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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 19:59
BRUXELLES ... lundi 23 novembre 2015

 

Ce soir, dimanche 22 novembre, les mesures de sécurité s'amplifient dans la région bruxelloise : après ces journées mortes d'hier et d'aujourd'hui, le niveau 4 de gravité sur une échelle de 1 à 4 demeure d'actualité demain, lundi 23 novembre.

 

     Différence entre niveaux 3 et 4 : la menace, à ce haut niveau, réside dans l'imminence prévue des attentats. Ce qui signifie pour Bruxelles que tous les centres commerciaux, tous les centres sportifs, tous les centres de loisirs, toutes les écoles, des primaires à l'université, mais aussi les crèches, seront fermées demain !! Jusqu'à nouvel ordre. Quant au métro, j'oubliais, interdit lui aussi dans la capitale.

 

     Situation extrême et inédite pour notre pays.

  

 
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Publié par Richard LEJEUNE
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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 00:01

Thèbes, 24 novembre 1828.

 

     Le 16 au soir, nous arrivâmes enfin à Dendéra. Il faisait un clair de lune magnifique, et nous n'étions qu'à une heure de distance des temples : pouvions-nous résister à la tentation ? Je le demande aux plus froids des mortels ! Souper et partir sur-le-champ furent l'affaire d'un instant : seuls et sans guides, mais armés jusques aux dents, nous prîmes à travers champs, présumant que les temples étaient en ligne droite de notre mâaschNous marchâmes ainsi, chantant les airs des opéras les plus récents, pendant une heure et demie sans rien trouver. On découvrit enfin un homme ; nous l'appelons et il détale à toutes jambess, nous prenant pour des Bédouins, car habillés à l'orientale et couverts d'un grand burnous blanc à capuchon, nous ressemblions, pour l'Égyptien à une tribu de Bédouins, tandis qu'un Européen nous eût pris, sans balancer, pour une guérilla de moines chartreux, armés de fusils, de sabres et de pistolets. On m'amena le fuyard, et, le plaçant entre quatre hommes et un caporal, je lui ordonnai de nous conduire aux temples. Ce pauvre diable, peu rassuré d'abord, nous mit dans la bonne voie et finit par marcher de bonne grâce : maigre, sec, noir, couvert de vieux haillons, c'était une momie ambulante, mais il nous guida fort bien et le traitâmes de même.  

   Les temples nous apparurent enfin. Je n'essaierai pas de décrire l'impression que nous fit le grand propylon et surtout le portique du grand temple. On peut bien le mesurer, mais en donner une idée, c'est impossible. C'est la grâce et la majesté réunies au plus haut degré. Nous y restâmes deux heures en extase, courant les grandes salles avec notre pauvre falot, et cherchant à lire les inscriptions extérieures au clair de la lune. On ne rentra au mâasch qu'à trois heures du matin pour retourner aux temples à sept heures. C'est là que nous passâmes toute la journée du 17. 

     

Denderah - (D'après Wikipedia © Bernard Gagnon)

Denderah - (D'après Wikipedia © Bernard Gagnon)

 

     Ce qui était magnifique à la clarté de la lune l'était encore plus lorsque les rayons du soleil nous firent distinguer tous les détails. Je vis dès lors que j'avais sous les yeux un chef-d'oeuvre d'architecture, couvert de sculptures de détail du plus mauvais style. N'en déplaise à la Commission d'Égypte, les bas-reliefs de Dendéra sont détestables, et cela ne pouvait être autrement : ils sont d'un temps de décadence. La sculpture s'était déjà corrompue, tandis que l'architecture, moins sujette à varier puisqu'elle est un art chiffré, s'était soutenue digne des dieux de l'Égypte et de l'admiration de tous les siècles.

 

     Voici les époques de la décoration : la partie la plus ancienne est la muraille extérieure, à l'extrémité du temple, où sont figurés, de proportions colossales, Cléopâtre et son fils Ptolémée-Caesar. Les bas-reliefs supérieurs sont du temps de l'empereur Auguste, ainsi que les murailles extérieures du naos, à l'exception de quelques petites portions qui sont de l'époque de Néron. Le pronaos est tout entier couvert de légendes impériales de Tibère, de Caïus, de Claude et de Néron, mais dans tout l'intérieur du naos, ainsi que dans les chambres et les édifices construits sur la terrasse du temple, il n'existe pas un seul cartouche sculpté : tous sont vides et rien n'a été effacé. Le plus plaisant de l'affaire, - risum teneatis, amici !  - c'est que le morceau du fameux zodiaque circulaire qui portait le cartouche est toujours en place, et que ce même cartouche est vide, comme tous ceux de l'intérieur du temple, et n'a jamais reçu un seul coup de ciseau. Ce sont les membres de la Commission qui ont ajouté à leur dessin le mot "autocrator", croyant avoir oublié de dessiner une légende qui n'existe pas : cela s'appelle porter les verges pour se faire fouetter.

 

     Du reste que Jomard ne se presse pas de triompher parce que le cartouche du zodiaque est vide et ne porte aucun nom, car toutes les sculptures de cet appartement comme celles de tout l'intérieur du temple sont atroces, du plus mauvais style, et ne peuvent remonter plus haut que les temps de Trajan et d'Antonin.     

 

 

 

 

Jean-François CHAMPOLLION

Lettres et journaux écrits pendant le voyage d'Égypte

 

Paris, Christian Bourgois éditeur, 1987 

pp. 152-4 

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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 15:50
LE JOUR SE LÈVE ENCORE ...

Quand tu n'y crois plus, que tout est perdu 
Quand trompé, déçu, meurtri 
Quand assis par terre, plus rien pouvoir faire 
Tout seul, dans ton désert 
Quand mal, trop mal, on marche à genoux 
Quand sourds les hommes n'entendent plus le cri des hommes 

Tu verras, l'aube revient quand même 
Tu verras, le jour se lève encore 
Même si tu ne crois plus à l'aurore 
Tu verras, le jour se lève encore 
Le jour se lève encore 

La terre saigne ses blessures 
Sous l'avion qui crache la mort 
Quand l'homme chacal tire à bout portant 
Sur l'enfant qui rêve ou qui dort 
Quand mal, trop mal, tu voudrais larguer 
Larguer, tout larguer 
Quand la folie des hommes nous mène à l'horreur 
Nous mène au dégoût 

N'oublie pas, l'aube revient quand même 
Même pâle, le jour se lève encore

 Etonné, on reprend le corps à corps 
Allons-y puisque le jour se lève encore 
Le jour se lève encore 

Suivons les rivières, gardons les torrents 
Restons en colère, soyons vigilants 
Même si tout semble fini 
N'oublions jamais qu'au bout d'une nuit 
Qu'au bout de la nuit, qu'au bout de la nuit 

Doucement, l'aube revient quand même 
Même pâle, le jour se lève encore, 
Étonné, on reprend le corps à corps 
Continue, le soleil se lève encore 
Tu verras, le jour se lève encore 
Tu verras, le jour se lève encore 
Même si tu ne crois plus à l'aurore 
Tu verras, le jour se lève encore 
Le jour se lève encore 
Le jour se lève encore 
Le jour se lève encore 
Encore 
Encore...

 

 

BARBARA

1993

(https://www.youtube.com/watch?v=FxF8cRwAiLs)

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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 09:19
PARIS, VENDREDI 13 NOVEMBRE 2015 ...

 

 

 

     TEL EST LE FANATISME : C'EST UN MONSTRE SANS COEUR, SANS YEUX ET SANS OREILLES.

IL OSE SE DIRE LE FILS DE LA RELIGION ... 

 

 

 

VOLTAIRE

(Château de Ferney, 9 février 1769)

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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 00:00

8 octobre 1828


     Dès le matin, on leva les tentes, et sept ou huit chameaux, venus de Sakkara, furent chargés de nos bagages ; vingt ânes devaient porter le personnel, maîtres et valets. Je me mis en route à sept heures du matin, par le désert, pour aller faire visite aux grandes Pyramides de Gizeh (...)

(© http://images1.fanpop.com/images/image_uploads/Giza-Mystic-Journey-egypt-1239928_1600_1200.jpg)

(© http://images1.fanpop.com/images/image_uploads/Giza-Mystic-Journey-egypt-1239928_1600_1200.jpg)

 

    On gravit le plateau des Pyramides de Sakkara, et nous traversâmes toute la plaine des momies en laissant le Medarrag et le tombeau de Ménofré à notre gauche. Nous redescendîmes le plateau dans le voisinage du village d'Abousir, l'ancien bourg de Busiris, où habitaient les hommes habitués à gravir les pyramides. Non loin de ce village, que nous laissions à droite, existent sur les hauteurs du plateau libyque, de grandes pyramides en ruines, mais dont les masses sont encore très imposantes, Vues d'un certain point, elles ressemblent à trois hautes montagnes rocheuses très rapprochées, et, autour de leurs sommets élevés, voltigent sans cesse des oiseaux de proie de différentes espèces. Celle des trois qui avoisine le plus la plaine cultivée conserve encore une chaussée, en grandes pierres calcaires, et dont on suit la ligne à une assez forte distance. Nous marchâmes peu dans trois heures, en faisant plusieurs contours, à cause de l'inondation qui avançait progresivement vers la montagne libyque.

 

    Le sol, couvert de quelques plantes grasses et d'un gazon clairsemé, fourmillait de petits crapauds qui gagnaient par légions les lieux inondés. Après avoir traversé un village abandonné que je présume être El-Haranyeh, marqué sur la carte de la Commission, nous arrivâmes harassés de fatigue, nous et nos ânes, à l'ombre de quelques sycomores, placés à une petite distance du grand sphinx. 

 

    Rafraîchi par une courte halte, je courus au monument qui, malgré les mutilations qu'il a souffertes, donne encore une idée du beau style de sa sculpture. Le col est entièrement déformé, mais l'observation de Denon sur la mollesse ou plutôt la "morbidezza" de la lèvre inférieure est encore d'une grande justesse. J'eusse désiré faire enlever les sables qui couvrent l'inscription de Thoutmosis IV, gravée sur la poitrine ; mais les Arabes, qui étaient accourus autour de nous des hauteurs que couronnent les Pyramides, me déclarèrent qu'il faudrait quarante hommes et huit jours pour exécuter ce projet. Il devint donc nécessaitre d'y renoncer, et je pris le chemin de la grande Pyramide.

 

    Tout le monde sera surpris, comme moi, de ce que l'effet de ce prodigieux monument diminue à mesure qu'on l'approche. J'étais en quelque sorte humilié moi-même en voyant, sans le moindre étonnement, à cinquante pas de distance, cette construction dont le calcul seul peut faire apprécier l'immensité. Elle semble s'abaisser à mesure qu'on approche, et les pierres qui la forment ne paraissent que des moellons d'un très petit volume. Il faut absolument toucher ce monument avec ses mains pour s'apercevoir enfin de l'énormité des matériaux et de l'énormité de la masse que l'oeil mesure en ce moment.

 

    A dix pas de distance, l'hallucination reprend son pouvoir, et la grande Pyramide ne paraît plus qu'un bâtiment vulgaire. On regrette véritablement de s'en être approché. Le ton frais des pierres donne l'idée d'un édifice en construction, et nullement celle que l'on contemple l'un des plus antiques monuments que la main des hommes ait élevés. 


 

 

 

 

Jean-François  CHAMPOLLION

Lettres et journaux écrits pendant le voyage d'Egypte

 

Paris, Éditions Christian Bourgois, 1987

pp. 118-20

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27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 00:05

 

 

Dessin au pastel de Giuseppe ANGELELLI représentant Jean-François CHAMPOLLION en costume égyptien et avec barbe

Dessin au pastel de Giuseppe ANGELELLI représentant Jean-François CHAMPOLLION en costume égyptien et avec barbe

 

 

 

     Au risque de vous décevoir, amis visiteurs, ni en 2008 ni cette année, je n'ai prévu d'autres contributions personnelles sur ÉgyptoMusée qui vous rendraient compte des étapes du séjour de Jean-François Champollion en terre égyptienne.

 

     Le pays tant attendu, tant espéré, cette Égypte peuplant les rêves d'un gamin de 10 ans, les études d'un adolescent de 15, les premières publications d'un jeune homme de 20 avant les frénétiques recherches qui devaient déboucher sur la fabuleuse découverte du déchiffrement des écritures égyptiennes, à 32 ans ; cette rencontre avec les monuments antiques in situ qui assurément lui permettraient de vérifier, de corroborer - en avait-il vraiment besoin ? -, le bien-fondé de ses théories, je préfère vous la faire vivre avec des extraits écrits de sa main de ce voyage qu'il réalisa peu de temps avant sa mort prématurée : extraits qui relèvent soit de lettres adressées à ses proches, son frère essentiellement, enflammées le plus souvent, soit du journal de bord qu'il rédigea afin de consigner et le déroulement de son périple et les impressions qui furent siennes sur les sites qu'il visita. 

 

     Ce sera donc, à partir d'aujourd'hui, et au cours des prochaines semaines après les vacances de Toussaint que vous prendrez connaissance de cette ultime et passionnante période de sa courte vie grâce à ses propos qui, je pense, méritent qu'on s'y arrête tellement ils revêtent une importance cardinale à la fois par leur fond mais aussi par leur forme dans la mesure où y passe un souffle proche de ce romantisme historique qui tant me plaît chez Chateaubriand ...  

 

     Ne désirant nullement respecter un ordre chronologique, préférant avancer par coups de coeur personnels, je vous propose d'entamer cette série par sa découverte de Thèbes, dans une lettre qu'il adresse à son frère le 24 novembre 1828.

(Il avait débarqué en Egypte le 18 août précédent).

 




     (...) C'est dans la matinée du 20 novembre que le vent, lassé de nous contrarier depuis deux jours et de nous fermer l'entrée du sanctuaire, me permit d'aborder enfin à Thèbes ! Ce nom était déjà bien grand dans ma pensée : il est devenu colossal depuis que j'ai parcouru les ruines de la vieille capitale, l'aînée de toutes les villes du monde. Pendant quatre jours entiers j'ai couru de merveille en merveille.

     Le premier jour, je visitai le palais de Kourna, les colosses du Memnonium et le prétendu tombeau d'Osymandyas, qui ne porte d'autres légendes que celles de Rhamsès le Grand et de deux de ses descendants. Le nom de ce palais est écrit sur toutes ses murailles; les Egyptiens l'appelaient Rhamesséion, comme ils nommaient Aménophion le Memnonium, et Mandouéion le palais de Kourna. Le prétendu colosse d'Osymandias est un admirable colosse de Rhamsès le Grand.

     Le second jour fut tout entier passé à Médinet-Habou, étonnante réunion d'édifices, où je trouvai les propylées d'Antonin, d'Hadrien et des Ptolémées, un édifice de Nectanèbe, un autre de l'Éthiopien Taraca, un petit palais de Thoutmosis III (Moeris), enfin l'énorme et gigantesque palais de Rhamsès-Mériamoun, couvert de bas-reliefs historiques.

     Le troisième jour, j'allai visiter les vieux Rois thébains dans leurs tombes, ou plutôt dans leurs palais creusés au ciseau dans la montagne de Biban-el-Molouk. Là, du matin au soir, à la lueur des flambeaux, je me lassai à parcourir des enfilades d'appartements couverts de sculptures et de peintures, pour la plupart d'une étonnante fraîcheur. C'est là que j'ai recueilli, en courant, des faits d'un haut intérêt pour l'histoire. J'y ai vu un tombeau de roi martelé d'un bout à l'autre, excepté dans les parties où se trouvaient sculptées les images de la reine sa mère et celle de sa femme, qu'on a religieusement respectées, ainsi que leurs légendes. C'est, sans aucun doute, le tombeau d'un roi condamné par jugement après sa mort. J'en ai vu un second, celui d'un roi thébain des plus anciennes époques, impudemment envahi par un roi de la XIXème dynastie , qui a fait recouvrir de stuc tous les vieux cartouches pour y mettre le sien, et s'emparer ainsi des bas-reliefs et des inscriptions tracées pour un de ses prédécesseurs. Il faut cependant rendre au flibustier la justice d'avoir fait creuser une seconde salle funéraire pour y mettre son sarcophage, afin de ne point déplacer celui de son ancêtre. 

     A l'exception de ce tombeau-là, tous les autres appartiennent à des Rois des XVIIIèmeet XIXème ou XXème Dynasties : mais on n'y voit ni le tombeau de Sésostris ni celui de Meoris. Je ne te parle point ici d'une foule de petits temples et édifices épars au milieu de ces grandes choses. Je mentionnerai seulement un petit temple de la déesse Hathor (Vénus), dédié par Ptolémée-Épiphane, et un temple de Thoth près de Médinet-Habou, dédié par Ptolémée Évergète II et ses deux femmes; dans les bas-reliefs de ce temple, ce Ptolémée fait des offrandes à tous ses ancêtres mâles et femelles, Ptolémée-Épiphane et Cléopâtre, Ptolémée-Philopator et Arsinoé, Ptolémée-Évergète et Bérénice, Ptolémée-Philadelphe et Arsinoé. Tous ces Lagides sont représentés en pied, avec leurs surnoms grecs traduits en égyptien, en dehors de leurs cartouches
 (...) Du reste, ce temple est d'un fort mauvais travail à cause de l'époque.

     Le quatrième jour (hier 23), je quittai la rive gauche du Nil pour visiter la partie orientale de Thèbes. Je vis d'abord Louqsor, palais immense, précédé de deux obélisques de près de quatre-vingts pieds, d'un seul bloc de granit rose, d'un travail exquis, accompagnés de quatre colosses de même matière, et de trente pieds de hauteur, car ils sont enfouis jusques à la poitrine. C'est encore là du Rhamsès le Grand.
  (...)

     J'allai enfin au palais ou plutôt à la ville de monuments, à Karnac. Là m'apparut toute la magnificence pharaonique, tout ce que les hommes ont imaginé et exécuté de plus grand. Tout ce que j'avais vu à Thèbes, tout ce que j'avais admiré avec enthousiasme sur la rive gauche, me parut misérable en comparaison des conceptions gigantesques dont j'étais entouré.  Je me garderai bien de vouloir rien décrire; car de deux choses l'une, ou mes expressions ne rendraient que la millième partie de ce qu'on doit dire en parlant de tels objets, ou bien si j'en traçais une faible esquisse, même fort décolorée, on me prendrait pour un enthousiaste, tranchons le mot - pour un fou.

     Il suffira d'ajouter, pour en finir, que nous ne sommes en Europe que des Lilliputiens et qu'aucun peuple ancien ni moderne n'a conçu l'art de l'architecture sur une échelle aussi sublime, aussi large, aussi grandiose, que le firent les vieux Égyptiens ; ils concevaient en hommes de cent pieds de haut, et nous en avons tout au plus cinq pieds huit pouces. L'imagination qui, en Europe, s'élance bien au-dessus de nos portiques, s'arrête et tombe impuissante au pied des cent quarante colonnes de la salle hypostyle de Karnac.
  

 

(...)

 



Jean-François CHAMPOLLION 

Lettres et journaux écrits pendant le voyage d'Egypte 

 

Paris, Éditions Christian Bourgois, 1987

pp. 158-61

 

 

 

     Excellent congé de Toussaint à toutes et à tous et retrouvons-nous, voulez-vous, le mardi 10 novembre prochain, pour croiser à nouveau Jean-François Champollion sur l'antique terre des pharaons.

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22 octobre 2015 4 22 /10 /octobre /2015 23:05

 

 

 

PATRIMOINES EN DANGER

 

27  NOVEMBRE  2015

 

 

JOURNÉE D'ÉTUDE

AU MUSÉE ROYAL DE MARIEMONT

 

(BELGIQUE)

 

 

PATRIMOINES EN DANGER


     La mise en danger, la mutilation, la destruction ou même l’éradication d’un patrimoine, qu’il soit mobilier, immobilier ou même immatériel, est malheureusement encore beaucoup trop fréquente de nos jours. La presse internationale titre d’ailleurs régulièrement sur le sujet. Cette atteinte à des biens culturels peut être la conséquence d’un conflit armé, d’un choix politique délibéré ou encore le résultat de l’absence de conditions de conservations adéquates. En effet, si nous pensons d’emblée aux patrimoines syriens ou irakiens, il ne faut pas oublier que les témoins historiques de ces cultures, disséminés aux quatre coins du monde, peuvent également être en danger dans les différents endroits où ils sont conservés.
 

     Au cours de cette journée d’étude, le Musée royal de Mariemont, établissement scientifique de la Fédération Wallonie-Bruxelles, se propose de mettre en avant ces différents patrimoines et en particulier ceux de l’Égypte et du Proche-Orient. Des experts venus de Belgique et de l’étranger apporteront leur témoignage sur ces dangers, qu’ils soient d’ici ou de là-bas et sur ce qu’il est possible de faire pour les éviter.

 

 

 

PROGRAMME

 


10h      Accueil et café
 

10h30 Mot de bienvenue de Marie-Cécile Bruwier, Directrice scientifique, directrice a.i. du Musée royal de Mariemont
 

        Introduction à la journée d’études par Arnaud Quertinmont, Conservateur au Musée royal de Mariemont

 

 

10h45 Jan Tavernier, Professeur à l’Université catholique de Louvain-la-Neuve
          Elynn Goris, Docteur en Histoire, Art et Archéologie,

 

     "Le patrimoine culturel dans les zones de guerre dans l'antiquité et maintenant"
 

 

11h15 Nicolas Camoisson, Photographe et scénographe
     

     "Norias de Hama, les roues interdites"

 


11h45 Arnaud Quertinmont, Conservateur au Musée royal de Mariemont
 

     "Les obélisques de la Concorde et de New York sont-ils en danger ?"

 


12h15 Henri de Cordes, juriste, Belspo


     "Provenance, expertise et bonne foi : quelles garanties lors de l'acquisition d'une oeuvre d'art ?"

 


12h45-14h      Pause déjeuner
 

 

14h     Marie-Cécile Bruwier, Directrice scientifique, directrice a.i. du Musée royal de Mariemont
 

     "Médiation muséale et protection du patrimoine en Égypte"

 


14h30 Benjamin Goes, Quatrième Président du comité intergouvernemental pour la Protection des biens culturels en cas de conflit armé.
 

     "La protection internationale des biens culturels en cas de conflit armé : défis nationaux et internationaux"

 


15h Mahmoud Ismaïl, Ingénieur-architecte, Docteur en conservation urbaine de l'Université Paris 8

 
     "Le patrimoine urbain des XIXe et XXe siècles : une seconde chance pour le Caire islamique"

 


15h30 Guy Sion, Architecte, Urbaniste, membre du Conseil d’administration du comité belge du Bouclier Bleu


     "Le Bouclier Bleu international et les travaux du Comité belge"

 


16h00 Roland Van der Hoeven, Directeur opérationnel du Musée royal de Mariemont
 

            Synthèses
 

 

 

 

INFORMATIONS PRATIQUES


Musée royal de Mariemont
Chaussée de Mariemont, 100 – 7140 Morlanwelz – Belgique.

Tél. : 0032 (0) 64 27 37 47
 

Mail : arnaud.quertinmont@musee-mariemont.be.
 

Site Internet du Musée : www.musee-mariemont.be.

 

Prix d’entrée : 10€  - Réservation indispensable
 

Trajet en voiture :
* De Bruxelles : E19, sortie 20 (Feluy), N59 direction Thuin, puis direction Fayt-lez-Manage et Mariemont.

 

* De Liège, Charleroi et Mons : E42, sortie 18bis (Chapelle-lez-Herlaimont), N59 direction Thuin, puis direction Fayt-lez-Manage et Mariemont.

 

Parking aisé à l’extérieur du Domaine, le long de la Drève.

 

***

 

     Merci à toi, Arnaud, de m'avoir permis de relayer sur mon blog et mes pages Facebook tes informations à propos de cette intéressante journée d'étude.

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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 23:05

 

 

     Sur Paris, de nouveaux nuages s'amoncelaient, vous indiquai-je en substance, mardi dernier, amis visiteurs, en terminant mon évocation du travail de Champollion au Musée égyptien de Turin.

     En effet, ses détracteurs ne désarmaient point : il lui était reproché de n'avoir pas encore bu l'eau du Nil. Passons.

     Pis : on l'accusait d'avoir été un des chefs les plus véhéments de la Terreur, en 1793.
Cherchez l'erreur : à ce moment si dramatique de la Révolution, Jean-François avait à peine trois ans ...
     Précoce, le Figeacois, oui, vous le saviez déjà ! Mais à ce point  ...

     C'est donc dans cette agréable ambiance qu'en provenance de Livourne, il rentre dans la capitale française en novembre 1826.  

 

FIGEAC, TURIN, PARIS : SE BATTRE POUR UN MUSÉE (Seconde partie)

 

     Auréolé de la confiance de Charles X, il entame ses fonctions officielles de Conservateur de musée. Dans un premier temps, il gère le fonds égyptologique existant, à vrai dire relativement modeste : quelques monuments, des statues essentiellement, provenant des collections royales entrées sous la Convention et quelque seize objets achetés sous le règne du très économe Louis XVIII.

     En outre, seul un nombre restreint d'entre eux était exposé : l'un ou l'autre petit sphinx, quelques statues-cubes, une Isis colossale, la statue de Nakhthorheb et les grandes et superbes Sekhmet à tête de lionne, en diorite, rapportées par le comte de Forbin lors de ses deux voyages en Egypte, en 1818 et 1828. (Statues A 2 à A 11, salle 12) 

     A ce maigre échantillonnage, il put ajouter les 2149 pièces de la collection de Edme-Antoine Durand (1768-1835) que, deux ans auparavant, Jomard avait réussi à faire acheter par le souverain tout nouvellement intronisé. Et, bien évidemment, quand il en reçut le royal aval, les 4014 pièces 
proposées par Henry Salt qu'il avait, souvenez-vous, étudiées à Livourne.

 
     Parmi elles, entrent au Louvre, en 1826, le grand sphinx de Tanis (A 21, salle 11), les blocs fragmentaires du "Mur des Annales" de Thoutmosis III (C 51, salle 12), la cuve en granite rose de Ramsès III (D 1, salle 13), mais aussi la délicieuse petite stèle de calcaire (18 cm) de Ramsès II enfant (N 522, salle 27, vitrine 7). 

   Au fil des "années Champollion", les enrichissements furent nombreux : d'abord le don à la France par Méhémet-Ali (1769-1849), vice-roi d'Egypte, d'une trentaine de bijoux, dont la célèbre bague aux chevaux de Ramsès II (N 728, vitrine 7 de la salle 27) :
ensuite, en 1827, l'achat, pour 180000 francs, de la deuxième collection Drovetti : des statues, cinquante manuscrits égyptiens ou grecs, cinq cents scarabées, des vases, quatre-vingts stèles, etc, etc.

     Pour exposer tous ces chefs-d'oeuvre, le roi lui avait au départ réservé quatre salles en enfilade parmi les neuf nouvelles aménagées au premier étage de l'aile méridionale de la Cour Carrée, en prolongement du majestueux Escalier du Midi : avec les cinq autres salles exposant les Antiquités gréco-romaines, cet espace muséal porta plus spécifiquement l'appellation de Musée Charles-X.

     A la mi-avril 1827 commença l'aménagement du lieu tel que le prévoyait Champollion. Comme vous vous en doutez probablement, amis visiteurs, ce ne fut pas de tout repos car, et sur la décoration des salles elles-mêmes et sur la façon d'y présenter les oeuvres, ses confrères et Forbin, Directeur des Musées royaux n'étaient en rien en accord avec lui ; ce qui, évidemment, ralentit d'autant les travaux d'aménagement.

     Champollion aurait aimé voir les antiquités égyptiennes dans des salles égyptiennes. L'ineffable Forbin décréta que les plafonds seraient d'inspiration conventionnelle, c'est-à-dire gréco-romaine, mais assurément pas purement égyptienne !

     L'on peut ainsi remarquer, de nos jours encore, couronnant ces salles considérées comme parmi les plus belles du Louvre, dans l'une L'Etude et le Génie des arts dévoilant l'Egypte à la Grèce, de François-Edouard Picot

FIGEAC, TURIN, PARIS : SE BATTRE POUR UN MUSÉE (Seconde partie)

 

ou, dans une autre, Bonaparte, entouré de savants et d'artistes, assiste à la découverte d'une momie, de ce même Léon Cogniet qui a peint le plus connu des portraits du déchiffreur.

FIGEAC, TURIN, PARIS : SE BATTRE POUR UN MUSÉE (Seconde partie)

 

     Seule "consolation" pour Champollion, peut-être : ces grisailles, dues à Abel de Pujol et franchement inspirées des planches tirées de la Description de l'Egypte, comme ci-dessous, une scène de labour.

 

FIGEAC, TURIN, PARIS : SE BATTRE POUR UN MUSÉE (Seconde partie)

 

     Que l'on aime ou pas ce type de décoration que conçut à l'époque Pierre Fontaine, force est de reconnaître que ces plafonds, ces voussures et ces grisailles (ci-dessous, salle 29, toutes de Pujol), que l'agencement des majestueux pilastres en stuc, des corniches, des dorures, que les murs de (faux) marbre blanc et, ici et là, les cheminées et les miroirs, que les immenses armoires vitrées en acajou, bref, que tout cet ensemble concourt à rendre cette enfilade de salles extraordinairement imposante.
 




     Mais voilà, tout ce décor - ou presque - n'était guère du goût du bouillonnant nouveau Conservateur. Et manifestement, il dut s'en accommoder !

     En cela, toutefois, ne résidait pas le seul problème l'opposant à Forbin et à Clarac : ces nobles éduqués dans la tradition ne pouvaient pas concevoir que l'impétueux déchiffreur se mêlât de faire de l'Histoire, et du social, de surcroît ! Car dans cet ensemble décoratif quelque peu "pompier" à ses yeux, dans cet environnement qu'il n'avait donc pas vraiment souhaité, Champollion, encore tout imprégné des conceptions muséologiques nouvelles qu'il avait été privé d'exécuter deux ans auparavant à Turin, voulait allier plaisir et culture, instruire et pas seulement "faire joli" ; il entendait donner à "son" musée une vocation pédagogique, en promouvant une sorte de "musée-école" avant la lettre. 

     Dans la Notice qu'à l'époque il publia pour servir de guide, on peut lire :

     Les collections de monuments égyptiens (...) sont en général formées dans l'unique but d'éclairer l'histoire de l'art, les procédés de la sculpture et de la peinture à différentes époques et chez des nations diverses. (...) Mais l'importante et nombreuse suite de ces monuments égyptiens dont la munificence royale vient d'enrichir le musée Charles-X, devant, en quelque sorte servir de sources et de preuves à l'histoire tout entière de la nation égyptienne, avait besoin d'être coordonnée sur un plan nouveau; il fallait, de toute nécessité, avoir égard à la fois soit au sujet même de chaque monument, soit à sa destination spéciale, et que la connaissance rigoureuse de l'un et de l'autre déterminât la place et le rang qu'il devait occuper. Il fallait enfin les disposer de manière à présenter aussi complète que possible, la série des divinités, celle des souverains de l'Egypte, depuis les époques primitives jusqu'aux Romains, et classer dans un ordre méthodique les objets qui se rapportent à la vie publique et privée des anciens Egyptiens.


   
     Amer, il écrit à Ippolito Rosellini, ce jeune professeur toscan qui bientôt l'accompagnera en Egypte :
 
     Ma vie est devenue un combat. Je suis obligé de tout arracher, personne parmi ceux qui devraient me seconder n'étant disposé à le faire. Mon arrivée au Musée dérange tout le monde et tous mes collègues sont conjurés contre moi parce qu'au lieu de considérer ma place comme une sinécure, je prétends m'occuper de ma division, ce qui fera nécessairement apercevoir qu'ils ne s'occupent nullement des leurs. 

 


     Toutefois, contre l'avis unanime, champollion imposera ses vues : dans les deux premières salles, il présentera tout ce qui a trait aux coutumes funéraires : sarcophages, momies, coffres à vases-canopes, etc. Dans la troisième, ce seront sculptures, bijoux, mais aussi vêtements et ustensiles de la vie quotidienne, la quatrième et dernière étant plus spécifiquement consacrée à la religion et aux dieux du panthéon égyptien. Au rez-de-chaussée, car il put aussi bénéficier d'un espace à ce niveau, il exposera les plus grosses pièces. Et aux fins d'être plus didactique encore, il assortira le tout de cartels de présentation.  

     Enfin, le 15 décembre, Sa Majesté Charles X inaugura en sa compagnie le musée auquel avait été donné son nom. Mission accomplie : Jean-François Champollion le Jeune avait à Paris mené à son terme l'organisation d'un musée égyptien dont il avait reçu la charge quelque dix-huit mois plus tôt.

     Il n'attendait plus maintenant que l'accord du même souverain pour se rendre en Egypte. Cette approbation régalienne, il la recevra en avril 1828. De sorte que le 31 juillet, son équipe franco-toscane constituée, il embarque à Toulon à bord de l'Églé, une corvette mise à disposition de l'expédition par la marine royale française. 

     Son Grand Oeuvre réalisé, il allait enfin vivre son grand rêve ...

 

 

 

(Andreu/Rutschowscaya/Ziegler : 1997, 18 ; Hartleben : 1983, 269-396 ; Lacouture : 322-55, 380-401 ; Rosenberg : 2007, passim) 

 

 

 



     Que l'on aime ou non ce type de décoration que conçut à l'époque Pierre Fontaine, force est de reconnaître que ces plafonds, ces voussures et ces grisailles (ci-dessous, salle 29, toutes de Pujol) ; que l'agencement des pilastres en stuc, des corniches, des dorures; que les murs de (faux) marbre blanc et, ici et là, les cheminées et les miroirs ; que les immenses armoires vitrées en acajou ; bref, que tout cet ensemble concourt à rendre cette enfilade de salles extraordinairement imposante.
 




     Mais voilà, tout ce décor - ou presque - n'était guère du goût du bouillonnant nouveau Conservateur. Et manifestement, il dut s'en accommoder !

     En cela, toutefois, ne résidait pas le seul problème l'opposant à Forbin et à Clarac : ces nobles éduqués dans la tradition ne pouvaient pas concevoir que l'impétueux déchiffreur se mêlât de faire de l'Histoire, et du social, de surcroît ! Car dans ce décor quelque peu "pompier" à ses yeux, dans cet ensemble décoratif qu'il n'avait donc pas vraiment souhaité, Champollion, encore tout imprégné des conceptions muséologiques nouvelles qu'il avait été privé d'exécuter deux ans auparavant à Turin, voulait allier plaisir et culture, instruire et pas seulement "faire joli" ; il entendait donner à "son" musée une vocation pédagogique, en promouvoir une sorte de "musée-école" avant la lettre. 

     Dans la Notice qu'à l'époque il publia pour servir de guide, on pouvait lire :

     Les collections de monuments égyptiens (...) sont en général formées dans l'unique but d'éclairer l'histoire de lart, les procédés de la sculpture et de la peinture à différentes époques et chez des nations diverses. (...) Mais l'importante et nombreuse suite de ces monuments égyptiens dont la munificence royale vient d'enrichir le musée Charles-X, devant, en quelque sorte servir de sources et de preuves à l'histoire tout entière de la nation égyptienne, avait besoin d'être coordonnée sur un plan nouveau; il fallait, de toute nécessité, avoir égard à la fois soit au sujet même de chaque monument, soit à sa destination spéciale, et que la connaissance rigoureuse de l'un et de l'autre déterminât la place et le rang qu'il devait occuper. Il fallait enfin les disposer de manière à présenter aussi complète que possible, la série des divinités, celle des souverains de l'Egypte, depuis les époques primitives jusqu'aux Romains, et classer dans un ordre méthodique les objets qui se rapportent à la vie publique et privée des anciens Egyptiens.
   
     Amer, il écrit à Ippolito Rosellini, ce jeune professeur toscan qui bientôt l'accompagnera en Egypte :
 
     Ma vie est devenue un combat. Je suis obligé de tout arracher, personne parmi ceux qui devraient me seconder n'étant disposé à le faire. Mon arrivée au Musée dérange tout le monde et tous mes collègues sont conjurés contre moi parce qu'au lieu de considérer ma place comme une sinécure, je prétends m'occuper de ma division, ce qui fera nécessairement apercevoir qu'ils ne s'occupent nullement des leurs. 


     Toutefois, contre l'avis unanime, il imposera ses vues : dans les deux premières salles, côté colonnade, il présentera tout ce qui a trait aux coutumes funéraires (sarcophages, momies, coffres à vases-canopes, etc) ; dans la troisième, ce seront sculptures, bijoux, mais aussi vêtements et ustensiles de la vie quotidienne la quatrième et dernière étant plus spécifiquement consacrée à la religion et aux dieux du panthéon égyptien. Au rez-de-chaussée, car il put aussi bénéficier d'une salle à ce niveau, il exposera les plus grosses pièces. Et aux fins d'être plus didactique encore, il assortira le tout de cartels de présentation.  

     Enfin, le 15 décembre, Sa Majesté Charles X inaugura en sa compagnie le musée auquel avait été donné son nom. Mission accomplie : Jean-François Champollion le Jeune avait à Paris mené à son terme l'organisation d'un musée égyptien dont il avait reçu la charge quelque dix-huit mois plus tôt.

     Il n'attendait plus maintenant que l'accord du même souverain pour se rendre en Egypte. Cette approbation royale, il la recevra en avril 1828. De sorte que le 31 juillet, son équipe franco-toscane constituée, il embarque à Toulon à bord de l'Églé, une corvette mise à disposition de l'expédition par la marine royale française. 

     Son Grand Oeuvre réalisé, il allait enfin vivre son grand rêve ... 

 

 

   Au risque de vous décevoir, amis visiteurs, je n'ai pas prévu d'autres contributions ici, sur ÉgyptoMusée qui vous auraient rendu compte de son voyage en Egypte, peu de temps avant sa mort prématurée.

 

     La terre tant attendue, tant espérée, cette Egypte peuplant les rêves d'un gamin de 10 ans, les études d'un adolescent de 15, les premières publications d'un jeune homme de 20 avant les frénétiques recherches qui devaient déboucher sur la fabuleuse découverte du déchiffrement des écritures égyptiennes, à 32 ans ; cette rencontre avec les monuments antiques in situ qui assurément lui permettraient de vérifier, de corroborer - en avait-il vraiment besoin ? -, le bien-fondé de son système, je préfère vous la faire vivre avec les seules lettres, enflammées le plus souvent, qu'il rédigea pour les siens.

 

     Ce sera donc au cours des prochaines semaines, des prochains mois peut-être, que dans la rubrique "L'Egypte en textes", vous prendrez connaissance de cette ultime et passionnante étape de sa vie ...         

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Rééditions
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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 07:19
SARCOPHAGI - SOUS LES ÉTOILES DE NOUT

À BRUXELLES

À PARTIR DE CE JEUDI

 

ET JUSQU'AU 20 AVRIL 2016 

 

 

 

SARCOPHAGI
SOUS LES ÉTOILES DE NOUT

Les fantastiques secrets des sarcophages 

 

Masque de momie, fin 18e dynastie. Origine inconnue, de l’ancienne collection de Léopold II, bois, lin et stuc, 49x30 cm.

 

MUSÉE DU CINQUANTENAIRE

Parc du Cinquantenaire 10 
B-1000 Bruxelles 

INFORMATIONS :

• Tél. : +32 (0)2 741 72 11 
• Mail : info@mrah.be 
• Site : www.mrah.be 

HORAIRES :

• Du mardi au dimanche de 10h à 17h (la caisse ferme à 16h) 
• Fermé les 1er et 11 novembre, 25 décembre et 1 janvier. 
• Le musée ferme à 14h les 24 et 31 décembre 

TARIFS :

• Tarif normal : 13 € 
• Tarifs réduits : 7 € et 10 € 
• Comprend l’accès aux collections permanentes et à l’expositionDjehoutihotep – 100 ans de fouilles en Égypte 

COMMISSARIAT :

• Luc Delvaux 
• Isabelle Therasse 

CONTACTS PRESSE :

• Denis Perin 
Responsable Communication 
d.perin@mrah.be 
+32 (0)2 741 72 90 


L’éternité. Renaître, tel Osiris, tel le soleil qui, depuis l’origine des temps, revient chaque matin à la vie grâce à la déesse Nout, la voûte céleste : telles étaient les espérances des anciens Égyptiens concernant leur vie après la mort. C’est donc sous le signe de Nout qu’est placée la grande exposition du Musée du Cinquantenaire. Elle retrace l’évolution des rites funéraires de l’Égypte ancienne, de la préhistoire jusqu’à la période gréco-romaine. 

 

 

Cercueil de chat (fragmentaire), Basse Époque. Origine inconnue, ancienne collection Hagemans, bois doré, 38 cm.

Les douze heures de la nuit 

 

L’exposition est divisée en douze salles, chacune d’entre elles symbolisant une des douze heures de la nuit, pendant laquelle le soleil effectue son trajet vers sa résurrection quotidienne. Chaque salle est aménagée autour d’une pièce phare sélectionnée pour la richesse de ses significations religieuses, funéraires et historiques, ou pour ses qualités formelles. Dans une première salle plongée dans la pénombre, les visiteurs sont ainsi accueillis par un groupe de quatre extraordinaires pleureuses en terre cuite, qui les immergent d’emblée dans l’atmosphère des funérailles égyptiennes. La deuxième salle familiarise le visiteur avec tout ce dont le défunt doit disposer dans sa tombe pour avoir accès à la vie éternelle. Plusieurs salles présentent ensuite l’évolution des sarcophages au cours du temps, depuis les simples caisses non décorées de la préhistoire et de l’Ancien empire, jusqu’aux cercueils richement ornés des périodes postérieures. Une salle est également consacrée aux momies ainsi qu’aux intrigants sarcophages d’animaux. 

 

 


Restauration en direct 

Rappelant la Ouâbet (« La Place pure ») dans laquelle les prêtres égyptiens momifiaient les défunts, un laboratoire de restauration vitré est installé au cœur de l’exposition. Une équipe de spécialistes de l’Istituto Europeo del Restauro d’Ischia (Italie) y travaillera en permanence sous les yeux des visiteurs pour y restaurer la série des dix sarcophages et planches de momies appartenant au Musée du Cinquantenaire et provenant de la Deuxième Cachette de Deir el-Bahari. Quels sont les secrets des sarcophages ainsi dévoilés? Environ deux tiers des objets qui sont exposés, parmi lesquels plusieurs sarcophages, n’ont jamais été présentés au public. Ils quittent donc pour la première fois le secret de leurs réserves. Les visiteurs découvriront également dans l’exposition les secrets des passionnantes aventures archéologiques qui ont abouti à la découverte de ces sarcophages. Ils apprendront en outre à décoder les secrets du fonctionnement mythologique d’un sarcophage, dont chaque détail de la décoration possède une signification. 

 

 

Radiographie des momies aux Cliniques universitaires Saint-Luc.

Les secrets des sarcophages 

 

La restauration en direct des sarcophages de Deir el-Bahari dans un laboratoire installé au sein de l’exposition, révèlera les secrets de fabrication de ces œuvres. Enfin, les résultats des examens réalisés aux Cliniques universitaires Saint-Luc seront présentés dans l’exposition, dévoilant aux visiteurs les secrets des momies ainsi étudiées. Depuis le mois d’août, trois séances de scans se sont succédées sur 10 momies humaines et 15 momies animales. Ils fournissent notamment des renseignements sur la durée de vie des individus ainsi que sur leur état de santé au moment de leur décès. Plus globalement, ils enrichissent les sources écrites et iconographiques limitées quant aux pratiques funéraires et gestes techniques exécutés par les embaumeurs lors du processus de momification. 

 

 


• À partir du 6 novembre 2015, les visiteurs pourront également visiter Djehoutihotep – 100 ans de fouilles belges en Égypte. Cette exposition thématique est organisée dans les salles Égypte en collaboration avec la KULeuven et est comprise dans le prix d’entrée de l’exposition « Sarcophages » ou des collections permanentes du Musée. 

 

 

 

Pour une lecture plus aisée :

 

http://www.artaujourdhui.info/a06983-sarcophagi-sous-les-etoiles-de-nout.html

 

Pour une lecture en anglais, avec une iconographie différente :

 

http://www.art-of-the-day.info/a06984-sarcophagi-under-the-stars-of-nut.html 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans RICH'ART
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12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 23:06
Papyrus royal de Turin

Papyrus royal de Turin

 

    Dans ma série d'articles publiés en ces mardis d'automne 2015, rééditions remaniées de ceux de septembre 2008 aux frères Champollion consacrés, je ne pouvais décemment pas, vous en conviendrez amis visiteurs, passer le Louvre sous silence, et plus spécifiquement, son Département des Antiquités égyptiennes qui fonda la raison d'être véritablement constitutive de ce blog.

 

     La boucle sera donc ainsi bouclée qui, de Figeac à Paris, en passant par Grenoble, avec mes articles des 15, 22, 29 septembre et 06 octobre, nous emmènera aujourd'hui à Turin avant de revenir à Paris la semaine prochaine, et ce, avec un éclairage bien particulier : celui de la conception muséale.

    
     Quand, sur décision royale, et au grand dam de ses éternels contempteurs français,  Jomard en tête, Champollion prend en main les rênes du Musée Charles-X, comme on l'appela un temps, il était loin d'être un novice en la matière puisqu'à son actif, il avait déjà les projets de la constitution d'un semblable département au musée de Turin. J'insiste bien : les projets, et non la mise sur pied proprement dite, car là aussi veillaient des oiseaux de mauvais augure ...  

     Champollion arrive en Italie le 7 juin 1824, et reçoit très vite des mains du comte Gaspard-Jérôme Roget de Cholex, ministre de l'Intérieur dont dépendaient les musées de la ville de Turin les nécessaires autorisations lui permettant l'accès aux salles égyptiennes.

     Il vous faut savoir, amis visiteurs, que le débarquement de la superbe collection Drovetti, quelques mois auparavant, avait constitué un événement d'une importance quasi internationale.
     

 

     Bernardino Drovetti (1776-1852) était un aventurier italien qui avait rallié l'armée de Bonaparte en Egypte. Devenu consul français à Alexandrie, et à l'instar de la majorité de ses collègues, presque tous consuls aussi, d'ailleurs, il fit du pillage systématique une sorte d'époux morganatique de l'égyptologie : il faut bien constater, sans évidemment la cautionner, que cette prédation que seul motivait l'appât du gain était dans les moeurs de ce temps. Peut-être aussi parce que personne ne se souciait encore de la notion de patrimoine historique.

     Quoi qu'il en soit, Drovetti avait constitué une superbe collection d'antiquités. En 1818, en légère disgrâce suite au changement de régime politique en France, et donc ayant besoin d'argent, il en propose une partie au roi Louis XVIII, qui la refuse. Six ans plus tard, la cour de Piémont-Sardaigne l'acquiert pour 400 000 francs de l'époque : elle fera et fait toujours la fierté du musée de Turin.

     Des pièces colossales, mais surtout une incroyable richesse de documents écrits, de monuments gravés qui n'attendaient que leur déchiffreur feront le bonheur de Jean-François Champollion. Avant son voyage projeté pour l'Egypte, il avait là sous les yeux de quoi assouvir la continuité de ses recherches philologiques : des inscriptions à profusion s'étalaient ainsi sur les quelque deux cents stèles qu'il déballait au fur et à mesure, ravi, ébahi, curieux, juvénilement enthousiaste ...

    ... plus de 50 statues égyptiennes chargées d'inscriptions historiques, plus de 200 manuscrits en hiéroglyphes, de 25 à 30 momies, de 4 à 5 000 petites figures ou statuettes portant presque toutes une légende où je trouve à butiner, écrit-il à sa famille le 16 octobre 1824.

     En mettant à profit, jour après jour, ses découvertes antérieures en matière de déchiffrement, il posera grâce à cette inestimable collection des jalons nouveaux dans la connaissance de la chronologie historique égyptienne, et plus spécifiquement, dans un premier temps, celle de la brillante XVIIIème dynastie.

     A la demande du comte de Cholex, l'étude exhaustive de ces pièces, gigantissime tâche s'il en fut, se doubla de celle des papyri du musée, pour la plupart des fragments de ce qu'il est convenu d'appeler, par facilité, le "Livre des Morts". Mais il se trouva aussi en présence de documents tout à fait exceptionnels, notamment ce que les égyptologues appellent aujourd'hui le "Papyrus royal de Turin".


 

FIGEAC, TURIN, PARIS : SE BATTRE POUR UN MUSÉE (Première Partie)
 

     Grâce à la sagacité de Champollion, nous savons maintenant que ce document constitue un véritable tableau chronologique, un canon royal de première importance pour notre connaissance des souverains qui se sont succédé sur le trône d'Egypte.         

     Mais il regrettera toute sa vie d'avoir découvert ce papyrus dans un état aussi désespérément lacunaire. Ce qu'il ignora jusqu'en décembre 1827, c'est que des fragments avaient été inqualifiablement subtilisés sur sa table de travail par Giulio Cordero di San-Quintino, le directeur du musée lui-même, jaloux qu'il était des avancées du Français en matière de déchiffrement. 

     Eh oui, en Italie aussi !!!

     Nonobstant, grâce à Champollion, et à cette extraordinaire manne de renseignements que fut la collection Drovetti à Turin, ce sont onze siècles entiers qui furent rendus à l'Histoire égyptienne, et au monde.


     Parmi tous les fragments, tous les minuscules morceaux parfois qu'il s'ingéniait à trier puis assembler, il trouva ce que, prude, il décrivit à son frère en novembre 1824, comme étant des débris d'une obscénité monstrueuse et qui donnent une bien singulière idée de la gravité et de la sagesse égyptiennes.

 

     Il venait, certains d'entre vous l'auront compris, de découvrir un papyrus particulier habituellement désigné sous l'appellation, - contestée par le grand égyptologue français Pascal Vernus -, de "Papyrus érotique de Turin" qui constitue en réalité un ensemble satirico-pornographique dont il ne subsiste plus qu'environ 2 mètres soixante de long présentant tout à la fois des scènes dans lesquelles des animaux parodient des humains - volonté donc de brosser une satire de la société égyptienne d'alors ! -, mais aussi, sur quelque 175 centimètres, des représentations d'ébats sexuels au sein desquelles une franche pornographie le dispute à une imagination exacerbée - ou des fantasmes -  dans le chef d''un scribe qui fit le choix de dessiner des sexes surdimensionnés aux  marginaux ou aux paysans qu'il caricature.

 
FIGEAC, TURIN, PARIS : SE BATTRE POUR UN MUSÉE (Première Partie)

 

    

 

    Permettez-moi, amis visiteurs, d'ouvrir une petite parenthèse pour simplement me faire - et, j'espère, vous faire - plaisir en reprenant les propres termes de P. Vernus lus dans sa remarquable étude Le Papyrus de Turin et la pornographie dans l'Égypte ancienne, publiée aux pages 108-17 du catalogue de l'exposition L'Art du contour - Le dessin dans l'Égypte ancienne, présentée en 2013 au Louvre, puis aux Musées royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles où, avec l'humour et l'excellence de la plume qui caractérisent son style, il indique que la mince ligne verticale séparant la partie pornographique de celle concédée aux parodies animalières est, je cite : d'autant moins marquée comme étant radicale qu'elle est traversée par un végétal qui, bien qu'enraciné chez les bêtes occupées à des affaires humaines, laisse quelques ramifications s'immiscer à peine chez les humains qui s'affairent comme des bêtes.      

     Et P. Vernus de conclure que ce document d'époque ramesside constitua, pour l'élite au pouvoir, une transgression des codes de bienséance rejetant traditionnellement la froide exhibition des pratiques sexuelles ; trangression destinée à la distraire, à la défouler en exploitant, je cite à nouveau, les vertus comiques de la gaudriole ...

 

    Revenons à présent, voulez-vous, à Champollion et à ses déboires, avec cette lettre écrite de Turin à son frère, le 15 novembre 1824.

 

     Une lettre de Florence m'annonce l'arrivée au lazaret de Livourne d'une énorme caisse de papyrus égyptiens appartenant à M. Salt. Il paraît que ces manuscrits sont en vente. On m'enverra sous peu une notice en gros. Mais je la recevrai seulement pour enrager, car je suis bien sûr qu'on ne voudra rien faire à Paris pour acquérir les plus importants de ces papyrus. Je voudrais que les meneurs, grands et petits, restassent un jour ou deux dans le musée de Turin pour entendre les épithètes honorifiques dont les décorent tous les Français qui visitent la collection; il n'en est pas un qui ne regrette ces monuments ravis à la France par les microscopiques idées de nos géants politiques. (...) 


     Les monuments égyptiens abonderont partout excepté en France et cela par les fantaisies obstinées de trois ou quatre faquins dont la nouvelle étude dérange les idées et les intérêts, ce qui est tout un pour eux ... Vous verrez qu'il y aura bientôt un musée égyptien dans la capitale de la République de Saint-Marin tandis que nous n'aurons à Paris que des morceaux isolés et dispersés.
 


     A Paris, en effet, Charles X avait succédé à son frère, Louis XVIII, décédé le 16 septembre 1824. Et les mêmes politiques, les mêmes "savants" envieux, Jomard en tête, toujours, - souvenez-vous de la partie de ce mauvais feuilleton de série B dans mon article de mardi dernier -, freinaient des quatre fers toute demande de Champollion d'acheter les collections d'antiquités égyptiennes qui ne cessaient d'affluer sur le continent, à Marseille comme à Livourne, arguant officiellement du fait que le couronnement du tout nouveau souverain avait coûté 2 millions de francs, et que l'heure ne pouvait qu'être aux économies.

     Jomard, toutefois, mais pour sa seule gloire personnelle, avait réussi à convaincre Charles X d'acquérir la collection Durand et n'avait de cesse de négocier l'achat de celle de Passalacqua dans l'unique but de les réunir toutes deux dans le cabinet royal des Antiques, dont il se voyait évidemment assumer la direction.

     Pendant ce temps, à Turin, suite au transfert de l'administration du musée au ministère de l'Instruction publique, et donc au remplacement du comte de Cholex, favorable à Champollion, l'organisation des salles égyptiennes et le catalogue qui devait en découler avaient échappé au savant figeacois. 

     En novembre 1825, déçu, amer, il quitta définitivement la ville, et revint à Grenoble auprès de son épouse et de sa fille. Des bruits y couraient que le souverain avait décidé de le nommer Conservateur des Antiquités égyptiennes au musée du Louvre. Très vite, un redoutable triumvirat s'érigea contre lui : le teigneux Jomard, bien sûr, révolté qu'une telle iniquité lui soit infligée, lui à qui la France et le monde devaient la réalisation de l'incontournable Description de l'Egypte ; mais aussi le comte de Forbin, Directeur général des musées et le comte de Clarac, Conservateur des Antiquités au Louvre.

     Le 25 février 1826, toutefois, après avoir appris 5 jours plus tôt que le roi, contre vents et marées, lui allouait une somme de 5 000 francs pour étudier la collection proposée à Livourne par le consul britannique au Caire, Henry Salt, et en donner une estimation définitive quant au prix d'achat éventuel, il reçoit les fonds et les papiers nécessaires pour se rendre à nouveau de l'autre côté des Alpes le mois suivant. C'est là qu'il apprendra que le 15 mai, Charles X a signé au château des Tuileries une ordonnance stipulant que la conservation des Antiques du Musée royal du Louvre formerait deux divisions : une comprenant les monuments grecs, romains et médiévaux ; l'autre, les monuments égyptiens, phéniciens, persépolitains et indous existant au musée ou pouvant y être ajoutés. Stipulant aussi que le "sieur de Clarac" dirigerait la première division, et que le "sieur Champollion le Jeune" devenait conservateur des monuments de la seconde division. Stipulant encore que, mêmement rémunérés, tous deux seraient aussi sous les ordres immédiats du comte de Forbin, Directeur général des musées. Et stipulant enfin, qu'il y aurait chaque année un cours public et gratuit d'archéologie et que lui, Champollion, en assurerait la charge.

     Moment de pure joie à Turin, tandis qu'à Paris, vous vous en doutez, les sempiternels factieux veillaient à ce que de nouveaux nuages s'amoncelassent : c'est ce que je me propose d'aborder avec vous, amis visiteurs, mardi prochain, 20 octobre.

 

 

(Andreu/Rutschowscaya/Ziegler : 1997, 18 ; Hartleben : 1983, 269-396 ; Lacouture : 322-55, 380-401 ; Rosenberg : 2007, passim ; )

 

 

 

     Ce document écrit demeure à l'heure actuelle le seul connu dans toute la littérature égyptologique.

 

     Pour la petite histoire, j'ajouterai et qui, par parenthèse, ne fut scientifiquement publié qu'à partir de 1971 !!


 



     Au Musée de Turin, il a été retiré des vitrines et devenu inaccessible au public depuis plus de soixante ans ! 

     Hypocrite censure, quand tu nous tiens ... 
     

     Une lettre de Florence m'annonce l'arrivée au lazaret de Livourne d'une énorme caisse de papyrus égyptiens appartenant à M. Salt. Il paraît que ces manuscrits sont en vente. On m'enverra sous peu une notice en gros. Mais je la recevrai seulement pour enrager, car je suis bien sûr qu'on ne voudra rien faire à Paris pour acquérir les plus importants de ces papyrus. Je voudrais que les meneurs, grands et petits, restassent un jour ou deux dans le musée de Turin pour entendre les épithètes honorifiques dont les décorent tous les Français qui visitent la collection; il n'en est pas un qui ne regrette ces monuments ravis à la France par les microscopiques idées de nos géants politiques. (...) 
     Les monuments égyptiens abonderont partout excepté en France et cela par les fantaisies obstinées de trois ou quatre faquins dont la nouvelle étude dérange les idées et les intérêts, ce qui est tout un pour eux ... Vous verrez qu'il y aura bientôt un musée égyptien dans la capitale de la République de Saint-Marin tandis que nous n'aurons à Paris que des morceaux isolés et dispersés.


     A Paris, en effet, Charles X avait succédé à son frère, Louis XVIII, décédé le 16 septembre 1824. Et les mêmes politiques, les mêmes "savants" envieux, Jomard en tête, toujours, (revoir la partie de ce mauvais feuilleton de série B dans mon article de mardi dernier), freinaient des quatre fers toute demande de Champollion d'acheter les collections d'antiquités égyptiennes qui ne cessaient d'affluer sur le continent, à Marseille comme à Livourne, arguant officiellement du fait que le couronnement du tout nouveau souverain avait coûté 2 millions de francs, et que l'heure ne pouvait qu'être aux économies.

     Jomard, toutefois, mais pour sa seule gloire personnelle, avait réussi à convaincre Charles X d'acquérir la collection Durand et n'avait de cesse de négocier l'achat de celle de Passalacqua dans l'unique but de les réunir toutes deux dans le cabinet royal des Antiques, dont il se voyait déjà assumer la direction.

     Pendant ce temps, à Turin, suite au transfert de l'administration du musée au ministère de l'Instruction publique, et donc au remplacement du comte de Cholex, favorable à Champollion, l'organisation des salles égyptiennes et le catalogue qui devait en découler avaient échappé au philologue Français. 

     En novembre 1825, déçu, il quitta définitivement la ville, et revint à Grenoble auprès de son épouse et de sa fille. Des bruits y couraient que le souverain avait décidé de le nommer Conservateur des Antiquités égyptiennes au musée du Louvre. Très vite, un redoutable triumvirat s'érigea contre lui : le teigneux Jomard, bien sûr, révolté qu'une telle iniquité lui soit infligée, lui à qui la France et le monde devaient la réalisation de l'incontournable Description de l'Egypte; le comte de Forbin, Directeur général des musées et le comte de Clarac, Conservateur des antiquités au Louvre.

     Le 25 février 1826, toutefois, après avoir appris 5 jours plus tôt que le roi, contre vents et marées, lui allouait une somme de 5 000 francs pour étudier la collection proposée à Livourne par le consul britannique au Caire, Henry Salt, et en donner une estimation définitive quant au prix d'achat éventuel, il reçoit les fonds et les papiers nécessaires pour se rendre de l'autre côté des Alpes, le mois suivant. C'est là qu'il apprendra que le 15 mai, Charles X a signé au château des Tuileries une ordonnance stipulant que la conservation des antiques du musée royal du Louvre formerait deux divisions : une comprenant les monuments grecs, romains et médiévaux; l'autre, les monuments égyptiens, phéniciens, persépolitains et indous existant au musée ou pouvant y être ajoutés. Stipulant aussi que le "sieur de Clarac" dirigerait la première division, et que le "sieur Champollion le Jeune" devenait conservateur des monuments de la seconde division. Stipulant encore que, mêmement rémunérés, tous deux seraient aussi sous les ordres immédiats du comte de Forbin, Directeur général des musées. Et stipulant enfin, qu'il y aurait chaque année un cours public et gratuit d'archéologie et que lui, Champollion, en assurerait la charge.

     Moment de pure joie à Turin ...

     Sur Paris, bien évidemment, de nouveaux nuages s'amoncelaient : c'est ce que je me propose de vous raconter, amis visiteurs, mardi prochain, 20 octobre.

 

 

(Andreu/Rutschowscaya/Ziegler : 1997, 18 ; Hartleben : 1983, 269-396 ; Lacouture : 322-55, 380-401 ; Rosenberg : 2007, passim)

 

     Ce document écrit demeure à l'heure actuelle le seul connu dans toute la littérature égyptologique.

 

     Pour la petite histoire, j'ajouterai et qui, par parenthèse, ne fut scientifiquement publié qu'à partir de 1971 !!


 



     Au Musée de Turin, il a été retiré des vitrines et devenu inaccessible au public depuis plus de soixante ans ! 

     Hypocrite censure, quand tu nous tiens ... 
     

     Une lettre de Florence m'annonce l'arrivée au lazaret de Livourne d'une énorme caisse de papyrus égyptiens appartenant à M. Salt. Il paraît que ces manuscrits sont en vente. On m'enverra sous peu une notice en gros. Mais je la recevrai seulement pour enrager, car je suis bien sûr qu'on ne voudra rien faire à Paris pour acquérir les plus importants de ces papyrus. Je voudrais que les meneurs, grands et petits, restassent un jour ou deux dans le musée de Turin pour entendre les épithètes honorifiques dont les décorent tous les Français qui visitent la collection; il n'en est pas un qui ne regrette ces monuments ravis à la France par les microscopiques idées de nos géants politiques. (...) 
     Les monuments égyptiens abonderont partout excepté en France et cela par les fantaisies obstinées de trois ou quatre faquins dont la nouvelle étude dérange les idées et les intérêts, ce qui est tout un pour eux ... Vous verrez qu'il y aura bientôt un musée égyptien dans la capitale de la République de Saint-Marin tandis que nous n'aurons à Paris que des morceaux isolés et dispersés.


     A Paris, en effet, Charles X avait succédé à son frère, Louis XVIII, décédé le 16 septembre 1824. Et les mêmes politiques, les mêmes "savants" envieux, Jomard en tête, toujours, (revoir la partie de ce mauvais feuilleton de série B dans mon article de mardi dernier), freinaient des quatre fers toute demande de Champollion d'acheter les collections d'antiquités égyptiennes qui ne cessaient d'affluer sur le continent, à Marseille comme à Livourne, arguant officiellement du fait que le couronnement du tout nouveau souverain avait coûté 2 millions de francs, et que l'heure ne pouvait qu'être aux économies.

     Jomard, toutefois, mais pour sa seule gloire personnelle, avait réussi à convaincre Charles X d'acquérir la collection Durand et n'avait de cesse de négocier l'achat de celle de Passalacqua dans l'unique but de les réunir toutes deux dans le cabinet royal des Antiques, dont il se voyait déjà assumer la direction.

     Pendant ce temps, à Turin, suite au transfert de l'administration du musée au ministère de l'Instruction publique, et donc au remplacement du comte de Cholex, favorable à Champollion, l'organisation des salles égyptiennes et le catalogue qui devait en découler avaient échappé au philologue Français. 

     En novembre 1825, déçu, il quitta définitivement la ville, et revint à Grenoble auprès de son épouse et de sa fille. Des bruits y couraient que le souverain avait décidé de le nommer Conservateur des Antiquités égyptiennes au musée du Louvre. Très vite, un redoutable triumvirat s'érigea contre lui : le teigneux Jomard, bien sûr, révolté qu'une telle iniquité lui soit infligée, lui à qui la France et le monde devaient la réalisation de l'incontournable Description de l'Egypte; le comte de Forbin, Directeur général des musées et le comte de Clarac, Conservateur des antiquités au Louvre.

     Le 25 février 1826, toutefois, après avoir appris 5 jours plus tôt que le roi, contre vents et marées, lui allouait une somme de 5 000 francs pour étudier la collection proposée à Livourne par le consul britannique au Caire, Henry Salt, et en donner une estimation définitive quant au prix d'achat éventuel, il reçoit les fonds et les papiers nécessaires pour se rendre de l'autre côté des Alpes, le mois suivant. C'est là qu'il apprendra que le 15 mai, Charles X a signé au château des Tuileries une ordonnance stipulant que la conservation des antiques du musée royal du Louvre formerait deux divisions : une comprenant les monuments grecs, romains et médiévaux; l'autre, les monuments égyptiens, phéniciens, persépolitains et indous existant au musée ou pouvant y être ajoutés. Stipulant aussi que le "sieur de Clarac" dirigerait la première division, et que le "sieur Champollion le Jeune" devenait conservateur des monuments de la seconde division. Stipulant encore que, mêmement rémunérés, tous deux seraient aussi sous les ordres immédiats du comte de Forbin, Directeur général des musées. Et stipulant enfin, qu'il y aurait chaque année un cours public et gratuit d'archéologie et que lui, Champollion, en assurerait la charge.

     Moment de pure joie à Turin ...

     Sur Paris, bien évidemment, de nouveaux nuages s'amoncelaient : c'est ce que je me propose de vous raconter, amis visiteurs, mardi prochain, 20 octobre.

 

 

(Andreu/Rutschowscaya/Ziegler : 1997, 18 ; Hartleben : 1983, 269-396 ; Lacouture : 322-55, 380-401 ; Rosenberg : 2007, passim)

     Ce document écrit demeure à l'heure actuelle le seul connu dans toute la littérature égyptologique.

 

     Pour la petite histoire, j'ajouterai et qui, par parenthèse, ne fut scientifiquement publié qu'à partir de 1971 !!


 



     Au Musée de Turin, il a été retiré des vitrines et devenu inaccessible au public depuis plus de soixante ans ! 

     Hypocrite censure, quand tu nous tiens ... 
     

     Une lettre de Florence m'annonce l'arrivée au lazaret de Livourne d'une énorme caisse de papyrus égyptiens appartenant à M. Salt. Il paraît que ces manuscrits sont en vente. On m'enverra sous peu une notice en gros. Mais je la recevrai seulement pour enrager, car je suis bien sûr qu'on ne voudra rien faire à Paris pour acquérir les plus importants de ces papyrus. Je voudrais que les meneurs, grands et petits, restassent un jour ou deux dans le musée de Turin pour entendre les épithètes honorifiques dont les décorent tous les Français qui visitent la collection; il n'en est pas un qui ne regrette ces monuments ravis à la France par les microscopiques idées de nos géants politiques. (...) 
     Les monuments égyptiens abonderont partout excepté en France et cela par les fantaisies obstinées de trois ou quatre faquins dont la nouvelle étude dérange les idées et les intérêts, ce qui est tout un pour eux ... Vous verrez qu'il y aura bientôt un musée égyptien dans la capitale de la République de Saint-Marin tandis que nous n'aurons à Paris que des morceaux isolés et dispersés.


     A Paris, en effet, Charles X avait succédé à son frère, Louis XVIII, décédé le 16 septembre 1824. Et les mêmes politiques, les mêmes "savants" envieux, Jomard en tête, toujours, (revoir la partie de ce mauvais feuilleton de série B dans mon article de mardi dernier), freinaient des quatre fers toute demande de Champollion d'acheter les collections d'antiquités égyptiennes qui ne cessaient d'affluer sur le continent, à Marseille comme à Livourne, arguant officiellement du fait que le couronnement du tout nouveau souverain avait coûté 2 millions de francs, et que l'heure ne pouvait qu'être aux économies.

     Jomard, toutefois, mais pour sa seule gloire personnelle, avait réussi à convaincre Charles X d'acquérir la collection Durand et n'avait de cesse de négocier l'achat de celle de Passalacqua dans l'unique but de les réunir toutes deux dans le cabinet royal des Antiques, dont il se voyait déjà assumer la direction.

     Pendant ce temps, à Turin, suite au transfert de l'administration du musée au ministère de l'Instruction publique, et donc au remplacement du comte de Cholex, favorable à Champollion, l'organisation des salles égyptiennes et le catalogue qui devait en découler avaient échappé au philologue Français. 

     En novembre 1825, déçu, il quitta définitivement la ville, et revint à Grenoble auprès de son épouse et de sa fille. Des bruits y couraient que le souverain avait décidé de le nommer Conservateur des Antiquités égyptiennes au musée du Louvre. Très vite, un redoutable triumvirat s'érigea contre lui : le teigneux Jomard, bien sûr, révolté qu'une telle iniquité lui soit infligée, lui à qui la France et le monde devaient la réalisation de l'incontournable Description de l'Egypte; le comte de Forbin, Directeur général des musées et le comte de Clarac, Conservateur des antiquités au Louvre.

     Le 25 février 1826, toutefois, après avoir appris 5 jours plus tôt que le roi, contre vents et marées, lui allouait une somme de 5 000 francs pour étudier la collection proposée à Livourne par le consul britannique au Caire, Henry Salt, et en donner une estimation définitive quant au prix d'achat éventuel, il reçoit les fonds et les papiers nécessaires pour se rendre de l'autre côté des Alpes, le mois suivant. C'est là qu'il apprendra que le 15 mai, Charles X a signé au château des Tuileries une ordonnance stipulant que la conservation des antiques du musée royal du Louvre formerait deux divisions : une comprenant les monuments grecs, romains et médiévaux; l'autre, les monuments égyptiens, phéniciens, persépolitains et indous existant au musée ou pouvant y être ajoutés. Stipulant aussi que le "sieur de Clarac" dirigerait la première division, et que le "sieur Champollion le Jeune" devenait conservateur des monuments de la seconde division. Stipulant encore que, mêmement rémunérés, tous deux seraient aussi sous les ordres immédiats du comte de Forbin, Directeur général des musées. Et stipulant enfin, qu'il y aurait chaque année un cours public et gratuit d'archéologie et que lui, Champollion, en assurerait la charge.

     Moment de pure joie à Turin ...

     Sur Paris, bien évidemment, de nouveaux nuages s'amoncelaient : c'est ce que je me propose de vous raconter, amis visiteurs, mardi prochain, 20 octobre.

 

 

(Andreu/Rutschowscaya/Ziegler : 1997, 18 ; Hartleben : 1983, 269-396 ; Lacouture : 322-55, 380-401 ; Rosenberg : 2007, passim)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Rééditions
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