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18 septembre 2009 5 18 /09 /septembre /2009 23:00

     Il est certes maints lieux par le monde qui valent la peine d'être  connus, et visités. Mais vous comprendrez aisément, ami lecteur, que quand l'opportunité s'en présente, je ne vais pas bouder mon bonheur de vous faire découvrir certains d'entre eux qui se situent en Belgique.

     Si, en ma province de Liège, l'un ou l'autre trésor mérite incontestablement le détour (un jour, très sûrement, je vous y emmènerai ...), je crois qu'à l'évidence, architecturalement  et historiquement parlant, quelques villes du nord du pays, se doivent de faire l'objet d'un séjour pour tous ceux que l'art, sous toutes ses formes, intéresse : 
ainsi, et en passant très vite, ce magasin de dentelles, sur la  superbe Grand-Place de Bruxelles qui fut, le temps d'un exil forcé au milieu du XIXème siècle, la maison dans laquelle vécut Victor Hugo, ne mérite-il pas déjà notre attention ?



     
Et si bien évidemment, je pense plus particulièrement à Bruxelles,  notre capitale, devenue aussi celle de l'Europe, à Gand ou à Anvers, c'est avant tout, et sans hésitation aucune, vers Bruges que vont mes préférences. Avis subjectif, me rétorquerez-vous ? Peut-être, oui. Et là, je n'ai qu'un seul argument, ou plutôt qu'un seul conseil à vous prodiguer : choisissez de venir passer trois jours à Bruges, de découvrir la ville médiévale, à pied, en calèche ou sur les canaux. Ensuite, nous en discuterons ...


     Bruges, et vous l'avez découvert samedi dernier, qui fut le théâtre d'une de mes très grandes émotions amoureuses de ces toutes récentes vacances 2009, représente à mes yeux une ville absolument hors du temps quand on s'octroie le plaisir de la vivre intensément, profondément, quand on souhaite, du regard, la caresser, s'en imprégner, la découvrir autrement : c'est-à-dire en déambulant loin du traditionnel, sempiternel et incontournable circuit touristique des familles qui, à cause des homardisants coups de soleil à répétition qu'elles viennent de stoïquement supporter, juillet oblige, sur les plages de la Mer du Nord, de Dunkerke à  Knokke, en passant par Ostende ou Blankenberge, - en fait, sur les quelques centimètres de sable que les autres familles  tout aussi rubicondes ont consenti, de mauvaise grâce évidemment, à leur concéder, papiers et menus déchets  en prime -, décident de s'offrir une journée à l'intérieur des terres, manière de ne pas mourir idiotes ou de rentrer au bureau bronzées, mais cultivées, et les arpentent au pas de charge, traînant avec eux deux  ou trois "charmantes" petites têtes blondes à qui, déjà, l'eau et le sable manquent affreusement et qui, en guise de point d'orgue à cette bien déroutante obligation familiale, renversent systématiquement en pleurant une des boules - de préférence au chocolat - de l'énorme cornet de glace qu'on leur avait offert pour qu'en réalité ils se taisent ("on ne parle pas la bouche pleine" !) et cessent de regimber.

     Hors du temps ? Hors de notre temps, assurément. La Bruges dans laquelle, après les quelques clichés inévitables, je voudrais aujourd'hui vous emmener, ami lecteur, c'est celle des quartiers excentrés, celle des ruelles médiévales désormais vidées des marchands hanséatiques qui les peuplèrent à l'époque :


car, il ne vous faut point l'ignorer, la ville des nombreux canaux connut dans la seconde moitié du Moyen Âge, aux XIIème et XIIIème siècles notamment, un apogée tel qu'elle devint, pour un temps, la plaque tournante de tout le commerce international qui, descendant de la Baltique, se dirigeait jusqu'en Orient, en cabotant par la Méditerranée.

     Pour un temps seulement : quatre ou cinq cents ans, en fait. Car, au milieu du XVIème siècle, l'heure sonne pour la célèbre cité drapière de passer la main : Anvers qui, profitant de l'inéluctable ensablement freinant, puis stoppant définitivement les activités portuaires de Bruges, deviendra le seul port important où débarqueront désormais les produits de toutes sortes, en ce compris les richesses tout nouvellement découvertes et ramenées des Amériques.

     Mais loin de moi l'idée de tout rejeter sur la seule Nature. Les facteurs économiques et industriels auront également leur incontestable part de responsabilités : ainsi la concurrence de la draperie anglaise, plus moderne, s'opposant alors à nos tissages plus que traditionnels, sonnera le glas d'un artisanat qui avait considérablement permis la puissance économique, partant politique (car, jamais, l'un n'alla sans l'autre !) de la Flandre en général, et de Bruges en particulier. 

     Saviez-vous, ami lecteur, qu'à Bruges, dans cet incontournable carrefour commercial, vinrent s'établir de puissantes familles de banquiers et d'agents de  change (de "changeurs", pour employer le terme de l'époque) ? Que des Lombards y côtoyaient quotidiennement des Florentins ou des Siennois ? Que les Médicis avaient à Bruges pignon sur rue grâce à leur propre banque dirigée par les membres de la célèbre famille des Peruzzi, de Florence ?   

     Saviez-vous, petit coquerico bien légitime au passage, que c'est néanmoins une famille de banquiers du terroir, les Van der Beurze, qui laissèrent leur patronyme à une institution financière que l'on a maintenant coutume d'appeler la Bourse ?

     J'évoquais à l'instant l'Economique, le Politique ...
     Saviez-vous que, suite au mariage de Marguerite de Maele avec Philippe le Hardi, nos régions entrèrent de plain-pied dans le duché de Bourgogne ? Et que c'est à partir de cette époque que les relations commerciales, au départ de Bruges, s'intensifièrent avec cette région viticole; de sorte que, délaissant la voie maritime traditionnelle qui se dirigeait vers la Méditerranée en descendant par les côtes de Gascogne, faisant inévitablement escale à Bordeaux, elles nous permettront désormais de découvrir et d'apprécier de nouveaux et précieux nectars ? Ceux de mes amis proches qui liront ces lignes comprendront combien je suis grandement redevable de cette union, moi qui ne jure que par les crus que l'on déguste en Côte d'Or, de Marsannay à Santenay ... 

     Saviez-vous enfin, que c'est à Bruges, dans l'église Notre-Dame où je tombai amoureux de Marie, que se trouvent les splendides mausolées et les gisants de Charles le Téméraire, quatrième descendant de ce Philippe le Hardi qui vint jusqu'à nous chercher épouse, et de sa fille, Marie de Bourgogne ? 

     Et saviez-vous aussi que ... 
    Non, là je m'arrête. La suite, vous la découvrirez un jour quand, d'aventure, vous déambulerez, ébahi, dans cette ambiance de cité médiévale que Bruges a magistralement pu conserver bien au-delà des siècles ...
  
     Je préfère maintenant, ami lecteur, vous emmener visiter la ville. Je ne m'attarderai pas, je l'ai précisé, sur le centre historique. Pour enfin nous retrouver dans les tranquilles petites ruelles qui fleurent bon le lointain passé, je vous propose de tout de suite quitter la Grand-Place, ses halles et son beffroi,


de traverser le "Burg", cette autre place sur laquelle la façade de l'Hôtel de ville le dispute en dentelles de pierre


avec celle de la Basilique du Saint-Sang :


pour enfin découvrir les quartiers excentrés, loin de la foule : 


où tout n'est que calme et beauté ...

 
harmonie et sérénité ...


esthétisme et tranquillité.
    




     C'est de cette Bruges-là, à l'architecture flamande  si caractéristique 


que j'aimerais qu'un jour, ami lecteur, vous m'écriviez :

     "Tu avais raison de nous conter ton admiration, Richard ! J'y suis allé, et je reviens d'un incomparable voyage dans le temps ..."  
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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 23:00

 

     Comme convenu mardi dernier, nous voici donc réunis, vous et moi ami lecteur, cette matinée près de la première des vitrines de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre à une heure telle que nous pouvons agréablement profiter, pour mieux en apprécier tous les objets, de la douce luminosité automnale qui filtre par la fenêtre s’ouvrant - c’est une vue de l’esprit ! - sur le Quai François Mitterrand et la Seine, juste devant nous, plutôt qu’être aveuglés par le soleil direct qui, indiscrètement, pénétrera ici cet après-midi.



     Et je ne doute pas que d’un coup d’oeil, un seul, vous avez immédiatement remarqué qu'à l'avant-plan de ce meuble s'étale une petite collection d’ostraca peints - "figurés", dit-on plutôt dans le vocabulaire égyptologique -, que vous me permettrez de ne point détailler aujourd’hui, préférant concentrer d’abord votre attention sur une oeuvre placée tout à l’arrière et qui, par son volume, attire immédiatement et inévitablement le regard.



     Il s’agit bien évidemment de cette statuette en bois (E 27248), d’une hauteur de 23, 5 cm pour une longueur de 35, 5 cm, et datant probablement de la XVIIIème dynastie, la note sur le cartel étant assortie d’un point d’interrogation. D’une facture relativement fruste, elle représente, posé sur un socle d’un bois d’une autre essence, un porc mâle, la tête dirigée vers le sol dans l’attitude caractéristique d’un animal en quête de sa propre pitance.

     D’un premier coup d’oeil aussi, vous conviendrez avec moi que, mises à part l’extrémité du groin et la forme des oreilles, l’animal, beaucoup plus maigre, beaucoup plus haut sur pattes, offre bien peu de ressemblances avec le grassouillet congénère que nous lui connaissons de nos jours.


     Parmi les mythes qui peuplent toute civilisation antique, ceux qui, en Egypte plus particulièrement, font référence tant à Osiris qu’à Horus font souvent aussi, peu ou prou, intervenir le dieu Seth. Et que ce dernier porte la plupart du temps préjudice à l’un ou l’autre membre de sa propre famille ne fait plus aucun doute, si l’on se réfère aux textes dans lesquels ils interviennent les uns et les autres : ainsi, et pour faire simple, d’Osiris, Seth sera le meurtrier dans la mesure où il dépècera son corps, et d’Horus, le mutilateur en s’emparant d’un de ses yeux.

     Quoi qu’il en soit, considéré comme une divinité néfaste, Seth, auquel un automatisme récurrent associe la couleur rouge, celle du sang - certains papyri médicaux traitant de l’hématurie parasitaire considèrent d’ailleurs le dieu comme étant à l’origine de cette pathologie qu’ils décrivent en insistant sur la présence de sang dans les urines, rouges, du malade -, fut également allié au porc, cet animal finalement très ambigu : tantôt il constitue un des éléments primordiaux de l’alimentation de certains Egyptiens, sert à divers niveaux de leur pharmacopée, est utilisé pour différents travaux des champs, tantôt il est considéré comme totalement impur et banni, notamment, de l’environnement sacerdotal, quand ce ne sont pas les porchers eux-mêmes que l’on met au ban de la société !

     La version la plus ancienne des mythes qui évoquent Seth se trouve déjà dans les Textes des Pyramides qui, je le souligne rapidement au passage, n’apparaissent pour la première fois que dans celle du roi Ounas, à la fin de la Vème dynastie. 

     Le combat entre Seth et Horus est également relaté au chapitre 112 du "Livre pour sortir au jour" que d’aucuns continuent toujours à erronément appeler "Livre des Morts", quand Rê demande :

 

"... "Fais-moi voir ce qui est arrivé à ton oeil aujourd’hui !" Il le vit, et alors Rê dit à Horus : "Jette donc un regard sur ce porc noir !" Alors il le regarda et la blessure de son oeil devint très vive. Alors Horus dit à Rê : "Voilà que mon oeil est comme il fut lors de ce coup que Seth avait porté à mon oeil", et il perdit connaissance. Alors Rê dit à ces dieux qui le portaient sur son lit : "Qu’il reprenne ses sens !"


Il était arrivé en effet que Seth s’était transformé en porc noir, et il avait alors porté le coup brûlant qui était dans son oeil.


Alors Rê dit à ces dieux : "Abominez le porc à cause d’Horus ! Puisse-t-il donc reprendre ses sens !" Et c’est ainsi que le porc fut en abomination, à cause d’Horus, de la part des dieux de sa suite ..."


     Il est ainsi plus que probable qu’il faille précisément aller chercher dans ces mythes étiologiques l’origine de l’interdiction de consommer de la viande de porc faite aux prêtres égyptiens, ainsi que l’entrée des temples et nécropoles aux porchers eux-mêmes, si l’on en croit Hérodote (II, 47) :



"Le porc passe chez les Egyptiens pour une bête impure. Qui en frôle un au passage va aussitôt se plonger dans le fleuve tout habillé; de plus, les porchers quoique Egyptiens de naissance, sont seuls en Egypte à ne pouvoir entrer dans aucun temple; personne ne consent à donner sa fille en mariage à un porcher, ni à prendre femme chez eux : ils se marient entre eux."

 

     Et pourtant dès la constitution de l’écriture hiéroglyphique égyptienne, le signe du porc (E 12 dans la liste de Gardiner ) fit d’emblée partie d’un corpus qui n’évoluera guère jusqu’à l’époque ptolémaïque. Et ce hiéroglyphe servit notamment de déterminatif à une série de termes définissant tout à la fois le cochon, le porc en tant qu’animal domestique ou non, la truie, qu’elle soit ou non blanche (j’y reviendrai la semaine prochaine), le cochon noir que nous venons de découvrir assimilé à Seth, le verrat, etc.

     C’est sur un pan de cette étonnante ambiguïté qui frappe la famille porcine, tantôt honnie, tantôt amie, qu’en prémices à notre rencontre ici même mardi prochain pour plus particulièrement évoquer l’animal domestiqué, je voulais, ami lecteur, aujourd’hui attirer plus spécifiquement votre attention.

     A mardi, même vitrine, même heure ?


 

(Bardinet : 1995, 59 ; Barguet : 1967, 149; Hérodote : 1964, 161; Sarr : 2008, passim)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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11 septembre 2009 5 11 /09 /septembre /2009 23:00



     Conscient d'avoir éveillé la présence de maints points d'interrogation dans les yeux des lecteurs les plus fidèles à EgyptoMusée en annonçant, samedi dernier, l'évocation de certains de mes coups de coeur amoureux tout au long des deux mois qui viennent de s'écouler, je vous propose aujourd'hui donc un premier rendez-vous avec la Beauté, presque avec le Sublime.

     Les plus assidus d'entre vous, ceux qui connaissent ma propension à exalter l'antique splendeur égyptienne - souvenez-vous de la reine Tiy : tout à la fois du bas-relief acquis jadis aux Musées Royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles, et du dessin qu'en réalisa et m'offrit mon ami Jean-Claude -, ont peut-être supposé, malgré la restriction à ce sujet que j'avais toutefois notifiée la semaine passée, que j'allais aujourd'hui évoquer l'un quelconque autre visage féminin qui aurait illuminé les rives du Nil.
Il n'en est rien !

     C'est à Bruges, cette fois, au bord des célèbres canaux, bien plus près de chez moi donc que ne le sont et Le Caire et Alexandrie, que je la rencontrai pour la première fois. Elle n'était pas seule, son fils l'accompagnait.

     Idéal de beauté intemporelle, sérénité douce, mais étrange, d'un visage ovale tutoyant la perfection, Elle se tenait là, altière, assise à quelques pas de moi dans une nef latérale de cette magnifique église Notre-Dame de Bruges ("Onze-Lieve-Vrouwekerke", comme on dit là-bas en néerlandais) où j'étais en réalité entré pour contempler Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire dont le gisant, en airain doré et pierre de touche, constitue un des joyaux du lieu.

     Impassible, le regard baissé vers le sol, Elle semblait tout simplement absorbée par je ne sais quelle pensée alors que de ses bras, manifestement sans la moindre envie de le retenir - et d'ailleurs, prêtait-elle même attention à son geste ? -, s'échappait un enfant potelé, bouclé, calmement désireux d'affirmer sa volonté d'effectuer quelques pas.

     Dans un autre monde que le mien, ni Elle ni Lui ne remarquèrent ma présence, seuls qu'ils étaient chacun dans cet édifice peuplé de touristes.

     Subjugué, ému jusqu'aux larmes devant tant de beauté, je n'avais de mots pour exprimer ce que je ressentais véritablement : ce visage qui paraissait dépourvu de sentiment, ce coeur d'une mère qui aurait pu être la mienne, la vôtre, ami lecteur, tant Elle était divinement belle dans cette robe puissante dont la souplesse pourtant des plis du drapé accentuait encore la force, suggérant à mes yeux embués la position exacte qu'avaient bras et jambes sous l'incroyable abondance du tissu, savaient-ils déjà, imparable prémonition, que si Elle laissait partir son petit, si Elle admettait, sans plus le retenir d'avantage, qu'il s'avance ainsi vers moi, vers  nous, il se condamnait irrémédiablement ?  
        

     Mais il était trop tard, et pour Elle, juguler le geste de l'enfant, et pour Lui, revenir sur sa décision : son pied gauche posé à même le bas de la robe, du droit, il descendait inéluctablement du giron protecteur. Quelques instants plus tard, sûr de lui, de sa volonté, il est certain qu'il allait lâcher la main maternelle qu'il tenait pourtant encore, qu'il allait arriver parmi nous, qu'il allait affronter son destin.

     Toute cette réflexion, toute cette image qui demandent aujourd'hui le temps d'effleurer les touches de mon clavier, ne prirent, cet après-midi là, en cette église Notre-Dame de Bruges, que le seul instant d'un regard appuyé ...

                                                                ***

     Certes, à tout seigneur tout honneur, il y a le Musée du Louvre avec deux de ses "Esclaves", immenses, pathéthiques, tragiques, chefs-d'oeuvre initialement prévus pour le tombeau du pape Jules II, à Rome et qui, de Roberto Strozzi à Alexandre Lenoir, en passant par François Ier et le Cardinal de Richelieu, connurent bien des maîtres avant de susciter notre inconditionnelle admiration, salle 4 du rez-de-chaussée de l'aile Denon.



     Certes, il y a Londres et son "Tondo Taddei" à la Royal Academy.



     Certes, il y a aussi son douloureux "Garçon accroupi", également prévu pour orner un prestigieux tombeau, celui des Médicis, à l'église San Lorenzo de Florence et qui, après bien des vicissitudes, se retrouve désormais au Musée de l'Ermitage, à Saint-Petersboug.


     Mais force est toutefois de reconnaître que bien peu d'oeuvres en ronde-bosse du génie de la Renaissance que fut Michelangelo Buonarotti ont franchi les Alpes pour venir jusqu'à nous, en Europe du Nord. Et a fortiori du vivant même du Maître.


     Il n'en est évidemment pas de même de ses croquis, dispersés çà et là : au British Museum de Londres, qui détient la collection la plus riche, à l'Ashmolean Museum d'Oxford, à l'Albertina de Vienne, au Musée Teyler de Haarlem, aux Pays-Bas qui est en droit de s'enorgueillir d'exhiber une partie de l'ancienne collection de la reine Christine de Suède; et, bien sûr, au Louvre qui, comme d'autres, avait célébré en 1975 le demi-millénaire de Michel-Ange par une remarquable exposition de ses dessins.

     Modestement, bien plus modestement, la Belgique, pour le plus grand bonheur des philatélistes, marqua cette année 1975 par l'émission d'un timbre-poste représentant la seule oeuvre sculptée que nous possédions de l'artiste : cette "Vierge à l'Enfant" dont je tombai immédiatement amoureux en juillet dernier, à Bruges.



     Cette remarquable sculpture - j'insiste, au passage, sur le fait que je ne suis nullement croyant et que le vocabulaire quelque peu dithyrambique qui pourrait être ici le mien n'est motivé que par ma seule émotion esthétique -, cette Madone de marbre blanc de Carrare lovée dans l'immense autel baroque de la niche de la nef latérale de l'église brugeoise, en plein coeur historique de la ville, fut vraisemblablement réalisée entre 1501 et 1505.



     Oeuvre de jeunesse donc, commandée à Michel-Ange par le cardinal Picolomini, un instant pape sous le nom de Pie III et destinée à l'autel de la cathédrale de Sienne, elle fut en définitive acquise par de prospères marchands de tissus flamands, les frères Jean et Alexandre Mouscron, appelés "Moscheroni", dont la fortune permit de surenchérir sur ce que la bourse du cardinal pouvait offrir. Leur but : orner le caveau familial dans l'église Notre-Dame à laquelle, en 1514, Jean Mouscron l'offrit.

     Dérobée par la suite, elle fut une première fois emportée en France lors de l'occupation de notre territoire pendant la Révolution française et une seconde en Allemagne par la Wehrmacht  lors de sa retraite, en 1944.

     Napoléon - Hitler ... Sans commentaire !

     Mais fort heureusement, à chaque fois, l'oeuvre fut restituée à Bruges où, maintenant depuis la Libération de notre pays à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, elle ne cesse  - j'en suis intimement persuadé -, de susciter la plus vive émotion chez tous ceux qui viennent l'admirer.

     Exécutée dans le plus pur style "Quattrocento florentin", cette Madone sublime véritablement la dévotion à la Vierge, ainsi que le drame de la Passion du Christ mettant plus particulièrement l'accent sur ses souffrances humaines, qui demeuraient encore prépondérants à l'époque de Michel-Ange. C'est ce que traduisent tout à la fois et le visage de Marie, pensive, quasiment absente, et l'attitude déterminée de l'Enfant divin qui s'en va marchant inéluctablement vers sa destinée.

     Il fallait, dans un tel contexte religieux encore très fort, oser ce "couple". Le génial sculpteur le fit, qui représente Marie, jeune, magnifiquement gracieuse, d'une beauté sans égale; et qui figure l'Enfant Jésus dans une attitude en totale opposition avec les oeuvres de ses prédécesseurs et contemporains traitant le même sujet : debout, presque sans être soutenu, le bambin n'est absolument pas représenté assis sur les genoux de sa mère, il s'en dégage au contraire, s'en détache sans brusquerie aucune, comme si cela devait être l'évidence même ...



     Avez-vous été sensible, ami lecteur, dans cette oeuvre en marbre, je le rappelle, à cet effet de mouvement qu'a admirablement rendu Michel-Ange par la légère torsion qu'il imprime à l'épaule relevée et au bras droit de l'Enfant, alors que toute la composition se lit plus comme un bas-relief dont on admirerait la frontalité, tout empreinte de majesté, que comme une véritable oeuvre en ronde-bosse que, c'est habituellement le but, l'on pourrait contourner afin d'aller découvrir d'autres élégants détails, à l'arrière ?

     Avez-vous aussi ressenti l'effet monumental obtenu par l'artiste en enfermant littéralement le petit corps descendant sur le sol dans celui de sa mère, assise, en donnant à l'ensemble la forme globale d'un triangle (je n'oserais le terme "pyramide" ...) dont la pointe serait l'extrémité du parfait ovale de la tête de Marie,  surmontée d'un capuchon, et dont la base serait évidemment le socle sur lequel pose son pied ?

     Réinterprétant de manière tout à fait personnelle le thème de la Vierge à l'Enfant tant rebattu au Moyen Âge, Michel-Ange réussit, avec cette Madone de Bruges à incontestablement prouver l'extrême originalité de sa conception. Du grand art à l'état pur !

      Je n'insisterai plus sur l'exceptionnel rendu des plis du tissu de marbre de la robe (ou du manteau, je ne sais) de Marie; mais je ne voudrais pas terminer cette présentation sans attirer votre attention sur un détail qui, par parenthèses, me semble relativement fréquent chez Michel-Ange : il s'agit du très bizarre contraste existant entre l'imposant degré de finition de l'oeuvre en elle-même et le bloc de marbre non épannelé, à droite, qui passerait presque inaperçu sous les ondulations des plis du vêtement; bloc brut s'il en est, dont je vous propose une vue rapprochée ci-dessous, à peine entaillé de quelques coups de ciseaux, sur lequel pourtant reposent les pieds gauches de la Vierge à une extrémité et de l'Enfant Jésus à l'autre.



     Vous m'accorderez, ami lecteur, que les hasards de ma réflexion qui feraient se terminer cet article sur un gros plan de pieds, fussent-ils divins, en briseraient l'aura. Aussi ai-je pensé qu'il était préférable que nous nous quittions sur un visage. Esthétiquement sublime. Qui tant m'émut.
Celui de Marie, tout simplement ...    
                  

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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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7 septembre 2009 1 07 /09 /septembre /2009 23:00



     De l'importance de la gent animale dans le contexte environnemental, social et cultuel des anciens habitants des rives du Nil, c'est incontestablement ce à quoi je voudrais aujourd'hui, ami lecteur, devant cette première vitrine de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, particulièrement tenter de vous sensibiliser.



     Il ne fait aucun doute, et vous ne pouvez l'ignorer si vous m'avez accompagné depuis l'automne 2008, soit dans la chapelle funéraire d'Akhethetep, soit dans celle d'Ounsou que toutes deux nous avons visitées dans la précédente salle, que les scènes peintes ou gravées qui les décorent constituent pour les égyptologues, mais certes aussi pour le grand public, un corpus documentaire d'une importance cardinale pour la bonne compréhension de nombre de domaines émaillant la vie quotidienne de l'Egyptien d'alors. Et ce n'est d'ailleurs pas un hasard si ces deux monuments se retrouvent l'un et l'autre  dans cette salle 4 qui, souvenez-vous, est entièrement consacrée aux travaux des champs, partant, indirectement à sa nourriture.

     Ce n'est évidemment pas un hasard non plus si l'espace qui la prolonge, la salle 5 donc, que je vous ai très succinctement présentée mardi dernier et dans laquelle, comme convenu, nous nous retrouvons aujourd'hui, met plus spécifiquement l'accent sur les différents modes d'acquisition de cette nourriture.

     Ceux d'entre vous qui, peu ou prou, se sont déjà rendus en Egypte ont évidemment noté que dans maints tombeaux de la Vallée des Rois, mais aussi - et surtout ? -, dans les mastabas de l'Ancien Empire les plus visités à Saqqarah notamment, de nombreux registres de la décoration destinée à démontrer et le rang social et la richesse du défunt font état d'importants défilés d'animaux de toutes sortes, troupeaux au chiffre exagérément démesuré, soit capturés lors de chasses dans le désert, et visiblement destinés à constituer un cheptel propre à l'élevage, soit, plus prosaïquement, menés à l'abattoir en vue de leur dépeçage.

     Un des intérêts de l'étude de la succession de ces scènes dans le décor pariétal de la tombe, et donc de leur position - après celles qui évoquent la chasse -, réside dans le fait qu'elle nous apprend que c'est bien l'activité cynégétique qui fut à l'origine de l'émergence de l'élevage tout à l'aube de l'installation des premiers "chasseurs-éleveurs" aux franges des déserts libyque et arabique, sur les rives du Nil; bien avant donc l'époque pharaonique proprement dite.

     Un autre intérêt de cette étude - mais est-il vraiment besoin de l'indiquer ? - confirme l'importance qu'eut la constitution d'un cheptel autochtone pour la survie des premières civilisations du Proche et du Moyen-Orient antiques.

     Boeufs primitivement sauvages, antilopes gambadant dans le désert, boucs, moutons, chèvres, ânes, porcs, oryx, gazelles et même des hyènes ramenées par les chasseurs de la fin de l’époque néolithique constituèrent le point de départ - que Noé n’eût certes pas renié - de rassemblements d’animaux concentrés dans des "parcs" où les paysans égyptiens allaient apprendre à les domestiquer.

     Par ce terme "parcs", il faut entendre en fait des prairies, des terrains clos délimités par des cordes à plusieurs noeuds servant manifestement à entraver les bestiaux, que l’on retrouve d’ailleurs dans le hiéroglyphe V 16 de la liste de Gardiner 
(qui se prononçe "sa").

     Cette corde à noeuds bordant les prairies était vraisemblablement attachée par les deux bouts à une pièce de bois percée de deux trous, enterrée à grande profondeur de manière que les animaux, même les plus forts d’entre eux, ne soient pas en mesure d’arracher leur longe nouée dans les boucles.

     Les légendes hiéroglyphiques qui accompagnent ces scènes nous donnent à connaître un certain nombre d’autres termes qui définissaient les emplacements où vivaient les animaux destinés à l’élevage : "mesout", habituellement traduit par "étables" (sans toutefois être absolument certain de la présence d’un toit), ainsi que "chetebou" et "herout", établissement où l’on élevait des volailles : les égyptologues ont en effet déterminé, notamment grâce à la décoration du célèbre mastaba de Ti, qu’existaient à l’Ancien Empire des domaines avicoles dans lesquels volailles et oiseaux aquatiques étaient rassemblés. Chasses dans le désert, donc, mais aussi, avec cette dernière précision, dans les marais. J'y reviendrai, si vous me le permettez, ami lecteur, quand, de conserve, nous détaillerons la vitrine 2, ici derrière nous.

     Avant de poursuivre cette introduction à ce que nous découvrirons prochainement dans la première des vitrines de cette salle, je voudrais rapidement ouvrir une petite parenthèse philologique pour épingler le fait que, dans l’écriture hiéroglyphique de l'époque, ces trois termes (mesout, chetebou et herout) se terminent par le déterminatif, répété trois fois - ce qui constitue, je le rappelle, la marque du pluriel en égyptien classique -, du terrain clos (= O 1 dans la liste de Gardiner).


     En plus des bêtes capturées à la chasse auxquelles je viens de faire allusion, il ne faut évidemment pas négliger celles qui étaient versées à l’Egypte, à titre de tribut, par les pays soumis et celles saisies en guise de butin, suite à une campagne pharaonique victorieuse en terre étrangère. Apport non négligeable s’il en est : la tête de massue du roi Narmer (Ière dynastie, ± 3150 A.J.-C.) exposée à l’Ashmolean Museum d’Oxford ne mentionne-t-elle pas 400 000 bovins et 1 422 000 ovins, fruits d'une telle incursion guerrière?


     L'importance du bétail en Egypte antique était telle qu'indépendamment du fait que près d'un quart des hiéroglyphes qui émaillent l'écriture figuraient des animaux, on retrouve çà et là, dans la littérature, diverses allusions qui en constituent d'éclatantes preuves. Ainsi, souvenez-vous, ami lecteur, de cet extrait de la "Déclaration d'innocence", chapitre 125 A du "Livre pour sortir au jour" (plus communément, mais erronément appelé "Livre des Morts") qu'en février dernier je vous avais donné à lire : Je n’ai pas privé le petit bétail de ses herbages.
 
     Je voudrais aussi, toujours pour attirer votre attention sur la place prépondérante, tant économique qu'idéologique, acquise par l'animal à l'antiquité égyptienne, faire maintenant référence aux recensements annuels de tout ce cheptel; comptabilité qui servit de base, à tout le moins à l’Ancien Empire, aux premiers calendriers égyptiens notifiant la datation des règnes des souverains.

     Il existe en effet, ici même au Louvre, mais aussi au British Museum de Londres, au Musée du Caire et dans celui de Berlin plusieurs fragments de documents connus dans le monde égyptologique sous le nom de Papyrus d’Abousir, du nom de cet endroit entre Guizeh et Saqqarah où furent retrouvés pyramides et temples de plusieurs souverains de la Vème dynastie (XXVème - XXIVème siècles A.J.-C). Et dans le temple funéraire de l’un d’eux, celui du roi Neferirkarê-Kakaï, des fouilleurs clandestins d’abord, puis les archéologues de la Deutsche Orient-Gesellschaft sous la direction de Luwig Borchardt - (le même qui, sur le site d’Amarna, exhuma le célèbre buste de Nefertiti, aujourd’hui à Berlin et qui, vous ne l'ignorez probablement pas, fait actuellement l'objet de nombreuses controverses) - mirent au jour, les uns en 1893, les autres en 1907, ces fragments qui, pour l’essentiel, constituent un relevé des comptes de fournitures destinées au temple, des dépenses enregistrées, des offrandes de vivres à la statue du dieu, etc.; comptes par ailleurs tenus pendant quelque deux cents ans par des scribes manifestement scrupuleux !

     Et les rouleaux de beaucoup d’entre eux de commencer, c’est à cela que je voulais en arriver, par des formules calendaires telles que : "L’année de la seizième fois de compter tout le gros et le petit bétail de Haute et de Basse-Egypte ..." ou "L’année du troisième compte (des troupeaux), quatrième mois de la saison akhet, jour vingt-cinq ..."

     L’élevage, ainsi que la domestication constituèrent donc très vite un des apports majeurs de la nourriture indispensable à la vie quotidienne des Egyptiens de l’Antiquité, mais aussi, ne l’oublions pas, nécessaire à leur vie dans l’au-delà. C’est la raison pour laquelle, j’y reviens, les peintures murales des chapelles funéraires font constamment allusion à ce moyen de subsistance avec une précision qui, pour l'heure, nous étonne encore.

     C'est ainsi que, si vous ne les aviez pas remarquées lors de votre visite, à l'automne dernier, je vous invite, avant de quitter le Louvre dès notre entretien d'aujourd'hui terminé, à retourner dans la salle précédente, dans la chapelle d’Akhethetep, et de vous concentrer cette fois plus particulièrement sur le côté nord du mur est : deux scènes gravées, très explicites, attireront inévitablement votre attention. L’une d'elles nous montre une vache en train de vêler : debout, arc-boutée sur ses pattes avant, elle courbe le dos et semble meugler de douleur. Agenouillé derrière elle, un bouvier aide à la délivrer en tirant le veau par les pattes qui se présentent en premier. Très clairement, la légende place dans la bouche du berger qui se tient à côté du bouvier, le conseil suivant : "Délivre hardiment le veau, qu’il n’étouffe pas !"




     La précédant immédiatement, l’autre scène que je vous conseille d’aller revoir, tout aussi réaliste, figure une saillie. Et là aussi, sans équivoque aucune, les hiéroglyphes gravés au-dessus du taureau emploient le verbe saillir, qui se disait "nehep" et dont le déterminatif représentait un phallus émettant un liquide ( = signe D 53 de la liste de Gardiner.)

 

     Enfin, si nous accordons crédit à des passages de textes présents dans certains tombeaux, il semblerait que beaucoup de tous ces animaux, boeufs compris, étaient gavés : ce qui serait ainsi le cas de ceux rassemblés dans les "mesout" que j'ai précédemment évoqués.

     Certes, ces quelques arguments ici avancés destinés à prouver l'immense importance qu'élevage et domestication détinrent aux yeux des Egyptiens anciens ne prétendent nullement à l'exhaustivité. J'aurais pu aussi évoquer la momification de nombre d'animaux que les fouilles ont maintenant permis de mettre au jour. Sans oublier la sacralisation dont certains firent l'objet : rappelez-vous la découverte des sarcophages de
taureaux Apis faite par Auguste Mariette dans ce qu'il est à présent convenu d'appeler le Sérapeum de Memphis.

     Mais est-il vraiment encore besoin de poursuivre une liste qui est loin d'être clôturée pour arguer du bien-fondé de mes propos ? Je préfère simplement vous convier à nous retrouver mardi prochain, 15 septembre, ici même devant la vitrine 1, vers 10 H. si cela vous agrée, pour nous pencher plus avant sur le premier des différents objets qui y sont exposés.

A mardi ?
 
 




(Gros de Beler : 2006, 156-66; Malaise : 1987, 28; Montet : 1925, 92-125; Posener-Krieger : 1976, 3 et 61; Ziegler : 1993, 80-1)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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4 septembre 2009 5 04 /09 /septembre /2009 23:00


     Vous l'aurez forcément constaté, ami lecteur, l'été touche pratiquement à sa fin, et avec lui, inévitablement, les vacances de certains d'entre nous. Il semble obligé, maintenant pour ceux-là, de reprendre qui le chemin de l'Ecole, qui celui du bureau, qui celui de son blog.

     C'est la raison pour laquelle, aujourd'hui, j'ai estimé opportun de vous donner en primeur quelques orientations nouvelles que j'aimerais insuffler au mien. Un peu à l'instar de celle qui a été proposée en ce début de semaine par France Culture à ses auditeurs, mais à mon niveau bien plus modestement, je voudrais vous faire part de la "grille des futurs programmes".

     Rien ne change, toutefois, pour ce qui concerne le calendrier, maintenant parfaitement rôdé depuis plus d'un an : vous l'avez constaté, nous réserverons toujours au mardi, jour officiel de fermeture hebdomadaire du Musée du Louvre, profitant ainsi de cette absence de touristes, notre visite de son Département des Antiquités égyptiennes. Et d'ailleurs, une rencontre préparatoire a déjà eu lieu ce 1er septembre, salle 5, aux fins de découvrir de conserve ce qu'elle recèle de manière générale et ce que, au fil des prochaines semaines, au fil des prochains mois, je vous détaillerai par le menu.

     Quant aux samedis, j'escompte, comme précédemment, continuer à vous donner à lire soit des morceaux caractéristiques de la littérature égyptienne, soit des extraits de textes consacrés à la terre pharaonique, rédigés par des égyptologues faisant état de leurs rapports de fouilles, notamment, ou par des écrivains qui l'ont un jour arpentée. Rien de nouveau sous le soleil, apparemment, fût-il de Rê !

     Mais alors, m'objecterez-vous, pourquoi ce billet de rentrée qui semblait présager d'un tournant ? 

    Parce que je voulais reprendre contact avec vous, ami lecteur, tout d'abord sur le mode de l'intime : en effet, un peu comme certains adolescents qui, lundi, réintégreront leurs salles de cours la tête et le coeur encore emplis des amours de vacances, j'aimerais, pendant quelques samedis, et avant de nous replonger dans la littérature annoncée, vous faire partager certaines émotions que j'ai vécues lors de mes escapades à la fois de juillettiste et d'aoûtien; un peu comme, souvenez-vous l'année dernière, cette visite que nous avons faite du Musée de Figeac ... 

     Même si, à terme, j'escompte évoquer ici les travaux de prestigieux savants d'Europe centrale, il ne s'agira pas nécessairement cette fois, me concernant, uniquement d'égyptologie ... mais chut ! Permettez-moi de ne point ce matin soulever le voile de ces miennes amours estivales (tout en vous promettant d'exceptionnelles rencontres) et de vous proposer un premier rendez-vous le samedi 12 septembre en vue de rencontrer une beauté merveilleuse, sublime même ...


     Enfin, ce billet d'introduction à une nouvelle année "bloguiale" en prise directe avec le calendrier scolaire a aussi pour but d'épingler une petite nouveauté ressortissant, une fois n'est pas coutume, au domaine de la technique et des possibilités qu'offre Overblog : il s'agit, certains parmi les fidèles en ont d'ailleurs déjà pris conscience, de l'opportunité que vous avez à présent de vous "abonner" en indiquant, dans la case "Newsletter", en entrée de la colonne de droite, votre adresse mail; de sorte que, miracle de l'informatique, chacun d'entre vous sera immédiatement tenu au courant de la publication de mes futurs articles.

     Et tout en parodiant une formule publicitaire que, humoristiquement, on attribuait voici quelques années à certaines Directions d'écoles belges : "Inscrivez-vous, nous ferons le reste ! ", j'invite donc tous ceux qu'EgyptoMusée intéresse (oserais-je un "... qu'EgyptoMusée passionne" ?) à profiter de cette facilité pour venir me rendre visite dès potron minet.

     A bientôt ?

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Publié par Richard LEJEUNE - dans A propos de ce blog
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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 23:00


    La salle 4 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre qu'ensemble nous avons quittée voici trois mois déjà, vous vous en souvenez assurément ami lecteur, est entièrement dévolue aux travaux des champs, tant d'un point de vue éminemment pratique, avec les différentes étapes et les outils utilisés pour les mener à bien, qu'administratif avec l'un ou l'autre papyrus nous permettant de mieux appréhender la manière dont furent gérées toutes ces activités.

     C'est donc en toute logique que les Conservateurs de la section égyptienne ont choisi de consacrer l'espace qui suit immédiatement, la salle 5 donc, à d'autres sources d'obtention de nourriture que celles prodiguées par la seule agriculture, à savoir : l'élevage, la chasse et la pêche.



     Dès aujourd'hui, avec ce petit tour d'horizon introductif que je vous propose, vous constaterez dans un premier temps que, pratiquement, l'on peut indifféremment accéder à cette nouvelle salle soit par la gauche, le long du mur Nord, entièrement aveugle, puisqu'il est mitoyen avec les salles 3 et 6 qui donnent sur la Cour Carrée,




soit par la droite, plus limineux grâce aux hautes fenêtres grillagées qui ponctuent de façon extrêmement régulière la façade de cette aile donnant immédiatement sur le Quai François Mitterrand et le Pont des Arts qui mène droit à l'Institut de France.





     Le plan esquissé ci-après, s'il est loin d'être le reflet d'une réalité mathématiquement calculée - j'en suis bien incapable ! -, présente à tout le moins une vue d'ensemble suffisamment claire qui, à mes yeux, devrait permettre à ceux parmi vous pour lesquels cette salle n'est point familière de se retrouver dans mes propos futurs.






     Si de la salle 4, l'on se dirige vers la 5 par le côté gauche de la chapelle reconstituée d'Ounsou, longeant le mur Nord, ce sont les deux vitrines portant bizarrement le même numéro 4 et abritant des blocs de calcaire provenant du mastaba d'un certain Métchétchi qui retiendront notre attention.










     En revanche, si l'on préfère passer d'une salle à l'autre par le côté droit, nous rencontrerons immédiatement, devant la première fenêtre du nouvel espace, la vitrine 1 dévolue à l'élevage.

     Par parenthèses, si ce présentoir porte le numéro 1, c'est que dans l'esprit des concepteurs, il paraît logique que nous commencions les découvertes nouvelles par ce côté-là plus particulièrement. Non ?







     Sur notre gauche, barrant le centre de la salle, la longue vitrine n° 2 retrace les deux recherches classiques d'obtention de nourriture que constituent la chasse et la pêche, représentées sur différents supports comme les bas-reliefs, les couvercles d'objets de toilette ou, à nouveau, l'un ou l'autre ostracon. ("A nouveau", dans la mesure où nous aurons l'occasion de déjà en rencontrer un certain nombre dans la toute première vitrine ci-dessus). Sans oublier l'exposition de quelques instruments nécessaires aux chasseurs et pêcheurs égyptiens ...



     A partir du socle vitré qui lui fait face, ce seront les animaux familiers, domestiqués, que nous évoquerons.

     Et à la gauche de ces vitrines 2 et 3,  nous aurons tout loisir de longuement nous attarder sur les deux très intéressantes vitrines n° 4 s'étendant côte à côte sur le mur menant à la porte de sortie de la salle, tant est riche le décor du tombeau de ce Métchétchi,  haut fonctionnaire à la cour du roi Ounas (VIème dynastie - Fin de l'Ancien Empire).

     Si d'aventure, nous tournons le dos à ce mur pour, d'un seul regard, embrasser l'ensemble de la salle, nous admirerons, tout au fond à droite d'abord, au dos de la vitrine 2, dans un encadrement métallique, un imposant bloc de calcaire figurant le repas funéraire d'un certain Tepemankh, autre grand fonctionnaire aulique d'approximativement la même époque.


     Et si, des yeux seulement, nous quittons la vitrine 5, c'est pour considérer immédiatement devant nous, le bloc vitré noir arborant le numéro 9 avec, disposés dans de petits récipients en verre, différents produits comestibles et, plus à gauche, la vitrine 6, de part et d'autre dévolue au pain et à la bière.

     Enfin, de l'autre côté de la 6, une table vitrée placée devant la fenêtre donnant sur la Seine porte le numéro 7 et concerne plus spécifiquement la viticulture; tout comme, d'ailleurs, la vitrine 8 et ses amphores, la dernière de la salle, et qui présente en outre la particularité de faire jonction et donc d'être visible aussi bien de cette salle 5 que de la future salle 8.

 
  
     M'est-il besoin d'ajouter, avant de vous donner rendez-vous mardi prochain pour entamer ensemble ce nouveau parcours, que toutes les découvertes qu'ici nous allons effectuer nous permettront d'accroître et de préciser ce que déjà nous avions appris à propos des produits de consommation des Egyptiens de l'Antiquité ?

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 23:00


     La semaine dernière, souvenez-vous, ami lecteur, je vous avais proposé l'introduction que Jean Capart avait rédigée pour la passionnante publication, en 1946, - soit quelques mois avant son décès intervenu en juin de l'année suivante -, de ses impressions, de ses souvenirs des différentes campagnes qu'il dirigea à el Kab.

     Aujourd'hui, désirant clôturer cette série de billets initiée le 4 juillet, et qui s'est poursuivie chaque samedi depuis, j'aimerais vous donner à lire un texte, émouvant, d'un de ses précieux collaborateurs, par ailleurs Secrétaire général de la Fondation égyptologique Reine Elisabeth : Arpag Mekhitarian (1911-2004).

     Qui mieux que lui, en effet, pouvait mettre un point final à cet ensemble de "morceaux choisis" parmi les nombreux ouvrages de Jean Capart, évidemment loin de toute exhaustivité, que j'ai voulu vous donner à lire en guise de respectueux hommage de tous les amateurs passionnés par la discipline égyptologique qu'il créa et développa à Bruxelles et à l'Université de Liège au tout début du XXème siècle ?



     Pour apprécier pleinement les qualités humaines de Jean Capart, ses réactions devant les événements, ses convictions, ses habitudes, voire ses manies - pourquoi pas ? - il fallait le contact quotidien d'une vie commune. Nous avons eu le privilège de l'accompagner en voyage plusieurs fois et notamment à sa première et à sa dernière campagne de fouilles à El Kab; seul arabophone du groupe, nous étions appelé à tout instant à être son interprète et son porte-parole.

     Bien qu'il se trouvât souvent sur des chantiers, notre Maître était, par vocation, davantage un homme de musée, un savant de cabinet qu'un fouilleur. C'est presque par hasard, grâce à l'intervention d'un mécène américain,  qu'il le devint. Pensez qu'il était sexagénaire quand il se lança, avec une allégresse juvénile, dans cette nouvelle aventure. Il a fallu aussitôt tout improviser : équipe, outillage, logement, choix d'un contre-maître qui eût l'ascendant sur ses ouvriers, embauche de travailleurs dans une région formée de plusieurs villages entre lesquels un habile dosage était nécessaire, enfin, chose essentielle, l'organisation même du chantier et une méthode d'investigation adaptée au site. C'est avec sa simplicité habituelle, avec bonhomie qu'il entreprit la tâche; et la découverte, au premier coup de pioche, d'une magnifique statue de lion le confirma dans son optimisme. Il sut ainsi créer autour de lui une atmosphère détendue et un climat de confiance dans la mission que chacun assumait. 
(...)

     Ceux qui, aux fouilles, ont vécu dans l'intimité de Jean Capart, ont eu le privilège de connaître les aspects multiples de sa personnalité attachante. Ce savant avait un coeur d'adolescent. Il aimait profondément El Kab, il aimait ces lieux où il avait passé les jours les plus heureux peut-être de sa verte vieillesse. Il fallait le voir sur la terrasse de la maison de Somers Clarke, debout, les coudes appuyés à la haute balustrade, lorsqu'il contemplait les beautés argentées du Nil, la sévérité rocailleuse du désert contre lequel s'étendait, comme un sourire, un mince filet de culture. (...)

     En quittant El Kab, le 9 février 1946, a-t-il eu le pressentiment qu'il n'y reviendrait plus ? A cette minute pathétique du départ, il a donné une grandeur qui restera dans la mémoire de ceux qui en ont été les témoins. Il prenait le train à la station d'El Kilh. De là, à El Mahamid, le chemin de fer traverse le site de nos fouilles.  Debout à la fenêtre de son compartiment, calme mais visiblement en proie à une profonde émotion, il regardait. Il contemplait une dernière fois les coupoles de notre palais, les grandes murailles qui abritent les temples de Nekhabit, le lointain rocher aux vautours où perchent encore les représentants vivants de la déesse. On eût dit qu'il voulait emporter avec lui pour toujours la vision de ces sanctuaires païens qu'il avait glorifiés par sa science et où il avait élevé, vers son Dieu, ses prières de chrétien.

     En cela encore, il renouvelait le geste de ces Egyptiens de haut rang qui, sur les parois de leurs chapelles funéraires, se faisaient représenter en contemplation devant les travaux qui sont exécutés à leur bénéfice pour l'éternité. Quel sentiment de gratitude, pour les joies de l'esprit et du coeur que les fouilles lui avaient procurées, le fit-il, la vision d'El Kab passée, se retourner vers nous et dire simplement : Merci !

     Par cet unique mot de reconnaissance, il faisait le bilan de sa vie : tous ses rêves avaient été comblés.

Arpag MEKHITARIAN


(Repris de Brasseur Capart : 1974, 195-200)



     Tout en vous donnant rendez-vous mardi 1er septembre prochain pour reprendre, de conserve, notre visite des salles du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, c'est
ce simple mot, ce même Merci que je voudrais vous adresser, ami lecteur, pour m'avoir, peu ou prou, suivi dans cette évocation de quelques jalons de la vie professionnelle du grand égyptologue belge Jean Capart qu'il me tenait à coeur de vous faire connaître tout au long des deux mois de "vacances" de ce blog.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en Belgique
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21 août 2009 5 21 /08 /août /2009 23:00



     Nous voici arrivés au terme de cette série d'écrits de Jean Capart qu'il m'a paru intéressant de vous faire connaître, ami lecteur, en guise de respectueux hommage que je tenais, à mon modeste niveau, à rendre au père de l'égyptologie belge. 

     Dans le document que j'ai choisi pour vous aujourd'hui, vous reconnaîtrez quelques figures que vous avez rencontrées, déjà, dans les différents "épisodes" qui se sont succédé tout au long de ces deux mois de vacances scolaires belges. 

     En revanche, avec feu Arpag Mekhitarian évoqué ici, vous découvrirez un nouveau visage - auquel, peut-être un jour, consacrerai-je un article -, mais surtout, dérogeant à la règle que je m'étais fixée de ne publier que des textes de Capart lui-même -, à qui je "prêterai" quelques pages de mon blog, samedi prochain, pour une ultime pensée vis-à-vis du Maître.

     Mais avant cela donc, un dernier extrait d'un ouvrage cette fois dans lequel il nous fait part de ses impressions et souvenirs à propos d'un site de fouilles qui le rendit célèbre.

    

     Lorsque la nouvelle se fut répandue que j'allais prochainement repartir pour l'Egypte afin d'y reprendre des fouilles interrompues pendant les années de guerre, la question me fut posée : "Où allez-vous fouiller ? " Sur ma réponse que mes travaux, entamés en 1937 et poursuivis en 1938, avaient pour objet les temples d'el Kab, la remarque inévitable était : "El Kab, où est-ce ? " De fait,  en Afrique aussi bien qu'en Europe, el Kab est un endroit peu connu, d'autant plus que ce nom ne figure à peu près sur aucune carte de l'Egypte moderne. Lorsque nous devons nous y rendre, nous pouvons descendre du train omnibus de Louqsor à Assouan, soit à la gare du petit village d'el Mahamid, soit à la halte en plein désert qui figure sur les cartes du chemin de fer sous le nom de Kilomètre 765, dit el Kelh d'après deux bourgades dont la plus proche, située sur une île du fleuve, est distante d'une couple de kilomètres de la dite halte.

     La région comprise entre el Mahamid et el Kelh est caractérisée par une immense vallée en forme de delta, dont la base s'appuie sur le Nil et dont l'apex va se perdre dans la montagne désertique, en direction de la mer Rouge.

     Cette vallée est le domaine propre  d'une divinité que les textes appellent la "Dame de la bouche de la Vallée", divinité que les égyptologues désignent sous le nom de Nekhabit et que les conquérants grecs et romains de l'Egypte avaient assimilée à Eileithyia et à Junon-Lucine. C'est pourquoi, à l'époque où l'on avait grécisé les noms des grandes villes d'Egypte, lorsque Edfou, ville d'Horus, s'appelait Apollinopolis, que des sanctuaires de vénération millénaire étaient attribués à Hermès (Hermopolis), à Pan (Panopolis), à Zeus (Diospolis), à Hélios (Héliopolis), à Héraclès (Héracléopolis), el Kab s'appelait Eileithyiaspolis. Malgré tout, il reste dans l'appellation d'el Kab quelque écho  du nom pharaonique de la déesse, précédé de l'article arabe.

     Lorsque j'avais indiqué où se trouve el Kab, à quelque sept cent cinquante kilomètres du Caire et que j'avais fait mention de la déesse, il me fallait répondre à une autre question :
"Qui est Nekhabit ? "

     Je n'osais pas dire avec netteté ce qui eût été probablement la réponse la plus adéquate : "Nékhabit, c'est la plus grande déesse d'Egypte.  -  Mais on n'en parle presque jamais.  -  Cependant elle est partout." On ne peut faire un pas dans les temples sans en trouver l'image qui se répète à l'infini. Le grand vautour volant, les ailes étendues, au-dessus des rois, le vautour perché sur la plante héraldique de Haute-Egypte qui accompagne la titulature complète des pharaons, c'est Nekhabit. Au plafond des salles hypostyles des temples et dans les couloirs des tombes royales, les grands oiseaux qui planent dans le ciel étoilé, tenant dans leurs serres des emblèmes de protection, c'est encore Nekhabit, accompagnée de son doublet, la déesse Ouadjit, dont la forme fondamentale est celle d'un serpent souvent muni des ailes puissantes du vautour. Tout le monde connaît le disque ailé, reproduit à l'infini sur les linteaux de porte des édifices sacrés. Deux serpents, qu'on appelle les uraeus, s'enroulent autour de l'astre et redressent leur tête dans une attitude de défense. Ces deux serpents qui ornent les diadèmes royaux sont, de nouveau, Nekhabit et Ouadjit.

     On le voit, Nekhabit est partout dans l'iconographie de l'Egypte pharaonique; elle était partout dans les rituels et, lorsque, aux cérémonies du couronnement, on établissait le grand nom du nouveau souverain, on affirmait que celui-ci, nouvel Horus vivant, monté sur le trône divin, était, par le fait même, l'homme de Nekhabit et l'homme d'Ouadjit.

     Mais, pour les modernes au moins, la gloire de Nekhabit a cédé, devant la réputation d'autres divinités qui furent celles des grandes capitales politiques ayant eu, successivement, leurs périodes sinon leurs siècles d'hégémonie. A l'époque gréco-romaine, le culte d'Isis et d'Osiris put paraître dominer et presque effacer la plupart des autres, au moins pour le monde méditerranéen qui allait répandre la religion isiaque à travers l'Europe.

     Les sanctuaires de Nekhabit, dix fois détruits et rebâtis au cours de l'histoire, ont souffert des révolutions, des invasions, dans la proportion même de leur importance nationale. Aux temps modernes, le dernier temple de Nekhabit a été presque entièrement détruit. Qu'irait-on voir à el Kab ? Une grande terrasse de pierre dans les fondations de laquelle apparaissent des bribes d'inscriptions d'époques diverses, et d'où n'émergent plus que quelques lanbeaux de murailles et quelques tronçons de colonnes. Les oyats et les touffes de plantes épineuses ont essayé de recouvrir de verdure ce spectacle de désolation, à l'avantage des chameaux et des moutons des populations voisines.

     Quel contraste émouvant forme le souvenir glorieux d'un sanctuaire qui, pendant des milliers d'années, fut un foyer ardent de la religion dynastique, et ces monceaux de décombres où, à première vue, même la science archéologique n'a presque plus rien à espérer.

     A force de rencontrer la déesse dans l'iconographie religieuse de l'Egypte, à force d'en lire le nom hiéroglyphique dont les égyptologues n'ont pas encore justifié toutes les anomalies, ma curiosité s'était aiguisée, et je voulais en savoir davantage sur cette personnalité divine.

     Il fallut cependant bien des années avant que j'eusse l'occasion de visiter le domaine d'el Kab. En 1905, en route pour Assouan, j'avais réussi, de la plate-forme du train, à prendre une photographie de l'angle nord-est de la grande enceinte en briques, de plus de cinq cents mètres de côté, qui fut bâtie à une époque encore incertaine, pour protéger les temples. Pour combien de voyageurs d'Egypte, el Kab n'est-il que cela : une rapide vision de murs qui s'effondrent ?

     Enfin, en 1930, j'ai pu faire la visite complète d'el Kab, au cours d'un voyage sur le Nil, organisé par la famille Goldman, de New-York. Pendant deux jours, le petit vapeur Fostat qui nous transportait fut ancré en face d'une île sablonneuse, marquant les abords de la rive est. Cette visite m'avait montré, plus que la lecture des guides, que le site peu vanté était d'une grande richesse et qu'il méritait une étude approfondie. Seules, jusqu'à présent, quelques tombes de princes d'el Kab, creusées au flanc de la montagne à l'est des grands murs, avaient attiré, dès le temps de l'expédition de Bonaparte, l'attention des archéologues et, plus tard, des philologues, par leur répértoires de scènes figurées et par leurs inscriptions historiques et religieuses.

     L'impression de ma visite devait avoir une première conséquence notable. De retour au Caire, je fus appelé à donner mon avis au sujet d'un programme d'excursions, qui s'élaborait au Palais d'Abdine, pour la visite officielle de roi Albert et de la reine Elisabeth de Belgique. Il ne pouvait être question de mener Sa Majesté la Reine - qui avait fait déjà plusieurs séjours en Egypte et qui était la Haute Protectrice d'une Fondation Egyptologique - d'étape en étape aux sites visités par les bateaux d'excursions sur le Nil; il importait, au contraire, de conduire la Reine à des sites d'accès malaisé et de compléter en quelque sorte le tableau de l'Egypte archéologique. La générosité du roi Fouad trouva le moyen d'abolir les difficultés réelles et c'est en auto-chenille, par des routes établies pour la circonstance, que la reine Elisabeth visita  tous les monuments d'el Kab : les temples, les tombeaux princiers, la chapelle ptolémaïque dans la vallée, le rocher aux vautours et le temple-reposoir d'Aménophis III.

     Lorsque je revins à el Kab pour y entamer les fouilles, au début de 1937, le vieux ghafir Mahmoud se souvenait qu'au milieu du chaos des temples dévastés, j'avais dit à la Reine :
" Madame, si un jour la Fondation Egyptologique en a le moyen, c'est ici que je voudrais travailler"

     Il fallut, pour que ce voeu se traduisît en réalité, bien des circonstances; il fallut surtout la générosité d'amis américains dont l'imagination s'était enflammée devant les perspectives que je leur avais décrites au sujet de l'exploration d'un tel site. Au cours de l'été 1936 ces amis se déclaraient prêts à mettre à ma disposition les ressources financières qui garantiraient quatre campagnes de fouilles à el Kab. Le gouvernement belge n'hésita pas à patronner cette entreprise de la Fondation Egyptologique Reine Elisabeth; dès la deuxième campagne, il inscrivit, au budget des Musées Royaux d'Art et d'Histoire, un crédit destiné à donner aux fouilles plus d'ampleur et de sécurité.

     Les résultats des travaux de 1937 et de 1938 avaient été exposés dans deux rapports publiés dans les "Annales du Service des Antiquités de l'Egypte", quand la guerre vint arrêter les préparatifs d'une troisième campagne qui aurait dû commencer à l'automne de 1939.

     Durant les années tragiques, notre pensée se reportait souvent avec mélancolie vers nos belles et fécondes journées d'el Kab. Nous savions que le site, la maison et le matériel étaient sous la sauvegarde du Service des Antiquités et contrôlés avec vigilance par le dévoué secrétaire  de la Fondation Egyptologique, M. Arpag Mekhitarian qui, en sa qualité de citoyen égyptien, avait reçu l'ordre de quitter la Belgique au premier jour de l'invasion. Qu'allait-il advenir de nos belles expéditions ? Aurions-nous la chance de sortir personnellement indemnes de la tourmente ?  Les circonstances d'après-guerre permettraient-elles de songer à une prompte reprise de travaux de l'espèce ? En attendant, et sans nous décourager, mes collaborateurs et moi nous avons estimé qu'il convenait, en tout cas, de préparer un bilan, même provisoire, du résultat de nos deux campagnes. C'est pourquoi nous avons fait imprimer, avant la fin de 1940, deux livraisons des Fouilles d'el Kab, avec soixante-douze pages de texte et quarante planches. Cette publication donne, entre autres, les premiers résultats détaillés des travaux d'architecture exécutés sur le site par notre architecte, Jean Stiénon. Malheureusement, nos deux fascicules n'ont guère franchi les limites de la Belgique, à l'exception cependant d'un exemplaire que nous réussîmes à faire parvenir au Musée du Caire, pendant l'occupation de la Belgique.

     Et maintenant que nous voici à nouveau installés dans la maison d'el Kab, à la suite des circonstances providentielles où les autorités égyptiennes et belges, et surtout nos amis américains jouèrent les rôles essentiels, j'ai cru que l'occasion était bonne d'essayer de répondre aux questions de ceux qui aimeraient à savoir ce que el Kab a signifié, il y a des milliers d'années, et ce qu'il signifie aujourd'hui.

(Capart : 1946  ², 9-15) 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en Belgique
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14 août 2009 5 14 /08 /août /2009 23:00

      
      Il existe, un peu partout dans le monde, des lieux extrêmement attractifs pour tous les amateurs de lecture que l'on regroupe sous l'appellation "Villages du Livre". Si, dans les années soixante, le premier d'entre eux vit le jour au Pays de Galles, c'est en Belgique, à Redu, que naquit en 1984 celui qui donna l'impulsion à une série qui allait se développer en Europe continentale.

      J'eus notamment à plusieurs reprises, lors de séjours en France, l'occasion de déambuler dans ceux de Fontenoy-la-Joûte, en Lorraine et de Montolieu, dans l'Aude. Mais c'est évidemment à Redu, à ma porte, que je me retrouve le plus souvent. Là, par le plus grand des hasards, 
je dénichai, en 1993, une fine plaquette d'une quinzaine de pages due à la plume de Jean Capart (et d'ailleurs autographiée et signée de sa main en 1947, donc quelques mois avant son décès) : il y relatait l'histoire de sa découverte d'un morceau manquant au célèbre Papyrus Amherst, fragment qui en réalité avait été ramené d'Egypte au milieu du XIXème siècle par celui qui allait être notre deuxième souverain, le futur roi Léopold II. 

     Dans la série de textes dus à la plume de Jean Capart que j'ai pré-programmée pour ces deux mois de vacances scolaires belges, et que vous suivez depuis le 4 juillet dernier, je vous propose aujourd'hui quelques extraits de ce petit ouvrage jadis acquis chez un bouquiniste de Redu.

     Les plus fidèles de mes lecteurs se souviendront assurément avoir déjà découvert ce document lors de la publication d'un article que j'avais consacré en mai 2008 au premier égyptologue belge; mais je ne résiste pas au plaisir d'à nouveau le proposer de manière qu'il soit inclus dans ce modeste projet que constitue l'hommage qu'il m'a plu de lui rendre ici cet été. 



     "Le mardi 5 février de cette année [1935], j'arrivai de bonne heure au Cinquantenaire, sachant que j'allais y trouver quelques antiquités dont S.M. le Roi avait bien voulu autoriser la remise à notre département égyptien. Il s'agissait de divers souvenirs rapportés de la vallée du Nil par le Duc de Brabant, le futur Léopold II, lors de ses voyages en 1854 et 1862-63. Je me rappelais les avoir examinés sommairement dans une vitrine au Palais de Bruxelles, il y a quelques années déjà. Je savais qu'ils consistaient en statuettes de faïence, en idoles de bronze (...)
J'étais naturellement fort heureux de pouvoir ainsi ajouter à nos séries archéologiques quelques spécimens dont plusieurs combleraient des lacunes, mais j'étais loin de m'attendre à ce que ce lot d'antiquités pût me réserver une découverte sensationnelle.

     Mon attention se porta tout de suite sur une figurine de bois
(...)
c'est une de ces statuettes funéraires, de facture peu soignée, avec une inscription peinte au nom de Khay, chef de travaux et scribe royal dans le temple du roi. Généralement ces figurines creuses, posées debout sur un socle, servaient de réceptacle à un papyrus funéraire. Pour le spécimen qui nous occupe, le socle avait disparu et une étoffe, manifestement ancienne, apparaissait au dehors. Quelle idée ! Y aurait-il quelque chose encore dans la cavité ? Je tire lentement le linge et je puis à peine en croire mes yeux de voir surgir un rouleau de papyrus, d'une bonne vingtaine de centimètres en hauteur, qui paraît être dans un état de conservation remarquable. Deux menus fragments détachés permettent de reconnaître une large écriture hiératique. Ma première impression fut qu'il s'agissait d'un papyrus funéraire et je remis à l'après-midi le soin de poursuivre mon investigation.

     Le moment venu, je commençai par soulever de la pointe d'un canif le pli extérieur du rouleau. Mes lecteurs comprendront-ils le sentiment étrange qui m'envahit au moment où je pus lire, à haute voix pour les assistants qui m'entouraient, la date de l'an XVI du pharaon Ramsès IX (1126 environ A.J.-C.) ?

     Cette date de l'an XVI de Ramsès IX est fameuse dans les annales de l'égyptologie. C'est celle du célèbre papyrus Abbott, au British Museum depuis 1857.
(...)
C'est par lui que nous avons connu, pour la première fois, les péripéties de l'enquête ouverte contre les voleurs qui pillaient la nécropole de Thèbes. 

     Avions-nous retrouvé une pièce nouvelle à joindre au dossier dont le papyrus Abbott est le document central ?

     Les préparatifs ne furent pas longs. Le rouleau fut placé sur d'épaisses feuilles de buvard saturées d'eau claire. On l'humecta et bientôt la première couche avait absorbé suffisamment d'humidité pour le dérouler sans risque. Quelle joie de voir apparaître la belle écriture, ferme autant qu'élégante, d'un bon scribe thébain, soucieux de montrer son savoir-faire dans une importante pièce officielle ! Au fur et à mesure que la page s'ouvre sur la table, on pose sur elle des lames de verre.

     Déjà les premiers signes de la seconde page apparaissent. Je lis des mots ou plutôt j'essaie de deviner des phrases, impatient de préciser la teneur du texte. Soudain, je reconnais les cartouches du roi Sekhemreshedtaoui, fils de Ra, Sebekemsaf.
(...)

     Je fis chercher dans la bibliothèque le catalogue des papyrus de Lord Amherst. Il y avait, en effet, en Angleterre, un document qui, depuis la mort de Lord Amherst, a passé dans la bibliothèque Pierpont Morgan à New-York. Ce document, connu sous le nom de Papyrus Amherst, a conservé partiellement le protocole de l'enquête sur le pillage de la pyramide de Sebekemsaf. Le passage le plus extraordinaire contenait les aveux du principal coupable.

     On jugera de notre surprise, de notre stupéfaction, lorque nous constatons, par un simple regard jeté sur une des planches du catalogue
(...) que le bord inférieur de notre nouveau papyrus se juxtaposait exactement au bord supérieur du papyrus Amherst et que, là où celui-ci ne laissait apercevoir que quelques fragments de signes, la pièce que nous étions en train de dérouler donnait leurs compléments. (...)

     On comprendra l'impatience que nous éprouvions tous maintenant à compléter l'histoire dont on n'avait pu lire, jusqu'à présent, que quelques lambeaux. Le déroulement s'acheva sans accroc et nous donna quatre belles pages où, sauf au début, il n'y avait pas la moindre lacune. Avant la fin de la semaine, le papyrus était encadré et photographié et dès le lundi suivant, j'en avais terminé la transcription, aidé par mon ancien élève, M. Baudouin van de Walle. Les passages mutilés du début pouvaient être restitués facilement, car les personnages qui s'y trouvaient énumérés étaient tous connus déjà par le papyrus Abbott.

    
(...) Le Duc de Brabant visita pour la première fois l'Egypte en 1854. Il est vraisemblable que c'est alors que le demi rouleau lui fut offert, tandis que l'autre moitié fut achetée au Dr. Lee par Lord Amherst en 1868. Notre fragment a sans doute été placé dans la statuette de Khay par le marchand indigène en vue de le garantir contre les dangers du transport. (...)

     De temps en temps l'étude des antiquités nous met en contact presque direct avec les hommes qui vivaient il y a des milliers d'années. Je n'ai jamais éprouvé ce sentiment d'une manière aussi vive qu'en lisant le papyrus qui, dorénavant et avec la permission de S.M. le Roi, sera connu dans la science sous le nom de Papyrus Léopold II."

(
Capart : 1935)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en Belgique
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7 août 2009 5 07 /08 /août /2009 23:00


     Avec ce deuxième rendez-vous pré-programmé pour le mois d'août, je voudrais vous proposer, ami lecteur, un article de l'égyptologue belge Jean Capart, dont nous découvrons certains écrits depuis le début de ces vacances scolaires, publié par le journal Le Soir du 14 mars 1927.



     Nous revenons d'une visite au tombeau de Petosiris. Ne cherchez pas dans les guides d'Egypte, ni dans les programmes des agences de voyage; nulle part vous ne trouverez mention de ce beau monument. Comme cela arrive souvent en Egypte, il a été découvert par hasard. Les agents du Services des Antiquités ayant appris que les Arabes allaient chercher dans la montagne des pierres sculptées, purent intervenir à temps pour empêcher la destruction entière d'un des plus curieux tombeaux de la Vallée du Nil. Il est à craindre néanmoins, que le monument reste longtemps encore inaccessible aux touristes et même aux archéologues. 

     Pour nous y rendre, nous partons d'Abou Kerkas. Sur les routes, nous sommes surpris de croiser des autobus indigènes dont le nombre de places paraît limité. Il faut voir comme les gens s'y entassent, s'accrochent aux garde-boue, aux marche-pied, s'installent sur le toit. Après une heure et demie de course rapide en auto à travers les cultures florissantes, nous arrivons au Bahr Youssef, le grand bras de dérivation du Nil vers le Fayoum. Là, nous sommes accueillis par les notables du petit village de Deroua qui ont tout préparé pour le passage du canal et la course au désert.

     Notre petite caravane est des plus pittoresque et fait sensation dans les ruelles sordides qu'elle traverse. Elle ne se compose pas seulement de notre groupe mais encore de plusieurs personnages des environs qui tiennent à nous faire escorte, entre autres, un conseiller municipal d'Abou Kerkas qui a de belles cartes de visite libellées en français, bien qu'il ignore complètement cette langue. Nous emmenons en outre les nombreux indigènes qui nous prépareront tout à l'heure un repas pantagruélique suivant toutes les traditions de l'hospitalité arabe. Rien de plus amusant que le tableau formé par deux grands moricauds  à califourchon sur un petit baudet, et dont le premier porte solennellement le réchaud à pétrole qui servira de fourneau de cuisine.

     Les champs sont bientôt traversés et nous abordons la région désertique. Où est le tombeau de Petosiris ? Un grand geste vague vers l'horizon nous désigne un point de la montagne où se remarquent quelques rochers : c'est ce qu'on appelle Touna el Gebel.  A cet endroit s'attache un souvenir tragique : un jeune archéologue français s'y est tué, il y  a quelques années, en tombant du haut de la falaise.

     Ici, plus de route marquée. Nous cheminons à travers les dunes de sable, guidés par les gardes du Service des Antiquités, qui courent pieds nus devant les montures, le fusil en bandoulière.

     Après une heure de chevauchée, nous apparaît brusquement le tombeau de Petosiris. On l'a dégagé d'une colline artificielle formée par le sable que le vent chasse et qui s'amoncelle entre les constructions antiques. A quelques mètres en arrière, des coulées de sable viennent de mettre à nu l'angle d'un second monument du même genre.

     Ce qui donne une valeur exceptionnelle au tombeau que nous sommes venus visiter, c'est qu'il constitue la sépulture de famille d'un grand prêtre du dieu Thot, d'Hermopolis, une des capitales théologiques de l'Ancienne Egypte. Petosiris vivait à une époque particulièrement troublée, entre la deuxième domination perse et le commencement de l'ère des Ptolémées.

     Les inscriptions du tombeau retracent la carrière du grand prêtre, zélé restaurateur des temples et habile administrateur des biens de son dieu. Les scènes sculptées et peintes qui couvrent tous les murs montrent Petosiris et les membres de sa famille se livrant à leurs occupations journalières. Elles reproduisent également les funérailles, les rites compliqués qui les accompagnent et présente le catalogue des divinités des régions où parviennent les bienheureux. Plusieurs textes comptent parmi les plus précieux que nous possédions pour l'étude des idées religieuses et morales des Egyptiens. Le style des reliefs est une surprise pour les connaisseurs de l'art pharaonique, car on y relève de nombreuses particularités qui ne s'expliquent que par une influence de l'art grec.

     Au retour, nous sommes passés par les ruines lamentables mais pittoresques de la ville d'Achmounein qui fut autrefois la grande et prospère Hermopolis. Nous y avons vu les pierres croulantes et rongées par le salpêtre du temple de Thot, où Petosiris avait exercé le sacerdoce suprême.     


(Capart : 1927, 111-6

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