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1 décembre 2015 2 01 /12 /décembre /2015 00:02

    Je vous propose ce matin, amis visiteurs, la suite de la lettre que je vous avais donnée à lire la semaine dernière dans laquelle Jean-François Champollion, s'adressant à son frère le 1er janvier 1829 depuis Ouady-Halfa, s'exprimait à propos de Philae.

 

 



Ouady-Halfa, 2ème cataracte, 1er janvier 1829

     (...) Enfin, le 26 [décembre 1828], à neuf heures du matin, je débarquai à Ibsamboul [Abou Simbel], où nous avons séjourné aussi le 27. Là, je pouvais jouir des plus beaux monuments de la Nubie, mais non sans quelque difficulté. 

 

 

Abou Simbel - Vue des deux temples ramessides (Wikipedia © Schaengel)

Abou Simbel - Vue des deux temples ramessides (Wikipedia © Schaengel)

 

     Il y a deux temples entièrement creusés dans le roc, et couverts de sculptures. La plus petite de ces excavations est un temple d'Hathor, dédié par la reine Nofrétari, femme de Rhamsès le Grand, décoré extérieurement d'une façade contre laquelle s'élèvent six colosses de trente-cinq pieds chacun environ, taillés aussi dans le roc, représentant le pharaon et sa femme, ayant à leurs pieds, l'un ses fils, l'autre ses filles, avec leurs noms et titres. 

 

 

Abou Simbel - Temple d'Hathor - (Wikipedia © Remih)

Abou Simbel - Temple d'Hathor - (Wikipedia © Remih)

 

     Ces colosses sont d'une excellente sculpture, et j'en veux mortellement à Gau (*) d'avoir donné à leur stature si svelte et d'un galbe si élégant la tournure de lourds magots et d'épaisses cuisinières, dans la vue qu'il a publiée du second temple d'Ibsamboul.

     Ce temple est couvert de beaux reliefs, et j'en ai fait dessiner les plus intéressants.



     Le grand temple d'Ibsamboul vaut à lui seul le voyage de Nubie : c'est une merveille qui serait une fort belle chose même à Thèbes. 

 

 

Abou Simbel - Temple de Ramsès II (Wikipedia © Remih)

Abou Simbel - Temple de Ramsès II (Wikipedia © Remih)

 

     Le travail que cette excavation a coûté effraie l'imagination. La façade est décorée de quatre colosses assis, n'ayant pas moins de soixante et un pieds de hauteur. Tous quatre, d'un superbe travail, représentent Rhamsès le Grand ; leurs faces sont portraits, et ressemblent parfaitement aux figures de ce roi qui sont à Memphis, à Thèbes et partout ailleurs. C'est un ouvrage digne de toute admiration. 

     Telle est l'entrée ; l'intérieur en est tout à fait digne, mais c'est une rude entreprise que de le visiter. A notre arrivée, les sables et les Nubiens qui ont soin de les pousser, avaient fermé l'entrée.  Nous la fîmes déblayer afin d'assurer le mieux possible le petit passage qu'on avait pratiqué, et nous prîmes toutes les précautions possibles contre la coulée de ce sable infernal qui, en Egypte comme en Nubie, menace de tout engloutir. 

     Je me déshabillai presque complètement, ne gardant que ma chemise arabe et un caleçon de toile, et me présentai à plat ventre à la petite ouverture d'une porte qui, déblayée, aurait au moins vingt-cinq pieds de hauteur. Je crus me présenter à la bouche d'un four, et, me glissant entièrement dans le temple, je me trouvai dans une atmosphère chauffée à cinquante-deux degrés : nous parcourûmes cette étonnante excavation, Rosellini, Ricci, moi et un de nos Arabes, tenant chacun une bougie à la main. 

     La première salle est soutenue par huit piliers contre lesquels sont adossés autant de colosses de trente pieds chacun, représentant encore Rhamsès le Grand. Sur les parois de cette vaste salle règne une file de grands bas-reliefs historiques, relatifs aux conquêtes du Pharaon en Afrique ; un bas-relief surtout, représentant son char de triomphe, accompagné de groupes de prisonniers nubiens, nègres, etc., de grandeur naturelle, offre une composition de grande beauté et du plus grand effet.

     Les autres salles, et on en compte seize, abondent en beaux bas-reliefs religieux, offrant des particularités fort curieuses. Le tout est terminé par un sanctuaire, au fond duquel sont assises quatre belles statues, bien plus fortes que nature et d'un très bon travail. Ce groupe, représentant Amon-Ra, Rê, Ptah et Rhamsès le Grand assis au milieu d'eux, n'a été bien dessiné par personne. Le dessin de Gau est ridicule à côté de l'original.

     Après deux heures et demie d'admiration, et ayant vu tous les bas-reliefs, le besoin de respirer un peu d'air pur se fit sentir, et il fallut regagner l'entrée de la fournaise en prenant des précautions pour en sortir. J'endossai deux gilets de flanelle, un bernous de laine, et mon grand manteau, dont on m'enveloppa aussitôt que je fus revenu à la lumière ; et là, assis auprès d'un des colosses extérieurs dont l'immense mollet arrêtait le souffle du vent du nord, je me reposai une demi-heure pour laisser passer la grande transpiration.

 

    Je regagnai ensuite ma barque, où je suai encore pendant une heure ou deux. Cette visite expérimentale m'a prouvé qu'on peut rester deux heures et demie à trois heures dans l'intérieur du temple sans éprouver aucune gêne de respiration, mais seulement de l'affaiblissement dans les jambes et aux jointures ; j'en conclus donc qu'à notre retour nous pourrons dessiner les bas-reliefs historiques, en travaillant par escouades de quatre (pour ne pas dépenser trop d'air), et pendant deux heures le matin et deux heures le soir. Ce sera une rude campagne : mais le résultat en est si intéressant, les bas-reliefs sont si beaux, que je ferai tout pour les avoir, ainsi que les légendes complètes.

 

    Je compare la chaleur d'Ibsamboul à celle d'un bain turc, et cette visite peut amplement nous en tenir lieu.

 

    Nous avons quitté Ibsamboul le 28 au matin.

 

 


 

 

Jean-François CHAMPOLLION

Lettre à son frère

 

dans Lettres et journaux écrits pendant le voyage d'Égypte

Paris, Christian Bourgois éditeur, 1987,

pp. 175-8


 

 

 

 

    
(*) François-Chrétien GAU (1790-1853) était une architecte allemand, naturalisé français qui sillonna l'Egypte et la Nubie en 1819 et leur consacra une série de dessins que l'on peut considérer comme la suite logique de la grande "Description de l'Egypte" rapportée par les savants et artistes qui avaient accompagné là le général Bonaparte, 20 ans plus tôt.

     Vous aurez compris que Champollion n'appréciait pas vraiment ceux de ses dessins qui représentaient les reliefs d'Abou Simbel.  

     Pour la "petite histoire", permettez-moi d'ajouter qu'à Paris, en tant qu'architecte, on doit à F.-C. Gau la basilique Sainte-Clotilde mais aussi, rue de la Roquette, la prison pour hommes, maintenant disparue et appelée "La Grande Roquette", construite en 1836 dans le dessein d'héberger les condamnés à mort ou au bagne.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Rééditions
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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 17:06

 

 

     Lors de la conférence de presse, tenue à Louxor ce 28 novembre en fin de matinée, dans la maison de Howard Carter, le ministre des Antiquités, le Dr Mamdouh El-Damaty a annoncé que les scans radar ont révélé l’existence d’un grand vide, avec un long couloir, derrière ce que nous savons maintenant être un faux mur (une "ruse", un stratagème, destinés à déjouer d'éventuels pilleurs de tombes) dans la chambre funéraire de Toutankhamon. Il est utile de rappeler que la tombe a été pillée plusieurs fois dans l'antiquité.


     Le Ministre a ensuite déclaré : "Nous avons parlé précédemment d’une chance de 60 pour cent qu’il y ait quelque chose derrière les murs. Mais maintenant, à la lecture des premières analyses, nous sommes en mesure d'affirmer une probabilité à 90 pour cent.”

 
 
Photo de Égypte-actualités.
 

     En novembre 1922, après une dizaine d'années de fouilles et de recherches dans la Vallée des Rois, Howard Carter et Lord Carnarvon découvrent enfin la première marche de la tombe de Toutankhamon qu'ils cherchaient désespérément.


     Au sein de cette KV62, d'une superficie à peine supérieure à 100 m², c'est une équipe composée des meilleurs experts qui travaillera au déblaiement et à la sauvegarde des objets. Certains y consacreront près de dix années, et le monde entier, fasciné par ce jeune pharaon sorti de l'oubli, s'émerveillera des inestimables trésors qui l'entouraient pour son au-delà.

     Depuis plus de 90 ans, le nombre de visiteurs ayant pénétré dans la tombe du pharaon afin de s'imprégner d'une petite parcelle de son éternité, n'a cessé d'augmenter, mettant en péril sa survie. L'humidité engendrée par ces visites a fortement détérioré les peintures et généré des moisissures, causant des atteintes conséquentes, qui ont conduit le Service des Antiquités, dans un premier temps à limiter le nombre de visites quotidiennes, puis à en fermer l'accès au public en 2011.

     Ce contexte qui semblait devenir inévitable avait été appréhendé, dès 2002, et les bases de construction d'une réplique de la KV62 avaient été étudiées.
 

     C'est l'entreprise Factum Arte, fondée par le peintre britannique Adam Lowe, basée à Madrid, qui a été choisie pour construire cette réplique, financée pour partie par les ministère du Tourisme et des Antiquités égyptiens, ainsi que par des fonds de l'Union Européenne.

Des techniques innovantes, des plus pointues, la 3D notamment, ont été mises en œuvre, utilisées et pilotées par des as de ces technologies nouvelles. En 2009, pendant de longs mois, l'équipe de Factum Arte a investi la tombe afin d'en mémoriser chaque centimètre avec la plus haute précision. "Le premier travail a consisté à relever minutieusement le relief des parois et du sarcophage avec un scanner spécialement conçu pour l’occasion. Sa résolution atteint cent millions de points par m². Puis la deuxième étape a consisté à photographier les peintures avec une très haute résolution et en respectant fidèlement les couleurs." 
 

     Munis de ces données, les techniciens de Factum Arte sont repartis dans leurs locaux de Madrid où ils ont commencé à fabriquer le fac-similé sous la forme de centaines de panneaux en polyuréthane à haute densité. Puis ceux-ci ont été assemblés sur place pour constituer les quatre parois de la chambre mortuaire. L'inauguration du "double" de la tombe a eu lieu en avril 2014.

     Et c'est là que débute une autre partie de cette belle histoire…

 

     Nicholas Reeves, égyptologue anglais grand spécialiste de Toutankhamon, étudie avec attention les photos réalisées par Factum Arte dans la chambre funéraire. Cette pièce est la seule de la tombe qui soit ornée de peintures "rudimentaires, classiques, d'une simplicité austère", exécutées sur un enduit de plâtre peint en jaune, qui reflètent le nom rituel qui lui était donné dans l'antiquité : "la Salle de l'Or". Il remarque alors des reliefs qui pourraient être des ouvertures rebouchées donnant sur deux pièces inexplorées jusqu’à ce jour. En poussant plus loin sa réflexion, il estime que l’une (mur nord) serait le lieu de sépulture de la reine Néfertiti, alors que l’autre (mur ouest) serait un espace de stockage.

     Nicholas Reeves appuie son hypothèse - contestée, est-il besoin de le rappeler, par d’autres égyptologues - tout d’abord sur son interprétation des fresques du mur nord du tombeau (qui représenteraient le jeune roi Toutankhamon accomplissant un rituel funéraire pour sa mère, la reine Néfertiti), puis sur le fait que Toutankhamon est décédé prématurément, à l’âge de 19 ans, et que, faute de tombeau disponible, les prêtres auraient pris la décision de rouvrir la tombe de Néfertiti, dix années après sa mort, pour inhumer le jeune roi dans un hypogée non prévu pour lui.

     Pour vérifier cette hypothèse, le ministère des Antiquités a donné son feu vert à l’entrée en scène de techniques non invasives et non destructrices. Tout d’abord, la thermographie infrarouge, opération pilotée par Jean-Claude Barré, venu en Égypte dans le cadre de la mission “Scan Pyramids”. Cette technique, basée sur des images captées à un rythme régulier durant 24 heures, peut révéler des écarts de température induisant éventuellement la présence de cavités sous une surface donnée. Ce fut en effet le cas dans la tombe de Toutankhamon où de tels écarts de température ont été détectés à travers l’enduit peint du mur nord, sans en qu’il ait été possible de déterminer la configuration exacte d’un espace creux ni, a fortiori, son contenu.

     Après quelques tests dans une tombe dont on connaît déjà la configuration (la KV5) pour vérifier l’efficacité et la fiabilité du matériel utilisé, la deuxième série de prospections dans la tombe de Toutankhamon a été effectuée à l’aide de la technique du radar, ce dispositif étant placé à 5 cm du mur de manière à ne pas l’endommager.

     Lors de la conférence de presse, tenue à Louxor ce 28 novembre en fin de matinée, dans la maison de Howard Carter, le ministre des Antiquités, le Dr Mamdouh El-Damaty a annoncé que les scans radar ont révélé l’existence d’un grand vide, avec un long couloir, derrière ce que nous savons maintenant être un faux mur (une "ruse", un stratagème, destinés à déjouer d'éventuels pilleurs de tombes) dans la chambre funéraire de Toutankhamon. Il est utile de rappeler que la tombe a été pillée plusieurs fois dans l'antiquité.

     Les analyses menées par Hirokatsu Watanabe, un spécialiste japonais du radar, fournissent également des preuves d'une seconde porte cachée dans le mur ouest attenant.

     Le Ministre a ensuite déclaré : "Nous avons parlé précédemment d’une chance de 60 pour cent qu’il y ait quelque chose derrière les murs. Mais maintenant, à la lecture des premières analyses, nous sommes en mesure d'affirmer une probabilité à 90 pour cent.” 
Il précise que les données recueillies seront rapidement examinées de manière plus approfondie au Japon.

 

     Il a évoqué ensuite une possible prochaine étape qui consisterait à creuser un petit trou dans le mur (sur un espace non peint) de la salle voisine, dénommée "Salle du Trésor" , jouxtant le “vide” derrière le mur dans la chambre funéraire, pour introduire une caméra fureteuse.

     Il est en effet impensable de prendre le risque d'abîmer ces parois peintes, ou de les détériorer. Il est utile de rappeler que Howard Carter, lors de la seconde saison de fouille avait en effet détruit une partie de la scène du mur sud, dont il avait ensuite récupéré les fragments, mais ces pratiques ne sont plus de mise aujourd'hui.
 

     Les questions demeurent, et même se multiplient... Mais une réponse est certaine : Toutankhamon n'a pas fini d'être sur le devant de la scène !
 

MG-MC

 

    Immense merci à vous, Marie Grillot et à toi, Marc, de m'avoir permis d'intégralement reproduire ici le texte sur ce sujet que vous avez publié dans Égypte-actualités.

 

Pour compléter l’information :

http://egyptophile.blogspot.fr/2015/11/toutankhamon-lhistoire-continue.html

http://news.nationalgeographic.com/…/151126-nefertiti-tomb…/

http://news.nationalgeographic.com/…/151128-tut-tomb-scans…/

http://english.ahram.org.eg/…/Radar-test-underway-before-se…

https://youtu.be/ZNil-IgCIoc

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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 00:02

De l'île de Philae, le 8 décembre 1828



     Nous voici, mon bien cher ami, depuis le 5 au soir, dans l'île sainte d'Osiris, à la frontière extrême de l'Égypte et au milieu des noirs Éthiopiens, comme eût dit un brave Romain de la garnison de Syène, faisant une partie de chasse aux environs des cataractes.

(...)

    A Syène, nous avons évacué nos maâsch, et fait transporter tout notre bagage dans l'île de Philae, à dos de chameau. Pour moi, le 5 au soir, j'enfourchai un âne et, soutenu par un hercule arabe, car j'avais une douleur de rhumatisme au pied gauche, je me suis rendu à Philae en traversant toutes les carrières de granit rose, hérissées d'inscriptions hiéroglyphiques des anciens Pharaons. Incapable de marcher, et après avoir traversé le Nil en barque pour aborder dans l'île sainte, quatre hommes, soutenus par six autres, car la pente est presque à pic, me prirent sur leurs épaules et me hissèrent jusques auprès du petit temple à jour, où l'on m'avait préparé une chambre dans de vieilles constructions romaines, assez semblable à une prison, mais fort saine et à couvert des mauvais vents.

 

     Le 6 au matin, soutenu par mes domestiques, Mohamed le Barabra et Soliman l'Arabe, j'allai visiter péniblement le grand temple. Au retour, je me couchai et je ne me suis pas encore relevé, vu que ma goutte de Paris a jugé à propos de se porter à la première cataracte et de me traquer au passage ; elle est fort benoîte du reste, et j'en serai quitte demain ou après.

(...)   

Philae  (Wikipedia - © Ivan Marcialis)

Philae (Wikipedia - © Ivan Marcialis)

Ouady-Halfa, 2ème cataracte, 1er janvier 1829

 

     Ma dernière lettre était de Philae. Je ne pouvais être longtemps malade dans l'île sainte d'Isis et d'Osiris : la goutte me quitta en peu de jours, et je pus commencer l'exploitation des monuments. Tout y est moderne, c'est-à-dire de l'époque grecque ou romaine, à l'exception d'un petit temple d'Hathor et d'un propylon engagé dans le premier pylône du temple d'Isis, lesquels ont été construits et dédiés par le pauvre Nectanébo I ; c'est aussi ce qu'il y a de mieux. La sculpture du grand temple, commencée par Philadelphe, continuée sous Evergète I et Epiphane, terminée par Evergète II et Philometor, est digne en tout de cette époque de décadence : les portions d'édifice construits et décorés sous les Romains sont du dernier mauvais goût, et, quand j'ai quitté cette île, j'étais bien las de cette sculpture barbare. Je m'y arrêterai cependant encore quelques jours en repassant, pour compléter la partie mythologique, et je me dédommagerai en courant les rochers de la première cataracte, couverts d'inscriptions historiques du temps des pharaons.


 

 

Jean-François  CHAMPOLLION

Lettre à son frère

 

 dans Lettres et journaux écrits pendant le voyage d'Égypte

Paris, Christian Bourgois éditeur, 1987

pp. 165-73 

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23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 13:53

 

     Hier soir, dimanche 22 novembre, vers 21 H., la Police fédérale qui menait une importante opération dans plusieurs rues du centre de Bruxelles, invita les médias, ainsi que les réseaux sociaux à ne plus relayer aucune information.

 

     Les internautes, introduisant leurs messages par "#BrusselsLockdown" , prirent alors le parti de brouiller les pistes des terroristes qui se serviraient de ces réseaux sociaux pour échapper aux mailles des filets en proposant des photos ou des vidéos de leurs chats.

 

 

(http://www.journaldemontreal.com/2015/11/22/bombardement-de-chats-sur-twitter-les-belges-brouillent-les-pistes-des-terroristes)

 

 

 

     Aujourd'hui, humour belge oblige, voici comment les policiers les remercient :

 

Pour les chats qui nous ont aidés hier soir : servez-vous ! 

HUMOUR  BELGE ...
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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 19:59
BRUXELLES ... lundi 23 novembre 2015

 

Ce soir, dimanche 22 novembre, les mesures de sécurité s'amplifient dans la région bruxelloise : après ces journées mortes d'hier et d'aujourd'hui, le niveau 4 de gravité sur une échelle de 1 à 4 demeure d'actualité demain, lundi 23 novembre.

 

     Différence entre niveaux 3 et 4 : la menace, à ce haut niveau, réside dans l'imminence prévue des attentats. Ce qui signifie pour Bruxelles que tous les centres commerciaux, tous les centres sportifs, tous les centres de loisirs, toutes les écoles, des primaires à l'université, mais aussi les crèches, seront fermées demain !! Jusqu'à nouvel ordre. Quant au métro, j'oubliais, interdit lui aussi dans la capitale.

 

     Situation extrême et inédite pour notre pays.

  

 
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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 00:01

Thèbes, 24 novembre 1828.

 

     Le 16 au soir, nous arrivâmes enfin à Dendéra. Il faisait un clair de lune magnifique, et nous n'étions qu'à une heure de distance des temples : pouvions-nous résister à la tentation ? Je le demande aux plus froids des mortels ! Souper et partir sur-le-champ furent l'affaire d'un instant : seuls et sans guides, mais armés jusques aux dents, nous prîmes à travers champs, présumant que les temples étaient en ligne droite de notre mâaschNous marchâmes ainsi, chantant les airs des opéras les plus récents, pendant une heure et demie sans rien trouver. On découvrit enfin un homme ; nous l'appelons et il détale à toutes jambess, nous prenant pour des Bédouins, car habillés à l'orientale et couverts d'un grand burnous blanc à capuchon, nous ressemblions, pour l'Égyptien à une tribu de Bédouins, tandis qu'un Européen nous eût pris, sans balancer, pour une guérilla de moines chartreux, armés de fusils, de sabres et de pistolets. On m'amena le fuyard, et, le plaçant entre quatre hommes et un caporal, je lui ordonnai de nous conduire aux temples. Ce pauvre diable, peu rassuré d'abord, nous mit dans la bonne voie et finit par marcher de bonne grâce : maigre, sec, noir, couvert de vieux haillons, c'était une momie ambulante, mais il nous guida fort bien et le traitâmes de même.  

   Les temples nous apparurent enfin. Je n'essaierai pas de décrire l'impression que nous fit le grand propylon et surtout le portique du grand temple. On peut bien le mesurer, mais en donner une idée, c'est impossible. C'est la grâce et la majesté réunies au plus haut degré. Nous y restâmes deux heures en extase, courant les grandes salles avec notre pauvre falot, et cherchant à lire les inscriptions extérieures au clair de la lune. On ne rentra au mâasch qu'à trois heures du matin pour retourner aux temples à sept heures. C'est là que nous passâmes toute la journée du 17. 

     

Denderah - (D'après Wikipedia © Bernard Gagnon)

Denderah - (D'après Wikipedia © Bernard Gagnon)

 

     Ce qui était magnifique à la clarté de la lune l'était encore plus lorsque les rayons du soleil nous firent distinguer tous les détails. Je vis dès lors que j'avais sous les yeux un chef-d'oeuvre d'architecture, couvert de sculptures de détail du plus mauvais style. N'en déplaise à la Commission d'Égypte, les bas-reliefs de Dendéra sont détestables, et cela ne pouvait être autrement : ils sont d'un temps de décadence. La sculpture s'était déjà corrompue, tandis que l'architecture, moins sujette à varier puisqu'elle est un art chiffré, s'était soutenue digne des dieux de l'Égypte et de l'admiration de tous les siècles.

 

     Voici les époques de la décoration : la partie la plus ancienne est la muraille extérieure, à l'extrémité du temple, où sont figurés, de proportions colossales, Cléopâtre et son fils Ptolémée-Caesar. Les bas-reliefs supérieurs sont du temps de l'empereur Auguste, ainsi que les murailles extérieures du naos, à l'exception de quelques petites portions qui sont de l'époque de Néron. Le pronaos est tout entier couvert de légendes impériales de Tibère, de Caïus, de Claude et de Néron, mais dans tout l'intérieur du naos, ainsi que dans les chambres et les édifices construits sur la terrasse du temple, il n'existe pas un seul cartouche sculpté : tous sont vides et rien n'a été effacé. Le plus plaisant de l'affaire, - risum teneatis, amici !  - c'est que le morceau du fameux zodiaque circulaire qui portait le cartouche est toujours en place, et que ce même cartouche est vide, comme tous ceux de l'intérieur du temple, et n'a jamais reçu un seul coup de ciseau. Ce sont les membres de la Commission qui ont ajouté à leur dessin le mot "autocrator", croyant avoir oublié de dessiner une légende qui n'existe pas : cela s'appelle porter les verges pour se faire fouetter.

 

     Du reste que Jomard ne se presse pas de triompher parce que le cartouche du zodiaque est vide et ne porte aucun nom, car toutes les sculptures de cet appartement comme celles de tout l'intérieur du temple sont atroces, du plus mauvais style, et ne peuvent remonter plus haut que les temps de Trajan et d'Antonin.     

 

 

 

 

Jean-François CHAMPOLLION

Lettres et journaux écrits pendant le voyage d'Égypte

 

Paris, Christian Bourgois éditeur, 1987 

pp. 152-4 

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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 15:50
LE JOUR SE LÈVE ENCORE ...

Quand tu n'y crois plus, que tout est perdu 
Quand trompé, déçu, meurtri 
Quand assis par terre, plus rien pouvoir faire 
Tout seul, dans ton désert 
Quand mal, trop mal, on marche à genoux 
Quand sourds les hommes n'entendent plus le cri des hommes 

Tu verras, l'aube revient quand même 
Tu verras, le jour se lève encore 
Même si tu ne crois plus à l'aurore 
Tu verras, le jour se lève encore 
Le jour se lève encore 

La terre saigne ses blessures 
Sous l'avion qui crache la mort 
Quand l'homme chacal tire à bout portant 
Sur l'enfant qui rêve ou qui dort 
Quand mal, trop mal, tu voudrais larguer 
Larguer, tout larguer 
Quand la folie des hommes nous mène à l'horreur 
Nous mène au dégoût 

N'oublie pas, l'aube revient quand même 
Même pâle, le jour se lève encore

 Etonné, on reprend le corps à corps 
Allons-y puisque le jour se lève encore 
Le jour se lève encore 

Suivons les rivières, gardons les torrents 
Restons en colère, soyons vigilants 
Même si tout semble fini 
N'oublions jamais qu'au bout d'une nuit 
Qu'au bout de la nuit, qu'au bout de la nuit 

Doucement, l'aube revient quand même 
Même pâle, le jour se lève encore, 
Étonné, on reprend le corps à corps 
Continue, le soleil se lève encore 
Tu verras, le jour se lève encore 
Tu verras, le jour se lève encore 
Même si tu ne crois plus à l'aurore 
Tu verras, le jour se lève encore 
Le jour se lève encore 
Le jour se lève encore 
Le jour se lève encore 
Encore 
Encore...

 

 

BARBARA

1993

(https://www.youtube.com/watch?v=FxF8cRwAiLs)

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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 09:19
PARIS, VENDREDI 13 NOVEMBRE 2015 ...

 

 

 

     TEL EST LE FANATISME : C'EST UN MONSTRE SANS COEUR, SANS YEUX ET SANS OREILLES.

IL OSE SE DIRE LE FILS DE LA RELIGION ... 

 

 

 

VOLTAIRE

(Château de Ferney, 9 février 1769)

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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 00:00

8 octobre 1828


     Dès le matin, on leva les tentes, et sept ou huit chameaux, venus de Sakkara, furent chargés de nos bagages ; vingt ânes devaient porter le personnel, maîtres et valets. Je me mis en route à sept heures du matin, par le désert, pour aller faire visite aux grandes Pyramides de Gizeh (...)

(© http://images1.fanpop.com/images/image_uploads/Giza-Mystic-Journey-egypt-1239928_1600_1200.jpg)

(© http://images1.fanpop.com/images/image_uploads/Giza-Mystic-Journey-egypt-1239928_1600_1200.jpg)

 

    On gravit le plateau des Pyramides de Sakkara, et nous traversâmes toute la plaine des momies en laissant le Medarrag et le tombeau de Ménofré à notre gauche. Nous redescendîmes le plateau dans le voisinage du village d'Abousir, l'ancien bourg de Busiris, où habitaient les hommes habitués à gravir les pyramides. Non loin de ce village, que nous laissions à droite, existent sur les hauteurs du plateau libyque, de grandes pyramides en ruines, mais dont les masses sont encore très imposantes, Vues d'un certain point, elles ressemblent à trois hautes montagnes rocheuses très rapprochées, et, autour de leurs sommets élevés, voltigent sans cesse des oiseaux de proie de différentes espèces. Celle des trois qui avoisine le plus la plaine cultivée conserve encore une chaussée, en grandes pierres calcaires, et dont on suit la ligne à une assez forte distance. Nous marchâmes peu dans trois heures, en faisant plusieurs contours, à cause de l'inondation qui avançait progresivement vers la montagne libyque.

 

    Le sol, couvert de quelques plantes grasses et d'un gazon clairsemé, fourmillait de petits crapauds qui gagnaient par légions les lieux inondés. Après avoir traversé un village abandonné que je présume être El-Haranyeh, marqué sur la carte de la Commission, nous arrivâmes harassés de fatigue, nous et nos ânes, à l'ombre de quelques sycomores, placés à une petite distance du grand sphinx. 

 

    Rafraîchi par une courte halte, je courus au monument qui, malgré les mutilations qu'il a souffertes, donne encore une idée du beau style de sa sculpture. Le col est entièrement déformé, mais l'observation de Denon sur la mollesse ou plutôt la "morbidezza" de la lèvre inférieure est encore d'une grande justesse. J'eusse désiré faire enlever les sables qui couvrent l'inscription de Thoutmosis IV, gravée sur la poitrine ; mais les Arabes, qui étaient accourus autour de nous des hauteurs que couronnent les Pyramides, me déclarèrent qu'il faudrait quarante hommes et huit jours pour exécuter ce projet. Il devint donc nécessaitre d'y renoncer, et je pris le chemin de la grande Pyramide.

 

    Tout le monde sera surpris, comme moi, de ce que l'effet de ce prodigieux monument diminue à mesure qu'on l'approche. J'étais en quelque sorte humilié moi-même en voyant, sans le moindre étonnement, à cinquante pas de distance, cette construction dont le calcul seul peut faire apprécier l'immensité. Elle semble s'abaisser à mesure qu'on approche, et les pierres qui la forment ne paraissent que des moellons d'un très petit volume. Il faut absolument toucher ce monument avec ses mains pour s'apercevoir enfin de l'énormité des matériaux et de l'énormité de la masse que l'oeil mesure en ce moment.

 

    A dix pas de distance, l'hallucination reprend son pouvoir, et la grande Pyramide ne paraît plus qu'un bâtiment vulgaire. On regrette véritablement de s'en être approché. Le ton frais des pierres donne l'idée d'un édifice en construction, et nullement celle que l'on contemple l'un des plus antiques monuments que la main des hommes ait élevés. 


 

 

 

 

Jean-François  CHAMPOLLION

Lettres et journaux écrits pendant le voyage d'Egypte

 

Paris, Éditions Christian Bourgois, 1987

pp. 118-20

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Rééditions
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27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 00:05

 

 

Dessin au pastel de Giuseppe ANGELELLI représentant Jean-François CHAMPOLLION en costume égyptien et avec barbe

Dessin au pastel de Giuseppe ANGELELLI représentant Jean-François CHAMPOLLION en costume égyptien et avec barbe

 

 

 

     Au risque de vous décevoir, amis visiteurs, ni en 2008 ni cette année, je n'ai prévu d'autres contributions personnelles sur ÉgyptoMusée qui vous rendraient compte des étapes du séjour de Jean-François Champollion en terre égyptienne.

 

     Le pays tant attendu, tant espéré, cette Égypte peuplant les rêves d'un gamin de 10 ans, les études d'un adolescent de 15, les premières publications d'un jeune homme de 20 avant les frénétiques recherches qui devaient déboucher sur la fabuleuse découverte du déchiffrement des écritures égyptiennes, à 32 ans ; cette rencontre avec les monuments antiques in situ qui assurément lui permettraient de vérifier, de corroborer - en avait-il vraiment besoin ? -, le bien-fondé de ses théories, je préfère vous la faire vivre avec des extraits écrits de sa main de ce voyage qu'il réalisa peu de temps avant sa mort prématurée : extraits qui relèvent soit de lettres adressées à ses proches, son frère essentiellement, enflammées le plus souvent, soit du journal de bord qu'il rédigea afin de consigner et le déroulement de son périple et les impressions qui furent siennes sur les sites qu'il visita. 

 

     Ce sera donc, à partir d'aujourd'hui, et au cours des prochaines semaines après les vacances de Toussaint que vous prendrez connaissance de cette ultime et passionnante période de sa courte vie grâce à ses propos qui, je pense, méritent qu'on s'y arrête tellement ils revêtent une importance cardinale à la fois par leur fond mais aussi par leur forme dans la mesure où y passe un souffle proche de ce romantisme historique qui tant me plaît chez Chateaubriand ...  

 

     Ne désirant nullement respecter un ordre chronologique, préférant avancer par coups de coeur personnels, je vous propose d'entamer cette série par sa découverte de Thèbes, dans une lettre qu'il adresse à son frère le 24 novembre 1828.

(Il avait débarqué en Egypte le 18 août précédent).

 




     (...) C'est dans la matinée du 20 novembre que le vent, lassé de nous contrarier depuis deux jours et de nous fermer l'entrée du sanctuaire, me permit d'aborder enfin à Thèbes ! Ce nom était déjà bien grand dans ma pensée : il est devenu colossal depuis que j'ai parcouru les ruines de la vieille capitale, l'aînée de toutes les villes du monde. Pendant quatre jours entiers j'ai couru de merveille en merveille.

     Le premier jour, je visitai le palais de Kourna, les colosses du Memnonium et le prétendu tombeau d'Osymandyas, qui ne porte d'autres légendes que celles de Rhamsès le Grand et de deux de ses descendants. Le nom de ce palais est écrit sur toutes ses murailles; les Egyptiens l'appelaient Rhamesséion, comme ils nommaient Aménophion le Memnonium, et Mandouéion le palais de Kourna. Le prétendu colosse d'Osymandias est un admirable colosse de Rhamsès le Grand.

     Le second jour fut tout entier passé à Médinet-Habou, étonnante réunion d'édifices, où je trouvai les propylées d'Antonin, d'Hadrien et des Ptolémées, un édifice de Nectanèbe, un autre de l'Éthiopien Taraca, un petit palais de Thoutmosis III (Moeris), enfin l'énorme et gigantesque palais de Rhamsès-Mériamoun, couvert de bas-reliefs historiques.

     Le troisième jour, j'allai visiter les vieux Rois thébains dans leurs tombes, ou plutôt dans leurs palais creusés au ciseau dans la montagne de Biban-el-Molouk. Là, du matin au soir, à la lueur des flambeaux, je me lassai à parcourir des enfilades d'appartements couverts de sculptures et de peintures, pour la plupart d'une étonnante fraîcheur. C'est là que j'ai recueilli, en courant, des faits d'un haut intérêt pour l'histoire. J'y ai vu un tombeau de roi martelé d'un bout à l'autre, excepté dans les parties où se trouvaient sculptées les images de la reine sa mère et celle de sa femme, qu'on a religieusement respectées, ainsi que leurs légendes. C'est, sans aucun doute, le tombeau d'un roi condamné par jugement après sa mort. J'en ai vu un second, celui d'un roi thébain des plus anciennes époques, impudemment envahi par un roi de la XIXème dynastie , qui a fait recouvrir de stuc tous les vieux cartouches pour y mettre le sien, et s'emparer ainsi des bas-reliefs et des inscriptions tracées pour un de ses prédécesseurs. Il faut cependant rendre au flibustier la justice d'avoir fait creuser une seconde salle funéraire pour y mettre son sarcophage, afin de ne point déplacer celui de son ancêtre. 

     A l'exception de ce tombeau-là, tous les autres appartiennent à des Rois des XVIIIèmeet XIXème ou XXème Dynasties : mais on n'y voit ni le tombeau de Sésostris ni celui de Meoris. Je ne te parle point ici d'une foule de petits temples et édifices épars au milieu de ces grandes choses. Je mentionnerai seulement un petit temple de la déesse Hathor (Vénus), dédié par Ptolémée-Épiphane, et un temple de Thoth près de Médinet-Habou, dédié par Ptolémée Évergète II et ses deux femmes; dans les bas-reliefs de ce temple, ce Ptolémée fait des offrandes à tous ses ancêtres mâles et femelles, Ptolémée-Épiphane et Cléopâtre, Ptolémée-Philopator et Arsinoé, Ptolémée-Évergète et Bérénice, Ptolémée-Philadelphe et Arsinoé. Tous ces Lagides sont représentés en pied, avec leurs surnoms grecs traduits en égyptien, en dehors de leurs cartouches
 (...) Du reste, ce temple est d'un fort mauvais travail à cause de l'époque.

     Le quatrième jour (hier 23), je quittai la rive gauche du Nil pour visiter la partie orientale de Thèbes. Je vis d'abord Louqsor, palais immense, précédé de deux obélisques de près de quatre-vingts pieds, d'un seul bloc de granit rose, d'un travail exquis, accompagnés de quatre colosses de même matière, et de trente pieds de hauteur, car ils sont enfouis jusques à la poitrine. C'est encore là du Rhamsès le Grand.
  (...)

     J'allai enfin au palais ou plutôt à la ville de monuments, à Karnac. Là m'apparut toute la magnificence pharaonique, tout ce que les hommes ont imaginé et exécuté de plus grand. Tout ce que j'avais vu à Thèbes, tout ce que j'avais admiré avec enthousiasme sur la rive gauche, me parut misérable en comparaison des conceptions gigantesques dont j'étais entouré.  Je me garderai bien de vouloir rien décrire; car de deux choses l'une, ou mes expressions ne rendraient que la millième partie de ce qu'on doit dire en parlant de tels objets, ou bien si j'en traçais une faible esquisse, même fort décolorée, on me prendrait pour un enthousiaste, tranchons le mot - pour un fou.

     Il suffira d'ajouter, pour en finir, que nous ne sommes en Europe que des Lilliputiens et qu'aucun peuple ancien ni moderne n'a conçu l'art de l'architecture sur une échelle aussi sublime, aussi large, aussi grandiose, que le firent les vieux Égyptiens ; ils concevaient en hommes de cent pieds de haut, et nous en avons tout au plus cinq pieds huit pouces. L'imagination qui, en Europe, s'élance bien au-dessus de nos portiques, s'arrête et tombe impuissante au pied des cent quarante colonnes de la salle hypostyle de Karnac.
  

 

(...)

 



Jean-François CHAMPOLLION 

Lettres et journaux écrits pendant le voyage d'Egypte 

 

Paris, Éditions Christian Bourgois, 1987

pp. 158-61

 

 

 

     Excellent congé de Toussaint à toutes et à tous et retrouvons-nous, voulez-vous, le mardi 10 novembre prochain, pour croiser à nouveau Jean-François Champollion sur l'antique terre des pharaons.

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