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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 23:00


    La salle 4 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre qu'ensemble nous avons quittée voici trois mois déjà, vous vous en souvenez assurément ami lecteur, est entièrement dévolue aux travaux des champs, tant d'un point de vue éminemment pratique, avec les différentes étapes et les outils utilisés pour les mener à bien, qu'administratif avec l'un ou l'autre papyrus nous permettant de mieux appréhender la manière dont furent gérées toutes ces activités.

     C'est donc en toute logique que les Conservateurs de la section égyptienne ont choisi de consacrer l'espace qui suit immédiatement, la salle 5 donc, à d'autres sources d'obtention de nourriture que celles prodiguées par la seule agriculture, à savoir : l'élevage, la chasse et la pêche.



     Dès aujourd'hui, avec ce petit tour d'horizon introductif que je vous propose, vous constaterez dans un premier temps que, pratiquement, l'on peut indifféremment accéder à cette nouvelle salle soit par la gauche, le long du mur Nord, entièrement aveugle, puisqu'il est mitoyen avec les salles 3 et 6 qui donnent sur la Cour Carrée,




soit par la droite, plus limineux grâce aux hautes fenêtres grillagées qui ponctuent de façon extrêmement régulière la façade de cette aile donnant immédiatement sur le Quai François Mitterrand et le Pont des Arts qui mène droit à l'Institut de France.





     Le plan esquissé ci-après, s'il est loin d'être le reflet d'une réalité mathématiquement calculée - j'en suis bien incapable ! -, présente à tout le moins une vue d'ensemble suffisamment claire qui, à mes yeux, devrait permettre à ceux parmi vous pour lesquels cette salle n'est point familière de se retrouver dans mes propos futurs.






     Si de la salle 4, l'on se dirige vers la 5 par le côté gauche de la chapelle reconstituée d'Ounsou, longeant le mur Nord, ce sont les deux vitrines portant bizarrement le même numéro 4 et abritant des blocs de calcaire provenant du mastaba d'un certain Métchétchi qui retiendront notre attention.










     En revanche, si l'on préfère passer d'une salle à l'autre par le côté droit, nous rencontrerons immédiatement, devant la première fenêtre du nouvel espace, la vitrine 1 dévolue à l'élevage.

     Par parenthèses, si ce présentoir porte le numéro 1, c'est que dans l'esprit des concepteurs, il paraît logique que nous commencions les découvertes nouvelles par ce côté-là plus particulièrement. Non ?







     Sur notre gauche, barrant le centre de la salle, la longue vitrine n° 2 retrace les deux recherches classiques d'obtention de nourriture que constituent la chasse et la pêche, représentées sur différents supports comme les bas-reliefs, les couvercles d'objets de toilette ou, à nouveau, l'un ou l'autre ostracon. ("A nouveau", dans la mesure où nous aurons l'occasion de déjà en rencontrer un certain nombre dans la toute première vitrine ci-dessus). Sans oublier l'exposition de quelques instruments nécessaires aux chasseurs et pêcheurs égyptiens ...



     A partir du socle vitré qui lui fait face, ce seront les animaux familiers, domestiqués, que nous évoquerons.

     Et à la gauche de ces vitrines 2 et 3,  nous aurons tout loisir de longuement nous attarder sur les deux très intéressantes vitrines n° 4 s'étendant côte à côte sur le mur menant à la porte de sortie de la salle, tant est riche le décor du tombeau de ce Métchétchi,  haut fonctionnaire à la cour du roi Ounas (VIème dynastie - Fin de l'Ancien Empire).

     Si d'aventure, nous tournons le dos à ce mur pour, d'un seul regard, embrasser l'ensemble de la salle, nous admirerons, tout au fond à droite d'abord, au dos de la vitrine 2, dans un encadrement métallique, un imposant bloc de calcaire figurant le repas funéraire d'un certain Tepemankh, autre grand fonctionnaire aulique d'approximativement la même époque.


     Et si, des yeux seulement, nous quittons la vitrine 5, c'est pour considérer immédiatement devant nous, le bloc vitré noir arborant le numéro 9 avec, disposés dans de petits récipients en verre, différents produits comestibles et, plus à gauche, la vitrine 6, de part et d'autre dévolue au pain et à la bière.

     Enfin, de l'autre côté de la 6, une table vitrée placée devant la fenêtre donnant sur la Seine porte le numéro 7 et concerne plus spécifiquement la viticulture; tout comme, d'ailleurs, la vitrine 8 et ses amphores, la dernière de la salle, et qui présente en outre la particularité de faire jonction et donc d'être visible aussi bien de cette salle 5 que de la future salle 8.

 
  
     M'est-il besoin d'ajouter, avant de vous donner rendez-vous mardi prochain pour entamer ensemble ce nouveau parcours, que toutes les découvertes qu'ici nous allons effectuer nous permettront d'accroître et de préciser ce que déjà nous avions appris à propos des produits de consommation des Egyptiens de l'Antiquité ?

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 23:00


     La semaine dernière, souvenez-vous, ami lecteur, je vous avais proposé l'introduction que Jean Capart avait rédigée pour la passionnante publication, en 1946, - soit quelques mois avant son décès intervenu en juin de l'année suivante -, de ses impressions, de ses souvenirs des différentes campagnes qu'il dirigea à el Kab.

     Aujourd'hui, désirant clôturer cette série de billets initiée le 4 juillet, et qui s'est poursuivie chaque samedi depuis, j'aimerais vous donner à lire un texte, émouvant, d'un de ses précieux collaborateurs, par ailleurs Secrétaire général de la Fondation égyptologique Reine Elisabeth : Arpag Mekhitarian (1911-2004).

     Qui mieux que lui, en effet, pouvait mettre un point final à cet ensemble de "morceaux choisis" parmi les nombreux ouvrages de Jean Capart, évidemment loin de toute exhaustivité, que j'ai voulu vous donner à lire en guise de respectueux hommage de tous les amateurs passionnés par la discipline égyptologique qu'il créa et développa à Bruxelles et à l'Université de Liège au tout début du XXème siècle ?



     Pour apprécier pleinement les qualités humaines de Jean Capart, ses réactions devant les événements, ses convictions, ses habitudes, voire ses manies - pourquoi pas ? - il fallait le contact quotidien d'une vie commune. Nous avons eu le privilège de l'accompagner en voyage plusieurs fois et notamment à sa première et à sa dernière campagne de fouilles à El Kab; seul arabophone du groupe, nous étions appelé à tout instant à être son interprète et son porte-parole.

     Bien qu'il se trouvât souvent sur des chantiers, notre Maître était, par vocation, davantage un homme de musée, un savant de cabinet qu'un fouilleur. C'est presque par hasard, grâce à l'intervention d'un mécène américain,  qu'il le devint. Pensez qu'il était sexagénaire quand il se lança, avec une allégresse juvénile, dans cette nouvelle aventure. Il a fallu aussitôt tout improviser : équipe, outillage, logement, choix d'un contre-maître qui eût l'ascendant sur ses ouvriers, embauche de travailleurs dans une région formée de plusieurs villages entre lesquels un habile dosage était nécessaire, enfin, chose essentielle, l'organisation même du chantier et une méthode d'investigation adaptée au site. C'est avec sa simplicité habituelle, avec bonhomie qu'il entreprit la tâche; et la découverte, au premier coup de pioche, d'une magnifique statue de lion le confirma dans son optimisme. Il sut ainsi créer autour de lui une atmosphère détendue et un climat de confiance dans la mission que chacun assumait. 
(...)

     Ceux qui, aux fouilles, ont vécu dans l'intimité de Jean Capart, ont eu le privilège de connaître les aspects multiples de sa personnalité attachante. Ce savant avait un coeur d'adolescent. Il aimait profondément El Kab, il aimait ces lieux où il avait passé les jours les plus heureux peut-être de sa verte vieillesse. Il fallait le voir sur la terrasse de la maison de Somers Clarke, debout, les coudes appuyés à la haute balustrade, lorsqu'il contemplait les beautés argentées du Nil, la sévérité rocailleuse du désert contre lequel s'étendait, comme un sourire, un mince filet de culture. (...)

     En quittant El Kab, le 9 février 1946, a-t-il eu le pressentiment qu'il n'y reviendrait plus ? A cette minute pathétique du départ, il a donné une grandeur qui restera dans la mémoire de ceux qui en ont été les témoins. Il prenait le train à la station d'El Kilh. De là, à El Mahamid, le chemin de fer traverse le site de nos fouilles.  Debout à la fenêtre de son compartiment, calme mais visiblement en proie à une profonde émotion, il regardait. Il contemplait une dernière fois les coupoles de notre palais, les grandes murailles qui abritent les temples de Nekhabit, le lointain rocher aux vautours où perchent encore les représentants vivants de la déesse. On eût dit qu'il voulait emporter avec lui pour toujours la vision de ces sanctuaires païens qu'il avait glorifiés par sa science et où il avait élevé, vers son Dieu, ses prières de chrétien.

     En cela encore, il renouvelait le geste de ces Egyptiens de haut rang qui, sur les parois de leurs chapelles funéraires, se faisaient représenter en contemplation devant les travaux qui sont exécutés à leur bénéfice pour l'éternité. Quel sentiment de gratitude, pour les joies de l'esprit et du coeur que les fouilles lui avaient procurées, le fit-il, la vision d'El Kab passée, se retourner vers nous et dire simplement : Merci !

     Par cet unique mot de reconnaissance, il faisait le bilan de sa vie : tous ses rêves avaient été comblés.

Arpag MEKHITARIAN


(Repris de Brasseur Capart : 1974, 195-200)



     Tout en vous donnant rendez-vous mardi 1er septembre prochain pour reprendre, de conserve, notre visite des salles du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, c'est
ce simple mot, ce même Merci que je voudrais vous adresser, ami lecteur, pour m'avoir, peu ou prou, suivi dans cette évocation de quelques jalons de la vie professionnelle du grand égyptologue belge Jean Capart qu'il me tenait à coeur de vous faire connaître tout au long des deux mois de "vacances" de ce blog.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en Belgique
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21 août 2009 5 21 /08 /août /2009 23:00



     Nous voici arrivés au terme de cette série d'écrits de Jean Capart qu'il m'a paru intéressant de vous faire connaître, ami lecteur, en guise de respectueux hommage que je tenais, à mon modeste niveau, à rendre au père de l'égyptologie belge. 

     Dans le document que j'ai choisi pour vous aujourd'hui, vous reconnaîtrez quelques figures que vous avez rencontrées, déjà, dans les différents "épisodes" qui se sont succédé tout au long de ces deux mois de vacances scolaires belges. 

     En revanche, avec feu Arpag Mekhitarian évoqué ici, vous découvrirez un nouveau visage - auquel, peut-être un jour, consacrerai-je un article -, mais surtout, dérogeant à la règle que je m'étais fixée de ne publier que des textes de Capart lui-même -, à qui je "prêterai" quelques pages de mon blog, samedi prochain, pour une ultime pensée vis-à-vis du Maître.

     Mais avant cela donc, un dernier extrait d'un ouvrage cette fois dans lequel il nous fait part de ses impressions et souvenirs à propos d'un site de fouilles qui le rendit célèbre.

    

     Lorsque la nouvelle se fut répandue que j'allais prochainement repartir pour l'Egypte afin d'y reprendre des fouilles interrompues pendant les années de guerre, la question me fut posée : "Où allez-vous fouiller ? " Sur ma réponse que mes travaux, entamés en 1937 et poursuivis en 1938, avaient pour objet les temples d'el Kab, la remarque inévitable était : "El Kab, où est-ce ? " De fait,  en Afrique aussi bien qu'en Europe, el Kab est un endroit peu connu, d'autant plus que ce nom ne figure à peu près sur aucune carte de l'Egypte moderne. Lorsque nous devons nous y rendre, nous pouvons descendre du train omnibus de Louqsor à Assouan, soit à la gare du petit village d'el Mahamid, soit à la halte en plein désert qui figure sur les cartes du chemin de fer sous le nom de Kilomètre 765, dit el Kelh d'après deux bourgades dont la plus proche, située sur une île du fleuve, est distante d'une couple de kilomètres de la dite halte.

     La région comprise entre el Mahamid et el Kelh est caractérisée par une immense vallée en forme de delta, dont la base s'appuie sur le Nil et dont l'apex va se perdre dans la montagne désertique, en direction de la mer Rouge.

     Cette vallée est le domaine propre  d'une divinité que les textes appellent la "Dame de la bouche de la Vallée", divinité que les égyptologues désignent sous le nom de Nekhabit et que les conquérants grecs et romains de l'Egypte avaient assimilée à Eileithyia et à Junon-Lucine. C'est pourquoi, à l'époque où l'on avait grécisé les noms des grandes villes d'Egypte, lorsque Edfou, ville d'Horus, s'appelait Apollinopolis, que des sanctuaires de vénération millénaire étaient attribués à Hermès (Hermopolis), à Pan (Panopolis), à Zeus (Diospolis), à Hélios (Héliopolis), à Héraclès (Héracléopolis), el Kab s'appelait Eileithyiaspolis. Malgré tout, il reste dans l'appellation d'el Kab quelque écho  du nom pharaonique de la déesse, précédé de l'article arabe.

     Lorsque j'avais indiqué où se trouve el Kab, à quelque sept cent cinquante kilomètres du Caire et que j'avais fait mention de la déesse, il me fallait répondre à une autre question :
"Qui est Nekhabit ? "

     Je n'osais pas dire avec netteté ce qui eût été probablement la réponse la plus adéquate : "Nékhabit, c'est la plus grande déesse d'Egypte.  -  Mais on n'en parle presque jamais.  -  Cependant elle est partout." On ne peut faire un pas dans les temples sans en trouver l'image qui se répète à l'infini. Le grand vautour volant, les ailes étendues, au-dessus des rois, le vautour perché sur la plante héraldique de Haute-Egypte qui accompagne la titulature complète des pharaons, c'est Nekhabit. Au plafond des salles hypostyles des temples et dans les couloirs des tombes royales, les grands oiseaux qui planent dans le ciel étoilé, tenant dans leurs serres des emblèmes de protection, c'est encore Nekhabit, accompagnée de son doublet, la déesse Ouadjit, dont la forme fondamentale est celle d'un serpent souvent muni des ailes puissantes du vautour. Tout le monde connaît le disque ailé, reproduit à l'infini sur les linteaux de porte des édifices sacrés. Deux serpents, qu'on appelle les uraeus, s'enroulent autour de l'astre et redressent leur tête dans une attitude de défense. Ces deux serpents qui ornent les diadèmes royaux sont, de nouveau, Nekhabit et Ouadjit.

     On le voit, Nekhabit est partout dans l'iconographie de l'Egypte pharaonique; elle était partout dans les rituels et, lorsque, aux cérémonies du couronnement, on établissait le grand nom du nouveau souverain, on affirmait que celui-ci, nouvel Horus vivant, monté sur le trône divin, était, par le fait même, l'homme de Nekhabit et l'homme d'Ouadjit.

     Mais, pour les modernes au moins, la gloire de Nekhabit a cédé, devant la réputation d'autres divinités qui furent celles des grandes capitales politiques ayant eu, successivement, leurs périodes sinon leurs siècles d'hégémonie. A l'époque gréco-romaine, le culte d'Isis et d'Osiris put paraître dominer et presque effacer la plupart des autres, au moins pour le monde méditerranéen qui allait répandre la religion isiaque à travers l'Europe.

     Les sanctuaires de Nekhabit, dix fois détruits et rebâtis au cours de l'histoire, ont souffert des révolutions, des invasions, dans la proportion même de leur importance nationale. Aux temps modernes, le dernier temple de Nekhabit a été presque entièrement détruit. Qu'irait-on voir à el Kab ? Une grande terrasse de pierre dans les fondations de laquelle apparaissent des bribes d'inscriptions d'époques diverses, et d'où n'émergent plus que quelques lanbeaux de murailles et quelques tronçons de colonnes. Les oyats et les touffes de plantes épineuses ont essayé de recouvrir de verdure ce spectacle de désolation, à l'avantage des chameaux et des moutons des populations voisines.

     Quel contraste émouvant forme le souvenir glorieux d'un sanctuaire qui, pendant des milliers d'années, fut un foyer ardent de la religion dynastique, et ces monceaux de décombres où, à première vue, même la science archéologique n'a presque plus rien à espérer.

     A force de rencontrer la déesse dans l'iconographie religieuse de l'Egypte, à force d'en lire le nom hiéroglyphique dont les égyptologues n'ont pas encore justifié toutes les anomalies, ma curiosité s'était aiguisée, et je voulais en savoir davantage sur cette personnalité divine.

     Il fallut cependant bien des années avant que j'eusse l'occasion de visiter le domaine d'el Kab. En 1905, en route pour Assouan, j'avais réussi, de la plate-forme du train, à prendre une photographie de l'angle nord-est de la grande enceinte en briques, de plus de cinq cents mètres de côté, qui fut bâtie à une époque encore incertaine, pour protéger les temples. Pour combien de voyageurs d'Egypte, el Kab n'est-il que cela : une rapide vision de murs qui s'effondrent ?

     Enfin, en 1930, j'ai pu faire la visite complète d'el Kab, au cours d'un voyage sur le Nil, organisé par la famille Goldman, de New-York. Pendant deux jours, le petit vapeur Fostat qui nous transportait fut ancré en face d'une île sablonneuse, marquant les abords de la rive est. Cette visite m'avait montré, plus que la lecture des guides, que le site peu vanté était d'une grande richesse et qu'il méritait une étude approfondie. Seules, jusqu'à présent, quelques tombes de princes d'el Kab, creusées au flanc de la montagne à l'est des grands murs, avaient attiré, dès le temps de l'expédition de Bonaparte, l'attention des archéologues et, plus tard, des philologues, par leur répértoires de scènes figurées et par leurs inscriptions historiques et religieuses.

     L'impression de ma visite devait avoir une première conséquence notable. De retour au Caire, je fus appelé à donner mon avis au sujet d'un programme d'excursions, qui s'élaborait au Palais d'Abdine, pour la visite officielle de roi Albert et de la reine Elisabeth de Belgique. Il ne pouvait être question de mener Sa Majesté la Reine - qui avait fait déjà plusieurs séjours en Egypte et qui était la Haute Protectrice d'une Fondation Egyptologique - d'étape en étape aux sites visités par les bateaux d'excursions sur le Nil; il importait, au contraire, de conduire la Reine à des sites d'accès malaisé et de compléter en quelque sorte le tableau de l'Egypte archéologique. La générosité du roi Fouad trouva le moyen d'abolir les difficultés réelles et c'est en auto-chenille, par des routes établies pour la circonstance, que la reine Elisabeth visita  tous les monuments d'el Kab : les temples, les tombeaux princiers, la chapelle ptolémaïque dans la vallée, le rocher aux vautours et le temple-reposoir d'Aménophis III.

     Lorsque je revins à el Kab pour y entamer les fouilles, au début de 1937, le vieux ghafir Mahmoud se souvenait qu'au milieu du chaos des temples dévastés, j'avais dit à la Reine :
" Madame, si un jour la Fondation Egyptologique en a le moyen, c'est ici que je voudrais travailler"

     Il fallut, pour que ce voeu se traduisît en réalité, bien des circonstances; il fallut surtout la générosité d'amis américains dont l'imagination s'était enflammée devant les perspectives que je leur avais décrites au sujet de l'exploration d'un tel site. Au cours de l'été 1936 ces amis se déclaraient prêts à mettre à ma disposition les ressources financières qui garantiraient quatre campagnes de fouilles à el Kab. Le gouvernement belge n'hésita pas à patronner cette entreprise de la Fondation Egyptologique Reine Elisabeth; dès la deuxième campagne, il inscrivit, au budget des Musées Royaux d'Art et d'Histoire, un crédit destiné à donner aux fouilles plus d'ampleur et de sécurité.

     Les résultats des travaux de 1937 et de 1938 avaient été exposés dans deux rapports publiés dans les "Annales du Service des Antiquités de l'Egypte", quand la guerre vint arrêter les préparatifs d'une troisième campagne qui aurait dû commencer à l'automne de 1939.

     Durant les années tragiques, notre pensée se reportait souvent avec mélancolie vers nos belles et fécondes journées d'el Kab. Nous savions que le site, la maison et le matériel étaient sous la sauvegarde du Service des Antiquités et contrôlés avec vigilance par le dévoué secrétaire  de la Fondation Egyptologique, M. Arpag Mekhitarian qui, en sa qualité de citoyen égyptien, avait reçu l'ordre de quitter la Belgique au premier jour de l'invasion. Qu'allait-il advenir de nos belles expéditions ? Aurions-nous la chance de sortir personnellement indemnes de la tourmente ?  Les circonstances d'après-guerre permettraient-elles de songer à une prompte reprise de travaux de l'espèce ? En attendant, et sans nous décourager, mes collaborateurs et moi nous avons estimé qu'il convenait, en tout cas, de préparer un bilan, même provisoire, du résultat de nos deux campagnes. C'est pourquoi nous avons fait imprimer, avant la fin de 1940, deux livraisons des Fouilles d'el Kab, avec soixante-douze pages de texte et quarante planches. Cette publication donne, entre autres, les premiers résultats détaillés des travaux d'architecture exécutés sur le site par notre architecte, Jean Stiénon. Malheureusement, nos deux fascicules n'ont guère franchi les limites de la Belgique, à l'exception cependant d'un exemplaire que nous réussîmes à faire parvenir au Musée du Caire, pendant l'occupation de la Belgique.

     Et maintenant que nous voici à nouveau installés dans la maison d'el Kab, à la suite des circonstances providentielles où les autorités égyptiennes et belges, et surtout nos amis américains jouèrent les rôles essentiels, j'ai cru que l'occasion était bonne d'essayer de répondre aux questions de ceux qui aimeraient à savoir ce que el Kab a signifié, il y a des milliers d'années, et ce qu'il signifie aujourd'hui.

(Capart : 1946  ², 9-15) 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en Belgique
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14 août 2009 5 14 /08 /août /2009 23:00

      
      Il existe, un peu partout dans le monde, des lieux extrêmement attractifs pour tous les amateurs de lecture que l'on regroupe sous l'appellation "Villages du Livre". Si, dans les années soixante, le premier d'entre eux vit le jour au Pays de Galles, c'est en Belgique, à Redu, que naquit en 1984 celui qui donna l'impulsion à une série qui allait se développer en Europe continentale.

      J'eus notamment à plusieurs reprises, lors de séjours en France, l'occasion de déambuler dans ceux de Fontenoy-la-Joûte, en Lorraine et de Montolieu, dans l'Aude. Mais c'est évidemment à Redu, à ma porte, que je me retrouve le plus souvent. Là, par le plus grand des hasards, 
je dénichai, en 1993, une fine plaquette d'une quinzaine de pages due à la plume de Jean Capart (et d'ailleurs autographiée et signée de sa main en 1947, donc quelques mois avant son décès) : il y relatait l'histoire de sa découverte d'un morceau manquant au célèbre Papyrus Amherst, fragment qui en réalité avait été ramené d'Egypte au milieu du XIXème siècle par celui qui allait être notre deuxième souverain, le futur roi Léopold II. 

     Dans la série de textes dus à la plume de Jean Capart que j'ai pré-programmée pour ces deux mois de vacances scolaires belges, et que vous suivez depuis le 4 juillet dernier, je vous propose aujourd'hui quelques extraits de ce petit ouvrage jadis acquis chez un bouquiniste de Redu.

     Les plus fidèles de mes lecteurs se souviendront assurément avoir déjà découvert ce document lors de la publication d'un article que j'avais consacré en mai 2008 au premier égyptologue belge; mais je ne résiste pas au plaisir d'à nouveau le proposer de manière qu'il soit inclus dans ce modeste projet que constitue l'hommage qu'il m'a plu de lui rendre ici cet été. 



     "Le mardi 5 février de cette année [1935], j'arrivai de bonne heure au Cinquantenaire, sachant que j'allais y trouver quelques antiquités dont S.M. le Roi avait bien voulu autoriser la remise à notre département égyptien. Il s'agissait de divers souvenirs rapportés de la vallée du Nil par le Duc de Brabant, le futur Léopold II, lors de ses voyages en 1854 et 1862-63. Je me rappelais les avoir examinés sommairement dans une vitrine au Palais de Bruxelles, il y a quelques années déjà. Je savais qu'ils consistaient en statuettes de faïence, en idoles de bronze (...)
J'étais naturellement fort heureux de pouvoir ainsi ajouter à nos séries archéologiques quelques spécimens dont plusieurs combleraient des lacunes, mais j'étais loin de m'attendre à ce que ce lot d'antiquités pût me réserver une découverte sensationnelle.

     Mon attention se porta tout de suite sur une figurine de bois
(...)
c'est une de ces statuettes funéraires, de facture peu soignée, avec une inscription peinte au nom de Khay, chef de travaux et scribe royal dans le temple du roi. Généralement ces figurines creuses, posées debout sur un socle, servaient de réceptacle à un papyrus funéraire. Pour le spécimen qui nous occupe, le socle avait disparu et une étoffe, manifestement ancienne, apparaissait au dehors. Quelle idée ! Y aurait-il quelque chose encore dans la cavité ? Je tire lentement le linge et je puis à peine en croire mes yeux de voir surgir un rouleau de papyrus, d'une bonne vingtaine de centimètres en hauteur, qui paraît être dans un état de conservation remarquable. Deux menus fragments détachés permettent de reconnaître une large écriture hiératique. Ma première impression fut qu'il s'agissait d'un papyrus funéraire et je remis à l'après-midi le soin de poursuivre mon investigation.

     Le moment venu, je commençai par soulever de la pointe d'un canif le pli extérieur du rouleau. Mes lecteurs comprendront-ils le sentiment étrange qui m'envahit au moment où je pus lire, à haute voix pour les assistants qui m'entouraient, la date de l'an XVI du pharaon Ramsès IX (1126 environ A.J.-C.) ?

     Cette date de l'an XVI de Ramsès IX est fameuse dans les annales de l'égyptologie. C'est celle du célèbre papyrus Abbott, au British Museum depuis 1857.
(...)
C'est par lui que nous avons connu, pour la première fois, les péripéties de l'enquête ouverte contre les voleurs qui pillaient la nécropole de Thèbes. 

     Avions-nous retrouvé une pièce nouvelle à joindre au dossier dont le papyrus Abbott est le document central ?

     Les préparatifs ne furent pas longs. Le rouleau fut placé sur d'épaisses feuilles de buvard saturées d'eau claire. On l'humecta et bientôt la première couche avait absorbé suffisamment d'humidité pour le dérouler sans risque. Quelle joie de voir apparaître la belle écriture, ferme autant qu'élégante, d'un bon scribe thébain, soucieux de montrer son savoir-faire dans une importante pièce officielle ! Au fur et à mesure que la page s'ouvre sur la table, on pose sur elle des lames de verre.

     Déjà les premiers signes de la seconde page apparaissent. Je lis des mots ou plutôt j'essaie de deviner des phrases, impatient de préciser la teneur du texte. Soudain, je reconnais les cartouches du roi Sekhemreshedtaoui, fils de Ra, Sebekemsaf.
(...)

     Je fis chercher dans la bibliothèque le catalogue des papyrus de Lord Amherst. Il y avait, en effet, en Angleterre, un document qui, depuis la mort de Lord Amherst, a passé dans la bibliothèque Pierpont Morgan à New-York. Ce document, connu sous le nom de Papyrus Amherst, a conservé partiellement le protocole de l'enquête sur le pillage de la pyramide de Sebekemsaf. Le passage le plus extraordinaire contenait les aveux du principal coupable.

     On jugera de notre surprise, de notre stupéfaction, lorque nous constatons, par un simple regard jeté sur une des planches du catalogue
(...) que le bord inférieur de notre nouveau papyrus se juxtaposait exactement au bord supérieur du papyrus Amherst et que, là où celui-ci ne laissait apercevoir que quelques fragments de signes, la pièce que nous étions en train de dérouler donnait leurs compléments. (...)

     On comprendra l'impatience que nous éprouvions tous maintenant à compléter l'histoire dont on n'avait pu lire, jusqu'à présent, que quelques lambeaux. Le déroulement s'acheva sans accroc et nous donna quatre belles pages où, sauf au début, il n'y avait pas la moindre lacune. Avant la fin de la semaine, le papyrus était encadré et photographié et dès le lundi suivant, j'en avais terminé la transcription, aidé par mon ancien élève, M. Baudouin van de Walle. Les passages mutilés du début pouvaient être restitués facilement, car les personnages qui s'y trouvaient énumérés étaient tous connus déjà par le papyrus Abbott.

    
(...) Le Duc de Brabant visita pour la première fois l'Egypte en 1854. Il est vraisemblable que c'est alors que le demi rouleau lui fut offert, tandis que l'autre moitié fut achetée au Dr. Lee par Lord Amherst en 1868. Notre fragment a sans doute été placé dans la statuette de Khay par le marchand indigène en vue de le garantir contre les dangers du transport. (...)

     De temps en temps l'étude des antiquités nous met en contact presque direct avec les hommes qui vivaient il y a des milliers d'années. Je n'ai jamais éprouvé ce sentiment d'une manière aussi vive qu'en lisant le papyrus qui, dorénavant et avec la permission de S.M. le Roi, sera connu dans la science sous le nom de Papyrus Léopold II."

(
Capart : 1935)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en Belgique
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7 août 2009 5 07 /08 /août /2009 23:00


     Avec ce deuxième rendez-vous pré-programmé pour le mois d'août, je voudrais vous proposer, ami lecteur, un article de l'égyptologue belge Jean Capart, dont nous découvrons certains écrits depuis le début de ces vacances scolaires, publié par le journal Le Soir du 14 mars 1927.



     Nous revenons d'une visite au tombeau de Petosiris. Ne cherchez pas dans les guides d'Egypte, ni dans les programmes des agences de voyage; nulle part vous ne trouverez mention de ce beau monument. Comme cela arrive souvent en Egypte, il a été découvert par hasard. Les agents du Services des Antiquités ayant appris que les Arabes allaient chercher dans la montagne des pierres sculptées, purent intervenir à temps pour empêcher la destruction entière d'un des plus curieux tombeaux de la Vallée du Nil. Il est à craindre néanmoins, que le monument reste longtemps encore inaccessible aux touristes et même aux archéologues. 

     Pour nous y rendre, nous partons d'Abou Kerkas. Sur les routes, nous sommes surpris de croiser des autobus indigènes dont le nombre de places paraît limité. Il faut voir comme les gens s'y entassent, s'accrochent aux garde-boue, aux marche-pied, s'installent sur le toit. Après une heure et demie de course rapide en auto à travers les cultures florissantes, nous arrivons au Bahr Youssef, le grand bras de dérivation du Nil vers le Fayoum. Là, nous sommes accueillis par les notables du petit village de Deroua qui ont tout préparé pour le passage du canal et la course au désert.

     Notre petite caravane est des plus pittoresque et fait sensation dans les ruelles sordides qu'elle traverse. Elle ne se compose pas seulement de notre groupe mais encore de plusieurs personnages des environs qui tiennent à nous faire escorte, entre autres, un conseiller municipal d'Abou Kerkas qui a de belles cartes de visite libellées en français, bien qu'il ignore complètement cette langue. Nous emmenons en outre les nombreux indigènes qui nous prépareront tout à l'heure un repas pantagruélique suivant toutes les traditions de l'hospitalité arabe. Rien de plus amusant que le tableau formé par deux grands moricauds  à califourchon sur un petit baudet, et dont le premier porte solennellement le réchaud à pétrole qui servira de fourneau de cuisine.

     Les champs sont bientôt traversés et nous abordons la région désertique. Où est le tombeau de Petosiris ? Un grand geste vague vers l'horizon nous désigne un point de la montagne où se remarquent quelques rochers : c'est ce qu'on appelle Touna el Gebel.  A cet endroit s'attache un souvenir tragique : un jeune archéologue français s'y est tué, il y  a quelques années, en tombant du haut de la falaise.

     Ici, plus de route marquée. Nous cheminons à travers les dunes de sable, guidés par les gardes du Service des Antiquités, qui courent pieds nus devant les montures, le fusil en bandoulière.

     Après une heure de chevauchée, nous apparaît brusquement le tombeau de Petosiris. On l'a dégagé d'une colline artificielle formée par le sable que le vent chasse et qui s'amoncelle entre les constructions antiques. A quelques mètres en arrière, des coulées de sable viennent de mettre à nu l'angle d'un second monument du même genre.

     Ce qui donne une valeur exceptionnelle au tombeau que nous sommes venus visiter, c'est qu'il constitue la sépulture de famille d'un grand prêtre du dieu Thot, d'Hermopolis, une des capitales théologiques de l'Ancienne Egypte. Petosiris vivait à une époque particulièrement troublée, entre la deuxième domination perse et le commencement de l'ère des Ptolémées.

     Les inscriptions du tombeau retracent la carrière du grand prêtre, zélé restaurateur des temples et habile administrateur des biens de son dieu. Les scènes sculptées et peintes qui couvrent tous les murs montrent Petosiris et les membres de sa famille se livrant à leurs occupations journalières. Elles reproduisent également les funérailles, les rites compliqués qui les accompagnent et présente le catalogue des divinités des régions où parviennent les bienheureux. Plusieurs textes comptent parmi les plus précieux que nous possédions pour l'étude des idées religieuses et morales des Egyptiens. Le style des reliefs est une surprise pour les connaisseurs de l'art pharaonique, car on y relève de nombreuses particularités qui ne s'expliquent que par une influence de l'art grec.

     Au retour, nous sommes passés par les ruines lamentables mais pittoresques de la ville d'Achmounein qui fut autrefois la grande et prospère Hermopolis. Nous y avons vu les pierres croulantes et rongées par le salpêtre du temple de Thot, où Petosiris avait exercé le sacerdoce suprême.     


(Capart : 1927, 111-6

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31 juillet 2009 5 31 /07 /juillet /2009 23:00



     Pour ce cinquième billet de la série d'articles reprenant des écrits de l'égyptologue belge Jean Capart, que j'ai voulu, en guise d'hommage à sa personnalité, vous donner à lire pendant mes absences estivales, série pré-programmée donc, et initiée, souvenez-vous, le mois dernier, j'ai pensé aujourd'hui, ami lecteur, vous livrer quelques réflexions en introduction à un chapitre qu'il a intitulé "Problèmes d'esthétique égyptienne" publié dans un ouvrage de 1931, qui constituait en fait la retranscription de conférences qu'il avait prononcées aux Etats-Unis durant l'hiver 1924-1925. 



     Dès qu'on se met à l'étude attentive de l'art égyptien, on découvre un certain nombre de problèmes qui se posent impérieusement et dont la solution est indispensable pour apprécier les oeuvres pharaoniques. En effet, il faut bien se garder de croire que la production des vieux artistes de la Vallée du Nil peut être considérée avec nos idées esthétiques modernes.

     Il nous est relativement facile de déterminer quelles sont les oeuvres qui nous plaisent le plus, celles qui répondent le plus aisément à notre sentiment du beau. De là, à vouloir déterminer l'état d'âme de leurs créateurs et raisonner leurs productions comme on le ferait pour un artiste contemporain, il semble qu'il n'y ait qu'un pas. C'est une profonde erreur et, dès qu'on l'a reconnue, on ne peut s'empêcher de sourire à la lecture de certains commentaires publiés sur les oeuvres capitales de l'art égyptien.
(...)

     Commençons par constater ceci : suivant toute apparence, nous ne possédons aucune oeuvre qui appartienne, à proprement parler, à la période  de formation de l'art égyptien. Plusieurs fois, au cours de l'histoire, nous pouvons suivre la décadence de cet art. A chaque période où l'empire égyptien a été secoué jusqu'en ses fondements par des invasions étrangères, les traditions sont ébranlées. Dès que la restauration est assurée, les rois veulent rendre à l'art toute sa splendeur. Ils ne recréent pas un art nouveau; ils vont chercher leurs modèles aux plus anciennes périodes de la civilisation pharaonique.

     Je ne voudrais pas que vous puissiez croire, d'après cela, que l'art égyptien, à toutes ces grandes époques, soit resté immuable. Sur un fond commun de principes invariables, reprenant toujours les mêmes thèmes, les artistes ont cependant réussi à donner à leurs oeuvres un accent qui permet de les classer généralement sans trop de difficultés. Mais ce qu'il importe de bien comprendre c'est que, jusqu'à présent, on n'a guère découvert de monument qui appartienne à cette période de recherche, probablement très longue, pendant laquelle les Egyptiens se livraient aux expériences nécessaires avant d'établir les principes fondamentaux auxquels toutes leurs créations artistiques, pendant des milliers d'années, allaient être exceptionnellement fidèles. 

     Notre ignorance des origines de l'art va de pair avec notre ignorance des premiers temps de la royauté d'Egypte.  Pour nous, le rideau se lève au moment où Ménès réunit sous son sceptre les royaumes de Haute et Basse-Egypte, ce qui, aux yeux des Egyptiens lui méritera d'être mis au premier rang des innombrables pharaons qu'ils avaient classés en trente dynasties.

(Capart : 1931, 51-4)

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24 juillet 2009 5 24 /07 /juillet /2009 23:00



     Pour la deuxième semaine consécutive, je vous propose aujourd'hui encore, ami lecteur, de nous retrouver dans le tombeau de Toutankhamon en compagnie de Jean Capart, de la Reine Elisabeth de Belgique et de son fils, le prince de Brabant, futur Léopold III.

     Samedi dernier, nous avions lu la première lettre qu'il écrivit relatant l'événement, le 18 février 1923. Penchons-nous à présent, sur celle de la fin du même mois ...    



28 février 1923

     Le 18 nous avons assisté à l'ouverture du caveau de Tout-Ankh-Amon; huit jours après, le 25, nous y sommes retournés pour aller le voir une dernière fois avant qu'on le referme pour de nombreux mois. N'est-ce pas extraordinaire que cette découverte soit si riche : les heureux fouilleurs ne savent comment faire pour inventorier leurs trésors et se voient contraints de les enterrer à nouveau pour les mettre à l'abri pendant qu'ils traiteront les objets sortis déjà de l'antichambre ?

     Nous sommes redescendus dans les salles creusées dans le roc et de nouveau lord Carnarvon et Carter nous ont permis de contempler le spectacle incomparable.  Comment apprécier la maîtrise que ces hommes ont sur leurs nerfs pour réfréner la curiosité si naturelle de déterminer le contenu de tous ces coffres encore scellés ? Il serait si facile de couper délicatement les liens qui retiennent le bouton de fermeture et dès lors les battants des portes tourneraient sur leurs gonds, et on saurait ce que renferment ces petits tabernacles, dont un seul, entrouvert, laisse voir deux statues de roi représenté debout sur un léopard.

     La Reine, lors de sa première visite, a vu l'éventail du roi, placé dans une boîte dont le couvercle, heureusement, n'était pas scellé. Nous sommes descendus cette fois avec Carter. Après quelques instants de contemplation, lord Carnarvon et M. Callender nous rejoignent et je me retire, car l'espace est si étroit qu'on redoute toujours de détériorer le catafalque. Quelques brefs instants de travail suffisent pour enlever les poutres de bois disposées devant les portes de celui-ci. De l'antichambre où je suis remonté, je puis voir, grâce au jeu de la lumière, qu'on a ouvert un des battants de la porte. Tout le monde à l'intérieur parle à voix basse, tant l'émotion est vive. C'est un nouveau mystère qui se dévoile ! Après quelques instants, la Reine sort, et je puis à peine croire à mon bonheur quand on m'invite à redescendre, avec la comtesse de Caraman-Chimay, pour aller jeter un coup d'oeil à l'intérieur du premier catafalque. Mes regards vont tout de suite au point central, là où se trouvent d'autres portes fermées et scellées et derrière lesquelles nous attendent des trésors nouveaux et de plus en plus imprévus peut-être. 

     L'intérieur est également doré, avec des figures de divinités et des inscriptions. Tout l'espace laissé entre les deux édicules emboîtés l'un dans l'autre est littéralement farci d'objets d'art de toute espèce, vases d'albâtre aux formes ingénieuses et différents de ceux déjà connus, vases dont le couvercle est surmonté de la figure d'un lionceau, coffrets incrustés, sceptres, massues, insignes royaux, etc. Un grand châssis, dont les montants et les traverses déterminent des panneaux, est disposé entre les deux catafalques et servait à soutenir une tenture constellée de rosaces dorées. La partie inférieure a cédé à la longue et les débris recouvrent les objets mobiliers, mais au-dessus la tenture pend encore et cache la corniche du tabernacle intérieur. On voudrait percer ces obstacles et voir au-delà et sonder d'un coup tout l'inconnu de cette sépulture unique.

     C'est fini ! Carter referme la porte immense qu'on n'a pu qu'entrebaîller, il repousse les verrous dans les anneaux métalliques qui les fixent et nous sortons. Tout le monde est ému et parle peu. Ce que l'on pourrait dire en ce moment ne serait que des banalités. Dès lundi matin, les ouvriers vont se mettre à l'oeuvre pour refermer la tombe et déjà les menuisiers préparent des pièces de bois qui serviront à ce travail. Le couloir en pente, l'escalier et la petite esplanade sur laquelle s'ouvre l'entrée vont être rebouchés, d'abord par une clôture de madriers et de planches et ensuite par des blocs de rochers.


     Ce matin, je suis allé à la vallée de Biban el Melouk et j'y ai surpris en activité un chantier de travail comme je n'en avais encore jamais vu en Egypte. Les enfants chargés de leurs petits paniers se hâtaient, sous la surveillance des "reis" à déverser du sable et des débris de pierre sur l'emplacement de la tombe. Déjà le sol reprenait son aspect d'autrefois. Un peu plus et l'on se croirait le jouet d'un rêve ..., tout ce que nous avons vu la semaine passée n'était que fantasmagorie, un mirage dont nous avons été le jouet. Il n'y a rien eu dans la Vallée des Rois, sinon quelques recherches, faites le long des falaises rocheuses dans l'espoir trompeur et toujours déçu de retrouver intacte une tombe de pharaon. Comme si la chose était encore possible, après les siècles de dévastation ! 
     Il faut être original, comme peut l'être un lord anglais, pour jeter son argent à ce travail de Sisyphe : déplacer sans fin des déblais au milieu d'un nuage de poussière grise.

(...)
    La nouvelle de la découverte de Tout-Ankh-Amon m'avait tellement impressionné que j'avais décidé de venir en Egypte au mois d'octobre prochain, quelles que soient les difficultés, financières ou autres, qui pourraient s'opposer à mon voyage. Il me paraissait impossible de continuer à étudier l'art égyptien et, plus encore, de vouloir l'enseigner, sans avoir vu personnellement les merveilles que les journaux décrivaient sommairement.

     Vous savez comment les circonstances ont précipité ce voyage en me donnant la joie inespérée d'être présent le jour de l'ouverture officielle du caveau et d'y pénétrer parmi les premiers. Je n'hésite pas à le dire : la réalité a dépassé tout ce que j'avais espéré. Je croyais, par la lecture des dépêches et l'examen des photographies, avoir pu me rendre compte assez exactement de la valeur des objets découverts. C'était une illusion, et je le déclare avec d'autant plus de plaisir que généralement, dans la vie, nous faisons des expériences inverses. Nous avons espéré la perfection et nous ne rencontrons que la médiocrité; ici nous attendions le beau et nous trouvons la perfection.      

(Capart : 1943, 27-9)


     Pour la "petite histoire", j'ajouterai simplement qu'au moment où Jean Capart rédige ces lignes, n'ont encore été "fouillées" que les deux premières salles du tombeau, mis au jour, je le rappelle, en novembre 1922. S'ensuivirent des semaines, des mois, des années de travail délicat pour vider la tombe, inventorier son contenu et, souvent, restaurer certaines pièces avant de les amener officiellement à la lumière du jour ...

     Et ce ne sera qu'à l'automne 1925, soit trois ans après la magistrale découverte, que Carter et ses hommes soulèveront enfin, dans la chambre funéraire proprement dite vidée de tous les catafalques qu'elle contenait initialement, l'immense et imposant couvercle en pierre du sarcophage. Ils allaient alors pouvoir admirer à l'intérieur, ébahis, les différents cercueils anthropoïdes, dont le dernier des trois, contenant le corps du jeune souverain, était en or massif, la "chair des dieux". 

          Serez-vous vraiment étonné, ami lecteur, si je vous avoue tout de go qu'au moment de boucler les valises pour repartir sous d'autres cieux, la semaine prochaine, c'est ce passionnant ouvrage de Jean Capart et de ses collaborateurs, dont je vous ai proposé la référence ci-dessus, que j'emporterai pour lire dans l'avion ? Relire, en fait, et avec toujours autant de plaisir ...

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17 juillet 2009 5 17 /07 /juillet /2009 23:00


     A la veille de prendre mes vacances, je vous avais annoncé, ami lecteur, la publication, pour tous les samedis de juillet et août, d'extraits de textes de l'égyptologue belge Jean Capart; articles évidemment que j'aurai préalablement programmés.

     En relatant abondamment dans plusieurs de ses écrits la découverte du tombeau de Toutankhamon, en 1922, Jean Capart offre un intéressant choix de textes concernant sa vision de l'événement. La semaine dernière, souvenez-vous, je vous avais donné à lire la raison pour laquelle il fit partie des privilégiés, des rares savants qui, à l'époque, descendirent au sein de l'hypogée royal, voire assistèrent à l'ouverture de la chambre funéraire, parce qu'invité par le roi Fouad en personne à accompagner la reine Elisabeth de Belgique et son fils, le prince de Brabant, futur Léopold III.     

     A l'aide d'extraits de lettres qu'il a incluses dans le principal ouvrage consacré au jeune souverain égyptien, je vous propose aujourd'hui, avec celle du 18 février 1923, d'entamer cette visite en sa compagnie ...


     Je rentre à l'instant de Biban el Melouk. Mes pensées sont si tumultueuses que j'ai peine à les ordonner et à exprimer ce que je ressens.

     Je voudrais dire tout d'abord l'immensité de la dette que les nations civilisées devront reconnaître à l'égard de lord Carnarvon et Howard Carter; leurs deux noms restent attachés à la plus grande découverte archéologique dont l'humanité ait gardé le souvenir. Je voudrais que tout le monde pût comprendre ce qu'il a fallu d'abnégation, de générosité pour entreprendre et poursuivre les travaux systématiques de déblaiement qui seuls ont réalisé ce miracle de retrouver, intacte, une tombe royale si bien protégée que les pillards n'ont pu l'atteindre malgré les trente-quatre siècles pendant lesquels la chasse aux trésors n'a pas été interrompue un seul jour. La cupidité et l'ignorance s'étaient coalisées pour empêcher que la postérité ne connût réellement la gloire de la civilisation pharaonique.

     Voilà un siècle que Champollion a découvert la clef qui devait permettre d'ouvrir le trésor et, depuis lors, les égyptologues avaient étudié, puis perfectionné la manière de s'en servir ... mais on pouvait craindre que le trésor ne fût déjà vidé. Carnarvon et Carter viennent de l'ouvrir et il est intact. Que dire alors des attaques haineuses et malhonnêtes dont ces deux hommes sont l'objet en ce moment ?
(...)

     Ces attaques sont abominables, d'autres sont simplement risibles. Certaines personnes sont prises de pitié pour le malheureux destin du pauvre roi Tout-Ankh-Amon, qui se voit troublé dans son repos séculaire par la curiosité des archéologues. A les entendre, il faudrait au plus tôt rétablir les murs de protection derrière lesquels il avait échappé à tous les chercheurs de trésors. Je suis prêt à admettre que si cette tombe n'apportait rien d'inconnu au monde, il serait inutile de l'explorer et d'étudier minutieusement tout son contenu. Mais on a dit que le privilège de l'homme sur la brute était de conserver le souvenir de son passé. Or, en ce moment, la splendeur d'un passé, d'abord complètement aboli, puis ressuscité d'une manière incertaine, apparaît à nos yeux éblouis. Il faudrait autre chose que des gémissements de neurasthéniques ou de toqués pour me convaincre que les égyptologues violent le secret de la mort, d'une main sacrilège. De nombreux textes funéraires de l'ancienne Egypte témoignent du souci qu'avaient les défunts de voir la postérité "faire vivre leur nom"; on y affirme que "celui-là vit dont on proclame le nom". Il y a quelques semaines, Tout-Ankh-Amon était totalement oublié, en dehors du petit cercle des spécialistes; aujourd'hui il est connu du monde entier. (...)

     Je ne décrirai pas  la première chambre où les deux grandes statues semblaient garder le mur intact qui portait encore les sceaux royaux. Aujourd'hui le mur est tombé, il n'en reste qu'un "témoin" à la partie de gauche. Tout l'espace ouvert est, en quelque sorte, bloqué par un immense panneau qui scintille. On ne voit au premier instant que de l'or et ce merveilleux bleu égyptien qui s'y allie harmonieusement. C'est le catafalque royal qui remplit toute la chambre; j'ai compris plus clairement que jamais pourquoi, dans les textes égyptiens, la salle qui renfermait le sarcophage s'appelait "la salle d'or" . Il y a, dit-on, cinq édicules emboîtés les uns dans les autres au milieu desquels repose, sans aucun doute, la momie royale, enfermée dans un sarcophage. On se demande par quel tour de force on a pu monter ces gigantesques panneaux, sur lesquels des signes à l'encre donnent des indications destinées à faciliter les assemblages. Mais, entre le mur, sur lequel on entrevoit des peintures assez sommairement faites, et le catafalque, il y a un espace où les personnes de corpulence moyenne peuvent se glisser à peine. 

     Me voilà devant les portes closes, munies encore de leurs verrous antiques : elles étaient entr'ouvertes au moment où Carter entra; derrière elles il vit les portes suivantes encore scellées. Quelques pas me conduisent à l'extrémité de la chambre où, entre le mur et le sarcophage, sont déposées les rames ayant peut-être servi à manoeuvrer le bateau qui fit passer le Nil à la dépouille royale. En ce moment, mon guide, qui est Mace, du Metropolitan Museum de New York, me dit de me retourner. Je ne puis retenir un cri et maintenant encore, j'ai la gorge serrée de l'émotion qui me saisit à la vue de ce que j'avais sous les yeux.

     Une porte coupée assez bas dans le rocher donne accès à une chambre de dimensions moyennes, remplie de tous les objets qui y ont été déposés il y a trente-cinq siècles. Personne n'est entré ici, aucun pillard n'y a fait un rapide butin, ni déplacé une seule pièce. C'est un de ces moments où l'on essaie de tout saisir d'un coup d'oeil, comme si on allait mourir et que la seule minute présente fût la dernière qui vous fût accordée. J'ai tout vu et maintenant que je suis sorti du caveau, il me semble que je n'ai rien vu et que des heures entières seraient indispensables pour comprendre ce qui a retenu mes regards pendant ces quelques secondes.

     A peu près tout ce que nous avions en fait d'art industriel égyptien n'était que de la pacotille, de la camelote, bonne à satisfaire la vanité de gens qui voulaient avoir dans leur tombeau un reflet de la splendeur royale. Seuls quelques meubles des beaux-parents d'Aménophis III approchent de ce que l'on trouve ici. Au centre est une caisse carrée aux formes élégantes  et qui est gardée, ou mieux protégée, par quatre délicieuses figures de déesses qui étendent leurs bras d'un mouvement gracieux. Il se peut que ce soit la boîte contenant les vases où étaient conservés les viscères du roi. On le saura plus tard, lorqu'on pourra briser les sceaux encore intacts. Combien de coffres, de petits tabernacles sont pour nous pleins de surprises; c'est le mystère qui ne pourra se dissiper que lentement. La responsabilité des fouilleurs à l'égard de la conservation des pièces est si lourde que les nerfs des curieux seront à rude épreuve pendant des mois, sinon des années : on dira tout ce que contenait la tombe, mais ce sera comme "au compte-gouttes".

     J'ai vu des boîtes si belles que je ne saurais les décrire, un char encore, de nombreux modèles de bateaux qui copient la flotte royale, et tant d'autres choses, pour notre émerveillement et pour notre modestie. Nous croyons trop facilement que nous, les derniers-nés de la civilisation, nous pouvons regarder en arrière avec le dédain des parvenus pour leurs ancêtres plus simples et plus modestes. Dans la tombe de Tout-Ankh-Amon on sent, mieux que nulle part ailleurs, que tout est recommencement, que les forces de décadence agissent souvent avec autant de vigueur que les forces de progrès. En un temps où notre civilisation chancelle, tout notre respect est dû à ces géants qui avaient atteint et gardé si longtemps les hauts sommets.                   


                                                                                            A suivre ...           

(Capart : 1943, 19-22
            

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10 juillet 2009 5 10 /07 /juillet /2009 23:00


     Le mardi 30 juinje vous avais annoncé, ami lecteur, la publication, tous les samedis de juillet et août, d'extraits de textes de l'égyptologue belge Jean Capart, que j'aurai préalablement programmés avant mes vacances.

     La semaine dernière, vous aviez pris connaissance des "raisons" qui avaient amené le jeune adolescent à s'intéresser à l'égyptologie. Aujourd'hui, je vous propose d'évoquer le point de départ de sa relation d'un événement qui, sans conteste, marqua dans ce domaine le début du XXème siècle : la découverte du tombeau de Toutankhamon.  


    
     A la fin de l'année 1922, les élèves de mon cours d'archéologie égyptienne aux Musées royaux d'Art et d'Histoire se montraient naturellement curieux d'avoir quelques précisions sur ce qui se passait dans la Vallée des Rois. Ce que les journaux nous rapportaient était en général mieux fait pour éveiller la curiosité que pour la satisfaire. Une de mes auditrices, la Comtesse d'Ursel, me pria d'exposer dans son salon, devant un groupe d'amis, la signification du nouveau trésor d'Egypte. Cette causerie eut lieu les premiers jours de janvier 1923, et le directeur de la revue belge "Le Flambeauréussit à en faire paraître le texte avant la fin du mois.

     J'appris plus tard que Sa Majesté la Reine Elisabeth, ayant lu cet article, manifesta immédiatement le désir de participer à l'émotion directe de cette découverte sans égale.

     Dès lors, il m'arriva quelque chose d'analogue à l'aventure de Cendrillon qui aurait tant voulu assister au bal du roi, où ses soeurs privilégiées avaient été conviées. J'avais, sans m'en douter, trouver la fée-marraine qui devait me faire passer de Belgique en Egypte en quelques jours et qui me permettait de remettre le pied sur le quai de la gare de Louqsor au beau matin du 16 février 1923, descendant du train même du Roi Fouad; ce qui valait bien le carrosse fait d'une citrouille. 


 (Capart : 1946

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3 juillet 2009 5 03 /07 /juillet /2009 23:00


     Par mon dernier article "en direct", ce mardi 30 juin, je vous avais annoncé, ami lecteur, la publication, tous les samedis des deux prochains mois (de vacances) d'extraits de textes que nous devons à l'égyptologue belge Jean Capart (1877-1947).

     J'ai déjà, ici et , tellement fait allusion à sa personne que je n'aurai pas l'outrecuidance, dans cette suite de billets, d'à nouveau brosser un tableau de la prodigieuse carrière de ce grand savant. 

"Seuls vivent les morts dont on chante le nom", écrivit un jour le grand Léopold Sédar Senghor.

     C'est un peu ce "chant" qu'à mon modeste niveau je voudrais vous proposer ici, pendant deux mois, en laissant s'exprimer Jean Capart. Tout simplement ...
  

     "Le plus loin que je remonte dans mes souvenirs, en cherchant ce qui a pu attirer mon attention sur l'Egypte, je trouve ceci vers 1885-86, mon oncle et ma tante, Gustave et Henriette Carbonnelle de Tournai, firent un voyage en Egypte dont ils rapportèrent une série de belles photographies et quelques petites antiquités. Je passais habituellement mes vacances chez mon oncle. J'admirai les photographies de monuments dont ma tante Henriette me décrivait les merveilles; je me rappelle très bien entr'autres choses, la description de la "Descente" de la grande pyramide.

   Mon oncle avait offert à mon père une petite plaque en faïence émaillée portant sur les deux faces quelques hiéroglyphes. Cet objet mystérieux pour moi, comme pour tous ceux qui m'entouraient, avait été monté en bague. Bien souvent j'ai pris, dans mes petites mains, la main gauche de mon père, pour regarder le petit canard comme j'appelais alors ce que je n'ai su que bien plus tard être une oie sacrée d'Amon .  - Aussi, ai-je pris un intérêt particulier au pauvre petit cours d'histoire d'Egypte que nous dictait le professeur de sixième latine à l'Institut Saint-Boniface, à Ixelles.

     Il m'est resté dans la mémoire une phrase : "Ahmosis, roi de terre, commença la lutte contre les Hyksos". Ce n'est que bien des années plus tard que j'ai constaté que j'avais entendu "terre" au lieu de "Thèbes". En sixième latine, un jeune professeur, l'abbé Carrière, me prêta "Les Lectures historiques" de Maspero, dont je décalquai une partie des images à l'encre de Chine sur des plaques de verre pour les faire passer à une lanterne de projections. Présage précoce de ma destinée de conférencier égyptologique !

     Le frère Herman, au collège des Jésuites de Tournai, où mon oncle, le père Léon Capart était professeur, avait formé un musée de toutes sortes de choses. Il m'insuffla la passion des collections; j'en fis de toutes espèces. A 14 ans, à la petite académie du collège Saint-Boniface, je donne ma première conférence, sur l'antiquité, illustrée déjà d'images d'hiéroglyphes. L'année suivante, je présente à mes condisciples une sorte de petit roman égyptien. Au mois d'avril 1893, pendant mon année de rhétorique, je passe mes vacances de Pâques à la bibliothèque royale où j'entame bravement la copie de la grammaire de Champollion. J'avais voulu l'acheter, mais je m'étais enfui épouvanté lorsque l'employé de l'Office de Publicité m'avait déclaré que ce livre coûtait cent francs ! Cela dépassait totalement mes moyens. Je réussissais bien de temps à autre, à payer par mensualités quelques livres sur l'Egypte, achetés chez un bouquiniste de la rue de la Tulipe, à Ixelles, mais il fallait pour cela que j'aie des recettes extraordinaires, par exemple, lorsque je revendais tous mes livres de prix qui ne m'intéressaient guère, le lendemain de la distribution.

     Comme j'étais fier, le jour où j'ai rapporté, caché sous mon caban, le grand atlas de Denon : " Voyage dans la Haute et la Basse-Egypte", que l'on payait alors la forte somme de 15 francs.

(Brasseur-Capart : 1974, 22-3) 

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