cm de longueur et 4, 4 de large, datant de la XVIIIème dynastie, cette pièce rectangulaire propose, gravés en creux, deux animaux gambadant allégrement dans un environnement herbeux : tous les deux regardent vers la gauche, normalement pour celui du dessous, mais au prix d'un effort sur lui-même pour celui de la partie supérieure puisqu'en réalité, il sautille, lui, vers la droite.

 

     Dans l'un, il me semble reconnaître un petit veau, mais n'en suis pas vraiment persuadé pour le second, même si le cartel indique le substantif au pluriel.

 

     Vous aurez d'évidence noté, amis lecteurs, si vous avez été soucieux de l'élément décoratif qui encadrait les scènes gravées sur le coffret que nous avons détaillé la semaine dernière, qu'ici aussi nous avons des bandes composées de végétaux, pétales ou feuilles lancéolées, sur deux niveaux superposés, gravées aux extrémités du couvercle. Entre eux, une ligne ondulée qu'enserrent deux horizontales représente vraisemblablement le Nil.

 

     Si subsiste cette fois, à la partie supérieure, le bouton rond qui, à l'origine, permettait d'ouvrir la boîte, à l'inverse, ont complètement disparu les incrustations de pâte minérale rouge et verte, ainsi que d'os, qui servaient initialement à rehausser quelques détails.   

 

 

     Remarquez le travail légèrement différent qu'a réalisé un artiste également du Nouvel Empire sur le couvercle  N 1 711 B, un peu plus petit puisqu'il mesure 11 cm de long et 3, 5 de large, tant au niveau du type de gravure qu'à celui du choix des motifs encadrant les frises autour des deux scènes animalières, ou celui qui, au centre de la composition, les sépare. 

 

N 1 711 B.jpg


 

     Au registre supérieur, il a esquissé deux bouquetins s'agrippant à (ou voulant grimper sur) une plante pour le moins particulière. En dessous, nous retrouvons des veaux gambadant cette fois tous deux dans la même direction : peut-être fuient-ils l'animal représenté entre eux, ou tout autre danger ?

 

     Il m'apparaît évident que les boîtes que ces couvercles durent un jour fermer furent de semblable excellente facture. Et comparativement à celle de mardi dernier, placée juste à côté dans la vitrine, il est indéniable, alors qu'ils ne font aucunement partie de la collection qu'avait rassemblée, puis vendue au Louvre, Bernardino Drovetti, en 1827, qu'ils proviennent sinon du même artiste, à tout le moins d'un même atelier, d'une même école artistique.

 

 

     Tout différemment se présente le dernier objet que nous envisagerons ce matin : E 17 367.

 

 

E 17 367.jpg

 

 

     En effet, plutôt que de bois,  il s'agit de faïence siliceuse, originairement verte, mais s'étant avec les siècles fortement décolorée : de forme semi-circulaire, il obtura très vraisemblablement un écrin réalisé, dans le même matériau, de 11 cm de long et de 7, 1 de large.

 

     Deux trous ont été percés, l'un au milieu de l'arrondi extérieur, l'autre, à l'aplomb, dans la partie rectiligne du dessous : probablement marquent-ils l'emplacement de la pièce qui devait permettre d'ouvrir le petit récipient.

 

     Datant de la XXVIème dynastie, à la Basse Epoque donc, il a été travaillé en relief pour figurer un carnassier à la gueule à nouveau vue de face, s'apprêtant à dévorer un oryx qu'il immobilise de ses pattes antérieures : la droite posant sur le flanc du gracile animal, la gauche lui maintenant les membres au sol.

 

 

     Nonobstant que, comme tout un chacun, j'admire l'énormité du travail des sculpteurs égyptiens de l'Antiquité, que ce soit au niveau des reliefs d'un monument funéraire, ou de celui des hiéroglyphes harmonieusement gravés sur les parois d'un temple - rappelez-vous, à Karnak, ceux des "Annales "de Thoutmosis III -, ou devant l'immensité parfois atteinte dans leur statuaire : je pense notamment aux colosses de Ramsès II à Abou Simbel, il m'apparaît au fil du temps que je suis de plus en plus réceptif quand l'extrême talent de ces hommes se met au service et s'accorde avec la petitesse de certaines pièces destinées à un mobilier funéraire. Celles auxquelles j'ai consacré mon intervention d'aujourd'hui, par exemple.

 

     Ne sont-elles pas superbes toutes ces boîtes à fards ? Ne requièrent-elles pas une attention soutenue ? Chaque détail de leur décoration ne mérite-t-il pas notre admiration  ?

 

     Certes, existera toujours l'un quelconque esprit chagrin qui m'objectera que le lion que les égyptologues veulent voir sur le couvercle ci-dessus n'est pas véritablement représentatif de la réalité. Il n'empêche qu'à mes yeux, à tout le moins, l'aspect éminemment carnassier de la bête a été admirablement rendu par la gueule ouverte que l'artiste a réalisée à l'époque ; et que sa puissance sur le frêle oryx qu'il plaque au sol est indiscutable. Et peu me chaut si d'autres détails de son corps ont été volontairement ou non laissés de côté par le sculpteur ... Là n'était pas l'essentiel : la gueule et les pattes sont, me semble-t-il, suffisamment éloquentes : on a tous compris que nous n'assistions pas ici à une idylle naissante !

 

     Avec ces quelques gracieux objets de toilette - et je ne considère pas avoir épuisé le sujet -, je n'avais d'autre but, amis lecteurs, que celui de vous faire admirer un travail de précision, de  vision animalière que l'on n'approche pas toujours avec nos yeux de visiteurs pressés.

 

     Je ne sais si j'y suis parvenu, mais au moins aurais-je essayé de vous inviter à  porter un autre regard sur ces petits "trésors" quand, d'aventure, vous reviendrez sans moi visiter le Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

     Toutefois, si vous estimez que mon modeste objectif fut aujourd'hui atteint, je vous propose un pénultième rendez-vous, mardi prochain, même salle, même heure pour, avec deux autres petites merveilles, à savoir : des cuillers à fard, irrémédiablement nous diriger vers le point final de notre inventaire de la vitrine 2 que nous apposerons le 20 juillet suivant ...

 

 

  (Vandier d'Abbadie : 1972, 45 ; Id. 52)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 23:00

 

     Nous étions donc tous réunis, samedi dernier, amis lecteurs, pour ensemble visiter la tombe du patriarche d'une importante famille de hauts fonctionnaires memphites de cette VIème dynastie qui clôture pratiquement l'Ancien Empire égyptien.

 

     La semaine précédente, j'avais, dans une première intervention, largement souligné la destinée particulière des membres de cette lignée : puis-je me permettre de vous conseiller d'éventuellement vous replonger dans vos notes de la dernière quinzaine si, d'aventure, l'un ou l'autre détail de notre visite de ce matin venait à vous échapper ? 

 

     Il est effectivement dans mes intentions aujourd'hui de vous convier  à découvrir, toujours dans la même nécropole d'Abousir, immédiatement au sud de celui de son père, le mastaba d'Inty, à tout le moins sa partie supérieure.

 

Mastaba du juge Inti.jpg

 

 

     Une toute petite précision s'impose d'emblée : alors que je m'étais donné comme ligne de conduite d'envisager avec vous les travaux des équipes de l'égyptologue tchèque Miroslav Barta durant les ultimes années du précédent siècle, je pense opportun de quelque peu transgresser cette position dans la mesure où les mastabas de Qar et de son fils Inty, dans le même complexe funéraire, se doivent à mon sens d'être traités ensemble ; même si, de campagne en campagne, ce fut en 2000-2001 que les  archéologues exhumèrent la superstructure du mastaba - ce que nous verrons ce matin -, et en 2002 que le puits funéraire dans lequel nous descendrons samedi prochain fut mis au jour, soit à ce présent XXIème siècle qui constituera, dès l'automne prochain, un nouveau grand "chapitre" de nos visites de la nécropole.

 

     Aujourd'hui, donc, et sans nous préoccuper de chronologie, c'est chez Inty que nous nous rendons.

 

     Inty - ou Inti, selon les graphies , - était, souvenez-vous, le petit dernier, le fils "préféré" que Qar eut d'une seconde épouse. Comme son père, comme ses frères, ce puîné embrassa la fonction de Juge de Nekhen. 


 

Inti.jpg

 

 

     Miroslav Barta pense qu'il est très probable que, si pas simultanément, le tombeau d'Inty fut construit  fort peu de temps après celui de son père. Et de baser son opinion sur un aménagement particulier remarqué lors des fouilles : il a en effet  retrouvé l'emplacement d'une petite ouverture dans le mur ouest partiellement détruit de la chapelle vizirale de Qar qui donnait sur une pièce située juste en face de l'entrée de la tombe de son fils et donc, qui reliait ensemble les deux monuments funéraires. C'est la raison pour laquelle, les plus attentifs d'entre vous auront très certainement noté que dans une précédente intervention, j'ai employé les termes de "semi-indépendants" pour définir les deux mastabas.

 

     C'est à l'ouest, en fonction de la topographie du cimetière sud d'Abousir, que se situe la façade du tombeau, d'une largeur de 2, 72 m, magnifiquement préservée qu'elle fut, comme vous pouvez le constater, grâce au sable du désert qui recouvrit le lieu des millénaires durant.

 

Inti - Entrée de la tombe.jpg

 

    

     Composé de blocs de calcaire décorés de reliefs dans le creux ayant encore partiellement conservé leurs teintes d'origine, chacun des deux côtés de l'entrée propose, sur 1, 03 m de large, en séquences relativement symétriques, le juge Inty, debout, en taille héroïque, tenant, bien visible sur la paroi gauche, un long bâton. Torse nu, simplement vêtu d'un pagne à devanteau, il est coiffé d'une perruque longue, à fines mèches parallèles, et arbore une barbe très courte. Un large collier ousekh composé de plusieurs rangs de perles lui orne le cou.  A ses pieds, Ankhemtjenenet et Senedjemib II, ses deux fils, représentent la troisième génération de la famille de Qar. 

 

     Disposés en colonnes verticales, les hiéroglyphes, eux aussi gravés en creux, que vous apercevez devant et au-dessus des personnages donnent à lire une courte autobiographie du juge Inty, mais aussi le traditionnel "Appel aux vivants" (ou "aux visiteurs", suivant les propos inscrits).

 

     Si vous observez attentivement, vous distinguerez au-dessus de la main d'Inty, à gauche comme à droite, mais plus facilement de ce côté, trois hiéroglyphes - djed-f, en égyptien -,


Il-dit---Djed.f--.jpg

 


signifiant "Il dit " : ces pictogrammes marquent l'introduction aux paroles, prières ou menaces, parfois promesses, que le propriétaire de la tombe adressait à ceux, prêtres, fonctionnaires de la nécropole et bien évidemment ses propres parents, qui étaient amenés à pénétrer dans la chapelle où se devait de lui être rendu un culte ; culte qui, j'aime à le rappeler, constituait tout à la fois un devoir de mémoire de la part des proches et, de manière concomitante, l'espérance en la survie dans l'Au-delà pour le défunt lui-même. 

 

     Pour différencier les textes en question, les égyptologues nomment "Appel aux vivants" ceux qui se composent seulement de prières, "Formule prohibitive" quand il n'y a que des menaces et "Adresse aux visiteurs" ceux qui réunissent les deux.

 

     Le savant genevois Henri Wild, (1902-1983), se référant à plusieurs formulations semblables relevées dans différents mastabas de cette époque, dont celui de Ti, à Saqqarah, proposa jadis une traduction type mettant l'accent sur le fait qu'est menacée d'être jugée devant le grand dieu toute personne qui entrerait dans le tombeau en n'étant point pure, c'est-à-dire, pour les prêtres ritualistes par exemple, en ayant consommé des produits prohibés : souvenez-vous des poissons que j'ai déjà ici évoqués. Le texte, ou plutôt le défunt, ajoute la précision qu'il a été initié à divers rites, qu'il connaît les livres sacrés et que, de la sorte, il est à même de protéger ceux qui, en état de pureté, lui apporteront les offrandes funéraires.

 

     J'annonce tout de suite que je ne dispose pas du texte exact que les épigraphistes tchèques ont relevé chez Inty ; toutefois si un exemple de cette formule vous intéresse, amis lecteurs, je ne puis que vous conseiller, une fois encore, de vous rendre sur l'excellent site d'OsirisNet où, dans l'étude qui y est proposée du mastaba de Ti, est reprise in extenso, tout au bas de la page 1, la traduction d'Henri Wild.

 

     Avant de pénétrer ensemble plus avant, je voudrais vous faire remarquer la présence, ici, de petits obélisques - ou ce qu'il en reste : habituellement érigés par paires - il y en eut donc très probablement quatre devant le mur de façade de la tombe d'Inty -, ces monuments que l'on retrouvera bien plus tard, au Nouvel Empire, pesant des tonnes cette fois, essentiellement de part et d'autre des pylônes  d'entrée des temples, symbolisaient en fait les rayons du dieu solaire Rê auquel, au point de départ, on rendait hommage dans la ville d'Héliopolis.  

 

     A l'intérieur du passage d'accès d'environ 1, 30 m de long, les égyptologues découvrirent les processions d'hommes et de femmes, ces dernières, sur le mur ouest, personnifiant les différents domaines agricoles ayant appartenu au défunt et dont les noms sont en rapport avec le roi Téti, tandis que les premiers, sur le côté est, figuraient les porteurs d'offrandes : scènes récurrentes dont peut-être vous vous souviendrez avoir vu un exemplaire, si pas lors d'un séjour en Egypte, à tout le moins, pour les plus fidèles d'entre vous, quand ensemble nous avons visité la chapelle d'Akhethetep, en salle 4 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

     Empruntons maintenant, voulez-vous, ce petit couloir d'entrée d'un peu moins de 70 centimètres de largeur - merci de prendre garde à ne pas abîmer les parois décorées, notamment avec vos sacs à dos - pour déboucher dans une petite cour de 5, 46 sur 3, 33 mètres, pavée de blocs de calcaire : là, dans le mur ouest, a été aménagée la chapelle cultuelle large d'1, 70 m et haute de 2, 15 m de laquelle, il y a quelques années, fut exhumée la stèle fausse-porte : les deux clichés ci-dessous, émanant des archives de l'Institut tchèque d'égyptologie, font état de deux étapes de son excavation.

 

 

Stèle fausse-porte.jpg


 

Mise-au-jour-chapelle-funeraire-du-juge-Inti.jpg

 

 

     Taillée dans un bloc monolithique en calcaire, surmontée d'une corniche à gorge, elle est couverte de hiéroglyphes gravés en creux détaillant les traditionnelles formules d'offrandes, mais surtout, le nom et les titres officiels d'Inty : informations non négligeables permettant aux chercheurs de partiellement reconstituer sa carrière prestigieuse au sein de l'Administration centrale memphite.

 

     Dans la partie supérieure de cette fausse-porte : la "fenêtre" à travers laquelle l'on peut "voir" une  relativement rare double représentation du défunt assis à la table de son repas funéraire. 

 

Stele-fausse-porte.jpg

 

 

     Au fur et à mesure du dégagement des parois de la chapelle cultuelle d'Inty, il apparut très vite aux membres de l'équipe de Miroslav Barta  que les scènes qui en ornaient les différents murs étaient d'une beauté et d'une finesse d'exécution bien supérieures à celles qui avaient été retrouvées quelques années auparavant dans celle de Qar, son père.

 

     Parmi elles, notamment,  remarquablement  bien préservé, un bas-relief d'Inty à nouveau devant sa table d'offrandes. 

 

 

Bas-relief-Inti-assis---chien-sous-siege.jpg

 

      L'égyptologue belge Nadine Cherpion a magistralement démontré, dans une étude centrée sur la datation des mastabas et des hypogées de l'Ancien Empire, qu'existaient quatre catégories de critères utiles permettant de chronologiquement classer ces tombes avec une certaine précision : ce sont bien évidemment les vêtements portés par le défunt, mais aussi les détails de la fausse-porte, la table d'offrandes devant laquelle il se tient, sans oublier son contenu, et - c'est la raison pour laquelle je précise ici ce point -, le siège sur lequel il est assis.

 

     En effet, en comparant des figurations semblables dans plusieurs chapelles funéraires, l'on se rend très vite compte que les sièges peuvent présenter des différences notoires dans maints détails de leur fabrication : notamment aux niveaux des dossiers, de la présence ou non d'un coussin, de la forme des pieds, etc.

 

     Celui d'Inty est constitué d'un dossier bas que recouvre un coussin, a des pieds thériomorphes, c'est-à-dire évoquant un animal sauvage :  ici, ce sont des pattes de lion, et se termine, à l'arrière, par une ombelle de papyrus.

 

     Tous ces points, mais aussi bien d'autres dans la tombe, permettent donc de la situer à l'époque du roi Téti.

 

     Autre scène, sous le siège : la présence d'un nain tenant en laisse Idjem, - son nom a été incisé juste au-dessus de ses oreilles dressées -, le chien favori du défunt, un de ces "Lévriers des Pharaons" à la rare élégance auquel, précédemment, j'ai déjà fait allusion.


 

Bas-relief---Nain-et-levrier-du-juge-Inti.jpg

(© Archive of the Czech Institute of Egyptology, Kamil Voděra.)


 

     Certains d'entre vous peut-être ont pu admirer semblable représentation, pas loin d'ici, à Saqqarah, dans le mastaba de Mererouka, qui fut lui aussi, comme Qar, le père d'Inty, vizir de Téti, à la VIème dynastie. 

 

     Si, comme vous l'avez assurément noté, les traits du visage ainsi que quelques détails de ce portrait du fils préféré de Qar, comme le large collier ousekh qu'il porte sur la poitrine, ou la perruque finement frisée à laquelle je faisais référence il y a quelques instants, attestent indiscutablement du haut degré de perfection de l'artiste égyptien,

 

Inti (K. Vodera)

 

ils manifestent également l'exigence esthétique qu'Inty imposa à ceux qui s'occupèrent de sa "Maison d'éternité" : il faut en effet que vous soyez conscients qu'à cette époque déjà, les propriétaires des tombes privées mettaient un point d'honneur à contrôler et la qualité du travail architectural en général et celle de la décoration intérieure en particulier.


 

     Aux fins de clôturer l'évocation de l'immense complexe funéraire de Qar et de ses  proches, et avant, je l'avoue, les vacances que, partiellement, mon blog se propose de m'offrir, je vous invite à nous retrouver une dernière fois, amis lecteurs, samedi prochain, devant le mastaba d'Inty : ensemble nous descendrons visiter la chambre sépulcrale.

 

A samedi ...

       

 

(Barta : 2004, 53-6 ; Id. : 2005 ; Cherpion : 1989, 25-42 ; Onderka & alii : 2008, 104 ; Wild : 1959, 101-12)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 23:00

 

       Dans l'éditorial qu'il signe à la page 5 du dernier numéro, le douzième, du magazine trimestriel Grande Galerie, Le Journal du Louvre, Henri LOYRETTE, Président-Directeur du Musée mentionne, en substance, toutes les magnifiques expositions cachées et dont personne ne parle qui, selon ses propres termes, sont déguisées sous le nom de "collections permanentes"

 

     Il est manifeste que, contrairement à vous, amis lecteurs, Monsieur Loyrette n'a pas la chance ( ) de connaître EgyptoMusée. Il ignore que des confins de la Belgique cousine, un retraité de l'Enseignement de l'Histoire, "Passeur de mémoire" donc, amateur d'égyptologie de surcroît, s'est mis en tête, depuis plus de deux ans maintenant, de faire visiter - en prenant tout son temps - , salle par salle, le Département des Antiquités égyptiennes du Musée dont M. Loyrette assume la direction.

 

     Je pense ... ; non, je ne pense pas : j'affirme péremptoirement, pour l'avoir constaté maintes et maintes fois, qu'en majorité, les touristes qui le parcourent s'y engouffrent au pas de charge dans la seule optique d'accéder le plus rapidement possible là où ils savent pertinemment bien qu'ils trouveront ce qu'ils considèrent comme le nec plus ultra, si pas le seul art valable : celui de la sculpture monumentale.

Ce que les trois espaces en enfilade constituant la salle 12 dédiée au temple déploient en fait à l'envi.

 

     Se comportant ainsi, au gré des vitrines, ils regardent sans vraiment voir. Et passent à côté de petits bijoux qui, à eux seuls, mériteraient pourtant une attention plus que passagère.

 

     Ce sont ces petits monuments oubliés, peu admirés, laissés pour compte, comme les quelques-uns qu'il nous reste à évoquer dans la deuxième vitrine de la salle 5 devant laquelle nous nous trouvons  maintenant depuis la rentrée 2009, que je voudrais mettre en lumière au cours des derniers rendez-vous que j'escompte programmer les prochaines semaines, avant le nouveau congé scolaire de l'été 2010. 

    

       Mardi dernier, déjà, parmi les objets de toilette sur lesquels nous allons nous pencher, je vous avais proposé un très bel  étui à kohol en os.

 

     Aujourd'hui, c'est sur un remarquable - mais si peu remarqué ! - coffret à onguents que je voudrais m'attarder.

 


N1698.jpg

 

 

      De forme cylindrique, réalisé dans du bois de caroubier, il provient de l'ancienne collection Drovetti.

 

     (Puis-je me permettre de vous suggérer, concernant ce personnage et l'origine des pièces  égyptiennes du Louvre, de consulter un article capital en la matière que j'avais publié le 19 mars 2008, le lendemain de la création de mon blog ?)


 

     A propos du relief du Lirinon exposé dans la vitrine 9 de la  salle précédente, j'avais évoqué, les  24 et 31 mars 2009, les parfums et autres onguents qui pouvaient tout à la fois servir pour les cultes rendus à une divinité dans un temple, mais aussi, dans la vie domestique quotidienne, pour les soins esthétiques, voire thérapeutiques : ce sont semblables produits que contenaient les différents compartiments de cette boîte de seulement  13, 5 cm de long et 7 de diamètre : cinq cases d'un côté - celui visible sur le  premier cliché -, et quatre dans la seconde partie, posée dessus.

 

     S'ouvrant dans le sens de sa hauteur en faisant glisser l'une des deux moitiés sur l'autre, elle présente aujourd'hui pour nous l'avantage d'être extérieurement gravée de séquences animalières encadrées de frises décoratives : trois niveaux de pétales dans la portion supérieure, ainsi qu'en dessous, deux surmontant une décoration que les égyptologues nomment en "façade de palais".

 

     En outre, ces différents bandeaux sont séparés des deux scènes proprement dites par un mince filet de lignes ondulées, manière codifiée de figurer les vagues du Nil : il nous faut ainsi comprendre que nous sommes dans un environnement palustre.

 

     D'un côté, la première scène nous montre deux chiens s'attaquant à un veau dans un fourré de papyrus ;

 

N 1 698 - Veau attaqué

 

au-dessus du second chien qui mord dans une des pattes antérieures de sa victime, s'envole un oiseau aquatique.

 

N 1 698 - Chien

 

     De l'autre côté du cylindre, celui fendu et recollé, la deuxième scène gravée, extrêmement symbolique, propose, dans le même biotope, un lion dont, détail remarquable et rare, la tête nous est présentée de face. Il tient en sa gueule également un veau qu'il emporte manifestement avec lui.

 

N 1 698 - Lion

 

     Derrière eux, l'artiste a cru bon d'ajouter la touche maternelle : une vache déplorant le rapt et la perte imminente de son petit.


 

N 1 698 - Vache

 

      Dernier détail, technique cette fois : le graveur qui fut à même de restituer tous ces événements douloureux sur un espace aussi restreint s'est autorisé, pour rendre encore plus vivant l'aspect des choses, à incruster d'os les corps des animaux et à colorer de pâte végétale rouge et verte les trais gravés dans le bois.

Du très grand art ... 

 

     Même si, dans de précédentes interventions visant à décoder l'image égyptienne, j'ai eu l'opportunité d'envisager la symbolique de la présence de fourrés de papyrus ou de certains détails des scènes de chasse dans les marais, j'aimerais très brièvement avant de nous quitter en rappeler deux ou trois points qui me semblent essentiels à  la compréhension de la décoration de cette boîte à onguents qui, je vous le rappelle, fit partie du mobilier funéraire d'un défunt.

 

     Le fourré de plantes aquatiques, souvenez-vous, constitue l'image des origines de la civilisation égyptienne, ce Noun qui avait préexisté à toute chose et qui allait donner naissance à la vie, à commencer par celle du démiurge lui-même.

 

     Véritables microcosmes de bêtes dangereuses et malfaisantes, mais aussi d'autres parfaitement inoffensives,  ces zones marécageuses symbolisaient les régions chtoniennes, c'est-à-dire le monde souterrain avec ses obstacles à écarter dans lequel pénétrait tout trépassé désirant devenir un nouvel Osiris : avant donc de prétendre à une renaissance dans le monde de l'Au-delà, il devait se donner les moyens de garantir sa régénération. D'où, ces combats entre certains animaux ; d'où la présence ici d'un lion - métaphore à peine voilée de la toute puissance royale !

 

     En outre, il ne faut pas oublier de comprendre la fraîcheur des plantes de papyrus comme une allégorie : celle évidemment de la verdeur physique, de la jeunesse éternelle que veut conserver  - ou recouvrer - le défunt dans sa vie post mortem

 

     Vous admettrez donc, amis lecteurs, à la lumière de ces très brèves allusions qu'à nouveau je tenais à préciser, que ce petit coffret de toilette, indépendamment de l'esthétique qui le caractérise et sur laquelle je ne pouvais manquer d'attirer votre attention, doit aussi être envisagé, en tant que partie intégrante d'un mobilier funéraire, au niveau de la symbolique sous-jacente des représentations incisées par l'artiste égyptien.

 

     Et nous retrouvons cette notion chère à feu l'égyptologue belge, le Professeur Roland Tefnin, qui vous est j'espère maintenant bien connue : l'image égyptienne ne se résume pas à un seul sens de lecture. 


 

     Ceci posé, il est temps à présent de nous séparer et de nous donner un nouveau rendez-vous, même jour, même heure la semaine prochaine, pour nous pencher sur d'autres objets de toilette que je voudrais vous faire connaître avant que, tous, nous nous égaillions dans la nature - moins hostile que ces fourrés de papyrus, je présume -, de nos vacances respectives.

 

 

 

 

 

(Vandier d'Abbadie : 1972, 43-4)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 23:00

 

      C'est en mettant plus spécifiquement l'accent sur quelques-unes des conditions sociales qui marquèrent la fin de l'Ancien Empire et le début de ce que les égyptologues sont maintenant convenus d'appeler la Première Période intermédiaire (P.P.I.), que samedi dernier, je vous ai quittés, amis lecteurs, aux abords du complexe funéraire d'un certain Qar, vizir de son état. Sans omettre, évidemment, de vous proposer de nous retrouver cette semaine dans le but d'ensemble visiter son domaine funéraire situé dans l'immense nécropole d'Abousir, à une petite trentaine de kilomètres au sud de l'actuelle capitale égyptienne.

 

     Mais avant d'y pénétrer, permettez-moi, en guise d'introduction, d'insister sur un premier point : si les égyptologues tchèques qui, entre 1995 et 2002, avec à leur tête Miroslav Barta, investiguèrent minutieusement, donc scientifiquement, le lieu, purent déterminer sans discussion aucune que ce fut au début de la VIème dynastie, soit vers 2325 avant notre ère, sous le règne de Téti, que Qar, toujours Juge de Nekhen  - (pour faire court : Juge aux  ordres du souverain sur le territoire de la ville de Nekhen) -, et donc, souvenez-vous, pas encore en tant que vizir, commença la construction de son tombeau destiné, en fait, aux membres directs de sa lignée, ce concept d'une tombe globale, commune pour toute une famille de nobles ou, comme ici, d'importants fonctionnaires de l'Administration memphite, existait déjà depuis le règne de Niouserrê, à la Vème dynastie donc, soit pratiquement un siècle plus tôt.

 

     Architecturalement parlant, au tout point de départ, ce type de construction se caractérisait par la présence de plusieurs espaces détenant chacun une fonction particulière : l'un était réservé à la chapelle prévue pour le culte du défunt - souvenez-vous de celle d'Akhethetep dans laquelle nous sommes entrés à l'automne 2008 en salle 4 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre. D'autres, les cours d'entrée notamment, avaient eux aussi une fonction cultuelle - en mai dernier, nous avons parcouru celles de Kaaper et de Fetekti, ici même, à quelques dizaines de mètres de nous ; d'autres encore étaient voués à engranger les réserves alimentaires pour le repas éternel des occupants.  

 

     Des occupants, puisque, vous l'avez compris, plusieurs chambres sépulcrales, parfois décorées, ont été mises au jour dans semblables complexes funéraires.

 

     De sorte que, même si Qar entame la construction de sa "Maison d'éternité" près d'une centaine d'années après les premières du genre, c'est tout naturellement qu'il l'envisagea avec les mêmes conceptions architecturales.

 

 

Plan complexe funéraire de Qar et d'Inty - (Dessin J. Mal

 

 

     Le plan dessiné ci-dessus par J. Malatkova augure effectivement de l'ampleur du monument : deux imposants mastabas semi-indépendants, celui du patriarche, au nord, et celui de son fils manifestement préféré, Inty, au sud, constituent les éléments essentiels. Ce n'est que par la suite que dans le coin nord-est de la tombe de Qar proprement dite furent ajoutées, pour ses trois autres fils, de simples petites chapelles adventices ; Qar et Inty ayant la leur, ainsi que leur puits funéraire personnel, dans leur mastaba respectif.

 

     Bien qu'ayant été gravement endommagée par l'érosion et des destructions successives, il appert que c'est également par une cour à ciel ouvert de 25 mètres sur 14, située au nord du domaine lui-même, que l'on pénétrait dans les chapelles de culte : que ce soient dans celles de ses trois fils, au nord est, ou dans la sienne.

 

     C'est dans cette première chapelle cultuelle de Qar - en effet, vous aurez compris qu'il en fera ériger une autre quand, vraisemblablement, statut social oblige, il devint vizir -, que les équipes de fouilles tchèques découvrirent, sur le mur ouest (- c'était la tradition, puisque l'ouest représente le point où le soleil se couche,  le lieu de régérération nocturne, partant, là où, habituellement, se trouvaient les nécropoles -), la stèle fausse-porte permettant le passage du Ka, une des composantes du défunt, du monde des morts vers celui des vivants.

 

     (Pour ceux de mes lecteurs qui désireraient de plus amples renseignements sur ce type bien particulier de monument funéraire dans les chapelles des mastabas de l'Ancien empire, puis-je me permettre de suggérer la lecture, dans la rubrique Décodage de l'image égyptienne, d'un article que j'ai publié à l'automne 2008 ?)

 

     A l'extrémité sud du mur ouest donc, celui orienté vers le monde de l'Au-delà, se trouvait un bloc monolithe de calcaire de 2, 76 m de haut (la chapelle elle-même en mesurait 2, 90) et de 1, 34 m de large.

 

     Les textes hiéroglyphiques gravés ayant été traduits par les épigraphistes tchèques, nous savons que l'intérêt du monument en lui-même réside dans le fait qu'il nous donne à lire la seule attestation présente dans toute la tombe du titre de haut fonctionnaire que Qar détenait avant son instauration en tant que vizir, à savoir : Véritable Juge de Nekhen du Roi.

 

     Quant à la seconde chapelle funéraire à laquelle ci-avant je faisais très brièvement allusion, celle qu'il se fit aménager après sa fulgurante promotion, celle que les égyptologues appellent désormais "chapelle vizirale", elle est accessible par une entrée ouverte toujours dans le mur ouest de la première chapelle, au bout d'un corridor de 7, 35 m de long. 

 

     C'est dans cette pièce de 4, 92 m x 1, 75 que furent exhumés les plus beaux reliefs conservés. Et notamment, cette magnifique stèle fausse-porte de 3, 18 m de haut pour 1, 30 de large, la seconde que Qar s'est offerte, surmontée d'une corniche à gorge. 

 


Fausse porte - Chapelle vizirale.jpg


        Cette photo que j'ai réalisée à partir du catalogue de l'exposition Discovering the land on the Nile - [Objevovani zeme na Nilu]- qui s'est tenue à Prague en 2008, vous permet de constater, amis lecteurs, l'extraordinaire état de conservation des peintures de l'époque.

 

     Dans cette chapelle également, les Tchèques relevèrent les seules mentions des membres de la famille de Qar.

 

 

Repas- funéraire.jpg

 

 

     En effet, si vous scrutez bien le cliché malheureusement monochrome ci-dessus, vous distinguerez, au registre inférieur, la classique procession des porteurs d'offrandes : l'artiste a tenu, sur commande bien évidemment, à noter, pour les premiers d'entre eux, le nom de trois des fils du défunt, les plus âgés : Qar Junior, Senedjemib et Tjenty.

 

     Manifestement ajouté par la suite à la fois sur les murs nord et sud, un quatrième nom apparaît, celui du plus jeune de ses enfants, Inty, le fils que Qar eut avec sa seconde épouse ; celui-là même, souvenez-vous du plan ci-dessus, qui s'est fait construire un mastaba au sud de celui de son père.

L'artiste l'a figuré faisant également offrande au pater familias

 

     J'ai évoqué tout à l'heure la cour à ciel ouvert du mastaba : c'est par l'entrée ouest de son mur sud que nous allons à présent accéder à un long corridor de 13, 65 m de long et de 0, 75 de large. Dans son mur ouest s'ouvrent des alcôves correspondant aux puits funéraires de membres moins importants de la famille du vizir, sachant que ses propres fils furent inhumés à d'autres endroits, au nord et au sud du complexe paternel, leurs tombes, pour des raisons peu claires, peut-être politiques, ayant été amplement détruites, arasées ...  

 

     La chambre sépulcrale de Qar, elle, aux murs entièrement montés de blocs de calcaire, a été agencée sous sa seconde chapelle, à quelque 14 mètres de profondeur. 

 

Chambre funéraire

 

     Scindée en deux parties, la pièce est haute de 3, 07 m : à gauche, un espace de 5, 15 m de long et 2, 68 de large contient un renfoncement en forme de sarcophage de 3, 83 m sur 2, 02. M'est-il vraiment besoin de préciser que découverte entièrement vide, elle fut, comme tant d'autres, en point de mire de pilleurs de tombes, probablement déjà à l'Antiquité ?

 

     Toutefois, parmi les quelques éléments des mobiliers funéraires encore présents dans les différentes chambres sépulcrales de ce complexe, les archéologues tchèques exhumèrent de celle de Qar Junior un lot de jarres en provenance de Syro-Palestine.

 

Jarres-syro-palestiniennes.jpg

 

     Cette découverte n'est pas sans enjeu : elle permet en effet de préciser les contacts commerciaux qu'en ces temps premiers de leur civilisation, les Egyptiens établirent avec les proches voisins asiatiques et, corrélativement, d'indiquer combien cette famille de hauts fonctionnaires memphites était socialement et économiquement privilégiée, elle qui avait pu s'octroyer des céramiques étrangères, donc relativement chères.


 

     Il serait évidemment illusoire d'imaginer que pour étudier un domaine funéraire aussi important que celui de Qar et des membres de sa famille, seule serait requise, au fil des ans, une équipe d'égyptologues : un site archéologique, quel qu'il soit de par le monde, a besoin de la compétence d'une multitude de savants qui, dans leur domaine de prédilection, ne pourront qu'apporter leur touche particulière, de manière, in fine, à brosser un tableau complet de la campagne de fouilles entreprise.

 

     Cette mise au point énoncée, j'aimerais, avant de nous quitter, simplement ajouter que les examens anthropologiques menés par les scientifiques tchèques sur les différentes personnes inhumées dans le mastaba de Qar ont permis de déterminer la présence de six individus : deux hommes, deux femmes et  les restes de probablement deux corps non encore sexuellement identifiés.

 

     Il est intéressant de constater que si l'une des deux femmes s'approchait de la soixantaine, l'autre avait à peine une quarantaine d'années lors de son décès. Les modifications constatées par Miroslav Barta dans la chapelle vizirale de Qar tendraient à prouver que toutes deux furent les épouses de Qar, la première étant la mère de ses trois premiers fils, la seconde, celle d'Inty, le puîné et, apparemment, son préféré puisqu'il le laissa se construire un mastaba presque indépendant que, par la suite, son propriétaire réservera aussi lui-même à sa propre descendance.

 

     C'est précisément la superstructure de ce tombeau que je vous propose de visiter en ma compagnie, amis lecteurs, samedi prochain ...

 

 

(Barta : 2004, 45-62 ; Onderka & alii : 2008, 105)           

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 23:00

 

     Quand, un jour prochain, nous déambulerons vous et moi de la salle 8 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre en direction de la salle 10 consacrée aux loisirs, en ce compris la musique et les jeux, nous ne manquerons pas de remarquer, sur notre gauche, un espace relativement exigu dans lequel les visiteurs n'ont d'autres choix que celui de se bousculer ou de fuir ailleurs, mais que malgré tout  les Conservateurs du lieu ont nommé salle 9.


     Pour quelles raisons, diantre, m'objecterez-vous, alors que nous en sommes toujours à deviser de mardi en mardi devant la deuxième des vitrines de la salle 5, croyez-vous bon aujourd'hui de déjà évoquer la neuvième ?

 

     Simplement, amis lecteurs, parce qu'un même thème s'y retrouve ; ou plutôt, parce que l'on peut y admirer des objets semblables, destinés à illustrer deux notions bien distinctes :  les sept vitrines qui se font face salle 9 n'ont en effet d'autres objectifs que mettre en exergue les bijoux, les vêtements et les soins de beauté qui tant intéressaient les belles fortunées de l'Egypte antique : pinces à épiler, miroirs et peignes le disputent là aux étuis à kohol, à onguents, et autres cuillers ornées ; ce que, après l'excellent catalogue qu'en a publié jadis l'égyptologue française madame Jeanne Vandier d'Abbadie (1899-1977), il est convenu d'appeler, dans la littérature égyptologique scientifique,  les objets de toilette.

 

     En revanche, les quelques exemplaires que nous allons découvrir à partir d'aujourd'hui ressortissent uniquement à la thématique de la chasse et de la pêche  grâce à la décoration que chacun d'eux présente.

 

      J'ai choisi d'entamer cette dernière partie de notre "étude" de la vitrine 2 par l'étui à kohol référencé N 1764.

 

N 1764.jpg

N-1764--autre-cote-.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Ce type d'objet vint, à partir du Nouvel Empire, généralement remplacer les vases à destination identique que l'on rencontrait au Moyen Empire. Celui-ci , en os, relativement abîmé, a été décoré en deux registres sur les 11, 3 cm de sa hauteur : au niveau supérieur, l'artiste a représenté des chèvres en train de gambader, tandis qu'en dessous - (les deux parties sont simplement séparées par deux incisions parallèles ) -, des oiseaux voletant au-dessus d'un fourré de papyrus ; soit deux environnements totalement opposés mais tellement représentatifs du paysage égyptien : le désert et les marais nilotiques.

 

     Sur le cliché de droite, vous remarquerez à l'extrémité supérieure du cylindre, les deux trous qui, à l'Antiquité, recevaient les boutons destinés à maintenir fermé cet étui d'à peine 2, 7 cm, de diamètre ; mais  le couvercle d'origine n'a pas été retrouvé

 

 

     Il n'est, ce me semble, nullement besoin d'insister sur le fait que le kohol, parfois aussi orthographié khôl, cette poudre noire réalisée à base d'une substance minérale contenant du plomb, la galène (sulfure de plomb = SPb), mélangée avec des graisses carbonisées, était utilisé par les Egyptiens, hommes et femmes d'une certaine classe sociale, aux fins de se protéger les yeux du soleil, mais aussi en guise de fard pour bénéficier d'une beauté éternelle.

 

     Ainsi, sur la stèle de Nefertiabet (E 15 591), une proche parente du roi Chéops (Ancien Empire - IIIème dynastie), que par ailleurs je vous conseille tout à l'heure, après notre entretien, d'aller admirer dans la cinquième vitrine de la salle 22.

 

     Je vous entends déjà énoncer discrètement entre vous ce reproche que, trop souvent, je vous invite à vous rendre au premier étage ; elle est tellement riche, cette section égyptienne ; et  vous conviendrez que tout ne peut évidemment se trouver au même endroit !

 

     Mais, bon prince, je vous en ai apporté une photographie.

 

 

Stèle Nefertiabet.jpg

 

 

     Vous remarquerez tout de suite, au centre du monument, au-dessus de la table du repas funéraire, deux cases rectangulaires : dans la première d'entre elles, sous l'encadrement, sont énumérés en colonnes, à l'extrême gauche, de l'encens, puis de l'huile ; à l'extrême droite, des figues, puis des fruits de l'arbre appelé iched et, au centre :

 

Fard-a-paupieres-vert-et-fard-noir---Stele-de-Nefertiabe.jpg

 

 

à gauche, le fard vert, à base de malachite (ouadj, en égyptien) et à droite, le fard noir, le kohol, mésed, à base de galène ; les deux lexèmes étant évidemment déterminés par l'idéogramme de l'oeil.

 

     Il faut savoir que ces produits entraient également dans la posologie de différents remèdes pour, notamment, chasser le sang des yeux.


 

     Bien que le monde égyptologique ne soit pas encore - et ne sera probablement jamais - véritablement renseigné sur le lieu exact de leur découverte, il semblerait que deux des papyri médicaux les plus importants que nous ayons actuellement à notre disposition - le Papyrus Smith et le Papyrus Ebers -, pourraient avoir été retrouvés dans les magasins du Ramesseum, le célèbre temple funéraire de Ramsès II, maintenant en ruines sur la rive ouest de Thèbes.

 

     Quoiqu'il en soit, il appert qu'aux alentours de 1862, ces deux documents provenant évidemment d'une fouille clandestine furent acquis à Louxor par un amateur d'antiquités américain, Edwin Smith (1822-1906). Il garda par devers lui le premier d'entre eux, un traité chirurgical que vous pouvez feuilleter ici, et auquel il attribua son nom ; et vendit à l'égyptologue allemand Georg Ebers (1837-1898), le second, en réalité le plus grand - 110 pages et 877 paragraphes ! -, qui, également rédigé en hiératique, brasse l'ensemble des pathologies rencontrées et des prescriptions afférentes conseillées par les médecins égyptiens durant les deux premiers millénaires de l'histoire du pays : il date en effet d'approximativement 1550 avant notre ère, soit de la XVIIIème dynastie, Nouvel Empire, sous le règne d'Amenhotep Ier.

 

     Cet important recueil de la pharmacopée des rives du Nil qui, il est bon de le souligner au passage, inspira grandement la médecine grecque dans laquelle la nôtre puise ses traditions, est actuellement conservé à l'université de Leipzig, et est toutefois consultable en ligne.

 

     Dans l'esprit des égyptologues, ce manuscrit traduit et magistralement publié par Ebers en 1875, demeure le véritable compendium de la pensée médicale d'une époque. 


 

     Ce qui constituait les problèmes des malades égyptiens s'y trouve répertorié : du simple traitement de la toux, des douleurs dentaires, des brûlures, des morsures ou des abcès jusqu'aux troubles gynécologiques et aux diverses tumeurs cancéreuses, tout est consigné dans cette somme inestimable ; en ce comprises, les prescriptions ophtalmologiques qui représentent une part non négligeable du corpus - §§ 336 à 431.

 

     C'est à cela, vous vous en doutez, que je voulais en venir. Les affections oculaires, pour lesquelles donc, le Papyrus Ebers propose une petite centaine de remèdes, furent en effet extrêmement fréquentes dans ce pays constamment baigné par les puissants rayons de Rê. Et dans un grand nombre des médications énoncées, il était prévu de, notamment, (§ 342)  farder les yeux avec de la galène (kohol qui) ... sera broyé finement, préparé en une masse homogène, et appliqué sur le dos des yeux (= les paupières). 

 

     Au § 348, l'on peut lire la prescription d'un remède pour chasser le sang qui est dans les yeux : de l'ocre rouge : 1; de la malachite : 4 ; de la galène : 1 ; du bois pourri : 1 ; de l'eau : 1. Ce sera broyé finement et placé dans les yeux.

 

     Au § 355, les mêmes ingrédients, mais dans des proportions différentes, sont requis pour soigner un orgelet. 

 

     Parfois, le remède proposé peut sembler quelque peu plus délicat à réaliser et,  pour nous Occidentaux cartésiens, relever de pratiques magico-religieuses.

Ainsi, au § 368 :

 

     Autre remède pour chasser les substances malignes qui causent le bidy (?) qui est dans les yeux : galène véritable. Sera mise dans de l'eau, dans un vase hénou, quatre jours de suite. L'opération sera renouvelée en plaçant ceci dans de la graisse d'oie quatre jours de suite. La préparation sera lavée avec du lait d'une femme ayant mis au monde un enfant mâle. Faire qu'elle se dessèche neuf jours de suite. Elle sera broyée, et une boulette d'oliban frais sera placée sur elle (= y sera ajoutée). Farder les yeux avec cela.  

 

     Je pourrais, vous vous en doutez aisément, amis lecteurs, multiplier ces exemples, mais je préfère terminer mon intervention d'aujourd'hui en récusant une antienne ressassée depuis des lustres qui voudrait, selon la toxicologie moderne, que le plomb entrant dans la composition du kohol égyptien menaçait la santé de ceux qui s'en fardaient les yeux.

 

     En effet, dans son édition du 9 janvier 2010, le journal français Le Monde a publié un article signé Hervé Morin intitulé Les vertus cachées du khôl égyptien dans lequel Philippe Walter, du Centre de recherche et de restauration des musées de France-CNRS, et ses collègues, associés aux membres de l'équipe de l'électro-chimiste moléculaire Christian Amatore, de l'Université Pierre-et-Marie-Curie, font état de l'analyse de plusieurs exemplaires de résidus de kohol retrouvés solidifiés au fond de vases et d'étuis appartenant au  Musée du Louvre : au terme de manipulations scientifiques qu'il me serait trop difficile d'exposer ici, ils sont arrivés à la conclusion que ce produit, parcimonieusement utilisé, offrait d'indéniables vertus prophylactiques et qu'il assurait bien une protection contre les infections oculaires.

 

     Ainsi scientifiquement prouvé son côté immunitaire, le kohol remplissait parfaitement deux rôles : celui de protéger les yeux des Egyptiens qui l'utilisaient mais aussi celui de tenter de les guérir des infections ophtalmologiques dont ils faisaient fréquemment les frais quand, mélangé à d'autres produits d'origine végétale ou animale, voire humaine, il était appliqué en une sorte de pommade ou de collyre.

 

     De sorte que voilà non seulement corroborées les prescriptions du Papyrus Ebers mais, et ce n'est pas le moindre des avantages, comprise la raison pour laquelle, des vases ou des étuis comme celui que nous avons rencontré il y a quelques instants dans cette vitrine, furent exhumés en grand nombre dans le mobilier accompagnant les défunts dans l'Au-delà ; et, consécutivement, se retrouvent ainsi exposés dans les collections égyptologiques du monde entier.

 

 

 

(Bardinet : 1995, 15-6 ; Id. 178 ; Id. 306-8 ; Vandier d'Abbadie : 1972, 61-2 ; Ziegler : 1990, 187-9 ;

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 23:00

     C'est devant ce vaste complexe funéraire dans lequel se sont succédé trois générations de membres d'une même famille, situé dans le cimetière sud de la nécropole d'Abousir, que je vous avais fixé rendez-vous samedi dernier, amis lecteurs, de manière à aujourd'hui faire plus ample connaissance avec un certain Qar et ses descendants.  


 

Photogramme du complexe funéraire de Qar et de ses-fils.jpg

 

 

     Si - et je pense qu'il est bon de le rappeler -, cette partie précise de la concession d'Abousir reçue dans les années soixante en guise de reconnaissance du gouvernement égyptien pour l'effective participation des égyptologues tchécoslovaques de l'époque au sauvetage des temples de Nubie menacés de disparition suite à la construction du second barrage d'Assouan, conserve les mastabas de hauts fonctionnaires de l'Etat depuis la fin de la IIIème dynastie de l'Ancien Empire, soit approximativement 2640 avant notre ère, jusqu'à la VIème, c'est précisément de celle-ci, ± 2250 - 2150  A.J.-C., qu'il faut dater l'érection de cette imposante sépulture qui nous occupera les prochaines semaines.

 

 

     Parce qu'en Egypte antique, c'est de son vivant que tout individu d'un certain niveau pense à l'organisation de son équipement funéraire, il ne fait actuellement plus de doute pour toute personne qui, peu ou prou, s'intéresse à l'histoire sociale de ce pays, que l'emplacement d'une tombe dans un cimetière de l'Ancien Empire, la superficie totale qu'elle occupe, son matériau, ses dispositions architecturales et sa décoration interne, sans évidemment oublier l'indispensable viatique qui accompagne le défunt pour son éternité, constituent des marqueurs du plus haut intérêt pour connaître son statut social, son rang hiérarchique dans l'appareil de l'Etat. Le fait est connu ; a été abondamment démontré ; est devenu un topique. 

 

     Et l'immense complexe de Qar ne déroge évidemment pas à cette règle :  son étendue,  les quelques modifications internes qui y furent ensuite apportées, mais aussi l'emploi de la pierre calcaire plutôt que la brique crue dénotent dès l'abord la présence d'une famille de hauts fonctionnaires palatins.

 

     Les fouilles que les égyptologues tchèques y effectuèrent sous l'égide de Miroslav Barta à partir de l'automne 1995 jusqu'en 2002, confirmèrent, si besoin en était encore, leur impression de départ.

 

     Mais qui donc était Qar ?

 

     Un personnage parfaitement inconnu jusqu'alors !

     En effet, et vous me permettrez d'établir une petite comparaison avec Kaaper que nous avons découvert vous et moi tout récemment, ne nous méprenons pas non plus ici sur l'homonymie de son nom : il existait déjà, dans la littérature égyptologique, un Qar, ayant également vécu à la VIème dynastie, parfaitement identifié puisqu'il était notamment inspecteur des prêtres purs chargés du culte funéraire de Chéphren et de Mykérinos à l'époque de Pépy Ier, et dont le mastaba, G  (pour "Gizeh") 7101, richement décoré, a été mis au jour, comme celui de son fils Idu (G 7102), proche de la pyramide de Khéops, par George Andrew Reisner, alors directeur du Museum of Fine Arts de Boston, lors d'une campagne de fouilles qui s'est déroulée en décembre 1924 et janvier 1925.

 

     Le Qar révélé par les fouilles tchèques fut quant à lui gratifié du poste le plus éminent dans la société étatique égyptienne - après Pharaon bien sûr -, celui de vizir : chef de l'Exécutif, il fut en quelque sorte, un des Premiers ministres de Téti, souverain fondateur de la VIème dynastie.

 

     De ses fils et petis-fils, il resta le seul à porter ce titre-là dans la mesure où, Qar Junior, son fils aîné, servit les rois Pépy Ier et II en tant que prêtre de la déesse Maat du complexe pyramidal "Durable est la vie de Pépy II", après avoir été "Khenti-she" (1) du domaine funéraire "Eternelle est la beauté de Pépy I er".

 

     (Vous remarquerez, petite parenthèse qu'il me plaît ici d'ouvrir, que les pyramides royales de cette époque recevaient un nom propre comme le plus commun des mortels !)


     Avant de devenir Vizir, Qar, le patriarche, avait été "Véritable Juge de Nekhen du roi" (2) : ce titre-là, ses trois fils Qar Junior, Senedjemib I et Inty, le porteront également. Parmi d'autres ...

      

     Les petits-fils de Qar vécurent quant à eux sous le seul règne de Pépy II, dernier grand souverain véritable de cette VIème dynastie qui marque pratiquement la fin de l'Ancien Empire.

 

     Il faut en effet savoir, nouvelle petite parenthèse, purement historique celle-ci,  que le règne de Pépy II, apparemment beaucoup trop long pour ses sujets - la tradition le gratifie de 94 années !!! -, concrétise une situation déjà en germe à la dynastie précédente : certaines grandes institutions, dont les temples régionaux ne figurent pas parmi les moindres, accroissent de plus en plus leur pouvoir au détriment, bien sûr, de celui du souverain ; le statut d'immunité dont elles bénéficiaient au niveau des impôts par exemple les renforçant inévitablement.

 

     Dans plusieurs provinces du pays, ce qu'il est convenu en égyptologie d'appeler des nomes, des familles de dirigeants, les nomarques, affirment de plus en plus leur prééminence, allant jusqu'à usurper des titres qu'auparavant seul le roi et son administration avaient le pouvoir d'attribuer : je pense notamment à celui de vizir.

 

     En outre, et dans le même état d'esprit, de hauts fonctionnaires auliques imposent de plus en plus le concept bien connu dans la France d'Ancien Régime - qui n'a donc rien inventé en la matière -, de la transmission héréditaire d'un office, d'une fonction : celle de Juge de Nekhen dans la famille de Qar me paraît à ce sujet parfaitement corroborer mon propos. 

 

     L'Ancien Empire s'achève dans la confusion : l'Administration centrale n'étant plus que l'ombre d'elle même,  la Première Période intermédiaire peut commencer ... qui accentuera encore l'effondrement de l'Etat égyptien.

 

     C'est dans ce type de société, c'est dans ce climat particulier de fin d'une époque qu'évoluera la famille  privilégiée de Qar tout au long de la VIème dynastie.

 

     Et c'est leur dernière demeure à tous que je vous convie, amis lecteurs, de visiter avec moi en la compagnie de Miroslav Barta bien sûr dès samedi prochain ...

 

 

__________________

 

(1) Alors que les Khenti-she dépendant du palais royal n'étaient que des serviteurs attachés à la personne du roi, ceux qui, comme Qar Junior, oeuvraient pour le domaine funéraire du souverain, faisaient partie d'une catégorie sociale remplissant les fonctions de cultivateurs, d'administrateurs et de chargés du culte.

 

(2) Nekhen était une ville de Haute Egypte, la Hiérakonpolis des Grecs (= ville des faucons).

 

 


 

(Barta/Bruna/Krivanek : 2003, 22 ; Barta : 2004 : 49 ; Baud : 1996, 14 ; Dessoudeix : 2008, 690 ; Grimal : 1988, 97-107 ; Vernus/Yoyotte : 1988, 141)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 23:00

     Vous les aurez très certainement aperçus lors de nos différentes interventions devant cette vitrine 2 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

 

Gros plan vitrine 2

 

 

      Ils ont traversé la majorité des articles que j'ai rédigés à votre intention chaque mardi depuis le 30 mars, notamment dans la rubrique "Décodage de l'image".

    

     Vous ne leur aurez peut-être pas accordé toute l'attention qu'ils méritaient dans la mesure où, d'autorité, je vous proposais d'emblée des reliefs ou des ostraca figurés que j'avais estimé plus utiles à détailler.

 

     Et pourtant, sans eux, chasse et pêche qui tant importaient pour l'homme égyptien de l'Antiquité n'eussent pas été possibles : je veux évidemment parler des différents instruments et ustensiles exposés ici et là devant nous et qui lui permirent de capturer les animaux convoités.

 

 

     Aussi, avant d'à nouveau envisager d'autres pièces sculptées ou gravées de scènes cynégétiques, j'ai pensé aujourd'hui, amis lecteurs, de simplement les répertorier sans plus m'appesantir sur des explications que je vous ai déjà abondamment fournies ...

 

     Vous me permettrez de commencer par la gauche, simplement parce que, la semaine dernière, souvenez-vous, à propos de la plus ancienne pièce égyptienne actuellement connue associant un chien à l'évocation d'une chasse - une coupe exposée au Musée des Beaux-Arts Pouchkine de Moscou  - j'avais précisé que l'on voyait un personnage muni d'un arc et de flèches, et qui maintenait quatre lévriers en laisse.

 

     C'est donc par les différentes flèches arimées sur le mur du fond de la vitrine que je vous propose d'entamer notre visite de ce mardi. 

 


 

N-1450---51---E-592---10-fleches.jpg

 

     Ce premier "éventail" en comprend 10 façonnées à partir de roseau, référencées  N 1450 3, 5, 11 et 13 ; N 1451  2, 3, 5 et 6 ; N 1452 et E 592 3.

 

     En bois, certaines pointes épousent la forme d'une massue quand d'autres sont munies de un, deux, voire trois fragments de silex. A l'autre extrémité, une fente permettait un empennage d'époque qui, depuis, a disparu.

 

     Semblables armes furent retrouvées en abondance dans les tombes du début du Moyen Empire (soit vers 1900 avant notre ère).

 

     Tout au-dessus à droite, une onzième, esseulée : E 105 4.

 

E 105.jpg

    

     Elle est également constituée d'une tige de roseau (57, 20 cm) au bout de laquelle a été rapportée une pointe en bois.

 

     Et entre cet ensemble de flèches, un arc simple (N 1435 (2) ) en bois de jujubier de 176 centimètres de long.

 

Arc-egyptien.jpg

 

     Il semblerait, d'après la base de données du Musée du Louvre accessible sur le Net, que l'oeuvre ne soit plus actuellement visible dans la vitrine ... 

 

 

     Toujours sur le mur du fond, à la droite du bas-relief ramené par Frédéric Cailliaud : un bâton de jet (AF 6 595) - que, parfois, d'aucuns appellent aussi boomerang. Il est en bois, mesure 46, 7 cm de long et 4, 8 de large et date du Nouvel Empire.

 

AF-6-595.jpg

 

 

     Vous aurez évidemment compris que les deux types d'armes que nous venons de considérer ressortissent au domaine de la chasse.

 

     Pour ce qui concerne la pêche, c'est plutôt vers notre droite qu'il faudra nous diriger, et nous arrêter devant les deux pointes de harpon en bronze AF 6 559 

 

AF 6559.jpg

 

     et E 11 362

E 11362.jpg

 

        Nonobstant le fait que j'aie annoncé tout de go que je ne m'épancherai pas en détails abondants, je vous dois toutefois une petite précision : l'éminent égyptologue français Jacques Vandier (1904-1973) a bien insisté, dans le quatrième tome de son Manuel d'archéologie égyptienne, que le harpon n'était pas une arme de jet, tel le javelot par exemple, mais  une arme de choc : plusieurs figurations pariétales tendent en effet à prouver qu'il fut plutôt utilisé comme un épieu, à un ou plusieurs crochets, avec lequel on frappait sa victime, que ce soient des poissons - comme je l'ai précédemment expliqué dans un article de la rubrique Décodage de l'image consacré à la pêche dans les marais nilotiques -, ou que ce soit l'hippopotame que l'on chassait dans le même environnement palustre : autre scène tout aussi symbolique que l'on rencontre de manière récurrente dans les tombes égyptiennes ...

 

 

      Dans le même alignement que les crochets de harpon sur le panneau à l'arrière de la vitrine, cet hameçon (E 5 454), également en bronze.

 

E-5-454.jpg

 

 

     Enfin, et pour clôturer - ou presque - cette courte et rapide  nomenclature, j'attirerai votre attention sur le filet de pêche E 286, sans mention de date ni d'origine, déposé dans le coin inférieur droit : en lin et parsemé de  chapelets de poids en terre cuite, il ne mesure que 65 centimètres de long.

 

E 286.jpg

 

 

     Quand d'aventure, en rédigeant mes articles, j'estime avoir employé trop souvent le même terme, si aucun synonyme ne me vient de prime abord à l'esprit, j'aime me plonger dans l'une ou l'autre des quelque deux mille quatre cents pages du Robert historique de la langue française ou, plus simplement, de me tourner vers un autre membre de cette famille, le Petit Robert : ce sont toujours de nouvelles découvertes qui viennent accroître mes connaissances et surtout me prouver, à l'instar de Socrate auquel la tradition attribue ce trait, que "je sais que je ne sais rien ..."

 

     Pour l'heure, je viens de lire non seulement les différentes acceptions du terme filet lui-même mais, et c'est là que je suis resté pantois, les multiples synonymes qui sont siens.

 

     Que de richesses notre langue recèle !

 

     Rassurez-vous, je ne suis pas un fanatique de la liste, comme Umberto Eco invité à l'automne dernier à précisément donner en ces murs, salle 33 de l'aile Denon, une conférence concomitante à l'exposition "Mille e tre" sur ce sujet particulier, et dont mon collègue dans la blogosphère, Louvre-passion, a fort à propos rendu compte dans un de ses billets

 

     Simplement, j'aimerais que nous nous posions la question : comment définir cet ustensile de pêche devant lequel nous nous trouvons ?

 

     Un ableret, un ablier, une araignée, un carrelet, pour autant qu'il soit carré ou à mailles carrées ?

 

     Une balance, une caudrette, un langoustier, une pêchette, une puche (non, je n'ai pas de défaut de prononciation !), un truble, pour autant qu'il servît à capturer des crustacés ?

 

     Un bolier, un chalut, pour autant qu'il fût  tiré par une embarcation ?

 

     Certainement pas une drège ni un thonaire ni un trémail : notre spécimen est bien trop petit.

 

     Pourquoi pas un épervier ? Cela nous permettrait de nous envoler vers d'autres cieux lexicologiques.

 

     Une folle ? Non, les mailles ici ne sont pas assez grandes.

 

     Alors une gabare, un guideau, un havenet, un haveneau, un picot, une seine, un vannet, un verveux  ?

 

 

     Vous conviendrez, amis lecteurs, que vous n'avez que l'embarras du choix si tant est qu'il vous faille compléter le cartel peu disert qui accompagne le filet de la vitrine 2 ...

 

 

 

(Vandier : 1964, 726-33)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 23:00

     Il m'agréerait de croire, amis lecteurs, que plus aucun d'entre vous n'ignore à présent l'incontestable avancée que les Tchèques ont imprimée à l'égyptologie consécutivement à l'exploration du site d'Abousir en promouvant notamment des moyens techniques les plus contemporains - je pense ainsi à la photographie par satellite mais aussi à la prospection géophysique, toutes deux devant déboucher sur la production de "photogrammes", c'est-à-dire une documentation photographique des caractéristiques archéologiques individuelles, sans oublier la modélisation en 3D des différentes sépultures antiques que la nécropole recèle -, aux fins, bien évidemment, d'être  géographiquement plus précis quand il s'agit d'entamer une excavation qui permettra, in fine, d'accroître les connaissances que nous avions des pratiques sociales et funéraires aux différents moments de l'histoire pendant lesquels ce site fut l'objet d'inhumations, à savoir essentiellement : la fin de l'Ancien Empire (IVème, Vème et VIème dynasties) et la Basse Epoque (XXVIème et XXVIIème dynasties).

 

     Est-il vraiment nécessaire d'à nouveau rappeler deux ou trois points sur lesquels j'insiste depuis le début de cette série d'interventions accordées à l' Institut tchécoslovaque d'égyptologie (I.T.E.) ?

 

     A savoir que les Tchèques, à l'aube des années soixante, ont officiellement reçu du gouvernement égyptien de l'époque, cet extraordinaire espace de fouilles que constitue la nécropole, en guise de remerciements pour leur participation effective au sauvetage des temples de Nubie menacés d'irrémédiable engloutissement à la suite de la construction du deuxième barrage d'Assouan.

 

     A savoir également que cette concession se situe à quelque 25 kilomètres au sud du Caire actuel, sur la rive gauche du Nil, entre le plateau désertique occidental et bien évidemment, comme d'ailleurs visible sur le document ci-dessous, la riche parce que fertile vallée alluviale.

 

     A savoir enfin que sur cette aire de 17, 5 hectares, la partie la plus méridionale, - ce qu'il est maintenant convenu de nommer le cimetière sud -, fait depuis 1991, c'est-à-dire, depuis le début de la dernière décennie de feu le vingtième siècle, l'objet d'une attention toute particulière, - d'un survey comme aiment à le dire les anglophiles - ; et notamment, nous l'avons tout récemment constaté, les sépultures de très importants hauts fonctionnaires de l'Etat : je ne citerai, pour mémoire, que le prêtre funéraire Fetekti, déjà rencontré lors de nos pérégrinations des samedis 29 mai et 5 juin derniers, et  Kaaper, commandant de l'armée, dont nous n'avons, souvenez-vous, visité que le niveau supérieur de la tombe le 22 mai, de manière à n'encourir aucun risque à descendre jusqu'au tréfonds de la chambre sépulcrale.

 

     C'est dans ce même esprit d'enquête et de découverte que, tout de go, nous dirigerons nos pas ce matin vers le sud-ouest, pratiquement à mi-distance entre les deux mastabas sus-cités et que nous nous arrêterons, quelques samedis successifs, devant le complexe funéraire d'un certain Qar et de ses fils.

 

 

Abousir-Sud---Tombes-de-Qar--Fetekti-et-Kaaper.jpg

 

     (Pour l'anecdote, c'est après avoir mentionné, il y a quelques instants, le procédé de la photographie satellite que m'est venue l'idée, plutôt que vous proposer un cliché monochrome dont pourtant je disposais dans ma documentation, d'utiliser moi aussi la technologie un peu sophistiquée, - pour ce qui me concerne, à tout le moins ! -, afin de tenter de réaliser une capture d'écran à partir de Google Earth ; résultat qu'ensuite j'ai annoté.)


 

     Cette fois encore, c'est Miroslav Barta qui nous guidera avec ses différents articles scientifiques bien sûr, mais aussi, comme précédemment, un des volumes, le treizième cette fois, de la collection "Abusir" qu'avec une dizaine de collègues il a rédigé et publié en 2009 aux éditions de l'Institut tchèque d'égyptologie.

 

 

Abusir-XIII--Couverture-ouvrage-Barta---copie-1.jpg

 

 

     Ouvrage extrêmement intéressant dans la mesure où indépendamment même des révélations archéologiques qu'il recèle sur ce tombeau multiple fouillé entre 1995 et 2002, il fait le point sur les données géologiques et géophysiques caractérisant le cimetière d'Abousir Sud, résultats scientifiques du survey qui a été mené dans ces années-là, mais aussi se penche sur le biotope du lieu. Sans oublier qu'au travers de la richesse de la décoration de la tombe et de l'équipement funéraire des défunts, il nous permet de mieux appréhender encore la vie des élites administratives memphites à la fin de l'Ancien Empire et les conceptions qui étaient leurs à propos de l'au-delà.

 


      J'ai ci-avant rappelé les travaux de sauvetage des temples de Nubie par les égyptologues tchèques dès 1962. De cette époque datent les rapports étroits entre eux et les géodésistes ; et de cette "vieille" collaboration est née une méthode nouvelle de photographie de la surface du sol que l'on appelle couramment "photogrammétrie".

 

     C'est précisément le photogramme du complexe funéraire de Qar dans lequel ont été inhumés trois générations de membres de sa famille que je vous propose aujourd'hui, en guise de mise en appétit à nos prochaines visites sur le site : 

 

 

Photogramme du complexe funéraire de Qar et de ses-fils.jpg

 

 

au nord, la tombe de Qar et de ses trois fils ; en dessous, plus spécifiquement, celle de Inti, son puîné, et de ses propres descendants.

 

     C'est donc à cet endroit précis du cimetière sud que je vous propose de nous retrouver la semaine prochaine, amis lecteurs, de manière à, dans un premier temps, évoquer ensemble la personnalité de Qar et , dans un second, de quelque peu définir l'époque à laquelle cette famille a vécu ...

 

     A samedi ?

 

 

(Barta/Bruna/Krivanek : 2003, passim)

 


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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 23:00

 

 

     C'est, souvenez-vous amis lecteurs, au terme de l'analyse du premier des deux ostraca exposés dans la vitrine 2 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre que nous nous sommes séparés la semaine dernière, tout en nous promettant de nous retrouver aujourd'hui matin pour nous pencher sur le second d'entre eux, sachant que les autres initialement placés à leurs côtés ont maintenant rejoint le pupitre-vitrine de la salle 28, au premier étage.

 

 

E 14 341

 

 

      A l'instar de celui que nous avons découvert mardi, cet éclat de calcaire (E 14 341) de 5, 50 cm de hauteur et de 8, 20 cm de long, datant de la XIXème ou de la XXème dynastie, soit entre les 13ème et 11ème siècles avant notre ère, provient lui aussi du village des artisans de Deir el-Médineh : il représente, peinte en noir, une scène de chasse dans laquelle un bouquetin aux cornes imposantes est saisi au col par un chien.

 

 

      Compagnons omni-présents tout à la fois du guerrier, des militaires, mais aussi du chasseur, les chiens furent  dès la fin de la préhistoire domestiqués dans le but de participer à des exploits cynégétiques dans lesquels leur habileté à pister, leur célérité à poursuivre et rabattre le gibier ne manquèrent pas d'être appréciées, à l'époque néolithique déjà, par les populations nilotiques dont, souvenez-vous, chasse et pêche constituaient, comme le prouve à l'envi le thème de cette vitrine, les activités cardinales en matière de recherche de nourriture.

    Sur la présence du chien en tant qu'animal de compagnie, vous me permettrez aujourd'hui de ne pas m'étendre, préférant l'envisager quand, dans un proche avenir, nous nous tournerons vers la vitrine 3, ici derrière nous, qui précisément est consacrée à ces bêtes que l'homme apprivoisa pour garder près de lui.

    De sorte qu'en étroit rapport avec notre ostracon, je me cantonnerai ce matin, après en avoir déterminé les origines, à simplement évoquer le chien en tant qu'animal utilitaire, auxiliaire du chasseur.


    Archéologiquement parlant, les égyptologues semblent s'accorder sur le fait que ce serait déjà au Nagada I, (± 4250 avant notre ère), - du nom d'un des très rares ensembles urbains d'époque pré-dynastique mis au jour
en Haute-Egypte -, que le chien serait associé à une scène de chasse :  en effet, c'est de cette époque, dite aussi "amratienne" - du nom, cette fois, d'un site de Moyenne-Egypte actuellement appelé el-Amrah - , que date une coupe exposée au Musée des Beaux-Arts Pouchkine de Moscou sur laquelle l'on distingue un personnage muni d'un arc et de flèches, maintenant en laisse quatre lévriers à oreilles levées et queue enroulée.

    Il faut en effet savoir qu'aux niveaux ostéologique et biologique, les zoologistes pensent que tous les chiens africains dériveraient d'un type de canidé (Canis lupaster - "Ounesh", en égyptien), très proche à la fois du chacal et du loup.

    Tant dans leurs représentations sur les murs des chapelles des mastabas de l'Ancien Empire que dans la dénomination qu'ils leur attribuaient, les Anciens confondirent fréquemment les trois animaux, en réalité fort proches les uns des autres.

    Partant de la constatation qu'il n'existe aucune sous-espèce de loup en Afrique, Louis Chaix, du Département d'Archéozoologie du Museum d'Histoire naturelle de Genève, suggère que les chiens y seraient déjà arrivés en partie domestiqués, probablement en provenance du Proche-Orient ou la Péninsule arabique où vivaient des loups le plus souvent de petite taille ; et ce, dès l'époque néolithique, il y a 9 ou 8000 ans : des ossements datables de ces temps lointains ont en effet été découverts dans le désert égyptien occidental, mais aussi sur des sites nubiens, comme à el-Kadada, d'approximativement 7000 ans.

 

     Ce furent donc ces chiens lévriers qui, dès l'aube de la civilisation égyptienne, furent les accompagnants, si pas les principaux "héros" des activités cynégétiques.

 

     Selon les données fournies par la Fédération cynologique internationale basée à Thuin, en Belgique, deux typologies essentielles de canidés sont décelables dans les peintures, les reliefs ou tout autre forme d'art égyptien : soit la race appelée "Lévrier des Pharaons", caractérisée par un poil court roux/fauve plus ou moins soutenu, des oreilles lévées et une queue très souvent enroulée, ce qui sous-tend déjà un signe de domestication ; soit celle dénommée "Sloughi", également caractérisée par un type levretté, un poil court, mais dont les oreilles sont tombantes.

 

     Et quand on exploite "statistiquement" la documentation égyptienne, l'on se rend très vite compte que c'est le Lévrier des Pharaons que l'on retrouve presque exclusivement représenté dans les chapelles funéraires des mastabas de l'Ancien Empire ; que les deux types cohabitent au Moyen Empire et qu'en revanche, c'est la race sloughi qui majoritairement domine au Nouvel Empire. Ce qui, une fois encore, peut faciliter la détermination de l'origine chronologique d'un fragment inconnu sur lequel figurerait un chien.

    Je citais ci-avant les mastabas de l'Ancien Empire : peut-être certains d'entre vous, amis lecteurs, auront-ils "croisé" ces lévriers lors d'une visite à Meïdoum, chez Nefermaât ou Metchen (IVème dynastie) ; ou à Saqqarah, dans ceux de Mererouka (VIème dynastie) ou de
Ptahhotep (Vème dynastie) comme reproduit ci-dessous (merci à Thierry, d'OsirisNet)


 

Lévriers - Mastaba de Ptahhotep.jpg

    Vraisemblablement en conséquence directe d'apports relationnels avec les pays asiatiques frontaliers, le Moyen Empire voit s'installer la race des lévriers à oreilles tombantes qui, à part égale comme je viens de le signaler, participent avec ceux à oreilles dressées à des scènes de chasse, mais aussi accompagnent des militaires dans un exploit guerrier ou, plus quotidiennement, des policiers-chasseurs patrouillant sur les pistes et dans les carrières du désert, notamment au Ouadi Hammamat.

    De cette même époque date un titre qui n'apparaît que dans des documents administratifs et quelques inscriptions rupestres se situant entre les XIème et XIIIème dynasties : celui de maître-chiens qui, en égyptien classique, s'écrit avec le déterminatif du lévrier, facilement identifiable grâce à ses hautes pattes, son corps élancé, son museau pointu, ses oreilles droites et sa queue enroulée  Levrier.png

 

     Ce signifiant iconique qui dans l'écriture égyptienne termine tous les termes ayant rapport avec le chien ("tchesem") se retrouve donc dans l'appellation de simple maître-chiens, mais aussi dans celle de son chef  hiérarchique et que les égyptologues traduisent volontiers par "brigadier". Ce titre supérieur est quant à lui attesté soit sur l'une ou l'autre stèle d'Abydos, mais surtout sur une statue en granite d'un certain Montouhotep, brigadier de maîtres-chiens à la XIIème dynastie, conservée au Museo archeologico de Venise, sous le numéro d'inventaire 63.

 

     Tous ces documents, qu'ils soient administratifs, consignés sur des stèles ou sur cette ronde-bosse de Venise nous apprennent que la fonction s'apparentait, à tout le moins sur le terrain, à celle des policiers-chasseurs que j'évoquais tout à l'heure.

 

     Il faut également savoir, et c'est loin d'être négligeable, que ces hommes et leurs lévriers pouvaient seconder le corps des militaires qui, en Nubie, au niveau des forteresses cantonnées au sud de la première cataracte, visaient à maintenir l'ordre aux marges du pays ; sans oublier une mission logistique : chasser un gibier qui approvisionnerait en nourriture immédiate les soldats eux-mêmes.

 

     Au Nouvel Empire, on ne rencontre plus, dans les scènes cynégétiques des hypogées, tels ceux d'Ouser (TT 21 - Règne de Thoutmosis Ier) ou de Rekhmirê (TT 100 - Règne de Thoutmosis III - Amenhotep II), que le sloughi, le lévrier à oreilles rabattues.

    Enfin, vous étonnerai-je si je termine en ajoutant qu'à Deir le-Médineh, ces chiens de chasse sont très fréquemment représentés sur les ostraca figurés qui furent jadis exhumés par Bernard Bruyère ?

    Tels bien évidemment celui qui nous occupait aujourd'hui, mais aussi l'éclat de calcaire E 14366 qui, voici quelques années seulement comme je vous l'indiquais mardi dernier, fit partie de ceux transférés en salle 28 du premier étage de ce Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

    Pour ceux d'entre vous qui, après le conseil prodigué lors de ma  précédente intervention, n'auraient pas eu le courage de monter les voir dans le meuble vitré disposé devant une des fenêtres surplombant la Cour Carrée, je consens, par pure gentillesse, à présenter ici une photographie de cette scène nous donnant à  admirer trois de ces lévriers s'attaquant sauvagement à une hyène en fuite, horrifiée, furieuse, le poil démesurément hérissé ...

 

 

E 14 366 (salle 28)

 

 

 

 

(Andreu : 2001, 3-6 ; EAD. : 2002, 183 ; Brixhe : 1992, passim ; Chaix : 1989 : 36-9)

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