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7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 00:00


     Elle est Alsacienne. S’appelle Nathalie Ritzmann et, depuis un lustre, vit et travaille à Istanbul. Elle propose sur son blog http://dubretzelausimit.over-blog.com/ de nous faire découvrir, jour après jour, à travers toute la Turquie les coins les plus éloignés du tourisme traditionnel - donc à mes yeux, les plus historiquement, architecturalement et socialement intéressants -, comme les quartiers les plus typiques de sa ville d’adoption.


     La lecture régulière de ce blog constitue véritablement une mine de connaissances et d’indispensables mises au point. De découvertes, aussi. Comme par exemple la volonté manifeste d’Istanbul d’honorer la mémoire d’un grand écrivain français du XIXème siècle, son turcophile le plus avéré ... (après Nathalie, s'entend) : un hôtel porte son nom (celui de l'écrivain, évidemment, pas encore celui de Nathalie !), mais aussi un des lycées français, ainsi qu’un des cafés les mieux situés de la ville



puisqu’au sommet de la colline et du cimetière d’Eyüp, il domine toute la Corne d’Or.



     De son vrai nom Julien VIAUD


cet officier de marine et écrivain à propos duquel le Lagarde et Michard de notre adolescence studieuse n’hésite pas à écrire que son oeuvre est d’abord celle de notre plus grand romancier exotique du XIXème siècle et qu’il est un de nos plus grands peintres de la mer, de ses enchantements ou de ses tempêtes, effectua nombre de voyages qui l’amenèrent à visiter des terres aussi méconnues que lointaines, pour son époque s’entend : Tahiti, en 1871; le Sénégal, deux ans plus tard; Constantinople/Istanbul, à plusieurs reprises: le Tonkin, la Chine, le Japon, le Maroc, la Palestine, la Perse et les Indes, à l’extrême fin du siècle; mais aussi l’Egypte, en 1906.

     De tous ses périples, il rapporta certes quelques romans, mais surtout des monceaux de souvenirs, de sensations, de répulsions aussi, de coups de gueule surtout qu’il traduisit simplement dans ses récits de voyages, dont le plus beau d’entre eux, à mes yeux, à tout le moins, La Mort de Philae
, reste encore de nos jours un modèle du genre.


     Et pourtant, rares sont ceux qui, aujourd’hui, le lisent encore; alors qu’à son époque, sous le nom de Loti que lui attribua une jeune Tahitienne, il fut extrêmement célèbre, recevant en 1886, pour son Pêcheur d’Islande, le prix Ludovic Vitet de l'Académie française, où il fut désigné en 1891 et reçu l'année suivante.


     Car c’est bien de lui qu’il s’agit ici, dans cet article, Pierre Loti, infatigable voyageur qui sillonna l’Orient et fit de la Turquie sa terre d’élection, sa seconde patrie.
 

     Il faut savoir qu’au XIXème siècle, le voyage en Grèce, en Turquie, en Syrie ou en Egypte était encore une aventure solitaire. Ces contrées, depuis la fin de la Renaissance, depuis en fait que s’était développée l’idée de se rendre dans certains pays riverains de la Méditerranée orientale soumis à la puissance ottomane, portaient traditionnellement le nom de "Pays du Levant", terme issu de la langue commerciale et diplomatique de l’époque. Mais au XIXème siècle, donc, avec les écrivains romantiques, Alphonse de Lamartine en tête, apparaît et se fixe une nouvelle expression : "Voyage en Orient".


     Le terme "Orient" qui, pour les Encyclopédistes du XVIIIème siècle ne définissait qu’une notion ressortissant à l’astronomie, prend alors définitivement une acception géographique, qu’officialisera à l’époque le Dictionnaire universel de Pierre Larousse.
 

     Ce voyage, donc, beaucoup de grands écrivains français l’effectueront : Lamartine, certes, mais aussi Chateaubriand, Nerval, Flaubert, Théophile Gautier, André Gide ... Il faut reconnaître que la relative rapidité des trajets en train initiés par l’illustre Compagnie des Wagons-lits constitua un des éléments les plus favorables à cette nouvelle mode, et que, par exemple, l’arrivée du célèbre Orient-Express en gare de Sirkeci, au coeur même d’Istanbul, sur la rive européenne, n’y fut pas non plus étrangère. (http://dubretzelausimit.over-blog.com/article-28223391.html - pour découvrir quelques considérations et photos de cette gare.)
 

     Mais ce tourisme, qui n’est pas encore, mais deviendra très vite de masse, ne plut pas à tout le monde - et encore moins aux touristes eux-mêmes qui, bien évidemment, considéraient les autres comme des trouble-fête.


     Ce flot de désoeuvrés
(...) qui viennent ici fureter partout, écrivit d’ailleurs Pierre Loti, à propos de ceux qu’il voyait débarquer à Istanbul ...


     Aujourd’hui, ami lecteur, ce n’est pas un extrait de son oeuvre consacré à la ville qui s’est développée au pied du Bosphore que je compte vous donner à découvrir, mais un dédié à celle qui s’étend au pied des pyramides d’Egypte.
 

     Dans un magnifique ouvrage/pamphlet où il stigmatise, entre autres, tout à la fois le modernisme de la technique, le souci du rendement économique à tout cran et les touristes qui affluent, il évoque aussi la menace qui pèse sur l’héritage de cette splendide civilisation antique des rives du Nil.





     Dans ce très beau récit qu’il dédie "à la mémoire de mon noble et cher ami Moustafa Kamel Pacha qui succomba le 10 février 1908 à l’admirable tâche de relever en Egypte la dignité de la patrie et de l’Islam", il fait bien évidemment aussi allusion à Thèbes, à Louxor et à la capitale, la ville du Caire, qu’il nous présente ainsi :









 


     "Que de ruines, d'immondices, de décombres ! Comme on sent que tout cela se meurt ! ... Et puis quoi : des lacs, maintenant, en pleine rue ! On sait bien qu’il pleut ici beaucoup plus que jadis, depuis que la vallée du Nil est artificiellement inondée; mais c’est invraisemblable quand même, toute cette eau noire où notre voiture s’enfonce jusqu’aux essieux, car il y a huit jours que n’est tombée une averse un peu sérieuse. Alors les nouveaux maîtres n’ont pas songé au drainage, dans ce pays dont le budget d’entretien annuel a été porté par leurs soins à quinze millions de livres ? - Et les bons Arabes, avec patience, sans murmurer, retroussent leurs robes, jambes nues jusqu’aux genoux, pour cheminer au milieu de cette eau déjà pestilentielle, qui doit couver pour eux des fièvres et de la mort.
 

     Plus loin, la voiture courant toujours, voici que peu à peu le décor change, hélas ! Les rues se banalisent; les maisons de "Mille et une Nuits" font place à d’insipides bâtisses levantines (...) et, à un tournant brusque, le nouveau Caire nous apparaît. 

     Qu’est-ce que c’est que ça, et où sommes-nous tombés ? En moins comme il faut encore, on dirait Nice, ou La Riviera, ou Interlaken, l’une quelconque de ces villes carnavalesques où le mauvais goût du monde entier vient s’ébattre aux saisons dites élégantes ...


     Partout de l’électricité aveuglante; des hôtels monstres, étalant le faux luxe de leurs façades raccrocheuses; le long des rues, triomphe du toc, badigeon sur plâtre en torchis; sarabande de tous les styles, le rocaille, le roman, le gothique, l’art nouveau, le pharaonique et surtout le prétentieux et le saugrenu. D’innombrables cabarets, qui regorgent de bouteilles : tous nos alcools, tous nos poisons d’Occident, déversés sur l’Egypte à bouche-que-veux-tu.
 

     Des estaminets, des tripots, des maisons louches. Et, plein les trottoirs, des filles levantines qui visent à s’attifer comme celles de Paris, mais qui, par erreur, sans doute, ont fait leurs commandes chez quelque habilleuse pour chiens savants. 

     Alors ce serait le Caire de l’avenir, cette foire cosmopolite ? ... Mon Dieu, quand donc se reprendront-ils, les Egyptiens, quand comprendront-ils que les ancêtres leur avaient laissé un patrimoine inaliénable d’art, d’architecture, de fine élégance, et que, par leur abandon, l’une de ces villes qui furent les plus exquises sur terre s’écroule et se meurt ? 

     Parmi ces jeunes musulmans ou coptes, sortis des écoles, il est tant d’esprits distingués cependant et d’intelligences supérieures ! Tandis que je vois encore les choses d’ici avec mes yeux tout neufs d’étranger débarqué hier sur ce sol imprégné d’ancienne gloire, je voudrais pouvoir leur crier, avec une franchise brutale peut-être, mais avec une si profonde sympathie : "Réagissez, avant qu'il soit trop tard. Contre l'invasion dissolvante, défendez-vous, - non par la violence, bien entendu, non par l'inhospitalité et la mauvaise humeur, - mais en dédaignant cette camelote occidentale dont on vous inonde quand elle est démodée chez nous. Essayez de préserver non seulement vos traditions et votre admirable langue arabe, mais aussi tout ce qui fut la grâce et le mystère de votre ville, le luxe affiné de vos demeures. Il ne s'agit pas là que de fantaisies d'artistes, il y va de votre dignité nationale. Vous étiez des Orientaux (je prononce ce mot avec respect qui implique tout un passé de précoce civilisation, de pure grandeur), mais, encore quelques années, si vous n'y prenez garde, et on aura fait de vous de simples courtiers levantins, uniquement occupés de la plus-value des terres et de la hausse des cotons."



(Pierre Loti, La Mort du Caire, dans La Mort de Philae, Paris, France Loisirs, 1990, pp. 25-7)


     (Un merci tout particulier à Nathalie qui eut la bonté de me faire parvenir ses propres clichés du café Pierre Loti, à Istanbul, grâce auxquels je n'eus que l'embarras du choix pour illustrer le présent article.)

Pour plus de renseignements sur Pierre Loti : 
http://dubretzelausimit.over-blog.com/article-20738117-6.html  

et sur le café qui porte son nom : 
http://dubretzelausimit.over-blog.com/article-21219337.html
 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en textes
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3 mars 2009 2 03 /03 /mars /2009 00:00

 

 

     Accordez-moi quelques instants encore, ami lecteur, afin de vous emmener une dernière fois devant la vitrine 8 de la salle 4 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.


     Je vous avais, souvenez-vous, dans un tout premier temps, le mardi 10 février, expliqué en quoi consistait exactement une stèle de donation; pour ensuite, le mardi 17, envisager la première des deux que les Conservateurs nous proposent dans cette vitrine, celle de gauche, la C 261.

     Aujourd'hui, après une petite semaine de congé, période de carnaval belge oblige, et pour en terminer avec ce sujet, je vous propose l'examen de la seconde, à droite, la C 298.



     Tout comme la précédente, il s'agit d'une dalle monolithe cintrée, en calcaire, provenant de la région du Delta et concernant un terrain offert à un temple :  quatre points communs, donc, entre elles. Des différences néanmoins sont à épingler, qui expliquent leur présence côte à côte : malgré que toutes ont la Basse Epoque comme origine, celle qui nous occupe aujourd'hui relève de la première année du règne du pharaon Amasis, de la XXVIème dynastie, aux environs de 570 A.J.-C., soit quelque 330 ans après l'autre, qui datait du temps d'Osorkon Ier, pharaon de la XXIIème dynastie.

     Si, à un centimètre et demi près, leur hauteur est pratiquement la même, la largeur de C 298, visiblement plus étroite, atteint à peine 24, 8 cm.



     Si, en outre, c'est également le roi qui, pour les raisons que j'ai évoquées les deux derniers mardis de publication, offre symboliquement le terrain, la particularité cette fois, et je l'avais  annoncée précédemment, c'est qu'il tend bien le hiéroglyphe idoine :
celui qui, dans la liste de Gardiner, représente le champ, matérialisé par les trois roseaux émergeant du marais.



     Sous le classique disque ailé protecteur que nous retrouvons à nouveau comblant le cintre du monument, le roi Amasis, tourné vers la gauche, coiffé de la couronne (originellement rouge) de Basse-Egypte, sorte de mortier dont la partie postérieure s'élève obliquement, et de laquelle émerge une tige incurvée vers l'avant qui se termine par une spirale, présente donc à hauteur de visage le hiéroglyphe du champ qu'il offre aux divinités lui faisant face : un tout jeune homme, d'abord, arborant le "pschent", la double couronne constituée à la fois de celle de Basse-Egypte et de celle de Haute-Egypte, et censée concrétiser la puissance pharaonique sur le Double Pays, l'ensemble donc de tout le territoire égyptien. Par parenthèses, ce terme "pschent" provient de la langue égyptienne elle-même, "pa-sekhemty", qui signifiait "Les Deux Puissances".

     Le jeune dieu est par ailleurs juché sur un des symboles les plus significatifs de l'Egypte pharaonique : la double royauté, la réunification des Deux Terres, que l'on appelait, toujours dans la langue de l'époque, le "sémataouy" (ou "séma-taoui", selon certaines graphies rencontrées) qui se compose du signe hiéroglyphique "séma" figurant une trachée artère flanquée de ses deux poumons, et qui signifie "unir", motif autour duquel sont nouées les plantes emblématiques du Nord, donc de la Basse-Egypte, à savoir le papyrus, et du Sud, donc de la Haute-Egypte, à savoir le lis (ou lys) blanc, confondu parfois avec le lotus.


     Cette composition héraldique, emblème donc de l'union des deux parties du pays, fut très souvent gravée dès l'Ancien Empire, j'aurai l'occasion d'y revenir plus avant dans le Musée, sur les côtés des sièges cubiques royaux.

     Nous la retrouvons ci-contre, dans la forme d'un des vases à parfums en albâtre mis au jour dans la tombe de Toutankhamon, et que l'on peut admirer au Musée du Caire.

      Quand, comme sur notre stèle, le terme "séma-taouy" est attribué à une divinité, il devient patronyme et signifie alors : "Celui qui a unifié, qui a pacifié les Deux Terres".



 

     Derrière le jeune dieu viennent, aisément identifiables, le dieu Horus, hiéracocéphale, c'est-à-dire doté d'une tête de faucon, coiffé lui aussi du pschent et, pour clore la marche, la déesse Hathor. Devant chacun d'eux, une petite colonne de hiéroglyphes les nommant; comme d'ailleurs devant le roi qui fait l'offrande, la seule différence, vous l'aurez notée, résidant évidemment dans le fait, que j'ai déjà maintes et maintes fois épinglé, qu'ils ne sont pas tournés dans le même sens puisqu'ils épousent celui du regard du personnage qu'ils définissent.

     Ultime remarque concernant cette scène : les personnages et les hiéroglyphes, qui n'occupent d'ailleurs que la partie supérieure dans la mesure où, monument cadastral, la stèle devait être profondément enfoncée dans le sol, sont gravés en creux (et, par parenthèses, avec nettement plus de soin que sur C 261) : et comme j'ai également déjà eu l'opportunité de le mentionner, notamment dans un article concernant le décodage de l'image égyptienne du
7 avril 2008, ce type de relief était essentiellement l'apanage des monuments extérieurs de manière qu'ils puissent bénéficier de l'intense luminosité du soleil qui, par le jeu de l'ombre et de la lumière, permettait de mieux en faire ressortir les détails.

 

     C'est sous cette scène, approximativement sur une hauteur égale, à l'intérieur d'un encadrement qui délimite toute la partie épigraphique du monument, que se déploient douze lignes de beaux hiéroglyphes gravés eux aussi en creux qui, se lisant de droite vers la gauche, nous énumèrent les modalités de la transaction.

          
           

     Dans la première moitié de la première ligne, le lapicide a de manière classique précisé l'époque à laquelle ce document lithique fut rédigé : l'an 1, le quatrième mois de la saison "chemou", au premier jour de règne du roi de Haute et Basse-Egypte ...

     De manière classique, viens-je d'annoncer : en effet, il faut savoir qu'à cette époque les Egyptiens comptaient les années en fonction du début du règne d'un pharaon; le comput recommençant à chaque fois qu'un souverain décédait et qu'un nouveau montait sur le trône. De sorte que l'on peut lire une formule du genre : l'an autant, le ixième jour de l'Horus (= du pharaon) un tel ...

     Pour évidemment affiner cette méthode de datation, les scribes ajoutaient le moment dans l'année où le document avait été rédigé en se basant sur les saisons, au nombre de trois, rappelez-vous, qui se partageaient une année qu'ils faisaient commencer vers le 19 juillet, avec l'apparition des tant espérés premiers débordements du Nil.

     Au milieu de la deuxième ligne, vous remarquerez la présence de deux cartouches : ils correspondent aux deux derniers noms de la titulature royale traditionnelle : l'un, Khnoumibrê, précédé du roseau et de l'abeille, symboles de la Haute et de la Basse-Egypte; l'autre, Iâhmès, du canard et du soleil traduisant la notion de "Fils de Rê"; patronyme qu'après les Grecs, nous traduisons volontiers aussi par Amasis.
(Je vous rappelle une fois encore, ami lecteur, que pour retrouver l'explication des cinq noms qui forment l'intégralité d'une titulature royale, vous pouvez vous référer à l'article paru le 6 mai 2008).

     D'emblée, avec ces deux lignes, la référence chonologique est fournie : l'événement se passe le premier jour du quatrième et dernier mois de la saison des récoltes, donc pratiquement à la fin d'une année égyptienne : en l'occurrence, ici, la première du règne du pharaon Amasis.

     L'événement ? Mais lequel ?

     C'est cette précision qu'avance la troisième ligne : en effet, si vous êtes attentif, vous remarquerez le hiéroglyphe du bras tendant un vase globulaire.
Signe que nous avons rencontré le mardi 17 et qui signifie que l'événement en question est une donation.

     A partir de là, le texte mentionne avec force détails la superficie du champ offert : 6 aroures, soit environ 1, 64 hectare (l'aroure étant en effet une mesure équivalant à 2735 m²); ainsi que, de la quatrième ligne jusqu'au milieu de la neuvième, ses limites sud, nord, ouest et est. 
    
     Il avait préalablement indiqué, à l'extrême fin de la troisième ligne, que cette offrande était proposée en faveur du temple du grand dieu Osiris, seigneur de Ro-Méhet, localité située à l'est du Delta.

     Vient ensuite, au début de la dixième ligne, le nom de celui qui, gardien des portes de ce domaine va, comme ce fut apparemment très souvent le cas à l'époque saïte, gérer cette donation : Oudjasemataouy, ainsi que la mention de ceux de son père et de sa mère.

     Et le texte de la stèle de se terminer, après avoir demandé que le dieu fasse que dure cette donation pour toujours et à jamais, par une imprécation pour qu' il tue celui qui y porterait atteinte.


(Barbotin : 2006, 32-3

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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21 février 2009 6 21 /02 /février /2009 00:00

 
   
Le samedi, 7 février dernier, à la suite de la découverte que nous avions faite ensemble quelques jours plus tôt de certaines vignettes provenant du Livre pour sortir au jour exposées dans la vitrine 7 de la salle 4 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, je vous avais proposé, ami lecteur, de lire de larges extraits du Chapitre 110 auquel elles servent d'illustrations.  

     Vous aurez en outre évidemment remarqué que le bandeau qui chapeaute la page d’accueil de mon blog depuis sa création le 18 mars 2008

 

EgyptoMusée

 

présente une autre vignette de ce corpus funéraire, émanant, celle-ci, d'un papyrus d’époque ptolémaïque ayant appartenu à un certain Nesmin, prophète d’Amon : il s’agit de la représentation de la célèbre scène de psychostasie, c’est-à-dire la pesée de l'âme du défunt, censée se dérouler dans la salle du Tribunal d’Osiris, et que l’on trouve habituellement au-dessus du chapitre 125 de ce Livre pour Sortir au jour, papyrus funéraire plus communément, mais erronément appelé "Livre des Morts"; ce que j’ai déjà eu à maintes reprises l’occasion de vous signaler en ajoutant que l’exacte formulation inscrite par les scribes égyptiens eux-mêmes était bien "Livre pour sortir au jour", qu'il fallait comprendre par : sortir pendant le jour.

     C'est précisément le texte qui accompagne cette vignette, ce que les égyptologues nomment tantôt la "Déclaration d’innocence", tantôt la "Confession négative", que je voudrais aujourd'hui vous donner à connaître. 

  
     Il faut savoir que le plus grand désir de tout Egyptien de ces temps anciens consistait à figurer parmi les privilégiés admis dans l'entourage du dieu solaire Rê, formant sa cour, recevant ses bienfaits.


     Et pour plus certainement accréditer cette volonté, il n’avait de cesse, dans sa vie post-mortem, de s’identifier au dieu lui-même, - c’est ce que l’on appelle la solarisation du défunt -, d’être constamment, la nuit comme le jour, susceptible de profiter de sa lumière, de son rayonnement roboratif; de sorte que, conséquemment, il pouvait recouvrer la vie en même temps que différentes composantes de sa personnalité, mais aussi, et c’est loin d’être négligeable, l’intégralité de ses fonctions.


     Mais préalablement, il avait été convié à se présenter dans le monde souterrain où l’attendait le fameux jugement en présence d’Osiris, dieu des morts : c’est ce moment précis que propose donc la vignette mise en exergue sur la première page de ce blog.


     Lors de ce passage dans la "Salle des deux Maât", devant les 42 "juges", le défunt prononçait la fameuse confession qui, je le souligne, ne consiste nullement en un aveu de fautes personnelles, mais énumère de manière très rituelle, en une sorte de litanie,  les actions mauvaises qu’il s’est bien gardé de commettre ici-bas, les interdits qu'il n'a pas enfreints.
Ce qui, a contrario, nous précise les limites que s’imposait la morale égyptienne.


     Cette déclaration faite, le mort était automatiquement absous de ses péchés : c’est la raison pour laquelle les deux plateaux de la balance, tant celui qui portait le coeur (sa conscience) que celui qui contenait une statuette de Maât, voire une simple plume caractérisant cette déesse de la Vérité-Justice, se trouvaient au même niveau : indépendamment des paroles prononcées par le défunt, la force magique de l’image ne pouvait que déboucher sur un jugement favorable lui permettant d’être déclaré "justifié", "juste de voix", juste devant ce Tribunal des dieux.


     Toutefois, et si d'aventure, les mauvaises actions du défunt avaient été plus lourdes que la plume de Maât, il était prévu que son coeur soit jeté en pâture à la "Dévoreuse", monstre hybride guettant avidement cet éventuel moment.
    
     Si l’on se réfère à Diodore de Sicile qui affirme qu’en Egypte, avant d’avoir droit à une sépulture, tout défunt aurait préalablement été jugé sur terre par les siens, par ses voisins, par les autres habitants de son village ou de sa ville, on comprend aisément le côté rituel et purement formel du tribunal osirien, reflet d’une décision terrestre bien réelle dans la mesure où le mort est déjà considéré comme pur, comme justifié en arrivant dans l’Au-delà.


     Je vous propose à présent, ami lecteur, de prendre connaissance de cette "Confession négative", formule 125 donc du Livre pour sortir au jour.

     Elle se divise en réalité en deux parties :

* la 125 B qui n'est en fait qu'une reprise de la première "confession", 125 A, mais dont chaque phrase est précédée du nom d'une divinité :

Ô Ousekh-nemtout, qui sors à Héliopolis, je n’ai pas commis l’iniquité entre les hommes.  
etc.


* et la 125 A, que voici :
 
      

Salut à toi, grand dieu, maître des deux Maât !
Je suis venu vers toi, ô mon maître, ayant été amené pour voir ta perfection.
Je te connais et je connais le nom des quarante-deux dieux qui sont avec toi dans cette salle des deux Maât, qui vivent de la garde des péchés et s’abreuvent de leur sang le jour de l’évaluation des qualités (...)
Voici que je suis venu vers toi et que je t’ai apporté ce qui est équitable, j’ai chassé pour toi l’iniquité.


Je n’ai pas commis l’iniquité entre les hommes.

Je n’ai pas maltraité les gens.
Je n’ai pas commis de péchés dans la Place de Vérité.
Je n’ai pas cherché à connaître ce qui n’est pas à connaître.
Je n’ai pas fait le mal.
Je n’ai pas commencé de journée ayant reçu une commission de la part des gens qui devaient travailler pour moi, et mon nom n’est pas parvenu aux fonctions d’un chef d’esclaves.
Je n’ai pas blasphémé Dieu.
Je n’ai pas appauvri un pauvre dans ses biens.
Je n’ai pas fait ce qui est abominable aux dieux.
Je n’ai pas desservi un esclave auprès de son maître.
Je n’ai pas affligé.
Je n’ai pas affamé.
Je n’ai pas fait pleurer.
Je n’ai pas tué.
Je n’ai pas ordonné de tuer.
Je n’ai fait de peine à personne.
Je n’ai pas amoindri les offrandes alimentaires dans les temples.
Je n’ai pas souillé les pains des dieux.
Je n’ai pas volé les galettes des bienheureux.
Je n’ai pas été pédéraste.
Je n’ai pas forniqué dans les lieux saints du dieu de ma ville.
Je n’ai pas retranché au boisseau.
Je n’ai pas amoindri l’aroure.
Je n’ai pas triché sur les terrains.
Je n’ai pas ajouté au poids de la balance.
Je n’ai pas faussé le peson de la balance.
Je n’ai pas ôté le lait de la bouche des petits enfants.
Je n’ai pas privé le petit bétail de ses herbages.
Je n’ai pas piégé d’oiseaux des roselières des dieux.
Je n’ai pas péché de poissons de leurs lagunes.
Je n’ai pas retenu l’eau dans sa maison.
Je n’ai pas opposé une digue à une eau courante.
Je n’ai pas éteint un feu dans son ardeur.
Je n’ai pas omis les jours à offrandes de viande.
Je n’ai pas détourné le bétail du repas du dieu.
Je ne me suis pas opposé à un dieu dans ses sorties en procession.

Je suis pur, je suis pur, je suis pur, je suis pur !
Ma pureté est la pureté de ce grand phénix qui est à Héracléopolis, car je suis bien ce nez même du Maître des souffles, qui fait vivre tous les hommes (...)
Il ne m’arrivera pas de mal en ce pays, dans cette salle des deux Maât, car je connais le nom des dieux qui s’y trouvent.

(Traduction Paul Barguet : 1967, 158-60)



     Permettez-moi, à présent, de prendre congé de vous, ami lecteur, profitant ainsi de la semaine de repos offerte aux établissements scolaires belges de manière qu'Etudiants et Enseignants puissent dignement célébrer le "dieu" carnaval.

     Je vous donne donc rendez-vous le mardi 3 mars prochain aux fins de poursuivre notre déambulation dans la salle 4 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, et de découvrir ensemble la seconde stèle de donation, la C 298, exposée dans la vitrine 8.

     Bonne semaine à toutes et à tous ...

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 00:00

 

     En mettant le point final à une courte introduction concernant les stèles de donation, ou stèles-bornes de l'Egypte de Basse Epoque, je vous avais promis, mardi dernier, ami lecteur, de nous retrouver à nouveau aujourd'hui devant cette vitrine 8 de la salle 4 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre pour aborder d'un peu plus près la première d'entre elles, à gauche, la C 261également répertoriée sous le numéro d'inventaire E 8099.


 

 

     Il s'agit d'une stèle cintrée en calcaire d’une hauteur de 77 cm pour une largeur de 36, 5 cm, de provenance inconnue, offerte au Musée du Louvre en 1887 par Adolphe Cattaui Bey (1865-1925), Secrétaire général de la Société royale de Géographie d'Egypte.

     Permettez-moi, avant de poursuivre, d'introduire ici une petite parenthèse concernant plus spécifiquement ce que le musée appelle ses "Donateurs". Dans son remarquable Dictionnaire amoureux du Louvre, l'ancien Président-Directeur Pierre Rosenberg leur rend, évidemment, un vibrant hommage. Evidemment parce que ces milliers de personnes, amies du Louvre, des plus généreuses, comme les familles Rothschild, David-Weill, Camondo entre autres, mais aussi les entreprises sponsorisant un projet de rénovation, aux plus modestes, voire même anonymes, ont peu ou prou contribué à l'éclatante rénovation d'une partie du bâtiment, comme tout récemment la Galerie d'Apollon et la Salle des Etats, ou à l'achat de nouvelles pièces, tous départements confondus, qui permettent ainsi l'accroissement sensible des collections .

     Il faut savoir qu'à sa manière, le Louvre honore les principaux d'entre eux en gravant leurs noms, soit sur ce qu'il est convenu d'appeler le "Mur des Mécènes", dans le hall Napoléon, sous la Pyramide, pour les contributeurs jugés "exceptionnels"


soit, en lettres d'or, dans le marbre de la Rotonde d'Apollon


 pour ceux qui ont légué au moins un million d'euros ...

     Les noms de la majorité des autres généreux donateurs se retrouvent mentionnés à l'entrée de la salle de consultation  du Département des Arts graphiques.    


     Ces libéralités, qui peuvent être d'argent, sont souvent aussi d'objets dont, pour diverses raisons, se séparent collectionneurs ou autres. C'est le cas donc de la première des deux stèles exposées dans la vitrine 8.

  
     Elle concerne une donation de terrain (c'est évidemment un hasard, après ma parenthèse ci-dessus ...) effectuée par un haut dignitaire de la Cour à un musicien en chef de la déesse Hathor, sous le règne d’Osorkon Ier (XXIIème dynastie, entre 925 et 890 A.J.-C.)

  
     Dans la partie supérieure droite du monument, le roi, coiffé de la couronne de Basse-Egypte, regard orienté vers les deux figures féminines, torse et pieds nus, vêtu d'un pagne à devanteau rectangulaire orné à l'arrière de la queue de taureau cérémonielle, élève à la hauteur du visage deux vases à vin globulaires qu'il offre à deux représentations simultanées de la déesse Hathor arborant la couronne constituée du disque solaire encadré par deux cornes de vache en forme de lyre  : l'une, en tant que maîtresse de la ville d’Imaou (= Kôm el-Hisn, dans le Delta), l'autre étant "La-belle-aux-sistres", et cela en présence du bénéficiaire lui-même, figuré en petite taille, jouant de la harpe accroupi à ses pieds.

 

     Il semblerait d'ailleurs, d'après le remarquable corpus de stèles de donation du Ier millénaire élaboré voici près de trente ans et publié à Louvain par l'égyptologue français Dimitri Meeks, qu'il soit fait souvent allusion à des musiciens dans ce type de monuments, qu'ils soient harpistes, comme ici, flûtistes aussi, voire même - et c'est par exemple le cas pour une stèle (E 8326) exposée aux Musées Royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles -, un trompettiste.     

 

     Très clair à ce sujet, le texte mentionne bien que le roi offre des terres. Or, que constatons-nous effectivement ? Que ce sont deux vases globulaires que présente Osorkon Ier, et non, comme nous le découvrirons plus spécifiquement mardi prochain quand, ensemble, nous nous pencherons sur la stèle C 298 à la droite de celle qui nous occupe aujourd'hui, l'idéogramme du champ :
(M 20 dans la liste de Gardiner), constitué de trois tiges de roseaux émergeant d'un marais. 
 


     Qu'en déduire, dès lors ? Qu'il y a défaut d'interprétation ? Voire erreur de traduction ?
     Non, plus simplement qu'il y a "code", comme souvent, d'ailleurs, avec l'image égyptienne; et cela, j'ai déjà, au fil de mes articles, eu maintes et maintes fois l'opportunité d'y insister. Il s'agit ici en fait de la retranscription dans la pierre du signe D 39 de la même liste hiéroglyphique de Gardiner :       
une main qui tend un vase pansu, employé communément en tant que déterminatif du verbe "offrir".

     Il ne faut donc absolument pas nous laisser abuser par l'objet lui-même présenté en guise d'offrande pour interpréter ce geste royal : notre regard n'est pas premier, notre perception est inévitablement nourrie de savoirs acquis. L'historien d'art français Daniel Arasse, prématurément disparu, considérait qu'il fallait interroger le visible des oeuvres, non pas pour en révéler l' "invisible", mais pour en découvrir l' "in-vu", c'est-à-dire ce qui n'a pas été encore perçu : ce qu'il appelait l' "inconscient optique" dissimulé dans l'oeuvre. Contentons-nous d'enregistrer mentalement ce qui nous apparaît, affranchissons-nous de nos préjugés et de nos interprétations préconçues. Il ne faut donc aucunement nous cantonner à la matérialité de ce que nous pensons voir, de ce que nous pensons comprendre : dépassons ce niveau premier de perception et haussons-nous jusqu'au symbole, sémantique certes, de la scène. Réapprenons à regarder, atteignons l' "in-vu" cher à Daniel Arasse, ici d'une simplicité déconcertante :  l'action d'offrir. Le roi donne. Point !

     C'est un peu comme si, au lieu de dessiner les mains du personnage, un artiste du XXème siècle avait surréalistement remplacé mains et vases par les 6 lettres O - F - F - R - I - R.



     En quatre lignes horizontales se lisant de droite à gauche, le texte profondément gravé sous les pieds des personnages, mais manquant véritablement de finesse, d'évidente recherche esthétique, évoque d'emblée à la première ligne, en hiéroglyphes franchement "bâclés", les deux derniers noms de la titulature du souverain enserrés dans des cartouches : le premier, celui du nom de Roi de Haute et Basse-Egypte : Sekhemkheperrê Setepenrê ("Puissant est le devenir de Rê, l'élu de Rê"); et le second, celui de fils de Rê : Oserken Meri Imen ("Osorkon, l'Aimé d'Amon").

     (Pour une explication détaillée de ce qu'est la titulature royale, permettez-moi, ami lecteur, afin de ne pas alourdir mon propos, de vous inviter à relire l'article publié le 6 mai 2008.)


     En étant très attentif, vous distinguerez encore, aux deuxième et troisième lignes, la mention de chacune des deux déesses Hathor, enfermée dans un carré évoquant la demeure d'Horus, son époux.
(Ce que, par parenthèses, signifie réellement le patronyme : Hathor = Demeure du dieu Horus).

     Le texte précise aussi que Pharaon, Fils de Rê, Maître des apparitions, doté de vie, Aimé de Rê, éternellement, selon la terminologie en usage, :


"... offre les champs au chef des chantres d’Hathor d’Aphroditopolis, Paiirounoubet, fils du chef des chantres d’Hathor, Dame des "Murs" Inneha, en remplacement du fils royal de Ramsès Isiemkheb (précédent bénéficiaire), et administré par la main de Tjaynebouheres.


     Passablement altérée et en outre probablement incomplète, la fin du texte propose quelques bribes de la célèbre formule d’imprécation (à laquelle j'ai fait allusion mardi dernier), à l’encontre de ceux qui envisageraient de détruire cet acte de donation.


     Vous noterez enfin que toute la partie inférieure de la stèle est restée anépigraphe dans la mesure où, comme je l'ai expliqué dans mon précédent article sur le sujet, celle-ci était évidemment prévue pour être enfoncée dans le sol.


(Meeks : 1979, 605-87; Menu : 1995, 213-4; Rosenberg : 2007, 319-20; Ziegler : 1982, 282)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 00:00

 
    En cette date plus ou moins symbolique, je ne pouvais décemment pas, ami lecteur, vous proposer un autre texte qu'un de ces chants d'amour égyptiens qui ont traversé les siècles grâce, notamment, aux différents papyri parvenus jusqu'à nous. Et parmi eux, le Papyrus Harris 500 conservé au British Museum, dont vous avez déjà découvert ici même l'un ou l'autre extrait. 

     Aujourd'hui, de l'Aimée, cette déclaration.
 

 

Ma raison n’a guère de complaisance à l’égard de l’amour que j’ai pour toi,

Mon petit chacal qui suscite le plaisir,

(Mais) ton ivresse, je ne peux y renoncer,

Dussé-je être traînée et frappée pour vivre en proscrite

Jusqu’au pays de Khor à coup de baguette et de bâton,

Jusqu’au pays de Kouch à coup de nervure de palmier,

Jusqu’aux terres hautes à coup de canne,

Jusqu’aux friches, poursuivie par les verges.

Je n’écouterai jamais leurs conseils

Au point d’abandonner celui que je désire.


(Traduction Vernus : 1993, 75-6)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 00:00

 


     Poursuivons aujourd'hui, ami lecteur, la découverte de la dernière des quatre vitrines de cette partie gauche de la salle 4 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre dans lesquelles, successivement, nous avons rencontré des actes administratifs ou juridiques portant tout naturellement sur les prêts ou donations de terres, voire de bétail puisque, précisément, cette salle dans laquelle nous déambulons maintenant depuis le 30 septembre 2008 est entièrement consacrée aux travaux des champs.



     Entamé mardi dernier avec celle de gauche et ses deux vignettes extraites du chapitre 110 du Livre pour sortir au jour, cet ensemble de vitrines emboîtées et accolées au mur censé figurer le couloir de la chapelle funéraire d'Ounsou, présente un dernier aspect de ces documents officiels : ceux non plus rédigés sur papyri, mais gravés dans la pierre. 


VITRINE  8

 

  
     Ils concernent tous deux une donation de terrain, la première sous le règne d’Osorkon Ier, pharaon de la XXIIème dynastie, la seconde sous celui d'Amasis, de la XXVIème dynastie,  quelque 330 années plus tard.
 

 

     Relativement nombreuses à Basse Epoque, ces dalles monolithes entérinent le don d’une terre, par un particulier, à un temple qui en restitue le bénéfice à l’un de ses membres : un prêtre, dans la grande majorité des cas; un musicien, par exemple, avec la première ici présentée.

     Ces monuments recèlent évidemment une fonction juridique : ce sont en effet des bornes, le plus souvent en calcaire afin de faciliter le travail de gravure en creux du lapicide, délimitant un champ, et mentionnant, après l'évocation du souverain, seul propriétaire théorique de la terre d'Egypte (comme je l'ai spécifié dans mon article du 27 janvier dernier), donc ici donateur fictif, les attributaires du bien, la concession elle-même et ajoutant, in fine, l'une ou l'autre formule d'imprécation destinée, entre autres, à décourager ceux qui, d'aventure, auraient envie, pour une raison évidente, de déplacer ces stèles.

Formule du genre : "Quant à celui qui viendrait à voler cette donation à son possesseur, la maladie s'abattra sur lui ! (...) On ne transmettra pas ses biens à ses enfants ! (...) Il ne possédera plus d'eau !" Etc.

     Le déplacement de semblables bornes constituait une faute relativement grave dans l'Egypte de l'époque : ainsi le chapitre 125 du Livre pour sortir au jour, j'y reviendrai dans un prochain article, le mentionne même en tant que délit nécessitant une sanction.

     Et des fonctionnaires furent ainsi prévus pour surperviser l'arpentage d'un terrain, jurant devant cette stèle-borne qu'elle se trouve bien à sa place ! N'oubliez pas que de manière tout à fait pragmatique, elle était destinée à informer les agents de l'Administration de tout changement juridique se rapportant au champ qu'elle bornait, en principe, aux quatre points cardinaux : opération éminemment nécessaire dans la mesure où il fallait que les émissaires du fisc sachent où et sur quelle base prélever l'indispensable impôt en nature. Arpentage qui s'effectuait à l'extrême fin de l'année égyptienne, juste avant que la crue, mi-juillet, rende ce travail totalement impraticable.

     J'avais, souvenez-vous ami lecteur, fait allusion à cette opération de délimitation des terrains, ce besoin d'arpentage, le 2 décembre 2008 , quand je vous avais détaillé les fragments peints de la chapelle d'Ounsou sur lesquels elle était représentée ... Il nous suffit d'ailleurs de contourner la vitrine 8 devant laquelle nous devisons actuellement, et de pénétrer à nouveau dans le complexe funéraire d'Ounsou pour les y retrouver :

    
                                                                                        


     De format classiquement rectangulaire, ces stèles présentent habituellement une partie supérieure incurvée, cintrée (ou parfois s'ornant d'une corniche à gorge) dans laquelle les personnages représentés, - un roi et un ou des dieux affrontés -, développent une relation d'offrande.

     Et chapeautant le tout, conformément d'ailleurs à un usage quasi systématique que l'on peut déjà dater du Moyen Empire, vous remarquerez la présence du disque solaire ailé, symbole du dieu protecteur Horus d'Edfou, flanqué de ses deux "uraei" : l'uraeus, que vous retrouvez fréquemment au front même des nombreuses statues de souverains peuplant les sections d'Antiquités égyptiennes de tous les musées du monde, figure un cobra femelle, dressé, gorge dilatée, donc en fureur, personnifiant la déesse Ouadjet, protectrice, elle, de la Basse-Egypte grâce à son venin susceptible de paralyser les ennemis du pays.

     Après cette introduction, brève mais que j'estimais néanmoins nécessaire, je vous invite à m'acompagner, mardi prochain, afin de nous pencher ensemble sur le premier des deux monuments de cette vitrine 8 : la stèle C 261 d'un harpiste d'Hathor.

(Limme : 1979, 5-10; Meeks : 1979, 605-87; Menu : 1995, 213-4)    

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 00:00

     Ce mardi, clôturant mon article consacré aux deux vignettes extraites du chapitre 110 du Livre pour sortir au jour (ce que l'on appelle encore, erronément, "Livre des Morts") exposées dans la vitrine 7 de la salle 4 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, je vous avais annoncé pour aujourd'hui, ami lecteur, la publication des passages les plus importants de ce long et très important texte faisant partie de la troisième division du corpus funéraire égyptien le plus représenté dans les musées du monde entier. 

     Très brièvement, je rappelle que tout Egyptien achetait ce rouleau de papyrus afin de l'accompagner dans sa demeure d'éternité et de lui permettre, par les différentes formules à réciter, de braver tous les dangers qui pouvaient, lors de son voyage vers l'au-delà, entraver sa progression. Ce type de document étant préalablement rédigé dans les ateliers spécialisés du pays, il suffisait, le moment venu, de le faire compléter avec notamment le nom du défunt. C'est ce nom qui est ici, dans la traduction que je vous propose de découvrir, symbolisé par la lettre N.

     Paroles dites par N. quand il adore la corporation divine qui est dans la double Campagne des Félicités.


     Qu’il dise : "Salut à vous, maîtres des subsistances ! Je suis venu dans de bonnes dispositions à vos campagnes pour recevoir des aliments; faites que je parvienne au grand dieu et que je reçoive les offrandes alimentaires que donne continuellement son ka, en pains, bière, viandes, volailles."


     Faire adoration à la corporation divine et flairer le sol devant le grand dieu, par N.


     Offrande à Osiris et à la corporation divine qui est dans la double Campagne des Félicités, pour qu’ils donnent les offrandes funéraires de pain, bière, viandes, volailles, tissus et toutes bonnes choses chaque jour, déposées sur l’autel au cours de la journée; afin de recevoir les pains, gâteaux, galettes, lait, vin et aliments; accompagner le dieu dans ses sorties en procession lors de ses fêtes de Ro-setaou, dans les faveurs du grand dieu. Pour le ka de N.


     Ici commencent les formules de la Campagne des Félicités et les formules de la sortie au jour; entrer et sortir, dans l’empire des morts; séjourner dans la double Campagne des Félicités, la grande ville maîtresse de la brise; y être puissant, y être glorieux, y labourer, y moissonner, y manger, y boire, y faire l’amour, faire tout ce que l’on a l’habitude de faire sur terre, de la part de N.


     Qu’il dise : "Le faucon avait été enlevé par Seth, et j’ai vu, Rê, qu’on renversait (les murs) de la Campagne des Félicités; (alors), j’ai délivré le faucon de l’emprise de Seth. Et j’ai ouvert à Rê les chemins en ce jour de tourment et d’étouffement du ciel, (jour) de colère de Seth contre la brise parce qu’elle faisait vivre Celui qui était dans son oeuf, et qu’elle avait arraché aux (dieux de la mort) Celui qui était dans le sein.


     Et voilà que je pagaie dans cette barque, dans les canaux de Hotep.


     (...) Je pagaie dans ses canaux pour gagner ses villes, je fais remonter le fleuve au dieu qui s’y trouve, - puisque je suis, certes, Hotep lui-même dans sa campagne -; il conduit ses deux ennéades bien aimées, il apaise les deux Combattants pour ceux qui leur sont attachés, il retranche la tristesse de leurs aînés et éloigne la tempête de leurs plus jeunes, il attrape au filet les maux et peines d’Isis et attrape au filet les maux et peines des dieux, il aplanit la querelle entre les deux Combattants, (...) il donne les aliments à profusion aux kas des bienheureux.

     J’y suis puissant, (car) je suis quelqu’un qui connaît Hotep; je pagaie dans ses canaux pour gagner ses villes; ma parole (y) a du poids car je suis plus avisé que les (autres) bienheureux, et ils n’ont pas de pouvoir sur moi.


      J’équipe cette tienne campagne, Hotep, ta (campagne) bien-aimée, maîtresse de la brise; je m’y épanouis et j’y suis fort; j’y mange et j’y bois, j’y laboure et j’y moissonne, j’y coïte et j’y fais l’amour, mes incantations magiques y sont puissantes; je n’en ai pas de reproches, ni d’inquiétude et mon coeur y est heureux.

(...)

(
Barguet : 1967, 143-5)

    


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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 00:00


     Dans cet espace qui permet, en quittant éventuellement la salle 4 d'entrer dans la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, nous avons découvert ensemble, ami lecteur, les différents mardis de janvier, les deux vitrines 5 et 6, les premières à gauche sur la photo ci-dessus, et les quelques papyri juridiques et administratifs qu'elles proposaient.



     Je vous invite aujourd'hui à simplement faire volte-face, afin de considérer celles qui se présentent en vis-à-vis, la 7 et la 8, encastrées qu'elles sont dans ce grand mur érigé au milieu de la salle et censé réprésenter la paroi de gauche du couloir qui, à Saqqarah, menait à la chapelle d'Ounsou que nous avions visitée le mardi 2 décembre 2008.




     Dans la première de ces deux vitrines, celle qui porte le numéro 7, à gauche donc, nous sont proposées deux feuilles de papyrus qui, toutes deux, nous présentent la vignette du chapitre 110 de ce qui est encore communément appelé, par pure facilité, le Livre des Morts, alors qu'il serait plus correct, se référant à une traduction littérale de l'intitulé donné par les scribes égyptiens eux-mêmes, de le nommer Livre pour sortir au jour, étant entendu qu'il faut comprendre par là : formules pour sortir pendant le jour.

     Par ce simple titre donc, ce recueil exprime le souhait le plus avéré du défunt, à savoir : sortir à la lumière, suivre le soleil dans son parcours diurne, puis l'acompagner dans son voyage nocturne, chtonien, passant donc, comme dans la réalité géographique, d'une rive à l'autre. Cette marche nocturne du défunt étant semée d'embûches, sa progression étant susceptible d'être entravée, le Livre pour sortir au jour fournit donc un nombre considérable de formules à réciter par le prêtre lors des funérailles, ensuite par le défunt lui-même, qui lui offriront la possibilité d'éviter les difficultés du voyage vers l'au-delà; assurer sa survie restant alors l'essentiel de sa tâche !        


     Parfois rédigé en fragments sur des bandelettes de lin, de manière à envelopper la momie elle-même; un peu plus souvent sur les parois intérieures de certaines tombes ou sur leur matériel funéraire, voire sur le sarcophage lui-même; très rarement sur du cuir, ce "livre" des anciens Egyptiens a été essentiellement retrouvé sur papyri, en des milliers d’exemplaires qui font actuellement la fierté de bon nombre de musées dans le monde.

Le Louvre en posséderait paraît-il plus d’une centaine ... pas tous exposés. 

     Le plus souvent roulés et scellés, portant en préambule le nom et les différents titres du défunt qu’ils accompagnaient dans la tombe un peu à la façon d’un livre de prières richement illuminé, ces documents funéraires constituent le plus ancien "livre" illustré de l’Humanité.


     Selon les époques et les conditions sociales du défunt, ces rouleaux de papyrus étaient soit simplement posés sur le sarcophage, soit enfermés dans une statuette d’Osiris ou dans une boîte servant de base à une statuette de Sokaris, ce faucon momifié qui règne sur la nécropole et qui, au début du premier millénaire avant notre ère (Troisième Période intermédiaire) fut associé à Ptah et à Osiris, sous la dénomination de Ptah-Sokar-Osiris, réunissant de la sorte, et sous son seul nom, les fonctions des trois divinités, à savoir la création, la métamorphose et la renaissance.


     Toutefois, plus simplement, ces rouleaux funéraires furent aussi glissés à même le corps du défunt, entre les bandelettes de sa momie.

     Il faut savoir que, pour la plus grande majorité d'entre eux, ces papyri étaient fabriqués en séries dans des ateliers spécialisés. Et suivant son rang social et ses propres moyens, l'Egyptien pouvait acheter le "Livre des Morts" de son choix qu'il prévoyait de compléter en y faisant ajouter, le moment venu, son nom et ses titres.

     Se détachant soit en hiéroglyphes cursifs noirs disposés en colonnes sur le fond jaune pâle du papyrus, soit en hiératique, soit encore, aux époques grecques et romaines, en démotique,  cet ensemble de formules contient quelques passages inscrits en rouge (titres et rubriques), mais surtout, pour la toute première fois, de très nombreuses vignettes richement colorées. 



     Ce nouveau corpus funéraire provient en droite ligne des Textes des Sarcophages, auxquels j’ai déjà fait allusion dans mon article du 21 juin 2008.


     Ce qui me permet aujourd'hui de schématiquement classer les différents textes funéraires qui se sont succédé à l’Antiquité égyptienne sous trois grandes catégories de formes, d'époques et de classes sociales, mettant ainsi l’accent sur une évidente démocratisation des pratiques mortuaires :


* Les Textes des Pyramides, à l’Ancien Empire, destinés aux seuls pharaons, mais seulement à partir de la Vème dynastie, gravés dans la pyramide du roi Ounas; toutes les autres qui avaient précédé, j'aime à le souligner, étant parfaitement anépigraphes.
 

* Les Textes des Sarcophages, au Moyen Empire, à l’usage des nobles et des hauts dignitaires du royaume.
 

* Les "Livres des Morts" du Nouvel Empire jusqu'à la fin de la civilisation égyptienne antique, époque gréco-romaine comprise, à l’intention aussi des petites gens; ce qu'aujourd'hui il est coutume d'appeler la classe moyenne.


     Dans ce recueil de formules funéraires d’inégales longueurs, Jean-François Champollion déjà, avait déterminé trois parties que l’on peut ainsi résumer :


1. Chapitres 1 à 16 : "Sortir au jour" : prières. Marche vers la nécropole. Hymnes au soleil et à Osiris.

2. Chapitres 17 à 63 : "Sortir au jour" : régénération. Triomphe et épanouissement. Impuissance des ennemis. Pouvoir sur les éléments.

3. Chapitres 64 à 129 : "Sortir au jour" : transfiguration. Pouvoir de se manifester sous diverses formes, d’utiliser la barque solaire, d’appréhender certains mystères. Retour dans la tombe. Jugement devant le Tribunal d’Osiris.


     A ces trois parties distinguées par le génial Figeacois, maintenant que les études en la matière se sont affinées grâce à de nouvelles découvertes, il convient d’en ajouter deux :


4. Chapitres 130 à 162 : Textes de glorification du défunt à prononcer certains jours de fêtes, pour le culte funéraire. Offrandes. Préservation de la momie grâce aux amulettes.

5. Chapitres 163 à 192 : Formules qui ne sont, en définitive, que des développements secondaires.
 
     

     En quoi consiste en réalité le chapitre 110 d'où sont issues les deux vignettes de cette vitrine ? Qui, je le souligne en passant, me paraissent assez frustes, peu recherchées et guère aussi attrayantes que celles qui figurent dans nombre d'autres papyri que nous découvrirons dans ce musée, et notamment, bien plus colorée, celle qui, depuis la création de ce blog, chapeaute chacun de mes articles.


     Ce chapitre 110 constitue en fait le centre même autour duquel s'ordonnent, deux par deux, une dizaine de formules de la troisième grande division notifiée par Champollion et à laquelle je faisais ci-dessus allusion; division importante s'il en est dans la mesure où, non seulement elle comporte le plus grand nombre de chapitres de ce corpus funéraire mais, surtout, après ce qui n'était en définitive que des préparatifs mis en oeuvre pour donner au défunt tous les moyens possibles lui permettant d'accomplir quotidiennement son voyage vers la lumière, vers le soleil levant, elle rend enfin effective la "sortie au jour" qui donne son titre à l'ensemble de l'ouvrage.

     Il décrit en fait cette terre de prédilection, siège de la brise bienfaisante, ce lieu privilégié avec canaux d'irrigation, îles et luxuriante végétation qu'est, aux yeux de tout Egyptien, la "Campagne de Félicités", le "Champ des offrandes", comme elle est aussi souvent appelée; cette terre d'abondance où les céréales atteignent des hauteurs de 5 à 7 coudées (de 2, 50 à 3, 50 mètres !!); cet endroit synonyme de bien-vivre vers lequel il espère se rendre après sa mort et ainsi s'identifier au dieu Hetep lui-même, dont le nom seul signifiait tout à la fois l'offrande alimentaire, la félicité, la paix ...

     Et comme les autres, ce chapitre 110 est agrémenté d'une vignette illustrant parfaitement ce lieu de séjour idyllique que j'évoquais à l'instant. On peut habituellement y discerner trois parties principales : au registre supérieur résident les divinités que le défunt se doit d'honorer dès qu'il aura quitté la barque qui lui aura permis, venant de la rive est, du monde des vivants, d'accoster à la rive ouest, le monde des morts.

     (Est-il encore vraiment besoin de rappeler que dans la réalité topographique de l'Egypte ancienne, les villes de la vallée du Nil étaient essentiellement situées à l'est et que les nécropoles se trouvaient à l'ouest ?)

     Au registre inférieur de nos vignettes serpentent les canaux d'irrigation qui, le fleuve étant rentré dans son lit après la crue, permettent de continuer, la sécheresse revenue, à abreuver les terres arables jusqu'à maturité des céréales tant attendues.

     Enfin, au registre médian, sur un ou deux niveaux, nous voyons le défunt, très souvent richement vêtu, qui laboure, sème et récolte la provende sur la terre qui lui a été confiée. La formule, toutefois, précise bien que ces tâches étaient à charge des serviteurs, les fameux oushebtis - sur la fonction desquels je reviendrai abondamment quand nous en rencontrerons dans ce musée -, rémunérés afin de le libérer de semblables activités.

     La première des deux vignettes de cette vitrine 7 constitue la feuille 13 du papyrus de Basse Epoque N 3079 ayant appartenu au Livre pour sortir au jour d'un certain Djedhor :         
 


     Vous constaterez tout de suite que la partie purement géographique se situe bien, comme je viens de le préciser, au registre inférieur; l'arrivée devant les dieux, au registre supérieur et que les travaux des champs s'effectuent aux deux niveaux centraux qu'il faut évidemment "lire" non pas comme étant superposés, mais dans une continuité temporelle et logique quant à la succession des tâches (souvenez-vous des fragments de la chapelle d'Ounsou que nous avions admirés ensemble au début du mois de décembre dernier) : on laboure la terre à l'aide de l'araire tiré par des boeufs, on récolte les céréales puis on fait écraser les épis par des boeufs qui, en les piétinant sur l'aire de battage, séparent le grain lui-même de sa balle protectrice.


     La seconde vignette, feuille 8 du papyrus également de Basse Epoque, N 3086, d'un prêtre Iâhmès ayant vécu au VIIème siècle A.J.-C. présente évidemment la même iconographie, sauf que les travaux des champs dans l'au-delà sont ici dessinés sur un espace plus restreint puisqu'un seul niveau suffit à l'artiste pour les évoquer.




     Samedi prochain, je me propose de vous donner à découvrir, ami lecteur, dans la catégorie "Littérature égyptienne", de très larges extraits de ce long et important chapitre 110 du Livre pour sortir au jour.

(Barguet : 1967, 97 sqq)

     (A nouveau, un merci tout particulier à la conceptrice du site "Louvreboîte" - adresse dans mes liens, ci-contre -  pour sa précieuse collaboration photographique.) 

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 00:00

  
     Alors que dans la Cour carrée du Louvre, on peut l'admirer en pied :



à Berlin, à l'Altes Museum, uniquement la tête :

 



comme d'ailleurs au British Museum de Londres :


samedi dernier, ami lecteur, prenant prétexte du portrait virtuel que l’égyptologue Sally Ann Ashton voudrait nous voir accepter comme étant celui de Cléopâtre, dernière reine lagide ayant gouverné le pays du Nil avant qu’il devienne Province romaine,


j’avais, dans cette catégorie "L’Egypte en textes" choisi de vous proposer la relation que fit l’écrivain grec Plutarque (vers 50 - vers 125 de notre ère) de la rencontre de la reine avec le général romain Marc Antoine.


     C’est aujourd’hui à ce même Plutarque que je compte faire appel pour vous donner à lire la narration, plus que romanesque, mais combien tragique, des derniers moments de ce couple devenu mythique.


     Toutefois, j’aimerais en préambule, ajouter quelques considérations générales.


     Comme j’ai eu déjà l’occasion de le laisser sous-entendre dans l’article du 24 janvier, nous ne connaîtrons probablement jamais la véritable Cléopâtre : fragmentaires, malaisées à analyser ou, à tout le moins, à interpréter afin de distinguer le vrai du faux, les sources écrites anciennes à notre disposition, bien postérieures le plus souvent à son règne, ressortissent au domaine de la propagande pure et simple au seul profit de Rome, et plus spécifiquement d’Octave, neveu et héritier de Jules César; cet Octave que, par parenthèses, Plutarque appelle aussi César, et qui, sous le nom d’Auguste, devint en 27 A.J.-C., le premier des empereurs romains. 


     De sorte que tous, Suétone, Appien, Plutarque lui-même, pourtant le plus vraisemblable, brossent d’elle un portrait bien peu empreint de véracité : celui d’une incontestable ennemie de Rome.


     D’autres forcent encore le trait en lui faisant porter le fardeau de toutes les turpitudes, fussent-elles de moeurs ou de mentalité. Ainsi Properce et Pline la désignent-ils comme une putain royale (regina meretrix); Dion Cassius, dans son Histoire romaine insiste-t-il sur ses moeurs dissolues; et Lucain de la traiter de Déshonneur de Rome, dedecus Aegypti (
opprobre de l'Egypte) et de Obscena de matre (mère débauchée) ...


     Et l’Egypte elle-même devint, sous leur plume, un décor de théâtre, de légendes, un pays de mille et une nuits, de mille et une orgies.

    
     Bien peu crédibles, donc, ces "historiens" antiques !
 

     Certes, l’embryon de vérité qu’à notre époque les égyptologues s’efforcent de mettre au jour à partir de nouveaux documents que l’on exhume m’oblige à reconnaître qu’elle fut une femme extrêmement ambitieuse que vraisemblablement rien n’arrêta dans sa volonté d’arriver à ses fins, c’est-à-dire de conserver, voire même d’accroître son pouvoir : après avoir successivement, très jeune, épousé deux de ses demi-frères, après avoir succédé à son père sur le trône d’Egypte à la suite de sanglantes querelles fratricides éliminant les prétendants mâles, elle décide de séduire Rome, Jules César en tête, alors général quinquagénaire afin de continuer à assouvir politiquement sa propre soif de puissance.


     Après avoir été contrainte de quitter la capitale romaine où elle résidait au moment de l’assassinat de son protecteur et amant, en 44 A.J.-C., fuyant ainsi les guerres civiles qui déchirèrent la ville après ce meurtre, elle rentra en Egypte avec le petit Césarion, fruit de ses amours tapageuses, bien décidée à poursuivre sur la voie qu’elle s’était tracée.


     Elle eut donc besoin de l’appui d’un nouveau général romain : et ce fut Marc Antoine que, comme l’écrivit Plutarque, elle subjugua totalement.
De ses nouvelles amours naquirent des jumeaux, Alexandre-Hélios et Cléopâtre (VIII)-Séléné; puis un petit dernier, Ptolémée-Philadelphe. Tout allait donc pour le mieux, ou presque, dans le meilleur des mondes possibles ... jusqu’à ce qu’Octave, rival d’Antoine, mette définitivement un terme à cette romantique et politique ascension : à la bataille d’Actium, le 2 septembre 31 A.J.-C., sa flotte mit à mal celle d’Antoine et de Cléopâtre.


     L’avenir dès lors ne s’annonça plus sous d’aussi heureux auspices : Octave, bientôt Auguste, devenait le seul maître de Rome. Il pouvait ainsi "inventer" la notion d’empire à la tête duquel il serait le tout premier.


     C’est précisément cette déconfiture des deux amants que relate Plutarque dans ce nouvel extrait des Vies parallèles qu’aujourd’hui, ami lecteur, je vous propose de découvrir ensemble.



     Au point du jour, Antoine disposa lui-même son armée de terre sur les collines avant de la cité et il regarda ses navires qui avaient levé l’encre et se portaient contre ceux des ennemis; il attendit sans bouger de les voir passer à l’action. Dès qu’ils furent près des vaisseaux de César [comprenez : Octave], ils les saluèrent de leurs rames et, les autres leur ayant rendu leur salut, ils se rallièrent à eux; tous les bâtiments se réunirent et ne formèrent plus qu’une flotte qui cingla vers la cité, la proue tournée contre elle.

     Aussitôt après avoir assisté à cette scène, Antoine fut abandonné par ses cavaliers qui passèrent à l’ennemi et il fut vaincu par son infanterie. Il se replia dans la cité criant que Cléopâtre l’avait livré à ceux à qui il avait fait la guerre à cause d’elle.

     Craignant sa colère et son désespoir, Cléopâtre se réfugia dans le tombeau, dont elle fit baisser les herses, (...)
puis elle envoya annoncer à Antoine qu’elle était morte. Il crut ce message et se dit : "Qu’attends-tu encore, Antoine ? La Fortune t’a enlevé la seule raison qui te restait pour aimer la vie." Il entra dans sa chambre et, détachant et ouvrant sa cuirasse, il s’écria : "Cléopâtre, ce qui m’attriste, ce n’est pas d’être privé de toi, car je vais te rejoindre à l’instant, c’est de m’être montré, moi, un si grand général, inférieur en courage à une femme."

  

     Il avait un serviteur fidèle, nommé Eros, qu’il avait supplié depuis longtemps de le tuer s’il le lui demandait. Il lui ordonna de tenir sa promesse. Eros tira son épée et la brandit comme pour frapper son maître mais, quand celui-ci détourna la tête, il se tua.


     Il tomba aux pieds d’Antoine qui s’écria : "C’est bien, Eros; tu n’as pas été capable d’agir toi-même, mais tu m’enseignes ce que je dois faire."


     Il se frappa au ventre et se laissa tomber sur le lit. Sa blessure ne causa pas aussitôt sa mort; dès qu’il fut couché, le sang s’arrêta de couler. Quand il eut repris conscience, il supplia les assistants de lui trancher la gorge, mais ils s’enfuirent de la chambre, le laissant crier et se débattre jusqu’à l’arrivée du secrétaire Diomède, que Cléopâtre avait chargé de transporter Antoine auprès d’elle dans le tombeau.


     Apprenant que la reine était vivante, Antoine pria instamment ses serviteurs de le soulever et de le porter dans leurs bras jusqu’à l’entrée du tombeau. Cléopâtre n’ouvrit pas les portes; elle se montra à une fenêtre d’où elle jeta des cordes et des chaînes. On y attacha Antoine et elle le hissa, avec l’aide de deux femmes, les seules personnes qu’elle avait admises avec elle dans le tombeau. On ne vit jamais, d’après les témoins, spectacle plus pitoyable que celui-là. Antoine fut hissé, inondé de sang et agonisant : il tendait les bras vers Cléopâtre tandis qu’il était suspendu en l’air. Ce n’était pas une tâche facile pour des femmes; Cléopâtre s’agrippait des deux mains à la corde, le visage crispé, pour le faire remonter à grand-peine, tandis que ceux qui étaient en bas l’encourageaient et partageaient son angoisse. Elle parvint ainsi à l’introduire dans le tombeau.


     Alors elle le coucha, déchira ses vêtements sur lui, puis, se frappant la poitrine et la meurtrissant de ses mains, elle essuya avec son visage le sang du blessé qu’elle appelait son maître, son époux, son imperator; dans sa pitié pour les malheurs d’Antoine, elle en oubliait presque les siens.


     Antoine fit taire ses lamentations et demanda à boire du vin, soit qu’il eût soif, soit qu’il espérait ainsi en finir plus rapidement. Après avoir bu, il conjura Cléopâtre de veiller à son salut si cela lui était possible sans déshonneur. (...) Quant à lui, elle ne devait pas le pleurer, dans cette ultime vicissitude, mais l’estimer heureux pour les biens qu’il avait obtenus, puisqu’il avait été le plus illustre et le plus puissant des hommes et que la défaite qu’il subissait à présent, lui Romain, d’un autre Romain, ne manquait pas de noblesse. (...)


     Beaucoup de rois et de généraux voulaient ensevelir Antoine, mais César ne priva pas Cléopâtre de son corps; elle l’enterra de ses propres mains, à grands frais, de manière royale, et on lui donna pour cela tout ce qu’elle voulut. (...)


     Après avoir exhalé ses lamentations, elle couronna le tombeau et l’embrassa, puis se fit préparer un bain. Elle se baigna, s’allongea et prit un déjeuner magnifique. Alors un homme arriva de la campagne avec un panier. Les gardes lui demandèrent ce qu’il contenait : il l’ouvrit, écarta les feuilles et leur fit voir que la corbeille était pleine de figues.
(...)


     L’aspic, dit-on, avait été apporté avec les figues et caché sous les feuilles; tel était l’ordre de Cléopâtre qui voulait que l’animal l’attaquât sans même qu’elle le sût. Mais en enlevant les figues, elle le vit et s’écria : "Il était donc là", puis elle dénuda son bras et l’exposa à la morsure. Selon d’autres, elle gardait l’aspic dans un vase; elle l’agaça et l’excita avec un fuseau d’or, si bien qu’il sauta sur elle et se planta dans son bras. La vérité, personne ne la connaît. (...) 


     César, bien que vivement contrarié par la mort de cette femme, admira sa noblesse et fit enterrer son corps avec Antoine; les obsèques furent brillantes et royales.


(...)


(Plutarque : 2001, 1733 sqq.



      Le mythe, ensuite, s’empara de ce couple et alimenta la littérature, la peinture, la sculpture et le cinéma. Et depuis ce 29 janvier, dernier avatar d’une bien pathétique histoire, il va probablement faire courir le Tout Paris à la comédie musicale que Kamel Ouali présente au Palais des Sports ...


(Merci à Y.M. qui m'a permis de reprendre de son blog : http://egyptianeye.blogspot.com le cliché qu'il réalisa de la statue de Cléopâtre, de François Fannière, que vous rencontrez dans la Cour carrée du Musée du Louvre.) 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en textes
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27 janvier 2009 2 27 /01 /janvier /2009 00:00

 

     Après avoir, tous les mardis de ce mois de janvier, évoqué avec vous, ami lecteur, quelques papyri administratifs ou juridiques, j'ai pensé qu'il serait peut-être opportun aujourd'hui de faire le point, historiquement parlant, sur la connaissance que nous avons de l'administration de la terre d'Egypte. D'autant plus que l'une ou l'autre question laissée dans les commentaires des plus fidèles d'entre vous m'y invite sans détour.

     Il faut savoir que, dès l'Ancien Empire, dès l'avènement de la monarchie, le territoire égyptien, en principe inaliénable, appartient dans son  intégralité exclusivement au souverain, représentant ici-bas des dieux qui ont créé le pays : il en est le seul dépositaire, le seul aussi à même d'en véritablement disposer : il peut, selon l'ampleur de sa générosité, à un moment ou à un autre, en accorder une portion à l'un de ses fidèles serviteurs (entendez : fonctionnaires), comme il pouvait - j'ai déjà eu l'occasion de le mentionner - autoriser la construction d'un mastaba à ce même zélateur dans un certain périmètre proche de sa propre pyramide.

     Permettez-moi d'insister sur l'expression "ampleur de la générosité" que j'ai sciemment employée alors que beaucoup croient, associant involontairement à la théocratie égyptienne, le régime absolutiste que la France connut avant la Révolution de 1789, quasiment de François Ier à Louis XIV, qu'il s'agit de "bon plaisir" du souverain : en effet, dans la mesure où Pharaon est l'indéfectible garant de la Maât, c'est-à-dire de l'ordre du monde, on ne peut le créditer d'exercer un quelconque pouvoir tyrannique.
 
     Un domaine ainsi cédé par pur privilège régalien, se composait évidemment des champs, mais aussi du bétail ET des paysans qui leur étaient affectés; l'ensemble formant une entité bien définie.

     Une première constatation s'impose : de ce temps à l'aube des dynasties pharaoniques n'a été mis au jour aucun document mentionnant la moindre transaction de vente ou de location de champs de particulier à particulier.


     Dans les époques de crise - celles que les égyptologues appellent : "Périodes intermédiaires", - et la chronologie classique en retient trois pour toute l'histoire de la civilisation pharaonique -, ce furent les princes locaux qui, usurpant sans le moindre scrupule les prérogatives royales, s'arrogèrent le droit de distribuer des terres à leurs propres courtisans.


     Avec le Moyen Empire apparaissent les premiers rapports juridiques entre personnes privées concernant le régime de location de biens fonciers : le preneur d'un fonds acquiert un droit réel sur la terre qui lui est cédée, moyennant un apport initial soit de cuivre, d'étoffes, d'orge, par exemple; moyennant aussi le versement en nature au bailleur d'une rente annuelle proportionnelle à la récolte de céréales. Cette terre peut ensuite être louée ou affermée à un ou à plusieurs cultivateurs, ce qu'alors concrétisera un nouveau contrat juridique.

     Mais, et c'est la deuxième constatation : il n'existe toujours pas de réels contrats de vente de terres entre particuliers.


     Ce ne fut qu'au Nouvel Empire, à la XVIIIème dynastie que se manifestèrent les premiers symptômes d'une conception plus individualisée avec la petite propriété foncière, cadeau toujours prélevé sur le domaine royal offert à des Egyptiens eu égard à leur fonction.

     Parfois même, certains souverains attribuèrent semblable domaine à leur propre statue : celui-ci était alors confié à un officiant-gérant qui, en réalité, représentait le roi, et qui jouissait d'un bail perpétuel, à charge pour lui de fournir chaque année un boeuf pour l'offrande rituelle à la statue.

     A l'époque de Séthi Ier, au début de la XIXème dynastie donc, tout le territoire égyptien fut économiquement réorganisé et ce, essentiellement, au profit des temples. Et avec la réforme agraire instaurée par Ramsès II et ses successeurs, cette réorganisation se fit également au profit d'autres institutions publiques, mais toujours malgré tout sous l'étroit contrôle de l'administration pharaonique.

     Ces mêmes Ramsès (il faut se souvenir qu'il y en eut onze au total qui se sont succédé sur le trône d'Egypte en quelque deux cents années !), prirent quant à eux l'habitude de distribuer des terres à leurs officiers, voire même à certains de leurs soldats.

     De sorte qu'à partir de ce moment, ce sont à la fois les personnels sacerdotal, administratif et militaire - la base même du bon fonctionnement de la monarchie - qui bénéficièrent ainsi des largesses pharaoniques. Cela, bien évidemment, fait immédiatement penser aux donations de terres qu'au Moyen Âge les Mérovingiens octroyèrent eux aussi à leur personnel. La différence me semble toutefois grande entre les deux attitudes dans la mesure où cette redistribution du sol arable ne déboucha nullement en Egypte sur la dépendance mutuelle entre suzerains et vassaux qui caractérisa, à la suite de ces rois mérovingiens, ce que les médiévistes appellent la féodalité.
 

     Mais là, c'est l'ancien Professeur d'Histoire qui s'égare sur des voies qu'il serait trop long de développer ici et qui m'entraîneraient bien loin des rives du Nil sur lesquelles, ami lecteur, je vous propose de revenir.


     A partir de la XXVIème dynastie, soit au milieu du VIIème siècle A.-J., se développèrent des contrats juridiques portant sur des champs appartenant au domaine d'Amon. Ce droit éminent des temples fit reculer la propriété individuelle qui se limita pratiquement alors aux seuls petits "jardins" qu'entretenaient certains particuliers. 

     Quant aux tenanciers qui mettaient en valeur les terres du temple d'Amon, ils devaient verser une rente annuelle au prorata des récoltes obtenues.


     Toutefois, même si ces terres appartenaient aux temples, l'administration royale, j'aime à le rappeler, conserva malgré tout sur elles un certain regard : Pharaon étant la source de tout droit de propriété, les temples n'étaient détenteurs qu'au second degré, un peu comme par délégation.

     De sorte que, par l'entremise de cette donation foncière assortie, comme déjà précisé, d'une clause d'offrandes régulières, annuelles ou autres, Pharaon imposa indirectement les travaux des champs pour, non seulement matériellement nourrir la population, mais aussi lui permettre de se faire reconnaître en tant que "père nourricier". En Egypte, l'idéologie religieuse n'est jamais bien loin de la geste royale.   

     Ces considérations juridico-administratives pouvaient toutefois varier selon qu'il s'agissait d'un grand temple ou d'un petit : ainsi, les domaines des sanctuaires de faible et moyenne importances furent généralement administrés par le "Prophète d'Amon", tandis que ceux d'un temple plus considérable se retrouvèrent à la fois sous l'autorité d'un dignitaire de haut rang et "dans la main" d'un régisseur.

     Avec la Basse Epoque apparaît, j'ai déjà aussi eu l'occasion de l'expliquer, l'écriture cursive démotique, qui va véritablement "révolutionner" le droit égyptien dans la mesure où furent alors employées des formules fixes stéréotypées : des clauses de styles, mais aussi des termes juridiques tout à fait spécifiques.

     En effet, dans un document juridique démotique, nous avons vu qu'une personne reconnaît vis-à-vis d'une autre l'existence d'un événement antérieur; l'acte constituant dès lors une sorte de preuve. Il est par ailleurs souvent rédigé selon le point de vue de celui qui le reçoit.

     A cette époque donc, le document juridique sur papyrus ayant valeur incontestable, il était capital d'être extrêmement prudent quant à la manière de le libeller. C'est la raison pour laquelle se développa une catégorie particulière de scribes : des hommes fortement expérimentés, mettant le plus possible à profit leur formation juridique, excellant à user d'une terminologie idoine, choisie avec circonspection, fruit d'une profonde réflexion préalable et d'une parfaite connaissance des nuances de la langue; des hommes  qui, - et je n'ai nulle crainte de verser dans l'anachronisme en l'affirmant -, souffrent admirablement la comparaison avec nos actuels notaires, tellement sont grands les traits qu'ils peuvent avoir en commun.

     Souvent, les plus intelligents d'entre eux furent d'ailleurs désignés par Pharaon pour administrer un temple : ainsi, pour celui d'Amon, à Karnak, retrouvons-nous un prêtre, un seul en vérité, habilité à rédiger semblables contrats.

(Bonhême/Fargeau : 1988, 157 sqq; Menu : 1982, passim; Pestman : 1974, 75-85

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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