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23 juin 2008 1 23 /06 /juin /2008 23:00

     Nécessaire, peut-être, pour les amateurs, mais plus que certainement pour les Etudiants, un article technique tel que celui d'aujourd'hui, j'en suis conscient, ami lecteur, vous paraîtra assez indigeste, voire même franchement rébarbatif. (Il me fut néanmoins demandé par certains d'entre vous.)

     A vrai dire, il ne s'agit même pas d'un article mais plutôt d'une nomenclature, d'une liste, non exhaustive, des différentes revues d'égyptologie dans lesquelles j'ai abondamment puisé pour rédiger la grande majorité de mes billets. Car si, pour le grand public, des égyptologues renommés publient des études concernant leur sujet de prédilection, d'autres beaucoup moins connus - ou parfois les mêmes, d'ailleurs - ont commencé et continuent de soumettre le fruit de leurs recherches dans ces revues spécialisées que l'on cite, suivant la mode du temps, sous la forme d'acronymes, et que l'on ne trouve généralement que dans les bibliothèques universitaires.

     Parce que vous êtes attentif jusqu'à la dernière ligne de mes articles, vous aurez remarqué que, soucieux d'un principe élémentaire de déontologie, je vous renvoie toujours à la
bibliographie que j'ai publiée dès la mise en chantier de ce blog, le 18 mars dernier; biliographie qui, par parenthèses, s'accroît de semaine en semaine. 

     Dans cette liste d'ouvrages consultés, vous retrouvez bon nombre de ces revues pratiquement toutes nées au XXème siècle et mentionnées uniquement donc par leur sigle. C'est précisément la signification de ceux-ci que je vous propose aujourd'hui, classés simplement par ordre alphabétique. 

                           
                        ABRÉVIATIONS   DES  REVUES  D'ÉGYPTOLOGIE


AÄ = Ägyptologische Abhandlungen - Wiesbaden

ADAIK = Abhandlungen des Deutschen Archäologischen Instituts Kairo - Glückstadt/Hambourg/New York

ASAE = Annales du Service des Antiquités de l'Egypte - Le Caire

BdE = Bibliothèque d'Etudes de l'Institut Français d'Archéologie Orientale - Le Caire

BIE = Bulletin de l'Institut d'Egypte - Le Caire

BIFAO = Bulletin de l'Institut Français d'Archéologie Orientale - Le Caire

BSAE = British School of Archaeology in Egypt - Londres

BSFE = Bulletin de la Société Française d'Egyptologie - Paris

CAA = Corpus Antiquitatum Aegypticarum - Mayence

CASAE = Cahiers des Annales du Service des Antiquités de l'Egypte

CdE = Chronique d'Egypte - Bruxelles

CGC = Catalogue général du Musée du Caire - Le Caire  

CRAI  ou CRAIBL = Comptes Rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres - Paris

 

 

CRIPEL = Cahiers de recherche de l'Institut de papyrologie et égyptologie de Lille - Université de Lille

DFIFAO = Documents des Fouilles de l'Institut d'Archéologie Orientale - Le Caire

EA = Egyptian Archaeology. The Bulletin of the Egypt Exploration Society - Londres

EEF = Egypt Exploration Fund - Londres
 
EES = Egypt Exploration Society - Londres


ENiM = Egypte nilotique et méditerranéenne (Revue librement téléchargeable ici)

 

 

ERA = Egyptian Research Account - Londres

ET = Etudes et Travaux. Travaux du Centre d'archéologie méditerranéenne de l'Académie de sciences polonaise - Varsovie

FIFAO = Fouilles de l'Institut Français d'Archéologie Orientale - Le Caire

IFAO = Institut Français d'Archéologie Orientale - Le Caire

HÄB = Hildesheimer Ägyptologische Beiträge - Hildesheim

JARCE = Journal of the American Research Center in Egypt - Boston

JEA = The Journal of Egyptian Archaeology - Londres

 

 

JNES = Journal of Near Eastern Studie - Chicago

 

 

KMT = Kemet, A Modern Journal of Ancient Egypt - San Francisco

MÄS = Münchner Ägyptologische Studien - Munich/Berlin

MDAIK = Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts Kairo - Mayence

Memnonia = Bulletin édité par l'Association pour la sauvegarde du Ramesseum - Le Caire

MIFAO = Mémoires (publiés par les membres de ) l'Institut français d'Archéologie orientale - Le Caire

MMMAF = Monuments des Membres de la Mission Archéologique Française - Le Caire

Mon. Piot = Fondation Eugène Piot - Monuments et mémoires publiés par l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres - Paris

OLA = Orientalia Lovaniensia Analecta - Louvain

OMRO = Oudheikundige Mededeelingen uit het Rijksmuseum van Oudheden te Leiden - Leyde

RdE = Revue d'Egyptologie - Le Caire/Paris

SAK = Studien zur Altägyptischen Kultur - Hambourg

SAOC = Studies in ancient Oriental Civilizations - Chicago

Serapis = The American Journal of Egyptology - Chicago

VO = Vivino Oriente - Rome

ZÄS = Zeitschrift für ägyptische Sprache und Altertumskunde - Berlin

      

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Bibliographie
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21 juin 2008 6 21 /06 /juin /2008 09:25

     Dans le corpus particulier des textes funéraires égyptiens présentant des prières ou des chapitres magiques mis à la disposition des rois pour leur survie dans l’Au-delà, et connus sous le nom de "Textes des Pyramides" - (en fait, la majorité des pyramides célèbres sont anépigraphes et seules celles des dernières dynasties de l’Ancien Empire comportent ces inscriptions funéraires) - , apparaissent, au Moyen Empire, approximativement de la IXème à la XIIIème dynastie, soit entre environ 2100 et 1700 A. J.-C., des textes inscrits à même les cercueils de bois des hauts dignitaires du royaume : c’est ce que les égyptologues retiennent sous l’appellation de "Textes des Sarcophages" ou, en anglais, "Coffin Texts".
 
     Sans entrer dans d’autres détails sur lesquels je reviendrai abondamment quand, dans notre visite du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, nous arriverons, vous et moi, ami lecteur, à la fameuse salle 14, dite des sarcophages précisément où, tintinophiles avertis, nous apprécierons le clin d’oeil à Hergé qu’ont voulu les concepteurs de cette "mise en scène" reproduisant de manière tridimensionnelle une des images du célèbre Les Cigares du pharaon, je rappellerai simplement que pour l’Egyptien, le sarcophage matérialise la maison dans laquelle il vivra sa nouvelle vie après son trépas, entouré des objets mobiliers qui ont été siens ici-bas; et que cette "maison" est symboliquement à l’image du monde dans lequel il a évolué : le ciel (couvercle du cercueil), le sol (fond du cercueil) et les quatre horizons (les quatre planches latérales du cercueil).   

     C’est à l’intérieur que l’on trouve, inscrits presque entièrement à l’encre noire et presque uniquement en colonnes verticales les textes funéraires auxquels je faisais allusion ci-dessus.

     Près de 1 200 différents (les Allemands disent Spruch et les Anglais Spell; en français, on emploie souvent le terme Formule) ont été recensés.

     Je ne m’attarderai pas ici sur la forme proposant un vocabulaire extrêmement riche (par rapport aux anciens Textes des Pyramides), avec de très nombreuses nouveautés lexicographiques, ainsi qu’une grammaire de la langue totalement renouvelée, mais me concentrerai plus spécifiquement sur le fond. 

     Ces formules religieuses - dont certaines parfois donnent bien du fil à retordre aux traducteurs dans la mesure où une traduction simplement littérale nous les rend obscures, incompréhensibles, impénétrables - visent à exprimer le triomphe de la vie sur la mort en assimilant le défunt au dieu Rê lui-même qui présente la particularité, après s’être couché à l’ouest chaque soir, après avoir triomphé de tous les dangers de l’Au-delà chaque nuit, de revivre et d’apparaître à nouveau à l’est chaque matin. 

     La formule que j’ai choisie de vous présenter aujourd’hui, ami lecteur, après ce long mais à mes yeux nécessaire préambule vise à placer le défunt hors d’attaque de ce crocodile auquel j’ai abondamment fait allusion dans mon article de mardi dernier; l’une des plus adéquates façons d’échapper au danger qu’il représente consistant à se transformer, à revêtir l’aspect de la divinité Sobek elle-même :

 

Je suis un maître de vigueur, un fort qui s’est approprié le crocodile.
Je suis celui qui jette la crainte ... devant qui a peur l’Ennéade.
Je suis le maître du Nil ... la vie et la mort.
(...)
Je suis Sobek, le plus rebelle d’entre vous, dieux; vous ne vous êtes pas trouvés capables d’agir contre moi, Esprits-bienheureux et morts;
J’ai pris possession du ciel, j’ai pris possession de la terre.
Je suis un Maître de gloire ...
Je suis Sobek, maître de sédition, qui frappe ...
Je suis Sobek, maître des rives.
Je suis Sobek qui est au milieu de son sang.
Je suis celui qui féconde les pleureuses.
Je suis celui qui enlève par force.
Je suis le grand aquatique ...
Je suis un maître de vigueur ...


(Traduction Pierre Barguet : 1986, 459)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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18 juin 2008 3 18 /06 /juin /2008 23:00

     A nouveau, et en relation directe avec mon article de ce mardi, je vous propose aujourd'hui un extrait d'une poésie amoureuse, cette fois inscrite sur la panse d'un vase retrouvé dans le village des ouvriers de Deir el-Medineh.


L’amour de ma belle est là-bas, en face.
[= sur l’autre rive]
Le fleuve est susceptible d’engloutir mon corps,
Car le Noun (1)
est puissant à la saison de l’inondation;
Un crocodile se tient sur la berge;
Mais descendu dans l’eau, je veux traverser les flots,
En montrant un grand courage dans le canal.
Khenty (2)
ne m’aura paru qu’une souris,
Et l’eau, qu’un sol pour mes pieds.
C’est son amour qui m’affermit.
Aussi me servira-t-il de charme-d’eau
(3)
Quand je verrai celle qu’aime mon coeur
Debout juste en face de moi.


(Traduction Pascal Vernus : 1993, 88-9)

 

(1) Selon la cosmologie égyptienne, le Noun était l’Océan primordial d’où le monde était sorti. Tout flot en émanant, le Nil et ses canaux étaient donc considérés comme un de ses avatars.

(2) Représentation des forces vitales et dangereuses se trouvant au sein des eaux, notamment personnifiée par le crocodile.

(3) Conjuration destinée à se protéger des crocodiles utilisée par les paysans qui accompagnaient leurs troupeaux dans les régions palustres.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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16 juin 2008 1 16 /06 /juin /2008 23:00

     Je terminerai donc cette troisième évocation de la faune nilotique par ce que j’appellerai le plat de résistance, si vous me permettez, ami lecteur, cette bien anodine métaphore.

     En effet, avec les crocodiles et les hippopotames, nous entrons de plain-pied dans le monde des animaux considérés comme essentiellement maléfiques (tout en faisant une nette restriction pour l’hippopotame femelle), avec tout ce que cela peut comporter de connotations magiques et religieuses.

     Dans mon article de mardi dernier, j'ai déjà introduit les raisons pour lesquelles maintes figurines d'animaux furent retrouvées dans les tombes, puis dans les sanctuaires des premiers temps de l'histoire du pays. Je n'y reviens donc pas aujourd'hui, préférant mettre l'accent sur la façon dont sauriens et hippopotames furent considérés par les Egyptiens. 


     Le crocodile, par exemple. Dans la mesure où, tapi dans les profondeurs du Nil ou des canaux, symbolisant par là-même une insécurité de chaque instant, sa puissance en faisant un ovipare redoutable, il eut avec les habitants des rives du fleuve une "relation" véritablement particulière dans la mesure où, tout à la fois, il fut et chassé et l'objet d'un culte en maints endroits du pays sous le nom de Sobek (le Soukhos des Grecs).

     Les Egyptiens estimèrent apparemment qu'en le vénérant de la sorte, il était possible de l'amadouer, voire même de "renverser la situation" à leur avantage : c'est ainsi qu'il fut judicieusement utilisé en tant que protecteur des frontières, tablant sur le fait que d'éventuels envahisseurs étrangers n'oseraient jamais s'aventurer au-delà des eaux qu'il peuplait. 

     Parmi les endroits nombreux qui lui furent ainsi dédiés, j'épinglerai bien sûr la capitale antique du nome du Fayoum, la Crocodilopolis des Grecs, l’actuelle Medinet el-Fayoum. Là, il devint un dieu dynastique quasiment aussi puissant que Montou, à Thèbes ou Amon, à Karnak. 

     C'est dans cette région que furent notamment exhumés des petits cylindres-sceaux en stéatite émaillée dont le texte, disposé en une seule colonne verticale, cite le nom d’un roi qu’accompagne l’épithète : "Aimé de Sobek, seigneur de ...".

     (Si beaucoup de ces cylindres se retrouvent au Musée du Caire, au British Museum, à l’University College ou dans des collections particulières, le Louvre, à ma modeste connaissance, n’en posséderait aucun ... - En revanche, j’ai rencontré la mention de l’un d’entre eux au Musée du Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale de France, rue de Richelieu, à Paris.) 

 

         La permanence du danger que cet animal aquatique représentait l’avait donc transformé en divinité populaire aux fins précisément de se garder de la menace. Et Hérodote de nous conter que dans plusieurs de ces villes égyptiennes antiques vouées à Sobek, un, voire même plusieurs crocodiles étaient entretenus en tant qu'animal sacré :


" ... chaque région choisit un crocodile et le nourrit; la bête a été apprivoisée, on lui met des pendants d’oreilles de pâte de verre et d’or, des bracelets aux pattes de devant, on lui offre une nourriture spéciale et des victimes et, de son vivant, on l’entoure de tous les soins possibles; mort, on l’embaume et on le dépose dans une sépulture sacrée."


         (Hérodote, L’Enquête, Paris, Gallimard, La Pléiade, 1971, pp. 169-70)


     Il exista même des arbres qui, sans être divinisés, lui étaient plus spécifiquement dédiés : ils étaient traditionnellement plantés tout autour du bassin sacré du dieu dans ces nombreuses localités où un culte lui était rendu.


     Actuellement, le lieu voué à Sobek le plus connu des touristes est indubitablement le temple double de Kom Ombo, érigé à l’époque ptolémaïque : double parce que dédié à la fois aux dieux Haroëris (Horus l’ancien) et Sobek.

     A l’intérieur ont été mises au jour des structures destinées à la couvaison et à l’éclosion d’oeufs de crocodiles, ainsi qu’à l’élevage de jeunes sauriens. Le plus extraordinaire résidant encore dans le fait que lors de la fouille d’une fosse circulaire dans le sol sablonneux effectuée en 1999 ont été retrouvés, à 60 cm de profondeur, plus de trente de ces oeufs renfermant des foetus à différents stades d’évolution; certains étant même arrivés à terme !

     A l’Antiquité, ces petits crocodiles étaient sacrifiés dès leur naissance, puis momifiés et vendus aux dévots de la divinité venus visiter le temple et la nécropole jointe.

(Me ferez-vous l’amitié, ami lecteur, de n’en point toucher un mot à Mme Brigitte Bardot ?)

     Dans la seule optique d'épuiser mon sujet, je me devrais maintenant d'évoquer ces stèles magico-religieuses dites d' "Horus-sur-les-crocodiles", que l'on trouve dans maints musées européens et dont le Louvre propose, salle 18, un exemplaire grâce à la statue guérisseuse de Padimahès, prêtre de Bastet, qui précisément en présente une. Vous accepterez cependant, ami lecteur, que je vous abandonne aujourd'hui à votre interrogation à ce sujet et que j'y revienne au moment où nous serons ensemble arrivés dans cette pénultième salle de notre parcours thématique.   

     Enfin, dernier avatar : j'ai lu, dans les nouvelles égyptologiques publiées en avril dernier sur l'excellent site d'OsirisNet, qu'en face du temple de Kom Ombo devrait bientôt s'ouvrir le tout premier musée égyptien consacré au crocodile : y seraient exposés une quarantaine de spécimens de tailles différentes. 
A suivre, donc ...  


     De ce redoutable saurien, émissaire de l’eau primordiale, sept exemplaires de diverses matières sont en cette vitrine proposés à notre regard : un en pierre, E 8 394; un en calcaire, N 4 853; un en grauwacke, sans numéro d’inventaire; un en bronze, E 22 888, par ailleurs un don de la famille Curtis :

    Vous remarquerez, ami lecteur, le soin apporté par l'artiste aux différents détails de la peau de l'animal : les rugosités sont indiquées sur le dos, outre les saillies, par des ovales; sur le flanc par des stries obliques; sur le cou par des lignes croisées; sous le ventre, par des losanges et sur la queue, par de larges rectangles. 




     Suivent une figurine en faïence siliceuse, AF 2 127;
une en calcaire, sans numéro d’inventaire elle aussi et enfin, une en bois de tamaris, E 16 358 :


     Ce dernier exemplaire est intéressant dans la mesure où la frise encadrée qui court sur le socle en calcaire peint nous apprend que ce dieu saurien fut parfois associé au soleil, sous la forme de Sobek-Rê : en effet, les hiéroglyphes qui y ont été gravés précisent : "Sobek-Rê, le dieu parfait à la grande puissance pour l’Ennéade des dieux, seigneur du ciel." .

     La présente figurine provient d'une des maisons du village de Deir el-Médineh : elle mesure 18, 2 cm de long, 6, 7 cm de haut et 6 cm de large.
Elle fut concédée au Musée du Louvre suite au partage de fouilles de 1939.

   
     Les derniers objets à être proposés dans cette vitrine font référence à l’hippopotame.

     En faïence siliceuse, cette terre émaillée bleue, fabrication égyptienne type du Moyen Empire, les trois premières exemplaires portent les numéros d’inventaire : E 4 495, E 22 623 (à nouveau un don de la famille Curtis) et E 5 886 (Collection Rousset bey) :




     A remarquer sur celui-ci, la présence de plantes aquatiques, ainsi qu’un oiseau évoquant les marais du Nil. Ces dessins avaient en fait valeur apotropaïque dans la mesure où ils étaient destinés à maintenir l’hippopotame calme dans son élément et à ainsi l’empêcher soit de faire chavirer les embarcations, soit de venir détruire les récoltes des paysans. Un texte célèbre, La Satire des métiers, sur lequel j'aurai l'occasion de revenir dans la toute nouvelle rubrique "Littérature égyptienne", créée samedi dernier, évoque précisément ce problème :

     "Ne te souvient-il donc pas de la situation du cultivateur quand il affronte l'enregistrement de la taxe sur la récolte, lorsque les vers ont enlevé la moitié (du grain) et que l'hippopotame a mangé l'autre ?
"

     (Van De Walle : 1947, 50-72)


     Le quatrième exemplaire d’hippopotame proposé dans notre vitrine, en pierre, est répertorié N 3 774.
 

    
     Quant à l’amulette, elle porte les numéros E 22 724/E 22 725 : 





    


     Retrouvées donc dans les tombes du Moyen Empire, ces petites figurines représentent parfaitement bien l’animal dans toute sa lourdeur. Me croirez-vous, ami lecteur, si je vous apprends que dans la langue égyptienne antique, le hiéroglyphe de l’hippopotame servait à déterminer le mot "lourd" ?

     En outre, elles évoquent en ronde bosse un thème que les mastabas de l’Ancien Empire avaient jadis traduit par des dessins, celui des harponneurs spécialisés qui préparaient pour le noble défunt le rite immémorial et magique de la mise à mort de l’hippopotame; rite que, par parenthèses, le roi exécutait en personne aux premiers temps de l’Histoire du pays.

     Ennemi de l’homme, donc, l’hippopotame mâle, toujours représenté sur ses quatre pattes fut très vite voué à Seth, le méchant. Et il n’est pas inutile d’ajouter qu’à Edfou, ville du dieu Horus, des harponneurs sacrés étaient officiellement entretenus.

     En revanche, la femelle de l’hippopotame, ostensiblement fière de ses flancs larges et graisseux, toujours dressée sur ses pattes postérieures, parfois appuyée sur le noeud magique, symbolisait la fécondité. Et dès lors indispensable à la conservation de notre espèce, elle était adorée sous les noms de "La Blanche", couleur bénéfique s’il en est; "Le Harem" (Opet); "La Grande" (Taouret, la Thouéris des Grecs) et assistait traditionnellement la mère lors de la venue au monde des dieux, des rois ou des simples mortels.


     A la lecture de ces quelques notes, vous aurez évidemment compris, ami lecteur, le réel danger que constituaient ces deux redoutables animaux aquatiques aux yeux des Egyptiens : c’est ainsi que, par exemple, le célèbre papyrus médical Hearst (acquis tout récemment par l’Etat français pour le Musée du Louvre et pour lequel, voici un an, Louvre-passion rédigea un excellent compte rendu), propose quelques recettes afin d’en soigner les morsures.

     Le crocodile et l’hippopotame concentrant, d’un point de vue mythologique, l’association des forces issues des eaux primordiales, ils étaient tous deux considérés comme des agents de mort.

     Mais si la notion de trépas du fait de l’un d’eux constitue partie intégrante d’ancestrales traditions mythologiques ou historiques, il n’en demeure pas moins qu’elle présente une connotation très différente s’il s’agit du crocodile ou de l’hippopotame. Car si le premier est agent d’anéantissement (la mort est redoutée parce qu’elle entraîne la destruction du corps dévoré par l’animal et, dès lors, empêche la pratique des rites funéraires classiques qui permettent la vie dans l’Au-delà), le second, en revanche, est agent de résurrection dans la mesure où il est considéré comme une créature liminale, occupant la frontière entre Ciel et Terre. En outre, n’oubliez pas, ami lecteur, le symbole de fécondité lié à l’hippopotame femelle sur lequel j’ai ci-avant attiré votre attention. Et j’ajouterai, élément de croyance supplémentaire, que la gueule de l'hippopotame jeune était regardée comme un parangon de pureté.

     Il ressort de cela qu’aux yeux des Egyptiens, mourir à cause d’un hippopotame ne signifiait pas anéantissement inéluctable, mais transition, donc porteuse d’espérance, entre l’ici-bas et l’au-delà. En revanche, mourir à cause d’un crocodile vouait à l’annihilation irréversible, sans détenir la chance la plus infime d’atteindre une quelconque possibilité de survie.

     Et j’ajouterai, pour terminer, que c’était ce type de mort qui constituait l’un des châtiments dont étaient menacés les profanateurs de tombes :

"Quant à celui qui fera quelque chose contre ceci [= le monument auquel appartient l’inscription], que le crocodile soit contre lui, dans l’eau."


(Andreu : 2002, 270; Bresciani/Giammarusi : 2001, 132-40; Kuentz : 1929, 113-72; Posener/Sauneron/Yoyotte; Vernus : 1991, 331-40; Yoyotte : 1957, 81-95)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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16 juin 2008 1 16 /06 /juin /2008 06:52

     Aujourd'hui, je vous propose un court extrait de l'Enseignement de Hordjedef (fils de Chéops), à l’usage de son fils :


Cherche-toi une parcelle de terres arables,
Qui soit inondée, et délimitée par écrit
Pour cultiver
Pour pêcher, pour pratiquer la tenderie,
Par crainte que ne se produise une année d’indigence.
Ce que tu auras mangé est ce que tu produiras par tes bras.

(Traduction  Pascal  Vernus : 2001, 49)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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15 juin 2008 7 15 /06 /juin /2008 12:26

     Après le petit aphorisme qui terminait l'article d'hier visant à expliciter les raisons qui avaient motivé ma décision de donner jour à cette nouvelle catégorie - intitulée Littérature égyptienne -, je vous propose aujourd'hui, ami lecteur, la première stance d'un chant d'amour que l'on trouve, notamment, sur le Papyrus Chester Beatty.

     Puisse cette petite merveille, datant de plus de 3 200 ans, illuminer votre dimanche ...

Unique est l’Aimée, sans pareille
La belle inégalée,
Regarde-la, elle est comme Sothis
Quand elle reparaît au début de l’année heureuse,
Brillant merveilleusement, la peau blanche, le teint clair,
Les yeux charmants, ensorceleurs,
Que ses lèvres sont douces dès qu’elles parlent !

On ne saurait trop en dire d’elle :
Le cou long, le sein resplendissant
Ses cheveux sont de vrai lapis-lazuli,
Ses bras surpassent l’or,
Ses doigts sont des boutons de lotus,
La croupe opulente, la taille fine,
Ses cuisses portent ce qu’elle a de meilleur.

Sa démarche est noble à travers la campagne,
Rien qu’en passant, elle dérobe mon coeur.
Elle fait tendre le cou de tous les hommes, qui se retournent pour l’admirer.
Quel bonheur pour qui la tient dans les bras !
Il est le premier des amants.
Contemple-la, tandis qu’elle sort,
Telle cette déesse, l’Unique.
(*)


(Traduction de Philippe Derchain : 1997, 79-80)


(*) L'Unique est, dans la poésie égyptienne, une des dénominations de Hathor, déesse de l'Amour.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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14 juin 2008 6 14 /06 /juin /2008 13:00

     Certes, il fallut attendre le premier tiers du XIXème siècle, avec la géniale découverte, par Jean-François Champollion, du système hiéroglyphique pour commencer à comprendre la littérature égyptienne.

 

     Certes, les données grammaticales, les recherches sémantiques, les paradigmes de conjugaison continuent depuis lors d’évoluer, nous permettant, grâce à une précision toujours plus grande dans la traduction des textes, d’entrer plus avant dans le mode de penser d’une civilisation pluri-millénaire.

 

    Certes, de brillants étudiants devenus d’illustres savants se sont abondamment penchés sur cette littérature, en ont exploré les moindres facettes, ont confronté avec d’autres, leurs pairs tout aussi pointilleux, le sens à donner à tel déterminatif dans telle succession de hiéroglyphes à telle période de l’histoire sémiologique égyptienne.

 

      Et nonobstant ce précieux bond en avant réalisé en moins de deux cents ans, permettant à la langue, d’ésotérique qu’elle était depuis l’imposition du christianisme au IVème siècle de notre ère, d’être enfin, grâce à tous ces traducteurs patentés, devenue exotérique, force m’est de reconnaître que la majorité du public, même cultivé, et en cela soutenu et conforté par des manuels scolaires et des ouvrages historiques malheureusement non encore réactualisés à la lumière des connaissances récemment acquises, croit toujours que tout a commencé en Grèce; que la civilisation grecque est notre mère à tous; que les ouvrages des philosophes grecs constituent les premiers textes de la littérature sapientiale que notre monde ait connus et que c’est Hérodote qui fournit à l’humanité tout entière les premiers récits historiques jamais rédigés.

 

   Le grand Pierre Hadot, dans son remarquable ouvrage Qu’est-ce que la philosophie ? (Folio Essais n° 280), sur les 450 pages qu’il contient ne consacre aucune ligne aux sagesses égyptiennes. Et quand bien même il titre son troisième chapitre La philosophie avant la philosophie, c’est toujours et encore de la Grèce, fût-elle archaïque, qu’il nous entretient.

 

    Le "Que sais-je ? " de Jean-Paul Dumont intitulé La philosophie antique, - vous admettrez avec moi, ami lecteur, qu’il s’agit quand même là d’une incontournable collection de poche qui a accompagné les études de générations et de générations de "petites têtes blondes" -, ce mince volume donc, publié aux Presses Universitaires de France sous le n° 250 donne à lire, en première phrase de l’introduction : "Pour nous, méditerranéens de culture, la philosophie antique se confond avec la philosophie grecque." Tout est dit : la Méditerranée n’a qu’un seul côté !

 

    François Châtelet, l’immense François Châtelet, quand il publie son incontournable Histoire de la philosophie en huit volumes (repris en poche, collection "Pluriel"), s’il s’entoure d’une petite quarantaine de collaborateurs, tous philosophes de renom, ignore complètement le monde scientifique égyptologique.

  

     Et il partira de ce même principe - que tout commence avec la Grèce - quand il s’aventurera à nous expliquer la naissance de l’Histoire : pas un mot, par exemple, sur les pourtant célèbres Annales de Thoutmosis III, la plus vieille et la plus longue inscription historique du monde dont le Louvre, depuis 1826, possède salle 12, des fragments des lignes 29 à 35.

    

     Deleuze, le philosophe Gilles Deleuze, dans le Qu’est-ce que la philosophie ? qu’il publie avec Félix Guattari aux éditions de Minuit en 1975 concède, dans son introduction, que les autres civilisations avaient des sages, pour tout aussitôt ajouter que les Grecs les ont remplacés par des philosophes. Et quand, dans le chapitre intitulé Géophilosophie, il me paraissait évident qu’il allait faire le tour complet de la Méditerranée, il ne discourt en fait que sur les seules contrées grecques.

    

     Assurément, après Heidegger qui a péremptoirement décrété que la philosophie parle grec, plus aucun philosophe n’ose s’aventurer sur le terrain de l’égyptologie.

  
     Toutefois, à ces miennes récriminations, vous aurez beau jeu de rétorquer, ami lecteur, que dans le premier des trois volumes de l’histoire de la philosophie que publia Brice Parain voici 40 ans chez Gallimard dans la prestigieuse collection "La Pléiade", et reprise il y a une dizaine d’années en 6 volumes dans la collection de poche "Folio", 23 pages (sur quelque 4000 !) proposent un texte de Jean Yoyotte, égyptologue français de renommée internationale, qui remet un tant soit peu les montres à l’heure.

    

     Mais il est néanmoins paradoxal de constater qu’à l’énoncé des différentes sections de cet ensemble, en quatrième de couverture, ce qui concerne l’Egypte, la Mésopotamie, les Hébreux, l’Inde et la Chine est regroupé sous le vocable "Orient" et qu’en revanche, ce qui a trait à la philosophie grecque figure sous la dénomination "Antiquité". L’Egypte et la Mésopotamie ne seraient-elles donc pas des civilisations antiques ???

     Il est vrai que mon instituteur d’école primaire, il y a plus de 50 ans, nous assénait sans rire que l’Homme, avec un grand H, était né avec Jésus-Christ ! Avant cela, je suppose qu’il sous-entendait que ce n’étaient que singes et guenons ....

 
     Il est grand temps à présent que j’arrête là mes considérations polémiques et que j’en arrive au propos réel de ce billet : j’ai en effet décidé de proposer sur ce blog, en plus des articles du mardi essentiellement consacrés au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, tout ou partie d’oeuvres littéraires, témoins d’une des deux plus anciennes civilisations du monde et du tout premier mouvement de la prise de conscience, par des êtres humains, du cosmos, de la vie, de l’amour, de la mort. Témoins qui, quelques milliers d’années plus tard, ont toujours pour nous valeur universelle : un simple aphorisme, un extrait d’une sagesse, un hymne à une divinité, un poème, un extrait de conte, un texte funéraire ...  

     Libre à vous, ami lecteur, de méditer et de décider ou non de le commenter.

     Mais, ce que j’espère surtout, c’est que cette nouvelle catégorie vous fasse découvrir des trésors complets ou de simples perles fines de ce qui, maintenant que Champollion a ouvert la voix au déchiffrement de cette écriture des rives du Nil, ne devrait plus rester tu.


    J'inaugure donc officiellement cette nouvelle catégorie par cet aphorisme extrait de ce que les égyptologues appellent l' Enseignement pour Mérikarê :

 

 

Deviens un expert du langage et tu triompheras
Car la langue est le glaive du roi.
Les mots valent plus que tous les combats.

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 23:00

 

     Comme annoncé la semaine dernière, dans ce deuxième article consacré à la faune nilotique, je vais évoquer deux des quatre derniers types de figurines proposées au bas de cette immense vitrine qui occupe le centre de la salle 3 du Département des Antiquités égyptiennes : les grenouilles et les canards. 


     Si parmi les animaux des rives du Nil, des marais et des lacs, le crocodile et l’hippopotame, comme je le démontrerai dans mon article de la semaine prochaine, eurent une terriblement grande influence sur la vie quotidienne des Egyptiens, il n’en va pas de même des grenouilles ou des canards.

     Il faut toutefois savoir que, dès l'époque prédynastique, des figurines d'animaux, à ce moment-là en argile ou en silex, furent déposées dans les tombes. Et que, l'usage ayant pris de l'ampleur, les égyptologues en retrouvèrent, datant de la Ière dynastie, en faïence déjà, offertes en guise d'ex-voto dans les premiers sanctuaires égyptiens : crocodiles et hippopotames, afin d'apaiser leur puissance divine; grenouilles, dans l'optique d'une quête de fertilité.   


     A propos de batraciens, précisément, il faut d'emblée que je vous fasse remarquer, ami lecteur, que si leurs représentations ne permettent pas toujours de distinguer effectivement les différences entre les espèces, je puis néanmoins affirmer que la grenouille, elle, possédait une valeur sémantique bien précise : parce qu’elle était issue des eaux - donc éventuellement des eaux primordiales, dans la mythologie égyptienne -, elle fut dès l’époque archaïque liée à l’apparition de la vie.


     Symbole de forces vivifiantes, dispensatrice de vie, elle fut assimilée à la déesse accoucheuse Heket, parèdre de Khnoum, le dieu potier qui modèle l’enfant divin sur son tour : c’est donc cette déesse-grenouille qui donne souffle de vie en tendant le signe de vie ("ankh") en direction du visage du petit être que Khnoum crée.


     Cette connotation perdurera bien au-delà de l’Egypte pharaonique puisque l’on a exhumé des exemplaires chrétiens de lampes décorées de grenouilles portant le texte, en grec, : "Je suis la résurrection".


     Quelques figurines de grenouilles, essentiellement du Nouvel Empire, sont exposées ici. Celle qui porte le numéro d’inventaire E 17 364 est en bois; la grenouille-sceau AF 8 550 et celle, toutefois sans numéro, à ses côtés sont en faïence siliceuse; elles datent de la XIXème ou de la XXème dynastie.



     

AF 11 513 et AF 11 514 sont également en faïence siliceuse.


     En revanche, E 22 720, don de la famille Curtis, est en cornaline alors que AF 8 557, dernier échantillon du Nouvel Empire, en stéatite glaçurée. 


                  
                                                                          
                                                                               

 

 

 

 


     De Basse Epoque, deux exemplaires terminent ce petit bestiaire de batraciens : E 2 245, en verre et AF 2 549, retrouvé à Tanis, dans le delta oriental, en basalte.


     Parmi les palmipèdes, le canard, aux nombreuses variétés dans les régions palustres du pays, et l'oie sont indéniablement les animaux les plus représentés dans les scènes peintes des hypogées égyptiens ou dans les palais royaux (à Amarna, dans celui d'Akhenaton, notamment).

   Si le canard pilet fut, de loin, le plus abondant, il existait également des canards sauvages, synonymes de désordre, symboles néfastes puisqu'ils avaient la réputation de manger les récoltes.   

     La vitrine qui nous occupe ici nous propose d
eux boîtes en bois de caroubier du Nouvel Empire, en forme de canard : ce sont E 219 et N 1 740.

                                      











     Plus petite, la première ne mesure que 8, 3 cm de longueur et 2, 5 cm de large, tandis que la seconde est longue de 16, 5 cm et large de 6, 5 cm. Pour toutes les deux, ce sont les ailes qui font office de couvercle : il s’ouvre par le milieu sur le corps évidé du volatile, et en pivotant.


     Si la première avait été façonnée uniquement dans du bois clair, la seconde, en revanche, est agrémentée d’un peu d’ébène pour le tour de l’oeil et d’incrustations en ivoire pour l’intérieur.


     Plus élaboré aussi, ce deuxième exemplaire propose un petit décor en dents de scie à la fois sur le bord des ailes, et sur celui de la boîte proprement dite.

 

     Ces deux coffrets en forme de canard constituaient vraisemblablement des objets de toilette.

    
     Pour terminer, permettez-moi de vous rappeler, ami lecteur, que c'est un canard qui a été choisi pour entrer dans la composition ... non pas d’une recette que je serais bien en peine de vous dévoiler, mais d’un des cinq noms de la titulature royale : celui de "Fils de Rê".


(Derchain : 1978, 65-6; Meeks/Favard-Meeks : 1993, 242; Vandier d'Abbadie : 1972, 45)

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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2 juin 2008 1 02 /06 /juin /2008 23:00

 

     En trois articles, je terminerai la description de la longue deuxième vitrine de cette salle consacrée au Nil par l’examen des quelques pièces, toutes disposées en son niveau inférieur, constituant les principaux spécimens de la faune que l’on pouvait rencontrer à l’époque pharaonique dans et aux abords du fleuve.

    

     A la différence des notes manuscrites que j’ai prises ces dix-huit dernières années au musée et qui consignent absolument tous les objets que les vitrines proposent, vous accepterez j’espère, ami lecteur, et ce dans le seul but de ne pas alourdir mes articles, que dans semblable cas d’espèce, je choisisse dans ce spicilège une iconographie des seuls exemplaires qui, à mes yeux certes, méritent que nous nous y arrêtions.

    

     Choix subjectif, je vous l’accorde, mais qui, indirectement, rencontrera ainsi un de mes objectifs sous-jacents : vous donner envie de (re)visiter le Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre avec d’autres yeux. Et d’un autre pas ... que ces cadences "touristico-militaires" que l’on entend parfois arriver de loin  et résonner sur le plancher de certaines salles moins "attractives" et ce, je vous l’assure, sans être contraint de coller une oreille de sioux à même le sol.

    

     En revanche, à défaut de proposer une photographie de chaque pièce, je donnerai, pour d’éventuels passionnés, pour d’éventuels chercheurs qui aboutiraient sur ce blog (on peut toujours rêver !) et qui désireraient une description exhaustive de chaque vitrine, la totalité des références indiquées sur les cartels.

    

     Tout en espérant de tout coeur que cette nomenclature peut-être un peu fastidieuse ne rebutera aucun autre lecteur ...

     

     Le premier de ces trois articles annoncés en préambule sera aujourd’hui consacré aux figurines de poissons. Ceci, je le précise d’emblée, n’a rien d’arbitraire si je rends compte de ce qui est exposé, en commençant par la droite de la vitrine et en allant vers la gauche, donc vers le fond de la salle. En adoptant, par parenthèses, la lecture la plus courante des hiéroglyphes ...

 

     Un groupe de lépidotes, d’abord. Tous en bronze, tous datant de la Basse Epoque. [Répertoriés : N 4 014 D - N 4 014 E - N 4 014 F - N 4 014 G - N 4 014 H - N 4 014 I et AF 283].












 

     Deux autres exemplaires en pierre - [E 30 689], en grauwacke, datant aussi de Basse Epoque et [E 25 451], d’Epoque thinite, viennent terminer cette première série.

        

     Appelé aussi carpe du Nil (ou barbus bynni, en latin), le lépidote (ou lépidotos) proviendrait d’Abydos. Il était associé à la déesse lionne Méhit, "Maîtresse de This".

 

     Viennent ensuite les tilapias : [E 13 416 - E 10 789 - E 2 463 - E 22 786 et E 10 833]

    

     Les Anciens avaient remarqué que la tilapia nilotica (inet en égyptien) présentait la particularité d’incuber ses petits dans la bouche, juste après la ponte, les mettant ainsi bien à l’abri, et de recracher les alevins dès leur éclosion. C’est la raison pour laquelle ce poisson fut choisi en tant que symbole de régénération.

 

     D’après le chapitre 15 du Livre pour sortir au jour (traditionnellement et erronément appelé Livre des Morts), la tilapia escortait la barque de Rê dans le sillage de laquelle nageait également un autre résident du fleuve, le poisson abdjou, dont le rôle consistait à prévenir les occupants de la barque de l’arrivée d’Apopis, - ce gigantesque serpent qui, chaque matin et chaque soir menaçait l’ordre cosmique en s’attaquant à la barque du soleil - afin que ceux-ci le mettent hors d’état de nuire (et plus spécialement Horus et Seth qui se devaient de le darder de leurs traits).

    

     Certains égyptologues veulent voir dans ce poisson inet, dont la haute nageoire est assez caractéristique, l’emblème de la ville de Mendès, patronnée par la déesse Hat-Mehyt ("Celle qui est à la tête des poissons"). En revanche, à cause précisément de cette nageoire, d’autres pencheraient plutôt du côté du schilbe mystus, que je vais évoquer ci-après, comme enseigne de Mendès. Les avis sur ce sujet - comme sur bien d’autres - sont donc partagés. Et bien malin celui ou celle qui, un jour, tranchera définitivement.

    

     D’autant que Pline l’Ancien, dans son Histoire naturelle, VIII, 91 (Paris, Collection Budé, Tome 8, p. 55) n’a en rien clarifié les choses, lui qui donne à ce poisson le nom de dauphin :

"Mais le crocodile était un fléau trop grand pour que la nature se contentât de lui opposer un seul ennemi : il y a aussi les dauphins. Ceux qui nagent dans le Nil ont sur le dos une nageoire tranchante qu’on dirait destinée à l’usage qu’ils en font : (...) ils tuent par ruse les crocodiles qui leur font la chasse dans le fleuve. Sous le ventre, la peau du crocodile est tendre et mince; le dauphin, comme s’il était effrayé, plonge, et passant par-dessous son poursuivant, il lui fend le ventre avec sa nageoire".

    

     N’étant nullement ichtyologiste, je me garderai bien de prendre position, préférant lâchement "noyer le poisson" et passer à la catégorie suivante exposée dans la vitrine. Mais pas avant d’attirer votre attention, ami lecteur, sur cette pièce particulière en terre cuite de la XVIIIème dynastie qui servit de flacon.

  

     Le mormyre, poisson sacré de la ville d’Oxyrhynchos, mais vénéré dans tout le pays, également appelé brochet du Nil, et parfois oxyrhynque, ne se rencontre ici qu’au travers de deux exemplaires : [N 4 014 A et E 14 364]. En bronze, ils datent tous deux de Basse Epoque.

                                                                                          



     Deux exemplaires aussi seulement pour le schilbe mystus [E 43 et E 132], en bois et bronze, datant également de Basse Epoque.





     Sacrés, divinisés, les poissons égyptiens dans leur grande majorité, ceux exposés ici, mais aussi l’anguille, la perche (lates niloticus), le silure, bien que parfaitement comestibles, ne pouvaient être consommés par tout être sacralisé, les prêtres comme le roi (qui, je le précise, constitue quand même le prêtre suprême d'un pays que nous pouvons considérer comme étant une théocratie) : un tabou provenant en réalité de très archaïques pratiques tribales le leur interdisait de manière totale et absolue.

    

     Cette "impureté" qui frappait les poissons déboucha sur de nombreuses interdictions alimentaires. Car même si le peuple profane ne se privait pas d'en déguster, frais, séchés ou salés, quelques espèces n'étaient interdites que dans certains nomes seulement, alors qu'à certains moments bien particuliers de l'année, toutes les espèces étaient prohibées pour tous !
Hérodote, Plutarque et Diodore nous l'ont conté avec force détails.

     En outre, ceux qui étaient autorisés à manger du poisson ne pouvaient pénétrer dans le palais. Ceci résulte de la crainte, avérée, de ce que l'on appelle "l'impureté directe", tout contact avec "l'être souillé" étant susceptible de transmettre la dite souillure.

     Toutefois, il appert que ce tabou n'a pas existé à toutes les époques égyptiennes et que le danger d'impureté concernant le roi par exemple avait manifestement disparu dans l'esprit des scribes thébains du Nouvel Empire.

     Qu'est-ce qui m'autorise à avancer une telle assertion ? Tout simplement le fait qu'à partir de cette époque-là, on commencera à trouver des représentations de poissons dans certains textes funéraires. En effet, il faut savoir, ami lecteur, qu'aux époques antérieures, jamais le déterminatif hiéroglyphique du poisson ne fut employé dans ce genre de littérature : toutes les espèces de poissons y furent supprimées de manière absolue, que ce soit dans ce que l'on appelle les textes des pyramides (inscrites) de la fin de l'Ancien Empire ou les textes des sarcophages du Moyen Empire.

     Il est très aisé de comprendre la raison pour laquelle les scribes égyptiens, dans ce contexte précis d'interdit sacré, ont poussé aussi loin la déférence en évitant de peindre ou graver des représentations de poissons :  ces textes funéraires sont destinés au seul usage royal. Or, je l'ai mentionné ci-avant, le poisson est un animal impur pour le roi. Dès lors, sa présence dans un texte funéraire "souillerait" la royale momie. 

     Il ne s'agit donc pas ici de protéger le défunt en tant que défunt, comme cela eût pu se faire pour le commun des mortels, mais bien plutôt de lui épargner une souillure en tant que roi. Ce qui est totalement différent ...

    Pour le peuple profane, les quelques restrictions que j'ai énumérées ci-dessus mises à part, le poisson pouvait constituer le type même du paiement en nature en fonction des travaux effectués. Pour ne donner qu’un seul exemple, je convoquerai ces milliers d’ostraca, inépuisable mine d’informations, retrouvés dans les ruines du village des ouvriers de Deir el-Medineh, et dont certains font état de procès-verbaux de distributions de poissons.

    

     Ainsi, en l’an 29 du règne de Ramsès III - année célèbre pour les désordres et les grèves qui paralysèrent le travail dans la Vallée des Rois -, le fonctionnaire royal Khâemouaset, un des "portiers" du village, rendant compte de sa gestion en la matière, indique qu’il a fourni 10 marchands de poissons à chacune des deux équipes de travailleurs de la nécropole. Ce qui signifie qu’il y avait dans ce cas-ci 20 pêcheurs officiellement autorisés à venir des rives du Nil à la porte du village, ultime limite où ils pouvaient avoir accès pour livrer leur marchandise sans entrer sur le chantier ultra-secret d’élaboration des tombes royales.

    

     Là, les marchands - profession le plus souvent exercée de père en fils -, amenaient le produit de leur pêche 5 à 6 fois par mois soit, toujours d’après cette très intéressante source lithique que représente un ostracon pour tout égyptologue, une moyenne mensuelle de 150 kilogrammes ... par pêcheur ! Les quantités se mesuraient en deben de cuivre, un deben valant approximativement 91 de nos grammes actuels.

    

     Dès qu’il recevait la cargaison de poissons frais, le "portier" la livrait immédiatement au scribe attaché à chacune des deux équipes afin qu’il la répartisse entre les membres de son groupe. Toutefois, diserts sur les quantités distribuées, les ostraca seraient plutôt laconiques quand il s’agit d’expliquer la méthode de répartition. Mais il est quasiment avéré que les avantages en nature avaient tendance à croître en fonction du poste occupé dans ce village des "Ouvriers de la Tombe".
De sorte que les simples manoeuvres étaient moins bien nourris que leurs supérieurs.

    

     Rien de nouveau sous le soleil, fût-il de Rê !

    

     Enfin, j’ajouterai pour terminer que quelques poissons, et même s’ils étaient par ailleurs abondamment consommés, pouvaient entrer dans la composition de recettes médicinales (par exemple pour soigner certaines maladies infantiles, maladies des yeux, maux de tête, empoisonnements), voire même dans celle de recettes magiques afin d’éloigner les revenants ou les êtres jugés néfastes.



(Billen : 1992, 43-7; Christophe : 1967, 177-99; Lacau : 1913, 1-64;  Meeks : 1973, 209-16) 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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26 mai 2008 1 26 /05 /mai /2008 23:00

 

    L’article qu’écrivit Louvre-passion le vendredi 9 mai dernier dans lequel il relatait une exposition consacrée à Marie d’Orléans, belle-soeur de notre premier souverain belge, appela chez moi quelques souvenirs historiques à propos de notre dynastie, et plus spécifiquement de la feue reine Elisabeth.

 

                                 


Le fait qu’en ce mois de mai, de manière traditionnelle, son nom soit associé au concours musical qu’elle mit sur pied avec le violoniste belge Eugène Isaye n’est certes pas non plus étranger à ma réflexion.

 

 

 

 

     Si précédemment, j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer le mécénat artistique de notre actuelle reine Paola (en faveur de Jan Fabre, notamment), celui, très éclectique, de l’épouse du roi Albert Ier, demeure pour la Belgique un phare de notre vie culturelle extrêmement important. Notamment grâce à ce prestigieux concours musical international (le C.M.I.R.E.B., selon la mode tant répandue des acronymes) - une année consacré au piano (où se révélèrent, entre autres artistes de renommée internationale, les Français Pierre-Alain Volondat et Frank Braley), une année au violon (ce sera 2009), une au chant ( en ce mois de mai) et une dernière à la composition d’une oeuvre pour orchestre, - que la souveraine honora de son patronage et de sa présence pratiquement jusqu’à son décès en 1965, à 89 ans.

 

     Mais indépendamment de cette option musicale, la reine Elisabeth, on le sait peut-être un peu moins, se prit aussi d’intérêt pour l’égyptologie. Il est vrai qu’au début de son règne, Howard Carter, grâce au mécénat de Lord Carnarvon, venait, après quelques années de fouilles quasiment infructueuses dans la Nécropole thébaine, de découvrir le tombeau de Toutankhamon.

 

     Evénement considérable s’il en fut que la mise au jour de cette tombe que l’on crut un instant inviolée, et des trésors inestimables qu’elle contenait encore.

 

     C’est dans cette optique qu'elle souhaita pouvoir assister, en compagnie de son jeune fils Léopold (le futur et très contesté roi Léopold III) à l’ouverture de la chambre funéraire. Et dans la foulée, insista pour être accompagnée d’un éminent égyptologue qui la guiderait.

 

     Dans un précédent article que j’avais consacré à la deuxième vitrine de la salle 3 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, j'ai déjà eu l'opportunité de faire allusion à cet homme, incontournable dans le paysage scientifique belge de l'époque : il s'agit de Jean CAPART.

 

     Et c'est tout naturellement à lui que revint ce privilège royal. Nous étions en février 1923. Conservateur au Musée du Cinquantenaire, il avait alors 46 ans.

  


     Il était né en 1877. Il faut savoir qu’à la fin du XIXème siècle, les études d’orientalisme n’étant pas encore organisées dans les universités belges, le jeune homme qui, tout adolescent déjà, s’adonnait avec la fougue de son âge au déchiffrement des hiéroglyphes, se vit contraint de d’abord passer par des études de droit qu’il concrétisa par l’obtention de son diplôme à l’Université de Bruxelles, en 1898.

 

     Son mémoire sur l’Histoire du droit pénal égyptien ancien lui ouvrit bien des portes et lui permit, entre autres, de rencontrer les plus grandes sommités du monde égyptologique de l’époque, le Français Gaston Maspero en tête. Capart avait alors 21 ans.

 

     En 1900, il entre au musée du Cinquantenaire comme Conservateur-adjoint de la section égyptienne. Deux ans plus tard, il devient chargé de cours de la toute première chaire d’Egyptologie que connut notre pays, à l’Université de Liège. (Avant Bruxelles !)

 

     En 1905, en mission pour acheter des antiquités, il est autorisé par Gaston Maspero à ramener à Bruxelles la chapelle funéraire du mastaba de Neferirtenef (que j'ai précédemment déjà évoquée).

 

                                                                                 


     C’est le Professeur Capart et cet épisode de sa vie qui ont servi de base à Edgard P. Jacobs pour faire le portrait du Docteur Grossgrabenstein, notamment comme ici, dans le premier tome de Le Mystère de la grande pyramide, intitulé Le papyrus de Manéthon (Bruxelles, Editions Blake et Mortimer, 1993, p. 53)




     Au fil des ans, Jean Capart centupla la collection bruxelloise du musée qui, au départ, se résumait à quelques cercueils et momies. Très belle et intéressante collection que je vous convie de découvrir, ami lecteur, si d’aventure d’ici à septembre prochain vous veniez dans notre capitale visiter l’exposition des peintres flamands de la collection privée de la reine Elisabeth, d’Angleterre cette fois ...

 

     Il fit montre aussi de théories, souvent hardies pour l’époque et allant totalement à l’encontre des idées généralement admises par ses pairs. Ainsi, fut-il un des premiers à mettre en lumière le fait qu’une civilisation ne suive pas - comme on le croyait naïvement avant lui - les lois d’un progrès continu : il est tellement banal d’écrire actuellement que l’on reconnaît sans plus aucune discussion possible que la courbe d’évolution d’une société admet et des périodes d’acmé et des périodes de déclin que l’on a peine à croire qu'il dut, quant à lui, batailler pour que cette notion soit au moins débattue, avant d’être définitivement adoptée.

 

     Très vite aussi, et avec énormément d’intelligence, Capart se tourna plus spécifiquement vers l’art de l’Egypte antique. Sa bibliographie sur le sujet dépasse d’ailleurs l’entendement. Dans ce domaine, précisément, c’est à lui que l’on doit d’avoir attiré l’attention sur le fait qu’il ne fallait pas prendre la datation gravée sur le socle de maintes statues pour vérité première : beaucoup d’entre elles étaient des usurpations (souvenez-vous, ami lecteur, de mon article sur le Sphinx de la crypte du Louvre). Ainsi grâce à ses investigations, et surtout son oeil avisé, l’on sait maintenant que bon nombre de statues de Ramsès II, par exemple, constituent en fait des remplois d’oeuvres bien plus anciennes.

 

     En 1920, il publie ses Leçons sur l’art égyptien. Livre qui constitue en fait un compendium de son enseignement tant à l’Universités de Liège que de Bruxelles.

 

     En 1925, devenu Conservateur du Musée du Cinquantenaire, il transforme radicalement ce qui n’était alors qu’un musée de curiosités comme tant d’autres en un véritable établissement scientifique : il fut ainsi le tout premier à accréditer de manière pratique une des idées forces de la muséologie contemporaine, à savoir allier le côté scientifique et le côté éducatif.

 

     Quatre ans plus tard, et grâce à ses efforts, ce musée, suite à un arrêté royal, prit l’appellation que nous lui connaissons maintenant : Musées royaux d’Art de d’Histoire (M.R.A.H.) 

     Dans ces années-là toujours, et avec le soutien moral et financier de la souveraine belge, suite à des entretiens qu’ils avaient eu tous deux lors de leur voyage en Egypte au moment de la découverte de la tombe de Toutankhamon, Jean Capart fonde la F.E.R.E., c’est-à-dire la Fondation Egyptologique Reine Elisabeth et, en parallèle, met sur pied un bulletin périodique qui, pendant des dizaines d’années, paraîtra deux fois l’an et rendra compte des travaux des égyptologues du monde entier. Actuellement, un seul numéro par an poursuit cette oeuvre d'envergure. (Depuis 2005, et afin de se conformer à la législation belge relative aux associations sans but lucratif, la F.E.R.E. a été contrainte de quelque peu modifier sa dénomination pour désormais s'appeler l'Association Egyptologique Reine Elisabeth - A.E.R.E.)

 

     En 1930, autre grand moment, Jean Capart organise, dans le cadre du centième anniversaire de notre Indépendance, parallèlement avec les nombreuses festivités que connaît notre pays, la première semaine internationale d’égyptologie et de papyrologie. Depuis lors, la F.E.R.E. héberge le siège de l’Association Internationale des Egyptologues et Papyrologues.

 

     Servi par une mémoire prodigieuse, Capart n'eut de cesse de rapprocher certaines pièces dispersées dans le monde entier et qu’il avait rencontrées, parfois, à des années d’intervalle. Ainsi, la grande "découverte" de sa vie fut indéniablement, en 1935, le morceau manquant du papyrus Amherst : il s’agissait en fait d’un document ramené par le futur Léopold II de son premier voyage en Egypte, en 1854, relatant les minutes d’un procès mettant en scène, à la XXIème dynastie, sous le règne de Ramsès IX, des pilleurs de la Nécropole thébaine. (Voir annexe ci-dessous)

 

     Des fouilles qu’il mena à Elkab, à quelque quatre-vingts kilomètres au sud de Louxor,des travaux qu’il publia, des cours qu’il dispensa, des "trésors" muséaux sur lesquels il attira l’attention, je pourrais encore et encore vous entretenir, ami lecteur, pour compléter ce portrait d’une des plus grandes et passionnantes figures de l’égyptologie belge. Mais point trop n’en faut : il me semble qu’à la lecture de cet article vous aurez déjà compris combien cet éminent scientifique aura marqué d’une empreinte indélébile les études égyptologiques ... mais aussi les amateurs de bandes dessinées.

P.S. Car, vérification de dernière minute, avant d'être à l'origine, en 1954, du Docteur Grossgrabenstein dans une des aventures de Blake et Mortimer, Jean Capart avait déjà inspiré un autre de nos grands dessinateurs, Hergé, qui l'avait ainsi croqué, en 1948, dans Les 7 boules de cristal, sous les traits d'Hippolyte Bergamotte.   


(Van de Walle B./Gilbert P./Werbrouck M./Hombert M., Hommages à Jean Capart, Chronique d'Egypte 44, Bruxelles, F.E.R.E., Juillet 1947)


Annexe

     En 1993, de passage dans un petit village du sud de la Belgique nommé Redu où, depuis près d'un quart de siècle, des dizaines d'habitations sont devenues des bouquineries, je tombai par le plus grand des hasards sur une fine plaquette d'une quinzaine de pages due à la plume de Jean Capart (et d'ailleurs autographiée et signée de sa main en 1947, donc quelques mois avant son décès) : il y relatait l'histoire de sa découverte d'un fragment du Papyrus Amherst que j'ai résumée ci-dessus.

     Je ne résiste pas, ami lecteur, au plaisir de vous en livrer quelques extraits :

     "Le mardi 5 février de cette année [1935], j'arrivai de bonne heure au Cinquantenaire, sachant que j'allais y trouver quelques antiquités dont S.M. le Roi avait bien voulu autoriser la remise à notre département égyptien. Il s'agissait de divers souvenirs rapportés de la vallée du Nil par le Duc de Brabant, le futur Léopold II, lors de ses voyages en 1854 et 1862-63. Je me rappelais les avoir examinés sommairement dans une vitrine au Palais de Bruxelles, il y a quelques années déjà. Je savais qu'ils consistaient en statuettes de faïence, en idoles de bronze (...) J'étais naturellement fort heureux de pouvoir ainsi ajouter à nos séries archéologiques quelques spécimens dont plusieurs combleraient des lacunes, mais j'étais loin de m'attendre à ce que ce lot d'antiquités pût me réserver une découverte sensationnelle.

     Mon attention se porta tout de suite sur une figurine de bois
(...) c'est une de ces statuettes funéraires, de facture peu soignée, avec une inscription peinte au nom de Khay, chef de travaux et scribe royal dans le temple du roi. Généralement ces figurines creuses, posées debout sur un socle, servaient de réceptacle à un papyrus funéraire. Pour le spécimen qui nous occupe, le socle avait disparu et une étoffe, manifestement ancienne, apparaissait au dehors. Quelle idée ! Y aurait-il quelque chose encore dans la cavité ? Je tire lentement le linge et je puis à peine en croire mes yeux de voir surgir un rouleau de papyrus, d'une bonne vingtaine de centimètres en hauteur, qui paraît être dans un état de conservation remarquable. Deux menus fragments détachés permettent de reconnaître une large écriture hiératique. Ma première impression fut qu'il s'agissait d'un papyrus funéraire et je remis à l'après-midi le soin de poursuivre mon investigation.

     Le moment venu, je commençai par soulever de la pointe d'un canif le pli extérieur du rouleau. Mes lecteurs comprendront-ils le sentiment étrange qui m'envahit au moment où je pus lire, à haute voix pour les assistants qui m'entouraient, la date de l'an XVI du pharaon Ramsès IX (1126 environ A.J.-C.) ?

     Cette date de l'an XVI de Ramsès IX est fameuse dans les annales de l'égyptologie. C'est celle du célèbre papyrus Abbott, au British Museum depuis 1857.
(...) C'est par lui que nous avons connu, pour la première fois, les péripéties de l'enquête ouverte contre les voleurs qui pillaient la nécropole de Thèbes. 

     Avions-nous retrouvé une pièce nouvelle à joindre au dossier dont le papyrus Abbott est le document central ?

     Les préparatifs ne furent pas longs. Le rouleau fut placé sur d'épaisses feuilles de buvard saturées d'eau claire. On l'humecta et bientôt la première couche avait absorbé suffisamment d'humidité pour le dérouler sans risque. Quelle joie de voir apparaître la belle écriture, ferme autant qu'élégante, d'un bon scribe thébain, soucieux de montrer son savoir-faire dans une importante pièce officielle ! Au fur et à mesure que la page s'ouvre sur la table, on pose sur elle des lames de verre.

     Déjà les premiers signes de la seconde page apparaissent. Je lis des mots ou plutôt j'essaie de deviner des phrases, impatient de préciser la teneur du texte. Soudain, je reconnais les cartouches du roi Sekhemreshedtaoui, fils de Ra, Sebekemsaf.
(...)

     Je fis chercher dans la bibliothèque le catalogue des papyrus de Lord Amherst. Il y avait, en effet, en Angleterre, un document qui, depuis la mort de Lord Amherst, a passé dans la bibliothèque Pierpont Morgan à New-York. Ce document, connu sous le nom de Papyrus Amherst, a conservé partiellement le protocole de l'enquête sur le pillage de la pyramide de Sebekemsaf. Le passage le plus extraordinaire contenait les aveux du principal coupable.

     On jugera de notre surprise, de notre stupéfaction, lorque nous constatons, par un simple regard jeté sur une des planches du catalogue
(...) que le bord inférieur de notre nouveau papyrus se juxtaposait exactement au bord supérieur du papyrus Amherst et que, là où celui-ci ne laissait apercevoir que quelques fragments de signes, la pièce que nous étions en train de dérouler donnait leurs compléments. (...)

     On comprendra l'impatience que nous éprouvions tous maintenant à compléter l'histoire dont on n'avait pu lire, jusqu'à présent, que quelques lambeaux. Le déroulement s'acheva sans accroc et nous donna quatre belles pages où, sauf au début, il n'y avait pas la moindre lacune. Avant la fin de la semaine, le papyrus était encadré et photographié et dès le lundi suivant, j'en avais terminé la transcription, aidé par mon ancien élève, M. Baudouin van de Walle. Les passages mutilés du début pouvaient être restitués facilement, car les personnages qui s'y trouvaient énumérés étaient tous connus déjà par le papyrus Abbott.

    
(...) Le Duc de Brabant visita pour la première fois l'Egypte en 1854. Il est vraisemblable que c'est alors que le demi rouleau lui fut offert, tandis que l'autre moitié fut achetée au Dr. Lee par Lord Amherst en 1868. Notre fragment a sans doute été placé dans la statuette de Khay par le marchand indigène en vue de le garantir contre les dangers du transport. (...)

     De temps en temps l'étude des antiquités nous met en contact presque direct avec les hommes qui vivaient il y a des milliers d'années. Je n'ai jamais éprouvé ce sentiment d'une manière aussi vive qu'en lisant le papyrus qui, dorénavant et avec la permission de S.M. le Roi, sera connu dans la science sous le nom de Papyrus Léopold II."

(Capart : 1935)

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en Belgique
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