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20 mars 2010 6 20 /03 /mars /2010 00:00



     Deux figures emblématiques, nous l'avons vu, Frantisek LEXA et Jaroslav CERNY ont donc, dans la première moitié du XXème siècle, offert leurs lettres de patente à l'égyptologie tchécoslovaque.

     Une création - celle d'une institution officielle dépendant entièrement de la Faculté des Lettres et des Arts de l'Université Charles IV -, partiellement impulsée par Lexa en 1958,  assoira dans les meilleures conditions le développement des études sur le terrain.

     Avec le recul, un demi-siècle s'étant à présent écoulé depuis sa mise en chantier au sein même de l'Alma Mater pragoise, nous comprenons que cet Institut Tchécoslovaque d'Égyptologie (I.T.E.) fut le véritable élément déclencheur, mais aussi fédérateur de tout ce que cette République centrale brassait et brassera comme grands savants en la matière.

     Un homme, que l'on peut en réalité considérer comme le troisième et dernier maillon du "triumvirat" des fondateurs de l'égyptologie en ce pays succède à Frantisek Lexa, décédé deux ans à peine après la naissance de "son" Institut : Zbynek Zaba.    

Zbynek-ZABA.jpg
(Photo que j'ai faite à partir du portrait publié à la page 18 du catalogue de l'exposition  Discovering the land on the Nile [Objevovani zeme na Nilu], qui s'est tenue au Narodni Museum, à Prague, en 2008.)
    
      C'est en 1938 que Z. Zaba
(1917-1971) entreprend des études d'égyptologie : il assiste bien évidemment aux séminaires de Lexa et de Cerny à l'Université Charles. Immédiatement à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il devient l'assistant de Lexa et obtient, en 1954, le poste de Professeur associé dans le prestigieux établissement.

     Si, dans un premier temps, nous lui devons des articles essentiellement consacrés à l'orientation astronomique des pyramides de l'Ancien Empire, mais aussi une importante étude en français sur les Maximes de Ptahhotep, avec traduction et commentaires, certes considérée de nos jours comme quelque peu obsolète, mais qui constitua néanmoins l'ouvrage de référence de cet important recueil de sagesses égyptiennes, c'est surtout grâce à sa direction de l'Institut qu'il sera internationalement connu. En effet, en 1958, il participe avec Frantisek Lexa à la création de cet important organisme à la tête duquel il se retrouve deux ans plus tard, suite donc au décès du "Maître" : à lui, Cerny oeuvrant le plus souvent à l'étranger comme nous l'avons vu voici quinze jours, revient la tâche de mener de front de multiples activités : l'enseignement universitaire - il est désormais le seul Professeur d'égyptologie nommé à Prague -, la direction de l'Institut et ses propres recherches sur le terrain.  

     Il faut savoir que dès 1956 déjà, les professeurs Lexa et Zaba firent partie d'une délégation officielle se rendant en Egypte aux fins de préparer les fondements d'un accord culturel de grande envergure entre les deux pays : de ces contacts naîtra entre autres le prestigieux Institut tchécoslovaque d'égyptologie créé conjointement à Prague, en octobre 1958 et au Caire, en mai de l'année suivante.  

     Et tout naturellement, fort de ces excellentes relations scientifiques mais aussi  diplomatiques entre les deux Etats, l'Institut prendra activement part, au début des années soixante, au plus colossal  projet de sauvetage de monuments que notre monde ait jamais connu : celui, patronné par l'Unesco, des temples de Nubie menacés de totale disparition, de total ensevelissement suite à la la construction du Haut-Barrage d'Assouan.
      
     Si, parmi les pays "généreux donateurs", certains reçurent du gouvernement égyptien l'un ou l'autre bâtiment d'exception - je pense entre autres au temple de Debod, originaire de Basse-Nubie, qu'à défaut d'avoir peut-être déjà admiré à Madrid,
dans les Jardins de l'Ouest, vous pourrez ici, amis lecteurs virtuellement visiter ; ou à celui de Dendour, érigé par l'empereur romain Auguste en tant que pharaon, maintenant au Metropolitan Museum de New York -, la République tchèque, quant à elle, se vit octroyer du gouvernement égyptien, en guise de remerciement donc, une des plus grandes concessions de fouilles jamais accordée à des archéologues étrangers : le site d'Abousir, à une petite trentaine de kilomètres au sud-ouest du Caire, avec notamment sa nécropole des souverains de la VIème dynastie.

Abousir---Pyramides--2-.jpg
(Photo de Milan Zemina que j'ai extraite du catalogue
, acquis à Prague, de l'exposition Discovering the land of the Nile ("Objevovani zeme na Nilu"), célébrant le demi-siècle d'existence de l'Institut tchécoslovaque d'égyptologie (I.T.E.) dont j'ai aujourd'hui quelque peu retracé la naissance.)

     Respectivement, en 1970 et 1971, décèdent Jaroslav Cerny et Zbynek Zaba ; puis, en 1974,  le successeur immédiat de ce dernier à la tête de l'Institut.

     Un jeune égyptologue, né en 1941 à Brno, en prend alors en mains les rênes, dix-sept années durant, conjointement à celles de l'égyptologie tchèque :  il s'appelle Miroslav Verner et, sous sa direction, les fouilles réalisées à Abousir, déjà pourtant très prometteuses, vont offrir au monde savant de nouveaux et inestimables "trésors".


Verner-Miroslav.jpg

     C'est, amis lecteurs, sur ce terrain archéologique, en sa compagnie mais aussi celle de ses prédécesseurs, que je vous invite à me suivre samedi prochain : nous ferons ainsi mieux connaissance avec le site d'Abousir ...  
 
(
Onderka & alii : 2008, passim ; Vernus : 2001, 63)  
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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 00:00

 

     A événement particulier, article non moins particulier.
     Certes pas pour ce qui concerne sa teneur mais, plus prosaïquement, au niveau du choix de sa date de publication : car enfin, nous ne sommes ni mardi ni samedi, allez-vous vous étonner !

     Alors pour quelle raison, entre les Conservateurs du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre - dont, chaque deuxième jour de la semaine, indirectement, je mets en exergue le choix qui est le leur d'exposer dans telle ou telle vitrine maints trésors antiques, prétextes aux entretiens qui nous réunissent, vous et moi, amis lecteurs -, et les égyptologues tchécoslovaques avec lesquels, pour l'instant à tout le moins, nous prenons bien agréable rendez-vous chaque samedi, ai-je ainsi de chic décidé de m'immiscer avec ces quelques lignes ?

     Nul besoin, je vous assure, de chercher midi là où il n'est nullement : le bien-fondé de cet inopiné et court billet ne repose en rien sur une éventuelle tonitruante déclaration à propos d'une fabuleuse découverte archéologique qui bouleverserait les connaissances que nous croyions détenir concernant l'Histoire de la terre pharaonique.

     L'événement que, d'emblée, j'évoquais ci-dessus en le qualifiant de "particulier" et dont, par respect pour votre assiduité, il ne m'eût pas plu de faire l'économie, se résume simplement en une date, banale en vérité, mais cardinale pour ce qui me concerne : celle de notre toute première rencontre ici même, voici deux ans, le 18 mars 2008 donc.   

     Loin de moi l'envie de vous rebattre les oreilles avec des statistiques de fréquentation : peu me chaut d'étaler ici et maintenant le nombre d'abonnés qu'il me faudrait ensuite non seulement multiplier par la racine carrée de l'ineffable "blogrank", cette carotte si chère à certains "Overblogueurs",  mais aussi, mathématique informatique oblige, diviser par le nombre de pages vues en un tour d'horloge et ce, dans le seul but  hagiographique de me faire accroire que je suis indispensable, partant incontournable dans le P.A.F (Paysage admirablement fallacieux) de la blogosphère : permettez-moi de juger totalement inintéressant ce type d'analyse spécieuse !

     Certes, je n'aurai garde de le nier ou de vous donner l'impression de bouder mon plaisir : qu'ensemble nous devisions consécutivement à l'un ou l'autre de mes articles me sied évidemment au premier chef, vous ne pouvez en douter ; mais que vous soyez quelques-uns,  quelques dizaines, voire centaines à me lire, mais parfois pas un seul à m'écrire, jamais vous n'estimerez à sa réelle valeur le bonheur (égoïste ?) qui est mien, après avoir enseigné trente-trois années durant, d'être toujours à même, maintenant que ce qu'il est convenu d'appeler la retraite emplit mes jours, de rédiger un article et de fouiller, des heures durant, chaque recoin de mes bibliothèques pour  mettre enfin la main sur LE document idoine qui me permettra d'étayer telle ou telle hypothèse, d'avancer tel ou tel axiome, d'asséner telle ou telle vérité historique.

     Depuis deux ans, amis lecteurs, par vos visites réitérées, par votre fidélité à suivre mes pérégrinations, fussent-elles au Louvre, à Figeac, à Bruges ou à Prague, par vos commentaires libellés ici même pour certains ou par mails personnels pour d'autres, quand ce n'est pas par quelques coups de téléphone ou discussions de vive voix avec un ami proche, vous me faites chaque semaine le plus beau, le plus roboratif, le plus précieux, le plus inestimable des cadeaux d'anniversaire.

     C'est l'unique motif pour lequel, aujourd'hui, il m'importait d'épingler cette date aux fins de pouvoir écrire un mot au bas de cette page, un seul frappé à l'initiale d'une majuscule : Merci.

     Merci à vous de m'avoir offert l'opportunité, ces deux années si rapidement écoulées, de poursuivre sur la voie du passeur de mémoire, de l' "ouvreur-de-chemins" que, modestement, j'ai toujours cherché d'être.

    Merci à vous de continuer à m'accorder votre confiance ...

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Publié par Richard LEJEUNE - dans A propos de ce blog
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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 00:00

 

     Impatiemment, peut-être, vous l'attendiez, l'espériez, le guettiez, le trouviez long à venir ...

     Aujourd'hui, il est me semble-t-il temps d'envisager de répondre partiellement à votre attente : après trois interventions préalables qui m'ont permis, le 23 février dernier, d'évoquer la personnalité ainsi que le parcours professionnel de Frédéric Cailliaud ; le 2 mars, de retracer l'origine de la présence dans cette salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre d'une superbe peinture pariétale ; et, mardi dernier, d'avoir quelque peu tenté d'instruire le "procès", toujours d'actualité, du pillage des anciennes civilisations au profit de grandes institutions muséales à travers le monde, voire de
richissimes collectionneurs, le voici enfin, toujours bien en évidence sur la paroi du fond de la vitrine 2 devant laquelle nous devisons vous et moi, amis lecteurs, depuis quelques semaines.

Salle 5 - Vitrine 2

     C
onstituant originellement le centre d'une scène de chasse et de pêche dans les marais nilotiques, ce fragment de peinture sur limon stuqué, d'une longueur de 74, 5 cm pour 43 cm de haut, fut détaché, souvenez-vous, en 1822, sinon personnellement, à tout le moins par quelqu'un exécutant l'ordre de Frédéric Cailliaud, de  la partie inférieure du mur du fond de la chapelle funéraire de l'hypogée situé à Dra Abou el-Naga, au nord-est de la nécropole thébaine, d'un certain Néferhotep, "Directeur du Grenier" sous les règnes de Thoutmosis III et de son fils Amenhotep II. Tombe qui, je le souligne derechef, a malheureusement aujourd'hui totalement disparu sous les sables dans la mesure où, à l'époque, pas une seule indication n'avait été notée quant à sa situation géographique précise.

E 13 101

    Et notre fourré aux ombelles vertes dessinées en éventail, magnifiquement mises en évidence grâce au fond pâle sur lequel elles se détachent, alternant celles qui sont en bouton avec celles qui s'ouvrent en corolles et celles, dans la partie supérieure, tellement épanouies que leurs extrémités semblent se toucher en une sorte de demi-cercle continu, en fit partie, pour notre actuel plus grand bonheur esthétique ... au-delà du geste répréhensible, évidemment.

    Il eût été regrettable, vous en conviendrez, que cette scène dans laquelle,  entourés de canards sauvages, hérons, et même une huppe, s'ébattent de frêles papillons ; dans laquelle aussi sans trop se préoccuper de l'environnement piaillant, une oiselle couve paisiblement ses petits à venir ;

Couvee-E-13101.jpg

dans laquelle, enfin, un héron contemple son congénère en train de nourrir sereinement leur progéniture,

Heron-nourricier-E-13101.jpg
que cette scène, donc, disparût à jamais enfouie sous les sables avec toutes les autres qui devaient vraisemblablement constituer la richesse de la "maison d'éternité" de ce haut-fonctionnaire palatial.

     Oserais-je, dans ce cas bien précis, regretter que Frédéric Caillaud n'en détachât point davantage ?

     Non, assurément pas ! Car, en archéologie, tout est toujours possible : ainsi il ne serait nullement impensable que
le tombeau de Neferhotep soit un jour ou l'autre remis au jour ... à l'instar de la tombe que le général Horemheb, non encore pharaonisé, se fit aménager dans le cimetière du Nouvel Empire, à Saqqarah, pillée au XIXème siècle de manière à approvisionner en superbes fragments les musées de Leyde, de Francfort-am-Main, de Bologne, mais aussi le British Museum et le Louvre ; abandonnée ensuite, réensablée, oubliée pour en définitive être "redécouverte" par  une expédition conjointe de l'Egypt Exploration Society (Grande-Bretagne) et du Musée National des Antiquités de Leyde (Pays-Bas), sous la houlette de Geoffrey T. Martin, de l'University College de Londres vers 1975 ;
ou de celle
d'un certain Amenhotep, haut fonctionnaire sous Thoumosis III, dans la nécropole thébaine, à Cheikh Abd el-Gourna, il y a de cela un an maintenant, par  une équipe  du Centre de Recherches archéologiques (CReA) de l'Université libre de Bruxelles (U.L.B.) avec, à sa tête, l'archéologue belge Laurent Bavay : là aussi, le temps avait réensablé le monument mis au jour en 1882 par l'égyptologue suédois Karl Pieh.

     Attendons donc ... Et peut-être que bientôt, notre patience sera enfin récompensée !

     Mais pour l'heure, comme promis, considérons avec admiration le fragment du Louvre pour lequel j
'ai jugé bon, dans un premier temps et avant de vous donner les clés pour une compréhension quelque peu approfondie, de vous proposer la lecture de la description qu'en 1826, dans un élan relativement poétique, fit Cailliaud aux pages 292-3 du troisième tome de son Voyage à Méroé ..., de la paroi qu'il avait reproduite dans ses carnets. Le passage que j'ai délibérément choisi concerne bien évidemment le seul fourré de papyrus que nous avons ici devant nous, retiré du contexte de l'ensemble de la scène de chasse et de pêche sur laquelle je ne manquerai pas de vous entretenir ... dès ce prochain mardi.


     Un petit hypogée dont l'entrée venait d'être découverte, m'offrit divers sujets curieux peints à fresque et d'une belle conservation. J'y remarquai des scènes de chasse, de pêche, de vendange, des groupes de musiciens. J'en dessinai une partie, m'attachant toujours à prendre les sujets complets (voy. vol. II, pl. LXXV, fig. 1). Une grosse touffe de tiges de lotus, d'un dessin très-correct, sort de l'eau : elle est couverte d'oies et d'autres oiseaux aquatiques. Le peintre s'est plu à représenter ces oiseaux, les uns dans le nid et couvant leurs oeufs, d'autres donnant la becquée à leurs petits déjà éclos : des caméléons et un petit quadrupède s'approchent de ces nids ; mais leurs mères attentives accourent et les écartent à coups de bec. Au-dessus voltigent des papillons
(...)


      Permettez-moi, amis lecteurs, - et pour d'emblée apporter un très léger correctif qui, certes, ne grève en rien les propos de Frédéric Cailliaud -, de simplement préciser qu'il ne s'agit nullement ici de lotus, mais d'un bosquet de papyrus ; et que caméléons et quadrupède auxquels il fait allusion sont en réalité, d'après mes sources, respectivement, des ichneumons et une genette que, par parenthèses, la décoration de l'époque représente quasiment toujours associés dans semblable environnement palustre.

     Les zones marécageuses, vous vous en doutez, même si, suite à l'industrialisation du pays, elles ont  de nos jours complètement disparu, constituaient à l'Antiquité un riche biotope présent non seulement de chaque côté du Nil, mais surtout dans la région du lac Fayoum, en Moyenne-Egypte, à l'ouest du fleuve et davantage encore dans le Delta, au nord du pays.

     Mais que représentaient-elles exactement aux yeux des Egyptiens ? Et, surtout, pour quelles raisons les inclure avec autant de récurrences dans la décoration des tombeaux dès l'aube de la civilisation pharaonique et jusqu'à ce véritable acmé de l'esthétisme atteint au Nouvel Empire, et plus particulièrement encore, je l'ai si souvent souligné, à l'époque du troisième souverain Amenhotep, dans tant de sublimes hypogées comme ceux de Nakht (TT 52), de Menna (TT 69), de Rekhmirê (TT 100), de Nebamon (TT ?), d'Ouserhat (TT 56) ... et d'autres et d'autres qu'il serait fastidieux d'énumérer ?

     C'est à cette importante question qui, inévitablement, nous conduira  droit à envisager les symboles mythologico-religieux que véhiculent ces représentations que je tenterai de répondre, mardi prochain, amis lecteurs, si d'aventure vous conservez le désir de me suivre dans l'humidité moite des fourrés de papyrus nilotiques.

     Chaussez vos bottes ... 
 

(Keimer : 1940, 49-50 ; Germond : 2001, 98-100 ; Ziegler : 1982, 352)
  
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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 00:00


     Dans un article du 27 mai 2008 consacré au grand égyptologue belge Jean Capart, j'avais, souvenez-vous, amis lecteurs, fait allusion à une première "Semaine égyptologique et papyrologique" qu'il avait initiée du 14 au 20 septembre 1930 afin de participer à sa manière, au nom de la Fondation Égyptologique Reine Elisabeth qu'il venait de créer, aux commémorations officielles du centenaire de l'Indépendance de la Belgique.

     Parmi les égyptologues de grand renom que le monde scientifique connaissait à l'époque et qui acceptèrent son invitation, un jeune savant tchécoslovaque de 32 ans : Jaroslav Cerny, que nous avons vous et moi rencontré sur le célèbre site de fouilles menées par l'Institut français d'Archéologie orientale, l'I.F.A.O., dans le village des ouvriers de Deir el-Médineh.

Cerny à Deir el Medineh-copie-2

     Après avoir évoqué, mardi dernier, son prestigieux parcours professionnel, je ne résiste pas aujourd'hui au plaisir de vous donner à lire quelques extraits de sa communication, en français, j'aime à le souligner, le jour de l'ouverture des séances ; et qu'il avait intitulée Les ostraca hiératiques, leur intérêt et la nécessité de leur étude.


     Le nombre de documents écrits que l'on a aujourd'hui à sa disposition pour reconstruire l'histoire et la civilisation de l'Egypte ancienne s'accroît tellement, et les personnes qui s'en occupent sont si peu nombreuses, que l'on est de plus en plus forcé de se borner à étudier seulement les plus importants parmi ces documents ou ceux qui sont dans un état trop délicat pour qu'on puisse laisser leur étude pour l'avenir. Je me propose d'attirer l'attention sur un groupe de documents particulièrements nombreux, les ostraca. A mon avis, ils remplissent les deux conditions que j'ai mentionnées, ce qui m'autorise à en parler dans une réunion comme la présente.

     Le terme "ostracon" est assez courant pour que je n'aie pas à l'expliquer longuement. Beaucoup de peuples du monde antique employaient des ostraca, c'est-à-dire des morceaux de pierre ou des tessons de vases, pour y écrire tout ce qui était d'une importance temporaire et ne nécessitait pas le matériel habituel, en Egypte le papyrus, qui était trop coûteux.

     Du fait que les ostraca en Egypte ne font que remplacer les papyrus, il s'ensuit qu'ils sont le plus souvent rédigés dans la même écriture que ces derniers, c'est-à-dire en hiératique. En ce qui concerne le contenu, nous distinguons les ostraca littéraires et les ostraca non littéraires. Les premiers contiennent des fragments plus ou moins longs des oeuvres de la littérature égyptienne, écrits ou par ceux qui voulaient apprendre à écrire, ou par ceux qui essayaient de reproduire un passage appris par coeur d'une oeuvre littéraire, probablement pour chasser l'ennui ou pour éprouver la fidélité de leur mémoire. Il y a aussi parmi ces documents des compositions originales, pour lesquelles les auteurs, modestes, jugeaient le papyrus trop bon. Cette classe renferme beaucoup de pièces rédigées par des personnes peu expertes dans l'art d'écrire, et cela explique l'abondance des fautes dans ces ostraca et leur écriture assez souvent très maladroite et grossière.

     L'autre classe d'ostraca, les ostraca non littéraires, contient les documents de la vie quotidienne : les inventaires, les factures d'objets achetés ou fournis par les artisans et les ouvriers, les notes concernant le travail et les petits événements de la vie de chaque jour, les brouillons de contrats et de plaintes judiciaires, et enfin les lettres. Ils sont presque toujours écrits par des "scribes", ce qui est l'expression égyptienne pour désigner le fonctionnaire administratif de rang inférieur, ou par les personnes - semblables aux "kâtibs" de l'Egypte moderne - dont l'occupation exclusive était d'écrire, donc toujours par des personnes qui avaient une certaine routine. Ces ostraca montrent une main très expérimentée, une écriture tendant à la cursive ; le nombre de fautes est restreint et la plupart d'entre elles sont dues non pas à l'ignorance de l'orthographe ou de la grammaire, mais au fait que le scribe devait souvent se hâter pour faire son travail.

Ostracon Vienne

     Textes littéraires ou textes non littéraires, "commerciaux", comme les appellent les égyptologues allemands, ces deux classes d'ostraca ont pour la connaissance de l'Egypte ancienne plus d'importance que ne le ferait croire leur aspect modeste. Car les ostraca littéraires contiennent quelques fois des morceaux d'oeuvres qui dans les papyrus ne se sont conservées qu'en partie ou qui ont été tellement corrompues par des copistes inattentifs qu'elles sont devenues, pour nous tout au moins, incompréhensibles. C'est le cas où les ostraca peuvent contribuer à élucider le texte. 


(...)  Les difficultés qui se présentent à celui qui se propose d'étudier le matériel conservé sur les ostraca hiératiques sont très grandes. Tout d'abord, comme je l'ai déjà dit, les textes contiennent des fautes, ou bien - c'est le cas des ostraca non littéraires - ils ont été écrits en hâte et par conséquent très souvent dans un hiératique qui est au-delà de la limite de lisibilité. Mais, ce qui est pire, beaucoup d'ostraca nous sont parvenus très mutilés. Quand l'ostracon avait cessé de servir à son but initial, on le jetait tout simplement par terre, et déjà cette première chute devait causer des cassures et des dommages ; ensuite l'ostracon restait à terre, on marchait dessus, le soleil et la pluie l'effaçaient, les coups de pieds le jetaient d'un endroit à l'autre, il frottait contre les pierres, et quand il se trouvait finalement enfoui dans une couche inférieure du sol, les matières organiques décomposaient et rongeaient sa surface et finissaient souvent par faire disparaître l'écriture. Ainsi un ostracon à la fois propre, bien lisible et complet est relativement rare.

     Ces difficultés et ces défauts sont cause que très peu des ostraca conservés dans les musées  ont attiré l'attention des savants et sont publiés d'une manière satisfaisante.
(...)

     J'ai ressenti moi-même ce manque déplorable de publications, quand j'ai commencé, il y a huit ans, à m'occuper d'un peu près des ostraca hiératiques, avec le dessein de puiser dans ces documents les informations pour une étude de la vie et des conditions sociales et économiques des ouvriers de la nécropole royale de Thèbes au Nouvel Empire.
(...)

     Les ostraca  trouvés dans la Vallée des Rois et des Reines parlent des ouvriers royaux et de leur travail dans les tombes des rois et des reines, et les ostraca de Deir el-Médineh révèlent des détails de la vie  privée de ces ouvriers, - car c'est à Deir el-Médineh qu'étaient situés le village et le cimetière de ces ouvriers.
(...)

    
Deir-el-Medineh---Village.jpg

    On peut déterminer assez souvent si un ostracon provient de Deir el-Médineh ou de la Nécropole royale, d'après la couleur de l'ostracon et d'après l'état de conservation. Les ostraca de Deir el-Médineh sont restés longtemps dans le sebakh, c'est-à-dire dans les amas de détritus provenant du village antique ; ils sont donc plus foncés, plus salis et généralement moins bien conservés que ceux de la Vallée des Rois ou de la Vallée des Reines qui reposaient au sec dans les éclats de calcaire et sont propres, blancs et non atteints par les produits chimiques du sol. 
(...)

     Il me semble qu'il est temps de procéder au sauvetage et à l'utilisation systématique du matériel qui nous est parvenu avec les ostraca hiératiques. Autrement, ces documents étant dans un état de conservation particulièrement délicat, on risque d'avoir à déplorer des pertes irréparables. On pourra, peut-être, dans un avenir assez proche envisager la publication d'un corpus d'ostraca hiératiques, semblable aux publications d'ostraca grecs de Wilcken ou d'ostraca coptes de Crum. Pour le moment, il s'agirait surtout de concentrer le matériel, pour qu'on puisse reconstituer les ostraca brisés, et sauvegarder les documents pour un usage ultérieur.

     Quand j'en ai parlé, l'année dernière, à M. Capart, il m'a suggéré très aimablement que la Fondation Égyptologique Reine Elisabeth pourrait constituer le centre qui garderait dans ses archives les copies, photographies et fac-similés de tous les ostraca dont l'étude serait ainsi rendue accessible aux savants qui s'y intéressent. Bruxelles étant déjà le centre bibliographique pour l'égyptologie, je crois très heureuse l'idée de M. Capart de faire aussi de son musée un centre pour l'étude des ostraca et je lui exprime toute ma reconnaissance pour son précieux concours.

     Je fais en même temps appel à tous ceux qui connaissent des ostraca hiératiques conservés dans les collections publiques et particulières, en les priant d'en communiquer à la Fondation les photographies, dessins, descriptions, et, autant qu'il leur sera possible, des transcriptions, ou de signaler tout au moins l'existence des pièces pour qu'on puisse faire les démarches nécessaires pour en assurer la documentation pour la Fondation. Rien n'est négligeable, même les fragments les plus petits ont leur importance et peuvent contribuer à compléter de grands textes. 
(...)

     Pour ma part, je veux faire tout mon possible pour que l' "ostracologie" donne les résultats qu'elle semble promettre, mais, sans la collaboration bienveillante des égyptologues et des profanes, un seul homme ne pourrait jamais réaliser cette entreprise.
 


(Cerny : 1931, 212-24)
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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 00:00



     On ne peut qu'applaudir aux mesures sévères prises depuis peu par Mohamed-Aly, qui s'est déclaré le protecteur des monuments de l'Egypte que des sujets des nations plus civilisées ne savent pas respecter.
    
     C'est en ces termes teintés d'une certaine hypocrisie - à moins qu'empreints de remords ? - que Frédéric Cailliaud termine le chapitre LVI, p. 301 du troisième
volume de son Voyage à Méroé ..., après avoir pointé du doigt des actes de vandalisme perpétrés par les sbires du consul britannique Henry Salt dans le temple de Karnak ; après s'être personnellement, comme je l'ai expliqué mardi dernier, ici même, devant ce splendide fragment de peinture sur limon,

E 13 101
rendu coupable d'un acte tout aussi inexcusable, à mes yeux à tout le moins, dans l'hypogée d'un certain Neferhotep, aujourd'hui complètement perdu sous les sables de la nécropole thébaine.

     Ce sont d'ailleurs peut-être ces mêmes remords qui motivèrent en 1862, quarante ans après les faits,  - il est alors dans sa septante-cinquième année -, cette courte annotation dans l'appendice de la deuxième livraison de l'ouvrage intitulé Voyage à l'Oasis de Thèbes et dans les déserts situés à l'Orient et à l'Occident de la Thébaïde où il établit un inventaire définitif de tout ce qu'à l'époque de ses séjours en Egypte et au Soudan il avait ramené à Paris : ... une partie de fresque représentant des lotus (comprenons des papyrus), des oiseaux, des caméléons, des papillons, etc. ; sujet curieux retiré des hypogées de Gournah, à Thèbes. Longueur 0 m. 76 sur 0 m. 43.

     Qu'une éventuelle légère hésitation subsistât encore dans l'esprit de l'un ou l'autre d'entre vous, amis lecteurs, et la voici à présent, avec semblable aveu tardif - et  précis quant aux mensurations du fragment en question -, plus que définitivement balayée : certes, Frédéric Cailliaud ne révèle pas avoir personnellement arraché ce morceau de limon d'une des parois de la tombe dans laquelle il n'était censé que recopier les peintures qu'il y découvrait, mais il est indéniable qu'à défaut, ce fut avec son aval qu'alors quelqu'un effectua  l'irrémédiable geste ...

     Acte inexcusable à mes yeux, ai-je sans équivoque aucune décrété voici quelques instants, dans la mesure où, personnellement, j'assimile ce procédé qui consistait à découper des parties d'un monument antique aux fins d'agrémenter une collection muséale ou celle d'un riche particulier à un acte de vandalisme intolérable, même si je suis absolument conscient qu'il était, au début du XIXème siècle, parfaitement admis. En effet, il fallut attendre l'arrivée au pouvoir de Mohammed Ali (1769-1849), vice-roi d'Egypte, pour que des mesures, très vite relayées par les directeurs français du Service des Antiquités de l'Egypte, Auguste Mariette et Gaston Maspero en tête, soient enfin promulguées pour tenter d'enrayer cette honteuse pratique. Tenter ...

    Toutefois, je suis aussi conscient que l'on peut arguer du fait que les monuments ainsi extorqués au pays ont mieux été protégés dans nos musées occidentaux que sur leurs terres d'origine où ils restaient toujours susceptibles de constituer la proie de voleurs avides d'en chèrement monnayer la vente.

    Pour éventuellement sonner aujourd'hui le coup d'envoi d'un débat toujours d'actualité, mais aussi pour le simple plaisir de lire ce que je considère comme un pur morceau d'anthologie sur la façon de se donner bonne conscience, en utilisant en outre l'une ou l'autre dénomination qui fort heureusement ne serait plus acceptable de nos jours, ou presque ...,
je vous propose à présent - comme promis à la fin de mon exposé de la semaine dernière - de prendre connaissance de cet édifiant extrait, que vous pourrez aussi découvrir, aux pages 322 à 324 du premier tome de l'ouvrage qu'Edmond Combes, vice-consul de France, publia en 1846, Voyage en Egypte, en Nubie, dans les déserts de Beyouda, des Bicharys et sur les côtes de la mer Rouge  :

    Pendant mon séjour en France, lorsqu'on parlait des prétendus outrages faits aux chefs-d'œuvre de l'antiquité, lorsqu'on annonçait que des archéologues, encouragés par les gouvernements et les corps scientifiques, dépouillaient les temples de la Grèce ou les monuments de l'Egypte, et que l'Europe se disputait les ruines du vieil Orient en attendant de pouvoir partager ses provinces, je m'indignais contre ces agents de destruction, et j'aurais volontiers crié au vandalisme, en voyant les restes justement admirés de la grandeur d'un peuple ancien devenir la proie, comme je le disais alors, des nations civilisées. Mais après avoir foulé les immenses débris de l'Egypte, après avoir déploré les mutilations sacrilèges qu'ont subies ces glorieux monuments, on ne peut qu'applaudir à la pensée éminemment conservatrice de ces hommes courageux qui, pour préserver ces chefs-d'œuvre d'une ruine totale, et les sauver au moins de l'éternel oubli, en emportent les lambeaux dans leur patrie, à travers mille difficultés. Sans doute, ces antiques restes perdent de leur prix et de leur prestige à être déplacés, mais lorsqu'on voit l'indifférence coupable des peuples dégénérés qui devraient en être les gardiens naturels, lorsqu'on assiste à la chute prématurée de ces immortels monuments, on sent le besoin de soustraire aux outrages des hommes et du temps ce que les hommes et le temps ont encore respecté, et, grâce à cette sage prévoyance, nos derniers descendants pourront encore admirer ces majestueux souvenirs des premiers âges, qui n'auraient pas tardé à disparaître entièrement, si on les eût abandonnés à la merci des barbares.


     Vous aurez d'évidence, amis lecteurs, tout comme moi souligné l'élégance des propos de ce représentant du gouvernement français de l'époque.

     Ajoutons-y peut-être "racaille" et "casse-toi, pauv'con", et ainsi étofferons-nous un vocabulaire qu'il m'eût agréé de considérer comme obsolète ...

 
(Keimer : 1940, 45-65)
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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 00:00

 

    Dans mon intervention de samedi dernier, la première d'une nouvelle série consacrée à l'égyptologie à l'Est, je vous avais conviés, souvenez-vous, amis lecteurs, à effectuer un bout de chemin en compagnie de Frantisek  LEXA et d'ainsi assister à la naissance tout en douceur, au matin du XXème siècle, de cette nouvelle discipline qui cherchait sa place dans le parcours universitaire tchécoslovaque ou, pour être plus précis, pragois.


     Ne nous laissons toutefois pas abuser par la métaphore basique que d'aucuns pourraient filer en évoquant en la circonstance de premiers balbutiements : il ne s'agit nullement de tâtonnements dans le chef de file de la science qui s'ébroue alors aux abords de la Vltava. Tout de suite, souvenez-vous, Lexa positionna ses travaux à hauteur de la lexicographie et de la sémantique en étudiant la langue des anciens habitants des rives du Nil par le biais du démotique, avant de confier à ses Etudiants, mais aussi bientôt à bon nombre de ses compatriotes, un imposant ensemble de clefs leur permettant d'entrebâiller tous les huis au-delà desquels ils allaient pouvoir côtoyer les aspects essentiels de la civilisation égyptienne.

     Grandes et importantes prémices de l'égyptologie, donc, avec ce précurseur, mais point encore de recherches matérielles, point de fouilles ; point d'archéologie stricto sensu.

     Enfin un disciple vint, et le premier en République tchécoslovaque
qui allait très vite offrir à son pays ses véritables lettres de noblesse en la matière : Jaroslav Cerny.


Cerny--Jaroslav--et-Zaba--Zbynek--copie-1.jpg
(ici à gauche, s'entretenant avec Zbinek Zaba, son compatriote, sous le portrait du "Maître", Frantisek Lexa.)


     Pilsen.

     061.-Nove-Mesto---Bar-Place-Venceslas--07-08-2009-.jpg




     Si certains connaisseurs associent ce toponyme aux usines de fabrication automobile "Skoda", il est d'évidence que la majorité de mes lecteurs belges y humeront plutôt les enivrants effluves de la brasserie "Pilsner Urquell" et de sa "Pils", auto-proclamée boisson nationale tchèque et savourée, ici en bords de Meuse, à l'instar de la "Stella", de  la "Jupiler" ... ou de la "Leffe" brune, pour certains.




    
     Pilsen (Plzen), au sud-ouest de Prague. Dans cette petite ville de ce qui était encore, pour une vingtaine d'années seulement, l'empire austro-hongrois, naquit, le 22 août 1898, Jaroslav Cerny. Comme tous ceux qui bénéficiaient des dispositions leur permettant de faire partie de l'élite intellectuelle de l'époque, le jeune homme entreprit, entre 1917 et 1922, des études à la Faculté des Lettres de l'Université Charles, à Prague ; et eut l'heur d'assister aux conférences égyptologiques dispensées par Frantisek Lexa.

     A partir de 1925, celui qui aurait pu se contenter d'être l'épigone du Maître, décide de se confronter au terrain : ce sera Deir el-Médineh ! Là, il rejoint Bernard Bruyère, de vingt ans son aîné, rencontré au Musée égyptien de Turin où tous deux procédaient à quelques recherches.
Bruyère  cherche un épigraphiste ; Cerny n'hésite pas, il sera cet homme !

     - Deir el-Médineh ? Bernard Bruyère ? Ces noms semblent réveiller quelques souvenirs ... 

     - Et vous auriez parfaitement raison, amis lecteurs ! En guise d'introduction à l'étude des outils agricoles exposés dans la
vitrine 10 de la salle 4 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, je vous avais en effet quelque peu entretenus, voici 10 mois, de ce célèbre site à l'ouest de Thèbes, ainsi que, à partir du 25 avril 2009, donné à lire, trois samedis successifs, des extraits de rapports que son principal fouilleur avait rédigés suite à l'exploration que, dans les années 1950, il menait au niveau du "Grand Puits".

     Mais pour l'heure, nous sommes un quart de siècle plus tôt.

     Pa-démi, "La Ville", comme l'appelaient les Egyptiens, n'est plus que ruines ensablées d'un village créé ex-nihilo sous le règne de Thoutmosis Ier, un des premiers souverains du Nouvel Empire, en vue d'héberger artistes, artisans et ouvriers qui concouraient à rendre agréables les "maisons d'éternité" des monarques inhumés dans les vallées des Rois et des Reines.

     Près d'un demi-millénaire durant, des hommes engagés pour creuser et décorer les hypogées royaux et princiers, résideront avec leur famille dans ces quelque septante maisons aujourd'hui mises au jour par les égyptologues qui se sont succédé sur le site depuis qu'en 1917, l'I.F.A.O., Institut français d'Archéologie orientale, en obtint la concession.

     Cinq ans plus tard, en 1922, c'est Bernard Bruyère qui prend pour trente ans la direction des excavations. Sans quasiment discontinuer, il dégagea systématiquement les habitations, les tombes et tous les  alentours. Et la provende fut sans égale pour ce qui concerne la connaissance de la vie quotidienne des ouvriers en un temps et en un lieu donnés.

     Aux confins du village, sur les flancs de Gournet Mouraï, d
ans les tombes du cimetière de l'Est datant des règnes de Hatchepsout et de Thoutmosis III, il exhuma un matériel funéraire de tout premier choix : chaises, tabourets, lits, nattes, paniers divers, vaisselle, ustensiles de cuisine, outils agricoles, objets de toilettes et même des vêtements ...
Qui n'étaient pas factices. Qui présentaient des traces d'usure. Qui avaient donc servi. Qui  avaient été maniés, utilisés, portés par ces hommes.
Et qui leur avaient permis de travailler, de vivre ...

     Dans la nécropole de l'Ouest, sur l'autre versant, au pied de la montagne thébaine, ce furent approximativement soixante tombes décorées, superbes pour certaines d'entre elles, qu'il mit au jour ; beaucoup datant du règne de Ramsès II ...

     - Mais, vous étonnerez-vous à l'énumération de tous ces trésors, pourquoi diantre l'I.F.A.O. et Bruyère désiraient-ils tant s'adjoindre les services d'un épigraphiste ?

     - Simplement parce que dès le départ, ils avaient croisé et engrangé de nombreux ostraca,

Ostracon-Vienne.jpg

de nombreux papyri,

Papyrus hiératique

des fragments brisés de vases inscrits, des oushebtis, également : et tous portaient des inscriptions en écriture hiératique, cursive dérivée des signes hiéroglyphiques.

     Ce fut donc le travail de Cerny qui avait rallié l'équipe de Bruyère depuis 1925 de procéder à la traduction de milliers et de milliers de documents semblables, parfois réduits à de minuscules fragments.

     De sorte qu'il n'est pas incongru de ma part d'avancer ici que sa vie professionnelle, ce savant la consacra entièrement, d'une manière ou d'une autre, à Deir el-Médineh, à la "Communauté des Artisans de la Tombe", comme il est souvent indiqué dans la littérature égyptologique :

Cerny-a-Deir-el-Medineh-copie-2.jpg
que ce soit aux excavations du village proprement dit ou au dépouillement épigraphique de ce qui avait été retrouvé qu'en excellent disciple de Lexa il mena de front en publiant des études visant à faire connaître l'histoire sociale et économique du lieu, plus spécifiquement à l'époque ramesside dont, mieux que quiconque, il excellait dans la pratique de la langue vernaculaire, le Néo-égyptien, essentiellement utilisé dans les textes purement littéraires.

Cerny---Ouvrage-IFAO.jpg
       
     Ainsi narrée, sa vie pourrait ressembler à ce long fleuve tranquille ... que le Nil est loin de représenter ! 

     Pour Cerny, en réalité, il n'en fut rien : en 1929, il accepte, tout comme  Lexa avant lui, d'entrer en tant que "Privatdozent" à l'Université Charles IV alors que depuis l'année précédente, il avait été mandé par le Musée égyptien du Caire pour mettre sur pied la publication d'un catalogue des ostraca hiératiques présents dans ses collections : il n'apposera le point final à cette publication qu'en 1933.

     A Prague, il enseigna jusqu'à l'aube de la Seconde Guerre mondiale, puis se retrouva promu par le gouvernement de la République tchécoslovaque en exil
attaché d'Ambassade au Caire, avant de débarquer, en 1943, à celle de Londres.

     Parallèlement à ses fonctions diplomatiques, il se pencha avec fougue nouvelle sur la lexicographie de la langue copte.

     Le conflit international terminé, il revint un temps donner des conférences d'égyptologie à l'Université Charles : Frantisek Lexa, toujours en activité, à cette époque, suggère complaisamment que son confrère devrait lui aussi être admis Professeur dans cette discipline.

     S'ensuit un refus catégorique dans le chef du ministre de l'Education arguant avec beaucoup de mauvaise foi que des cours aussi peu importants que ceux ressortissant à l'égyptologie (?!) ne nécessitaient pas une nomination officielle, c'est-à-dire rémunérée, d'un deuxième impétrant.

     Exit Jaroslav Cerny que, dès 1946, s'empresse et se félicite d'appeler l'University College de Londres au titre de Professeur d'égyptologie, avant qu'il ne prenne en charge, à partir de 1951 et jusqu'en 1965, la chaire d'égyptologie de la prestigieuse Université d'Oxford : parcours royal, parcours de rêve, s'il en est, pour tout Enseignant passionné ...

     Ceci étant, et la boucle semble ainsi bouclée, la juste reconnaissance de son incontestable intelligence lui arrive enfin de sa propre patrie : en 1965, il retrouve le chemin de la Faculté des Lettres et des Arts de Prague en acceptant de devenir membre honoraire de l'Institut tchécoslovaque d'égyptologie créé, rappelez-vous, par son mentor, le Professeur Frantisek Lexa en personne.

     Mais subitement, le 29 mai 1970 - il n'a pas encore 72 ans - , Cerny  meurt à Oxford.

   Cerny---Bibliotheque-copie-1.jpg

     
Certes, il n'eut pas la satisfaction de voir publié son Dictionnaire étymologique copte par les presses de la Cambridge University ; mais comme souvent dans la discipline, ceux des travaux épigraphiques en cours que sa disparition inopinée laissait inachevés ont pu être, grâce notamment à ses notes et archives personnelles conservées au Griffith Institut, à Oxford, complétés et édités à l'I.F.A.O., notamment par un autre très grand philologue, de nationalité française, qu'il avait aussi connu à Deir el-Médineh : son ami Georges Posener.
    
     Il est indéniable que l'oeuvre de Jaroslav Cerny confine à l'immense : des volumes du Catalogue des ostraca hiératiques non littéraires de Deir el-Médineh à ceux des papyri rédigés dans la même cursive, en passant par les Late ramesside letters que publia déjà, en 1939 à Bruxelles, la Fondation égyptologique Reine Elisabeth (F.E.R.E.), par les Hieratic inscriptions from the tomb of Tut'ankhamun et par les Graffiti de la montagne thébaine et de la nécropole, ce grand savant tchécoslovaque aura marqué au coin de l'excellence les études égyptologiques qui, jamais, ne pourront en oublier l'irréfragable empreinte.



     (Comme à l'issue de ma première intervention du 13 février, je tiens derechef à préciser que j'ai, pour le présent article,
photographié une série de portraits des grands savants de ce pays à partir du catalogue de l'exposition "Discovering the land of the Nile" (Objevovani zeme na Nilu) célébrant le demi-siècle d'existence de l'Institut tchécoslovaque d'égyptologie.)


(Cerny : 1931, 221 et 1978 : Pl. 15 a
Onderka & alii : 2008, passim)
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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 00:00


     Dans un premier entretien que nous avons eu mardi dernier, vous et moi, amis lecteurs, devant l'imposante deuxième vitrine de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, nous eûmes l'occasion de constater que lors de ses expéditions en Egypte, le Nantais Frédéric Cailliaud séjourna à plusiseurs reprises dans la région thébaine et ce, dans l'intention première de copier ce qu'il découvrait tant sur les murs  intérieurs des chapelles funéraires que sur les parois des temples qu'il visitait.

     Peints ou gravés, peu lui chaut : ce qui manifestement l'intéressait, c'était de collationner le plus de documents possible ressortissant à ce que l'on a coutume, erronément, d'appeler "scènes de la vie quotidienne". Vous me permettrez de réfuter un peu plus tard dans les semaines à venir cette acception que, sciemment, j'ai  placée entre guillemets ...

     Dessins qui furent donc réalisés puis colligés en vue de la publication des ouvrages que j'ai déjà cités mais aussi d'un dernier volume intitulé
Recherches sur les arts et métiers, les usages de la vie civile et domestique des anciens peuples de l'Egypte, de la Nubie et de l'Ethiopie, suivies de détails sur les moeurs et coutumes des peuples modernes des mêmes contrées, dans lequel ne figurent que quelque nonante planches qui relèvent un très grand nombre de ce que l'on pouvait à l'époque admirer dans les hypogées de la Vallée des Rois et celle des Reines, dans les tombes des nobles à Gournah, à Beni Hassan et à El-Kab. Sans oublier, j'y faisais allusion il y a un instant, les scènes en relief de certains temples : ainsi au Ramesseum, celle de la bataille de Qadesh qui opposa Ramsès II au souverain du royaume  hittite.

     Mais ce qu'il me plairait plus spécifiquement aujourd'hui, ce serait de porter l'éclairage sur un hypogée qui, au moment où Cailliaud se trouvait à Thèbes, venait d'être tout récemment découvert à Drah Abou el-Naga, cimetière situé entre Deir el-Bahari et la Vallée des Rois proprement dite, soit au  nord-est de l'ensemble de la nécropole thébaine, sur la rive gauche du Nil : outre les tombeaux des souverains de la XVIIème dynastie, y furent mis au jour ceux des fonctionnaires des trois dynasties qui suivirent ; d
ont celui d'un certain Neferhotep, Directeur du Grenier sous Thoutmosis III et son fils Amenhotep II.

      Je dois à la vérité historique d'insister sur le fait que cette tombe n'eut jamais l'heur d'être le sujet d'une étude circonstanciée digne d'une science, l'archéologie qui, malheureusement, n'en était qu'à ses premiers balbutiements ; et qu'elle ne figura jamais non plus sur un quelconque plan, de sorte que plus personne actuellement n'est à même de la localiser. Seuls les écrits et les dessins originaux de Cailliaud nous fournissent quelques détails de sa décoration.

     Cette décoration, topos récurrent de l'art pharaonique que l'on retrouve souvent associé à une scène cynégétique figurant le défunt, ses serviteurs et ses chiens poursuivant de leur vindicte gazelles, chats sauvages, hyènes, oryx et autres autruches gambadant allégrement dans le désert, représentait une autre scène de chasse, dans de grouillants marais nilotiques cette fois, donnant la réplique, sur le côté droit d'un splendide fourré de papyrus détaillé à l'extrême, à une scène symétrique, mais de pêche : et là, il ne s'agit plus d'un boomerang lancé en vue d'attraper des volatiles, essentiellement des canards mais bien d'un harpon pour embrocher des poissons.

     Mieux qu'une longue description, le cliché ci-dessous que j'ai réalisé à partir d'un dessin reproduit par Bigant, un des artistes qui accompagna Bonaparte lors de sa Campagne d'Egypte, à partir de l'original de Cailliaud lui-même, vous permettra de mieux appréhender la scène en question :

      Neferhotep, à gauche du fourré de papyrus, s'apprête à lancer le boomerang
et le même, à droite, saisit un poisson avec son harpon.


Cailliaud---Tombe-Neferhotep-1.jpg


     Seuls
les écrits et les dessins de Cailliaud nous fournissent quelques détails de sa décoration, ai-je noté ci-avant à propos de l'hypogée perdu de Neferhotep.
     Vraiment ?

     Non ...;  pas tout à fait.
     Car même si au troisième
volume de son Voyage à Méroé ..., le Nantais, mentionnant cette tombe, au haut de la page 292, note simplement : qu'un petit hypogée dont l'entrée venait d'être découverte, m'offrit divers sujets curieux peints à fresque et d'une belle conservation. J'y remarquai des scènes de chasse, de pêche, de vendange, des groupes de musiciens. J'en dessinai une partie, m'attachant toujours à prendre les sujets complets (...), force m'est de constater que l'accusation que porte contre lui, dans un ouvrage intitulé A brief account of the researches and discoveries in Upper Egypt made under the direction of Henry Salt (pp. 106-7), le ressortissant grec Giovanni d'Athanasi, chasseur d'antiquités égyptiennes stipendié par le consul britannique Salt et qui avait, en toute confiance, renseigné et fait visiter la tombe à Cailliaud, me paraît sans appel :

     ... Not satisfied with having copied to his heart's content whatever caught his fancy, he sent a messenger to Luxor, on the opposite bank of the river, to procure some iron tools, with wich he forthwith set to work, detaching the crust of the wall into pieces which he began sending to his house.

     - Pourquoi sans appel ?,
seriez-vous en droit de me demander. Pourquoi être aussi péremptoire ? Pourquoi accréditer les paroles de l'un et rejeter celles de l'autre ?  

     - Mais tout simplement, amis lecteurs, parce que ce magnifique fourré de papyrus que Frédéric Cailliaud avait peint entièrement à l'époque,

-E-13101--Fourre-de-papyrus.jpg 

il en a
, dans un geste peu noble et inadmissible, bel et bien découpé, arraché une partie aux peintures pariétales de l'hypogée de Neferhotep puisque ...

E-13-101.jpg

vous pouvez l'admirer ici et maintenant, devant vous, bien en évidence dans la vitrine 2.


      - Mais pourquoi au Louvre, et non pas au Musée Dobrée de Nantes, la ville d'origine de Frédéric Cailliaud ?, s'interrogeront  assurément certains d'entre vous.

     - La réponse est simple, vous vous en doutez ; et témoigne d'un parcours qui n'a absolument rien d'anormal ...

      Rentré en France dans les bagages de Cailliaud, cette peinture fragmentée qui dénote chez l'artiste "scribe des contours" qui l'a réalisée un sens particulièrement pointu de l'observation de la nature, mais aussi de la composition et du coloris, fit partie de la collection du Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Nationale, à  Paris.

     A l'usage de ceux qui, parmi notamment mes lecteurs belges, ne seraient pas vraiment familiarisés avec l' Histoire de France, vous me permettrez d'ouvrir ici une petite parenthèse à propos de cet important lieu de mémoire parisien.

     Désigné en toutes lettres sous le vocable de Département des Monnaies, Médailles et Antiques de la Bibliothèque Nationale de France, l'endroit abrite en fait la collection d'objets rares, donc précieux, tels manuscrits, pièces d'orfèvrerie, pierres gravées, monnaies antiques que, sous Philippe Auguste déjà (1165-1223), les rois de France se sont constituée au fil des siècles. De sorte que,  toute proportion gardée, ce "Cabinet du Roi" peut à bon droit se prévaloir du titre de plus ancien musée de France.

     Au XVIIIème siècle, le comte de Caylus, né, excusez du peu, Anne-Claude-Philippe de Pestels de Lévis de Tubières-Grimoard (cela ne s'invente pas !), au demeurant un des grands précurseurs de l'archéologie française, grand collectionneur aussi, rédigea un catalogue de l'ancien fonds : sept volumes furent ainsi édités entre 1752 et 1767. Publication qui, avec le temps, donna naissance à un inventaire complété, augmenté, mis à jour grâce auquel on peut maintenant se rendre notamment compte de la richesse de l'apport  au Cabinet du roi - Charles X à l'époque - que les deux séjours de Frédéric Cailliaud en Egypte et au Soudan permirent.


     La majorité des pièces égyptiennes qui s'y trouvaient réunies prirent un siècle plus tard, en 1922 très exactement, le chemin du 58 de la rue de Richelieu vers les quais de Seine, vers le Louvre tout proche ; et parmi elles, "notre" fragment E 13101.

     Enfin, pour être précis, il me reste à rapidement signaler à ce sujet que ce qu'il est maintenant convenu d'appeler à Paris le "Quadrilatère Richelieu", en fait le berceau historique de la Bibliothèque nationale de France (BnF) va subir une série de transformations, voire de rénovations suite aux nombreux espaces laissés libres depuis le départ, en 1998, des collections d'imprimés, de périodiques, de documents visuels et informatiques sur le site François-Mitterrand, dans le quartier Tolbiac, sur la rive gauche de la Seine, en face de Bercy, dans le treizième arrondissement de la capitale.

     Cela devrait permettre un redéploiement de ce qui est resté dans le deuxième arrondissement, sur le site Richelieu : les manuscrits, les estampes, la photographie, les cartes et les plans, les monnaies, les médailles, les objets antiques, ainsi que les départements de la Musique et des Arts du spectacle ; et d'accueillir  aussi les bibliothèques de l'Institut national d'Histoire de l'Art et de l'Ecole nationale des Chartes.  



     Toutefois, c'est avec le geste répréhensible de Cailliaud que je voudrais clore ma présente intervention : il ne le cède en rien, vous en conviendrez, à ceux perpétrés sur des monuments plus connus comme le temple de Karnak d'où furent ramenés quelques-uns des blocs des Annales de Thoutmosis III auxquels nous avons longuement, cet hiver, accordé notre attention ; ou  celui de Denderah, d'où provient le célèbre "Zodiaque" qu'un jour nous découvrirons ici, exposé un peu plus loin, salle 12.

     Aussi, et aux fins de peut-être alimenter un débat dont les restitutions d'objets antiques célèbres exigés par d'aucuns à l'adresse de certains grands musées européens ne constituent que l'aboutissement, je vous propose, amis lecteurs, dans un troisième article à paraître le 9 mars prochain, de lire ce qui, au XIXème siècle, constituait une sorte de plaidoirie destinée à excuser ce type d'appropriation, de déprédation.

     A mardi, donc, pour découvrir ensemble un document d'époque particulièrement édifiant ...    



(Chauvet : 1989, 309, sqq. ; Dessoudeix : 2009, 273 et 285 ; Keimer : 1940 : passim ; Porter/Moss : 1985, 448-9)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 00:00

 

     Délaissant, à tout le moins jusqu'à un éventuel prochain coup de coeur, la bien agréable évocation de mes amours estivales,  - souvenez-vous, ami lecteur, de Marie, de Bruges, de Ginger, et de Prague, à partir du 10 octobre 2009 -, j'aimerais à présent, tout en restant symboliquement au bord de la Vltava comme déjà, avant le congé de Carnaval belge, en évoquant Chateaubriand, revenir  aux rives du Nil, sujet qui constitue indubitablement une des raisons pour lesquelles, un jour de mars 2008, je décidai, "parrainé" par Louvre-passion, d'entrer dans la grande famille des blogueurs.


     Nonobstant une agréable pointe de chauvinisme que nous serions en droit d'exciper à l'Ouest, en France, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Italie et même en notre petite Belgique, il faut se féliciter de la présence sur le sol égyptien de savants et d'équipes d'archéologues provenant des pays scandinaves et de l'Europe centrale.

     Je me contenterai, pour corroborer cette première assertion, de ne rappeler ici que l'extraordinaire travail accompli depuis le début des années 1960 à Deir el-Bahari par une mission polonaise de l'Université Jagellonne de Cracovie, vingt ans sous la direction de Kazimierz Michalowski, au temple d'Hatchepsout, alors en bien piteux état,

Deir-el-Bahari--1960-.jpg

et par Jadwiga Lipinska, alors Conservatrice en chef des Antiquités égyptiennes du Musée national de Varsovie, au niveau de celui de Thoutmosis III, juste à côté ; fouilles et restaurations qu'un jour peut-être j'aurai ici l'opportunité de commenter bien plus en détail ...

                                 
     Et en ex-Tchécoslovaquie ?
    Son passé archéologique, comme d'ailleurs celui de bien d'autres pays européens, a magnifiquement contribué à rédiger d'importants chapitres de la récente mais déjà grande histoire de l'égyptologie : ses scientifiques ont sans conteste
permis une avancée non négligeable dans les recherches égyptologiques, qu'elles soient de terrain ou ressortissant  plus spécifiquement au domaine de l'épigraphie ; et cela, comme nous l'allons voir, dès l'aube du XXème siècle.

     
Pour plus facilement consulter ce tour d'horizon des activités tchèques en rapport direct avec la civilisation égyptienne que j'entame avec cet article, j'ai cru bon, comme précédemment pour d'autres pays, d'ouvrir une nouvelle rubrique tout naturellement intitulée "L'Egypte à l'Est".


     Si en 2008, l'Institut tchèque d'égyptologie a célébré son cinquantième anniversaire, cela ne signifie nullement qu'il n'y a qu'un demi-siècle que ce pays s'intéresse aux rives du Nil. Dès après la Campagne de Bonaparte, le vent d'égyptomanie qui souffla sur bien des Etats européens atteignit également la Bohême : de nombreux nobles qui s'offrirent le "Voyage en Orient" ramenèrent en effet maints objets qui constituèrent le point de départ de collections particulières, de "cabinets de curiosités", comme on avait parfois coutume de les appeler à l'époque.
      
     Mais c'est un mathématicien de formation, féru toutefois de philologie, qui, bien avant de visiter le pays des pharaons, joua véritablement le rôle cardinal, à un point tel qu'il est de nos jours unanimement considéré comme le fondateur de l'égyptologie tchécoslovaque : Frantisek Lexa.

Frantisek-Lexa-copie-1.jpg


      Né en 1876 à Pardubice, en Bohême occidentale, il décide d'aborder l'étude de la langue égyptienne par le biais du démotique qui, comme j'ai déjà ici eu l'occasion de l'expliquer, constituait une écriture de communications courantes employée par les scribes égyptiens à partir du milieu du VIIème siècle avant notre ère, hormis dans les textes religieux : c'était en fait l'abrégé d'une autre écriture cursive, le hiératique qui, pour sa part, dérivait directement des hiéroglyphes.

     En 1895, F. Lexa sort diplômé de l'Université Charles de Prague, prestigieux établissement fondé en 1348 sous les auspices de Charles IV, alors à la tête du Saint Empire romain germanique.

     En 1905, il se hasarde à publier en tchèque les premières traductions de textes égyptiens anciens. Mais ce ne fut qu'au lendemain de la Première Guerre mondiale que commença véritalement son prestigieux parcours : en 1919, il rejoint la
Faculté des Lettres de l'Université Charles d'abord en tant que "Privatdozent", c'est-à-dire enseignant à titre privé - non rémunéré par le gouvernement, donc -, dans son cas : Maître de conférences en égyptologie ; puis, trois ans plus tard, paré du titre de Professeur extraordinaire dans la même discipline.

     Et en 1925, l'Université crée spécifiquement pour lui une chaire d'égyptologie dont il sera, près de trente années durant, le titulaire.

     Les sources tchèques que j'ai compulsées aiment à épingler le fait que Frantisek Lexa reçut en 1952 - il est alors âgé de 76 ans - le Prix national de Première classe, ce qui semble correspondre à la plus grande distinction que le gouvernement de la République d'alors décernait aux scientifiques nationaux de très haut niveau.
                    
     J'ajouterai pour ma part, si vous me permettez ce petit coquerico, qu'il fut également correspondant de notre Fondation Égyptologique Reine Elisabeth créée, souvenez-vous amis lecteurs, par  le grand égyptologue belge Jean Capart immédiatement après avoir visité la tombe de Toutânkhamon en compagnie, entre autres, d'Elisabeth de Bavière, épouse de notre roi Albert Ier.

     Dans son pays, Lexa entreprit de mettre sur pied, avec d'autres savants, l'importante revue orientaliste "Archiv Orientalni".

     Philologue dans l'âme plutôt qu'archéologue de terrain, il se distingua essentiellement par la rédaction d'ouvrages consacrés à la langue égyptienne :  je retiendrai de très pertinentes études sur les textes sapientiaux,  mais surtout, oeuvre de toute une vie, une imposante "Grammaire démotique", en 7 volumes, parue de 1938 à 1950.
                                         
     Certes, les thèses avancées dans ses travaux philologiques précurseurs furent parfois considérées comme très originales, pour ne pas écrire "révolutionnaires". Souvent, des confrontations de points de vue animèrent le petit cercle des philologues de son temps. Il n'en demeure pas moins qu'à l'heure actuelle, force m'est de constater qu'aussi hasardeuses qu'apparurent à l'époque ses hypothèses, à bon nombre d'entre elles, la majorité des grammaires font maintenant la part plus que belle.  

      Les différentes publications que nous lui devons, de très haute teneur et en anglais, unanimement célébrées par la communauté égyptologique internationale, voisinent avec des ouvrages de vulgarisation, en sa langue maternelle cette fois, sur la religion, la morale et la littérature égyptiennes aux fins d'initier ses compatriotes aux moeurs des Anciens.

     Projet éminemment louable s'il en est, nationalement parlant, mais grandement dommageable pour le savoir universel dans la mesure où, de nos jours encore, cette documentation de première main, brillante, brassant un éventail considérable de connaissances, n'a toujours pas trouvé son traducteur, fût-il anglophone ou francophone. Il s'agit là, dans le chef de bien des égyptologues patentés, et au-delà des expressions convenues et exagérément laudatives qu'on lit le plus souvent après un décès,
d'un carence certaine, d'une véritable perte pour la science.

     Enfin, et ce n'est évidemment pas un de ses moindres apports, ce savant ne compta  jamais ses efforts pour former quelques disciples ayant embrassé non seulement la carrière d'égyptologue, mais celle aussi, non moins ardue, de philologue de la langue et des écritures égyptiennes : qu''il me soit permis d'au moins citer Michel Malinine, égyptologue et démotisant français d'origine moscovite à qui l'on doit, entre autres, quelques-unes des traductions de papyri du Louvre que j'ai eu, voici un an déjà, l'opportunité d'évoquer ici avec vous ; et bien évidemment Jaroslav Cerny, son compatriote, dont j'aurai plaisir à vous entretenir  samedi prochain ...
    
     Point d'orgue à tous ses travaux, à toute une carrière de chercheur, d'enseignant, de formateur, Frantisek Lexa créa
, à la Faculté des Lettres et des Arts de l'Université Charles de Prague, en 1958, - il avait alors 82 ans -, l'Institut tchécoslovaque d'égyptologie : c'est cet anniversaire, mais surtout la volonté d'établir un bilan de cinquante années de fouilles en terres pharaoniques que, sous l'égide du Narodni Muzeum (Muséum National), commémora en 2008 une grande exposition pragoise.



(Dawson/Uphill : 1970, 177 ; Onderka & alii : 2008, 15Van de Walle : 1960, 193-5)



     Je tiens à souligner que j'ai pris la liberté d'emprunter le portrait de Frantisek Lexa ci-dessus précisément au catalogue, acquis
à Prague, de l'exposition Discovering the land of the Nile ("Objevovani zeme na Nilu"), célébrant le demi-siècle d'existence de l'Institut tchécoslovaque d'égyptologie que je mentionnais à l'instant.
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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 00:00

 

     Nantes. En Loire-Atlantique.

     Nantes. Un édit signé par Henri IV en 1598 pour  préciser les droits qu'il entendait accorder aux protestants français et ainsi mettre un terme aux guerres de religion qui ensanglantaient le pays depuis un demi-siècle ; édit malencontreusement révoqué à Fontainebleau en 1685 par Louis XIV, son petit-fils.

     Nantes. La "Folle Journée". En réalité cinq jours de rencontres musicales organisées annuellement fin janvier ou début février avec de grands interprètes classiques pour illustrer un thème : en l'occurrence, cette année du bicentenaire, ce fut, voici quelques semaines, l'oeuvre de Chopin.

     Nantes. "Il pleut sur Nantes ..." Une chanson, une de mes préférées, mélodiquement lancinante, immensément douloureuse, pudiquement plaintive que Barbara interpréta pour la première fois en novembre 1963 - elle avait 33 ans - et qui à jamais marqua mon adolescence et la chanson française au fer rouge. C'est en découvrant les mémoires de la Longue Dame brune, en 1997, quelques mois avant son décès, que je compris combien ce texte avait été écrit pour tenter d'exorciser les rapports plus que conflictuels qu'elle avait entretenus avec ce père particulièrement trop "aimant" ... ; et qu'elle avait préféré ne jamais revoir après ses jeunes années meurtries.

     Si Nantes peut encore évoquer le Jules Verne dont les romans d'aventure illuminèrent mon enfance, c'est aussi un Jardin des Plantes et une petite voie le bordant, la rue Frédéric-Cailliaud (1787-1869) : c'est le savant naturaliste, passionné par l'étude des mollusques et qui dirigea trente années durant son Muséum d'Histoire Naturelle que la ville voulut ainsi honorer en rebaptisant cette artère à son nom.

Cailliaud--par-Dutertre.jpg

     Ce que l'on sait probablement moins, à Nantes comme ailleurs, c'est que l'homme, fils d'un maître serrurier, s'était d'abord entiché d'archéologie, au grand dam de son père. Conséquemment, il décida d'explorer l'Egypte et le Soudan : à ses frais pour ce qui concerne la première expédition, de 1815 à 1818 ; puis officiellement commandité par le ministre de l'Intérieur Elie Decazes pour la suivante, de 1820 à 1822.

     De retour à Paris, en 1823, avec une importante collection d'objets  - notamment aquis grâce aux fonds du Cabinet des Antiques de la Bibliothèque royale attribués par le ministre comte de Corbières -, admiré, adulé, courtisé en haut lieu, Cailliaud voit toutes les portes s'ouvrir devant lui.

     Il me faut ici rappeler, pour ceux d'entre vous, amis lecteurs, qui auraient  quelque peu perdu de vue les articles de septembre 2008 consacrés à Jean-François Champollion, au départ de la visite que nous avions effectuée ensemble du tout nouveau musée qui lui était dédié dans sa ville natale de Figeac, que nous assistons, en ce premier quart du XIXème siècle,  à l'éclosion de l'égyptologie française : en effet, le savant quercynois, en partie grâce à la Pierre de Rosette, vient de découvrir le sens de l'écriture hiéroglyphique ; et Charles X,
tout nouvellement monté sur le trône de France, ne va pas tarder à lui  accorder son soutien pour la création des premières salles officiellement dévolues à l'art égyptien au Musée du Louvre. 

     Et ce même monarque, sur les recommandations personnelles de Chateaubriand, alors Ministre des Affaires étrangères - que le hasard, convenez-en, nous amène à souvent croiser ces derniers temps -, recevra Frédéric Cailliaud en son palais des Tuileries : le 1er septembre 1824, il le promeut Chevalier de la Légion d'Honneur, allant même jusqu'à lui offrir, en reconnaissance des découvertes subséquentes à ses expéditions, une petite boîte en or marquée du chiffre royal en diamants ...

     Et l'incompréhensible alors se produit : malgré tous les honneurs, malgré la notoriété parisienne dont beaucoup se seraient flattés, Frédéric Cailliaud décide tout de go de quitter la capitale, de rentrer à Nantes  et, surtout, de délaisser l'égyptologie pour ne plus s'occuper que de ses chers échinodermes, préférant  ainsi consacrer la suite de sa vie  - il n'a pas encore atteint le mitan de son âge ! - à notamment étudier les différents procédés de perforation des roches par les invertébrés marins ...

     Et c'est donc à Nantes qu'il décède, le 1er mai 1869, à quelque cinq semaines de ses 82 ans ...

     Lors de ses deux séjours consécutifs en terre égyptienne, Cailliaud visita les grands sites touristiquement  incontournables que sont devenus Philae, Edfou, Esna, Assiout, Abou Simbel ...

      Il explora également l'oasis de Khargeh, retrouva le temple rupestre de Redesyeh, près d'Edfou, attribué à Séthy Ier, ainsi que les mines d'émeraudes de Zabarah.

     Cailliaud---Thebes.jpg




     Une première relation de ses explorations fut publiée sous le titre de Voyage à l'oasis de Thèbes, dans les déserts situés à l'Orient et à l'Occident de la Thébaïde, fait pendant les années 1815, 1816, 1817 et 1818.












   

     Au Soudan en 1821, et là ne fut pas la moindre de ses découvertes, il localisa et reconnut formellement le site de l'antique Méroé auquel, par parenthèses, le Musée du Louvre consacrera une grande exposition dès mars prochain. 

Meroe.jpg

     Il publia par la suite un deuxième compte rendu de ses périples en terre africaine dans un ouvrage en quatre volumes et deux atlas intitulé Voyage à Méroé, au fleuve blanc, au-delà de Fazogl, dans le midi du royaume de Sennar, à Syouah et dans les cinq autres oasis, fait dans les années 1819, 1820, 1821 et 1822.

Cailliaud---Meroe--II--1.jpg

     (Pour la petite histoire - et surtout pour les amateurs de ce type de littérature -, je précise que différents volumes des récits rédigés à l'époque par Frédéric Cailliaud sont gratuitement téléchargeables sur le site Gallica de la BNF.)

     De ses deux séjours africains, je l'ai noté ci-avant, Cailliaud rapporta en France un certain nombre de pièces soit qu'il offrit au Musée Dobrée de Nantes, soit qu'il céda à la Bibliothèque royale et qui, de la sorte, aboutiront en définitive au Louvre. Parmi elles, des stèles, des sarcophages, mais aussi ce fragment de peinture sur limon trônant au beau milieu de la vitrine 2 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes que je me propose de vous présenter de manière plus détaillée les prochains mardis.

 Vitrine-2-copie-1.jpg
    
 

(Chauvet : 1989, passim)


(A nouveau un grand merci à Pat pour m'avoir renouvelé sa permission de puiser dans ses albums : aujourd'hui, en l'occurrence, pour la photo des pyramides de Méroé.)
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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 10:02

 

      Des confetti ... ou des confettis ?

     Les dictionnaires ne s'accordent pas encore sur le pluriel de ce type de terme, préférant laisser ouverte la porte qui permet à chacun d'entre nous d'opérer un choix.

     Quoi qu'il en soit, rassurez-vous amis lecteurs : avant de m'avancer à vos côtés, tout bientôt, sur le recouvrement rouge moucheté du sol de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre où nous nous sommes précédemment donné rendez-vous, je prendrai soin de m'ébrouer de manière à ne point laisser de traces trop évidentes des journées du carnaval de Malmedy et des poignées de ces confetti(s) qui conservent l'insidieuse habitude de partout s'inviter, s'insinuer, se faufiler, se dissimuler, s'accrocher, s'installer ...

Vitrines-2---3-et-4-copie-1.jpg

     Des papyrus ... ou des papyri ?

     Au-delà de la réflexion orthographique que ce terme entraîne également, c'est d'un fourré végétal qu'il sera bien question dans les nouvelles interventions que je compte vous proposer dès ce mardi. Mais avant que dans ses ombelles nous nous enfouissions, je vous invite, tout d'abord,  le 23 février donc, à un petit détour par Nantes.

     Ensuite, le mardi 2 mars, j'évoquerai les raisons de la présence au Louvre du fragment peint E 13101 exposé au centre de l'imposant mur-vitrine, à droite ci-dessus. Et, subséquemment, nous réfléchirons de conserve, le 9 mars suivant, à propos d'un sujet sensible : les pillages modernes d'oeuvres antiques ; avant d'enfin, le 16 du même mois, admirer de près cette petite merveille de l'art funéraire de la XVIIIème dynastie égyptienne, dans un premier temps, à travers les yeux de son inventeur - c'est ainsi que dans la lexicographie notamment archéologique l'on désigne celui qui "trouve" quelque chose ;

E 13 101

et, dans un deuxième temps, la semaine suivante, en procédant,
comme parfois il m'a déjà été donné l'opportunité de l'envisager ici avec vous, à un décodage de l'image de cette récurrente scène palustre de pêche et de chasse dans laquelle, souvent, un fourré de papyrus semblable à celui-ci constitue l'élément  médian.  

     Nous serons à ce moment-là, si mon calendrier est respecté, le 23 mars. Déjà, les vacances de Printemps (ou de Pâques, comme on disait autrefois) se profileront à notre horizon.


     Mais qui donc est ce retraité de l'Enseignement, se  gausseront certains d'entre vous qui, pas encore vraiment  débarrassé des "stigmates" des festivités carnavalesques, nous entretient déjà du congé suivant ?

     Et j'en sais d'autres, que je préfère ne point entendre, qui ne se priveront pas de persifler que "tout cela est normal : les profs ne pensent jamais qu'aux vacances" ...

     Faux : mêmes retraités (pensionnés, comme dit le belgicisme), ils sont aussi grandement intéressés par la bonne chair !

     Et précisément, il me faut à présent vous quitter, amis lecteurs, pour honorer une tâche confiée par mon épouse : m'occuper du vin qui accompagnera les agapes de ce midi.

     Des spaghetti ... ou des spaghettis ? Nouveau dilemme ...
     Des pâtes. Ce sera plus simple.
     Mais aux scampi - là, je suis certain de la seule orthographe admise -, ce sera meilleur !

     Par la perspective alléché, j'allais presque oublier : on se voit mardi ?            
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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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  • : Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
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