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16 janvier 2015 5 16 /01 /janvier /2015 00:00

 

 

     Le deuxième volet de nos réflexions accordées aux chiens familiers dans la civilisation égyptienne portera ce matin, grâce à la réédition d'un article publié le 1er février 2011, sur leur assimilation à des divinités, l'exposition au Louvre-Lens qu'ici modestement j'illustre présentant une superbe tête de chien (E 11285 bis).

 

 

 

Tete-de-chien--E-11285-bis---c-Martine-.jpg

(Merci à Martine, Présidente de l'Association Papyrus, Lille, pour m'avoir offert cette photographie tout récemment prise à Lens) 

 

 

 

     Si cela vous intéresse, amis visiteurs, vous n'avez plus qu'à cliquer sur le lien ci-après pour en prendre connaissance :

 

     De la déification cultuelle des canidés

 

 

     Excellente lecture à toutes et à tous.

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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 00:00

 

 

     Toujours en étroite relation avec le Louvre-Lens, je voudrais cette semaine, amis visiteurs, évoquer un deuxième animal familier dans l'Égypte ancienne : le chien.

 

     Parce que cette maman allaitant ses petits (E 11557 - © Louvre, C. Décamps),  

 

 

 E 11557

 

 

un des reliefs choisis par les concepteurs de l'exposition, figurait également dans la vitrine 3 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, à Paris, à côté des chats qui ont tout récemment retenu votre attention, j'eus, sur mon blog  à partir de janvier 2011, l'opportunité de déjà rédiger quelques articles les concernant.

 

     C'est le premier d'entre eux que je voudrais ce matin vous permettre de (re) découvrir, en cliquant sur le titre ci-après : Les chiens familiers : une introduction

 

 

     Excellente lecture à toutes et à tous.     

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 00:00

 

     Je vous propose ce matin, amis visiteurs, toujours dans le cadre de notre étude des chats de l'Égypte antique dont vous pouvez admirer certains exemplaires à l'exposition qui se déroule actuellement au Louvre-Lens, de (re)découvrir les deux derniers articles que je leur avais consacrés à l'automne 2010.

 

 

Papyrus-d-Ani--Pl.-10----Le-Grand-Chat-d-Heliopolis-et-le-.jpg

 

 

 

     *  30/11/2010 : Le Grand Chat d'Héliopolis

 

 

     * 07/12/2010 : Le chat dans la pharmacopée égyptienne

 

 

     Excellente lecture à toutes et à tous.

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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 00:03

 

      Dans le cadre de notre étude des chats de l'Égypte antique dont vous pouvez admirer certains à l'exposition qui se déroule actuellement au Louvre-Lens, je vous propose aujourd'hui, amis visiteurs, de relire deux anciennes interventions de l'automne 2010 :

 

 

N-2678-B--c-C.-Decamps-.jpg

 

 

     *  26/10/2010 : "Le petit chat est mort"


 

     *  23/11/2010 : "Un chat sachant chasser ..."

 

 

 

     Excellente lecture à toutes et tous ...

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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 06:00

 

 

     Poursuivant notre étude des chats de l'Égypte antique dans le cadre de l'exposition qui se déroule actuellement au Louvre-Lens, je vous propose aujourd'hui, amis visiteurs, de relire les deux anciennes interventions de l'automne 2010 qui mettaient l'accent sur l'association de ces petits félidés avec la déesse Bastet.

 

 

Salle-5---Vitrine-3---Chats--c-SAS-.jpg

 

 

     * 12/10/2010 : A Bastet associés ... (Première partie)

 

 

     * 19/10/2010 : A Bastet associés ... (Seconde partie)

 

 

 

     Excellente lecture à toutes et à tous ...

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6 janvier 2015 2 06 /01 /janvier /2015 00:00

 

 

     Mardi dernier, je vous fis cadeau d'une visite d'un petit quart d'heure en compagnie de deux égyptologues du Musée de Mariemont à l'expostition qui se tient actuellement au Louvre-Lens jusqu'au 9 mars prochain, avant de partir pour un an en Espagne : à Madrid, d'abord, du 31 mars au 23 août, à Barcelone ensuite, du 22 septembre jusqu'au 10 janvier 2016.


     Dédiée au "règne animal dans l'Égypte ancienne", comme la sous-titre la première de couverture du catalogue,


 

Couverture-catalogue-expo.jpg

 

 

cette manifestation d'envergure présente en parallèle squelettes et spécimens naturalisés de diverses espèces prêtées par les musées d'Histoire naturelle de Paris, de Lille, de Barcelone et de Madrid et pièces antiques du Musée égyptien de Barcelone et surtout du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

     Ce sont ces dernières qui retiendront à partir d'aujourd'hui notre attention dans la mesure où j'eus l'opportunité de consacrer un certain nombre d'articles à celles que nous rencontrâmes dans les cinq premières salles qu'ensemble, vous et moi, nous avons arpentées depuis la création de ce blog en mars 2008.

 

     Aussi, en ce mois de janvier un peu particulier pour l'avenir d'ÉgyptoMusée - vous avez tous tant participé au débat depuis dimanche, ici, mais aussi sur Facebook et par courriels privés, que vous ne pouvez l'avoir oublié ! -, ai-je jugé utile, à défaut de pouvoir nous rendre à Lens, de vous proposer de les redécouvrir.

 

     Permettez-moi d'entamer ces petites piqûres de rappel avec un des animaux "fétiches" des Égyptiens, - vous aurez évidemment reconnu le chat ! -, abondamment présent à l'exposition, et de dédier en toute sympathie cette mienne intervention à Marie, une amie résidant sur les bords du Nil, et cela, pour une raison qu'elle comprendra aisément.

 

     Voici donc, sous forme de table des matières précédée à chaque fois des dates de parution sur lesquelles il vous suffira de cliquer, ce qu'à l'automne 2010, nous apprîmes sur ces petits félidés.

 

     Commençons, voulez-vous, par relire trois articles "préparatoires" à l'ensemble qui en comportera neuf.

 

       

     *  21/09/2010 : Une introduction.

 

 

     * 28/09/2010 : Le chat égyptien dans la littérature gréco-romaine

 

 

     *  05/10/2010 : "Miou" ...

 

 

     Excellentes premières lectures à toutes et à tous ; et à très bientôt pour la suite ...  

 

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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 00:00

 

     Je lançai mon cheval au galop et je l'arrêtai devant le sphinx rose qui sortait des sables rosés par le reflet du soleil couchant. Enfoui jusqu'au poitrail, rongé, camard, dévoré par l'âge, tournant le dos au désert et regardant le fleuve, ressemblant par-derrière à un incommensurable champignon et par-devant à quelque divinité précipitée sur terre des hauteurs de l'empyrée, il garde encore, malgré ses blessures, je ne sais quelle sérénité puissante et terrible qui frappe à son aspect et vous saisit jusqu'au profond du coeur.

 

 


 

Maxime DU CAMP

Le Nil ou Lettres sur l'Égypte et la Nubie

 

dans JOUFFROY Anne et RENARD Hélène

L'Égypte. Écrivains et savants archéologues

 

Collection "Les Académiciens racontent ..."

 Paris, Flammarion, 2014

pp.159-60.

  

 

 

 

     C'est bercé par les mélodieuses sonorités du oud d'Anouar Brahem dans Souvenance, la dernière création de ce compositeur tunisien, que j'ai entamé la lecture, un dimanche après-midi, d'un ouvrage que le bien sympathique saint Nicolas avait la nuit précédente déposé au pied de l'âtre : il s'agit de souvenirs d'académiciens évoquant l'Égypte dans lesquels j'ai choisi l'extrait ci-dessus en guise d'exergue à notre dernier rendez-vous, amis visiteurs, avant que commencent, samedi prochain, les vacances de fin d'année dans l'Enseignement belge ... et français aussi, je présume.

 

     Voilà donc l'impression, alors qu'il était encore grandement enfoui dans le sable du désert, qu'"Abu'l Hôl", le Père la terreur, comme le désignent les Arabes, laissa au photographe français Maxime Du Camp (1822-1894), devenu tout pâle, ainsi que le consigna dans ses notes son ami Gustave Flaubert qui l'accompagnait, sacrifiant tous deux, après Gérard de Nerval et bien d'autres, au sempiternel "Voyage en Orient" et à l'incontournable visite du plateau de Guizeh.

 

***  

 

     Quand je le vis, de loin d'abord, dans sa vitrine au milieu de la salle, m'accueillant à l'entrée de la deuxième des quatre sections de l'exposition Sésostris III au Palais des Beaux-Arts de Lille, incrédule, je pense que je me ruai plus que je ne m'approchai comme tout visiteur lambda eût dû le faire : jamais je n'avais rencontré oeuvre semblable. 

     Ébloui, déconcerté, sans voix, au point qu'au premier regard, je n'avais même pas remarqué qu'il manquait les pattes antérieures du lion, bizarrement sectionnées de haut en bas.


      Sesostris-III---Sphinx-en-gneiss---Metropolitan-Museum-of-.jpg

 

 

     J'entendais bien les rumeurs, unanimes dans leur étonnement, qui m'arrivaient. Sur le moment, je n'y pris garde, littéralement subjugué. Subjugué par tant de beauté. Subjugué par tant d'élégance, d'harmonie, de grâce, de magnificence. Subjugué par le sphinx en soi, certes, mais aussi par la pierre veinée de diverses nuances de gris - du gneiss d'anorthosite - dans laquelle, voici plus de 4000 ans un homme talentueux, un anonyme, lui avait donné vie.

     

     Absolument superbe. 

     Pas un des, mais assurément LE chef-d'oeuvre de l'exposition ! 

     Pur plaisir des yeux.

   

     Oh ! Je sais : mes propos excessifs, dithyrambiques lasseront peut-être : "Vous nous avez déjà tenu semblable discours devant le linteau de Médamoud", oseront, à juste titre, me reprocher certains d'entre vous.

 

     Mais ici, en présence de ce petit monument, - ai-je pâli moi aussi, comme le remarque Flaubert de son ami Du Camp au pied, lui, du grand ancêtre de Guizeh ? De battre, mon coeur ne s'est évidemment point arrêté ; bien au contraire : je l'ai plutôt senti s'emporter. M'emporter -, en présence de ce petit monument, disais-je, frissons d'émotion et larmes perlant. Subrepticement. Un court instant.

                  


     Si plusieurs campagnes de fouilles sous-marines successives menées d’octobre 1994 à juin 1998 par le Centre d’études alexandrines (CEA) à l’extrême est de l’île de Pharos, dans le port d’Alexandrie, permirent de retirer des eaux un important ensemble d’une trentaine de nouveaux exemplaires de sphinx provenant vraisemblablement du grand sanctuaire solaire d’Héliopolis, dont un attribué à Sésostris III, celui du même monarque ici devant nous n'a pas encore dévoilé son lieu d'origine, même si l'égyptologue égyptien Labib Habachi (1906-1984) suppute que ce puisse être Karnak où il aurait alors intégré une paire : il a en effet retrouvé dans un dépôt de blocs proche du petit temple de Ramsès III des fragments d'une pièce manifestement réalisée dans ce même gneiss anorthositique - matériau si rarement utilisé dans la statuaire -, extrait des anciennes carrières de Chephren en Basse-Nubie (Gebel el-Asr, Soudan actuel), quelque 65 kilomètres à l'ouest d'Abou Simbel.


     Après qu'il les eut réassemblés, il devint pour lui évident qu'il avait entre les mains un sphinx de Sésostris III, quasiment identique à celui-ci, que l'on sait avoir été offert au Metropolitan Museum of Art de New York en 1917 par le grand philanthrope américain Edward Stephen Harkness (1874-1940), sauf qu'il était devenu acéphale et privé d'arrière-train.

 

     Couché sur un socle dont toute la partie avant fut irrémédiablement tranchée, amputant ainsi l'animal de ses membres antérieurs, mesurant 42,5 centimètres de hauteur, 29,3 de largeur et 73 de longueur, le "sphinx new yorkais" est sculpté dans la pose traditionnelle qui fit référence durant toute la civilisation égyptienne, période ptolémaïque comprise (ceux que je viens de mentionner ci-avant exposés notamment au Musée national d’Alexandrie le prouvant sans conteste) : deux pattes s'étendant à plat vers l’avant, les deux autres, postérieures, repliées et la queue s’enroulant soit sur la cuisse droite, comme ici, soit sur la gauche ; détail particulier puisque les lions au repos présentent en réalité une queue allongée sur le côté.


     Sur la poitrine, non pas un cartouche, censé symboliser tout ce que le soleil entoure mais un serekh,

 

 

Sesostris-III---Serekh-du-Sphinx-du-M.M.A--c-A.-Guilleux-.jpg

 

       

comprenez : un rectangle figurant le plan de la façade du palais royal, lui aussi tronqué, dans lequel on retrouve les hiéroglyphes confirmant le nom de trône de Sésostris III que, déjà, vous connaissez : Khakaourê (les Kaou de Rê apparaissent), précédé de la mention Netjer Kheperou (divin dans ses apparences), et surmonté du faucon Horus, le tout encadré par un autre rectangle.   

 

 

       

     Le sphinx : entité hybride ; osmose entre un corps de lion et la tête d'un souverain.

     Le sphinx : symbole solaire. 

     

     Le sphinx : gardien des portes des temples. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si, à partir du Nouvel Empire, ils flanquent, par paires, les allées menant à certains grands sanctuaires - ce que les égyptologues nomment des dromos -, le long desquelles s'alignaient parfois des dizaines d'entre eux, se faisant face les uns par rapport aux autres.

 

     Parfois, ce ne sont pas des têtes de souverains qui surmontent ces corps de lions, mais bien de faucons ou de béliers aux cornes enroulées : les premiers sont dits sphinx hiéracocéphales et les seconds, criocéphales (ou criosphinx). Ces derniers symbolisent le dieu Amon-Rê : raison pour laquelle, si vous vous êtes déjà rendus à Thèbes, vous les aurez croisés en vous avançant vers le premier pylône du temple de Karnak.


 

 Criosphinx--c-Marie-Luxor-.jpg

 

 

     L’Egypte étant le pays par excellence de l’hybridation, - le Proche-Orient qui l'est tout autant n'y est probablement pas étranger ! -, des représentations de la déesse Hathor au visage féminin doté d’oreilles de vache, du dieu Thot à tête d’Ibis ou Montou, de faucon, - nous l'avons constaté la semaine dernière -, sont foison dans les départements d’antiquités égyptiennes des musées du monde entier.

 

     Si tous ont des corps humains pourvus d’une tête animale, avec les sphinx, il s'agit exactement de l’inverse : nous sommes devant un lion affublé du visage d'un monarque : en l'occurrence, ici, celui de Sésostris III.


 

Sésostris III - Sphinx gneiss Metropolitan Museum

© MMA

 

 

 

     Mais quelle qu'elle soit, cette hybridation relève d’une tentative des Égyptiens de se donner une image de l’essence divine : l'aspect anthropomorphe évoque l’individuation de l’être, tandis que le concept de zoomorphisme inclut l’espèce tout entière.

 

     Dans le cas du sphinx, l’individu en tant que tel est présent, voire identifiable par son visage : c’est celui d'un souverain, 


 

Sphinx gneiss avec barbe tressée

© MMA

 

la courte barbe postiche et la coiffure, - le némès -, aux pans retombant en parfaite harmonie sur le poitrail et se terminant dans le dos en une sorte de catogan de cheveux tressés, en attestent.

 

 

     Observez la finesse de ce plan facial, avec les incisions horizontales des côtés de la coiffe encadrant celles, mixtes, de la barbe tressée, toutes répondant en un jeu d'extrême raffinement aux stries verticales de la crinière.

 

 

Sphinx gneiss avec catogan

© MMA

 

 

     Observez, de chaque côté, l'extraordinaire rendu anatomique de l'animal, le modelé naturaliste de l'arrière-train, des épaules, et surtout des flancs, avec leurs harmonieux plis de peau élégamment indiqués de la patte postérieure vers l'antérieure.

 

     Observez la gracieuse courbure de sa queue dont le toupet tressé, stylisé, vient négligemment se lover sur le haut de la cuisse droite.

 

     Observez la dextérité avec laquelle le lapicide a profité des veines de la pierre pour accentuer la nervosité des lignes de ce corps.


     Serait-ce simplement de l'art, amis visiteurs ? Ou cela confine-t-il au génie ? 

 

 

     Les têtes de sphinx surmontent un corps léonin, parangon s’il en est de la force, de la puissance, de la supériorité physique : c’est donc par le truchement de l’animalité que le souverain pouvait, depuis la IVème dynastie (Ancien Empire), transcender sa condition humaine et participer du divin.


     N'estimez-vous pas que si l'on veut strictement respecter le canon des proportions, le faciès de Sésostris III que nous avons devant nous, émergeant véritablement du massif des épaules de l'animal, paraît bien trop petit par rapport à sa corpulence ? 

  

     Dès lors, et la question se pose à mon sens avec acuité : que doit-on retenir de cette figuration ? L'agressive puissance du lion, métaphore d'un pouvoir royal redoutable pour l'ennemi éventuel ou les traits volontairement accentués d'un monarque souhaitant imprimer dans la pierre toutes les vertus qu'en principe un âge d'homme mûr autorise ?

 

           Et pourquoi pas les deux à la fois ? 

 

     Nous retrouverions ainsi avec ce superbe sphinx "américain",  les concepts véhiculés par les statues en ronde-bosse du roi que nous a révélées la première section de la salle, ainsi que le relief de Médamoud où le langage des traits exagérément marqués traduisait sans conteste la volonté propagandiste de faire comprendre à un peuple qui n'avait pas les compétences nécessaires pour accéder à une littérature exprimant la même idéologie politique, que son chef, son guide, son souverain était investi de toutes les qualités de clairvoyance, d'écoute, de guidance, de soutien militaire éventuel, qualités qui le plus souvent constituent l'apanage d'une certaine maturité de vie.

     Bref, qu'il était l'homme idéal, providentiel, désigné par les dieux pour mener l'Égypte sur le chemin de la Maât ...     

 

     


 

BIBLIOGRAPHIE


 

 

CHERPION  Nadine

Conseils pour photographier un sphinx, dans Amosiadès. Mélanges offerts au Professeur Claude Vandersleyen par ses anciens étudiants, édités par Claude Obsomer et Anne-Laure Oosthoeck, Louvain-la-Neuve, 1992, pp. 61-70.

 

 

HABACHI Labib

The gneiss Sphinx of Sesostris III : Counterpart and Provenance, Metropolitan Museum Journal 19/20, New York, MMA 1986, pp. 11-6. 

 

 

HAYES  William C.

The Scepter of Egyt - A background for the study of the Egyptian Antiquities in the Metropolitan Museum of Art, Volume I : From the earliest times to the end of the Middle Kingdom, New York,  MMA, 1990, pp. 198-99. dans 

 

 

 

POUWELS  Clément

Sphinx de Sésostris III, dans Sésostris III, Pharaon de légende, Catalogue de l'exposition au Palais des Beaux-Arts de Lille, Gand, Snoeck, 2014, p. 47.

 

 

SHAW Ian,  BLOXAM Elisabeth, HELDAL  Tom, STOREMYR  Per

 Quarrying and landscape at Gebel el-Asr in the Old and Middle Kingdoms, dans Recent discoveries and latest researches in Egyptology. Proceedings of the first neapolitan Congress in Egyptology, Naples, June 18th-20th 2008, édités par Francesco Raffaele, Massimiliano Nuzzolo et Ilaria Incordino, Wiesbaden, Harrassowitz Verlag, 2010, pp. 293-312.

 

  

 

ZIVIE-COCHE  Christiane

Sphinx ! Le Père la terreur, Paris, Ed. Noêsis, 1997, pp. 19-22 ; et 28.

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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 00:00

 

     Les offrandes sont présentées en général à une seule divinité, qu'elle soit escortée ou non d'un ou plusieurs autres dieux.

(...)

     Les tableaux constituent un hommage perpétuel, ils sont aussi et surtout une demande de réciprocité : "Je te donne du pain pour que tu me garantisses la nourriture".

 

 

 

Sylvie  CAUVILLE

L'offrande aux dieux dans le temple égyptien

 

Louvain, Peeters, 2011

p. 13

 

 

 

    Mardi dernier, ici même, au Palais des Beaux-Arts de Lille, nous avons vous et moi, amis visiteurs, commencé de découvrir une des merveilles que recèle la remarquable exposition dédiée à Sésostris III et à son époque (Moyen Empire, XIIème dynastie) : le linteau de Médamoud, (E 13983), appartenant au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, à Paris.

 

 

   Sésostris III - Linteau Louvre E 13983 - (© Ch. Décamps

(© Louvre - Ch. Décamps)

 

 

     Il va de soi que je ne reprendrai pas ce matin l'exposé que je vous ai alors présenté, sauf sur un point : Sésostris III, "dédoublé", fait l'oblation de produits de boulangerie (pain et gâteau) à un dieu ; et que j'entends poursuivre l'analyse engagée en posant la question qui me paraît à présent essentielle : qui est ce dieu figuré aux extrémités du monument ?

 

     Deux possibilités vous sont données : ou vos connaissances en égyptologie sont suffisantes pour que vous soyez à même d'identifier la représentation anthropo-zoomorphe typique du dieu Montou : corps humain et tête de faucon que couronne le disque solaire surmonté de deux hautes rémiges et agrémenté du double uraeus royal, déesse se présentant sous l’aspect d’un cobra femelle, en fureur, prête à cracher son venin brûlant, dressant sa gorge dilatée et personnifiant l’oeil de Rê, protecteur du roi ;

ou elles sont plus pointues, et vous portez immédiatement votre regard sur les hiéroglyphes qui, de chaque côté, surmontent la coiffe du dieu.

 

 

Sesostris-III---Au-dessus-des-remiges-du-dieu----c--Ch.-.jpg

 

 

     Pour y lire, de haut en bas et de droite vers la gauche, trois signes superposés et la petite caille, l'ensemble formant le nom Montou ; puis, quatre signes gravés en dessous de l'oisillon, se traduisant par Seigneur d'Ouaset, soit : Dieu du nome de Thèbes.

 

     Vous aurez évidemment remarqué qu'à l'instar de Sésostris III sur lequel nous nous sommes plus particulièrement attardés la semaine dernière, le dieu est lui aussi entouré de colonnes de hiéroglyphes.

 

     Que vous apprennent-elles ? 

 

 

Sesostris-III---E-13983---Portion-gauche--c--Ch.-Decamps.jpg

(© Louvre - Ch. Décamps)

 


     À gauche, devant le dieu : Paroles dites : Je t'ai donné toute santé et toute joie, comme Rê. 

 

     Et derrière lui : (Montou, Seigneur d'Ouaset), Puisse-t-il donner toute vie, toute pérennité, tout pouvoir et toute santé, comme Rê, à jamais.

 

 

     À droite : 

 

Sesostris-III---E-13983---Portion-droite--c--Ch.-Decamps.jpg

(© Louvre - Ch. Décamps)

 

 

la colonne devant le dieu diffère ici quelque peu par rapport à celle que nous venons de déchiffrer dans la portion gauche du monument : Paroles dites : Je t'ai donné toute vie, tout pouvoir et toute pérennité, comme Rê ; tandis que celle derrière lui se révèle parfaitement identique : (Montou, Seigneur d'Ouaset), Puisse-t-il donner toute vie, toute pérennité, tout pouvoir et toute santé, comme Rê, à jamais.

 

 

     Si d'aventure vous vous intéressez aussi à la sociologie, vous aurez certainement déjà lu, amis visiteurs, la remarquable étude qu'a réalisée en 1924 à propos de la pratique de l'échange dans les sociétés archaïques l'anthropologue français Marcel Mauss : Essai sur le don.


     Comme l'a remarquablement développé l'égyptologue Sylvie Cauville dans son ouvrage publié en 2011 référencé dans la bibliographie infrapaginale, le souverain du Double Pays effectuant un geste d'offrande attendait mêmement d'un dieu, Osiris souvent, Montou dans le cas présent, un contre-don pour sa personne mais aussi pour le pays entier. 

     C'est exactement ce type de relation - don et contre-don -, que propose à voir et à lire ce linteau de Médamoud.

 

     Plus tard, bien plus tard, dans les temples d'époque ptolémaïque, notamment à Edfou, de semblables scènes seront accompagnées de ces mots, toujours relevant de la contre-partie divine accordée au souverain :

 

     Je te donne les greniers remplis de céréales dont on ne connaît pas la quantité (Edfou, VII, 72).


ou

 

     Je te donne les villes des oasis ployant sous leurs céréales, les boulangeries emplies en ton temps (Edfou, IV, 67).

 

 

     La mention Seigneur d'Ouaset mise à part, à savoir : divinité tutélaire du nome thébain, rien sur le monument ne définit cette divinité à laquelle, pourtant, Sésostris III voua un important culte. Rappelez-vous, j'ai précédemment indiqué que ce dieu fut l'objet de l'attention royale sur le plan des constructions religieuses, essentiellement aux alentours de Thèbes : Erment et Tôd, se faisant face de part et d'autre du Nil, et bien évidemment Médamoud.

 

     Mais qui était exactement Montou ? 

 

     Lors de la "Journée d'étude" qui, le matin du samedi 18 octobre, nous permit de visiter l'exposition à laquelle, depuis le 4 novembre, je vous invite à m'accompagner, quatre interventions d'égyptologues patentés remplirent notre après-midi. Au sein de l'une d'elles, Lilian Postel, Maître de conférences en égyptologie de l'Université Lumière-Lyon 2, avança que le caractère belliqueux de Montou n'apparut qu'à partir du Nouvel Empire. 

 

     Son exposé ne portant pas sur la spécificité du dieu, il n'étaya son assertion d'aucune  preuve particulière. Mais le ver était dans le fruit : son propos m'avait interpellé dans la mesure où il contredisait ce que j'avais toujours lu concernant Montou, caractérisé d'office en tant que dieu de la guerre.

 

     Je me promis de "fouiller" ma bibliothèque. J'y trouvai sans peine l'étude qui me permettait de mieux comprendre et d'accréditer les dires du Professeur Postel : elle émanait de Fernand Bisson de la Roque, cet égyptologue français à qui l'on doit, souvenez-vous, les premières fouilles effectuées sur le site de Médamoud et la mise au jour de moult statues de Sésostris III, ainsi que de ce superbe linteau du Louvre qui nous occupe depuis mardi dernier.

     (Vous trouverez également référence du texte de Bisson de la Roque en note de bas de page.)

 

     Bien que dans quelques formules des Textes des Pyramides il soit fait allusion à Montou en tant que divinité astrale relevant du cycle solaire, du cycle de Rê, la documentation parcellaire que nous possédons de l'Ancien Empire ne permet pas de le définir vraiment, sauf à dire qu'il se manifeste en tant que faucon ou, plus justement, sous la forme d'un être humain hiéracocéphale.

 

     Ce n'est véritablement qu'à la XIème dynastie (Moyen Empire) qu'il "apparaît" comme dieu primordial, vraisemblablement originaire d'Erment - l'Hermonthis des Grecs -, avec l'aspect anthropo-zoomorphe que vous reconnaissez ici sur le linteau de Médamoud, lieu où les inscriptions le définissaient comme : Montou, seigneur qui réside à Médamoud.

 

     Il s'incarna également en un taureau sacré : Montou, taureau qui réside à Médamoud, peut-on lire sur certains reliefs que l'on y a retrouvés.

     Mais aussi à Tôd : ainsi, sur des monuments exhumés des fondations du temple, en plus de Montou, Seigneur de la Thébaïde ou de la Thébaïde et du ciel, ou encore Seigneur de Tôd, cette autre précision : Montou, taureau qui réside à Tôd.

 

     Si nous étions au Louvre, à Paris, je vous aurais emmenés tout de go dans la deuxième partie de l'immense salle 12, au rez-de-chaussée du Département des Antiquités égyptiennes pour visualiser une figuration de ce dieu avec tête de bovidé sur le socle de droite de la vitrine 9 : 

 

Salle-12-2---Vitrine-9---Montou.JPG

 

vous y auriez alors constaté à nouveau, mais cette fois entre ses cornes, la présence du disque solaire et des deux hautes rémiges, attributs qui vous sont maintenant familiers.


     Le taureau, nul ne l'ignore, peut représenter diverses divinités mais aussi le souverain lui-même, en tant qu'image vivante des dieux : il est alors "taureau puissant" et exprime la force royale.

     C'est la raison pour laquelle, à cette même XIème dynastie, Montou, - tout à la fois faucon et taureau - fut choisi par quatre de ses sept rois, comme dieu-patron : ils se firent appeler, je l'ai déjà souligné, Montouhotep (Montou est satisfait).

 

     Vous conviendrez dès lors, amis visiteurs, qu'auréolé de toutes ces raisons, il n'y a rien d'illogique à ce qu'à la XIIème dynastie suivante, le dieu conservât sa primauté parmi ses pairs ; à ce que son culte s'accrût dans le nome thébain en gestation pour devenir celui pratiqué à Erment, à Tôd, à Karnak et à Médamoud au point que Sésostris III - qui révéra, je le rappelle, Nebhepetrê Montouhotep II pour les raisons politiques qu'à présent vous connaissez -, s'impliquât dans la construction ou le réaménagement de temples qu'il lui dédia.

     Mais nulle part encore, il n'est question de dieu guerrier !

 

     Quand et d'où lui vint cette acception ?

     A partir de la XVIIIème dynastie quand le clergé thébain, après les invasions des Hyksos, décida qu'Amon deviendrait divinité tutélaire de la région, cet Amon qui, je le souligne au passage, lui ravit sa coiffe pour personnellement arborer le disque solaire que surmontent les hautes plumes des falconidés.

 

     Exit l'aura dont bénéficiait Montou !

     Ce ne sera plus lui le "satisfait" - (et on ne remboursait pas à l'époque ! ) -, mais bien Amon ... auquel plusieurs pharaons du Nouvel Empire emprunteront le patronyme pour se forger un nouveau nom : Amenhotep, Amon est satisfait, Aménophis pour les Grecs.

 

     Quant à Montou, rival d'Amon, mais que, décemment, le clergé ne pouvait exclure du panthéon égyptien, il fut à cette époque l'objet, dans l'art d'abord, dans la littérature ensuite, de références en tant que dieu combattant.

     A partir du Nouvel Empire, seulement !

 

     Ainsi, sur le char de Thoutmès IV (le Thoutmosis IV des Grecs), lisons-nous : Montou-Rê, grand de vaillance, faucon thébain qui abat tous les pays et tous les barbares : il donne au roi force et victoire sur tout pays ...

 

    Et à l'époque de Ramsès II, cette iconographie devint thème littéraire, notamment dans le poème de la bataille de Qadesh. C'est très probablement de cette époque que se forge, bien affirmée, la désignation de Montou comme dieu belliqueux dans la mesure où l'on y trouve des assertions telles que : Ramsès a pris les équipements de combat de son père Montou ou Je suis comme Montou : je lance les flèches du bras droit.

 

      A partir du Nouvel Empire, donc ! Et encore : pas à ses débuts ! Mais assurément pas avant !


     Il est par conséquent prématuré de faire endosser à ce dieu, comme je l'ai tout récemment lu dans une biographie, par ailleurs excellente, cet habit de combattant qui n'est alors pas encore le sien, pour expliquer les raisons qui motivèrent Sésostris III, monarque conquérant, à lui vouer un culte dans quatre temples de la région thébaine ! 

 

      

      Il est parfois des admirations que l'on pourrait ou que l'on devrait ... mais qu'en définitive, on n'a nulle envie de réfréner tant il semble évident qu'il faille les clamer. Et ce linteau de Médamoud exceptionnellement exposé ici, au Palais des Beaux-Arts de Lille, en fait partie ! Qu'avec vous, amis visiteurs, lors de deux rencontres successives, il me seyait de partager ...

 

 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

BISSON DE LA ROQUE  Fernand

Notes sur le dieu Montou, dans B.I.F.A.O. 40, Le Caire, I.F.A.O., 1941, pp. 1-49. 


 

CAUVILLE  Sylvie

L'offrande aux dieux dans le temple égyptienLouvain, Peeters, 2011, p. 74. 


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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 00:00

      Construire un temple consiste à enfermer une parcelle du divin sur la terre des vivants ; il s'agit ensuite d'entretenir cette force qui assure la prospérité du pays. D'autre part, ce précieux réceptacle, préservé des assauts du mal par un arsenal magique, garantit l'intégrité de l'Égypte entière, car la divinité installée dans cet inexpugnable univers en réduction est douée d'ubiquité.

(...)

     Dans la maison du dieu, le roi est le médiateur entre les hommes et celui-ci. C'est lui seul qui édifie les constructions sacrées et qui les fait vivre par des offrandes quotidiennes.

 

 

 

Sylvie  CAUVILLE

L'offrande aux dieux dans le temple égyptien

 

Louvain, Peeters, 2011

p. 5.

 

 

 

     Après nous être longuement arrêtés la semaine dernière, vous et moi amis visiteurs, devant deux statues de Sésostris III, souverain de la XIIème dynastie égyptienne remarquablement mis à l'honneur, ici, au Palais des Beaux-Arts de Lille ; après avoir admiré ses "portraits" qui, contrairement à ce qui est avancé depuis tant d'années, ne sont en rien réalistes, en rien représentatifs de ses états psychologiques mais dénotent plutôt sa volonté de médiatiser une idéologie précise quant à la nature du pouvoir royal - la littérature de l'époque l'a me semble-t-il bien prouvé ! -, en donnant de lui l'image d'un "père" vigilant à l'endroit de son peuple, poursuivons aujourd'hui, voulez-vous, nos découvertes des fondations du temple lagide à Médamoud par l'égyptologue français Fernand Bisson de la Roque en nous attardant sur un troisième monument, exhumé quant à lui en mars 1927 et, qu'en partage de fouilles, obtint du Gouvernement égyptien le Musée du Louvre, en 1930, où il porte désormais le numéro d'inventaire E 13983.

 

     Aux fins d'admirer cette Arlésienne des terres nilotiques que j'ai ici à plusieurs reprises évoquée, il est à présent grand temps de nous diriger vers le mur du fond de cette portion de salle, vers cet autre des chefs-d'oeuvre que recèle l'exposition : un long bloc de pierre calcaire que les égyptologues sont désormais convenus d'appeler LE  linteau de Médamoud,  

 

 

 Sesostris-III---Linteau-Louvre-E-13983----c--Ch.-Decamps.jpg

 (© Louvre - Ch. Décamps)

 

 

et qui, à l'instar des statues du souverain, va lui aussi faire mentir bien des analyses antérieures, à commencer par la plus énigmatique d'entre elle à mes yeux puisqu'elle provient du site internet officiel du Musée du Louvre, supposée rédigée par un égyptologue - enfin, j'aimerais le croire ! - et qui, indépendamment du fait qu'elle met encore et toujours en avant la notion de "réalisme" dans le chef de l'artiste - mais à ce sujet, j'ai suffisamment glosé ces derniers mardis -, avance que :

 

      " Le roi porte une tête de faucon couronnée de deux plumes droites ornées du double uraeus. "

 

    Une rapide et néanmoins consciencieuse observation de l'oeuvre vous permettra comme à moi de constater que le roi n'arbore à aucun moment semblable coiffe ... réservée en réalité au dieu Montou, sur lequel il me sera donné de revenir la semaine prochaine. En outre, un précieux coup d'oeil sur les hiéroglyphes encadrant les figures corroborera sans conteste notre première vérification visuelle.

     Sur eux, je me prononcerai dans quelques instants ...

 

     Pour l'heure, consentant un certain ordre, abordons quelques données techniques.

 

     Ce n'est malheureusement pas l'impression que donne la photo ci-avant, - de sorte que j'invite instamment tous ceux qui n'ont pas encore eu l'heur de l'admirer au Louvre de se rendre à Lille jusqu'au 25 janvier, date après laquelle, je présume, il rentrera dans ses murs des bords de Seine -, mais ce dessus de la "porte du magasin de l'offrande divine", comme il est encore erronément indiqué dans le catalogue de l'exposition, mesure 2, 26 mètres de longueur, 1, 07 de hauteur et 13, 5 centimètres d'épaisseur.

 

     Erronément

 

     Oui, selon moi. Ou plus précisément selon des mensurations relevées in situ par Clément Robichon, l'architecte de la mission - donc au tournant des années trente, déjà ! -, précision rapportée dans un article rédigé par le Conservateur du Département égyptien du Louvre, Charles Boreux, en 1932 (article référencé dans la bibliographie infrapaginale) qui indique que ce monument ne peut s'adapter à la dite porte ; et donc en surmontait une autre.

 

     Cette distinction, amis visiteurs, est-elle à vos yeux prépondérante ? Peut-être pas. Sauf qu'à partir du moment où preuves mathématiques il existe que le linteau du Louvre et la porte du magasin des offrandes divines du temple du Moyen Empire ne peuvent être compatibles, je ne comprends pas bien la raison pour laquelle, depuis plus de 80 ans, les égyptologues n'ont pas encore rétabli la vérité historique et revu leur appellation.

     Peut-être n'est-ce pas pour eux prépondérant ...  

 

     Permettez-moi maintenant, avant de prendre vraiment connaissance de la scène que nous avons devant nous, d'attirer plus spécifiquement votre attention sur la technique qu'utilisa le lapicide.

     

     Il vous faut savoir que depuis l'Ancien Empire, essentiellement deux procédés coexistèrent en Égypte dans l'art de la gravure : le bas-relief et le relief en creux.

     Tous les deux pouvaient indifféremment se retrouver sur un petit monument ou sur l’immense surface d’un mur de temple. Mais ce ne fut pas avec la même indifférence qu'ils furent plébiscités par les artistes : en règle générale, la gravure en relief servait au décor intérieur des bâtiments, tandis que celle en creux au décor extérieur.

 

     Une raison, toute simple à l’évidence, motivait le graveur quant au choix du procédé à utiliser, une raison inhérente à l’environnement auquel l’oeuvre était destinée : une gravure en creux, exposée en plein air, donc aux rayons du soleil, à l’intense luminosité du jour favorisant les jeux d’ombre et de lumière, ressortait nettement mieux qu’un léger relief. D’autant plus que ce creux pouvait entamer la pierre jusqu’à 2, 5 cm de profondeur.

      Tout au contraire, le bas-relief, à l’intérieur d’un bâtiment, où l’éclairage est relativement réduit, apparaissait beaucoup mieux que le creux.

 

     Ces considérations, ressortissant en fait au domaine de la physique, amenèrent tout naturellement les artistes à élever le procédé en convention. C’est ainsi que le relief en creux employé dans un décor se trouvant à l’intérieur d’un temple signifie que l’on doit considérer la scène comme se déroulant au dehors. Inversement, l’emploi, dans le même décor, de la technique du bas-relief impose que l’on comprenne que la scène se passe à l’intérieur. Et il n’est absolument pas rare que sur la même oeuvre, on retrouve entremêlés les deux types de gravure.

     Ce qui lui confère une lecture d’autant plus pointue.

 

     Quant à "notre" linteau, son relief dans le creux s'impose puisque, surmontant une porte monumentale qui permettait l'accès aux ruelles desservant vraisemblablement le quartier des magasins, il "prenait" loisiblement le soleil ...

 

 

     Analysons la scène figurée ... en lisant d'abord la description qu'en donna l'égyptologue français Etienne Drioton (1889-1961) qui, en tant qu'épigraphiste relevant de la mission de l'I.F.A.O., participa aux fouilles de Médamoud :

 

     " (C'est) une magnifique dalle de calcaire fin, de 1,25 m de hauteur sur 2, 25 m de largeur et 40 centimètres d'épaisseur."

 

     Bizarre, n'est-il pas, quand on compare avec les mensurations fournies par le catalogue de l'exposition ?

 

     E. Drioton poursuit :

 

     "La composition de sa décoration est rigoureusement symétrique. Comme il devait surmonter une porte située dans l'axe du temple, du côté où elle débouchait vers le sanctuaire, le roi, qui est censé entrer par cette porte, est figuré deux fois au centre, adossé à l'axe ;  Montou, vers qui il se dirige, lui fait face aux deux extrémités du tableau, personnage hiéracocéphale portant double uraeus au front et la tête surmontée par le disque solaire accolé à deux grandes rémiges. Sésostris III lui présente à droite un gâteau allongé, à gauche un pain conique. 

 

 

     Approchons-nous maintenant de la vitrine et examinons le monument : avant toute chose, convenez que ce qui ressort et offre à l'ensemble sa superbe harmonie, c'est sa parfaite symétrie.

 

 

Sesostris-III---Linteau-Louvre-E-13983----c--Ch.-Decamps.jpg

(© Louvre - Ch. Décamps)

 

 

     La scène est délimitée, dans sa partie supérieure, par le signe hiéroglyphique du ciel et, dans sa partie inférieure, par la ligne de sol.

 

     De part et d'autre d'un axe constitué de deux colonnes de textes, marquant le centre même de la composition, un personnage coiffé d'une perruque et vêtu d'un pagne tend quelque chose, manifestement en guise d'offrande. Qui est-il ?

 

 

     Pour répondre à cette question, reportons-nous à chacun des cartouches gravés au-dessus de sa tête : vous y lirez aisément son prénom, car je vous l'ai appris il y a peu : Khakaourê.


 

Sesostris-III---Linteau-Louvre-E-13983---Indications-au-de.jpg

 

 

 

      Vous remarquerez d'emblée, par rapport aux cartouches, que d'un côté comme de l'autre, figure la même formulation, au demeurant classique : Le dieu parfait, Maître du Double-Pays (les 5 signes disposés avant le cartouche) et doué de vie (les deux venant après), mais inversée. Cela s'explique - et sur cette consigne aussi j'ai souvent insisté lors de nos rendez-vous au Louvre -, par le fait qu'ils se lisent en allant dans la direction du visage royal : donc, de droite vers la gauche, pour ce qui concerne la portion droite du linteau ; et bien évidemment, de gauche vers la droite, dans la portion gauche. 

 

     Et tant qu'à "enseigner" des rudiments de la langue hiéroglyphique égyptienne du Moyen Empire, permettez-moi un instant encore de revenir sur la disposition des signes à l'intérieur des cartouches pour indiquer que si vous suiviez scrupuleusement la "leçon" que je viens de vous prodiguer, vous devriez lire, dans l'ordre des signes : "Rê - Kha - Kaou", puisque le disque solaire Rê est bien le premier des cinq qui composent l'appellation royale.

 

     Vous êtes là en fait en présence d'une exception à la règle que je viens d'évoquer et qui consiste, par pure politesse protocolaire, par pure révérence vis-à-vis d'une déité, d'obligatoirement noter son nom avant tout autre signe ; inversion graphique que les égyptologues nomment "antéposition honorifique".    

 

 

     Chapeautant la scène en son milieu, en dessous de la représentation du ciel, vous trouverez le disque solaire aux ailes éployées en guise de protection du souverain : Celui de Béhédet, indiquent de part et d'autre les quatre hiéroglyphes à la pointe de l'aile. Il s'agit de la dénomination de l'Horus d'Edfou.

 

 

    Nous avons donc vu qu'adossé à un axe vertical constitué de deux colonnes de textes, marquant le centre même de la composition, Sésostris III tend quelque chose à quelqu'un, manifestement en guise d'offrande.


     Pour comprendre de quoi exactement il s'agit, tournons-nous vers les textes précédant le souverain qui nous permettront d'appréhender l'oblation effectuée :    

 

 

Sésostris III - Milieu Linteau Louvre E 13983 - (© Ch. D

 

 

 

à gauche :  Consacrer un pain blanc ;


et à droite : Offrir le "shât" (pâtisserie)

 

 

     Les mentions optatives concernant le roi - chaque fois une colonne - sont, quant à elles, inscrites dans son dos et forment, je l'ai indiqué, le mitan du tableau.

 

 

     À gauche, nous lisons :  Que l'environnent toute protection et toute vie. Qu'il soit doué de vie, de stabilité et de pouvoir, comme Rê, à jamais.

 

     Et à droite : Qu'il soit en tête des kaou de tous les vivants, à jamais.

 

 

 

     Voilà pour ce qui, dans un premier temps, concerne le geste royal.

 

     Alors que tout à l'heure, j'épinglai la symétrie parfaite qui émane de ce chef-d'oeuvre, j'aimerais, avant de nous quitter, amis visiteurs, que vous vous approchiez davantage de la vitrine et que vous y observiez attentivement le visage du roi. N'y a-t-il rien, qui vous étonne ?, qui vous interpelle ?

 

 

 

De-tail-Visage-Sesostris-III.jpg

(© Thomas LEVIVIER - "La Croix du Nord")


 

     Pardon ? Je n'ai pas bien entendu ...

  

     Oui, c'est l'évidence même, Mademoiselle : il est flagrant qu'à gauche, le roi présente un faciès lisse, volontairement juvénile alors qu'à droite, il semble bien plus âgé. 

 

     Voici donc qu'à l'instar de la ronde-bosse que nous avons analysée mardi dernier, apparaît sur ce linteau la même volonté de médiatisation idéologique : Sésostris III tout à la fois souverain à la force physique indiscutable, comme souvent seule la jeunesse l'autorise ; et souverain sage, vigilant, à l'écoute de son peuple, comme souvent seule la vieillesse le permet.

 

     A moins qu'un artiste ait exécuté deux "portraits réalistes" du souverain : jeune, à gauche, puis quand le roi a vieilli, 20 ou 30 ans plus tard, que le même artiste ou plus vraisemblablement un confrère plus jeune retouche le relief en donnant au roi le visage ridé de droite. 

     (C'était la théorie avancée par Charles Boreux !)

 

     Non ! Restons sérieux ! Voilà une preuve supplémentaire, si tant est qu'il en fallût une, amis visiteurs, que ce pseudo-réalisme que voulurent voir certains égyptologues dans l'art du "portrait" au Moyen Empire, était bel et bien une grossière erreur. En revanche, preuve supplémentaire d'un message de propagande politique, d'une stratégie de persuasion iconographique : nul doute à mes yeux !  

 

   

     Quoi qu'il en soit : à qui Sésostris III fait-il donc offrande ?

 

     C'est ce que je me propose de vous expliquer le 2 décembre prochain pour autant que ne se soit pas affaibli l'intérêt que vous portez à cette oeuvre de grande beauté et, surtout, que ne vous rebute pas trop mes quelques incursions dans la langue hiéroglyphique égyptienne.

 

     A mardi ? 

 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

BOREUX  Charles

A propos d'un linteau représentant Sésostris III trouvé à Médamoud (Haute-Égypte), dans Monuments Piot,  Tome 32, Paris, Librairie Ernest Leroux, 1932, pp. 1-20.

 

 

DRIOTON  Etienne

Envois récents d'Égypte, dans Bulletin des Musées de France, 2ème année, n° 12, Décembre 1930, pp. 262 sqq.

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 00:00

 

     On sent que le roi, énergique et lointain, éprouve, après un long exercice du pouvoir, devant l'ingratitude des hommes, plus de mépris dédaigneux que de découragement, mais on devine aussi une certaine lassitude.

(...)

   On se demande comment un sculpteur a pu, dans une pierre aussi dure que le granit, donner à la chair une souplesse aussi vivante et aussi vraie.

     Médamoud, sanctuaire créé par Sésostris III, nous a donc livré, de ce roi, une admirable série de portraits réalistes, et réalistes, non pas seulement parce qu'ils indiquent nettement l'évolution d'un visage, de la jeunesse à l'extrême vieillesse, mais aussi, et surtout, parce qu'ils expriment, avec une vérité extraordinaire, la vie intérieure du modèle. 

 

 

 

Jacques VANDIER

Manuel d'archéologie égyptienne

III : Les grandes époquesLa Statuaire

 

Paris, A. et J. Picard & Cie,

pp. 185-6 de mon édition de 1958

 

 

 

     Nous conversions mardi dernier, souvenez-vous amis visiteurs, au sujet des visages royaux et de l'art statuaire souhaité par Sésostris III, de manière à mettre en perspective les concepts de réalisme et d'idéalisation que la réflexion occidentale, - pour ne pas écrire cartésienne -, toujours oppose alors qu'à l'inverse, l'Égyptien de l'Antiquité, pour diverses raisons - dont la finalité funéraire n'est pas étrangère -, n'eut de cesse d'associer réalité et idéalité, portrait et image idéale.

 

     Dans cette perspective, j'avais pensé intéressant de vous faire comprendre combien étaient erronées les conceptions que les égyptologues développèrent quand ils exhumèrent les premières figurations de ce souverain et de son successeur immédiat.

 

     Pendant toute cette semaine, pour assouvir un plaisir personnel, mais aussi en quête d'une exergue qui corroborerait mon propos, j'ai beaucoup lu et, notamment, ce que j'aime peut-être par-dessus tout, les écrits, les rapports de fouilles, les notes de ces savants des premiers temps de l'égyptologie.

     Certes, leurs approximations, leurs tâtonnements, leurs avis péremptoires aussi, inhérents à une science qui n'était que naissante peuvent prêter à sourire maintenant que notre approche de la civilisation égyptienne et de son art a considérablement évolué. Nous ne portons plus nécessairement le même regard sur les oeuvres jadis ainsi commentées mais il n'en demeure pas moins que je trouve personnellement succulente la lecture de ces comptes-rendus tout empreints d'interprétations subjectives pour le moins "audacieuses".

 

     Telle celle de l'égyptologue français Jacques Vandier que j'ai choisie pour vous accueillir ce matin.            

 

 

     Soucieux de rendre hommage à l'oeuvre de réunification de l'Égypte qu'entreprit Montouhotep II, son lointain prédécesseur sur le trône, nous l'avons constaté avec les trois statues londoniennes provenant du temple de ce roi à Deir el-Bahari, dont l'une, BM EA 686 nous accueillit d'emblée, au pied de l'escalier menant au second sous-sol où, depuis le 4 novembre dernier, nous visitons de conserve, vous et moi, l'exposition que lui dédie le Palais des Beaux-Arts de Lille jusqu'au 25 janvier 2015, Sésostris III, ce cinquième souverain de la XIIème dynastie (Moyen Empire), fit, dans la région thébaine, bâtir trois sanctuaires dédiés au dieu Montou, une des divinités cardinales de l'endroit, au culte de nature solaire depuis déjà les Textes des Pyramides, incarné dans un faucon, avant de devenir, au Nouvel Empire, le dieu belliqueux dont vous avez certainement entendu parler, alors identifié en tant que "dieu de la guerre", fonction que lui attribua le clergé de Karnak quand il décida qu'Amon deviendrait "roi des dieux" dans le nome de Thèbes.

 

     Vous aurez aussi évidemment noté que "Montou" fut choisi pour entrer dans la composition du nom de trône de certains des premiers rois du Moyen Empire, Montouhotep signifiant : "Montou est satisfait".

 

     Si deux des sanctuaires voués à Montou, ceux de Ermant et de Tôd, ont déjà été reconstruits à l'époque des fondateurs de la dynastie, Amenemhat Ier et Sésostris Ier - ce dernier étant, souvenez-vous, le souverain du Conte de Sinouhé -, de sorte que Sésostris III n'estime apparemment pas devoir leur consacrer une attention n'excédant pas quelques petits travaux de réfection, au niveau du troisième, tout au contraire, à Médamoud, situé quelque cinq kilomètres à peine au nord-est de Karnak, il fonde un temple de grande envergure - l'enceinte rectangulaire d'une épaisseur de 5,50 mètres mesure  98 x 61 mètres -, précédé d'une avant-cour d'une trentaine de mètres, et accompagné de magasins et d'habitations accessibles par des ruelles.

 

     C'est à l'archéologue et égyptologue français Fernand Bisson de la Roque (1885-1958) que nous devons, à partir de 1925 et jusqu'en 1933, au nom de l'I.F.A.O. (Institut français d'archéologie orientale) et du Musée du Louvre, les fouilles - consignées au sein de différents rapports -, de ce temple du Moyen Empire alors complètement détruit, mais dont maints monuments avaient été fort heureusement conservés dans les fondations du temple d'époques ptolémaïque et romaine ; fouilles menées ensuite pour les mêmes commanditaires, par Clément Robichon et Alexandre Varille jusqu'en 1938.

 

     Ci-dessous, une vue des vestiges au niveau du portique ptolémaïque : immense merci à Lilian Postel, - un des intervenants du samedi après-midi, lors de la Journée d'étude à Lille, en octobre dernier -, Maître de conférences en égyptologie à l'Université Lumière-Lyon 2 à qui, depuis 2003, échoit la tâche de poursuivre les recherches sur le site et qui a eu l'immense gentillesse de m'offrir quelques-uns de ses clichés personnels pour illustrer mes propos.  

 

01. Portique ptolémaïque

 

     Près de cent cinquante pierres pourvues d'un décor de la XIIème dynastie, ainsi que des statues de Sésostris III, - en nombreux fragments malheureusement -, furent dès 1925 mises au jour par Bisson de la Roque.

 

     L'accès au sanctuaire proprement dit, au-delà de l'avant-cour, nécessitait de franchir une porte monumentale dont le linteau, amis visiteurs, ne vous est plus inconnu puisque, dernièrement, je vous en avais montré un dessin en rapport avec la fête-sed du roi, emprunté au forum espagnol Egiptomaniacos ; dessin réalisé à partir du monument que vous avez peut-être vu au Musée du Caire (JE 56497).

 

     L'accès aux ruelles desservant les magasins s'ouvrait, quant à lui, à l'est en franchissant une porte en calcaire dont le linteau (E 13983), de grande beauté, appartient désormais au Musée du Louvre, à la suite du partage des fouilles. Et pour notre plus grand plaisir, il a quitté la vitrine 13 dans laquelle, à Paris, il fait l'admiration de tous, salle 23 de l'Aile Sully, au premier étage du Département des Antiquités égyptiennes, entre deux des fenêtres donnant sur la Cour Carrée, pour venir s'exposer devant nous, au Palais des Beaux-Arts.

 

     Au Louvre, comme ici, à Lille, sur un socle placé à gauche du linteau, une statue assise (E 12960

 

Sesostris III - Louvre E 12960

 

 

et sur un autre présentoir, plus à droite, un buste (E 12961),

 

Sesostris-III---Louvre-E-12961.jpg

 

 

provenant du même don égyptien précèdent le somptueux bas-relief  : ce sont deux monuments que j'ai très - trop ? - rapidement cités la semaine dernière, et sur lesquels je souhaiterais maintenant plus spécifiquement attirer votre attention en comparant leur analyse en vigueur au milieu du XXème siècle à celle des historiens de l'art actuels ; et cela, avant d'enfin consacrer notre rencontre de mardi prochain au fameux linteau.

 

     Délectation personnelle d'un littéraire, m'opposerez-vous. Certes. Et pourquoi pas ?

 

     L'Histoire, l'Histoire de l'art, c'est cela aussi : prendre conscience, en étudiant nos maîtres, d'une bienvenue évolution de la pensée débouchant sur une nécessaire remise en question ... sans toutefois - et là, je pare d'emblée à d'éventuels arguments qui me seraient opposés -, tomber dans un inacceptable et indéfendable révisionnisme : il est indéniable que ces premiers égyptologues défricheurs d'un savoir en devenir nous ont tout appris. À nous maintenant, forts des avancées de la science qu'ils ont permises, de parfois affiner certaines des affirmations anciennes. 

 

 

     Les deux statues de Sésostris III que nous venons de rencontrer dans la première section de l'exposition lilloise furent réalisées dans un matériau fort semblable à mon avis de néophyte en la matière puisque Guillemette Andreu, Directrice honoraire du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, dans l'ouvrage de 1997 référencé en note infrapaginale, indique le gabbro dioritique pour la première (E 12960) et le gabbro porphyrique pour la seconde (E 12961), alors que dans le catalogue de la présente exposition, elle note respectivement diorite porphyrique pour l'une et gabbro porphyrique pour l'autre.

 

     Quoi qu'il en soit, ce duo de toute beauté offert à la France en 1927, fut exhumé du site de Médamoud par Fernand Bisson de la Roque qui, dans la relation de ses travaux de 1925, écrit :

 

     " ... morceaux de plus d'une douzaine de statues de Sésostris III ont été trouvés soit sous le niveau du dallage du temple ptolémaïque, soit au-dessus de ce dallage. Certaines de ces statues ornaient le temple ptolémaïque et semblent avoir été brisées par les coptes qui les ont utilisées dans les fondations des murs de leurs installations."

 

     La première oeuvre, (E 12960), irrémédiablement brisée au niveau des mollets, et partiellement mutilée au visage 

 

 

Sésostris III - Louvre E 12960 - © C. Décamps

(© C. Décamps)

 

 

donne à voir un souverain aux traits juvéniles, assis sur un siège cubique muni d'un pilier dorsal : cet appui, ainsi que les flancs du trône sont parfaitement anépigraphes, alors que des hiéroglyphes gravés en colonnes de part et d'autre de ce qu'il subsiste des jambes royales précisent, à gauche : L'Horus Neter-Kheperou, le fils de Rê, Sésostris ... et, à droite : L'Horus Neter-Kheperou, le roi de Haute et Basse-Égypte, Khakaou-Rê

 

     Le roi, coiffé du némès, est simplement vêtu d'un pagne plissé (shendjyt, comme le momme la littérature égyptologique) sur lequel il pose les mains et dont la boucle de ceinture décline l'identité : Khakaourê. Comme seul ornement personnel, il porte sur la poitrine un collier fait de perles tubulaires au bout duquel pend une amulette bilobée que perce une sorte d'épine : l'objet laisse encore de nos jours la communauté égyptologique entièrement perplexe quant à sa signification.

 

     Concernant cette statue, Vandier, au tome III de son manuel écrivit :

 

     "... c'est manifestement la jeunesse que l'artiste a voulu exprimer : le visage est plus rond, les méplats, plus réguliers, les poches sous les yeux, moins creusées ; la bouche est sérieuse, mais non pas amère, et le regard est moins douloureux. Le corps est modelé avec soin, sans exagération."

 

     Vous aurez évidemment compris qu'il établit sa description en comparaison avec un autre visage du souverain : il s'agit en fait du buste (E 12961) placé à  la droite, ici à l'exposition, comme au Louvre d'ailleurs.

 

 

Sésostris III - Louvre E 12961

 

 

     Il semblerait que le roi, lui aussi assis à l'origine - c'est à tout le moins ce que suggère le début de son avant-bras gauche, plié -, présente, malgré les importantes déprédations au niveau de la face, des traits bien plus vieillis que l'effigie précédente.

 

     C'est ce qu'expliqua Jacques Vandier :

 

     " Le visage est maigre et ravagé, la bouche encore plus arquée et plus tombante exprime plus que du dédain, presque du dégoût ; les plis du menton s'affaissent, la tête s'incline légèrement en avant, les poches, sous les yeux, se creusent, le corps est plus étriqué, tous les stigmates de la vieillesse sont marqués avec soin.

 

 

     Voilà donc, amis visiteurs, concernant ces deux oeuvres majeures, ce que vous auriez pu découvrir dans la littérature égyptologique du milieu du XXème siècle, ce que vous auriez probablement pu entendre ces années-là, si vous aviez suivi les commentaires d'un guide du Louvre.

 

     Mais pourquoi diable n'est-il jamais établi de comparaison entre un visage parfois défini comme âgé et un corps lui-même, je le rappelle au passage, toujours modelé à l'instar de celui d'un jeune homme à la musculature puissante et plus qu'avantageuse ?

 

     De nos jours, un demi-siècle plus tard, que reste-t-il de ces théories ? Pas grand chose en vérité, sinon leur obsolescence dans la mesure où des historiens de l'art tels Roland Tefnin et, à sa suite, Dimitri Laboury ont définitivement démontré avec brio que ces physionomies différentes attribuées par un même artiste au même moment de l'élaboration d'une série de statues du même souverain ne pouvaient ressortir qu'à un autre domaine que celui du "portrait" psychologique réaliste.

 

     C'est assurément vers la notion d'idéologie du pouvoir qu'il nous faut dorénavant nous tourner pour comprendre la statuaire de Sésostris III : le roi aux grandes oreilles, le roi "vieilli", devenu "las", aux yeux cernés, aux rides avérées ... mais au corps d'athlète constitue en fait l'image sémiotique qu'il souhaita donner de lui, désireux d'être compris par tous comme vaillant, prêt et capable d'intervenir en cas de danger, un monarque vigilant, à la sollicitude toujours en éveil, à l'écoute bienveillante pour son peuple.

 

     Un monarque qui entendit que fussent reconnues, dans leur essence même, ses qualités de monarque.

     

     Vraies ou fausses ? Cela relève d'un autre débat ...

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

 

ANDREU Guillemette/RUTSCHOWSCAYA Marie-Hélène/ZIEGLER Christiane

L'Égypte ancienne au Louvre, Paris, Éditions France Loisirs, 1997, pp. 92-5. 

 

 

BISSON DE LA ROQUE  Fernand 

Rapport sur les fouilles de Médamoud, 1925, Le Caire, FIFAO 3, 1926, p. 32.

 

ID.

Les fouilles de l'Institut français à Médamoud de 1925 à 1938, dans RdE 5, Le Caire, I.F.A.O., 1946, pp. 25-44. 

 

 

DELANGE  Élisabeth

Catalogue des statues égyptiennes du Moyen Empire, Paris, Édition de la Réunion des musées nationaux, 1987, pp. 24-8. 

 

 

LABOURY  Dimitri

Le portrait royal sous Sésostris III et Amenemhat III. Un défi pour les historiens de l'art égyptien, dans Egypte, Afrique & Orient 30, Avignon, Centre vauclusien d'égyptologie, 2003, pp. 55-64.

 

ID.

Réflexions sur le portrait royal et son fonctionnement dans l'Égypte pharaonique, dans KTEMA, Civilisations de l'Orient, de la Grèce et de Rome antiques, Volume 34, Recherches sur le portrait dans les civilisations de l'Antiquité. Représentation individuelle et individualisation de la représentationUniversité de Strasbourg, 2009, pp. 175-96. 

 

 

TEFNIN  Roland

Les yeux et les oreilles du Roi, dans BROZE M. et TALON Ph., L'Atelier de l'orfèvreMélanges offerts à Philippe Derchain, Louvain, Peeters, 1992, pp. 147-56.

 

 

VANDIER JacquesManuel d'archéologie égyptienne. III : Les grandes époques La Statuaire, Paris, Éditions A. et J. Picard & Cie,  1958, pp. 185-6.

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